CHAPITRE VI
Rosa se lirre à son art avec un succès toujours croissant.
— Cabale contre ses tableaux d'histoire. — Ecole de paysage , à quelle époque ouverte à Rome. — Ses premiers maîtres. — Claude Lorrain et Gaspard Poussin.
— Caractère, génie et mœurs de ces peintres. — Salvator Rosa opposé à tous deux ; — Devient le peintre favori des Romains. — Sa manière de vivre. — Ses poésies lyriques; — Sa conversation. — Sa manière de réciter. — Ses amis et associés. — Leur rang, leurs talens. — Compositeurs de musique. — Salvator attaque Técole de musique moderne et les mœurs des musiciens. — Extrait de sa satire sur la musique. — Il augmente le nombre de ses ennemis. — Son premier grand tableau de bataille. — Sa Sorcière pour la CasaRossL — Son poëme de l* Enchantement , composé dans le même temps. — Caractères de sa poésie. — Son Enfant prodigue , et autres ouvrages. — Tableau d'autel pour Milan. — Son Purgatoire. — Sa dignité dans Texeroice de son art. — Il refuse de se laisser dicter des sujets. — Anecdote du prince romain. — Amitié du prince don Mario Ghigi. — Anecdote. — Salvator prend le parti d'un
a^ia^u/r jcej^té pai^^V^^J^.da S£^'nt-(fuq. — Calomnies de ses ennemis* — Tablç^Mn; d^'bM^P^^^.* — P indare et Pali y ÎM\ pour le palais . Ghìgi.
Avec le carnaval et Tëté de 1639 se termina 1 epoque de dissipation de Salvator Rosa. Quoique les légères folies de ce brillant passage de sa vie aient eu pour théâtre les salons des grands, les académies et les spectacles privés des virtuosi du jour, (ceux-ci , pour la plupart, ecclésiastiques ,) (i) elles de vinrent cependant le thème des calomnies que Fesprit de parti a fait et fait encore circuler en Italie, au préjudice d'un hoiume dont les torts n'étajent point dan& ses mœurs , mais dans la hardiesse de Bfis opinions , ^et l'indépendance de $es principes.
Toutefois Passeri suppose que Salvator douta
(1) Une des grandes objections faites par MUlon contre l'éducation des collèges, est qu'il y était permis aux jeunesgens destinés à l'église de jouer des Cmnèdiesj t contournant, torturant leurs membres sacrés pour exécuter toutes les gesticulations desbonnêtes des mauvais bouffons anciens aux yeux des courtisans, des dames de la cour, de leurs laquais et de leurs demoiselles » .
â50 VIE ET SIÈCLE
un instant^ s'il ne suivrait p9 le chemin qu'il s'était ouvert avec tant de succès , en cultivant le théâtre , et devenant écrivain dramatique. Mais il abandonna bientôt cette idée, toute flatteuse qu'elle lui paraissait , parce que ses compositions •come cose disgregate ^ non partorì" rana troppo buono nome, » n'ayant aucun rapport avec son art, ne pouvaient que nuire à sa répu- ^ tation : « et ceci est une preuve de la gravité et ^de Y honorabilité d'une profession que Raphaël et Michel Ange avaient rendue presque sacrée dans l'opinion publique (i). Il s'éloigna donc avec beaucoup de prudence de ces occupations
(i) a Ses comédies furent fort à la mode, et chacun à son exemple voulut être acteur. » — Abrégé de la vie des
plus fameux peintres j tom. i".
Je n'ai pu trouver aucune trace de ces comètes , quoique tous les biographes de Salvator en parlent. Dans une lettre de Texcellent abbé Cancelliari de Rome (lettre que j'ai maintenant sous les yeux), il est dit que Salvato^ Rosa accompagnait les farces musicales qu'il composait sur divers instrumens. C'était probablement des espèces de cantates bouffes ; mais il est probable que ses drames n'étaient que des canevas, que les acteurs remplissaient àia manière des commedie del arte. Il improvisait toujours ses rôles. Dans les théâtres inférieurs à Naples , on emploie ^ encore ce genre de composition. — Voy. les Mémoires de Goldoni.
trop séduisantes , et borna , comme on le dit expressément , « ses modestes récréations » (sue modeste recreazioni ) à la société intime de ses amis particuliers. Il reprit avec ardeur la peinture , la grande affaire de sa vie , l'objet de toute son ambition ; et ses travaux furent couronnés de succès.
