‹ Mémoires sur la vie et le siècle de Salvator RosaChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Départ de Salvator Rosa pour Rome. — ArrWée de Milton ea cette rille vers la même époque. — État social et politique de Rome, favorable aux arts. — Protection accordée aux arts par les Barberini. — UiiiainYIII, Lorenzo Bernini, architecte du Vatican. Son oaractère et son crédit. — PoeîtioB d<is élëve» furvivaaa de l'école des Cafradies à l'arrivé» de Sot^ vator à Rome, -r-* École ultramoutta^nq ou fl^ma^de; — Sa vogue et son caractère distinctif. — Anecdotes sur ses principaux membres. — - Opposition entre les écoles italienne et flamande. — Salvator se tient éloigné de toutes deux. — Ses promenades solitaires. — Il travaille pour les brocanteurs pour une misérable rémunération. — Cantate dans laquelle il décrit ^on obscurité et sa pauvreté. — Atteint f^v la ma( aria ^ il retourne à Naples pour recouvrer la sauté.

Uuif des traits caractéristiques du géni^ ou du tçmpérameut qui le produit , c'est que ses forces croissent en proportion de la pression des

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circonstances contraires qui réclament leur ' exerdce. Le plus triste moment de la vie de Salvator , quand sa misérable famille (i) était livrée aux horreurs du besoin dont il s'efforçait en vain de la tirer , ce moment lui inspira la résolution de quitter Maples (â) et de chercher la fortune sur un plus large chemin que celui qui s'ouvrait devant lui dans sa patrie , cette terre indigne d'un mérite qu'elle n'avait pas assez de connaissance pour apprécier , ni assez de patriotisme pour récompenser. Avec cette promptitude de volonté qui dans tout le cours de sa vie ne laissa jamais une minute à la réflexion timide^ il résolut de visiter Rome , et ce projet fut aussitôt exécuté que formé. Dénué d'amis 9 sinon d'espérances , il commença ce voyage dans sa vingtième année, le cœur ulcéré par cette profonde et brûlante indignation que

(1) « Trovossi egli colla madre e col restante della famiglia in miserabilissimo stato 9 ed oltremodo afflitto dalle miserie fino a mancargli il necessario sostentamento , nei tempo appunto in cui maggiore abbisognavagli i comodi e la quieta per attendere agli studii 1 1 » — Fifa di Salvator Ro9a tratta da vari autori,

(a) tt Parendogli di far torto al suo nome j tenerlo ristratto fra le mure di Napoli, voleva farlo noto anche fuorr^ e trasferte a Roma. » — Pascou.

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peuvent éprouver ceux-là seuls qui, aimant leur patrie , en sont chassés par son injuste oubli; ( malheur dont les triomphes obtenus ehe^ l'étranger n'adoucissent jamais toute l'amertume. )

En jetant un dernier regard sur le paradis qu'il allait quitter , on dit qu'il répandit des larmes ; car Salvator , comme toutes les personnes de génie qui n'ont pas été corrompues de bonne heure , était patriote , et ses fréquens retours dans son indigne pays natal, avili par des siècles de dégradation politique , attestent l'amour qu'il lui portalt.MaiSy « s'il versa quelques larmes naturelles en ce moment , » les laitues sont bientôt séchées à vingt ans; et tout en foulant pas à pas cette voie Appienne (i) dont Horace lui avait légué la topographie poétique, ses esprits se ranimèrent; et une suite sublime d'images du monde antique s^levant à sa vue depjuis le capo da Chino jusqu'à la -porta san Giovanni^ en réveillant les associations classiques de sa riche mémoire, ou vrait dé nouvelles sources de combinaisons matérielles et morales à son imagination vigoureuse et productive (2).

(1) En i634.5,

(2) Passeri , qui ne connut Salvator que piiwieur$

i4q "VIB BT mtCLR

De métne qu'Horace , Sahator fit à pied la plus grande partie du voyage , et Ton dit qu'il arriva sou^ tes mws dégradés 4^ Rome dans, an équipage ^ peu près 6ei3a})l^ble à celui de Bernard Tasso qui entra dans < la grande RojEoa » avec deux dt^emises «ous un braa et son « amadigi >i sous l'autre* Toute la garder robe de Salvator était attachée sur ^s épaule^ et toute sa fortune déposée danjs un porte* feuille qui servait de contre-poids à son paquet.

