‹ Mémoires sur la VendéeChapitre 8 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Cinquante mille rebelles se rassemblent à Châtillon. — Us ex-^ puisent les républicains de plusieurs postes avancés, enlèvent le parc d'artillerie de la division du général Ligonnier, et entrent victorieux dans la ville de Doué. — Ligonnier est accusé de trahison par ses soldats. — Belles dispositions de 1» part des Vendéens qui marchent sur Saumur. — Attaque et prise de cette ville. — La république est en danger.

Tandis que le général en chef Biron s^amasait » faire un tri parmi les citoyens que leur dévouemeni avait amenés à Niort, d^Elbée, généralissime de Tarmiée catholique et royale, formait à •Châtil-' Ion un rassemblement de cinquante mille hommes, à la tête desquels étaient les chefs les plus renommés de la Vendée. Son plan était de tomber sur la division du général Ligonnier.

Déjà maîtres de ChoUet, Vihiers, Coron et Vézins , les rebelles étendai^t leurs patrouilles jus' qtfaux villages du Vercher et de Concourson , gardés par la légion germanique et par des compa^ gnies franches de nouvelle réquisition. Ces troupes en général ne devaient pas inspirer beaucoup de

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confiance et étaient mal placées aux avant-postes: les légionnaires étaient presque iom des déserteurs étrangers aussi disposés à servir la cause royale pour de Targent que celle de la république ; et les réquisitionnaires iiVtaient pas exercés au maniement des armes. A Pexception des divisions de gendarmerie à pied, sur la bravoure desquelles on pouvait compter , la presque majorité des autres troupes de la division de Doué était composée des batiaillons dits des héros de cinq cents livres. Ces corps étaient, à proprement parler, des ramassis de la pljus vile canaille de Paris, qui, au lieu de dispositions guerrières, avaient apporté à Tarmée Fesprit du pillage , de^a débauche la plus effrénée et

de Tindiscipline

^ Le 6 juin, les Vendéens attaquèrent la légion à Couçourson, Peu chassèrent et lui prirent deux p^jèces dq canon r Elle se replia sur le village du Vercher. Le lendemain; vers les dix heures du matin 9 les vedettes ennemies parurent sur les hauteurs de ce poste, occupé par une compagnie du ci-devant régiment d^Aunis , trois compagnies franches de Loir-et-Cher et de la Nièvre , et par mille hommes environ , tant infanterie que cavalerie de la légion. Il n^ avait pas un seul officier d^état-^ major pour diriger cette petite colonne qui , craignant d'être bloquée dans un has-fon4» par de«j forces supérieures , se détermina à gagner le large. ^ais la sortie du villsfgç ^tait difQcile f^ il fallait tra^

verser un pont et un chfmin creux, sur les escarpemens et à Tissue duquel on s^attendait à trouver Tennemi en bataille. Les hussards de la légion ouvrirent la marche qui fut si lente, que Vinfanterie et deux pièces de canon qu^^elle traînait devant elle, restèrent environ une heure sur le pont et dans le ravin. Enfin, la colonne républicaine eut le bonheur de se tirer de cette dangereuse position , et le temps de venir se ranger en bataille dans la plaine. Alors, Pair retentit des cris de vii^e la republique! d^xme part , et de vwe le roi! de Tautre, et à ces cris succédèrent plusieurs déchargea de mousqueterie qui ne se soutinrent pas du côté des républicains , parce que , comme nous Tavons déjà remarqué, les compagnies de nouvelle réquisition nWaient jamais fait Pexercice à feu. Les Vendéens , qui s'aperçurent de leur Êiiblesse, s'avancèrent sur elles à travers une forêt de genêts , et elles plièrent. La légion qui ne pouvait résister -seule au choc de plus de quinze mille hommes , s'^ébranla et vint s'aligner derrière une haie d'une assez grande étendue, où nombre de fuyards Vinrent la joindre, et battirent en retraite avec elle jusqu'à Doué.

Les bsntaillons de Paris, qui étaient dans cette place réunis aux débris des postes de Concoursôn et du Vercher , auraient pu faire une résistance honorable et dû sauver au moins le parc d'artillerie de la division qui était au château de Sollange, situé près de la ville ; mais il n'était pas donné aux

héros de cinq cents livres de s^îllustrer par de si noblçs actions.

