‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 15 sur 25 · H02 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

H02 MÉMOIRES

nous eoûtera probahlem^nt une somme plu$ Gonsidérikble. Il est indisfMnsablé pour dqu$, pour notre sécurité , que les colonies nous soient cédées ; et quoique la somme à payer puisse dai^ ee moment paraître considérable , ce i^e sera qu'une bagatelle , avant la moitié de ee i^rate , pour la totalité des États-Unis.

On ne sait pas jusqu'à quel point ce plan fut adopté par le congrès. Les propositions n'étaient certainement pas de nature à être écoulées un seul instant du ministère britannique , à cette époque de la guerre de la révolution , quoiqu'il eût pu s'y trcxiiver disposé dans un temps un peu plus éloigné.

Il est cependant possible que ces conditions de paix ou quelques autres aient été remises au docteur Franklin par le comité secret du congrès , pour lui servir de protection dans le cas où il serait pris sur mer, ce dont il courait alors un danger imminent.

Il partit de Philadelphie pour cette mission importante, 'le 28 octobre 1776, accompagné de deux de ses petits-fils, William Temple Franklin (i) et Benjamin Franklin Bâche. Ils couchèrent à Chester, et se rendirent par terre le lendemain matin à Marcus Hook , où ils s'embarquèrent le même jour dans le sloop de guerre

(i) L*édîteur de ces Mémoires.

' {Note du traducteiir,)

DE B. I^RANRLIN. ^3

âts Ëtat^Umis, ies Beprésaitle^j monlëde seizeoanotis, et commandé par le cftpitai>ne Wickes, PeiKlant ce passage, le docteur fit encore des expériences journalières , à l'aide du thermomètre , sur la température de l'eau de mer, dans la vue de s'assurer si le naTire éts|it ou non daos le courant.

Le sloop 9 pendant la traversée , fut souvent chassé par des croiseurs anglais y et l'on s'y pré^ para plusieurs lois à l'action; mais comme il était excellent voilier , et que le capitaine avait reçu ordre de ne pas risquer un combat sans néces** site 9 il échappa toujours à ceux qui le poursui* vaient. L'Séquipage ne paraissait pas' très-content d'éviter ainsi tout engagement , parce qu'il désirait naturellement pouvoir gagner quelques parts de prises. C'est probablement ce |qui détermina le capitaine à permettre Te combat dans quelques occasions où il n'y avait que peu d'apparence de danger. Il s'en présenta une le 27 novembre à quelque distance des côtes de France. On aperçut vers midi différentes voiles : le sloop leur donna lâchasse , et s'empara d\in brick irlandais, Tenant de Bordeaux et se rendant à Cork avec un chargement de bois et de vin. Le capitaine trouva , par les calculs qui avaient été faits à bord du Brick , qu'il n'était alors qu'à seize lieues de terre : il était parti la veille de Bordeaux. Dan^s l'après-midi du même jour, il prit un autre brick de HuU , chargé d'eau-devie et de graine de lin :

DigitizecTby

ao4 MÉMOIRES

il venait de Rochefbrt , et se rendait à Hambourg^; Le lendemain matin , on aperçut la terre du haut du mât ; celait Belle-Isle. Un pilote se rendit à bord , et le vaisseau jeta lancre dans la soirée. Le 29, il en4ra dans la baie de Quibeiron» où il resta jusqu'au 3 décembre. Le capitaine trouvant que les vents contraire^ paraissaient devoir continuer et l'empêcher d*entrer dans la , Loire , se procura une barque de pêcheur et envoya à terre le docteur Franklin et ses deux petits-fils , qui débarquèrent dans la soirée à Auray, à environ six lieues de distance. Les bateliers par* laient le breton comme le français , et il parait que c'est le langage ordinaire du bas peuple de cette province. On n'en put comprendre qu'un seul mot , le mot diâl qui signifie diable , et qui se trouve aussi , avec la même signification , dans le dialecte du pays de tralles : on dit qu'il y a une grande affinité entre ces deux idiomes , et que les pécheurs et les paysans gallois et bretons peuvent fort bien s'entendre. Auray était un endroit misérable ; on ne put y trouver une chaise de poste à louer; on fut obligé d'en envoyer chercher une à Vannes ; elle ne vint que le lendemain , et le docteur Franklin n'arriva dans cette ville que fort tard dans la soirée. Il dit dans le petit journal qu'il tint de son voyage, et d'om ces détails sont tirés : « Les chevaux étaient fatigués , la chaise détestable, la soirée obscure, (k peine un autre voyageur que nous sur la route; et

