CHAPITRE IV
Prise de Gaston , et mort du ci-devant comte de La Rochafoucauld et de son fils. — Les succès des généraux Boulard et Baudry sur )a côte sont suivis de leur destitution. — Exploits de Canclaux ; expédition de Heysser ; plusieurs postes et les îles de Boin et de Noirmoutiers tombent en son pouvoir. — Revers du général Quétineau dans le département des Deux-Sèvres; il est battu aux Aubiers ; il évacue Bressuire et se retire à Thouars. — Prise de cette ville, du général, de son corps d'armée , de son artillerie et de ses muoitions.
Boulard et Baudry étaient à la tête des Rochelais , des Bordelais et de ceux des habitans du Bas- Poitou restés fidèles à la république (i). Le premier força les royalistes au poste de la Mothe- Achard , le second les chassa de la Grassiette et de la Grive. Ils rétablirent la communication entre Luçon , les Sables, Saint-Gilles et Challans, prirent Gaston , Tun des chefs du parti rebelle , et tuèrent un ci-devant comte de La Rochefoucauld elj|»on fils, qui, par Tinfluence de leur nom sur Fesprit du peuple, étaient des ennemis importans. Leur mort fut considérée par les républicains comme un succès réel.
(i) 7 a^ril.
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Boulard vainquit les rebelles dans sept combats. L'objet essentiel quMl avait en vue était de garder la côte de La Rochelle et des Sables , afin d"^empêcher toute communication entre les royalistes et les Anglais. Il y réussit, et son heureuse prudence occasiona sa disgrâce.
On lui reprocha d'être resté dans Tinaction un jour que les Nantais, ayant fait une sortie jusqu-en avant de Challaus^ avaient battu une colonne de royalistes^ Boulard , qui avait avec lui cinq à six mille hommes sur leis hauteurs de Palluau, et qui entendit toute Faction, devait, disait-on, aller à la rencontre de Tennemi. Il aurait apporté du secours aux républicains dans là supposition qu'ils en eussent eu besoiii ^ ou bien il aurait complété la vic-r toire. Il préféra se rapprocher des Sables-d'Olonne, et procura un libre passage aui royalistes qui se rallièrent, et vinrent le lendemain occuper la position avantageuse qu'il avait quittée. On lui ôla le commandement , et il se retira à La Rochelle. Ce géi^f rai était un parfait honnête homme qui servait la république avec franchise ; mais son bonheur et sa quaUlé de noble lui avaient suscité des envieux et des ennemis. Il serait tombé sous la faux révolutionnaire, si une mort, causée par le chagrin^ n'eût prévenu les coups des scélérats. Sa mémoire est honorée dans tous les endroits où il a com-* mandé. Sa disgrâce fut suivie de celle de Baudry qu'on ne présumait pas pouvoir servir fidèlement
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la république, parce qu^un de ses frères sVtait jeté dans le parti royaliste.
Canclàux , ancien brigadier des armées , recommandable [Mir ses vertus et ses talens, était à Nantes. Il avait sons ses ordres Beysser, homme d'une stature gigantesque , que son audace révolutionnaire avait élevé de Toffice de chirurgien de vaisseau au grade de colonel-adjudant-général. Il avait eu le bonheur de chasser les rebelles de plusieurs postes importaus auprès de Redon , et de balayer la route de Lorient à Nantes. Canclaux Tenroya au secours de Paimbœuf avec mille soldats. Il prit le port 5aint'Père , Machecoul, Bourgneuf, Beauvoir et Fîle de Boio ; à son approché , les royalistes évacuèrent Noirmoutiers, Enfin, Canclaux , par ses dispositions, rouvrit la communication entre Nantes et La Rochelle par la route de Challans. Beysser a souillé ses exploits par des atrocités et des profanations qui iui ont laissé, dans la Vendée, la renommée d'un brigand.
Je vais parler d'un autre homme que le hasard éleva aussi aii généralat, mais qui fut moins heu^ reux à la guerre que le chirurgien de Lorient. Quétineau, ancien soldat retiré du service, était à Thouars lors de la formation d'un bataillon de volontaires du département des Deux-Sèvrés. A cette époque, quelques démonstrations de républicanisme tenaient lieu de tous les talehs. A peine étaitil bon instructeur : on crut qu'il en savait assez
pour être chef de bataillon. Promu à ce grade, il conduisit ses volontaires aux frontières , et s'y distingua par son courage. Il obtint un congé et revint à Thôuars pour y terminer quelques affaires de famille. Pendant son séjour dans cette ville , Pinsurrection éclata; il se mit à la tête de la garde nationale , et marcha au secours de Bressuire où il reçut un brevet de général. Cette ville avait déjà soutenu un violent assaut où un grand nombre de rebelles, de femmes et d'enfans avaient été impitoyablement massacrés. Quétineau avait quatre mille hommes sous ses ordres ; il en prit la moitié pour explorer le pays environnant. D'abord , il s'avança veris la Châtaigneraie , et dissipa un rassemblement; ensuite il se porta sur les Aubiers. Son intention était de se rendre de-là aux Echaubroigues, et d'y faire sa jonction avec un autre général ; mais il en fut empêché par l'ennemi qui le fît rétrograder sur les Aubiers , et Ten débusqua de vive force, le i4 avril. Il rentra dans le plus grand désordre à Bressuire, après avoir éprouvé une perte de cent trente homnies, tant tués que blessés, et laissé au pouvoir des rebelles trois pièces d'artillerie et tout leur attirail.
