‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 21 sur 30 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Les Anglais débarquent des émigrés à Quiberon; quatre ctnti sont faits prisonniers et fusillés. — ' Notice sur Torigine de la chouannerie. — Nouveau débarquement d'armes et de munitions de guerre fait par les Anglais à Sion , près Ssint-Gilles.

— Arrivée de nbuvelles troupes républioaitieft dans la Vendiée.

— Le général Hoche succède à CancUux dans lé commande'r ment en chef de Tarmée. — Vastes pouvoirs donnés à ce général ; réflexions à ce' sujet.

Le6 Anglais dël)arquèrent un^ centaine A^émigré^ sur les côtes de Jard et de ta Tranche, près les Sa-* ble8*d^Olonne; mais ce nombre ^tail trop petit pour causer beaucoup d^ûquiétudes.

Le principal événement qui prquva combien avaient été fondées les espérances qiie Cormatîn ^ chef des rebelles de la Bretagne, avait communiquées à ceux de la rive gaudbie de la Loire et du Poitou, iîti la fameuse descente dinn certain nombre d^émigrés à Quiberon; Qepuis long-temp» le ministère britannique avait conçu le projet de les jeter sur les côtes de France , pour ranimer eC alimenter les divisions intestines , et faire déchirer le sein de la patrie par ses propres enfaps. A ce système de division, constammefit suivi par TAngle^ terre ^ se joignit ufjKiutre motif qui la détermina h

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se défaire en quelque sorte de ces émigrés : c'est que leur subsistance et leur entretien^ commençaient à lui devenir à charge. On les rassembla donc dans les îles de Jersey et Guernesey; ensuite on les embarqua avec une quantité assez considérable d'armes et d'effets , et une division de vaisseaux anglais les escorta.

Cette petite armée qui devait s'accroître à mesure qu'elle avancerait dans le pays, avait pour* commandant en chef le marquis de Puisaye, un major-général, un trésorier et plusieurs officiers de marque , parmi lesquels on distinguait le jeiine Sombreuil que ses rares qualités rendaient digne d'un meilleur sort que celui qu'il -éprouva. Après un combat assez: vif, qui eut lieu entre la flotte' anglaise et quelques bâtimens français alors en croisière sur la côte , la descente s'effectua.

Au lieu de pénétrer de suite dans Fintérieur des terres et d'aller joindre les différéns partis de rebelles connus sous la dénomination de Chouans, on s'amusa à attaquer lé fort de Quiberon qui fit une longue résistance. Cette faute donna: le' temps* aux généraux répubHcaitis, que le combat naval avait id'àbord avertis/, d'extraire des troupes: de Rennes, de Nantes et même de l'intérieur du Poi-^ tou : ellç3 firent un cordon et arrivèrent assesrtàt. pou t. empêcher que les débarqués ne pénétrassent: plus avant et ne missent à terre toute leur cargiai-;' son. Alors ils furent serrés ddM|)rès et attaqués si>

brusquement quMls furent contraints de penser à se rembarquer; mais on ne leur en donna pas le temps. Les débarqués n^avaient pas même de cartouches pour charger leurs fusils et se défendre. Un désordre épouvantable se mit parmi eux : quantité se noyèrent en voulant regagner les vaisseaux, un plus grand nombre fut tué, et quatre mille environ furent faits prisonniers. Le lâche Puisaye fiit un des premiers à se rembarquer, et abandonna ses compatriotes au sort affreux qui les menaçait. C'est 4bx intrigues de cet homme vain et ambitieux quMls jdurent leur malheur ; c'est sur ses instances que cette expédition s'était accélérée avant d'avoir pourvu aux moyens de la faire réussir, principalement à un approvisionnement suffisant de munitions de guerre. Il avait fait entendre qu'une fois débarqués , les émigrés trouveraient tout ce qui leur serait nécessaire : il avait sollicité leur commandement, et il ne bornait pas là ses vues; il voulait s'en faire un titre pour être le régulateur au commandant en chef des armées royales de la Bretagne et du Poitou; mais pour soutenir ce caractere et remplir l'attente du parti, il aurait fallu dans Puisaye un ^utre mérite que celui de l'intrigue, et des ressources de génie et de bravoure dont il était dépourvu.

