CHAPITRE ÎV
kivalitës , enti*e les reprësentans du peuple et les généraux y nuisibles aux opérations de Tarmée. — Plan de campagne arrêté a Saumur. — Rossignol méconnu dans une partie de l'armée qu'il commande en chef. — Tunck, battu à Chantonnay , est appelé k la barre de la Convention. — Première sortie de la garnison de Mayence dans la Vendée. — Levée en masse opposée aux Vendéens. — Défaite de Beysser à Montaigu. — Déroute dé Saint-Fulgent. — Ganckux et Aubert-Duba^et se rapprochent de Nantes. — Rossignol est battu à Vihiers. — Déroute de Santerre à Coron. — Ronsin dénonce à la Convention Canclaux ieft Aubert-Dubayet. — Èeyssér est arrêté et traduit au tribunal révolutionnaire.
Les commissaires de la Convention Bourdon et Goupilleau de Fontenay, qui venaient d^étre les appuis de Tunck, destituèrent à leur tour Rossignol, comme inepte, immoral^ protégeant le pillage et indigne de la coniSance de Farmée. Ils en rendirent compte à la Convention nationale ; mais leurs collègues Bourbotte et Tallîen intriguèrent tellement en sa faveur , qu^ils parvinrent à lui conserver le commandement de Farm ce et à indisposer fortement les esprits contre Tunck et ses appuis.
L^envie et la calomnie aiguisaient aussi leurs traits
I>B LA yjENDEE. 83
Contre Philippeaux et le général Canelaux ^ qui ctaient à Nantes. Bourbotte et TalHen, hommes ardens, voulaient sVmparer exclusivement de la direction de la guerre. Les troupes, près desquelles ils étaient y avaient souvent été battues , tandis que celles des côtes avaient eu des succès. Les rebelles avaient été vigoureusement repousses^ le fo août^ au Châtcau-d^Eau ; le 25, à la Roche-sur-Yon ; le Q7, au camp de la Socîniére, près Nantes, et le 28 aPartfaenay. Cet esprit dé jalousie et de dominatiori qu^ou voit percer eut les conséquences les plus funestes : il introduisit à Parmée une anarchie aussi complète que celle qui régnait au sein de9 gouvemans.
Cependant il se tint, le 2 septembre, à Saumury uu conseil de guerre, dont le but était d^arréter définitivement un nouveau plan de campagne (f ). Rossignol vînt lui-même en prescrire les dispo-* sitions au général Tunck et au représentant du peuple Bdurdon-de-POise ; ils ne voulurent ni le reconnaître ni mettre son plan à exécution.
Quelque temps après , Tunck fut arrêté et con*^ duit à Paris. 11 est vrai que le 5 septembre, il avait été battu à Chantonnay , et que son corps d^armée avait été réduit à mille hommes ; mais cet échec était moins cause de sa disgrâce que ses pre-' miers succès et le malheur qu^il avait eu de plaire '
(1) Septembre.
84 6UERRË CIVILE
aux reprâentans en missioif dans son airondissement.
En confcmfnite du plan de Saumnr , les troupes qui*etaient à Nantes et^dans les environs se mirent en campagne; savoir, six mille hofnmes sous les ordres de Beysser, et douze mille sous ceux des généraux Canclaux et Aubert-Dubayet. La garnison de Mayence en faisait la majeure partie. L^ei^nemi fuyait devant elle, «t elle enleva les postes du port Sàint-Père , de M achecoul , de Léger et de Montaigu.
D'^un autre côté, près de Cent cinquante mille citoyens, levés en masse et armés de. toutes pièces, se réunirent à Angers , à Thouars , à Doué et à Saumur aux troupes de ligne. L'ennemi fut vivement poursuivi sur les routes de Vihiers et de Brissac. Deux fois il essaya d'emporter d'assaut les buttes d'Erigué él le Pont-de-Cé, et chaque fois il fut repoussé avec perte : il échoua pareillement devant Doué.
' Enfin dans la partie du sud de l'armée ^ où les représentans du peuple Fayau et Bellegarde avaient aussi req;uis une levée en masse, l'ennemi avait éprouvé des revers.
