CHAPITRE III
Le tocsin sonne en France. — Des bandes arrivent de toutes parts pour secounr les républicains dans la Vendée. — Witenkoflf vient diriger la guerre à Angers. — Ancenis et Oudon sont débloqués j la route de Nantes est libre. — Witenkoff est dénoncé et rappelé. — Les royalistes occupent Noirmoutiers ; ils attaquent les Sables d*01onne. — Berruyer prend le commandement de la vlngt-deuxième division militaire p il s'empare de Ghemillé. — Les républicains en sont expulsés à leur tour. — Ce qu'on doit penser d'un certain bruit sur la crédulité des Vendéens. — Le général Ligonnier est battu à Coron et à Venins. — Berruyer est rappelé.
Tandis qu'un certain ordre sVtablîssait dans Tarmée des royalîstes , la confusion régnait parmi les républicains.Des départemens voisins du théâtre de Tinsurrection Talarme sVtait réjandue dans la France ; partout on avait sonné le tocsin, et comme du temps des pastoureaux, Ton vit venir des contrées les plus éloignées des bandes de citadins et de paysans armés de toutes pièces. Ils ne s'étaient pas attendus à faire une longue absence et à en venir aux mains avec des rebelles organisés en troupes réglées et déjà habiles dans la guerre. On usa de ruse pour les amener jusqu'à la Vendée ; on avait promis, par exemple, à ceux d'Orléans qu'ils n'iraient pas au-delà de Tours ; une fois arrivés
DE LA VENDEE. â^
dans cette ville , on leur assignait Poitiers pour Nec plus ultra y ei de Poitiers on les envoyait à Tennemi* On en usa de même envers toutes les bandes qui arrivèrent à Niort , à Nantes , à Rennes et à Angers- Il est rare que de trop grandes armées réussissent : il eût été miraculeux que cette multitude de gens armés eût atteint le but qu^on se proposait. Chaque chef de bande aspirait au géuéralat, et agissait comme s'il eût été indépendant des officiers supérieurs déjà établis. Les soldats eux-mêmes se croyaient en droit de juger la conduite de leurs officiers et de leurs généraux. Quel ensemble pouvait-ron raisonnablement espérer de semblables troupes ?
Cependant ceux qui en avaient provoqué la levée disaient: « Les Vendéens ne réussissent que )> par la multitude , c'est aussi la multitude qu'il )» convient de leur opposer. » Ils ne voulaient pas voir que les royalistes combattaient pour leurs foyers et leurs autels , et que leurs opérations étaient mieux combinées que celles des républicains, parce • qu'elles étaient plus concentrées.
Quelques bons esprits qui sentaient l'impossibilité de diriger simultanément et avantageusement la multitude , de la solder et de la nourrir , proposèrent de ne garder à l'armée que les jeunes gens et les hommes veufs sans enfans , et de renvoyer dans leurs foyers les hommes mariés , les pères de famille et les vieillards. Cet avis sage prévalut, et
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Von eut la précaution de retenir les armes des derniers pour s^en servir au besoin.
Pendant qu^op travaillait à Porganisation de Tarmée, les rebelles continuaient leurs ravages et devenaient plus terribles. Le général Witenkoff , commandant la[ vingt^deuxième division militaire^ rapprocha* enfin son quartier-général du tliéâtre, des événemens , et se rendit à Angers pour diriger le plan d^attaque et de défense ; il envoya onze, €ents hommes au secours de Chalonnes et fît mar* cher d'^autres troupes sur Ingrande* De son côté le général en chef La Bourdonnaye fît faire une sortie sur trois colonnes par les gardes nationales de Nantes et des communes voisines. Elles chaseèrept Fennemi de devant Ancenis qu^il tenait assiégé depuis dix jours; Oudon fut délivré; mille à douz^ cents royalistes mordirent la poussière ; un pareil nombre fut £iit prisonnier ; la communication de Nantes à Angers fut rétablie. Le représentant du peuple Fouché fit arrêter les prêtres et les nobles ^ ainsi que les personnes suspectes. Les prisons regorgèrent de détenusé Les rebelles assiégeaient Bedon et menaçaient Vitré ; quatre cents hommes partirent de Rennes, et parvinrent à les débusquer.
Malgré ces succès, les généraux WitenkofiP et Menou furent dénoncés par Robespierre à h. Convention nationale {le 27 mars) ; le premier, comme ayant commandé lia maison du roi; le second, parce
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qu'ail était ci-devant baron. On retira le commandement de la vingt-deuxième division militaire à Witenkoff) et bientôt après celui de la douzième au Keutenant-général Verteuil. Menou resta.
Le$ Vendéens étaient plus en force ^ plus hin-i reux et mieux conduits dans led contrées de la rive gauche de la Loire; ils se rendirent maîtres de Vile de Noirmoutiers; ils tenaient tout le pays qui sV-r tend d^un côté depuis Paimbœuf jusqu^à Parthe-nay ; et de Fautre, depuis Luçon jusqu^à Doué. Il est vrai que , dans Pintervalle de ces deux lignes ^ quelques villes et quelques postes restaient aux ré-r publicains; mais toute la campagne était sou-»* levée.