Les royalistes, renforcés d'une seconde colonne, cernèrent le parc et s'en emparèrent. La troupe républicaine se réfugia à Saumur. Les héros de cinq cents livres, attribuant leur défaite à ceux qui les commandaient plutôt qu'à leur lâcheté , accusaient hautement le général Ligonnier de trahison ; ils l'auraient tué s'il fût tombé dans leurs mains } mais il avait reçu des représentans du peuple réunis en commission centrale à Saumur, l'ordre de se rendre sur - le - champ dans cette ville , et il était parti de Doué avant que l'ennemi s'y présentât»

Le général divisionnaire Duhoux commandait à Saumur : cette place pouvait être très-bien défeniè9}ue par son fort, et on avait pratiqué de bonnes redoutes à droite et à gauche de la route de Doué et aux moulins de Bouman ; mais le désordre était à son comble dans l'armée. Les auberges et tous les lieqx publies étaient continuellement rejtnplis d'officiers et de soldats qui s'enivraient de plaisirs et de débauches.

Cependant le conseil supérieur , loiif de laisser refroidir l'ardeur des Vendéens , arrêta que l'armée catholique et royale mai;cherait incontinent sur Saumur. Elle avait Tavantage de n'être pas embarrassée de npmbreux équipages d'artillerie , de caissons ^^de vivres et d'ambulances. En cas de défaite ,

elle pouvait se sauver partout ailleurs que par les grands chemins.

Chez les républicains^ au contraire, outre Tartillerie attachée à la défense des places et autres attirails j il n^ avait pas un bataillon qui n^eût une ou deux pièces de campagne , qui embarrassaient autant qu^elles étaient nuisibles ; car ce moyen de défense inspirait aux soldats de Paris surtout , une telle confiance , qu^ils se croyaient perdus quand leurs pièces étaient prises ou mises hors de combat; d^autrepart, quand ils étaient contraints de battre en retraite, ils ne pouvaient le faire que parles grands chemins, et dès-lors il était plus facile aux ennemis de les poursuivre et de se saisir de leurs pièces.

Dès le 8, les royalistes firent des préparatifs savans au-delà de ce qu^on pouvait le présumer d^une armée composée en majeure partie de paysans : ils envoyèrent couper la grande route de Saumur à Angers sur la rive gauche de la Loire. Ici > citaient des tranchées ouvertes; là, de grands arbres abattus et mis en travers ; ailleurs , des caissons de vivres ou d^ambulance don^ ils avaient brisé les roues, obstruaient le passage. Ces mesures eussent été inutiles, sUls eussent voulu attaquer Saumur au midi, ainsi que Findiquait la situation de la route par laquelle ils devaient vemV. En ce cas, les républicains pouvaient rentrer dans la ville et faire leur retraite par le pont sur le chemin de

Tours; mais les Vendéens laissèrent la route de Doué sur leur gauche et se partagèrent en deux colonnes, dont 12une se porta de suite sur Sauniur, et Tautre vint sVmbusquer auprès de Montreuil , pour surprendre le général Salomon qui avait eu ordre de venir avec ses trois mille hommes renforcer la garnison de Saumur.

Cependant, pour induire les républicains en erreur et faire porter toutes leurs forces d^un autre coté que celui où ils se proposaient d^attaquer , les royalistes détachèrent quelques compagnies de fantassins et des pelotons de cavalerie vers la partie méridionale de la ville (i). Cest au moment de cette fausse attaque qu^arriva au camp Santerre, ci-devant brassew* et alors commandant de la garde nationale de Paris. Personne ne pouvait inspirer plus de confiance à la Convention que Thomme qui avait fait exécuter la sentence du roi. A sa vue les bataillons de Paris s^enthousiasmèrent comme à celle du génie de la république. Ëiifin Ton ^ s^aperçut que les Vendéens portaient toutes leurs forces vers le chemin de Chinon , et Ton dirigea aussi de ce côté ses batteries; mais ce fut avec une nonchalance et un air de découragement tels, que Tennemi eut le temps dMtablir les siennes pour protéger ses deux premières lignes , et qu'on put déjà prévoir Tissue du combat. Les habitans de Saumur eux-mêmes ' - I - - - , --Il

(}) 9 juin.

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s^attendaient bien à la prise de leur ville ; car à la première nouvelle de Farrivée des Vendéens, ils sVtaient empressés d^ôter de dessus leurs portes ou d^efiacer les inscriptions républicaines consacrées par Pusage à cette époque.