. Ces succès, et le nombre presque incroyable de citoyens armés contre les rebelles, devaient en faire espérer la prompte défaite; mais le danger qui les pressait rehaussa leur courage et accrut leur audace. Ils attaquèrent Pavant-garde de l'armée de Mayence entre Clisson et Mortagne, et lui prirent
DE LA YBî^Déj^. 85
son ;rrtillerie légère. Qiielques jojurs après, ils la battirent encore à Torfou; la colonne de droite^ commandée par Beysser^ fut surprise, le 19 septamtbre vers les quatre heures du soir » à Montaigu. Au moment de Tapparition de Tennemi , le général s^enivrait des plaisirs de la table ; à peine eut-il le temps et fut-il assez maître de lui pour monter à cheval. L^attaque fut terrible ; les corps mayençais quelque aguerris qu^ils fussent, n^ purent. résister et se sauvèrent à Nantes. Charette, qui dirigeait cette action 5 s^empara de leurs caissons d^ambulance ,. et les blessés qu^ils transportaient furent égorgés. Beysser devait partir le lendemain, pour joindre à Saint-Fulgent un autre corps de troupes aux ordres du général Miewkousky. Sa défaite causa celle, de cette division qui, forte pai* elle-même, avait encore des obusiers dont Teffet était inconnu jusqu^alçrs aux Vendéens. Ceux-ci , au nombre de plus de trente mille , arrivent à la brune et à petit bruit dans les environs de Saint-Fulgent; ils s^é-^ gaillentei enveloppent les républicains, de manière cependant à laisser la roule libre dans une circonférence d^une demi-lieue. Ensuite, quand ils les voient réunis et engagés sur la roule avec toute leur artillerie, ils poussent des hurlemens de fureur, et font un feu de mousqueterie et d^artillerie tel qu^ils jettent Fépouvanle dans Tarmée républicaine. Elle veut se défendre; les terribles obus décrivent leur ligne parabolique et tombent sans
£6 GVERBE CIVILE
produire d'eflel sensible. Les Vendéens étalent Irop dispersés, et robscurité empêchait les canonnière de pointera propos. Le désordre s'accroît; les républicains ne reconnaissent plus de che& ; ils cherchent à profiter des ténèbres pour fuir , partout* ils trouvent les chemins obstrués; les royalistes en font une boucherie horrible , s'emparent de leurs chariots, de leurs trains d'ambulance et d'artillerie, et de leurs obusiers.
I^e général Chalbos qui était avec une autre division auprès de la Châtaigneraye , et qui devait aussi faire sa jonction à Saint-Fulgent , s'était au contraire replié sur Fontenay. S^il eût essayé de se rendre au point de réunion , il aurait rencontré et tenu l'ennemi en échec. Sans doute que s'il ne se fût pas senti en force , i! aurait sagement fait de battre en retraite , mais sa marche aurait fait diversion et empêché la défaite de Sàint-Fulgent. Ce général avait aussi à côté de lui des représentans du peuple , et l'on assure que ce ne fut que d'après leurs ordres qu'il rentra à Fontenay.
Les généraux Canclaux et Aubert - Dubayet quittèrent Clisson pour se rapprocher de Nantes ; mais ils furent attaqués en route : les royalistes leur prirent quelques pièces de canon et leurs bagages qu'ils regagnèrent par des prodiges de valeur.
Tandis que ces choses se passaient à l'ouest e\
au midi de Farmee républicaine (i) , Rossignol était repoussé de Vihiers , et Santerre complètement battu à Coron , où il avait conduit quarante mille hommes de la levée en masse sans avantgarde ni éclaireurs ; en sorte que la tête de cette armée ayant été attaquée et forcée de se replier , toute la file fut saisie dVpouvante et se mit en déroute. Santerre perdit dans cette rencontre deux obusiers qui se trouvèrent engagés dans un chemin étroit et qu^on ne put faire rétrograder à temps. Les Vendéens volaient d'une victoire à Pautre. Leur activité et leur intrépidité dans les combats semblaient miraculeuses ; ils firent tête à plus de soixante mille hommes de troupes réglées , dispersèrent et rendirent nulle une masse prodigieuse de citoyens armés contre eux. Tel fut le résultat du fameux plan de campagne arrêté le 2 septembre à Saumur.
La première entrée en campagne de la garnison de Mayence n'ayant pas été heureuse , les Vendéens firent de son nom un jeu de mots et rappelèrent \ armée de Fayence / mais nous la verrons bientôt se venger de cette plaisanterie : non-seulement les traits impuissans des ennemis viendront se briser contre ses boucliers d'airain, mais elle sera Finstrument le plus terrible de tous ceux qui ont détruit l'édifice royal.
Ml
(1) 19 septembre.
$$ OUBRHfi CIVILB
Il Mlait que quelqu^un fût victime de la nou— réussite du plan de Saumur. Ronsin , qui cumulait les fotuctions de général et de ministre à Vaxmée ^ accourut annoncer au comité de salut public et à la société des jacobins , qu^on devait attribuer les daruiera revers à Canclaux et à Aubertr-Dubajqt^ qWik étaient cause que Farinée des eètes de La Rochelle était dans le plus mauvais état possible.. Cette dénonciation était dénuée de foudemeott et bien pejpfide ; car le premier commandait celle des» côtes de Brest , et le second la garnison de Mayenne ; ilfiîleijirdcvaietiht toute leur sollicitudci de préférence aux troupes confiées^ à RoSiSignol, à Sa^terre et à Ronsû» lui-même* . ^
Vers cette même époque ^ Beyssor fut arrêté et tiradiuàt ai» tribunal révolutionnaire pour cau6e> de fédéralisme , quoique nous, aycH^s vu qu^il ctut rétracté la signature qu^il avait donnée.. Il ne^ se dou-^ t$ut certainement pas d^étre dVn. parti quiW put qualifier de ce nom^ ,. cependwt il lut. condaouié et mi^àmort .
t>E LA VKNDEK. Ô9