HISTORIQUES
C^BST pour VOUS) mes chers etifans, que fai écrit cette histoire de^ malheurs et de la gloire de la Vendée^ Si nos triomphes ont été glorieux , nos infortunes n^ont pas été moins grandes; et la Pro-^ vidence , qui nous avait comblés de gloire tant que nous restâmes fidèles à Dieu, nous abandonna dès que nous lui fûmes infidèles. J^ai souvent, en écrivant ces Mémoires', mouillé de mes pleurs la pag^e où je retraçais tant de désastres. Entourée d^ennemîs qui me poursuivaient avec acharnement , cachée sous les haillons de la misère, et, pour comble d^infortune , éloignée de ma fille et de mes enfans, je Savais diantre cotisolation que d^écrire pour eux le récit de tant d'actions héroïques et de tan* dé ihalheurs. Vous troilvei^z peut-être que je n*àl pas toujours suivî Tordre historique. Eh , mon Dieu ! eomnlent auraîs-je pu le foire ? Dépuis le jpnr fetal où le^ patriotes- entrèrent à Mortâgne et btûlèrent ma maison , •j^aîî erré de chatfmîère en
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chaumière, ne sachant trop souvent où reposer ma tête; j^ignore même si la Providence m^accordera jamais le bonheur de vous revoir et de vous presser dans mes bras. Dans ce cas , ceci sera le testament de votre infortunée mère : qup mes enfans, enlisant comment sont morts leur oncle Sapinaud et leurs parens de Baudery et de Verteuil , apprennent à marcher sur leurs traces , et à nWoir comme eux qu^une seule pensée, celle de servir fidèlement leur Dieu et leur roi. QuHls conservent surtout les sentimens de religion que jVi toujours cherché à leur inspirer; c'est par elle qu'ils se procureront une vie heureuse dans ce monde, et qu'ils se prépareront une gloire impérissable dans l'autre.
La guerre de la Vendée commença le 12 mars 1793. Les* paysans se révoltèrent du côté de la Bretière ; ils se dispersèrent ensuite dans les paroisses voisines , et vinrent trouver M. Sapinaud de Bois7Huguet, plus connu sous le nom de la Verrie. a Nous vous prenons , lui dirent-ils , pour notre général , et vous marcherez à notre tête. )> Sapinaud essaya de leur faire envisager les malheurs qu'ils allaient attirer sur eux et sur la Vendée. <( Mes amis , leur dit-il , c'est le pot de terre contre le pot de fer. Que ferons-nous ? Un seul département contre quatre-vingt-deux! Nous allons être
écrasés. Ce n'est pas pour moi que je parle; la vie , je Tai en horreur depuis que je suis témoin de tous les crimes que des barbares ont accumulés sur notre malheureuse patrie, et j'aimerais mieux périr à votre tête , en combattant pour mon iftcu et pour mon roi , que de me voir traîné dans une prison comme on fait à tous mes pareils. Croyez-moi, retournez chez vous, et ne vous perdez pas inutilement. » Ces braves paysans , loin de se rendre à ses raisons, lui remontrèrent qu'ils ne pourraient jamais se soumettre à un gouvernement qui leur avait enlevé leurs prêtres , et qui avait emprisonné leur roi. « On nous a trompés , dirent^ ils ; pourquoi nous envoie-t-oh des curés constitutionnels? Ce ne sont pas là les prêtres qui ont assisté nos pères à leurs lits de mort , et nous n'en voulons pas pour bénir nos enfans. )> Mon beaufrère ne savait trop quel parti prendre; il hésitait à livrer ces bons paysans, et à s'exposer lui-niême à une mort qui lui paraissait certaine ; enfin voyant leur obstination^ il finit par céder, se mit à leur tête , et partit le jour même pour les Herbiers. Les paysans de la Gaubretière se joignirent à eux. En passant à la Verrie , ils entrèrent chez Sapinaud de la Verrie , et le forcèrent de marcher sous les ordres de son oncle. Le soir même , cette troupe indisciplinée, n'ayant pour toute défense que quel* ques fusils de chasse, des faux et des bâtons, arriva devant les Herbiers.
