‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 16 sur 30 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Atrocités commises dans la Vendée. — Attaque et prise de Ghollet par les royalistes. — WeStermann accusé d'être l'auteur de la résurrection de la Vendée. — • Gharettè chasse les républicains du poste de Légé , et en est chassé à son tour ; il est vivement poursuivi et réduit aux abois. -— La Rochejaquelein tué dans une escarmouche. — Haxo se brûle la cervelle pour ne pas tomber vivant dans les mains de Tennemi. — Portrait de ce général.

Apres la prise de Noirmoutiers, le général en chef TuiTeau crut qu^il ne lui restait plus d^ennemis à combattre que quelques misérables sans forces et sans autre volonté bien déterminée que celle dMchapper à la mort par la fuite: pour les atteindre^ il ordonna que plusieurs colonnes , sorties de différens points, ^ feraient une tournée militaire dans Tintérieur du pays , et ramasseraient en même temps toutes les denrées et les bestiaux qu^elles rencontreraient.

Elles ne bornèrent point là leur mission : elles pillèrent , incendièrent et égorgèrent ; une d'elles surtout, dite la colonne infernale, se distingua par ses atrocités; elle dirigea sa marche sur Palluau. A son approche y les habitans s'enfuirent et se cachèrent dans les bois; quelques femmes seulement restèrent avec leurs petits enfans, et se réunirent

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dans une même maison où elles avaient chauffé le four. L^ colonne arriva , les soldats se dispersèrent, et enfoncèrent les portes des maisons. Un groupe de ces barbares entra dans celle où étaient ces mal-; heureuses femmes et ces enfans, il en égorgea plusieurs^ plongea le reste tout vivant dans le four aident dont il ferma Pentrée, et combla Thdrreur en mettant le feu à4a maison. ,

La même colonne passe par le Poireau, et. défile dans la principale ruej une jeune fille de la plus rare beauté accourt et se met sur le seuil de sa porte pour voir passer la troupe ; un officier la fixe de loin , et quand il est auprès d^elle lui fend la tête d'un grand coup de sabre et la renverse à ses pieds. Il n'avait d'autre motif que, parce qu'étant restée dans le pay^, elle devait nécessairement être du parti des brigands. Telle aussi était l'opinion de Carrier qui ne voulait pas. qu'il fût resté dans la Vendée un seul habitant dont les intentions fussent pacifiques; opinion qu'il énonça à latrie bune de la Convention nationale, en conseillant d'exterminer toute la population de cette malheu-^ reuse contrée.

Le général Haxo lui-même ne put empêcher que^ dans l'arrondissement qu'il commandait , il ne se commit des cruautés (i). A une petite commune située dans la forêt de Prince , il y eut près de

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trois, cents femmes et enfans de noyés ou égorgés. Le grand expéditionnaire de ce canton était un adjudant-général dont la résidence était Bourg-neuf; on a rapporté de lui un trait abominable. On avait arrêté dans le voisinage trente femmes environ , une dixaine d^enfans et un vieillard; on supposait les femmes et le vieillard d^intelligence avec les royalistes qui sMtaient réfugiés dans les marais. Ils sont conduits à Tadjudant-^ général qui les fait enfermer. Cependant plusieurs personnes réclament le vieillard. Un commissaire des guerres assure qu^il a rendu de très-grands services aux républicains qu^il a indiqué des -dépôts de blé qu^on a enlevés et qui ont servi à la subsistance de Farmée. L^adjudant-général paraît prendre ses ser* vices en considération, et dit que son intention nVst pas qu^on le mette à mort; mais qu^U le fera transférer à Nantes avec les femmes et les enfans quW avait amenés; il indique le patronqui devait les embarquer, et invite le commissaire des ^ua;Tes à faire porter à son bord du riz et du lait i>ouy la nourriture des enfans pendant la traversée. Rien ne pouvait inspirer plus de confiance ; le commis^ saire s^acquitte de sa commission avec le zèle qu^inspire Thumanité; mais que fait le général? Il écrit au patron et lui ordonne de faire noyer sa cargaison quand il sera à une lieue en mer. Cet ordre barbare est exécuté. On croyait à Bourgoeuf que les prisonniers avaient été conduits à Nantes..

