‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 24 sur 30 · SAPINAUD DE BOIS-HUGUET · texte numérisé non relu

SAPINAUD DE BOIS-HUGUET

Monsieur le eheralier Sapinaud de Bois-Huguet , coDtiu sous le nom de la Verrie, avait servi vingt-cinq ans dan» les gardes-du-corps. Il était resté dans la Vendée pour être utile à ses neveux , MM. Sapinaud de Bois-Huguet , officiers en activité, émigrés avec leurs régimens. Il battit, dès les premiers jours de mars 1 798 , les garnisons de Ti£fauges et des Herbiers , et leirf enleva trois pièces de canon. A son retour à la Verrie , il sauva de la fufeur des paysans M. de Beaulieu, père du douze enfans, et partisan zélé de la révolution.' Le ciel le récompensa de ce trait d^humanité , et le fit triompher de Bouveau à la bataille des Guérinières ^ bataille où les paysans montrèrent que leur intelligence égalait leur courage. Instruits que les républicains venaient au nombre de deux: mille pour les attaquer , ils quittent tout-à-coup leurs cheis j sans écouter leurs voix qui les rappellent, et vont par un chemin très-étroit surprendre leur ennemi qui s^empressait d^arriver au pont Gravercau. Saisi d^une terreur subite , il est battu

la NOTICES

complètement , et perd mille hommes djins sa fîiite.

M. de Sapinaud, après cette action glorieuse, fut établir son quàrtier-rgenëral au château d^Oie, nommé, peu d'^années avant, FAbergement, et que MM. de Sapinaud, qui en étaient seigneurs , avaient vendu. Il respirait au berceau de ses pères du trouble des combats, lorsque le général Marcé vint s^emparer de Chanto^nay. Il marcha aussitôt contre lui, et Fen chassa. Ce général revint le 19 mars , avec quinze cents hommes , offrir la bataille aux royalistes dans le vallon du Laye. Ceux-ci les repoussèrent et enfoncèrent leurs colonnes. Cependant Fartillerie ennemie tenait ferme. M. de Sapinaud, voyant les Vendéens trembler à chaque détonation , les ranime par cette harangue héroïque : « Mes amis, ne craignez rien; regardez-moi et suivez-moi. » Attentif quand on va mettre le feu au canon, il se jette à terre, laisse passer les boulets, se relève, court aux batteries ets^én rend maître , à Faide des paysans qui Font imité. M. de Royrand , que son âge et ses services , plus que sa capacité, avaient fait nommer général en chef, complimenta M. de Sapinaud sur sa témérité à affronter la mort. « Vous vous trompez , mon ami, lui dit-il; je la crains plus que personne; mais je serais fâché que Fon pût se montrer plus 'brave que moi dans le danger. » Ce combat , connu sous le noTO de Saint-Vincent ,. porta Feffroi dans Famé

SUR MM. SAFINAUD. iâ

des républicains , et rendit les royalistes tnailres d'un terrain immense.

M. de Sapinaud, revenu à la Verrie pour ses affaires , fut obligé d'y faire aussitôt un rassemblement , e^ de se porter vers Châtillon d'où l'ennemi s'enfuit à son approche. Il poursuivit sa marche jusqu'à la Châtaigneraye d'où il envoya deux pièces de canon et deux barils de poudre à Mor-» tagne* Il s'y transporta lui-même, et y fut reçu comme en triomphe. La maison de madame^ Sapinaud de Bois-Huguet, sa belle -sœur, hef se désemplit pas pendant les six heures qu'il y passa. M. de Royrand et lui , sur la fin de mai , marchèrent avec les autres chefs contre Fontenay; ils dirigèrent leurs divisions du côté de Saint-Hermine, pendant que les autres généraux l'attaquaient sur deux points opposés; Fontenay fut bientôt le prix de leur valeur. Le butin fut considérable,' mais partagé avec inégalité , ce qui excita les plaintes de M. de Royrand.

Peu de temps après , M. Sapinaud de la Verrîe fit plusieurs prisonniers dans un combat auprès de Chantonnay , parmi lesquels était le colonel Monnet. Ce fut le dernier rayon du bonheur que le sort fit luire sur sa carrière : l'attaque infructueuse de Luçon , faite à la fin de juin , le navra de douleur; en vain resta-t— il le dernier sur le champ de bataille ; rien ne put empêcher la fuite de l'armée royale , occasionée par des déserteurs que M. de

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Hoyrand avait accueillis imprudemment dans ftb division , et qui retournèrent à leur drapeail. Ce* pendant Farmée du centre désirant arrêter la marche du général Tuncq « la brarotire de M« Sapinaud le fit choisir pour Commander ravant«* garde.

Déjà il s^approchftit du pont Charron pour «^emparer de ce poste essentiel ^ lorsque trahi par un transfuge protestant qui révéla à Tennemi le mot d^ordre^ il se trouva enveloppé de toutes parts. Deux fois il s^élance pour attaquer , deux fois il est repoussé et blessé à mort. Quatre paysans du bourg de la V^rrie, dont il était seigneur, et dont Tun se nommait Gui ton , se firent tuer pour arracher son corps aux meurtrierSé Sa tête avait été mise à prix , tant sa valeur et son influence étaient redoutp'es du parti ennemi. Ainsi périt au champ d^honneur M. le chevalier Sapinaud de Bois-Huguet, âgé de cinquanteK^inq ans* L^armée royale, dans le bulletin officiel du conseil supérieur, déplore la mort en ces mois :

« Non» devon3 nn juste tribut d'éloges, et les » regrets le$ mieux mérités, à AL Sapinaud de la » Verrie (i), qui, blessé dans la première attaque

^1} M. de la Yerrie avait près de cinq pieds six pouces et était très-liién fkit$ sa figure , noble et spirituelle^ était proportionnée à sa taille. U afvait le front petit et un peu avancé , des yeux noirs et tr^«-viiii , le nés ^\ la bouche bien faits , et un air gracieux. 11

SUR MM. SAPINAUD. i5

i> du pont CharroD, tomba entre les mains de )> Pennemi , et éprouva de sa part les plus cruels » tourmens. i»

avait beaucoup de chereux , mais l'âge et le malheur les avaient blanchis.

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