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Les habitans étaient prévenus, et avaient ra-^ ma3së le plus de patriotes qu^ils avaient pu. Deux compagnies de bleus avaient été envoyées à leur secours avec quatre ou cinq pièces de canon.. S»* pinaud de la Yerriet qui voyait son oncle i?avanoer à la tête d^une troupe d^hommes mal armés, avait fait le sacrifice de sa vie> et s^attendait à recevoir la mort. Les balles sifflaient si fort autour de lui, quUl n^entendait plus rien. Cependant, en moins de deux heures , les Vendéens se rendirent maitrès de la ville et chassèrent les bleus. Il n^ ent pas un seul des nôtres tué; deux hommes seulement furent blessés. Le nombre des morts da côté des patriotes fut considérable, et ils nous abandonnèrent une grande quantité de fusils qui furent distribués à nos paysans.
Après cette heureuse expédition , on apprit que six ou sept paroisses sVtaient réunies pour attaquer ChoUet. La division que commandait Sapinaud lui demanda d'être dirigée sur cette ville, et mon beau-frèce s'empressa d'accéder à leur proposition. On arriva sous les murs à deux heures. Cincf cents dragons et la garde nationale des environs s'y étaient renfermés pour la défendre. Le commandant leur avait conseillé de rester dans la ville. Mais dès que les. dragons aperçurent. les Vendéens, ils se hâtèrent de sortir de ChoUet, s'imaginant que quelques coups de fusil auraient bientôt dis^ perse une poignée d'hommes sans armes et saas
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expérience. Ils sWancèrent donc jusqu^au bois Gralot, où ils se rangèrent en bataille. Les Ven-^ déens ^ ignorant le danger auquel ils s^exposaient ^ avancèrent en tirant. Les fusils marchaient devant et les faux derrière. La première décharge qu'ils firent ^ur les patriotes fut si bien ajustée , que le commandant de la garde nationale et le colonel des dragons furent renversés sans vie# Les nô^ tres« encouragés par ce premier avantage, s'élan* cèrent aussitôt sur la première colonne ennemie^ Les gardes nationaux épouvantés tournent le dos^ le désordre se met parmi les bleus, et le$ Vendéens entrent à ChoUet presque sans coup férir. L'en** nemi fut poursuivi plus d'une lieue au-delà de cette ville. Cewk victoire fut d'autant plus glorieuse, que les nôtres n'étaient pas aussi nombreux que les patriotes; ceux-<3i étaient, de plus, bien armés et aidés par des troupes de ligne : les autres au contraire chantaient des cantiques et portaient presque tous leurs chapelets. Il n'y eut aucune espèce de réaction. Sapinaud se contenta de faire . mettre en prison les patriotes les plus déterminés. Les Vendéens avaient cependant de terribles in-« jures à venger contre les habitans de ChoUet. Lors du dernier tirage au sort pour la miUce , ces der-* nier» avaient attaqué les jeunes gens des paroisses voisines qui étaient venus sans armes, et en avaient lue quelqpes-uns ; ce qui avait du nécessairement irriter contre eux la population des environs.
Sapinaud , de retour, établit son quartier-général à Chantonnay. Les gardes nationales étaient eflfrayées, les troupes de ligne fuyaient de tous côtés. Mon beau-frère m'écrivit pour m'annoncer ces succès , et lui-même , peu de jours après, vint me faire une visite à Mortagne : il était loin de se faire illusion. Il m'assura que le dénoûment arrivait, que lui et bien d'autres seraient tués. Je cherchais vainement à lui ôter ce triste pressentiment* « Ma sœur, me dit-il , i^e croyez pas que la mort me fasse trembler, j'ai fait le sacrifice de ma vie le jour où j'ai pris les armes ; je suis lancé, c'est fini : je reculerai le plus que je pourrai l'instant fatal, mais je suis sûr que je ne tarderai pas à périr ; je ne regrette que de ne pouvoir étre%ti]e, avant de mourir, à ces braves paysans qui m'ont suivi.»
