GH APURE IL
Le dominé de salut -public envoie cTàns la Yéndée de nouveaux représentans avec le titre de "pacificatetfrs. — CanclauT* prend le commandement en chef de l'armée ; il pourvoit à ses besoins urgens et s'occupe d'y rétablir la discipline : il pose les fondemens de la pacification. — Conférences tenues à ce sujet. — Traité coticlu et signé au camp de la Jaunaye. — Pompeuse et mémorable entrée de Gharette ti Nantes. ^— Réjouissances publiques à cette occasion dans cette ville. •"— Proclamation de Slofflet contre la pacification. — Canclaut se met en campagne pour le réduire. — Ce cbef signe à Mont-Levrier un traité seralllable à celui de la Jaunaye. — Caractère de cet aventurier.
Après ces expéditions, Gharette demeura tranquille , et le comité de salut public envoya dans la Vendée plusieurs commissaires avec le titre de pacificateurs. Leurs diplômes les autorisaient sinon à traiter ouvertement avec les chefs du parti royaliste, qu^on voulait encore ne considérer que comme un parti de brigands , mais au moins à les engager à ne plus faire la guerre et à licencier leurs troypes ; promettant qu^à ces causes on leur accorderait la liberté de se retirer dans leurs foyers ou les moyens de passer à Tétranger.
Ces commissaires tinrent conseil à Niort avec le général Canclaux qui venait enfin de prendre le
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commandement en chef de Vtxrmée (À^élï y fiit àé^ cidë qu^on ofirirait d^uneinain^Vcilivier d^ la pdixaux Vendéens, et que de Fairtreioaileurprésémc^' raît le fer, s^ils étaient sourds aux intention» padfi-^ ques du gouvernement. A cet eSei^; 6tf coimnl Ae^ former plusieurs colonnes mobiles ,* toujours pr^' tes, en cas de besoin, à donner de la force auïi^p>^^ rôles de paix. Ce plan, qui était bien conforme auxi principes de la politique, ne put avoir uqe proiripte exécution : Tarmée de TOuest était dans le -plus grand délabrement et dans le dénuement le plû9 absolu des objets de première nécessité; Tinsubor^ dination y était à son comble, en sorte quWànt de' penser à organiser et à mettre en marche des colôn^ nés , le général en chef eut à s'occuper de là res*^ tauration dé ses troupes; ensuite il appliqua tou^ ses soins à réveiller Tesprît d'ordre et de discipliné parmi les officiers et les soldats. Il obligea les. généraux sous ses ordres A' donner àuX'preitïier^ des leçons de théorie et à leur en faire faire Tap-plicationsur le terrain , par des manœuvres conti*^ nueUes auxquelles il assistait souvent lui -même. Pour s'assurer du degré d'instruction de chacun, il faisait commander l'exercice à feu , ou exécuter une manœuvre quelconque, par le p?remier sous-^ officier ou officier qu'il lui plaisait de faire sortir* des rangs, et cela dé manière à ce qti'il démorii^ :
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trât qu^ii iétait non*6ëulemeDt suffisamment ins-* tfuit pow son grade, mais encore propre aaxsômm^ndemept dW gnvde imlnédiatement supérîeim Cç$ soins n^étaient pas d^une médiocre importance. lU QQ^upèraokt Canclaux pendant presque tout Thiver de Tan III; soA armée demeura cantonpée où baxraqaée; cependant il jetait les fondemens d'^on plan 4e pacifîeation* Lés représentans du peuple avaient déjà sondé les intentions de quelques gé^ néraux chouans ou de Charette; on leur fit quel-* ques propositions.; des conférences eurent lieu; mais probablement que les demandes de ces chefs portèreiit sur desi objets que le comité de salut PmJ^Uç nWait pas prévus; au moins les commissaires pjgycîjScateurs né crurent point avoir de pouvoii^ aisse^ étendus pour traiter définitivement. Ils jugèrent à propos de renvoyer un de leurs coUè^ gujRS; à Fiaris , et le chargèrent de prendre de notf* veltes instructions. Leur choix tomba sur Ruelle , celui d^entre eux en qui Gharette et les autres che6 royalistes avaient le plus, de confiance et qui semblait metire plus de chaliem* au succès de la négociation^ .