En entrant dans la première cité du mond^ à l'heure de l'Ave Maria , heure de la récréi^-^ tion italienne , et passant des f^ubourga désolée de SaurGiovani au CorM ( si vivant alors ) où les princes du conclave étalaient tout^ la pompe et la splendeur des satrapes de l'orient, )^$ sensations du jeune et solitaire étranger durent être bien fortement excitées par 1^ conscience de sa misère et de son abandon. Jamais peutêtre au milieu des désert^^des Abruzze^ çt d'Or trante , ou parmi les ruines de Pesti^p) , 3alvatqr n'éprouva un sentiment d'isolçment aus^i absolu qu'au milieu de cette multitude et 4^ Q^ brillant fracas. Kien n'est comparable en fait

années après cette visite à Borne, n'en par)e pofat ; nfais lous «es autres biographes ea font mentioo-

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d'imptesêioûs mélancoliques â celles qui acr compagoent rentrée d'un être j^ns protection ^ sans aòEiis , dans un inonde où tous , esccepté lui , ont des liens, des occupations ^ « un a^ile. »

N'ayant personne pour le reoewîr , personne pour le diriger , Salvator guidé par Tinstinct de la pauvreté tourna ses pas loin de ce brillant quartier de la ville pour chereker dans les fa«i^ bourgs une de ces auberges «misérables, dont plusieurs formées dans les tombes de l'antiquité offraient un abri et seulement un abri à Tindi^nt (i), Peu de temps après Milton arriva aussi dans 'Rome, maiis sous des auspices bien différens ; il fut reçu par les savans et les nobles « avêc la pim grande affabiUté , » jes sonnets , les distiques lui étaient prodigués par les muses romaines , et le cardinal Barberini sortit de son appartement pour aller à sa rencontre, honneur qu'il ne devait qu'à des princes.

Milton et Salvator , dont le génie , le carac-

(i) « La voie Âppicnne, abaDdonnée aujourd'hui dans la partie qui conduit de Rome à Albane sur une longueur de trois lieues, n'est plus qu'une ligne droite tracée par deux filés de tombeaux ruinés qui semblent se toucher. J'en connais qui sont devenus des cabarets. » — Bons- TETTBN. Voyage dans leLatium,

tère et les vues politiques araient tant de res-semblances , restèrent inconnus Tun à l'autre ^ quoique vivant à la même époque et à Rome et à Naples. Sans doute Tobscur etânfortuné jeune peintre n'aurait eu aucun moyen de se faire présenter au grand poète républicain anglais ^ même quand il aurait ouï parler de cet homme extraordinaire , destiné à illustrer le siècle dans lequel il florissait.

Pendant la première période du 17* siècle, Rome*, en conservant encore quelques restes de son ancienne grandeur , avait perdu la substance de son pouvoir, qui , fondé , en partie sur l'autorité spirituelle, en partie sur la domination temporelle, avait jadis subjugué l'Europe et frayé le chemin àia monarchie universelle des pontifes. La moitié du monde chrétien méprisait alors la puissance papale; et si l'autre moitié révérait encore le chef de l'église de Rome comme un père , il se trouvait parmi ses enfans tel qui lui résistait avec raison et avec succès. Luttant pour le maintien de prérogatives autrefois regardées comme des droits inaliénables , soutenant des juridictions que l'on commençait à considérer comme des abus , les représentans de St. -Pierre continuaient à se donner l'apparence de leur première suprématie; et, par une politique profonde , une exquise souplesse , et une

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patience infatigable , ils cachaient au monde ce qu'ils ne pouvaient ignorer eux-mêines, le décliB de leur influence et la position précaire de leur gouvernement. Tous les rois catholiques » en montant sur le trône , envoyaient cependant toujours à Rome des ambassadeurs qu'on appelait « di obedienza » d'obéissance , et chaque couronne catholique était représentée par un membre du conclave, qui prenait le nom de protecteur. La haute société de la métropole chrétienne se composait presque entièrement de ces ambassadeurs étrangers et des parens] et suivans « dei cardinaloni » ( i ) ; et les intrigues du conclave , les disputes pour la préséance , les querelles personnelles des coteries diplomatiques , troublaient seules le repos monumental de la ville <^ éternelle » que les institutions d'une religion fatale allaient dépeuplant avec une effrayante rapidité , et que sa résistance aux améliorations progressives du temps éloignait des intérêts et des lumières européennes.