Rangot et Bejarry, ses aides-de-camp, lui firent d'inutiles représentations ; il était frappé de l'idée de âa mort prochaine ; il me dit adieu, en me priant de ne pas m'affliger, et en me recommandant ses Vendéens. « Soyez sûre, ma sœur, me dit-il en m'embrassant , que je marcherai toujours à la tête des miens, et que vous n'apprendrez jamais que j'aie reculé devant l'ennemi. » Dès qu'il fut monté à cheval , tout le monde se mit à crier vwe le roi! Je rentrai chez moi le cœur tout attristé par ce que je venais d'entendre.
Le jour même de son départ, les bleus s'avancèrent au-delà de Châtillon ; un courrier en porta
la nouvelle à minuit à mon beau-frère. Sapinaud fit aussitôt sonner le tocsin, et, après avoir fait ses rassemblemens , il se montra à Pennemi. Les bleus qui espéraient le surprendre, instruits de son arrivée, n^osèrent pas l'attendre; ils battirent en retraite : Sapinaud laissa alors à Châtillon un certain nombre de troupes pour défendre la ville en cas d'attaque ; et , ayant appris qu'une division ennemie se portait vers Chantonnay, il courut au secours de cette ville.
A une demi-lieue de Chf nnay, l'armée vendéenne rencontra les patriotes précédés par un escadron de gendarmerie. Sapinaud fit aussitôt ar^ rêter ses paysans. « Mes amis , leur dit-il, c'est pour notre Dieu et poiu* notre roi que nous allons vaincre ou mourir ; suivez-moi ! w Après cette courte harangue , il s'élança le premier sur les ennemis ; un boulet de canon lui brûla une partie de son chapeau ; jamais les Vendéens ne s'étaient battus avec tant de courage : tous les gendarmes fiirent tués ou blessés; les bleus laissèrent près de trois mille hommes sur le champ de bataille. Les Vendéens revinrent triomphans. Les commandans , les officiers , les soldats chantaient des cantiques ; c'était l'époque de notre gloire.
Du côté de Beaupréau , MM. d'Elbée et Bonchamps avaient fait des merveilles, ils avaient battu les républicains à Saint-Florent. Gauvillier , général républicain , ayant laissé à découvert Cha-
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lonne, qui n^avait po92r toute défense que trois mille gardes iiatiouaux ^ Bonchan^ se pdria à 9a 3iâte devant cette ville , et envoya au maire lit sommation suivante t
« Les généraux de l'armée catholique romaine^ au nombre de cinq mille hommes, vous envoient MM. Rousseau et Lebrun, pour vous engager â vous rendre au nom de Dieu , de la religion et des prisonniers Chalonnaîs ; si voustous disposez à faire résistance , vous pouvez compter sur la dévastatiôû de votre ville ! Si au contraire vous vous rendez , vous aurez une grâce entière ; vous nous apport terez vos armes , et vous donnerez quatre notables pour otages : nous allons chez vous au nom de l%umanité. »
Le maire, nommé Vial, proposa de meturir plutôt que de se rendre. Mais à peine l'armée vendéenne se fot-elle mise en mouvement, que tous ces braves patriotes voulurent capituler. L'armée entra en triomphe à Ghalonne où elle fut reçue par la population au milieu des plus vives acclamations : les papiers de Fadministration furent brûlés , et Ton s'empara des armes et des munitions que Ton trouva dans la ville.