Cependant deux bataillons de la formation d^Orléans font mordre la poussière à trois cents des rebelles et plier leur première ligne. Déjà les acclamations de la victoire se font entendre dans les rangs républicains ; mais cette allégresse cesse bientôt La colonne embusquée sur le chemin de Montreuil , après avoir surpris le général Salomon, dispersé ses troupes, et conséquemm^gtagJKipéché leur jonction avec celles de Sanmur /*ïiflfK en troisième ligne, et, fière de des premiers succès , ranime le courage des deux premières. Celles-ci, se sentant soutenues, attaquent à leur tour les deui bataillons d^Orléans et les forcent à se replier. Le général Menou, voulant empêcher Pentrée de Tennemi dans la ville, accourt à sa rencontre et lui oppose les cuirassiers de la légion germanique ; un combat opiniâtre s^engage de nouveau entre cette cavalerie et un corps de troupes commandé par Domagné , Tun des chefs du parti royaliste. Menou est grièvement blessé ; Berthier a deux chevaux blessés sous lui ; Bourbotte, représentant du peuple, présent à cette action , est démonté ; Marceau , officier de la légion germanique^ met pied à terre et lui donne son

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cheval. Ën^fn Domagné est tue, mais il emporte avec lui la gloire d'avoir repoussé» les cuirassiers. L'intrépide La Rochejaqueiein péïiètre jusque dans la grande place accompagné d'un seul oflScier; il est bientôt suivi par les phalanges royales qui débouchent dans la ville par la porte de la Madelaine et viennent s'emparer de plusieurs pièces de canon restées sur la place. On voit que les troupes restées aux redoutes et qui formaient le centre de l'armée, n'avaient encore rien fait; quand elles virent l'ennemi maître de la ville ^ elles firent mine de fondre sur lui la baïctnnette au bout du fusil. Mais cette démonstration de bravoure se convertit en terreur paniqif^^àMj^emière décharge d'artillerie qui Se fit dâSfla direction de la route de Doué; un i>ataillon de Paris commença la déroute et prit le chemin d'Angers par Brissac ; tout le cefitFc dé l'armée le suivît , à l'exQjBption de quelques détachemens qui restèrent aux redoutes , et s'y défendirent jusqu'au lendemain onze heures du matin. Le 72* régiment qui occupait le fort, ne le rendit qu'après avoir épuisé ses munitions. Les généraux Duhoux et Menou, avec leur état-major et le représentant du peuple , Boûrbotte, s'étaient fait jour à travers les cohortes ennemies , et avaient pris la route de Tours. Quant au général Santerre , il avait fait sa retraite sur Bauge et La Flèche d'où il est ensuite revenu à Tours. Les représentans du peuple ont écrit à la Conven-

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(ion qu^on devait à ce général la conservation de la caisse de Farmée , d^une partie de rartillerie et des bagages. D^autres ont dit Favoir rencontré à La Flèche, escorté seulement d'^un petit nombre d^ofiiciers et de quelques cavaliers ; ils ont ajouté qu^il demanda aux administrateurs du district de cette ville sHls nWaient pas vu passer Farmée. Cette dernière assertion est aussi croyable que le rapport des représentans du peuple. Qu^on se rappelle , en effet , dans quel sens se faisaient ces rapports.

Les divisions deDouéeldeSaumur étaient fortes de près de vingt mille combattans ; quatre mille environ furent tués ou blessés, et six mille faits prisonniers; le reste se réfugia partie à Angers, partie à Tours, plusieurs sans leurs effets d^quipemenl, sans armes et sans leurs habits militaires qu^ils avaient échangés contre des vêtemens de paysans , afin dé déserter Farmée à Faide de ce travestisse*» ment.

Arrêtons-nous un instant et considérons la situation des affaires de la république : ses troupes ont été battues sur presque tous les points du pays insurgé ; Farmée des côtes de La Rochelle est sans discipline , elle n^a point ou infiniment peu d^adf^ ministrateurs éclairés, ses munitions sont épuisées, • ses finances pillées ; les royalistes, en fortifiant Saumur, peuvent sVn faire un rempart inexpugnable; qtfils continuent leur marche sur la rive droite de la Loire, Tours, Blois, Orléans , n^opposent aucune

digae au, torrent, rien ne Tempêche de venir battre les remparts de la capitale. La terreur, qui élève ses échafauds , grossit Farmée catholique et royale ; d\in autre côté les fédéralistes font dans la ci-devant Normandie une diversion qui doit tourner à son avantage. Lyon prépare sa résistance à la tyrannie. Jamais la situation des royalistes n^a. été aussi brillante, et pour me servir de la formule alors usitée , la république est en danger.

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