‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 17 sur 30 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rettti'ëe des adimnîstvateurs du district de Macfaecoul dans le lieu de leurs séances. — Quatre colmnes font des promenades militaires dans la Vendée ; elles sent forcées de rentrer dans leurs quartiers faute de viyres. — Ce qui s*est passé à Noirmoutiers depuis que le général Turreau en est parti. •— Caractère de Pageot , chef des royalistes du Marais ; tactique des Maréchains. — Expédition dirigée contre eux. — Charette fait une diversion CH leur faveur ; ils sont chassés des Marais ; re^ources qu*on y trouve.

Le plus ancien chef de brigade de la division remplaça le général Haxo , et donna connaissance de sa mort aux représentans du peuple en mission près Farmée de TOuest (i) ; mais comme cet officier était incapable d^embrasser la conduite d^une armée, quelque petite qu'elle fut, on peut dire que celle-ci fift partagée en autant de commandans qu'il y avait de chefs de corps , si Ton en excepte quatorze cents hommes qilS restèrent aux ordres de Padjudant-général Prudhon, nouvellement arrivé dans la division. L'état-major du général Haxo , dont l'ensemble et l'unipn avaient si efficacement

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contribué au succès de la campagne, se décomposa. De même qu^un troupeau qui perd son berger erre a Taventure, se disperse et devient la proie de Tennemi ; ainsi la division d^Haxo ne fut plus qu^un corps sans ame , dont les membres épars , sans consistance et sans point de ralliement, furent exposés aux insultçs coptinuelles de Charette qui , de poursuivi qu^il était , devint agresseur.

La mort du général fut une calamité pour les habitans faibles et sans arnies ; car, immédiatement après cet événement, arrivèrent à Machecoul les membres de Fadministration de ce district qui sVtaienl réfugiés à Nantes, et y étaient restés jusqu'à ce qu'ils eussent acquis la certitude qu'ils pouvaient rentrer dans le chef-lieu de leur ressort sans danger pour leurs personnes. Ces fonctionnaires, au lieu d'apporter au sein de leurs administrés des dispositions pacifiques , au lieu de s'interposer comme médiateurs auprès de l'autorité militaire en faveur des malheureux que les apparences accusaient souvent plus que la réalité j au lieu d'appliquer toute leur sollicitude à réparer les malheurs de la guerre civile, et à fermer les plaies qui saignaient encore; ces fonctionnaires, dîs-je, vinrent attiser de nouveau le feu de la discorde^ Les premiers actes de leur autorité furent dictés par la haine et la vengeance ; ils firent arrêter et conduire à Nantes les plus respectables familles, sous prétexte qu'elles avaient logé dans leurs maisons Charette et les officiers do

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6a suite , comme s^il eût e'té possible d"*en refuser rentrée à un ennemi vainqueur.

Cette a4niinistration inique forma un cotiseil ou comité de surveillance qui décidait du sort des pauvres paysans. Plusieurs ont été fusillés, souvent sur la simple attestation d^un scélérat qui affirmait qu'ils avaient porté les armes dans l'armée de Charette.

Le défaut d'ensemble parmi les chefs qui s'étaient partagé le commandement après Haxo , l'affaiblîssen]|;nt et le découragement des soldats qui étaient en colonnes mobiles, et bivouaquaient sans tentes ni baraques, l'encouragement et l'accroissemept qu'avaient pris au contraire les troupes de Charette, furent autant de motifs qui éveillèrent l'attention des représentans en mission près l'armée de l'Ouest. Ils ordonnèrent au général en chef, TUrreau , de redoubler d'ardeur et d'activité ^ et de prendre les mesures les plus efficaces pour achever la destruction totale des royalistes. Ce général, persistant dans son système favori de promenades militaires, fit parcourir le territoire de la Vendée par quatre colonnes, dont le point de réunion devait être Montaigu où il avait résolu de fixer son quartier- général. Elles avaient encore ordre de brûler les bourgs , villages , hameaux et fermes qui avaient échappé aux premiers incendies; de tuer tous les hommes dans la vigueur de Tâge; de ramasser les femmes, les enfâns et les vieillards, et de

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les amener à Montaiga. Cet ordre cruel fut outrée Cambrai , jeuae gênerai qu^on ay^U f9Ît venir d^ Croisic où il commandait, pour remplacer fibaxo^ ^t égorger d^i^ ^a course environ trois cmits per«> sonnes que la peur faisait fuir.