Une partie fut distribuée aux paysans, et le reste fut envoyé à Mortagne où Ton avait établi un
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dépét. Celte ville, située sur one ëminence, ayant trois places dans son enceinte , un couvent et d^an-^ tiques remparts à^on Ton dominait toute la contrée , semblait devoir être le boulevard de la Vendée. .M. de Royrand et M. de Boiichamps y en-* voyaient sans cesse les dépouilles ennemies : les états -^ majors remplissaient ma maison aux jours de nos triomphes , et Fenthousiasmé excité par la victoire notait mêlé dWcune crainte : notre joie était au comble ^ même au temps où M. de Piron , revenu de Tarmée de Prusse , triompha de Santerre au combat de Coroo, temps où la fortune semblait nous devenir contraire. J^ai vu des femmes se mettre à genoux devant les canons- pris sur Tennemi , que M. de Piron envoyait à Mortagne , et les embrasser aux cris de viife le roi! Je ne puis retenir mes larmes en songeant aux revers quinous menaçaient.
Le château était alors rempli de bombes , d& canons tout neufs , de boulets et de caissons ; on* jjavait renfermé une grande quantité de fusils; les souterrains recelaient des barriques de poudre;* des ouvriers de toute espèce travaillaient nuit et jour : Ton croyait être dans une place forte. M. Donissan et moi avions tous les jours à diner les officiers supérieurs ; je recevais aussi les roya-' listes de tous grades ; ma maison était sans cesse occupée ; aussi a*t^Ue été la première bnUée : tel
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fut le spectacle qu^offirit Mortagne , depuis le mois de mai jusqu^au mois d^octobre.
Après la bataille de Chantonnay , Sapinaud nous avait envoyé trois cents prisonniers , parmi lesquels se trouvait le commandant des Vengeurs, qui mettait partout le feu : ils arrivèrent à Mortagne sur les huit heures du soir; comme ils passaient devant ma porte , je descendis pom* les voir. Il y avait quatre ou cinq prêtres qui faisaient peur ; la honte était peinte sur leur visage; ils marchaient les yeux égarés , n^osant les fixer sur personne. Je parlai au commandant : il était richement habillé, et s^appelait Monet; il avait pour compagnon d^infortune un jeune homme de Mortagne que je fus bien étonnée de voir parmi les prisonniers : son père et sa mère ne tardèrent pas à venir me demander sa grâce. Je fus bien fâchée de ne pouvoir la leur accorder ; j'envoyai un exprès à Sapinaud; en attendant, on les conduisit en prison , ainsi que le commandant Monet. Ce dernier mVcrivit le lendemain une lettre conçue en ces termes :
« Madame,
)) Mon beau-frère, M. Garnier, a dû sa délivrance à vos bontés ; elles me font oser les réclamer, et vous prier dWoir pitié de mon sort; je suis fils unique ; mon père et ma mère , qui m'ai-
ment plus qu^eux-mémes , donneraient volontiers leur vie el leur fortune pour me racheter. Demandez-leur pour les pauvres une somme considérable, et ils s^empresseront de vous Tenvoyer. Vous êtes mère , et si vos enfans éprouvent un jour les mêmes revers que moi. Dieu leur fera trouver des âmes sensibles qui seront pour eux ce que vous êtes pour* moi.
