CHAPITRE V
Nouveau plaa de camptgne contre les royaUstes. — Canclàui^ cJt Âubert-Dubajet sont rappelés. -^ Lechçl est nommé général en. chef de Tamiée de l'Ouest. — Expédition de Ghalbos sur Ghâ^ tillon. -— Action hardie de Westermann qui prend cette ville , y met le feu étPévacue. — Position critique de rarmëe catholique* et nfyslê, dont les généraux tiennent conseil et arrêtent le ; passage de la Loire. — Détails sur la prise de Mortagne , d^ GhoUet et de Beaupreau par les républicains. -7- Gharette fait une trouée, et s'empare de Noirmoutierç. — La grande armée^ des royalistes paissje la Loire i Saint-Florent-4e-Yieiix. -* Le4'. républicains trouvent dans cette ville six cents des leurs que le»; royalistes avaient faits prisonniers.
Ls comité de salut pnblic arrêta ( i ) un nouveau plan de campagne pour le mois d^octobre. Celui ' de Saumur n^avait pas réussi , parce qu^il n^y avait pas eu dVccord entre les représentaBs du peuple et les généraux. Cette foîs-ci la vcdoncé do gou-^' vemement, notifiée à tous, les contraignit à mettre plus d^ensèmble dans leurs opérations. D^aiUeurs , il: était décidé qu^il n ^ aurait plus qu^un seul cora^» mandant en chef pour toute Farmée opposée aux royalistes , qu^on appellerait désormais Tarmée de rOuest. Une autre disposition principale de ce
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(1) Octobre!
plan était quà fur et mesure qu^on irait en avant ^ on brûlerait toutes les villes, bourgs, villages ^ hameaux , châteaux et chaumières qu^on renconti;erait; et ce qui n'était paà moins insensé, toutes les forêts et tous les bois. La commission centrale de» députés réunis à Saumur ^ait aussi obtenu que Canclaux et Aubert-Dubayet seraient rappelés. Ces généraux sMtaient remis en marche dans les premiers jours d'octobre, et avaient battu vingtcinq mille rebelles à Saint-Symphorîen. A Pissue de cette glorieuse aflfaire qui prépara les succès dont nous allons parler, ils reçurent leurs ordres de rappel. Cette nouvelle mit la consternation dans Parmée. Ils dirent aux soldats qu'ils n'étaient pas moins citoyens que guerriers ; que leur premiier devoir était d'obéir au gouvernement, et qu'ils espéraient de leur attachement , que , quelque fussent les généraux qui les commandassent , ils ne . démentiraient pas leur réputation de valeur. Heureusement les Kléber, les Beaupuy, les Haxo, les Sainte-Suzanne restaient à l'armée. Canclaux fut remplacé par Rossignol , et le commandement général échut à un nommé Léchelle qui , ^suivant l'esprit du temps , crut se faire beaucoup d'honneur, en prenant le titre de général sans-culotte.
Chalbos, que. nous avons vu faire une retraite, prématurée , ne larda pas à se remettre en cam- . pagne; ilavait sous ses ordresles généraux Chabot et Westermann. Il s'avance vers Chàtillon. La mort et
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lïnccndie annoncent son arrivée. Le généraliiisîine d'Elbee, Lescure et La Rochejaqueleîn rassemblent en diligence quinze mille Vendéens, leur rappellent leurs derniers exploits à Saint-Fulgent, et attendent. Tennemi dans la plus fière contenance sur les hauteurs de Chàtillon. Tel était Tordre de marche et de bataille des républicains : deux colonnes devaient commencer Tattaque et prendre en flanc les royalistes, tandis qu^un corps de réserve, commandé par Westermann, viendrait achever de les exterminer. Ceux-ci avaient Pavantage de la position, néanmoins les deux colonnes sWancent, on se salue de part et diantre à coups de canon. . On se rapproche, on se fusille, la victoire est incertaine. Lescure et La Rochejaquelein donnent, à la tête d'^un corps dVlite , sur la colonne de droite et rébranlent; d^Elbée tombe sur celle de gauche, la rompt et la met en fuite; mais Westermann parait avec son corps de réserve et arrête les progrès de Tennemi. 