A cette occ^firiqn , qn annonça dans le^ papif^s publics que ce général uvait fait mordre la.pous^ sière à trois cents royalistes.

Les quatre colonnes arrivèrent à Montaigu le 12 germinal, et avec elles environ deux mille réfugiés qui, réunis aux difierens agens et eoiploy^î de Varmée , faisaient monter Teffectif des consomma-leurs à environ vingt mille bouches. Le général Turreau , qui avait prévu Parrivée de cette multitude> n^avait pas pourvu aux moyens de Talimenter ; il n^ savait même pas dans quels magasins il puiserait ses subsistances : il était trop éloigné des endroits d'où étaient parties ses colonnes , et les chemins de traverse étaient trop mauvais pour qu^il pût eapérer d^en faire venir du pain. Il ne pouvait compter que sur Nantes; mais alors cette ville était dans la disette la plus affreuse. Le i^ombre prodigieux de réjfugiés qu^elle fontenait y augmentait la consommation, au point que les magasins civils ne suffisant pas , on (>uisait dans les magasin&militaires pour la subsistance des habitans. Ces magasins ne se remplissaient presque plus des prises faites sur le pays insurgé, puisque le but unique des expé* ditions actuelles ne paraissait plus être que de por-

ter le fer et la flamme partout , sans s^inquieter de Tenlèvement des grains, des fourrages et des autres denrées.

Dès le lendemain 4e Farrivée des colonnes , le pain manqua. On écrivit à Nantes f mais on ne put en obtenir autant de secours que le besoin Texigeait ; et le peu qu^on eut , étant arrivé trop tard , fut pillé par la troupe.

L^auteur de ces Mémoires faillit à être étranglé j pour avoir voulu s^opposer au pillage ; mais ce qull y eut de plus affligeant pour lui , c^est , qu^'après avoir échappé à ce premier danger ^ il se vit exposé à un autre non moins grand. Un nommé Simon ^ adjoint au commissaire de la Convention , Prieur de la Marne , le fit arrêter à Tiffauges où U était allé conduire un convoi de quinze cents rations de pain , et le fit transférer à Montaigu sous Tesçorte de huit chasseurs. Ce Simon avait été mu à cet acte plus qu'^arbitraire par Fadjudant-général Dusirat, qui remplissait momentanément les fonctions de chef de Tétat-major général de Farmée. Il fallait bien rejeter sur quelqu^un la non-réussite d^une expédition mal combinée. On mVccusa d'hêtre un conspirateur, et de m^êlre entendu avec les royaliistes pour affamer Farmée de la république. U fallait moins qu^une accusation de cette espèce pour perdre un homme à cette époque. Aussi , chemin fais£^nt f dp Tiffauges à Montaigu , je mé considérais comme une victime assurée ; enfin, j^arrive, et Fon

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me conduit au général en chef. Je lui demande le motif de nion arrestation : je lui expose que je ne pouvais être coupable du crime dont on m^accusait; moi , que Charette avait déjà reconnu pour un de ses plus grands ennemis , par Fadresse et Factivité que j^avais mises à lui enlever toutes les subsistances de son canton ; moi , que lui , Turreau , avait ^ appelé à côté de lui diaprés les témoignages avantageu:f qxiW lui avait rendus de mon zèle ; moi y enfin , qui n'étais que , depuis trois jours , à sa suite y et qui tf avais pu , dans un si court espace de temps, organiser le service des subsistances de son armée, et encore moins avoir des intelligences avec Pennemi pour PaflFamer. Mais il me répondit que cela ne le regardait pas ; que j'étais dénoncé aux représentans du peuple, et que c'était auprès d'eux que je devais me justifier.

Je m'attendais, au sortir de sa chambre, à être saisi de nouveau par les chasseurs qui m'avaient escorté. Ils s'étaient dispersés pendant ma conférence avec le général , et avaient été placer leurs chevaux et chercher des fburrages. Je ne trouvai plus que mon secrétaire et mon domestique qui m'attendaient ; nous étions tous les trois passablement montés ; je crus qu'il fallait profiter de l'instant de liberté que je venais de recouvrer pour décamper : nous montâmes à cheval et prîmes la route de Nantes où j'arrivai sain*et sauf. Peu de temps après , je m'embarquai pour Noirmoutiers ; on

m^oublia, et je revins dans mon arrondissement de Machecoul, quand le général Turreau fut rappelé de Uarmée.

