CHAPITRE V
Les royalistes vîeiiiKnt au secours de Gharette dans le Bas-Poitou. — Us entrent dans Parthenay et la Châtaigneraie. — Ils attaquent Fontenay-le-Peuple d'abord sans succès , et le prennent ensuite. — Us font craindre pour Niort. — Vingt raille citoyens des départemens voisins volent à la défense de cette ville. — Biron , nouvellement promu au commandement en chef de Tarmëe des côtes de La Rochelle , y arrive avec douze cents hommes d'infanterie et quatre cents hussards. — Des troupes de ligne se rendent en poste à Orléans et à Angers, oii elles s'organisent. — Châtillon et ChoUet, principaux boulevards des royalistes, sont menacés par les généraux Salomon et Ligonnier. — Cette cause empêche l'armée catholique et royale de poursuivre ses conquêtes dans le Bas-Poitou. — Rendez-vous général donné à Châtillon.
La terreur que causa la prise de Thouars fut telle que si rarmée catholique et royale se fût avancée par Loudun vers Tours, cette ville sans défense tombait en leur pouvoir : la capitale du cîdevant Poitou ne leur offrait pas plus de résistance. Mais Charette, se trouvant pressé par les républicains dans les environs de la Châtaigneraie , demanda du secours, et il fut décidé que Farmée victorieuse irait le délivrer. Parthenay lui ouvre ses portes; la garnison de la Châtaigneraie, forte de quatre mille hommes, bat la retraite; Charcllc fait sa jonction avec Farmée royale et vient atta-
44 GUERRS CITILB
quer Fonleiiay. Les républicains , commandés par les généraux Chalbos, Nouvion et Sandos, ont Favantage des postes, et font une si vigoureuse résistance qu^ils tuent six cents hommes à Vennemi , lui prennent presque toute son artillerie et le mettent complètement en déroute (i).
Chalbos reprend la Châtaigneraie , mais ce succès est de courte durée ; il est contraint de se replier pendant la nuit sur Fontenajr (2). LVchec éprouvé parles royaUstes devant cette capitale de la Vendée , n^avait fait qu^irriter le désir quMls avaient de s'en emparer. LescureJ La Rochejaquelein , Bonchamps et Charette reparaissent le 25 inai dans la plaine, à la tête de quarante mille hommes. Cétait vers le milieu du jour. Les généraux républicains et les représentans du peuple en mission étaient réunis dans un banquet ; ils étaient loin de s'attendre que renhemi eût envie de venir en troubler la joie. On leur donne avis.de son arrivée; il se fait un grand tumulte parmi les convives; plusieurs pensent que c'est une fausse alarme ; mais Fennemi approche , le danger redouble , rompt les discours et le festin. Déjà la générale était battue, et les républicains s'étaient mis en hâte en présence des royalistes qui s'avançaient sur trois colonnes. Ceux-ci qui n'avaient point d'ar-
(i) 16 mai.
(3) a3 mai.
DE LA VBNDil. 4^
tillerie courent avec intrépidité sur celle de leur» enneBois» On soutient leur choc avec fermeté ; le combat s^engage , les généraux arrivent sur le^ terrain et animent le soldat : les colonnes des re-^ belles paraissent ébranlées , un dernier effort peut décider de la victoire en faveur des républicains* Cfaàlboa ordonne à la gendarmerie de charger; roaisy eflOrayée par la défection de quelques lâches , elle plie , s'enfuit à bride abattue , renverse et foule aux pîeds de ses chevaux Finfanterie qui se ren* contre sur son passage. Dès-lors la victoire est aux royalistes : rinfauterie, se voyant abandonnée et succombant sous le nombre , se met elle - même en désordre et fuit sur la route de Fontenay à Niorly où les généraux Beaufranchet , d^Ayet et Nouvion font les plus grands efforts pour sauver les apparences d'une retraite. Les représentans du peuple^ qm ont rendu compte de cette action , n'ont pas^ dit que dans leur fîiite ils avaient pris la précaution de mettre bas leurs panaches et les autres^ marques distinctives de leur caractère , dans la crainte d'être reconnus , et par les soldats qui les accusaient d'avoir paru trop tard à l'action , et par les royalistes qui leur auraient fait un plus mauvais parti qu'aux autres prisonniers. Le nombre de ces derniers fiit grand , et Tennemi fit une ample provision d'armes et de munitions abandonnées ; il reprit, avec celle des républicains, l'artillerie qu'il avait perdue le i6. Représentans, officiels et sol-
dats arrivèrent pélë-mêlé à Niort , et y causèreni les plus vives alarmes. Il eût suffi aux rebelles de se présenter à cette époque devant cette ville importante pour en faire la conquête ; mais ils restèrent trois jours à Fontenay, et Tévacuèrent après avoir mis les hàbitans à contribution et laissé en ^échange des objets que chaque individu emportait , des billets payables à la paix sur le Trésor-Royal.