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Le crime fut bientôt découvert : trois semaines après cet horrible événement , le maître de barque présenta au visa du commissaire des guerres différentes pièces concernant plusieurs voyages qu^il avait faits pour le service militaire; quelle fut la surprise , Tindignation et la douleur profonde de ce fonctionnaire, quand, en feuilletant ces pièces, il trouva Tordre dont nous venons de parler ! Alors le patron se mit à pousser des sanglots et à sucrier quHl était un homme proscrit du ciel et de la terre ; qu^il avait commis un forfait épouvantable , et que la vengeance divine s^gppesantirait un jour sut lui.

Cet adjudant-général a été mis en jugement pour ce fait et acquitté , parce qu^il a dit avoir reçu des ordres primitifs du général Haxo, en vertu desquels il a agi ainsi; mais dans la supposition que ce dernier lui eût en effet donné des ordres , ce ne pouvait ét# de faire noyer des femmes, des enfans , un vieillard! Il n^est pas croyable que tels fussent les ordres du général Haxo ; ils auraient été trop contradictoires avec sa propre conduite , puisquHl donnait des billets de garantie aux paysans qui venaient implorer sa clémence et lui promettre de rester tranquilles dans leurs chaumières.

' Il se passa une scène non moins effroyable au Val-de-la-Molière , couvent de religieuses aux environs de Saint-Méme. On avait appris que Cha-

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rette , blessé au bras, s'y était retiré. Sa capture eût été bien intéressante et eût fait beaucoup d'honneur au général. En conséquence , il fit commander un détachement de quatre cents hommes du 4"* bataillon des Vosges ; il|pt à sa tête un capitaine intrépide , à qui il ordonna d'aller cerner et prendre d'assaut le couvent. Le détachement partit de Machecoul à onze heures du soir et arriva sur les deux heures du matin à la porte du Val. Charette eut le bonheur d'être éveillé et averti à temps par quelques coups de fusil tirés trop tôt ; il sortit à la hâte da son lit et se sauva avec quelques cavaliers. Mais les rehgieuses y plusieurs femmes du voisinage et quelques petits enfans s'étaient réfugiés dans l'église. Dans un temps où les principes de religion supposés dans un individu ^ffisaient pour le perdre , cet asile ne fut point respecté. On se vengea sur ces malheureuses victimes d'avoir laissé échapper la proie qu'on désirait : on les égorgea sans pitié. Un enfant de sept ans , que sa mère serrait contre son sein, se mit les mains devant les yeux et dit au barbare qui s'élançait pour les tuer : « Je vous en prie, dépêchez-vous de me faire » mourir le premier , afin que je ne voie point tuer )> ma mère. )>

On ne sera plus étonné que des hommes qui se sont livrés à ces excès de barbarie , aient porté des enfans au bout de leurs baïonnettes et qu'ils en aient brûlé d'autres . dans leurs berceaux ; qu'ils aient

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viole et ensuite égorgé des femmes sar les autels, et qu^àvec la pointe de leurs sabres ils aient gravé ces actions infâmes sur la pierre teinte du sang de leurs victimes. ^

J^ai vu et lu une inscripVi de ce genre dans là chapelle 'du château de la Salle, près MachecouL On n^a pas d^expression pour peindre toutes les horreurs que Tindiscipline , la licence la plus libidineuse et Tirréligion ont fait commettre dans ce temps de vertige et de fureur.

Qui n^a pas entendu parler des cruautés d^un général de brigade qui a commandé à Luçon ! Un chirurgien de Tarmée est fait priçcmnier par Charette, et emmené dans le Bocage; on lui laisse la vie à condition qu^il pansera Içt 'blessure dé ce chef qui avait été atteinf d^un coup de feu au bras. Fatigué de suivre les royalistes , il épie Toccasion de sVchapper , la trouve et la saisit. De retour parmi les républicains , il expose ses malheurs , la perte de ses effets et la détresse de sa famille ; il intéresse et obtient un emploi pour Thopital militaire de Luçon. Il apprend qu'un général com*mande dans la place ; il lui fait une visite. Le général Taccueille avec bienveillance et Pinvite à déjeuner. Le chirurgien accepte. On se met a table. Au milieu du repas, le général lui demande d'où il vient. Le malheureux raconte ses aventures , sa détention parmi les royalistes , et ce qu'il a été obligé de faire pour conserver l'existence. Alors U