» Votre serviteur,
MONET. n
J^envoyaî cette lettre à M. de Cumont qui commandait en Pabsence de M. de la Verrie , et lui écrivis moi-même pour lui recommander cet infortuné jeune homme. Quoiqu'il fut très-cou* pai)le, je désirais qu'ion pût lui pardonner. La vue du malheur change la vengeance en pitié. M. de Cumont me répondit que la mort la plus affreuse serait encore trop douce pour un pareil homme. Hélas ! dis-je en moi-même, il penserait autrement s'il avait le cœur d'une mère. Je ne savais comment annoncer cette triste nouvelle à ce jeune colonel ; je pris le parti de lui écrire cette lettre :
(( Monsieur,
» Je suis au désespoir de ne pouvoir suivre le penchant de mon cœur , il serait de vous rendre à vos parens chéris. Oui , Monsieur , leur inforttine
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et la vôtre me font sentir que je suis mère et que je souhaite vous en servir. Je souhaite vivemifut, si Ton s^oppose à ce que je sauve votre corps ^ pouvoir au moins sauver votre ame. Prenant donc tous les sentimens de celle qui vous donna le joiu*) j^oserai vou5 rappeler votre conduite passée , non pour ajouter a votre douleur , mais pour faire naître votre repentir. Représentez-vous les mères :mal* heureuses que vous avez privées de leurs maris; songez au sort de ces veuves éplorées , ne sachant où trouver un abri , et plus inconsolables encore par la vue de leurs pauvres petits orphelins : il en est une quantité dans cette ville qui demandent Votre tête pour apaiser les cendres de leurs époux et de leurs enfans. M. Nivéleau, jeune homme dé celle ville , est dans la même position. Son père , sh mère et ses sœurs, demandent avec instance leur fils et leur frère ; leurs prières et leurs larmes n^ob tiendront rien : sa mort est résolue. Jetez-vous, Monsieur, entre les bras de Dieu, Dieu qui seul nous reçoit et nous accueille en père , quand tout nous abandonne sur la terre. Remerciez -le de ne vous avoir pas privé de la vie dans les combats. Il a versé* son sang pour vous , versez le vôtre pour lui. Eh ! pourquoi ne lui feriez-vous pas ce sacrifice ? Il lui sera cher et précieux , et vous ne tarderez pas à en recevoir la récompense. Encore quelques momens , et vous serez en sa présence { je Ifî prif^ instamment dé vous pardonner; et vous,
Monsieur, ne mWbliez pas dans son séjour. Je vous quitte les larmes aux yeux et le cœur percé de douleur. )>
La geôlière me dit quMl avait versé un torrent de larmes en lisant ma lettre. « Il faut mourir, lui dit-il, ♦ faites-moi venir un prêtre. » Dès le soir même il se confessa , et le lendemain au matin il s'examina de nouveau et se confessa encore. Le prêtre lui apprit , ainsi qu'à ses camarades , qu'ils ne verraient pas la fin de la journée. M. Monet , loin de s'abandonner à Feffrôi , sembla reprendre courage. Son espoir en Dieu remplaça la crainte : il marcha quelque temps après au supplice avec le plus grand ealme. Le royaliste chargé de commander cette expédition , en revint navré de tristesse. « Comme vous voilà changé ! lui dis-je. — Cela vient de la peiiie que j'ai éprouvée, me dit-il; j'ai toujours peinte devant les yemx la mort du colonel Monet. ScHK^upplice m'a fait une impression que je ne puis effacer. Voici les dernières paroles qu'il a adressées à ses compagnons d'infortune :
<c Mes amis, il n'est pas de crimes que nous n'ayons commis ; la mort que nous allons souffrir est trop douce pour les expier , et elle nous serait inutile, si elle n'était accompagnée d'un sincère repentir. Demandons-le avec instance au Seigneur , par l'intercession de sa mère , et élevons nos c^urs vers Iim : disons ensemble un Pater
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et un Ai^e, — Il fit ses prières avec une émotion touchante; et, les ayant achevées, il se mit à genoux, baisa la terre, et nous dit après s'être relevé : « Mes amis, faites votre devoir. » Il est tombé mort. Voilà la première fois que je vois fusiller , ajouta TofiBcier , ce sera la dernière ; j'en mourrai de douleur. »
Le 5 mai 1798 , on forma le projet de prendre Thouars. Quétineau , qui commandait les républicains , après avoir perdu la bataille , s'était renfermé dans la ville avec trois ou quatre mille hommes. Les murailles , quoique anciennes , étaient assez hautes pour la mettre à Pabri d'un coup de main. Arrivé devant la place , il y eut dans l'armée vendéenne un moment d'hésitation. L'ennemi , du haut des.remparts , faisait un feu très-vif de mousqueterie , ce qui effrayait nos paysans accoutumés à voir leur ennemi en face. Sapinaud s'y troiïvait avec sa division. Henri, qui «commandait cejoiu*là, s'avança au miliçu d'une grêle de balles Jusqu'au pied de la muraille. Un paysan nommé Texin, le suivait, w Carie, lui dit -il, je vais monter sur tes épaules. — Montez. — Donne-moi ton fusil. — Le voilà, j» Henri s'élance et saisit un créneau. Au moment même un coup de fusil part et le blesse légèrement à la joue. L'armée , à l'aspect du danger que court son général , s'avance en poussant des cris tumultueux : la ville fut emportée , et le général Quétineau se rendit avec quatre
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mille hommes. L'évéque (TAgra y fiit pris portant les armes et sous Fhabit d^un simple soldat ; il se fit^ connaître à M. de La Rochejaquelein , et lui dit qu'ail n^arait pris les armes que dans la ferme espérance de passer aux Vendéens. La prise fut considérable; outre une grande quantité d^assignats, on y trouva des canons, des boulets et des magasins remplis d^habillemens militaires. L^évéque d^Agra arriva le soir même à Mortagne ; il y reçut la visite de tous les prêtres des environs , et ordonna plusieurs jeunes gens qui étaient prêts à recevoir la prêtrise.
