I. Il
i6â VIS ET SIECLE
prudence qui Tarait fait s'etpo^r à la mal-aria de* faubourgs de Rome. .
II disposait des esquisses rapides^ mais hardies et ispirîtuelles qu'il fit en ce temps , sur la place ^ Navone, jadis le Cirque des anciens, et maintenant, (dît Evelyn, contemporain de Salvator) tf un marché pour les médailles, les tableaux et les curiosités. » D'autres fois il les vendait ou les engageait aux juifs du Ghetto (i) , alors le centre du brôcantage et de Tusure : car îl paraît que ÏCTS ouvrages qui ne portaient pas un nom connu étaient aussf peu estimes à Rome qu'à Naple». Salvator , danô une cantate j fait allusion , dé là toànière la moitié équivoque , à- àes infî^uctueu± efforts pendant cette période pour subvenir aux premiet*s besoins d'une mî^râble existence.
Cettfe pièce inspitéé pSr tin noir et profond fehagrin, quoiqu'il y art jeté quelques traits de plaisanterie eâiïstique , est une peinture aussi effrayante que vraife deâf épreuves auxquelles te 'g^ûi€ et la Sensibilité sont exposés paï» leur fi[iusse position dans tinê société mal organisée , fondée sur des principes discordans entre eux , et en opposition avec les intérêts et le bonheur derhomme(2).
' (i) Bdldiniiccî.
(a) Burney appelle ce poëme une sombre e! plaintive
M SALVATOK KOS A, l63
« Point de trêve avec le souci ! point d'inter- » valle à la douleur! la fortune > toujours moA » ennemie, semble avoir oublié que je vis, que • je sens dans chacun de mes membres , de»
» nerfs, djBs muscles ; que j'ai un esprit, un pouls» 9 un cœur; que je frémis et souffre dans chaque » pore. — Oui, dès le premier soupir que j*exhalai » en cette vie, je suis en butte aux éternelles in-
> jures du sort. Soumis aux plus m^es travaux^ » sans bénéfice, sans récompense, j^ai courtisé » les arts , mais les ai courtisés en vain : car» n tandis que je m'attache à une lointaine es-*
> pérance , je puis gagner k, peine ition pain » journalier. — Pour ngioi vainement le soleil
> brille, et fa terre fertile donnedubled et du vin. » Quand je rêve à la douce paix, je vois régnet » partout l'affreuse discorde. -^ Si je lancé à la » mer ma fragile barque , une tempête vient 9 l'assaillir » si pour sécher mes voiles je les
histoire de la vie de son auteur, dans laquelle Texagéra-" tiou comique n'est cependant pas déplacée, la musique qu'on y avait a^ptée est im récitatif, excepté le refrain ' elle est de Bandioi.
î64 vir ET srtrîtE
» déploie dans les airs , le ciel envoie un déluge » de pluie; et si j'allais chercher ces campagnes » de rinde où les sables sont mêlés d'or, sans » doute pour prix de mes peines jfe trouverais n tratirformé en plomb le métal caché au fond du » riche fleuve ! — Quand les impérieux besoins » de k nature m'obligent à chercher les grossières »> habitations du Mercato , j'ai beau , forçant ,».mon caractère, lutter pour obtenir un frugal » repas, fruit de mon travail , et le vendeur et » l'acheteur me jouent à l'envi, et je trouve (après • que mon pénible marché est terminé), une j» livre d'os au lieu d'une livre de chair. — Si^ en » dépit d^ ma répugnance, je cherche les palais » des princes , les demeures de ceux qu'on ûp- » pelle grandigia corruption elle-même repousse; » mon offrande , et trouve ma buona mano » trop légère. Alors , égaré à travers les vastes » cours , je deviens l'objet des moqueries du » page, car un habit usé n'inspire aucun respect , » et n'attire qu'un froid mépris. — Malheur à cet I» habit! les juifs eux-mêmes refusent ce gage » misérable ; son crédit est mort dans toutes les » échopes du Ghetto , où il n'est que trop bien » connu ; et ceux qui se chargent des restes les » plus vils, n'accepteront point mes chétifshail- » Iona. — - Ni le jour, ni la nuit, mon esprit ha- )» rassé ne peut trouver le repos , le calme balsa-
D£ SALVATOR ROSA. 'l65
