SOYER
MM. Soyer, nés d^une famille de marchands , demeurant à Chemillé, se sont bientôt élevés au premier rang de la société , par leur dévouement au roi et la noblesse de leur conduite. J^ai rendu hommage au courage de M. François Soyer, dans mon avertissement. Ainsi que lui, son frère aine n^'a cessé de se distinguer, dans Farmée de Stofflet,! par' sa bravoure, son intelb'gence et son esprit conciliant. Il fut envoyé à Nantes par M. Cathelineau , généralissime .des armées vendéennes , pour disposer les esprits en faveur des royalistes ; il y avait pleinement réussi ; la prise de la ville en eût été la suite, sans Targent répandu à profusion . par un. négociant qui parvint à gagner le peuple et une
il6 * NOTICES
partie de la garde nationale. Si Nantes se fôt soumise, elle eût entraîne la Bretagne et les provinces de rOuest, et que de sang eût ^é épargné! Peu de royalistes ont eu des faits d^armes plus honorables €[ue M. Soyer : entouré , à Chàtillon , de quatre hussards, il les tua tous les quatre et rejoigtiit sa division. Il n^est pas une partie de son corps qui ne soit cicatrisée ; il ne lui reste d^entîear que le cœur, tout à son Dieu et à son roi. Les preux de cette armée ont égalé en courage tout ce que Ton peut citer de plus remarquable parmi les Romains. M. Soyer m^a dit qu^un de leurs cavaliers , instruit que Fennemi avait formé un camp sur le bord de la grande route qui conduit de Chemillé au Pont-de-Cé , prit aussitôt la résolution de tuerie commandant. Sans examiner le danger, il passe ventre à terre au milieu de plusieurs pelotons ennemis qui rejoignaient leur division : il essuie plusieurs décharges de fusil sans être attrapé , arrive, franchît les fossés, pénètre jusqu'à la tente du commandant, descend, entre , le tue d'un coup de pistolet, remonte à cheval, part et est déjà aux extrémités du camp qu'il franchit , lorsqu'il est atteint d'un coup mortel et tombe en criant : Vive le roi ! M» Soyer lui-même vit alors» le plus jeune de ses frères donner un exemple remarquable de sou dévouement à la cause royale. Ce jeune homme, qui était au collège d'Angers, employait l'argent destiné à ses récréations, à se procurer de la
SUR LES GENERAUX VENDEENS. iij
poudre. Comme les écoliers allaient deux fois par emaine se promener hors de la ville, il profitait de ces promenades pour remettre sa poudre à des royalistes adroits et instruits de son secret. Cette ^ nouvelle manière de servir le roi était d^autant plus louable, qu^il en connaissait le danger. M. Soyer Tut nommé major-général de Tarmée de Slofflet; et ce général eût pu rendre la France à son roi , s^il eût écouté ses conseils : ils étaient de ne jamais se séparer de Charette. L^uniôn de ces deux chefs aurait produit de nouveaux prodiges. Après iH mort de Stofflet, M. Soyer eût pu se faire noinmer commandant en chef. Toujours aussi modeste que courageux, il fit nommer M. Charles d^Autichamp, dont le nom est honoré des Français. Pendant la fin delà guerre, et au 18 fructidor, sa maison fut sans cesse Fasilc des émigrés. Il est aujourd'hui maréchal-de-camp , et a épousé mademoiselle de Grignon. Il était juste que la naissance et Thonneur fussent la récompense de Thonneur et du courage.
f> irf^ imtât
SUR
LE PAS3AGE DE LA LOIRE (i)
Daims Taulomne de 1793, les royalistes de làr
Vendée passèrent la Loire traversèrent le Maine
et la Bretagne , et , après plusieurs victoires sur les troupes quW leur opposa, vinrent, dans la nuit du i4 au i5 novembre, mettre le siège devant le petit port de Grandville , en Normandie. Ce projet avait été concerté avec les Anglais qui avaient promis d'envoyer une escadre et d'amener aux royalistes des troupes et de Fartillerie. Les vents furent constamment contraires à ce projet; et la résistance de Grandville encore plus. On avait compté s'emparer de ce port et s'y procurer une communication libre avec les lies de Jersey et de Guernesey. Il n'eût pas été difficile de fortifier celte petite place ; de se ménager le moyen de recevoir souvent , par cette voie , des secours d'hommes et
(i) Ces détails nous ont été fournis par un littérateur que lesamis de k religion et du roi regardent comme leur modèle.