Pour donner quelque régularité à leurs opérations , les généraux formèrent le projet d'établir un conseil supérieur d'administration qui résiderait à Châtillon. Il fut composé de Pévêque d'Agra , président ; de M. Bernier , curé de Saint- Laud; de M. Desessarts père , de M. de La Rochefoucauldy de M. Jagault, et de plusieurs autres dont les noms ne reviennent pas à ma mémoire (i).
On proposa aussi de nommer un généralis-
(i) Le conseil était ainsi composé : Tévéque d'Agra, président; Michel Desessarts père , vice-président ; Bernier , curé de Saint- Laud ; Bodi , avocat ; Michelin , Boutiller, de La Rochefoucauld , Lamaignan, Paillou, Lenoir de Pas-4e-Loup, Philibert, JDuplessis, Gendron , Goudraya , Brin , Bourasseau , Lyrot , de La Roberie , Carrière. Jagault était secrétaire-général , et Barré de Saint- Florent secrétaire du bureau des dépêches.
{Note de V éditeur,)
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simc. MM. Sapinaud tt de Rojrand vinrent cou«cher chez moi à Morlagne; les autres officiers supérieurs prirent une autre route pour se rendre à Châtillon. Lé résultat de cette réunioD fut la nomination de Cathelineau à la place de gé^ néralissime. Cétait un homme d^une bravoure supérieure qui ^ sous la bure d^un paysan , avait le cœur d!un hétos et la piété d^un saint
Dans les premiers jours de juin , Parmée marcha vers Fontenaj; Sapinaud devait Fattaquer avec M. de Royrand , du côté de Saint-Hermine ^ et Charetle et d^Elbée par les autres côtés. Chalbot^ général républicain , s^était renfermé dans cçlte ville avec un nombre considérable de trpupes. Uattaque (ut mal combinée; nous y éprouvâmes une perte considérable : M. d'Elbée y reçut une blessure à la cuisse; quatre cents royalistes resr tèrent sur le champ de bataille , et , pour comble d^infortune , Marie^eanne tomba au pouvoir de Tennemi qui nous poursuivit* vivement. Quatre* vingts paysans y périrent d'aune manière glorieuse : M. de Lescure les avait placés dans un vallon , avec ordre de garder leur position jusqu^à la dernière extrémité ; ces Vendéens avaient exécuté cet ordre avec une contenance admirablç. Après la déroute, le général envoya un de ses aides-de-camp leur porter Tordre de rétrograder. Ces paysans , glorieux d^avoir conservé leur position , ne pouvaient croire à la défaite de Parmée j leur premier mou-
vement fat un refus d^obcir : cependant , après quelque hésitation , ils se mirent en route. Ils avaient à peine fait cênl pas , qu'ils aperçurent' un détachetnént de bleus qui gardaient les armes prises sur les brigands ; aussitôt ils fondent sur eux , les^ dispersent, prennent les canons , en font une déchtfge terrible sur Pennemî. Marie ^ Jeanne (l) était là ; ils reftibrassaîent en* pleurant. Un régiment de cavalerie arriva sur ces entrefaites , et lessabra Tun apirès Pâutre ; îlS restèrent tous sur le cliaiKip de bataille.