(i) Les factions d'Espagne et de France , ayant chacune à leur tête leur cardinal protecteur, entretenaient une espèce de guerre civile dans le cœur de la cité, guerre dans laquelle*^» Taigreur et les niaiseries » étaient accompagnées de nieurtres ouverts et de secrets assas^sinats.

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tmLT ié teste , RotAû jouissait d'uû« paiic pP(^ fonde; et, t&ndis que les mœurg du peuple tembaieût dans la plus vite corruptîoû pâi' là négligence de toute police intérieure et par le plus mauvais des gouternemeos domestiqués, ÌSL passion croissïinte des princes insigniiiàns et oisifs et des fastueul et ambitieux cardinaux (i) pour le lUxe et la magnificence , s^unissait à la tradquillitë publique pour favoriser les arts et rendre la ville de Rome , sous Uibain VIII , ce qu'elle avait été sou$ Jules II , le graàd « studio » de TEurope.

Maffeo Barberini , élu pape en 1620 , sons le titre dUrbain VIII , était à la fleur de son âge , quand Salvator Rosa vit, pour la première fois, la coupole de St. -Pierre. C'était un véritable pape domestique, affairé, tracàssier dans son administration intérieure , mais bornant «es vues au maintien de la paix; il contemplait avec Tindîffércnce de Tégoïsme , ou cherchait à pallier uniquement par des jeûnes et des prières imposés au peuple les ravages horribles que la peste

(1) Le cardinal de Retz, quoique exilé, était oMtgé d*avoir quatre-vingts domestiques en livrée pour être seulement « sur ie pied des plus gueux des tsabdinaux moines » qui ne pouvaient aller avec moins que « cette livrée roulante if à aucune de leurs fonctions.

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et la famine firent dans les états romains pendant la plus grande partie de son règne. Mais il était plein d'une active sollicitude pour se prémunir contre les attaques probables de ses puissans voisins. Il fortifia le Quirinal, et fournit le Vatican d'un arsenal pour quatre légions destinées à la garde de sa personne. Evitant scrupuleusement de se mêler à la politique étrangère , ses soins se dirigeaient tous vers la diplomatie ecclésiastique. Il supprima les jésuites (en 1 63 1 ) , donna aux cardinaux le titre « d'éminence » , aux capucins , celui 'de véritables fils de saint François, publia une bulle solennelle contre Tusage de prendre du tabac à l'église, et devint par ses effusions poétiques lé Magnus Apollo des antichambres du Quirinal , où les Camerlinghi admirateurs , les obséquieux Monsignori ^ lui assignèrent le nom « d'Abeille Attique » (i). Toutefois la passion du poète pontifical pour écrire des odes en l'honneur des saints , et des épigrammes contre les pécheurs , n'altérait en rien son dévouement aux arts pour lesquels il était un

(i) Les Vi Poemata M affei Barberini * soDt maintenant pea connus , et ne se trouvent guère que dans les bibliothëques romaines, a Nous avons de lui ( Urbain VIII) un gros recueil de vers latins; et il faut avouer que TArioste et le Tasse ont mieux réussi. » — Voltaire.

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vFai Barberini. Les immezises richesses de cette puissante famille, richesses qui ne pouvaient être employées qu'à ériger des palais et des villes , et i rassembler des collections d'ouvrage» des arts, avaient rendu les membres de cette maison protecteurs en titre de la plupart des artistes vivans. leur acquisition de l'ancien fiel de Palestrina ( théâtre des guerres de Siila ) , acheté de l'illustre mais déclinante maison Co-* lonne , ouvrit une nouvelle source d'occilpations et d'étude aux cognmcenti italiens» Les exeava* tiox» ouvertes en ce lieu ( i') , les mosaïques que les nouveaux propriétaires y trouvèrent , et qui commencèrent leur célèbre collection, éveillèrent chez les individus les plus opulens de la famille un goût ardent pour les' arts , dont se ressentirent presque tous les talens contemporains.

