CHAPITRE PREMIER
Propositions dé paix faites par les reprësentans du peuple aux habitaDS des campagne^. — Armistice. — Espérances des royalistes avant la mort de Robespierre ; elles sont déçues. — Turreau est rappelé. — Réflexions sur ce général en chef. — "^ Trait de sensibilité du général de brigadp Boussard. — Vimeux
■ "transfère le quartier-général à Niort. — Extraction de Tarmée
' • > dès troupes les plus . aguerries' et d'habiles officiers supérieurs.
. ,. ^ Pasquinades , dans la, Vendée du représentant du peuple Garrau. — Réveil des Vendéens. — Charette attaque et met en pièces les trôùpes'campées à Flessigné et à La Rouîllère.
^EXPÉDITION des Marais faite, on demeura de part et d^autre assez tranquille : Tapproche de la récolte fit désirer, qu'on pût jouir; de ^quelques instans de repos. Il fut donc question d'une pacification générale, et proviseirement d'un armistice, pour donner le temps de faucher les foins et de'récolter les moissons. Les commissaires delà Cob-
yenlion en mission près de Farmée ,• firent des prcn clamations aux hàbitaiis.des campagnes pour les inviter à. rentrer dans leurs foyers^ on leur promettait un. entier oubli du passé. . i . •
tyO GUERRE CIVILE
Les attaques, à diretvrai, furent moins fréquentes jusqu^après la récolte^ sitis on se |fnt ^oijjojurs sous les armes , et prêt à marcher au premier signal. Pas un royaliste ne rentra sous Tempire de la république, il semblait même que le parti fut nourri d^une espérance dont Tobjet devait prochainement se réaliser.
L^adjudant-général Aubertin, qui commandait Parrondissement de Machecoul , fît afficher et placarder à uue infinité dWbres, dans les campagnes^ la proclamation des i«présentans du peuple. Il donna commission à uif .officier dri, 46* régiment de chasseur^ à cheval , d^aller à Ja tét<ç 4^Jiip détachement la porter à Decouétus , général i>réyali5 te , Commandant â Sâînt-Phîlbert. Quand ' ce détactement ftit ^^j^Tivé à ui^e certaine di$.ti^,i(^,9e 9u.p0|it de cet endroit , quelques cavaliers vinrent le reconnaître, et le laissèrent approcher parce qu'il se phésfiDtart l'olivier à la main et ^sncxinoii La paix^ là paix. jyor^'Jlofficier apflionça;<{a'il désiiJaitpavIsr à Mi >I>epQuétu$ }qui^ ajrapt été avertif se xetidk à cbievalhspy la partie (kl fiioiit qui rmtaîc de an céfaei; aw. i\ lest boo) d'observer que,. pour prjBvenir tente swprise^ je. pont àvtît été coupé; I:^'offioiflr hiîi 4:i)ot)ifîa le su^t de sa mission., ^Aui remit ^kïr sieuf*s jéK6mp]airé& de la procUmatieiw.: Decoaétos , après^avoiiréafi lecture, ditq<k>Hl nfenreeonbaissdit f]k>int'FquÉ€Hité des commissaires de lai Canveniion; que la proclamation quW^faafi xemetCaiti était au
DE LA VENDEE. IJt
nom de la république ; que cMtait folie que de se battre pour elle; que les Français, avant deux mois , seraient témoins de grands événemens ; cpx^Hs auraient un roi qui sortirait comme du sein de la Convention, eh qu^il pe fallait penser*à aucune pacification jusqu'à ces événemens. Decouétus et le$ autres chefs de la Vendée avaient-ils alor^ cpnnaissance des projets ins^ensés dopt on a soupçonné ]S,obespierre qui , à cette époque , parut avoir queiqjjuds égards pour la fille de Ijouis XVI ? Cette idée elle-même mérite-t-elle quelque attention de la pairt dU( lecteur judicieux ? G'^st ce que j^ n? me mêlerai pas d'approfondir; mon plan est (ie raponter les faits et non de me jeter dans un laby rint]fie de politii}ue dont je ne pourrais sortir. J^e me permettrai seul.ement d'observer que souvent les Vendéen^ oi^t paru avertis des événemeps les pjws marquant dç la révxdution plusieurs i;itiois ^vaipit qi^'î}s:scr sQiei^ effectués, et qu'ils y doppai0nt ^^p toute aiitr^ explication, ou leur at^r^)uaient de^ effets topf ;^utres ique ceu^ qu'ilç avaient.