11 commençait à faire nuit. Les Vendéens croyant avoir battu et chassé Tennemi de manière à lui ôter Tenvie de revenir, rentrent à Cbâtillon , se livrent à la joie et s'^enivrent de vin et d'eau-de-vie. Cependant Westermann, informé de ce qui se passe chez eux , forme le dessein de les surprendre : il pénètre, à la faveur des ténèbres et dans le plus grand silence, au premier poste. La sentinelle lui crie : Qui vive ? Royaliste , répond-il ; il égorge le poste , et passe. Il est re-
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connu au second ; mais il n^est plus possible c^ Tarréter. L^alarme se répand dans la ville, le^ ro^ya-r listes en sortent et fuient en faisant feu d^ toutes parts. La légion de Westermann plie ^ mais tee f^ nérai^ joignant la fureur à son ardeur bouiUaate y quitte son habit et me à ses chasseurs : « Abandonn » nerez-vous votre général, et souffrirez - voué^ r> qu^il périsse seul au champ d^honneur ? » A pemcr a-t-^il prononcé ces mots , qu'ail s^élance au milieu( des ennemis , ]e bras Uu et le cabre à la main ). il renverse tout ce qui s^oppose à son plissage* Son exemple entraîne sa légion qui fait im . çar-^ nage épouvantable d^une quantité prodigieiïse. d)^^ royalistes restés ivres dans les rues* Ensuite il fait mettre Je feu à la ville ^ et les deux colonnes-, républicaines viennent le rejoindre a la lueur d^ Finr cendie» Ainsi ChâtiUon^ d^abord courageusemei^ir défendu par quinze mille hommes , tomba; au ppi:)r voir de quinze cents braves commandés par uq chef intrépide. Westermaoti, qui se rappelait Oie qui|^i était arrivé lo^squ'^il avait pris cette vijle pô^ la première fois , ne voulut point attendre quç Ten-^ nemi , revenu de sa surprise , vint Feu chasser xle nouveau* Il TévaK^ua avec toute Farmée d^i génial Chalbos dans la nuit même. Les royalistes en effel se rallient, et s^approchent dans le dessein de surprendre à leur tour les républicains : ils sopt biep étarmés de ne voir autour de la ville aucunes dispositions militaires. Us entrent, et ne seti)blent
être vertus que pour être témoins des ravages de Pincendie , et de la ruine des édifices et des maisons qui croulent avec fracas sur les cadavres de leurs compatriotes. Le projet des républicains était d^éloigner Fennemi des côtes et de le concentrer au milieu du Poitou. Ainsi , pendant Pexpédition du général Ckalbos sur Châtillon , Tarmée réunie à Nantes et dans les environs se partagea en trois colonnes : la première traversa les districts de Machecoul et de Challans; la seconde passa par Montaigu et Tiffauges, et la troisième, composée de quatorze compagnies de braves grenadiers , vint faire sa jonction à Chantonnay avec la division de Luçon commandée par le général Bar.
Diantre part , les divisions de Doué , Saumur et Angers ) chassèrent r#nnemi des postes de Vézins, Vihiers et Coron. Jamais les Vendéens ne sVtaient vus serrés de si près. Dans ces conjonctures difficiles , les chefs des divisions de TAnjou et du Haut-Poitou délibérèrent sur le parti qtfil conviendrait de prendre ^ afin de se ménager une retraite. Le prince de Talmont , jeune homme impétueux , parla ainsi : n Messieurs , le seul parti que » vous ayez à prendre est de vous assurer sans » délai d'un poste sur la rive droite dé la Loire , » afin que si nous éprouvons de nouveaux revers , * et que nous ne puissions tenir dans ce pays >» contre la réunion des colonnes républicaines , )» nous passions librement ce fleuve y et que nous
nous répandions ensuite dans la Bretagne, la Normandie, le Maine, FAnjou : ces vastes contrées oflFrent une nouvelle carrière à notre valeur; de nombreux partisans y augmenteront nos forces.
