‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 11 sur 25 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Apr^ une heureuse traversée d'environ six semaines, le docteur Franklin arriva au cap Delaware, débarqua à Chestér, et se rendit par terre à Philadelphie, où il fut reçu par ses concitoyens avec toutes les marques possibles de respect , d attachement et de vénération. Dès le lendemain de son arrivée, il fut nommé par la législature de la Pensylvanie député au congrès. En un mot , ses services trouvèrent la récompense la plus flatteuse qu'un patriote puisse désirer.

Peu de temps après son arrivée, il fit le tableaH de l'état où se trouvaient alors les colonies, dans une lettre qu'il écrivit à un de ses ami à Londres, en date du 16 mai 1775.

« Vous aurez appris ^ avant que cette lettre vous parvienne , la marche dérobée faite par les troupes anglaises dans la campagne, pendant la nuit, et leur retraite précipitée dans laquelle elles firent vingt milles en six heures (1). ,

» Le gouverneur de la province de Massachu-

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(1) L^âffttre de Xexington^

setts avait conivoqué rassemblée pour y proposer le plan pactfiquede lordNôrth : mais il commença les hostilités avant sa réunion. Vous savez qu'on a dit qu'il portait le sabr^ d'une main, et la branche d olivier de l'autre : mais il paraît qu'il a voulu nous donner d'abord un avant-goût du sabre. Il double ses fortifications à Boston, et. espère pouvoir y maintenir ses troupes jusqu'à ce qu'il reçoive des secours. La nature a tellement fortifié cette place, que je ne l'y crois pas en danger.

yt Toute l'Amérique est indignée de sa conduite, et est plus unie que jamais^ La rupture entre les deux pays se prononce de plus en plus et parait devoir devenir irrémédiable ».

Il écrivit à la même personne quelques semaines ensuite :

« Le congrès s'est assemblé dans un moment où tous les esprits étaient tellement exaspérés par la conduite perfide du général Gage , et par son attaque contre les habitant dé la campagne , qu'on ne goûtait guère les propositions tendant à' un arrangement, et ce n'est pas sans peine que nous avons déterminé cette assemblée à présenter encore une hiimble pétition à la couronne, pour donner à la Grande-Bretagne encore une chance, Tiire dernière occasion de regagner lamitié des colonies. Mais je ne crois pas qu'elle ait dSisie? de

bon sens pour la saisir , et je pense qu'elle les a perdues pour toujours (i).

3» Jamais mon temps ne fut plus complètement employé. A six heures du matin je me rends au comité de sûreté chargé par l'assemblée de mettre la province en état de défense, et dont la séance dure jusqu'à neuf: alors je vais au congrès, qui ne se sépare qu'à qtiatre heures après midi. La plus grande unanimité règne dan^ ces deux corps, «t tous leurs membres sont très-exacts à leur poste. On aura peine à croire, en Angleterre , que l'arnour du bien public inspire ici autant de zèle que des places de quelques mille livres le font tchez vous*.

Les affaires ayant pris alors un aspect trèssérieux , il était indispensable pour les Américains d'adopter dejs moyens de résistance convenables et efficaces. Ils avaient fort peu d argent monnayé , et manquaient même d'armes et de munitions. Dans cette situation , Témissioû d'un papier -monnaie devenait d'une nécessité absolue, et le docteur Éranklin fut un des premiers à démontrer la sagesse et l'urgence de cette mesure. Sans cette ressourcée on n'aurait pu opposer à l'Angleterre qu'une résistance faible et momentanée.

(0 Jamais prédicUon ne se yérifia si complétemeat.

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