L'aOcueilque le comité lui fit ne fut pas aussiflatteur qiLi-il Tespér ait : on n^avàit pas va ikvorable^ mçnt la tournure que les premières conférences aViliiE^iit 'pri$9^ et sa mission déplût; Il s^en revint sans de plus amples pouvxars. U semble même que le comité ait voulu les restreindre etles neutralisa ;
car il adjoigoit à ses premiers commissaires deux autres pacificateurs qui loin de remplir Thonor^e mission dout ils paraissaient chargés , agirent en sens contraire. Ces deux députés étaient originadres de la Vendée. Plusieurs fois leurs collègues les invitèrent à se rendre aux conférences qui devaient avoir lieu , entre eux j le général Canckiux et les chefs du parti ennemi; ils eurent presque toujours des prétextes pour n^ point all^r; et quand il y était pris des arrêtés, ils protestaient contre, ou, sans protestation , ils faisaient agir les commandans des troupes de leur arrondissement en sens contraire des instructions du général en chef de Farnxée. Néanmoins les chefs du parti , Stofflet et Delaunay exceptés , dWe part , et plusieurs représentans du peuple de Tautre , arrêtèrent et signèrent un traité qu^on a désavoué depuis. Il portait, entre autres conditions , qu^on n^inquiéterait ni ne rechercherait aucun chef, commandant dp soldat vendéen pour cause de rébellion; que ceux qui étaient prévenus dVmi^ation rentreraient librement dans leurs foyers et dans leurs propriétés non vendues j que les enfans des rebelles morts ou suppliciés rentreraient aussi dans leurs biens ; que les réquisitionnaires des départemens qui avaient été le théâtre de la guerre, ne seraient point appelés; qu'on indemniserait les habxtans dçs campagnes ^dés pertes que la guerre avait pu leur occasionèr; qu'ion retirerait les troupes de la république de Tintérieuf
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de là Vendée ; enfin y que Fexercice du culte serg^t parfaitement libre.
Charette promettait de son côté de faire rentrer tous les Vendéens qui étaient à sa suite sous robéis"*? sance de la république; de leur faire déposer les armes ; de former dq tous les déserteurs et hommes sans aveu, qu^on ne pouvait licencier sans craindrç qu^ils reportassent le trouble ailleurs, une garde territoriale don^il serait le chef. Il garantissait qu^'avec cette garde , dont il se réservait Porganisatipn et choisirait les officiers , il maintiendrait la police dans Kntérieur du pays ci-devant insurgé ; qu^il établirait les nouvelles autorités, et qu'il veillerait à Teiçécutipn pleine et entière des lois de la république.
Tels étaient à peu près les articles patens du. traité de paix conclu par |a majorité de^^ repré-. sentans eji mission près Farmée de TOuest , à la Jaunaye , maison de campagne située à quelque distance de Nantea. On y ava^t préparé une tente digne dY recevoir les pacificateurs , et de part et d'autre on avait des troupes pour rçndre lîi négociation plus imposante et se garantir dç toute espèce de surprise.
Quand les conditions furent arrêtées , le général Canclaux entra dans la chambra ; et quoiqu'il sût d'avance que les intentions de Charette étaient de souscrire à la paix qu'on lui offrait, il ne l'aborda point avant d^avoir des rcprésentans du
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peuple la certitude que Charette, uaguère ennemi, était à présent réconcilié avecla république. Alors il s^approcha de lui et Tembrassa. Ce ne fut ensuite que réciprocité d'égards et protestations dVuion entre les généraux à la suite de Canclaux et les officiers de, Tarmée catholique et royale.
On proposa à Charette de venir à Nantes , et il sY rendit avec les représentans du peuple , son étatmajor et celui de Tarmée républicaine. Son entrée eut la pompe et Téclat d\in triomphe : toute la ville accourut à sa rencontre. L'air retentissait des cris de vive Charette y vive le héros et le pacificateur de la Vendée ! Cependant c'était cet homme qui , la vçille , faisait trembler cette ville. On n'épargna rien pour le récréer : repas ', bals, spectacles, fêtes brillantes , tout fut prodigué en son honneur; mais il ne cessa d'être inquiet et taciturne. Craignait-il qu'étant une fois au pouvoir des républicains, ils n'attentassent à sa liberté; ou bien sa propre conscience lui reprochait-elle d'avoir signé un traité de paix qù^il avait l'intention d'enfreindre? Je crois que c'est à cette dernière probabilité qu'il faut s'arrêter , surtout si l'on fait attention aux circonstances qui ont précédé et suivi la pacification.
L'armée de l'Ouest avait changé de face depuis l'arrivée de Canclaux. Ce général l'avait mise sur un pied respectable : aussi politique et adroit négociateur que bon guerrier, il avait amené Charette
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à faire preuve aussi de quelque apparence au moms 4e loyauté ; ce partisan céda dans le moment aux îni|tances de Decouétus , qui ne faisait la guerre qu^à regret; de plusieurs ainis qu'ail avait è Nantes ; et plus que tout cela de sa mère et de son épouse ^ qui , nouvelles Yéturie et Volumnie, lui furent députées pour le disposer à renoncer à la guerre- Mais il Q^imita point Coriolan dans sst retraite. S^il mit IVpée dans le fourreau , ce ne fut quVn atten-' dant qu^il fut en état de recommencer les hostilités ; ce qui le prouve , cVst la lenteur quMl mil depuis à exécuter Farticle du traité qui regardait le licen-' ciement des troupes ; c^est que ses officiers et ses soldats profitèrent de Fitierlie qui suivit la conclu-sion de ce traité ^ pour s^approvisionner d^armes et 4e munitions de toute espèce dans les viUes limi-^ trophes du pays Insurgé, où on leur accordait la permission d^entrer ; ce qui le prouve , ce sont les fi^équens assasisinats qui se commirent par les roya-^ listes.. Il est vrai que Charette , à qui Ton s^en plaignit, désavoua ces hostilités de détail, mais il les laissa la plupart impunies : ee qui le prouve enfin, c^est la correspondance de Cormatin ef autres che& de Chouans sur la rive droite de la Loire , qui invitaient ceux de la Vendée à temporiser le plus qu^ils pourraient avec les républicains, et à les endormir par toutes sortes de protes-^ tations de paix et de promesses d^es^écution du traité , mais a tirer en longueur jusqu^au débar-
quement prochain des secours qû^oo att^odait des Anglais.