Son génie s'était fait jour par la vogue que ses improvisations amusantes lui avaient procurée; et des talens de société firent plus pour l'auteur de Prométhée , que cet excellent ouvrage lui-même. Célèbre comme auteur dramatique , acteur , poète , peintre et musicien , rien ne s'opposait aux progrès de sa renommée. L'espèce d'engouement qu'il avaitinspiré, malgré son léger fondement , amena même des avantages solides ; et les demandes pour ses admirables paysages se succédaient avec une rapidité qui exigeait toute son heureuse facilité pour qu'il pût y satisfaire (i).
Cependant , au milieu d'un succès aussi ra^
(i) « Datosi allóra tutto a dipingere ebbe molte comfnissione per molti quadri ; e come yelocessimo era neir operazione^ facile assai gli riusciva ilsaziare ognuno cbe ne bramava : guadagnò in poco tempo grosse somme di danaro, n — Pascoli. On savait qu'il pouvait terminer un tableau de cabinet dans une journée.
pide que brillant , Salrator fat encore sur le point de toonber dans le découragement. Insensible au bien qu'il possédait , ses pensées se tournaient sur la privation où il était de cette' espèce de gloire qu'il ambitionnait le plus. En vain ces paysages exquis embellissaient les plus belles galeries du palais Feodele(i), et prenaient place au milieu des chefs-d'œuvre de ce Titien, objet de son admiration, dans la magnifique galerie de la Spada (2). La vogue de ces paysages et dé ces petits tableaux blessait plus qu'elle ne satisfaisait Famour-propre de leur auteur. Son puissant génie demandait a se
(1) La galerie Feodele était en grande estime pendant le 17* siècle. Mais plusieurs des grandes galeries de ce temps se sont fondues dans d'autres collections , ou ont été dispersées jusque dans l'étranger. La mauvaise administration de leurs a£faires domestiques a réduit quantité de nobles romains à se défaire de leurs plus beaux tableaux, bien avant la révolution française.
(a) Ces paysages sont toujours dans la galerie de la Spada. On m'a dit qu'un célèbre artiste italien a déclaré que c'étaient les seuls tableaux originaux de Salvator qiû existassent maintenant àRome. Etrange assertion, que plus d'un connaisseur de cette ville pourrait sans doute contester. La crédulité et le scepticisme des virtuosi italiens sont, pour ne pas dire plus, extrêmement curieux.
M SALVATOR UOSA. 433
déployer sur un pìus graòd espace él d^s formes plus étendues , à produire ces ineìdens hîstoriques , ces combinaisons poétiques et morales qui accomp'dgnetfi les coiïeeptions philosophiques. Les éténûfeiïs de « ses f hans , de son Régulus , de son Côtîlina » flottaient :vagueraent et yainetnenftdans son itnagination. Il brûlait d'obtenir quelque grand ouvrage public, dans lequel il pût employer tous ses liioyens , mais ces sortes de travaux étaieât exclusivement dans lés mains du gotïvernement , et de ses protégés ; et l'attaque contre Bernini privait pour toujours Rosa de ces faveurs qui journellement pleûvaîent sur Romanelli , et sur tant d'autres , dont la médiocrité était leur meilleure recommandation auprès du jaloux arbitre des beaux-arts.
Dans ce temps où Salvator gémissait de la destinée qui tenait son génie captif, et lui apportait (comme il le dît lui-même) plus de profit que de gloire , ses succès extraordinaires et subits excitèrent la maligne envie d'une prbféssîbn accusée plus qu'aucune autre d'exciter cet amourpropre irritable , qui voit un ennemi dans chaque compétiteur, et ressent plus de jalousie de la réussite que du mérite d'un rival. Salvator avait réussi , et ses succès étaient de ceux que l'envie ne pardonne jamais , puisqu'il les avait obtenus dans la haute société. L'homme et l'artiste
avaient chacun leur part dan« la malveillance élevée contre lui. On fit adroitement courir le bruit que l'auteur de,Prométhée n'était pas capable de peindre un grand tableau d'histoire ; qu'il ne pouvait exécuter aucun ouvrage audessus de ses petits paysages , et de ses petites marines , qui devaient leur vogue à leur originalité.