L'élévation d'un Barberini au frône pontifical promettait donc un siècle d'or à la peinture , ( un secolo d' ora per la pittura , ) et les artistes que le sort des Carraches n'avait pas instruits de la valeur des succè» de cour, attendaient tous de la protection d'une famille

(ï) Ce fut dans ces excavations que Ton trouva te vase Portland sì long-temps l'ornement du palais Barhe^ rini à Rome.

une fortune que te suffrage public devrait seul accorder. Le patronnage substitué à l'opinion produisit la dépendance, et paralysa rémulatîoi\. Enfin rinfluence exclusive des papes, des cardinaux et des princes Barberini, mit la destinée des arts entre les mains d'un homme qui , par sa médiocrité et sa vanité désordonnée , était moins propre qu'aucun autre à remplir ce poste aussi difficile qu'important.

Lorenzo Bernino ou Bernini , fils d'un artiste florentin , et lui-même Napolitain de naissance , sculpteur , architecte et peintre (i) de profession , fut l'un de ces exemples extraor* éinaires de précocité dont le vulgaire est toujours émerveillé et qui en imposent souvent aux gens éclairés , «mais qui réalisent bien rarement dans la maturité ce que promettait l'excellence prématurée de la jeunesse. Un tête sculptée par le Bernin à l'âge de douze ans , et que son père eut la vanité d'exposer dans l'église de Santa-Prassede à Rome , attira l'attention publique. Le pape Paul V (né Borghese) eut la curiosité de voir cet ingénieurenfant. Présenté auVatîcan , le pape,

(i) Il était né en 1698. Son portrait, fait par Leone dans sa vingt-cinquième année, le représente comme un jeune homme de bonne mine avec un certain air d'audace et d'assurance qui indique parfaitement son caractère.

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dit Bellori , ordonna pour plaisanter , « corne per ischerzo » au petit artiste de lui dessiner une tête , à la plume. « Quelle tête voulez^vous avoir ? • demanda le jeune homme , sans paraître intimidé. « Si je n'ai qu'à demander pour avoir j donnez-moi un saint Paul ^ » dit le pontife. Le beau idéal d'une tête de saint Paul fut esquissé rapidement ; et quel que fût son vrai mérite , Touvrage se termina , « con sommo diletto e Maraviglia del papa ^ » au grand contentement et à la grande admiration de sa Sainteté. La fortune d'un jeune garçon^ qui avait pu étonner et amuser un pape , :fut ainsi fondée sur les bases les plus solides des fortunes romaines d'alors.

Pour prix d'un miracle que le saint-père ft|l|)posait fait par le ciel en sa faveur , il remplit les mains de l'échantillon d'artiste de médailles d'or, puis le confiant aux soins du cardinal Maffeo Barberini, il dit à ce dernier, de manière à être entendu de l'enfant : « speriamo che questo giovinetto debbe diventare il Michel Agnobdel secolo, « Espérons que ce petit garçon deviendra le Michel-Ange du siècle. » Une telle prophétie était faite pour se détruire elle-même ; et le Bernini, commençant ainsi par où il devait finir, devint le plus grand fat sinon le plus grand génie de son temps. Choyé par les cardinaux ,

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légué d'un pontife à l'autre , adulé par tout ce qui dépendait du conclave et flagorné par tous les poètes du jour, Bernini recevait à chacun des bustes qu'il exécutait ce qui eût suffi pour faire la fortune d'un artiste; modeste; tandis qu'à la même époque le Guide était trèsreconnaissant envers un de ses patrons ( un tailleur ) parce qu'il lui avait donné six écus d'une de ses têtes divines. Cependant aux yeux de la postérité quelle différence énorme entre le Bernin et le Guide!

L'élévation de Maffeo Barberini au trône pontifical mit le comble à la bonne fortune de Lorenzo Bernini (i) , et l'un des premiers actes

(i] Quand leBerDini vint se présentera Urbain peu de }ours après son élévation , le pape lui adressa ces paroles flatteuses. « £ gran fortuna la vostra, Bernini , di vedere papa il cardinale Maffeo Barberini, ma ^ assai maggiore è la nostra che il cavaliere Bernini viva nel nostro pontificato. » C'est un grand bonheur pour vous 9 Bernini , que le cardinal Maffeo Barberini soit devenu pape; mais c'en est un bien plus grand pour nous que le chevalier Bernini vive sous notre pontificat. » — Voy. Bellori.