Quelle qu'ait été la cpniiexité des projets des m^^-^ uew^ àa teiups^veples-espérauç^s des royali34;es, cdle qt)^ avait pour objet le r^t^Ussemef^t du trdxi^ soi)s deux mois ne se jéaHsa paa*
%4^ chute du tyran populaire, la modération appointée dans le syçtèmie piolilîque , opérèrent un changement dans les fçsprit^, .Ceux qui étaient fatig^^s dp la guerris at qui désô^e^t jp4jâtre^
dans leurs foyers, croyaient apercevoir une espèce de garantie dans la conduite actuelle du gouvernement; mais malheureusement il n^ avait pas encore à la tête de Parmée républicaine un général en chef qui leur inspifât assez de confiance.
Pendant tout le temps que dura Farmistice , les royalistes, qui s^occupaient de la récolte sur la rfve gauche de la Loire , criaient aux voyageurs qui descendaient <;tf fleuve pour aller d'Angers à Nantes , qu'on ne pourrait opérer une paix prochaine et durable que lorsque les armées républicaines seraient commandées par un homme dis^ tingué par ses vertus.
Le général divisionnaire Vimeux remplaça provisoirement Turreau rappelé peu de temps avant le 9 thermidor. Les maux incalculables qu'avait soufferts la Vendée pendant le généralat: dé ce dernier, lui avait fait une foule d'ennemis ; aussi de toutes parts les dénonciations furëritdirigées contre lui. Il fut accusé et mis en juge^ ment; mais il parvint dans là suite à se foire absoudre. Il allégua qu'il n'avait agi . qu'eVi vertu d'ordres des commissaires de la Convéritîdij et du comité de salùt public. Je ne chercherai' poîM à renouveler les inculpations qtiî lui ont é'Pé faites, mais je dirai qu'il eût été beau pour lui d'imiter ces généreux commàndans qui , sfyant reçu l'ordre de faire égorger les religionnaires le jour de la
PË LA \?BNDEE. IjS
Saînt-Bartbélemi , répondirent au roi, Charleis IX quMls avaient des soldats pour lé servir et non des bourreaux. S^il avait réfléchi que le règne de la tyrannie et du crime est de courte durée , il n^aurait pas fait exécuter des ordres barbares.
Turreau a été le bouc émissaire qu'on a chargé de toutes les iniquités de la Vendée ; cependant il y avait de Finjustice à les lui reprocher toutes. Ceux qui ont connu les Huche et autres qui ont commandé dans cette contrée , savent bien qu'ils J|^avaient besoin d'aucune impulsion étrangère pour commettre le crime. D'autre part il y a eu des officiers supérieurs qui se sont honorés par des traits de sensibilité d'autant plus louables, qu'il y avait souvent du danger pour eux-mêmes à ne pas imiter leurs voisins. Parmi ces officiers , je n'oublierai point le général Boussard, ci-devant commandant du ii*" bataillon de Paris, qui reçut de Turreau un ordre dont lai latitude le laissait maître de brûler les villes de Saint-Gilles, Chall^ns, Machecoul , et jusqu^aux villages situés sur toute, la côte.
J'étais à Challans quand Boussard reçut cet ordre; il m'appela aussitôt; je le vis triste et abattu , ses larmes s'échappaient de ses yeux. Je compris à sa douleur qu'il fallait qu'il lui fût arrivé un grand malheur ; je lui demandai ce qu'il avait à me communiquer : il n'eut pas la force de me répondre , et me donna à lire la dépêche du
général- en- chef. Tandis cpie je la parcourais , il avait les yeux fixés sur moi , et à la fin^l mé dît : « Croyez^voùs que j'exécuterai ce qu'ona ifl'ôr^ }} donne? Npa..,. il n'en sera rien, w Cependant il fallait pour sa responsabilité qu^il sauvât au inoinis Itfi apparences. S fit une sortie de Challans avec une colonne de quelques cents hommes , incendia des masures inhabitées , et rentra dans son quartier.
