CHAPITRE IL
Modération des royalistes qui renvoient sur parole les prisonmers qu'ils ont faits. — Ils descendent la Loire. — Angers, Ancenis, Oudon leur ouvrent leurs pbrtes. — Siège de Nantes; belle défense de cette ville dirigée par le général Canclaux. — Premières expéditions de Westermann; il s'empare de GhâtiUon qu'il est contraint d'abandonner. — Biron , général en chef» est dén once à la Convention et destitué. — Beysser est appelé à la barre.
Le génie qui veillait aux destinées de la république la sauva du pressant danger qui la menaçait. Les royalistes ne poussèrent pas leurs conquêtes plus loin que Chinon qu^ils évacuèrent après avoir enlevé toutes les subsistances qu^ils y trouvèrent. Ensuite les généraux vendéens s'occupèrent de l'organisation de leur armée; ils passèrent en revue les prisonniers qu'ils avaient faits et les engagèrent à prendre parti parmi eux. Un grand nombre céda à leurs instances, mais ils ne firent d'autres mauvais traitemens à ceux qui refusèrent %de les suivre, que de leur couper les cheveux et de leur faire promettre qu'ils ne porteraient plus les armes contre le roi ; ensuite ils les renvoyèrent dans leurs départemens avec des passe-ports délivrés au nom de Louis XVII. Cette inodération ,
qui contrastait avec la conduite tenue par les ^ républicains à Tégard des Vendéens qu'ails avaient pris, avait pour but de faire des partisans à la cause royale, et dans Parmée et dans Tintérieur de la France.
Cll^us avons dit que les républicains sMtaient réfugiés , après la prise de Saumur , les uns à Tours , les autres à Angers. Ces derniers arrivèrent le lo juin aux buttes d^Erigné. Ce poste était confié à la garde du sixième bataillon des volontaires du Calvados. Au lieu dy arrêter les fuyards , il les laissa passer. Ils ne rencontrèrent pas plus d'obstacles au Pont-de-Cé; enfin, ils entrèrent dans Angers et y jetèrent Fépouvante dont ils étaient eux-mêmes saisis. LfCS habitans sMmaginèrent que Pennemi était déjà aux portes de la ville.
Le bruit courut que la garde nationale et les principaux habitans avaient tenu conseil et délibéré que ne pouvant résister aux royalistes , ils arboreraient le drapeau blanc : aussitôt la troupe se décidât à évacuer Angers. Environ cinq mille hommes Se dirigèrent sur Laval , d'auttes regagnèrent Tours en passant par Duretal , La Flèche et Cbàteau-du-Loir. Le 6' bataillon du Calvados revint dans la ci-dfevant Norniandie , et se rangea sonsl les drapeaux du fédéralisme. Ces sortes de retraites étaient de véritables défections : car , nonseulement chaque corps , mais chaque individu prenait sur lui de s'en aller où bon lui semblait.
Tandis que la majeure partie des forées de Farniee catholique et royale avait fait dans la division de Saumur les exploits dont nous venons de parler, Charette était resté dans la Basse-Vendée avec quinze à vingt mille hommes. Il étendait ses reconnaissances jusqu^aux portes de Nantes. Mais le général Beysser , à la tête de deux mille quatre cents hommes, fit plusieurs sorties de cette ville, chassa les rebelles à deux lieues au-delà, leur reprit trois postes et leur tua trois cents hommes. D^un autre côté, Westermann avec sa légion reprit Parthenay sur une division de dix mille rebelles aux ordres de Lescure qui paraissait vouloir se porter sur Saint- Maixent et Niort.
Ces échecs déterminèrent le conseil supérieur à ordonner que la grande armée descendrait la Loire, tenterait un coup de main sur Nantes et reviendrait ensuite sur les généraux Westermann et Biron dans le département des Deux-Sèvres. En conséquence les royalistes firent charger sur des bateaux, à Saumur, les armes, les munitions et Tartillerie qu'ils avaient prises , et se dirigèrent vers Nantes; Angers, Ingrande, Ancenis, Oudon, dénuées de farces, leur ouvrirent leurs portes. Cha- * rette était prévenu de leur arrivée et devait attaquer la ville du côté de Pont-Rousseau, tandis que la grande airmée, forte de près de quarante mille hommes , ferait assaut vers les portes de Paris , de Rennes et de Savenay. Il était convenu qu'ion" se
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ferait des signaux sur les deux rives, afin qu'il y eût plus d^en»enible dans la marche des troupes et dans Fattaque.