Ses promenades militaires se réduisirent à fiiti-^ guer ses troupes qui rentrèrent dans les quartiers d''où elles étaient sorties. Il est vrai qu^oubliant les grands préceptes qui disaient : Guerre aux chd^ teaux , paix aux chaumières , on brûla les bourgs ^ les hameaux , les villages ; il est vrai qu'on égorgea leurs timides habitans; il est vrai aussi queDusirat, en s'en retournant, s'empara de . Mortagne. Mais comme il n'y avait plus de denrées en cet endroit, ni dans les environs, et que les routes et chemins vicinaux étaient impraticables, le détachement qu'il Y laissa fut contraint de l'évacuer.

Ceux qui gagnèrent le plus à ces mouvemens furent Charette et Stofflet, vers qui se réfugièrent tous ceux qui purent échapper au carnage.

Le séjour que j'ai fait à Noirmoutiers me mettra à même de donner quelques détails sur ce qui s'y passa depuis le départ du général en chef. Nous avons dit qu'il y avait à Fontenay-le-Peuple cinq cents prisonniers : la difficulté de les y faire vivre , le voisinage de l'ennemi qui faisait craindre qu'il ne tentât de les enlever, et quelques rumeurs quV)n prétendit s'être élevées dans les prisons, firent désirer qu'on pût les transférer dans un lieu sûr. L'île de Noirmoutiers , gardée par quinze cents hommes de bonne troupe, sembla une prison impénotrable.

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U fut donc décide qu^on y enverrait tous les détenus^ prësens et à venir ^ du département de là Vendée. D'abord on fit conduire et embarquer à La Rochelle led cinq cents prisonniers de Foi^tenay ; la plupart de ces malheureux étaient dans Un état de nudité et de misère affreuses ; ils avaient souffert tout ce qu'on peut imaginer de la faim et du méphitisme des prisons où ils avaient été êntasdés; Exténués, ils ne présentaient que Piuiage de la mort. On mit , dans les bâtimens qui les transférèrent , des vivres pour trois ou quatre jours , parce qu'on ne présumait pas que la traversée serait plus longue ; mats un coup de vent les porta jusqu'à là hauteur de Paimbœuf, et les retint huit jours de plus en mer. Ils furent rjéduits à quatre onces dé biscuit par jour. Enfin les vents devinrent favorables et ils remontèrent File. Leur débarquement s'effiectua près le bois de la Chaise. Il y en avait en* viron quarante dans un tel état d'inanition, qu'ils ne pouvaient faire un pas. Comme il y avait encore une demi--lieue de l'endroit de débarquement au fort de la place Saint-Pierre, on ne se donna pas la peine de les y foire transporta*. Deux membre^ de l'exécrable commission établie à Noirmoutîers pour juger les suspects , les firent fusiller et couvrir de sable sur le bord de la mer. Telle était la justice de ce tribunal composé d'un garçon tailleur dé bataillon , d'un habitant de l'île et de deux officiers j dont l'«n avait 'été moine.

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11 ne tarda pas de juger les autres , qui , réunis ^ux prisonniers venus des districts de Challans^ Luçon , etc» , formèrent une massé dé huit cents détenus environ ; quatre Cents furent fusillés et en^ gloutis dans une profonde et large fosse qu^on fit pratiquer au^udrest de File; deux cents furent envoyés au tribunal révolutionnaire à Paris; plusieurs moururent avant de subir leur jugement, et peu échappèrent à la barbarie de leurs juges*

J^ai visité ces infortunés dans leur prison. J^ai vu des vieillards vénérables qui pleuraient sur le soit de leurs enfans ; j^ai vu des jeunes gens intéressans que les niemes malheurs avaient étroitement liés , et qui ne se consolaient que par Fidée d'être encore réunis dans la même tombe. O divine amitié ! j'admire ton empire ; si tes douceurs font le charme de cette vie , le pressentiment de Tunion inaltérable des amis dans Fautre est un délice inelBFable qui enivre Famé et Félève au-dessus de ses forces naturelles ! J'ai vu de jeunes personnes dont les grattes touchantes auraient dû amollir les cœurs les plus durs. J'ai été ému de la plus vive sensibilité dans le séjour du malheur ; j'y ai pleuré avec ces victimes déjà préparées à leur sort, et j'ai eu de la peine à me retirer du milieu d'elles.

HeureuHement pour moi que leur exécution n'eut point lieu pendant que j'étais dans Filé. Ainsi que je l'ai annoncé, je fus rappelé dans mon ancien arrondissement de Machecoul et de Ghallans.'