Peu de' temps après que Turreau eut quitté le commandement de Farmée , Vimeux en transféra le quartier-général à Niort. La tranquillité dont <^p ^uissait depuis quelques? semaines , et qu'on aurait dû attribuer à la circonstance de la récolte plutôt qii'à toute autre cause, fit croire que Fennertiî ù'avait plus de ressources; que les paysans ne vou* ïaient plus marcher, et que la guerre était finie. D'après ces présomptions , on pensa que la répù- M4 que nWait plus besoin d'un aussi grand nombre de troupes que celui qu'elle entretenait dans la Vendée ; en conséquence , le gouvernement en fil extraire vingt mille hommes , dont six mille partirent pour l'armée des Pyrénées-Occidentales j et q[uatorze mille pour celle de la Moselle. Oh ne se contenta pas de dégarnir l'armée des meilleurs bataillvus , on donna ordre aux officiers-généraex les plus habiles de les conduire à leur nouvelle destination. Ainsi l'on vît partir les Dufour, les Beaupuy, les Bruneteau-Sainte-Suzanne, dont les talens et la«connaissance qu'ils avaient des localités
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eussent si puissamment aidé le général Canclaux à terminer cette malheureuse guerre.
Le commissaire de la Convention Garran eut la fantaisie de former une compagnie de musiciens, et de traverser avec eux la Vendée -au son des instrumens , pour ramener les Vendéens à la tranquillité par les charmes dé Fharmonie. H croyait que sa musique enchanteresse les rassemblerait et les inviterait à relever • leurs muraiilles et à rebâtir leurs villes. Si les accens d^Amphion eurent cette puissance sur des peuplades que le besoin de vivre en société réunit, et qui n^av aient aucun piège à craindre de la part du chantre qiïi les appirivoisait ^ux douceurs de la vie sociale, Garrau ne put se féliciter du même succès^ Sa mélodie se perdit dans le désert : les plaies des Vendéens) étaient encore trop récentes pour se fermer , et leur douleur trop vive et trop profonde pour qu'ils ne craignissent pas qa^on ne leur tendit de noaveaùx'piéges en voulant les amuser.
Je n'ai pas négligé cette petite anecdote , paf ce qu'elle ne contribua'pas peu à accréditer la prétendue soumission des royalistes. On ne dit pas que Garrau ne fit que traverser rapidement le p^ys, escorté d'un bon nombre de cavaliers, ek qu'il ne s'avisa point d'î^ller faire entendre son harmonie jusque dans la retraite des ennemis. Les journaux firent retentir le bruit de sa musique au loin; à les croire rien n'égalait les excès de joie
auxquels, on sVtait livré dans la Vendée. Il est vrai que ce représentant ne fut point inquiété dans sa course; et c'est ce qui fit dire que les routes étaient parfaitement libres.