» mique de la paix. Eveillé , mes pensées sont » d'amers soucis ; endormi , mes rêves sont des '•châteaux en l'air! Autour de moi, tout est » pompe > faste imposant; For ou l'argent brillent .» sur les vases les plus communs, et je ne trouve »ni un sentier dans la campagne, ni un abri » dans la cité , que je puisse , hélas ! aj^peler » miens. — Ma richesse est seulement en espoir, » et quand ils seront tous évanouis , un Iiôpital » me réserve le lit de Findigence. — L'été , pen- » dant les ardeurs du Sirius, je suis vêtu comme » au temps où le Tibre est arrêté sbds la jglace: « vous en devinez bien la raison ! je n'ai qu'un » seul habit pour toutes les saisons de l'année. » Cependant, que je pftîsse simplement gagner » ma pitance de chaque jour^ foitune ! et je te *> tiens quitte du reste. Je n'attache aucun prix » à ces puérils jouets , indignes d'occuper une p âme élevée. Mais mes moyens, dans leur plus » grande étendue , sont si loin de répondre aux » plus strictes nécessités! — Grands Dieux! ce- » pendant l et moi aussi je suis peintre ! Nepour- » raîs-je donc trouver une riante couleur. pour » animer le sombre trait d'une vie où tout est » effort, malheur, combat? Oh! non! les noire* » teintes prédominent ; ma verdure se rem- » brunit , mes rayons de soleil pâlissent; des » ténèbres éternelles, répandues sur mes scènes ,
«éteignent la clarté de ceux-ci , fanent la fraî^ chour de celles-là. — Toutefois , lorsque mes esprits glacés reprennent du ressort , et que rimagination me prête sa lumière vivifiante ^ mon pijiceau, en se jouant gaîment, conduit au port sa barque bien lestée; il produit dlieu-^ reux sites à son plaisir ; il élève avec facilité de riches bocages ; mais le créateur de tant de biens divers reste exténué , sans posséder une acre de terre* Le succès que je poursuis semble fuir devant moi ; le sourire de l'espérance se change en un soupir de pitié ; les
joies de la jeunesse sont finies, ses visions dis^ sipées y mais des voix amies me crient encore : espère et travaille! — * Toujours espérer! toujours ! mourir de faim. Ce conseil n'est ( pris dans son meilleur sens ) qu'une triste plaisanterie ; car, on peut en croire Salvator sur sa parole, parmi les riches , les nobles ou la foule vulgaire , bien peu estiment , bien peu requièrent le zèle du peintre, Tardeurdu poète. he plus sûr chemin de la faveur est de cacher le sentiment de la supériorité. — Mieux! cent fois mieux vandrait-il achever son destin! dormir dans la paisible tombe, avec les dons maudits de l'esprit , du jugement , de la grandeur d'âme, que de compter pour exister sur l'industrie et les talens , que de vivre en mendiant ou en
DE SAIVàTOa &06A. 167
^» esclave, méprisé des coquins et des sots. > (i) JLe sort que ce peintre infortuné semblait ^aoticiper dans cette production chagripe paraissait alors approcher rapidement de sa çrjLse. L'énergie mentale qui l'avait jusqae-Ià soMJte^u céda à l'influence du mal pjiysique ; et la ter-r rible maladiç , résultat de la ifud-raria j maladjii qui , depuis long-temps , minait sa constitution vigoureuse , le laissait étendu sans sentiment sur sa triste cauche. Inconnu , sans ami , sans argent., il dut pr<)bablement le secours médical qui sauva sa vie à l'une des institutions charitables qui abondent à Rome , et naissent des abus pour lesquels leur existence est nécessaire. • Le lit de l'hôpital réservé au génie indigent , dont parle Salvator dans sa cantate, confirme cette triste supposition , quoique le fait n'ait été af&rmé par aucun de ses biographes. Enfin , il fut sauvé , mais on ne lui donna l'espoir d'un rétablissement complet , qu'en allant
(1) Voyez dans Tappendiz Foriginal de cette cantate et la traduction en vers anglais sur laquelle celle-ci a été faite. Malgré l'inconvénient de donner en froide prose une pièce pleine de feu et de ve^ve, nous n'avons pas voulu priver les lecteurs français de connaître ce morceau original où Salvator montre toute son âme. — N. D. T.
l68 VIE ET SliCLE
respirer ( i ) l'air balsamique de son pays natal ; et aussitôt qu'il put supporter la fatigue du voyage , il quitta Rome l'esprit plus découragé , plus reculé dans sa fortune qu'il n'y était entré. Quand il sortit de Naples , il avait du moins de l'espérance et delà santé. Il y retournait alors presque privé de l'une et de l'autre.
(a) Fù assalito da una continua febbre, per liberarsi dal quale gli fù d* uopo tornare a respirare V aria natale. » — Vita di S, Rosa,
DE SALVA TOa ROSA. 169
iuyvw» n /%vtmMiti y tnwv%*mwMfn/t
w¥y» i ¥»iyMiwvutitiwn/»nvtMtniwmiv% \ %nmvw%M%nnnn0tnMnnM%