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général fronce le sourcil , se lève , et transporté de fureur et de rage, lui dit : u Gomment ! tu as été le I» maître de tuerie chef des brigands en le panï> sant , et tu ne Pas pas fait ; va , tu n^es qu^un I» brigand toi-même , et tu périras. » Aussitôt il fait appeler quatre fusiliers qui le saisissei^t. Il leur donne son mot. Cet infortuné pâlit et veut balbutier quelques paroles pour sa défense. On Tem-^ mène dans le jardin contigu à la maison du général , on le fusille , on le dépouille , on Tenterre ; pendant ce temps-là le général continuait son déjeuner,

Est-Il possible de renchérir sur la barbarie de ce trait? Cependant on en a rapporté d^autres du même homme , accompagnés de circonstances d^obscénités et d^horreur encore plus exécrables. Ge serait salir ma plume que dVn faire 1^ récit. Ce monstre avait un raffinement de perfidie incroyable , et $Vtudiait à arracher des habitaus simples des campagnes des aveux, ensuite desquels il les condamnait à mort. Il était aussi la terreur de ses soldats. Un jour il en tua un de sa piropre main, parce quVtant en sentinelle, il n^avait pas crié qui vwe ! en le voyant arriver. .

Le nouveau plan de campagne du général Turreau m^a entraîné plus loin que je ne voulais, et mV fait soulever un coin du voile qui couvrait les horreurs de la Vendée; jç me hâte de rabaisser et de reprendre le fil des événemens.

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Nous avons vu que La Rochejaquelein et Stofflet ont repassé la Loire avec quelques centaines d^hommes à Ancenis. Ils infestaient la Haute-Vendée, c'est-à-dire les campagnes de Cfaâtillon, d'Ervault^ de Thouars et de Chollet , etc. Les mesures rév<olutionnaires adoptées par la Convention nationale , exécutées et outrées par ses députés près les armées et par quelques généraux, grossirent leurs *bandes. Ils étaient à la tête de quatre mille hommes. Déjà enhardis par quelques succès , ils osent venir attaquer Chollet. Le combat s'engage avec chaleur et opiniâtreté; les républicains sont battus (i). Leur général, après des prodiges de valeur, se tue pour ne pas tomber vivant entre les mains des royalistes qui entrent victorieux dans la ville.

Le bruit de la prise de Chollet retentit dans toutes les contrées voisines et jusqu'à la voûte du palais de la Convention nationale. On ne dit pas , ou on ne fit pas attention que le général Cordelier en avait chassé l'ennemi deux heures après. On se fixa sur un seul point , et on n'eut qu'un seul sentiment qui fut celui de l'étonnement. Comment ! se disait-on, ce parti qu'on a tant de fois annoncé comme anéanti, est encore assez audacieux et assez fort pour oser venir combattre nos phalanges et attaquer nos villes! Hier, chacun répétait avec assu-

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rancc : Il n^ a plus de Vendée ; aujourd'hui , la voilà qui renaît de ses cendres aussi terrible que dans ses commencemens.

Comme on cherche des causes à tout, et que Pesprit de parti aveugle au point de faire considélier comme les véritables celles qui souvent n'ont aucun trait aux événemens, Couthon, du haut de ]a tribune, accusa Westermann d'être Fauteur de la résurrection de la guerre civile. « Il a, dit-il, )) fait distribuer à des communes de la Vendée , )i trente mille fusils pris fur les royalistes. » Quoique ce nombre me paraisse exagéré, on n'oubliera pas de remarquer que si , faute de moyens de transport, Westermann laissa des armes au pouvoir des administrations municipales établies sur la rive droite delà Loire , les nouvelles scènes se passaient bien avant sur la gauche. D'ailleurs, ce général n'était pas le seul qui commandât aux affaires du Mans, de Laval, d'Ancenis et de Savenay ; le crime qu'on lui imputait était commun aux autres officiers supérieurs, ou plutôt il était chimérique. Sa franchise militaire avait déplu à certains représentans en mission , et au parti des sans-culottes Rossignol et Ronsin. On ne désirait qu'un prétexte pour le perdre : si ce n'eût été celui-là , le tribunal de mort, fécond en ressources , lui aurait appliqué son protocole ordinaire, et l'aurait accusé d'avoir médite l'assassinat du peuple français. Le plus intrépide général de l'armée, que ses exploits avaient fait surnom-