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Alors les troupes y étaient réduites au quart de la ration de pain ; il n^ avait cependant qu'un pas à Faire pour se procurer Tabondance et purger en même temps toute la côte , citait de pénétrer dans les marais occupés par environ quinze cents royalistes que commandait le féroce Pageot , ci-deVant marchand d'œufs et de volailles : Taudace faisait son principal mérite; la terreur qu'il inspirait rangea plus de paysans sous ses bannières que la confiance dans ses talens. L'exemple suivant prouvera que son autorité n'était fondée que sur le despotisme le plus absolu et la cruauté. Un Maréchaîn (c'est le nom qu'on donne aux habitans de ces cantons ) vint se plaindre à lui qu'un de ses soldats lui avait pris sa jument , et le pria de la lui faire rendre*; Pageot lui dit, après avoir tranquillement écouté sa supplique : « Veux-tu me suivre ? » Le Maréchain lui répondit : c< Mon général , je suis » seul à la tête d'une exploitation considérable ; )) j'ai une nombreuse famille à nourrir: daignez ^ » je vous en conjure , m'exempter de partir. » )) Hé bien ! lui répliqua le monstre , puisque tu ne » me suis pas , tu n'as pas besoin de ta jument, et )) puisque tu refuses de défendre la cause com- )) mune , tu mérites la mort. » Il n'eut pas plutôt proféré ces paroles , qu'il lui tira un co«p de pistolet dans la poitrine; comme il ne mourut pas sur l'heure, il le fit achever par celui-là même qui était le détenteur de la jument. Telle était la jus-

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4ice de.Pageot Quand ses, soldats saisissaient un républicain , : son . grand plaisir était de le faire pendre , ou de Fexposer sur une croix de Sainte- André aux regards des troupes de la république , que les marais séparaient des siennes. Son quartiergénéral était , établi au Perrier , gros bourg « renpi^Dmé autrefois pour ses foires de bestiaux : c'était de-là qu'il fallait le débusquer. L'entreprise était d'autant plus difl&cile qu'il était impossible d'introduire ni artillerie ni cavalerie dans un pays entrecoupé de mille fossés ou marais , et où les naturels joignaient à la force du corps une agilité e^^traordin.aire , et une vitesse dans la course égale à celle de la cavalerie. A l'heure en eflPet où l'on croyait lie^ atteindre , ils sautaient des fossés dé quinze pieids de large , faisaient volte-face à l'abri de ces rétranchemens , et fusillaient à leur aise les républicains qui n'étaient point accoutumés comme eux à ft*anchir ces distances. Chaque Maréchain avait sa carabine en bandoulière, et tenait entre ses mains uixe longue perche dont le bout était ferré , et à l'aide de laquelle il sautait de marais en marais. Il y avait des . compagnies entières ainsi organisées.; Pageot les appelait sa cavalerie. Si quelquefois l'ardeur du courage entraînait les républicains à les poursuivre , et qu'ils se jetassent dans l'eau pour les atteindre , leur témérité où plutôt leur inexpérience était bientôt punie : ces agiles sauteurs s'arrêtaient sur l'autre bord et les assom-

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maienl à Goupsîde perches. Un autn^ at'MiCIf^ qu'ils ayaiént suf lés riépublicains , et q^ Eé$ tûtn-^ dftit maîtres du pays , c^est qu7ils dMtaient emj^ëil. de toutes les molles (petits bateaux à> hâul bord , capables de contenir une douxaine d^bottifiiês ). • - LVxpedition des nuirais ne pouvait rëi!i;8si!r qu^en se procurant les mêmes moyens de edmmumiea^tîott prompte et facile. Oûr fit venir des canots ou petites barques de Nantes , et on cftgatïisA uîê bataillon de pionniers pour combler les fosses et préparer les chemins (i).

Le général Dutruy ^ qui commandait aux Sablési^ domna ordre à Fa^^udant-général Chapuys départir de Saint-GîUes avec des ingénieurs et dé^ ouvriers* qui devaient frayer la route de la colonne qu^destinait pour cette expédition. Il y avait à là BàTt^ et à Saint-Jean'^de^MoUt unf bartàillondu 7^tégi-^ ment, qui avait ordre de marcher droit mi PcMiér» Tout étant ainsi disposé , Fattaqùe génér^^e- deS^ marais cémmença sur trois points prrncipau:^ le i 5 floréal. Ajpràs quelques jours de fusillade 'de part et d'autre , et ilnd résistance très-<>pbi:^tf e' de la part de rennénri , Bonneval , donmiiandaiit It dixième batatUon de la Méurtbe , força le ptelilie^ ses retranchemenS et le poursuivit la ba!oilnèttë aux reins. Si la colonne venant du côté de lia. Bar^e^ de-Mont fut arrivée assez^ à temps, et que celle des

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(0 Florëal.