» Voudriez-vous sacrifier ce que vous avez de plus cher, vos épouses, vos enf^^ns et vos vieux parens, qui ne peuvent plus supporter les fali-* gués d'une vie errante et misérable ? Leurs chaumières, leurs habitations, leurs subsistances, sont , vous le savez , la proie des flammes. Procurons des asiles à cette multitude impuissante,, et elle en trouvera quand nous aurons mis la Loire entre les républicains et nous. LVnneroi n'a pas de forces à nous opposer sur l'autre rive ; les villes tomberont en naffe pouvoir ; nous au*rons^des subsistances et de nouveaux moyens dé continuer la guerre avec succès ; el si tant est que les destins nous soient contraires, nous aurons au moins la consolation dé laisser le dé-^ pôt sacré de nos familles dans l'enceinte des I» nouveaux remparts que nous nous serons faits* » Si ces motifs pùissans n'étaient pas capables » de vous déterminer, j'en ajouterai un autre qui » nous touche de plus près , nous chefs , à qui il )) ne restiç. aucune retraite , et qui n'avons aucun » quartier à attendre des républicains, si notre )} armée est vaincue et dispersée par eux de ma- » nière à ne plus pouvoir se rallier : c'est qu'en
» tirant nos compatriotes de leur pays , nous les )) attachons sans retour à notre fortune , nous en )) faisons une armée permanente et indissoluble; » enfin, nous les mettons dans la nécessité de )) vaincre ou de mourir avec nous. »
Cet avis fit la plus grande sensation dans le conseil. Le généralissime voyait d^une autre manière, et dit:
« Messieurs, il n'est ni de notre intérêt, ni de » celui de la cause que nous défendons; de mettre )> à exécution le projet qui vous est proposé. Il est » un axiome que vous connaissez, et dont la réa- » lité a fait jusqu'à présent votre force : c^est qu^on )) ne se défond jamais mieux que chez soi.
)) Si nous traversons la Loire , les républicains )' nous atteindront infailliblement sur Pautre bord, )) et une seule bataille peut décider de notre sort M et ruiner à jamais notre parti. Nous ne serons M pas là, comme ici, défendus par des bois, des fo- )> rets immenses , des défilés qui ne sont connus » que de nous , des hauteurs d'un côté et des ma- )> raïs impénétrables de l'autre. Vos femmes , vos » enfans et vos vieux parens n'y seront pas plus j) en sûreté qu'ici ; il faudra que vous les traîniez w continuellement à votre suite. Pourrez-vous les >> laisser dans les villes à mesure que vous avan- '» cerez dans le pays ? Si vous le faisiez sans >' mettre à côté d'eux assez de forces pour les dé- » fendre , vous les sacrifieriez à la vengeance de
M Peimemi qui n^pargne nî Tâge ni le sexe. El ' )) dans votre plan de former un corps d'armée per- I) manent , vous ne pouvez étabi ir de garnisons sans » vous affaiblir et vous mettre dans Fimpuissance » de faire tête à Fennemi.
» D'ailleurs , pensez-vous trouver des subsisn lances dans les déserts de la Bretagne ? Vous ne » pourrez y marcher qu'yen masse , et vous n'aurez > jamais assez de vivres pour la multitude que » vous entraînerez.
» Il vous reste encore des ressources dans votre -)> propre pays ; les républicains , à qui tout leur » attirail de guerre ne permet de parcourir que » les chemins faciles j ont , il est vrai , incendié les yt villes et villages qui se sont rencontrés sur leur d) route , mais ils n'ont pas pénétré dans les cam- » pagnes et dans ces marais fe!rtiles qui soiifvos ») greniers d'abondance.
» Croyez-moi , Messieurs , croyez-en celui qui , » lié par les mêmes intérêts que vous , et honoré )) de votre confiance, ne se dissimule pas vos » dangers , mais aussi ne désespère pas de votre » cause. Repoussez donc un avis spécieux, et ne » vous livrez pas avec une aveugle confiance à ^ l'exécution d'un projet qui causerait votre perte » et entraînerait celle de tout ce que vous avez de » plus cher. »
Quelque sage que fiit cette opinion , elle ne détruis t point l'impression qu'avait faite le discours
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du prince de Talmont, et le sentiment d'un danger trop présent contre lequel il convenait de se précautionner. En conséquence , le conseil arrêta que quatre mille hommes d'élite iraient s'emparer de Varades, petife ville située au-delà de la Loire, vis-à-vis Saint-Florent-le-^Vieux , où ils devaient attendre Fissue des combats qui allaient se livrer dans la Vendée, Ce poste fut aussitôt emporté.
Cependant les républicains s'avançaient ; ils trouvèrent les Herbiers évacués. Instruits que l'ennemi avait fait sa retraite sur Mortagne , ils l'y suivirent et y exterminèrent une faible garnison qui y avait été laissée pour les amuser devant celte place, et donner le temps à la grande armée de se rassembler en avant de Chollet.
Quand on considère l'excellente situation de Mortagne, bâti sur la cime d'un roc, on a peine à concevoir comment les royalistes ne firent pas plus d'eflForts pour s'y maintenir. Les républicains y mirent le feu. Ils réduisaient au désespoir les habitans des villes et des campagnes , qui se cachaient dans les bois dans la crainte d'être tués dans leurs maisons ou dans leurs chaumières; d'autres, plus courageux , suivaient l'armée royale, afin de défendre au. moins leur vie.