li a été un temps 9 dit Reynolds , pendant lequel Vandyke, comparé à Kneller , avait -le désavantage. Le i8* siècle, en Angleterre , offre le même caractère que le 17'' en Italie. Ce fut le siècle de la médiocrité anglaise dont la cause peut être rapportée à la réaction de cette

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d'Urbain fut de créer son favori , déjà fait chetalier du Saint Empire romain par Grégoire XY , architecte de la basilique de Sainte Pierre : ses pensions furent en même temps énormément augmentées , et ses deux frètes pourvus de bénéfices dans Saint-Jeaunde-Latran et Saint-Pierre. Aussi actif qu'ambitieux , son i&fatigablç vanité Tinduisit à s'appliquer à tous les arts. Tout en écrivant des vers puérils avec le pape , ( qui visait à porter les bas bleus aussi bien que les bas rouges , ) il cultivait la sçulp-. ture 5 la peinture , Tarchitecture avec des succès bien plus éclatans (i) que n'en obtinrent les génies puissans qui l'avaient précédé. Le cavaliere Bernini "était à Rome ce qu'était Lebrun à

puissante explosioo de ^nie national , que développèrent les guerres civiles et la révolution.

(i) Louis XIV invita Bmiini à passer eo France ^ii moment oik le Poussin, trop mal récompensé , s'était trouvé heureux de fuir ce pays. On donna à Bernini pendant son séjour à Paris cinq ionis par jour à dépenser , cinq . mille écus de cadeau. , une pension de deux mille écus pour lui 9 une de cinq cents pour son fils ; cependant les dessins qu'il fit pour le Louvre ne furent jamais employés. Cette folle prodigalité des rois vient plutôt d'ignorance que de mauvaise volonté. Car s'ils connaisseiit peti les arts en général , ils connaissent encore moins la valem* iîe farinent.

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Paris , le tyraa des arts. 11 ue reconnaissait ai|€uu mérite dans l'artiste <iui ne courbait pas le genou devant le- trône sur lequel la mode et la faveur l'avalent élevé ; ses disciples étaient ses esclaves ; et dans le nombre infini de ceux qui recherchèrent sa protection , bien peu en tirèrent de vrais avantages. Des années d'aUente inquiète, de servitude, pénible, étaient leplussouvent payées par la seule conviction de la folie qu'on avait eue de compter sur un homme gâté par la prospérité , dont la vanité obscurcissait le jugement et même dépréciait le talent.

Quand Salvator arriva à Rome , son JbeuveuK compatriote était dans toute la première ferveur de ses triomphes par le succès du grand ouvrage qu'il venait d'achever , le baldacchino de SainA- Pierre (i) » qui coûtait à l'état seulement en

(i) Les matérianx furent tirés du Panthéon, de cfe Panthéon que Mîchel-Ânge reg;ardaît comme un sacrilège d'^^ser toucher. La di£Eërenoe entre la coupole de Saint- Pierre et ce baldacchino donne la mesure précise de celle qui existe entre le génie de Michel-Ânge et celui de BeratB ; cependant le premier ne possédait que le nécessaire , et le dernier avait deux millions de bien« La renommée du Beraîn finit avec son siècle ; et les Italiens de notre temps le placent sur la même ligne comme peintre, que son ami le Marini comme poète. Toutefois le baldac«-

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dorures cent mille écus d'or , et devait être exposé aux yeux du public le jour de la fête de Saint-Pierre avec une pompe religieuse et dramatique digne de ce temps. La brillante école des Carraches avait fini ou était bien près de finir. Le Dominiquin vivait dans la solitude à Frascati , se préparant à son second et fatal voyage de Naples. .

Lanfranc était encore en eette ville d'où il ne revint que pour mourir. Le Guide , dont la sensibilité morbide avait été blessée au vif par son prétendu protecteur le cardinal Spinola, avait récemment quitté Rome , dégoûté de son séjour. Retiré à Bologne , sa patrie , il y jouissait dans sa vieillesse de cette honorable indépendance pour laquelle il avait lutté si péniblement au milieu des fortunes précaires de sa jeunesse. Longtemps avant cette époque , le Caravage avait trouvé une mort terrible dans les déserts des marais Pontins. Les grandes passions qui avaient animé ces génies élevés étaient éteintes , et la guerre énergique des talens combattant pour

chiDO^ TApolloD et Daphne, la fontaine Navone et la noble colonnade du Vatican justifient le regret qu'on éprouve en voyant le possesseur d'un beau talent descendre à des petitesses qui ne devraient appartenir qu'à l'envieuse médiocrité.