Le ^8 mars , Tennemi , au nombre de six mille hommes, se présenta devant les Sables. Le 2g, il commença Fattaque dès la pointe du jour : elle dura neuf heures. Les habitans , aidés des citoyens de Pile de Rhé, firent une sortie si vigoureuse quHls mitent Fennemi en déroute, lui tuèrent trois cents homnies et lui prirent six pièces de canon.
Ce même jour, 29 mars , Berriiyer, qui commandait auparavant la réserve de Farmée à Niort , ars* rîva à Angers pour prendre le commandement de la vingt-deuxième division militaire, en remplace-^ ment du général Witenkoff. Il avait sous ses ordres les généraux Duhoux, Menou et Ligonnier. Ses troupes étaient divisées en trois principaux corps de bataille: le premier, de quatre mille hommes
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sur les deux rives de la Loire; le second, de huit mille hommes à Vihiers, et le troisième de cinq mille hommes à Saint-Lambert. Il se mit à la tête, de ce dernier corps , et dirigea sa marche sur ChemMé où les rebelles étaient en force ; il les trouva postes sur une hauteur qui paraissait inaccessible ; les républicains y montèrent au pas de charge, et les forcèrent à se retrancher dans un cimetière dont les murs , coupés à hauteur d^appui , kur servaient de rempart. Le combat le plus opiniâtre sY engagea , et ce nouveau poste fut encore emporté à la baïonnelte. Néanmoins, le gros de Tennemi qui fit une trouée , se sauva après avoir laissé six cçnts hommes sur la place. Au lieu de le poursuivre , le général fit battre la retraite, et sWrêta à Chemillé.
Les royalistes ayant eu le temps de se reconnaître, se rassemblèrent en plus grand nombre, et osèrent venir attaquer à leur tour les républicains à Chemille. Ces derniers eurent à soutenir le choc des assaillans, et le feu des habitans qui leur tiraient des coups de fusils par les ouvertures de leurs greniers; ilnY eut pas jusqu^aux femmes , qui, armées de couteaux et de massues , ne se mélassant parmi les combattans.
On a prétendu qu^on leur avait exalté Fesprit au point qu'elles croyaient que leurs maris , morts dans les batailles précédentes, ressusciteraient trois jours après; en sorte qu'une d'entre elles avait caché ^
dsLM la maison, le badatre du sien^ et quVlle lut préparait sérieusement le potage pour le jour présumé de sa résurrection. On a ajouté que les pré<très 9 qui ^ se trouvaient parmi les Vendéens , les excitaient au combat dans cette espérance ; mais il n^était pas nécessaire qu^on fanatisât à ce point des paysans ignorans et grossiers , ayant assez cte leur opiniâtreté dans leur croyance ordinaire et dans leurs anciennes habitudes , pour les défendre an péril de leur vie. Je serais donc tenté de mettre au rang des fables cette prétendue croyance de résurrection dont on n^a tant parlé, je crois, que pour donner du ridicule au parti Vendéen , et augmenter Fanimadversion contre ceux qu^on accusait d^endoctriner ainsi les habitans des campagnes.
Quoi qu'il en soit , les républicains , forcés de battre en retraite, se replièrent sur le Pont-de-Cé, et les royalistes se fortifièrent à Chemillé, à Coron et à Vezins. Ligonnier , qui était venu les attaquer dans ces deux derniers postes , avait été vivement repoussé et obligé de regagner Vihiers, après une perte assez considérable d^hommes , d^armes et de munitions.
Ces échecs accrurent Faudace des rebelles ; ils obstruèrent de nouveau les routes qui conduisaient à Nantes (i); ensuite le général Berruyerfut rappelé. Il avait été dénoncé à la Convention nationale ■s- ■ ■ ■ ' ■ '»■" ■ ■ ■ ■■ Il il .■ I ■ ■ ■» ■
(i) Avril.
par Chasles, réprésentant du peuple, comme affectant un luxe et un orgueil insupportables ; un autre grief était de conserver auprès de lui le ci-devant baron de Menou* Les commissaires administrateurs du département de Mayenne-et-Loire Pavaient aussi accusé de lenteur , et sVtaient plaints de ce qu^il n^avait pas voulu communiquer avec leurs collègues des départemens voisins. On s^aperçoit déjà que des administrateurs civils, qui n^entendaient rien au métier de la guerre^ voulaient s^initier dans les opérations militaires, et dénonçaient les officiers supérieurs qui ne leur soumettaient pas leurs plans.
Les expéditions des généraux Boulard, Baudry, Canclaux et Beysser, qui commandaient dans la douzième division militaire , étaient plus constamment heureuses.
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