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mer la terreur de la Vendée , périt sur Féchafaud. Le ig pluviôse, |]lharette surprit et enleva le poste de Légé , petite ville dont la situation était très-avantageuse. Elle avait alors pour garnison le troisième bataillon de la Gironde et le premier dies chasseurs de la Manche , qui se replièrent dans le plus grand désordre sur Machecoul , en abandonnant à Fennemi deux caissons pleins de. munitions de guerre , deux pièces de canon , seize chevaux dWtillerie , cinq cents habits de volontaires nationaux , quelques centaines de paires de souliers , du pain et de Feau-de-vie. Quelques jours auparavant Charette avait déjà .pris à Pont-James un convoi de cinq cents paires de souliers. Le général Haxo témoigna toute son indignation aux chefs des deux bataillons à qui il reprochait de n^avoir pas fait leur devoir; il leur commanda d^aller reprendre le poste de Légé, et leur donna pour appui, dans cette expédition , le brave premier bataillon des grenadiers de FArdèche , qui en débusqua les royalistes trois jours après qu^ils s^en étaient emparés. En même temps une partie de la division de Farmée du Nord , commandée par le général Duquesnoy , tomba sur Charette, et lui tua environ huit cents hommes. Ensuite Uaxo se mit à le poursuivre dans le Bocage, à la tête d^une colonne de quatre miUe hommes , tant infanterie que cavalerie (1). Il le harcela telle-

(1) Vcnlôse.

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liient cju^il ne se passait pas une journée sans qu^il y eût de part et d'autre quelque escarmouche. La colonne républicaine ne prenait de repos que le temps qu'il fallait pour recevoir ses vivres ; elle décampait aussitôt et marchait à la rencontre de Tennemi qui évitait toujours le combats C'est pendant cette chasse que Charette déploya tout son talent et justifia ce que d'Ëlbée avait dit de lui ^ savoir qu'il était un excellent voltigeur. Souvent le général Haxo croyait l'atteindre et le tenir, et il lui échappait au point qu'on n'avait plus aucune trace de son armée ; tantôt en avant , tantôt sur les flancs ou sur les derrières du général, il le forçait à mille marches et contremarches. Cependant, Haxo ne se rebuta point; il enleva toutes les denrées qu'il rencontra dans sa course , et fit brûler tous les moulins et tous les fours existans, en sorte qu'il mit Charette aux abois ; les hommes qui le suivaient étaient pâles et desséchés. N'ayant plus le temps ni la commodité de faire du pain, ils avaient devant eux un petit sac en forme de giberne, ils le remplissaient de farine ou de blé, et quand ils avaient quelques instans de repos, ils faisaient, de cette farine ou du blé qu'ils avaient écrasé entre deux pierres , une pâte qu'ils faisaient cuire sur des tuiles. Telle fut leur nourriture pendant à peu près trois semaines. Il faut convenir que quand des froupes sont réduites à une pareille extrémité, et que néanmonis elles demeiu'ent ferme-

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ment attachées au parti qu^elles ont embrassé , cVst quelles y sont mues par de puissans motifs, La certitude de la mort en tombant dans les tnains de Fennemi , la crainte de la violation du droit des gens dans le cas d^une reddition yoloniaire, et plus que tout cela la comparaison qu^on leur faisait faire d^eux avec les Israélites, leur existence fugitive comme la leur dans le désert, leur manière de vivre presque semblable avec des pains sans levain , Fassurance de la protection spéciale du ciel qui n^abandonnait pas son peuple chéri ; tous ces motifs, tant natm*els que religieux, retenaient les Vendéens auprès de Charette qu^ils considéraient comme un nouveau Moïse.

Il y avait dans Tarmée catholique et royale une dame de La Rochefoucauld qui commandait un peloton de cavalerie, et combattait avec un cou-^ rage égal à celui des plus vaiUans capitaines. On la surprit pendant la nuit, dans une ferme, avec un de ses compagnons d^armes ; on la conduisit aux Sables-d^Olonne , et on la fusilla sur le bord de la mer.

Pendant que Charette est vivement poursuivi , i^fflet est repoussé de devant Baupréau où le général Cordelier lui tue quinze cents hommes. Quelques jours après Huche fait une sortie de ChoUet et passe cinq cents royalistes au fil de epee.