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la gloire était remplacée par Tinfluence avilissante de la protection et les bas artifices de Tin- .trlgue.

, Exerçant sur les arts une grande partie de l'influence que leurs barbares ancêtres avaient eues ^ur les mœurs et les habitudes de la maitresse ;du monde , « gli oltramontarmL • plus gênéralemént connus en Europe sous le nom d'Ecole Fiamande^avaient déjà acquis à cette époque une certaine célébrité dans Rome. « Quel genere baronesco 1 ( comme un écrivain italien du 1 7* siècle désigne dédaigneusement cette école ) renfermait une race de peintres , qui , sortis des dernières classes de la société de France ( 1 ) , de Hollande et des Pays-Bas , venaient étudier à Rome , puis retournaient dans leur pays respectif, emportant aussi peu (2) du beau idéal des sublimes maîtres romains dans leurs ou-

(1) Les Artistes français, quoiqu'on les comprenne dans le terme d^ultramontains ^ et qu'ils se soient éloignés k beaucoup d'égards de la pureté des écoles italiennes , ne doivent cependant pas être confondus avec leurs voisins les Hollandais et les Flamands , ni pour les mœurs ni pour le style. L'épithète italienne renferme injustement sous le même nom des choses essentiellement distinctes.

(a) A très-peu d'exceptions près, et Vandyke est la plus frappante.

vrag^, que du raffinement des manières ita« Hennés dans leur caractère et leurs coutumes.

Les êtres pleins de passions , d'imaginations , <ie conceptions élevées qui mmplissaieat les langs supérieure des arts en Italie • et ceux qu'on désignait avec tantde justesse par le nom d'ultramontains , offraient une disparité de mœui^ égajle à celle qui régnait dans leurs styles respectifs. L'Aurore ^du Guide et la Marchande de Poissons de Durer^ l'action noble des tableaux épiques du Dominiquin et les îatérieurs d'au^berge de Teniers , le ciel qui semblait se peindre dans les yeux de la sainte Cécile de Raphaël et les regards obliques des grotesques bambùc*dais de Van Laar , ne présentaient pas un con^ traste plus frappant, que les vues , ïts idées, la moralité de ces divers artistes qui tous voyaient la nature dans sa vérité , mais avec des im* pressions différentes et sous d'autres aspects.

La cause que la peinture se trouva primitivement engagée k soutenir en Italie avait donné une élévation sacrée à tout ee qui sortait des grandes écoles. Ces imaginations riches et hardies , qui avaient osé concevoir et représenter la Divinité , et ne descendaient jamais plus bas dans l'échelle des êtres qu'à ccs« esprits mitoyens j, intermédiaires entre la substance angélique et l'espèce humaine , » ne pouvaient trouver aucun

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mërite à bien rendre les vUcères d'un poisson mort, ou les détails dégoûtans d'une boucherie ; les Yices de la plus basse classe du peuple , les infirmités 9 les difformités physiques les plus hideuses , quoique supérieurement et fidèlement rendus » leur paraissaient la honte de l'art , et leurs jenx s'en détournaient avec horreur ( i ) .Les mœuns^ les habitiKles des deux écoles, séparaient totalement leurs membres respectifs. Les artistes italiens étaient d'élégans voluptueux plus délicats qu'immodérés dans leurs plaisirs , et la ga-> lanterie était le yice qu'ils portaient au plus grand excès. Leurs villas , leurs jardins , la richesse de leurs vêtemens , le soin extrême qu'ils pre^ naient de leur personne , dont la beauté peut être encore appréciée dans les galeries de Flo-^ rence , de Rome et de Bologne , tout cela répondait à leur passion dominante , à laquelle la religion elle-même doit ces magdçleines , ces vierges , que l'amour fournissait aux reliquaires et aux autels. .

Le vice des ultranumtams était le vice le plus

(1) La remarque de Reynolds , saroir : « q«e le caractève d'une nation se montre plus par son g&ÙA en peinture que dans aucune autre brandie des tal<ens humains, quelque importante qu'elle soit» , est strictement appli-^ pable loi.