Cette affaire découragea sa troupe , composée en grande partie de citoyens qui se croyaient libres de retourner dans leurs foyers (i). Sur leurs
(i) 22 avril.
DE LA TENDÉB» 3g
réclamations^ il en renvoya environ quinze cents; ils furent remplacés par un bataillon de Marseillais, qui avait commencé ses exploits dans la Vendée , par le pillage et Tincendie du village de Beaulieu , et par le massacre de treize paysans faits prisonniers.
Lé général Quétineau, instruit que Fenncmi se disposait à venir Tattaquer en force à Bressuîre , résolut de Tévacuer et se replia sur Thouars (i). Cette ville, bâtie sur une colline presque en* tourée de la rivière du Thoué, offrait une situation avantageuse y et six mille hommes de troupes environ qu^elle contenait dans son enceinte, étaient plus que suffisans pour arrêter les progrès de Tennemî ; mais la fortune qui s^attachait alors au char des Vendéens en décida autrement.
D^lbée , Bonchamps , La Rochejaquelein, Lescure et Stofflet , étaient entrés dans Bressuire le lendemain de son évacuation. Argenton venait de succomber sous les efforts de leurs armes, et, poursuivant leur marche victorieuse , ils s'approchaient de Thouars à la tête de vingt -cinq mille hommes (2). Plusieurs habitans des campagnes vinrent en donner la nouvelle à Quétineau qui sembla nVn tenir aucun compte, et ne fit ce jour-là aucune disposition sérieuse de défense.
(1) 2 mai 1795.
(3} 4 mai.
4p JfUEKRR CIVILI
A quelque distaHee de la ville , est le village de Verine^ par lequel les royalistes devaient nécessair remeQt passer» La tête du pont de ce village, qu^il convenait de couper , nVtait gardée que par soixante hommes dont le chef fit inutilement de^ mander du renfort.
A uû quart de lieue au-dessous du villiige est un gué qu^il fallait aussi faire occuper par un .fort détachement, pour empêcher Fenn^ni d^ passer.
Enfin , le â mai ^ sur les six heures du matin , les tirailleurs de Tannée royale se présentèrent au pont , et quelques voltigeurs de sa cavalerie paru*^ rent en avant du gué Auriche. Alors le général fit assembler sa troupe sur la place dWmes , détacha quelques pelotons de gendarmerie pour aller observer au-dehors, et donna ordre de conduire deux pièces dé canon à Veriné. Il rangea la moitié de son infanterie en bataille, entre la ville et le village, et vint, vers les dix heures , avec Fautre moitié sur les hauteurs qui le dominent.
Sa présence fut comme le signal donné à Penr nemi de forcer le pont et le gué. Dès la première attaque, les républicains plièrent et se retirèrent en désordre; lé général fit quelques efforts pour les rallier et les conduire au combat Mais ce fut en vain ; la plupart, comme nous Favons déjà vu et le verrons dans dVutres occasions, jetaient leurs hâvresacs et leurs armes , pour être moins embar-
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rassés dans leur fuite et arriver plus vite à la ville. Le général dit alors aux gendarmes qui Faccôin-ipagnaient ; « Mes amis, tout est jperdu; tirez^moi )» un coup de pistolet; ne rentrez pas à Thouars, )) votre présence ne peut y être utile; faîtes votre )) retraite sur Loudun, et rendez-vous dans les ré- )> sidences d^où vous êtes sortis et où vous serez )> plus nécessaires. »
Son escorte n'exécuta point ses ordres pour ce qui concernait sa personne, mais prit en effet la route de Loudun. Quétineau rentra dans la ville qui , se voyant battue de deux côtés et sur le point d'être emportée d'assaut, arbora le drapeau blanc sur les six heures du soir. Ainsi le général, son armée, son artillerie et ses munitions furent le prix de la victoire des Vendéens.
Quelques jours après , Quétineau s'échappa des mains des royalistes et revint parmi les républicains où il fut mis en état d'arrestation ; depuis , il a été conduit à Paris et condamnéà mort pour avoir livré à Tennemi la ville de Thouars et le corps d'armée qu'il commandait. Ce n'est point à moi de juger s'il a trahi la cause qu'il servait ; ce qu'il y a de certain, c'est que les revers qu'il a essuyés et payés de sa tête étaient plutôt imputables à ceux qui l'avaient promu au grade de général , qu'à lui qui ne se doutait d'aucune science militaire. Ce qui ne me paraît pas moins incontestable, c'est que s'il avait
eu la conscience d^un traître , il n^aurait pas fait la dernière sottise de revenir au sein des républicains où il devait, s^attendre à trouver la mort au lieu d^un asile.