Cesl vers cette 4&poque qtfon doit placer la mort

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du courageux La Rochejaquelein qui avait succède à d'Eibée dans lé commandement en chef de Tarmée catholique et royale sur la rive droite de là Loire. Cette prééminence , dont la conservation eût été si nécessaire à cause de Tunité d^action qui eii serait résultée, ne lui fut plus reconnue à son retour sur la rive gauche. Stofflet et Charette prirent le commandement absolu chacun dans leur pays. Cette indépendance ne contribua pas peu à la ruine totale dn parti. La Rochejaquelein la pressentait : jalolut de n'y pas survivre , il af&ontait dans les combatÀ les dangers les plus imminens, et aspirait à la mort glorieuse de Lescure et de Bonchamps ; mais une rencontre obscure la lui procura. Un volontaire voyageait isolément et se rendait de Doué à ChoUet. Là Rochejaquelein se rafraîchissait dans une au-^ berge située sur la route : il nMtait accompagné que d'une ordonnance qui lui tenait lieu de domestique. Aussitôt qu'il aperçoit le volontaire , il monte à cheval et fond sur lui. Le volontaire se détourne au bruit du cheval , lâche son coup de fusil qui tue La Rochejaquelein , et lui-même est tué à IHnstant par l'ordonnance. Cet inti'épidè chef, digne d'une mort plus glorieuse, fut inhumé sans pompe à Ttémentine. Son nom seul valait une armée. Sa mort, qu'on tînt secrète le plus long-tempè qu'il fut possible , répandit la désolation et le dé- ^

couragement dans toute la Vendée. p

Il semble que ,'pour sécher ses larmes et la con-

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soler de la perte d^un héros , le sort se soit .plu à frapper son émule dans Tarmée républicaine^ Haxo était aux Landes-Blanches, au-dessus du Poiré; il en décampa pour continuer la chasse qu^il faisait à Charette. Il était à la tête de sa cavalerie, composée d^un détachement du 7* régiment de chasseurs à cheval, et du ig^de dragons ; ençuite venait une -avant-garde d'infanterie , puis son corps de bataille et son arrière-garde. La cavalerie marcha trop vite et devança Tavant-garde de plus d'une demi-lieue ; elle fut surprise par Tennemi embusqué dans un bois entre Esnay et la Motte- Achard. Haxo, emporté par Fardeùr de combattre, franchit un fossé, IVnnemi sort de Tembuscade et fond sur lui. Il reçoit une balle dans la poitrine. IJl lui reste encore assez de force pour essayer de rétrograder; son cheval s'abat au miheu du fossé; il est désarçonné. Alors plusieurs cavaliers ennemis courent à lui pour le prendre vivant, mais il saisit un de ses pistolets et se brûle la cervelle.

Ainsi le sort des combats moissonna au milieu de sa carrière militaire cet habile et vaillant guerrier. Charette répandit quelques fleurs sur sa tombe, et avoua que sa mort lui valait mieux que la défaite d'une armée. On voit en eflFet qu''avec une poignée de monde , il avait beaucoup plus fait que tous les autres généraux depuis le renouvellement des hostilités sur la rive gauche de la Loire. Il avait repris Machecoul, Légé, Challans, Beau-

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voir, les îles de Bouin et Noirmoutîers ; il avait rétabli de nouveau la communication entre Nantes et La Rochelle par la route des Sables ; c'est-à-dire , qu'à Texception de quelques hordes de paysans réduits à se cacher dans les marais , ou il les aurait exterminés après s'être débarrassé de Charette , il avait abattu le parti royaliste dans la Bretagne nantaise et dans le Bas-Poitou.

Aux vertus guerrières , Haxo joignait des qualités qui le faisaient chérir des officiers et des soldats qu^il commandait; quoique simple dans ses mœurs, il laissait apercevoir un fonds de dignité qui rehaussait son caractère. Ayant une grande connaissance des hommes, son état- major était composé d'officiers distingués qui convenaient à son mérite et à ses desseins ; ils se considéraient comme membres d'tme seule et même famille dont il était le chef et le père. Il a donné des preuves de bienfaisance et d'humanité dans son arrondissement; mais les dispositions de son cœur étaient restreintes par les ordres qu'il recevait ; et si quelquefois , environné d'^espions , il a été contraint de faire ou de commander quelques actes de sévérité, son cœur les lui reprochait amèrement. Il n'y a pas un soldat de sa petite armée qui ne l'ait pleuré : quand on apprit sa mort, la consternation et le silence régnèrent dans tous les rangs ; la douleur fil place ensuite au sentiment de la vengeance ; un cri unanime se fit entendre : <( Marchons sur les brigands ;

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» qu^ils soient immolés aux mânes de notre gé- )> néral. » Aussitôt Farmée , la rage dans le cœur , courut au-devant de Tennemi qu^elle débusqua et mit en déroute. Ainsi finit cette fatale journée

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