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opposé à la galanterie ; Tivrognerie (i). La description que l'enthousiaste du Dominiquin a laissée de ces peintres , montre en même temps quelles étaient leurs habitudes si nouvelles à Rome , et l'impression qu'elles firent sur les artistes italiens (2). Mais tandis que ceux-ci exprimaient hautement et ouvertement leur dégoût non-seulement pour les manières brutales, mais pour les sujets bas et grossiers que l'école flamande visait à introduire dans les arts ( sujets que Tun d'eux avoue propres à amuser le peuple,

' (1) Salvator Rosa fait allusion à l'ivrognerie des artistes anglais et allemands dans plusieurs passages de ses satires.

tf Imbriacar gli Inglese e gli Alamanni Con il vino non gtà^ ecc. , cdc.

Andar con quei fiaminghi alla taverna Che profanando in un la terra e V etere Han troTato un battismo alla moderna. »

. (2) « Eq ce temps , dit Passeri , Ics ultramontains , suivant leur nation respective , se réunissaient ensemble , Français avec Français, Hollandais avec Hollandais 9 et Flamands avec Flamands ; et quand ils étaient en argent et qu'un de leurs compatriotes arrivait à Rome, il fallait qu'il invitât toute la bande à un festin donné dans quelqu'une des plus fameuses tavernes. Chacun payait ordinairement sa part dans ces festins^ mais le nouveau venu

mais incapables d'inspirer une pensée noble ) , ce nouveau style recevait du public une approbation générale. C'était du nouveau, et c'était la nature. Les sympathies du peuple étaient à l'unisson de ces grossières , mais admirablement fidèles représentations des scènes dans lesquelles il trouvait son plus grand délice , et des habitudes qui lui étaient le plus familières. Les grands eux-mêmes partagèrent l'engouement. Le stilo Bambocciato devint un caprice du bon ton ; et les superbes galeries

était taxé à la plus forte. La fête durait au moins vingtquatre heures sans quitter table ; et le vin leur était apporté dans des outres. Ils appelaient cette orgie le baptême ; et Tindiscrétion ayeC' laquelle ils donnaient cette sainte appellation à leur débauche , venait de ce qu'ils y imposaient un nom au novice , nom généralement dérivé de quelque particularité dans sa personne ou sa tenue. Pierre Van Laar, qui élait mal fait, fut baptisé le Bambocciato i et on l'appela toujours par ce nom. »

Salvator a consigné poétiquement son mépris pour les vices , l'ignorance et le mauvais goût de ces hommes , ainsi que l'indignation qu'il éprouvait en leur voyant dégrader et avilir le plus noble des arts.

« Mira con quanto obbrobrio e quanti eccessi Dagli artefici propri oggi s' oscura Il più chiaro mestier che si professi. »

La Pittura.

l58 ^lE ET SIÈCLE

des princes et des papes « furent infectées de CCS viles peintures j propres seulement à décorer tes auberges et les cabarets (i)» » L'intérêt, dont les instincts' sont toujours sûrs , dirigea bientôt les talens qui comptaient sur la faveur publique pour exister , vers les objets de la prédilection publique ; et tous les artistes italiens qui n'étaient pas dcTOués à la manière de Raphael ou des Carracbes , ou qui n'avaient point grossi la suite ^uBemin ^ devinrent imitateurs de l'école flamande, et disciples ou suivans de Van Laar et de Miel , alors ses chefs les plus accrédités (2). Salvator Rosa se tint également éloigné et des suivans de Bernini et des ultramontains.

(i) <c £ questi quadri sou tanti apprezzati Che si Tedon de* grandi entro gli studii Di superbi ornamenti incorniciati. »

La Pittura.