Nos généraux , loin d'être abattus par ce revers , préparèrent une nouvelle attaque : les rassemblemens furent faits ; et , après quelques jours de repôs> l'on marcha de nouveau vers Fontenay.
A peu de distance de cette ville , est une plaine de près d'une lieue. Les républicains y avaient pris position et attendaient avec confiance l'armée vendéenne, fiers de là victoire qu'ils venaient dé remporter. Le commanciement de là droite fut coilfié - • • ' f • ' ■• " ------- - - - ■ ■ j • ■ 1
(i) Marie-Jeanne était une pièce de canon de douze que le cardi* nal de Richelieu avait fait placer à son château ; elle était chargée d'omemens et d'inscriptions à la gloire de Louis XIV et dil cai^-^' dinal. Les patriotes ayant trouvé ce canon à Richelieu^ s'en étaient emparés et s'en servaient contré les brigands. Au combat de Chollet y les insurgés Tenlevèrcnt aux républicains. Les pàysanâ avaienf un» telle vénération pour cette pièce d'artillerie , qu'ils la considéraient comme un signe assuré de la victoire. Ils l'avaient ornée! de rubans, et l'embrassaient avec la plus grande vénération.
( Hôte de V éditeur. )
h Bonchamps; M. Henri commandait le centre avec M. Domagné , et Lescure était à la tête de Faile gauche. La première décharge fut mejurtrière, un grand nombre de soldats furent tués des deux côtés. Les Vendéens manquaient de^ cartouches : un paysan en demandait à son capitaine : « En voilà, » lui répondit-il , en lui montrant Fennemi. Déjà les nôtres , épouvantés par la cavalerie ennemie, commençaient à prendre la fuite, lorsque Lescure s'avança à trente pas en avant, en criant : F'içfe le roi ! Une grêle de balles siffle à ses côtés sans le blesser. « Mes enfans, dit-il en se tournant vers les siens , vous le voyez , les bleus ne savent pas tirer. » Les paysans sVlancent aussitôt; ceux qui n'avaient pour armes que des bâtons ferrés se jettent sur les canons. Les patriotes , déconcertés par celte attaque impétueuse, cherchent leur salut dans les murs de Fontenay : les Vendéens les y poursuivent; vaincus et vainqueurs entrent pêle-mêle dans la ville. Quarante pièces d'artillerie, une quantité immense de poudre et de munitions tombèrent en notre pouvoir. Le nombre des prisonniers fut de près de trois mille, non compris dix-huit cents républicains tués ou blessés. Cette journée fut d'autant plus glorieuse que les Vendéens reprirent Marie-^J eanne.
Aussitôt l'armée se dirigea vers Saumur i cette ville était défendue par onze mille hommes ; sa position sur la Loire en faisait un point important
pour les républicains qui, de -là, pouvaient se porter rapidement à^suns la Vendée ; elle leur facilitait en même temps des communications avec la Bretagne et le Maine. Santerre commandait Tarmée républicaine. Après une vive défense , les Vendéens entrèrent dans la ville, et le château capitula ; Domagné et le jeune Beaudry d'^Asson y périrent. L'ennemi eutàregrettercinqmiliehommes tant tués que blessés ou prisonniers. M. de Piron s'y couvrit d'une gloire immortelle ; il attaqua Santerre à Coron , et le battit complètement. Il fut redevable de son triomphe à un paysan de la Salle de Vihîers : cet homme agreste, marguillier de sa paroisse, quoiqu'il ne sût ni lire ni écrire, connaissait mieux que personne jusqu'à cinq ou six lieues à la ronde les collines, les ruisseaux elles sentiers détournés; la position des ennemis lui en faisait deviner le nombre et connaître le dessein. M. de Piron , dirigé par lui, arriva à Coron, çans qu'on se fût aperçu de sa marche ; sa petite troupe surprit et attaqua la nombreuse armée de Santerre ; elle fut complètement l^ttue : les dépouilles ies plus importantes furent envoyées à Mortagne.
