‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 28 sur 30 · CHARETTE · texte numérisé non relu

CHARETTE

Charette, dont les exploits sont la plas belle louange, fut long-temps d^une santé -si délicate , qu'ail craignît d^être forcé à quitter le corps de la marine royale où il était lieutenant. ILavait un goût effréné pour les plaisirs, et tout semblait devoir Téloigner d^une guerre semée de fatigues et de périb. Mais . le premfer coup de canon tiré dans la Vendée, fut pour lui ce qu\ivaîent été pour Achille^ déguisé en femme , les armes présentées à ses regards. Il parut tout-à-coup plein de valeur et de piété ; il portait même cette vertu jusqu^à faire jeûner les soldats la veille des batailles. Il disait le chapelet avec eux , et nourrissait dans leur cœur le double enthousiasme de Fhonneur et de la religion. Ce zèle, bien dirigé, eût obtenu de grands avantages; il eût empêché Charette de s^éloigner des autres armées ; il eût rendu son parti invincible. Malheureusement cette ferveur dura peu ; la vue de quelques jolies femmes qu^exaltait son courage, la refroidit bientôt ; mais les faiblesses du héros ont disparu devant sa gloire , et ont été couvertes par elle. L'amour de la patrie fut toujours sa passion la plus vive. Quelques jours avant d'être fait prisonnier, un officier, que je connais, lui dit : « Pourquoi n'avez-vôus pas accepté les propositions avan-

SUR LES GËNEftAUX VENDÉENS. Il5

tageusesdtt Directoire? — L^honneur, répliqua-t-il, me faisait un devoir de les refuser; tant que Charette palpitera , la eharrette roulera. » Tombe aux mains de Pennemi^il dit au cousin de la femme de mon &ère, qui avait obtenu de le voir dans sa prison : u Mon ami , le Directoire ne voudra pas se deshonorer; ma mort, d^ailleurs^. irriterait les- Français contre lui. » Lors même que le conseil^qui le condamna^ lui eût ëte favorable , il n^en aurait pas moins péri sous peu de jours : la gangrène étaib dans ses blessures.

Page 1