Le 28 juin au soir* Canclaux, qui commandait en chef, fut averti par ses avant-postes qu^on apercevait au loin de certains feux comme des fusées volantes et des l>allons illuminés, et que Ton entendait se répéter des cris semblables au mugissement du taureau. ( A défaut de tambours, les Vendéens hurlaient dans des cornes de bœuf, comme font les pâtres quand ils rassemblent leurs bestiaux. ) Dès-lors Canclaux ne douta plus dé Farrivée de Fennemi et fit ses préparatifs de défense. A peine avait-il à sa disposition dix mille hommes, tant de troupes de ligne que de garde nationale. Il les distribua suivant le besoin. L^attaque commença le 29 à la pointe du jour. Les Vendéens s'élancèrent plusieurs fois dans les jardins des faubourgs et en vinrent à Farme blanche avec le brave lOg* qui soutint leur choc et les repoussa vigoureusement. Les canonniers Nantais démontèrent plù^ sieurs de leurs pièces dWtillerie. Là cavalerie bourgeoise porta la mort et le désordre dans leurs rangs. Le sage Canclaux faisait mouvoir les soldats et les citoyens avec la rapidité de Féclair ; des secours arrivaient à propos aux postes les plus en danger ; partout sa présence et son intrépidité doublaient Fardeur et le courage des assiégés et reiîidaieot inutiles les efforts des assiégeans. Enfin
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ceux-cî^ croyant avoir affaire à une armée* de quarante mille liommes au moins , levèrent le siège a^ apr^s deux jours d^assauts continuels,, et firent leur retraite sur les communes de Niort et d^AnCenis. Les corps commandes par Charette, qui n^avaient pas mieux réussi à Pont-Rousseau, rentrèrent dans Fin- ^e'rieur^ de la Vendée. Cette belle défense, qui donne une idée de ce que peut un bon général avec une poignée de braves, combla de gloire le général Canclaux , et lui concilia Pamour et la re* connaissance des Nantais qui le proclamèrent leur sauveur. Quel changement survenait dans la fortune des Vendéens , s^ils s'^emparaient de Nantes ! Maîtres de son port et de ses bâtimens, ils pou-* vaient investir la fonderie dlndret dont ils faisaient leur arsenal. Paimbœuf succombait à une attaque combinée par terre et par eau. Tenant le cours de la Loire jusqu'à son embouchure, ils avaient une communication ouverte avec les Anglais qui , s'ils le voulaient, leur donnaient des secours. Nantes devenait la porte d'entrée des émigrés. L'arrivée de l'unies princes français y grossissait le parti de tous les ennemis que le régime révolutionnaire Élisait, à la république. Les Basses-Bretagne et Normandie, déjà en fermentation , devenaient pour lui une conquête facile. D'ailleurs nous avons déjà vu l'armée catholique et royale maîtresse du Poitou et de l'Anjou. Alors la guerre prenait une toute
autre face.
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Ces superbes espérances échouèrent au pied des murs de Nantes. Saumur , Angers et Doué furent bientôt repris. Westermann, voyant que la grande armée des rebelles s^était dirigée sur la Bre* tagne, conçoit et exécute sur-le-champ le projet de faire une diversion quila rappelle dans la Vendée. Il sort de Parlhenay à la tête d^jne faible (îivision dont sa légion fait partie; il brûle le village d^Amaillon , tue Beaurepaire , un des plus vaillaus chefs de la Vendée ; et se porte , le i*"' juillet, sur le château de Clissoii appartenant à Lescure. Ce général s^ était retiré après la prise de Parthenay,' dans le dessein d^ rassembler un nouveau corps de troupes; mais le bouillant Weslermann ne lui en donne pas le temps (i). Il arrive si inopinément à Clisson , qu^il ne s^en faut que de quelques instans qu^il n'y fasse prisonnier le général royaliste dont le château et les propriétés deviennent la proie des flammes»
Cette expédition faite, et sans permettre aux siens de se reposer, Westermann les ramène à Bressuire, va porter le fer et la flamme* dans les propriétés de La Rochejaquelein et s'avance sur Châtillon. C'était attaquer les Vendéens au cœur, cette ville étant le siège de leur magistrature. Cependant l'ingénieux et vigilant Lescure, qui pénètre les desseins de son ennemi, rassemble à la hâte huit à
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dix mille paysans et vole au secours de Chàtillon avec dixpiècesd^artilleric.Weslermann le rencontre, au milieu de son chemin, sur une hauteur appelée le bois du Moulin-aux-Chèvres. Le combat s^engage , les républicains sont cernés ; mais leur intrépide chef leur fait faire une trouée. Ils reprennent les rebelles par derrière , leur enlèvent trois piècfs de canon , leur tuent deux mille hommes et les mettent en déroute. Ils vont droit à Chàtillon; les obstacles naissent encore sous leurs pas : ici , sont des ponts coupés ; là y. des tranchées ouvertes; plus loiif , une nouvelle hauteur occupée. Les ponts sont rétablis, les tranchées comblées, l'ennemi débusqué ; enfin, après tant de marches , de combats et de travaux , Westermann entre , à sept heures du soir, victorieux dans Chàtillon où il délivre six cents prisonniers. .
Des actions aussi héroïques méritaient de fixer les faveurs de la fortune parmi les républicains ; mais, par un effet de son inconstance trop ordinaire à la guerre , elle revint bientôt couronner Taudace des rebelles. La Rochejaquelein les rallie et les ramène en force sous les murs de Chàtillon. Westermann, faute de secours et de m unitions, abandonne à regret le théâtre de ses exploits. Pour peu qu'il eût été secondé par un général en chef actif et prévoyant , il aurait conservé à la république un des principaux boulevards des royalistes, d'oii il les aurait beaucoup inquiétés; mais autant il était hardi et entre-
prenant , autant . Biron était oisif et indolent. Ce dernier fut dénoncé à la Convention nationale 6t destitué , non pas tant pour être resté dans Pinac^ tion , que pour avoir fait arrêter et mettre au secret Rossignol ^ colonel de la 35* division de gendarmerie à pied , qui jouissait à Paris d^une grande réputation de patriotisme. La Convention nomma successivement Diethman et Beysser généraux en chef de Farmée des côtes de La Rochelle , mais ils ne le furent ni Tun ni Pautre. Le secoild même eut à lutter contre un décret qui le mit hors la loi , comme signataire d^un acte d^adhé-^ sion à un système fédératif et de protestation contre les événemens du 2 juin ; mais il rétracta sa signature ^ et la Convention se contenta pour le moulent de le mander à sa barre.