( Note de V éditeur. )
NCJilCE SUR LE l^ASl^AGE DE LA L0IH8. liQ
de miroitions. Le jeune Forestier, dans Pattaque de cette ville, avait monte jusque sur les remparts ; les braves s^empressaîent de le suivre, lorsqu'un déserteur des troupes républicaines, qu'ih avaient reçu parmi eux, sMcriii : « Fuyons, nous sommes trahis ! w Un officier vendéen lui brûla la cervelle ; maïs la frayeur sVtait déjà répandue parmi les assiégeans , et rien ne put arrêter leur retraite qu^accélérait encore le désir de revoir leur terre natale ; elle fut bientôt suivie des plus tristes revers. Les Anglais, retenus malgré eux par* le mauvais temps , n^arrivèrent sur les côtes que lorsque Tarmée royale était déjà SovfL éloignée. . >
Le 2 octobre, une escadre , aux ordres du colonel Macbridge , parut à la vue du cap de la Hogue, passa devant Cherbourg et longea la côte jusqu'à Grandvîlle. Cette expédition, composée de plusieurs bâtimens de guerre, de batteries flottantes et de cinquante bafdmens de transport, portait environ sept mille hommes de troupes anglaises , outre un corps d'émigrés français , auquel il devait ensuite s'enjoindre d'autres déjà rassemblés à Jersey et à Guernesey. Le comte de Moira était à la tête de l'entreprise; mais, n'ayant vu nulle part sur la côte les signaux d'intelligence dont on était convenu, il alla relâcher à Jersey où il resta quelque temps. Il y apprit les revers des royalistes ; et cette expédition, pour laquelle le gouvernement
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anglais avait fait des dépenses considérables, se trouva inutile ; la situation des dioses ne pouvant (aire espérer désormais de ce cdté aucune coopéralion de la part des royalistes, w II était d^autant plus utile de rappprter ces faits, qu'ail n^en est point parlé dans les histoii*es ei les Mémoires relatifs à la révolution. Des écrivains ^u parti républicain , et même des hommes attachés à la cause royale , ont reproché au gouvernement britannique d^avoir trompé , dans cette occasion , les royalistes de la Vendée. Ces détails , je Tespère, justifieront le ministère anglais, au moins pour cette circonstance. Ce que je rapporte ici est extrait de gazettes anglaises et de rapports officiels.
SUR
Quelques victimes du Tribunal révolutionnaire de Lai^al^ après le passage des P^endeens,
Une Vendéenne, que la maladie avait forcée de rester à Laval avec ses trois filles, y fut découverte et condatnnée à mort par ces juges infâmes à qui le nom d'homme ne peut être donné sans déshonorer Fhumanité. Quelques âmes courageuses élevèrent la voix en leur faveur ; mais elle ne fut pas plus entendue que celle de Fenfant égaré dans la forêt pendant Torage.
La plus jeune, âgée de seize ans et d^une beauté accomplie, fut saisie d^eflProi à la vue de Tinstrument meurtrier; mais la voix de sa mère fît renaître le calme dans son ame. Comme celle des Machabées, cette mère obtint de mourir la dernière; et, après avoir soutenu le courage de ses enfans , fut au ciel partager leur triomphe et Faccroître par sa présence.
Une autre Vendéenne fut conduite enceinte eu prison , où elle accoucha d^un petit garçon. Un témoin, Fcntendant pleurer pendant les douleurs
(vENDÉE.) i
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de Tenfanteinent , lui demanda comment elle pourrait supporter celles de Féchafaud. « Aujourd'hui , répondit-elle, je cède à la nature qui souffre et qui gémit; mais sur Téchafaud Dieu sera avec moi. »
Elle allaita son nourrisson pendant six semaines. Au bout de ce temps, on vint lui apprendre sa sentence ; elle se soumit avec résignation ; elle demanda à porter son fils entre ses bras jusqu^à Tendroit où on lui couperait les cheveux ; ce qu'on lui permit. Sa tendresse pour lui et sa confiance au Seigneur, peintes dans ses regards, attendrissaient tous les cœurs. Arrivée au lieu fatal ^ elle donna le dernier baiser à son fils, et le remettant aux mains de la geôlière : <c Prenez ce pauvre petit orphelin ; je le confie à votre cœur. Je ne puis vous offrir que ma montre, en retour de soins aussi chers; mais Dieu, je Tespère, écoutera mes vœux et suppléera à ma reconnaissance. » Elle dit, et marche àla'mort avec calme. Le bourreau veut lui ôter son schall pour qu'elle souffre moins: « Non , lui dit-elle, j'aime mieux beaucoup souffrir, et n'être pas découverte. » Son jeune enfant, privé de ses regards caressans , se flétrit comme un tendre bouton que n'échauffent plus les rayons du soleil , et fut rendu à son amour , non dans les demeures mortelles où le bonheur n'est qu'un vain nom, mais dans celles qu'il embellit sans cesse , et où le malheur n'entre jamais.