Qu'il me soit permis de peindre ici l'horreur qui régnait dans ces contrées que j'ai parcourues immédiatement après le passage des républicains. Je ne vis pas un seul homme à Saint-Hermand , h
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Chantonnay, ni aux Herbiers : quelques femmes avaient échappé au fer. Tout ce que je pus voir de maisons de campagne et de chaumières, sur la route et dans les bois riverains , était la proie des flammes. Le ciel était obscurci de fumée. Quantité de cadavres répandus ça et là commençaient à infecter Fair. Les troupeaux n'^osaient approcher de lem*s étables incendiées ; les bœufs , les génisses, les taureaux égarés faisaient retentir les échos de leurs mugissemens prolongés. Je fus surpris par la nuit ; mais loin que ses sombres voiles vinssent me dérober les ravages de la guerre, le reflet des incendies, qui éclairait ma marche incertaine, me les reproduisait avec plus d'horrçur. Au bêlement des troupeaux, au beuglement des taureaux , se joignirent le croassement des corbeaux et les hurlemens des animaux carnaciers , qui , du sein de leurs retraites obscures, venaient dévorer les victimes éparses des combats. Enfin , j^aperçus dans le lointain et dans la direction de la route que je tenais y une colonne de feu qui grossissait à mesure que j'^avançais. Ce tait Mortagne qui brûlait. Qu^on se fasse une idée , si Ton peut , du désastre de cette; ville où je ne trouvai que quelques femmes éplorées et occupées à retirer leurs effets du milieu des flam-
mes !.
Mais revenons à Farmée républicaine. Elle se dirigea vers ChoUet. La situation de cette viUe la rendait propre à une vigoureuse défense. Son chajteau
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dominait la campagne* Les royaliste^ y avai&nt con-^ centré leurs forces et parqué une quantité prôdi-^ giease d^artillerie. Depuis la prise de Châtillon ^ Chollet était letir principal boulevard , leur citadelle , lé dépôt de leurs prisonniers , leur arsenal , le centre de leurs plaisirs ; la noblesse des environs sy était réfiigiée. Les dames y donnaient le ton de la bonne compagiiie; la belle jeunesse y venait faire son cours de chevalerie; les équipages y étaient multipliés; spectacles ^ bals , cercles^ concerts, ce*rémonies religieuses , tout concourait à rendre bril'làût et agréable le séjour de cette petite capitale du royaume des insurgés. Sa conservation leur devenait d'autant plus nécessaire que ^ s'ils étaient con-^ traints de Févacuer, et que la république eût à leur opposer sur la rive droite de la Loire des troupes capables , sinon d'empêcher^ au moins de gêner et de retarder leur passage , il était difficile qu'un seul d'entre eux échappât au fer des républicains ; aussi se battirent-ils eU désespérés. Mais Lescure, l'un des ùhek en qui ils avaient le plus de confiance , ayant été atteint d'un plomb mortel , ils se découragèrent etse retirèrent vers Beauptéau. Ainsi Chollet tomba au pouvoir des républicains^ Mais tandis qu'ils se livrent au pillage de cette ville , et qu'ils commencent à incendier ses faubourgs , l'armée vendéenne revient à la charge : son aile droite met en déroute la division de Luçon ; le général Barre est dangereusement blessé ; le brave Leconte est
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tué. La victoire parait s'^enchainer au char deçToya- L'stes. Le vaillant Haxo Yen détache , la ramène et ]la fixe parmi les républicain^. Il commandait la résjerve de Mayence : elle frappe de si terribles coups qu^^elle force Pennemi de plier à son tour. A cet aspect ^ toute Tarmée reprend courage ; le combat se ranime ; le choc e^t impétueux ; Ten^ nemi fuit de toutes parts. Le généralissime d^Elbée^ Bonchamps et La Rochejaquelein voyant la bataille perdue , font , à la tête d^un escadron de cent cin-r xpiapte cavaliers , des prodiges de valeur pour protéger au moins la retrs^ite des leurs ; maïs le brave Beaupuy rend leurs efforts inutiles. Après avoir eu trois chevaux tués sous lui, il parvient à rompre cet escadron redoutable. Bonchamps e^t dangereusement blessé ; d^Ëlbée reçoit ^ne balle dans la poitrine : on le retire de la mêlée, et on le conduit à Beaupréau où La Bochejaqueleii^v sorti sain et sauf de tous ces combats, rallie les siens. A peine ont-ils pris quelques heures de repos, qu'ail leur fait continuer leur retraite si^r $aint*-Flor rent. Les républicains entrèrent dans Beaupréau peu d^instans après quHl Feu l évacué, et y firent les mômes ravages qu^à Chollet et à Mortagne.