Tallien , représentant du peuple en mission près de l'armée, créa une commission militaire pour juger les quatre mille prisonniers qui furent im-

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pitoyablement fusillés , à Texception d!un très^etit nombre qui , parlant quelque langue étrangère , comme Tallemand, le flamand ou Tanglais , trcopa** pèrent la commission , et eurent le bonheur de ne pas être reconnus comme Français. Le parti regretta beaucoup le jeune Sombreuil qui fit des prodiges de valeur à la descente, et protégea le rembarquement de ceux qui purent regagner les vaisseaux , quoiqu^il sût qii^en restant sur la plage une mort certaine Tattendait.

Ainsi échoua cette descente dont les princes français et les royalistes sVtaient promis de S} merveilleux effets. Il.est constant que si TAngleterre eût réellemeat voulu servir la cause des Bourbons et les replacer sur le trône , elle ne se serait pas eonr tentée de débarquer quelques milliers dVmigré) sur les côtes de France, sans approvisionneioieiis et sans aucuns moyetis de retraite et de f¥>jnmu]H^ , cation avec elle. Elle aurait mis un prince à leur tête et l^i^rait appuyé dVne armée anglai9e qui, réunie aux royalistes déjà sous lies armea $ aujrait pu faire une puissante diversion dans la Brelan^e».^ ^ttii^er tous les partisans du trône et les mécofilens ftt changer )a face des événemens; zftaîis ce vP.tfil pasi ce que voulait le gouvernement angla^. Jl envoya à la boucherie des Français trop malheun réux d^étre à la solde de ce gpuvememept qui réunit à ta perfidie les vues étroites éC\m intérêt ^râide» La France se serait couverte de gloire , «t'aurait^

prouvé 3a grandeur et sa puissance si , au lieu de laisser égorger ces infortunés , elle les eût renvoyés à ses ennemis.

Quand la société punit un coupable , elle doit être en deuil. Cependant , le représentant du peuple Tallien vint, au sein de la Convention, faire le récit le plus pompeux de la journée de Quiberon , ^t du massacre de quatre mille Français. La joie que causa la victoire étouffa le sentiment de la pitié , et des fêtes et des réjouissances eurent lieu en mémoire de cet événement.

Ce revers inattendu et Tarrestation de plusieurs chefs dont j^ai déjà parlé; ralentirent les progrès de la chouannerie ; mais Puisaye ne tarda pas à reparaître sur le continent et à travailler à sa réorganisation. J^ai promis de donner au lecteur une idée de cette guerre, je vais le faire succinctcrment ; voici son origine :

Deux frères, fermiers dans la Basse-Bretagne, qui s'appelaient Chouen , se sont faits chefs de brigands et d'assassins, et ont donné leur nom à leurs complices. La singularité du mot, comme c'est l'ordinaire , l'accrédita au point de l'appliquer nonseulement à ces bandits contre qui l'on fit mar-^ cher la force armée , mais à tous ceux qui , dans cette province, avaient pris les armes contre la république ; ensuite ce mot devint synonyme de ceux que l'esprit de parti avait précédemment mis en vogue. Les jeunes gens , les républicains mo-

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tlérés , les royalistes , furent appelés chouans. DVutres ont donné à ce nom une origine assez bizarre , mais pourtant vraisemblable. On sait que ia ci-devant Bretagne était affranchie de Fimposition des gabelles : un peu plus loin , le Maine et TAnjou , par exemple , ne jouissaient pas de cet avantage; en conséquence, à certaines limites il y avait des commis dont les fonctions consistaient à empêcher que le sel ne passât en contrebande. Ces gabeleurs avaient un intérêt dans les prises quMls faisaient : cVtaient des argus dont il était difficile de tromper la surveillance. Cependant la fraude avait lieu, et elle était exercée par des hommes qui en faisaient une sorte de manège , et convoyaient d^une province à Tautre des denrées prohibées. Ces contrebandiers se portaient dans les bois et sur les chemins à de certaines distances les uns des autres; ils avaient avec eux des chiens accoutumés à jouer leur rôle : s'*il arrivait qu^un commis de la gabelle passât ou qu'on entendit du bruit , le contrebandier faisait signe à son chien , pour aboyer et avertir qu'il fallait interrompre la marche du convoi. D'autres fois les contrebandiers s'avertissaient du danger, en imitant réellement la chouette. Quoi qu'il en soit, comme ils ne convoyaient la plupart du tempi^ les objets de contrebande que la nuit, et que Faction de se porter en vedette, pour prévenir toute espèce de surprise , s'appelait parmi eux faii:e la chouette ,

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on les appela chouans. Mais pourquoi donna-t-on leur nom aux royalistes armés contre la république ? CVst que la révolution ayant supprimé les gabelles , ces hommes , sans aveu , se sont trouvés sans moyens d'^existence. Alors, ils âe sont réunis dans les bois aux Vendéens qui sMtaient sauvés des massacres du Mans et de Savenay. Dans les commencemens , ils infestaient les routes, attaquaient les diligences, volaient et assassinaient; et dans la crainte d'hêtre investis par les troupes qu^on' mit à leur poursuite, ils imitaient la chouette, comme lorsquMls faisaient la contrebande. On continua de les appeler chouans indistinctement , lors** que leurs forces augmentèrent au point de former une armée considérable.