A cela Passeri ajoute son témoignage prosaïque ^ mais non moins rempli d'indignation. « Non restavano però costoro di infettare alcune gallerie digne di gran personnaggi con quelle yiltà che erano soltanto proprie da casali e da camere di locanda. » — Vita di Giov. Miele»

(2) Tout le secret est là. Les peintres flamands ( à part quelques blâmables excès de mauvais goût) représentaient des objets intéressans chez toutes les nations qui peuvent se vanter d'avoir un « peuple v^ des sujets 9 qui en par-

DE SALVATOR ROSA. 1 fìQ

Ajouter son sonnet ou son distique au tribut de rimes flatteuses offert à l'arbitre des beaux arts, ou se joindre à Tivresse bruyante , aux grossières orgies des étrangers , et profaner un pinceau consaeré à la belle nature , à peindre de» traits de la vie vulgaire , c'eût été suivre la route commune : Salvator était non-seulement mora-^ lement , mais physiquement incapable de pren* dre un tel parti. Son ardent caractère , son esprit contemplatif , le portaient toujours vers des objets analogues aux impulsions de Tun et aux combinaisons de l'autre. Après avoir visité les églises et les galeries ( i ) , et décidé , avec sa promptitude ordinaire , en faveur de Mîchel-

lant des détails de la vie réelle et en réveillant les sympathies des père» et des époax de la classe laborieuse, étaient aussi mieux calculés pour amer les petits appartemens de cette partie de la société que les grands tableaux d'histoire. On peut ajouter que du poisson ou du gibier morts ne sont pas plus repoussans à avoir sans cesse sous les yeux que des saints massacrés et d'horribles tortures. L'une et l'autre école avait la raison pour ellc^ mais aucune des deux peut-être ne pouvait se mettre dans la situation convenable pour bien juger son antagoniste.

(i) Comincia subito a andar vedendo le maravigliose pitture e sculture che in ricca coppia V adomano ( Roma } ^ ecc. , ecc. 9 ecc. » — Pascoli.

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Ange et du Titien (i) , chez, lesquels il voyait la vérité et la nature non défigurées par des anachronîsmes choquans , tels qu'il en trouvait même chez Raphaël ; il consacrait ses jours et ses nuits à l'ancienne Rome. Gravissant la plus escarpée et la plus solitaire des sept collines , du sommet du mont Aventin, il esquissait quelque grand trait de désolation que l'antique ville

(i) Nonobstant sa grande admiration pour le génie de Michel-Ange 5 il désapprouva la conception du jugement dernier comme manquant de sublime , en avouant toutefois queTexécution rendait cet ouvrage digne d'être étudié. Il a donné librement son opinion sur ce sujet dans Tune de ses satires; car il paraît que jamais il n'avait été intimidé par la grandeur d'aucun nom , ou ébloui par Tan^ cienneté d'aucune autorité.

Michel Agnolo mio , non parlo in gioco ; Questo che dipingete e un gran Giudizio,

Ma del giudìzio voi n* avete poco : *

« Cher Michel-Ange , je te le dis sans détour, ton pinceau, en traçant ce grand jugement, n'a montré en toi qu'un bien faible jugement I »

Salvator. La Pittura.

* Un critique contemporain a blâmé la nudité des figures dans ce tableau j et Carlo Dolei , quoique ami de Michel-Ange , Vattaqua sur ce point avec une extrême sévérité. Roscoe trouve la critique de Salvator exagérée.

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des Césars Qffrait à sa vue. Il errait long-temps et souvent dans ce faubourg insalubre , mais si intéressant , où le temple de Vesta et la maison de Rienzi forment une si singulière opposition. Il parcourait les rives infectées du Tibre» et suivait la marche des misérables esclaves des galères qui traînaient , à travers le fleuve bourbeux , quelque vieux bâtiment chargé de sales haillons , la seule exportation actuelle de la maîtresse du m^onde. Il visitait ces déserts auxquels la porta Leone ( 1^ Trigemina des anciens ) conduit ; ces lieux consacrés à la n;iéditation mélancolique , où la tombe de C. Gçstiqs , et la vaste et abandonnée Basilique de St. -Paul ( i ) semblent s'élever comme des bornes posées par le temps sur les confins de la désolation. Il pénétrait à travers des ruines informes , et s'enfonçait dans de malsaines excavations; insensible pendant le jour aux effets que pouvait avoir «a périlleuse entreprise , mais dévoré , en re-* tournant à la nuit vers son misérable asile , par nne fièvre brûlante , résultat inévitable de Tipi-

(i) Depuis que ces pages ont été écrites cef te ancienne et intéressante église a été !a proie d'un incendie accidentel 9 et ses immenses richesses en marbre antique totalement détruites.

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