Les dangers que venait de courir la ville de Niort , et Tincertitude où Ton était si les rebelles ne se détermineraient pas bientôt à venir Fattaquer, lui firent solliciter de prompts secours des départemens voisins. Environ vingt mille hommes armés de haches et de piques y affluèrent, douze cents hommes d^infanterie de ligne et quatre cents hussards de la légion des Alpes y arrivèrent en même temps que le général Biron, nouvellement promu au commandement en chef de Parmée des côtes de La Rochelle (i).
Le comité de salut pubhc venait de rappeler le général La Bourdonnaye, et de diviser Timmense étendue de son commandement en trois armées: la première , dont nous venons de parler, s'étendait depuis l'embouchure de la Gironde jusqu'à Nantes ; la seconde, dite dès côtes de Brest, depuis Nantes jusqu'à Saint-Malo , était sous les ordres
(i) 28 mai.
DE LA V£ND£B. fy]
du général Canclâux ; enfin la troisième, dite des côtes de la Manche, defiiiis Saint-Malo jusqu^à Dunkc^rque, était confiée ad général Wimpfen.
Le comité de salut public avait enfin compris qu^il avait dans la Vendée un ennemi formidable , qu^il ne réduirait pas seulement avec le secours de quelques bandes de citoyens armés à la bâte et déjà découragés par les premiers succès des rebelles. Il résolut de leur opposer des troupes de ligne. On forma, des ci-devant gardes-firançaises et d^autres troupes de la garde de Paris, des divisions de gendarmerie à pied , et on les envoya à Farmée des côtes de La Rochelle. Elles étaient commandées par un nommé Rossignol^ jadis bas-officier ailK gardes, que nous verrons général en cbef dans la suite de ces Mémoires* On donna la même destination à trois légions organisées en artillerie , infanterie et cavalerie. LMne d'entre elles avait pour chef le célèbre Westermann. Enfin, on tira des différens corps des armées du Nord et du Rhin environ trente mille hommes d'infanterie , qu'on fit venir ea poste jusqu'à Orléans et Angers. On en composa de nouveaux bataillons qui prirent par numéros le nom du beu de leur formation. Ces troupes, ajoutées à celles qui étaient déjà dans la Vendée , portaient l'armée des côtes de La Rochelle à quatre-vingt mille hommes. C'était plus qu'il n'en fallait pour terminer bientôt la guerre j mais il s'établit une
49 GtJtfRllB CitiLB'
confusion qui provint d^une part de la trop grftnde quantité d^officiers sup^lt^eurs envoyée alord à cette armée ^ et de Fautre àu peu d'accord qui existait entre les représentans du peuple eii mission auprès d'elle. Les uns se tenaient à Naptes , d'autres à Angers, d'autres à Saumur; îl y en avait à Niort, à Fontenay-lé-Peuple et aux Sables. Quelques-uns de ces délégués étaient originaires des pays qu'ils venaient inspecter. €hacuri d'eux , ne voyant que la sphère étroite qui l'environnait , voulait y commander en chef ^ en vertu des pleins pouvoirs qu'il tenail du comité dé salut public, et subordonner les mouvemens des divisions même les plus éloignées aux intérêts de sa localité.
La cause qui avait empecH? les rebelles de poursuivre leurs conquêtes jusqu'à Niort, était qu'im** médiatemeni après leur sortie de Thouars , trois mille républicains y étaient rentrés sous les ordres du général de brigade Salomon , que ceux-ci n'étaient emparés de la Fougereuse, et menaçaient Arg^nton et Châtillon. D'autre part, Li^onnier avait; fait plusieurs sorties de Doué sur Vihiers , et tentait un coup de m^in ^ur Chollet. II était urgent de rappeler les forces de l'armée catholique et royale dans Ces Cantons ; Châtillon leur fut donné pour rendez-vous.
Sî Biron se fut empressé de porter au cœur de k Vendée les vingt mille citoyens qui étaient accourus à Niort, qu'il les eût fait seconder par la garnison
de cette ville et des postes circonvoisîns , et par les troupes ralliées de Fontenay, il eût fait une puissante diversion et empêché le rassemblement projeté à Chàtillon ; mais il s^occupa de Inorganisation de son corps d'armée. Cette perte de temps donna aux rebelles tout le loisir qu'ils pouvaient désirer pour préparer les événemens importans qui font le sujet du livre suivant.