Cependant, en lui accordant cette qualité, vraiment fondamentale, ils lui laissaient tout c^a qui le plaçait réellement au-de$sus de ceux qui l'attaquaient, et prouvaient qu'il était digne d'entrer en lice avec ces deux grands maîtres du paysage dont la réputation éclatante était à son plus haut point , quand Salvator parut , « et vint partager leur triomphe et les applaudissemens publics. »
. Ces hommes illustres étaient (i) Claude Lor-
(i) Pietro Berrettini oa Pierre de Cortone , contempora]a de ces grands maîtres , quoique peintre d'histoire , a fait des paysages assez estimés, principalement pour la famille Sacchetti, dont la splendide galerie a été transférée au Capitole. Un critique italien a dit de Berrettini : tt Era Pietro un pittore che faceva bene ciò che voleva e cosi ancora i paesi. Non che voglio paragonarlo in questo genere con Poussino , Claudio e Salvator Rosa. » Ce peintre faisait bien tout ce qu'il voulait faire ; on a même de
DE saltator rosa. 235
raÌD, et Gaspard Poussin. Les figuristi^ (comme on appelait alors les peintres d'histoire , pour les distinguer de ceux qui cultiraient un nouveau genre de Tart et prenaient le nom de Paesanti , ) déclinaient en nombre et en mérite, quand Adam Ëlsheimer (i) 9 surnommé il Tedesco ^psivùt à Róme , sous le pontificat de Paul Y. Les progrès rapides que firent , dans cette branche ravivée de la peinture, Viola (2), Vincenzo Ornano, et d'autres de l'école ultrainòntaine , la conduisaient à ce dernier degré de perfection où elle arriva
bons paysages de lui : mais je suis loin de le comparer en ce genre au Poussin , au Lorrain , ni à Salvator Rosa. — Risposta alle riflessioni critiche del signor Marchese tCArgens. Pag. 64.
(1) Adam EUheimer, fils d'un pauvre tailleur, était né en 1 574, et mourut en 1620, quand Salvator n'avait encore que cinq ans. Quoiqu'on le regarde comme le fondateur de la première école de paysage, cette belle branche de la peinture avait été déjà occasionnellement cultivée par les Carraches et leurs élèves; et les premiers génies des écoles romaine et lombarde ne l'avaient pas négligée. Parmi les élèves d'Adam Elsheimer, on compte David Teniers.
(a) Né en 1600, et mort dans sa quatre-vingtième année. De son temps , il était devenu à la mode à Rome de rebAtîr les vignes et les villas sur le modèle des édifices fantastiques introduits par ce peintre dans ses paysages. La Filla Pia , près de Rome , en est, dît-on, un exemple.
236 VIE £T 6ÌEGLE
sous^ UrbaiiEi YIII , et qui donna au règne de ce pape le titre « d'âge d V des peintres de paysages , ( il secolo 'd'oro dei paesantL )
A rinfitjiat même où Salvator venait aj^mtec à eet âge d'or une nouvelle splendeur , Claude Gelée , dit le Lorrain , dominait sui? toute l'école de paysage à Rome, et l'on peut dire mémie en Europe. Dans la vie de ce singulier pwsauAage , on dit que son père , Pierre Gelée , pauvre patissi^ d'une petite ville de Lorraine, se plaignait toujours de ce que son fils Claude était si stivr pide, qu'il n'avait jamais pu lui apprendre à pétrir un pâté ni à chauffer un four. Le frère de Pierre ( maçon de son métier ) , lui conseilla de faire un prêtre de ce garçon, parce que, dit liç proverbe , « Si ton fils n'est bon à rien , il sera ban pour C église. » Mais il y avait autant de difficultés à faire de Claude un prêtre , qu'à en faire un pâtissier ; car s'il ne pouvait apprendre à faire un pâté comment pourrait-il apprendre à lire ? Il s'ensuivit de grandes persécutions paternelles. L'imbécile pouvait sentir s'il ne pouvait appreur dre ; et il échappa à la tyrannie de ses parens , et s'engagea comme domestique au service de quelques artistes flamands qui allaient étudier à Rome. Remplissant à l'un des festins d'initiations de ces ultramontains ses devoirs culinaires , Claude montra des germes de talent gas-
DB SALTATOH ROSA. ^37
troDomiqcie , que son père n'ayait jamais pu dé*- ¥elopper; et Augustin Tassi , Ipeintie rosialn , dont les goûts se rapportairàit aussi bien au pa* ia» qu'à la pellette , enkmK à ses confrères leur maiti^e'Jaequ68.,'en>lui offrant de'plusiorts gages pour le servir dans la double :qualité de>cuiftinier et de broyeur de couleurs (i). ileiut danots Tatelier de son nouveau maître que Claude sentit les premières inspirations d'une «vocation plus élevée, qui, ; si son ob^et eût ^été d'un ordre différent., était assesL miraculeuse pour être attri-
(i) 'Agostrnfo Tassi , umaivagio uomo, ma pittore eccellente 9 , mauvais homme , maïs peintre exeeUent , ^tait un des esprits les phis^'sioguUers'de son temjAs. tAya^tété, pour quelques-unes de ses nombreuses <axtraVagane6&^ condamné aux galères, ^il s'amusa à esquisser les scènes et les coupes que sa situation lui présentait, et les reproduisit ensuite .avec un admirable effet dans les fresques (dont il Contrit divers palais à Rome et à Gênes. Sa întiison était pleine de' jeunes artistes qui Taidaient dans ses travaux, «t' qu'il ^ayaiten les instruisant et en leur donnant noe bonne table.