Quand Stofflet eut appris que Charette avait signe un traite de paix , il fit une proclamation , dans laquelle il prit la qualité de général en chef de Tannée catholique et royale; il invitait les Vendéens à ne pas se laisser gagner par les promesses des* représentans du peuple et des républicains , et à ne point abandonner la cause de Dieu et du trône. Aux yeux des partisans du royalisme , cette proclamation était une censure indirecte de la conduite de Charette, et de ceux qui avaient souscrit à la pacification.
• Cependant • le général Canclaux fit ses dispositions pour aller trouver Stofflet et le mettre à la raison (i). Il fit filer des troupes des brigades de Laçon et des Sables sur Nantes, et les campa dans les Landes de Ragon ; ensuite il dirigea sa marche sur Maiilevrier où était le quartier-général de Peu- Demi , et où d'^autres troupes descendues par ChoUet et Mortagne devaient concourir à Fattaque. Stofflet eut à se défendre contre dix-huit mille hommes. Ses principales forces consistaient dans cinq à six cents hommes djp cavalerie : il soutînt le- choc .avec son intrépidité ordinaire, et tua lé brave Râteau , colonel du 1 1* régiment de hussards ; enfin il ne put tenir contre le nombre et la valeur des
(1) Gcrminat an ni.
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républicains. Sa troupe fut taillée en pièces , et il fut tPes-heureux de pouvoir se sauver dans un bois voisin avec quelques cavaliers. Il y aurait été cerné et pris, mais il demanda à faire sa paix. Le général Canclaux sentant combien la reddition de ce chef qui entraîna celle de d^ Au ti champ et du curé de Saint-Lô-d^ Angers, pouvait influer sur Fesprit des habitans des campagnes de FAnjou et du Poitou , Fàdmit à traiter. Il signa à peu près les mêmes articles que ceux de la pacification précédemment conclue à là Jaunaye. Ses dispositions actuelles étaient dictées par la force et la nécessité. Il resta à Maulevrier sur le prétexte de ramener au sein de la république les paysans, et dVn opérer le désarmement. A cette fin , on lui laissa un bataillon de chasseurs-francs, soldats intrépides, comme le sont la plupart des troupes légères , mais pillards et indépendans jusqu^à Tinsubordination. Le nom de brigands leur convenait tout aussi bien qu^aux troupes de StofSet. Il se plaisait au milieu de ce qqrps dont les habitudes répondaient à ses mœurs grossières et soldatesques. On sait que cet aventurier était originaire d'AUe^ magne d'où il avait déserté ; passé bu service de France, il obtint son congé et une place de garde-^ chasse chez, un seigneôr propriétaire d'aune très-, fcelle terre dans FApjou. La révolution arriva tandis qu'il exerçait cette profession. L'abolition des privilèges féodaux , et la permission que chacun prenait de chasser sur les terres d'autrui et (J^insu.l-
ter lès gardes , lui donna» occasion de signaler son attachemenf aux intérêts de son maître ; il fut un des .principaux champions de Tinsurrection dans son canton. Son intrépidité dans les combats lui fit déférer le commandement en chef dans le haut- Poitou et TAnjou après la mort de Lescure et de La Rochejaquelein. Était -il présumable qu^un homme de cette sorte , qui avait commencé à boire dans la coupe enchantée du pouvoir, s^en dessaisit volontiers pour rentrer dans le néant? On le laissa dans la Vendée environné, ce semble, de plus d^autorité qu'^auparavaut. On rapporte que , pour favoriser l'expédition dirigée contre lui , Charette établit un cordon de troupes sur les lignes qui séparaient son territoire de celui que ce second chef prétendait soumis à son commandement, afin de lui interdire tout moyen de salut. Ce qui est certain , c'est que d'après les ordres de Charette , cinq cents hommes, commandés par Fleuriau et Sapinaud, ses lieutenans, escortèrent un convoi considérable de subsistances que Canclaux avait destiné pour les troupes dont il avait ordonné la réunion à ChoUet ; que ce convoi parvint à sa destination, et que seize mille rations de pain ayant été superflues aux besoins de la troupe, rétrogradèrent , sous la même protection , sur les Sables - d'Olonne , et furent distribuées par mes soins aux royalistes. Cette circonstance prouve que si Charette et ses lieutenans n'étaient pas intérieu-
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rement disposés à ihainteHir la paix , comme c^était Fopinion de plusieurs , ils faisaient biéti au-nlehors tout ce qu'ail fallait pour démontrer le contraire et paraître agir de concert avec le général Caudaux.
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