Tels furent Forigine , la nature et les progrès de cette seconde espèce de guerre civile qui fut, à proprement parler, une suite de celle de la Vendée, et ne sVteiguit que lorsque Napoléon vint prendre le timon des affaires.

Les Anglais avaient bien Tintention de fournir des armes aux royaUstes ; mais la déconfiture de

Quiberon fit tomber au pouvoir des répubUcains tous les fusils débarqués. Pour réparer Cette perte et atteindre en partie le but qu^il s^était proposé, le gouvernement anglais fit un nouveau débarquement d^armes et de munitions de guerre à Sion, près Saint-Gilles, petit port situé entre les Sables-d^Olonne et Noirmoutiers. Charette qui

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attendait ce secours, sMtail rendu sur la côte avec un nombreux détachement et des voitures à bœufs.

Le général de brigade Descloseaux, qui commandait la division des Sables , aurait pu , par de bonnes dispositions, empêcher le déchargement de ces armes , ou en intercepter le convoi , et s^'en emparer; mais cet officier mou, eflFéminé, et toujours indécis , se mit trop tard en marche ; ri se contenta de garder la défensive, en sorte que Charette eut le temps de faire charger et conduire, à son quartier-général de Belleville , au moins cinquante voitures de fusils et de munitions. Descloseaux fat bientôt après puni, comme il le méritait, de son indolence et de son inaction : il fut des^» titué.

La crainte de nouveaux efforts de la part des Anglais , la présence de leurs flottés dans nos parages, Forganisation de la chouannerie et Paudace ressuscitée parmi les Vendéens , fit concevoir la nécessité d^envoyer de nouvelles troupes dans les départemens insurgés. On en tira donc encore de^ armées du Nord , du Rhio et de Sambre-et-Meuse* La paix, qui se conclut fort à propos avec le roi d^Espagne , mit une armée entière à la disposition du gouvernement (celle des Pyrénées-Occidentales); il la fit arriver dans la Vendée (i)^

(i) Thermidor an HT.

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Alors j le général Canclaux quitta le coinmaç-: dément en chef. Contrarié dans ses sjfstèmes de pacification par quelques commissaires de la Con-t vention , reconnaissant peut - être quUl avait été trop colKani dans les dispositions des chefs roya-; listes , Êitigué et dégoûté du service , ne voyant plus le même bien à opérer pv lui^ il totob^ malade à Nantes et fat rappelé. Il était difficile dWoîr des intentions plus droites que lui. Si son successeur, qu^on a appelé le pacificateur de la Vendée, a mérité ce titre flatteur et glorieux, on peut et on doit dire que Canclaux lui avait préparé les moyens de réussir, et quMl fut puissamment secondé par le général Hédouville.

Cet heureux successeur fut le général Hoche , jeune homme âgé de vingt-huit ans , déjà célèbre par ses exploits guerriers. A la bouillante ardeur du courage, il sut allier le calme de la prudence et de la sagesse. On réunit sur sa tête le commandement le plus étendu et le plus absolu qu'ion eût encore osé donner à aucun général depuis la révolution.

L'armée sous ses ordres prit le nom d'armée des côtes de FOcéan. Ses divisions s'étendaient depuis Cherbourg jusqu'à Bordeaux, et couvraient ce vaste territoire connu précédemment sous le nom de province de Normandie , Bretagne, Maine, Anjou, Touraine,Poiton, Aunis et Bordelais ; tout ce pays fut déclaré comme en état de siège , et les

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autorités devaient y obéir au général. Ce qui étonnera toujours , c^est qu'avec' les systèmes de ce temps, le gouvernement ait pu créer, au sein de la république, une domination telle que n'en avaient pas beaucoup de potentats de l^urope. La conduite de Hoche justifia la confiance qu'inspirait son républicanisme.

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