Si Fennemi semblait s'être endormi, son réveil fit sentir , mais trop tard, qu'on avait eu tort d'extraire de l'armée autant et de si bonnes troupes. Le comité de salut public destina les réquisitionnaires des départemens de la Dordogne , delà Gironde, du Lot, de Lot-et-Garonne, du Cher, delà Nièvre, etc., à compléter les cadres des corps qui étaient restés dans la Vendée. Ces jeunes gens arrivèrent par bandes , sans armes et sans ordre ; beaucoup furent tués ou pris sur les routes. On eut encore la maladresse de recruter plusieurs régimens. de jeunes Bretons qui désertaient chaque jour, et qui , inquiétés dans leurs communes par les agens du gouvernement, passaient du côté des Poitevins, ou grossissaient le parti des Chouans, qui commençait déjà à devenir imposant sur la rive droite de la Loire. La guerre des Chouans ayant été une suite de celle delà Vendée, et' ayant eu le même but , j'aurai occasion d'en dire dieux mots. . . ' —
Aussitôt quç les recrutemens de l'armée de' l'Ouest furent à peu près faits , on forma plusieurs camps, un à la Rouilière, village entre Nantes et Montaigu ; l'autre & Flessigné , dans les environs de Machecoul ; un troisième à Cussey ; et ebfin
deux autres du côté àe Thouars et de Doué. Charette tomba comme la foudre sur celui de Fiessigné, commandé par Prat, colonel du 89* régiment d'infanterie, ci-deyant Ile-de-France. Ce guerrier fît tous les v efforts imaginables pour inspirer son propre courage à ses troupes , défendre le camp et repousser Fennemi : on le voyait se porter tour à tour aux points les plus faibles et affronter tous les dangers ; quoi qu'il ait fait , son camp fut forcé, et ses soldats mis en déroute; mais loin de fuir comme eux , il resta sur lé champ de bataille , tua plusieurs Vendéens , jusqu'à ce qu'enfin ) accablé lui-même par le nombre deâ assaillans et percé de coups, il tomb'à parmi les morts.
Cet officier avait toujours été malheùretix dans cette fuïieste guerre. Dans le priùcipe , il avait été ôti^ssé de'MËichecoul aTvé^ son régiment et poursuivi jùs^^à Nantes ; il fut obligé d'évacuer l'île dé Noîrmoiutiers , quand Charette s'en empara; il manqua d^être pris dans ïa forêt de pririfeé par la division de Là Catdiiiièi'e qui tuai soh lieutenant - colonel ; Légé fut pris lorsqu'il en commandait l'arrondissén)<Qnt; enfin il périt au camp de Flessigné. On ne pouvait attribuer tant de malheuiw-â aucun défaut de courage ou (le talens militaires, c'était un officier des plus braves et des plus instruits de l'armée.
Charetté fondit aussi àriftiproviste sûr le camp
de la^ Rouillère , qui fut encore moins bien défendâ que çelpi de Flessigné ; il n^était pour ainsi dire çompo^ que des.rëquisitionnaires nouvelietnent arrivés des provinces du Nivernais et du Berry ^ jeunes gens encore trop novices dans le métier des armes pour être, si-tôt employés aux avant-poste^ f et exposés à se mesurer avec un ennemi 0qdM^u:i; et aguerri. La plupart étaient nonchalamment couchés dans leprs tentes et avaient démonté leurs fusils pour le3 nettoyer. Presque tous leurs officiers étaient à Nantes où ils se divertissaient, Chare4te entra dans le ca^p commedans une place ouverte e( y fit \i^ç horrible boucherie. Les timides réqm'si tîdnnaîresdemandaientgrâceàgenoùxetàmains jointes} ils exposaient , les larmes aux yeux , qu'on les avait arrachés de Jeurs charrues^ et de. leurs foyers pour les forcer de marcher contre la Vendée. Le férpce Vendéen , sourd aux supplii^tions et inaccessible à la pitié, égorgefk tout ce qui lui tomba sôoa la main. iQuelques-uns euront le bonheur d'jéchapper au fer de rentiemi ^ et ap^rtèrent à Nantes la triste nouvelle de Tattaque et du massacre de Jeurs. ca-* marades. On a prétendu que le général Jacob ,,^t avait le commandement de ce camp, en apprit la défaite aii spectacle où il se trouvait, au J/eu d'être à son poslie. Cet officier supériem* était, .comme bien d'autres , de la fabrique de ce temps j de tam-* bour au régiment de Port-au-Prince, avant la ré*volution ^. il était parvenu au généralat^ S'il àrait
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lenu la main à ce que son camp fiU gardé militairement, sMl y avait Eut observer la discipline, ou plutôt s^il eût été digne de sa* place, et qu^il eût su commander y on n'^anrait pas eu à regretter une jeunesse inexpérimentée qui , dans les mains dW autre général , n'^aurait pas été surprise et se sçrait au moins défendu^. , ,-
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