Claude ftit engagé . simplement a /^r /^n^m^fîM^ facende^ e permacignargli i colori » ,pour le service domestique et pour broyer les couleurs. Tassi essaya de lu» donner quelques instructions en peinture , et ne réussît pas d'abord ; mais îl vécut assez pour voir son marmiton deveau le premier peintre du siede
buée à Topéràtion mystérieuse de la grâce , travaillant sur rimbécilité en dépit de aa propre ▼olonté , et au delà de ses moyens naturels.
II sortit d'une incurie totale , de la bassesse des soins les plus serviles, d'une obscurité en apparence imperméable au moindre rayon de prospérité, pour se montrer tout à coup l'un des candidats les plus heureux que l'art de la peinture ait présentés à l'immortalité : celui qui n'avait pas l'intelligence nécessaire pour faire une tarte, ou épeler une homélie, était maintenant plongé dans l'étude de pures abstractions , calculant des réfractions de lumière , et mesurant la perspective aérienne par des lignes lumineuses ou idéales.
« Z> voilà » dit l'un de ses biographes les plus brefs et les plus aimables ( Le chevalier Denon), « le voilà f qui établit dans te vague Us graves et solides vérités de la géométrie; en un mot, le voilà devenu le plus grand paysagiste de l'univers. »
Dans sa trente-sixième année ^ Claude Gelée grillait des côtelettes et broyait des couleurs ; dix ans après , Claude Lorrain parait sur la scène, comme l'ami de l'élégant cardinal Bentîvoglio, le favori distingué d'Urbain VIII, courtisé de celui que tout le monde courtisait, le Bernin , et le peintre à la mode parmi l'aristocratie de l'Europe. « Sa galerie était fermée (dit
DE SALVATOR KOSA. 23g
Tun de ses historiens) à tous ceux qui n'occupaient pas le plus haut rang dans l'État. » Les pontifes , les potentats , les princes avaient seuls le droit d'aspirer aux productions brillantes de son génie créateur. Ses prix énormeâ bornaient ses acheteurs aux seuls possesseurs de richesses énormes ; et le public était en quelque sorte exclu du marché de ces tableaux , dont trois papes et deux souverains cherchèrent à faire un mo- Aopole exclusif.
Tout ce que la prédilection publique ne donnait pas à Claude , était réservé à son éminent élève et condisciple Gaspard Dughet, qui prit le nom de son premier maître , son parent et son protecteur , Nicolas Poussin (i). Instruit dans les écoles et soutenu du crédit de tels hommes , surtout fortement recommandé par le Bernin , Gaspard Poussin commençait sa carrière sous des circonstances si enivfantes , qu'on n'en doit que plus admirer ses succès; car l'ad-
(i) Gaspard Poussin > né en lôiS, mourut en 1675* Lui et Yanderyert ont été élèves du Lorrain. Gaspard, toutefois 5 ne vint à son école que déjà formé par le grand Poussin 9 son beau frère, avec lequel on suppose que le Lorrain étudia aussi.
G. Poussin peignit gratis les fresques du palais de Bernini,et le cavaliere fut toujours depuis son preneur en titre»
â4o VIE ET SIECLE
yeraité est la véritable école du génie , qui , de :iûéaie que la religion , exige que la persécution atteste son origine céleste.
h'^eX toujours frappant du chiaro oscuro ^ ;a,vaitéAé employé ,à satiété par Adam Elsheimer .«t soxii.école. Ce fut le génie de Claude qui développa le roystère opuveau de la perspective; et il le posta. à un tel point, que ses sublimes peintuves .paraissaient des vms découvertes à travers les murs qu'elles décoraient. Crés^teur d'une aristocratie végétale , ce peintre dçs élémens enno- |)lissait Ja nature çn la copiant ; et le premier imptfima.le^^au idéaL sur des aspects matériels, comme l'avait. fait avant lui Raphael, pour le visage humain*
Ces soleils, dont l'éclat rivalisait avec leur modèle ; ces eaux qui ne semblaient ridées que pardes vents d'été; ces torrens, de lumière bril- Jante, .tombant sur des scènes dignes du paradis terrestre ; la magnificence de l'architecture , les belles formes arrondies des animaux ruminant sous des ombres épaisses, ou rafraîchissant leurs membres brùlans dans de limpides ruisseaux ; tous ces objets paraissaient épuiser, par leur variété infinie , la puissance de la nature , et défier toute imitation rivale.