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Sables eût pu étendre ses lignes sur la droite et intercëpiter les issues dés matais de Soùlaàs, if né se fut {)as échappé un seul Maréchain. Mais Pageot eut le même bonheur que Charette à Tile de Bouin , et il le dut en partie , eomme ce dernier , à la puarfaite connaissance qu'il avait dU pays. H fit donc sa trouée du côté de Soulans , éâ^ïnena dans sa fuite un nombre considérable de chevauit et de bétes àcomes, et fit jeter dans Teau une grande quan-« lité de blés de toute espèce; ensuite il rejoignît Charette dans le Bocage. CeluÎHîi cependant n'avait point perdu de vue ses partisans du Maraisp. Dès qu'il avait eu connaissance des préparatifs qu'on faisait contre eux , il avait essayé de les pa^ralyscr par ûue forte diversion; son projet avait été de chasser les républicains de Cfiallans, et, après ce coup hardi , de donner la main à Pageot et de le fortifier dans ses retrancheniens. Il était venu y lé 18 germinal, fondre suf^ Challans à la ïête d'un rassemblement de huit mille hommes, et ac^ compagne de ses lieulenans Joly, Savin et Sapinaud.

- Alors il n'y avait que huit cents hommes en cantonnement dairs ce poste ouvert de tous côtés ; mais ces bravés, commandés par les généraux Du- Iruy et Boussard v repoussèrent trois fois l'ennemi , et parvinrent à le mettre entièrement en déroute, après lui avoir tué environ quatre c«nt$ hommes. Charette fut celui qui, avec une poigrrée de*

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mond^, se battit le dernier; mais se voyant aban* donné par la masse de son armée , il fut aussi contraint de prendre la fuite. Parmi lés morts on trouva beaucoup de Vendéens qui , en place de'giberhes, avaient deVatit eux de ces petits sacs dont j'ai déjà parlé, où ils mettaient de la farine pour la pétrir et la faire cuire quand ils en avaient lé temps. Du côté des républicains on perdit environ soixante soldats et quelques officiers distingués par leur courage et leurs qualités personnelle^ , entre autres , Saiiît-Gervais , chef d'escadron au 16' régiment de chasseurs à cheval.

La déroute et la dispersion de Parmée de Charette Tempêchèrent de revenir traverser l'expédition des Marais 9 qui s'effectua comme je viens de le raconter. Quoique Pageot eût fait enlever beaucoup de bestiaux et jeter à l'eau des blés^ on y trouva néanmoins encore d'immenses ressources en l'un et l'autre genre. La commission civile de Nantes en a extrait au moins six cents tonneaux de graixis de toute espèce, et les divisions de Saint- Gilles, Challans et Machecoul ont été nourries jusqu'à la récolte, d'enlèvemens faits dans ces marais. On en a aussi tiré plus de deux mille, tant bétes à côriies que chevaux qui ont été conduits à l!i[£^nt^s. On peut d'après cela se faire une idée de la richesse de cette partie du Bas-Poitou, qui, après, av^ir alimenté tour à tour les armées royales et républicaines, offrait autant de ressources ; en-

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core j resta-t-il le double de bestiaux cpars qu^il fut impossible d^atteindre.

C'est à cette dernière expédition que nous pouvons fixer le terme des grands événemens de la guerre civile de la Vendée; le livre suivant nous la présentera sur son déclin. Il est vrai que nous verrons encore les royalistes faire quelques mouvemens pour se soutenir, et parfois donner de l'inquiétude , mais ces efforts s^nt ceux d'un corps dont on a tronqué le chef. Il lui reste encore quelques esprits vitaux qui le font mouvoir et fi-apper ce qui est à sa rencontre ; mais après ces derniers mouvemens, il expire. Cette comparaison convient d'autant mieux aux circonstances que nous allons décrire, que depuis la mort de La Rochejaquelein , il y avait moins d'accord que jamais entre les chefs des royalistes, qui firent chacun suivant leur volonté.

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