D'Elbée était d^ns un état de danger tel qu^il ne pouvait plus commander : voyant d^ailleurs qu^on s'^obstinait , contre son avis, à passer la Loire, il quitta Tarmée catholique et royale, se fit transporter dans Tintérieur des terres, et y resta caché
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jusqu^à ce qu^ayant su que Charette sVtaît empare de nie de Noirmoutiers , il s^ rendît
Charette aussi n^avait aperçu dans rexëcution du projet qui tendait à tirer les Vendéens de leur pays, que la ruine du parti. Aussitôt qu^il le sut, il dirigea ses batteries vers un autre objet, et abandonna les royalistes de TAnjou et du Haut- Poitou à leur destinée. Il avait avec lui environ quinze mille hommes : il leur fît faire une trouée entre Montaigu et Clisson, et les mena droit à Noirmoutiers en passant par Saint-Philbert, Saint- Même, 'le bois de Séné, Beauvoir et la Crosnîère. Noirmoutiers est île au flux de la mer y et presqu^île à son reflux, parce qu^alors trois quarts de lieue environ de terrain sont découverts. A certaines distances on a placé des pilliers pour diriger Id voyageur : cependant quelqu^habile quMl soit, s'il n'a pas déjà travei'sé ce gué , ou s'il n'est pas conduit par un guide, pour peu qu'il dévie de sa ligne, il court les risques de s'engloutir- daps un limon très-profond. D'un autre côté, s'il ne saisit pas l'instant propice pour, effectuer le passage et qu'il soit surpris par la marée montante , il court encore le danger d'être enseveli sous les eaux.
Charette, arrivé à temps utile pour traverser le gué, abdrda bientôt l'île qui n'était défendue que par un faible bataillon , dit des chasseurs de la Manche. Ce corps ne put résister à l'impétuosité de quinze mille hommes qui considéraient
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Noirmoutiers camme le terme de leurs fatigues et de leurs privations. Il fît sa retraite sur la ville. On y délibéra si Ton ferait résistance ou si Ton se mettrait à discrétion des royalistes. Les citadins opinaient asse^ pour le premier parti ; mais quand ils surent que les habitans de Barbâtre, bourg situé à rentrée dé l'île, sVtaient joints aux insurgés et marchaient avec eux contre la ville j alors ils furent d'avis de se rendre. On doit pourtant en excepter quelques républicains, qui se hâtèrent de s'embarquer sur les premiers bâtimens dont ils purent se saisir dans le port, et qui firent voile, les uns vers les Sables, les autres vers Paimbœuf et Nantes, Une partie de la troupe de ligne se sauva ainsi; Vautre s'enferma dans le fort de la place avec son commandant , et y fut faite prisonnière de guerre. Toute l'île tomba au pouvoir de Charette, pour ainsi dire, sans qu'il ait eu besoin de tirer l'épée. On verra que ce coup heureux ressuscita le parti royaliste dans la Vendée, après la destruction de la grande armée atlNlelà de la Loire. Les Marais et le Bocage deviendront encore le berceau de la guerre la plus meurtrière, dans laquelle Charette figurera pendant plus de deux ans comme un des plus habiles partisans dont l'histoire ait fait mention, et luttera contre des forces innombrables et toujours renaissantes.
Je me suis un peu étendu sur la prise de Noirmoutiers, afin de ne revenir à cette île que lorsque le
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général Haxo en formera le siège. Reprenons actuellement la marche des armées.
Les royalistes étaient à Saint-Florent ; ils se saisirent de toutes les barques et bateaux qui se rencontrèrent sur la côte. Les quatre mille hommes que nous avons dit s'^étre emparés de Varades leur en procurèrent aussi. On fit des radeaux avec des branches dVrbres et des planches de merrain. Les femmes, les enfans, et les vieillards furent embarqués les premiers; ensuite Tarmée, forte de trente à quarante mille hommes^ passa. A peine ses derrières étaient-ils embarqués, que Tavant-garde des républicains arriva à Saint-Florent. Elle y trouva six mille prisonniers que les royalistes avaient faits et à qui Bonchamps et Lescure, quoiqu^atteinls de blessures mortelles, ne voulurent pas qu^on ôtàt la vie.
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