Gaspard Poussin , plus savant que Claude , ou plutôt profondément empreint de l'immense
érudition de leur commun maître, Nicolas Poussin , produisit des tableaux dans lesquels chaque image était susceptible d'un commentaire. Ses ouvrages qui manquent du brillant idéal ^ du co* loris éclatant du Lorrain , ont une élégance pastorale , une grâce champêtre qui lui firent don* ner le titre de « gentile artefice (i). » ,
Il employa dans ses paysages les plus beaux traits des campagnes de Tibur et de la Toscane; et le feuille large de ses élégans platanes » ses limpides fontaines , ses ruisseaux argentins , ses collines doucement ondulées ^ ses gracieux pavillons , et' sa fraîche verdure sous un ciel pur et calme ; le tout coloré avec une fonceur arcadienne (â) , montraient la nature , mais la
(i) Ce peintre eut en commun avec Salvator le don de célérité; il commençait et finissait un paysage en un jour. Ses grands tableaux sont au palais Pamfìli Doria à Rome , où ils donnent le nom de gran sala di Pousslno à Tune des pièces. On dit que le plus beau est celui du pont de Lucacelo, sur le chemin de Tivoli. Dans une chambre adjacente sont quelques tableaux de Salvator Rosa.
(2) Ces personnages ont Pair de poètes déguisés en bergers pour jouer leurs pastorales. «Le figure non sono d' ordinario bifolchi^ pastori 9 ed armenti come ne quadri
5^2 '^^ ^T SIÂGLE
nature choisie par un goût sûr et exercé ; la nature telle qu'elle paraît dans la description des jardins enchantés de la voluptueuse Armide.
Dans les ouvrages de ces deux grands maîtres , les soleils brillans du Lorrain ou les cieux doucement éclairés du G aspre , le monde terrestre est plongé dans un agréable repos.
La nature , dans sa tranquille beauté , apparaît à rhomme , comme un pouvoir bienfaisant et non destructeur ; il reconnaît en elle la source de ses joies , non le tourment de sa courte existence et le tombeau de toutes ses espérances. C'est ainsi que la représeataient les deux puissans génies qui présidaient sur le paysage , quand Salvator Rosa entra dans l'arène qu'ils avaient jusque-là ex-
fiaminghi ; ma personnaggi presi dalla favola osiu della antica istoria. » — Ticozzi.
Ces figures cependant étaient en général du Poussin, de même que celles de Claude étaient de Bourguignon et de Filippo Lauri. Le Lorrain avait coutume de dire : « Je vends mes paysages et je fais présent de mes figures. » — « Vendo l paesi e regalo delle figure, y> Ses bœufs, ses chèyres , ses oiseaux aquatiques passent pour admirables, mais la nature morale paraît avoir été cachée à sa vue. II la voyait dans ses formes tangibles, et non comme Salvator Rosa dans son esprit.
clusivement occupée, et dissipa la* trompeuse et 4ouce illusion de ces élémens toujours en harmonie, dé ces scènes toujours paisibles.
Son pinceau magique donna à tous les objets la vie , le mouvement et une effrayante activité. Le famoso pittore delle cose morali ne pouvait séparer. les scènes dés acteurs. Il ne pouvait séparer la matière de celui à qui l'on fait croire , par une dérision cruelle, qu'il est fait pour régner sur elle. Représentant la nature comme il l'avait vue dans ses puissantes régions qu'il avait le plus étudiées , il la peignit comme l'agent inévitable des souffrances humaines , en mêlant toutes ses grandes opérations avec lés passions et les intérêts de l'homme , qu'il montrait frappé de son tonnerre , noyé par ses tempêtes , enterré dans ses avalanches et entraîné dans ses tourbillons (i) !
Le moindre de ses paysages était plein d'intérêt , et fait pour exciter les sympathies humaines. Ses forêts sombres et profondes 9 où
(i) Admirable paysagiste : son style austère, ses formes terribles excitent le frissonnement que Tait éprouver la nature à la vue des montagnes escarpées et des rocs sourcilleux.