Cependant M. de Royrand se porta avec mon beau- frère du,côté de Luçon , afin de faciliter l'expédition projetée sur Nantes ; mais cette entreprise fui malheureuse : au milieu de l'attaque , des soldats du régiment de Provence , que Sapinaud avait reçus dans ses rangs , passèrent du côté des bleus et déci-
dèreDi la victoire en leur favenr. Nos paysans y effrayés par cette défection , prirent la débandade. Mon beau-frèsre, irrité, sMlança trois fois sur le feu de Tennemi , dans le dessein d^ trouver une mort glorieuse; la nuit, qui commençait à tomber, le sauva. En se retirant il fut rencontré par deux cavaliers républicains, qui le prirent pour Fun des leurs. « Camarade, lui dirent-ils, où sont les brigands? » Sapinaud ne leur répondit qu'yen brûlant la cervelle à Fun , et en obligeant Tau Ire à lui céder son cheval. L^armée, qui sVtait portée vers Nantes, éprouva aus^i un échec ; Charette , après plusieurs attaques infructueuses où il perdit beaucoup de monde , se vit forcé de se retirer.
Westermann , après avoir rassemblé à Niort une armée nombreuse , sWançait du côté de Châtillon, portant partout où il passait la destruction , Pincendie et la mort (i). Vainement Lescure et La Rochejaquelein essayèrent de défendre les hauteurs du Moulin aux Chèvres , Tennemi entra dans Châtillon ; Lescure, forcé de se replier sur ChoUet,
(i) a Le comité, dît Barrère, dans son rapport, a préparé des mesures qui ^ndent à exterminer cette race rebelle de Vendéens , à faire disparaître leurs repaires, ^ incendier leurs forêts, à couper lentp recolles. C'est dans les plaies gangrëoeuses que le médtcin porte le fer. C'est à Mortagne, à ChoUet, à Chemillé , que k médecine politique doit employer les mêmes moyens et les mêmes remèdes. Détruisez la Vendée , cl vous sauvez la pattie. »
( Note de l'éditeur. )
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et épouvanté des progrès de Westermann , appela à son secours Bonchamps et d^Ëlbée. On attaqua Fennemi pendant la nuit ; le ciel nous favorisa et nous donna la victoire. Nous primes plusieurs pièces de canon , et nous fîmes beaucoup dé prisonniers.
Après cette victoire , le conseil supérieur entra à Châtillon, et on rassembla de nonveau pour élire un généralissime en place de Cathelineau mort de ses blessures : d^Elbée fut nommé.
Westermann , malheureux , fut remplacé. Le général qui lui succéda avait reçu les ordref les plus sévères et les plus rigoureux. Après avoir réuni ses troupes au pont de Ce , il entra dans la Vendée et vint à Martigné-Briant où les nôtres furent mis en déroute. Bonchamps y reçut un coup de feu qui le força de se faire transporter à Jallais (i).
D'^Elbée se dirigea du côté de Luçon, dans le dessein d^ réparer Faffront que les Vendéens y avaient reçu. Neuf mille républicains , commandés
( 1 ) Ou assure que ce généra] , ne trouvant personne pour panser sa blessure , envoya chercher un chirurgien patriote qui se trouvait au nombre des prisonniers. Les soldats firent d'inutiles efforts pour l'engager à ne pas se fier aux soins de ce républicain. Bonchamps , aussi généreux que brave , ne partagea pas la méfiance de ces paysans : il ordonna au chirurgien d'appliquer un appareil sur sa blessure ^ et ce fut principalement à ses soins qu'il fut redevable de son prompt rétablissement.
( Noie de rédiieur. )