DE B. FRANKLIN. :2o5

pour nous la rendre encore plus agréable, le postillon s'arrêta à l'entrée d'un bois que nous devions traverser, pour nous dire qu'il servait de retraite à une bande de dix -huit voleurs qui avaient volé et assassiné quelques voyageurs quinze jours auparavant da-ns cet endroit , méipe ».

Le même journal contient la remarque suivante : « Six décembre. Hier nous rencontrâmes sur la route (en allant à Nantes ) six ou sept villageoises montées à cheval , a califourchon ; elles avaient toutes un beau teint, des couleurs fraîches et vermeilles : Tune d'elles était la plus belle femme que j'eusse jamais vue. La plupart des hommes ont aussi la peau blanche, et ne sont pas basanés comme ceux du nord de la France, où je me souviens d'avoir vu peu de beaux hommes, si ce n'est dans le voisinage d'Abbeville ».

En arrivant à Nantes , le 7 djécembre , quelques amis de l'Amérique donnèrent un gran4 dîner au docteur Franklin. Il alla ensuit^ visiter la maison de campagne de M. Qruel , à peu de distance de la ville. Une foule de personnes vinrent le féliciter sur son arrivée , en témoignèrent beaucoupde joie, parce qu'ils étaient chauds amis des Américains^ et lui dirent qu'ils espéraient que son séjour en France gérait avantageux. pour les ,JÊtats*ïJnis. ^La soirée^ tern^ina par. un souper magnifique.

4o6 MÉMOIRES

Se trouvant af^ibli et iatigué par suite de. sob voyage , le docteur se laissa persuader de passer quelques jours à la campagne de M. Gruel, où il fut logé aussi commodétneot qu'élégamment. Ses forces ne lui permettaient Téritablemeat pas de se rendre à Parts ' immédiatement. Il espérait pouvoir vivre retiré pendant son séjour chez M. Gruel , mais les visites ne discontinuèrent pas. Il en retira pourtant Tavantage d'obtenir des renseignemens utiles sur l'esprit qui régnait à la cour , sur le caractère des gens en place , etc. ; il apprit aussi, avec grande satisfaction , qu'on avait obtenu du gouvernement français deux cents pièces de caivon de cuivre, trente raille fusils, et quelques autres munitions militaires qu'on embarquait alorspour l'Amérique, et qui devaient être placées à bord d'un vaisseau de guerre.

Le docteur Franklin ne prit encore aucuni caractère public. 11 jugea prudent de connaître d'abord si la cour était disposée à recevoir publiquement des commissaires dti congrès , rie voulant ni mettre les ministres dans l'embarras , ni s'exposer, ainsi queses collègues, au désagrértleUt den'être pas reçu Jl dépêcha un exprès à M. Deanè, qui était alors à Paris, et lui envoya les lettres dont le comité du congrès l'avait èhargé pour lui , et une copie de la résolution contenant leur nomination ,afin qu'il pÛt prendre les informations, nécessaires et les lui traii^mettre. Cependant l'opinion générale, à Nantes, était que le docteur

Franklin arrivait pour ti^ocier, et cette circonstance était vue avec plaisir.

Il qui tta Nantes le 1 5 déoetnbre, et arriva bientôt après à Paris, où il resta jusqu'à jn 7 janviet' suivant. Alors il s'établit avec sa famille à Passy, joli village situé à une lieue de la capitale. Il se logea dans une grande et belle maison dont dépendait un jardin , et qui appartenait à M. Le Ray de Ghaumont^ dont l'amitié ne fut pas inutile à la cause des Américains. Il y résida tout le temps de son séjour en France, qui fut d envi- Ton huit ans et^demi.

Les extraits des deux lettres suivantes , qu'il écrivit à un de ses intimes amis, peu de temps aiprès son arrivée à Paris, font parfaitement connaître sa façon de penser , à cette époque, sur les affaires d'Amérique, et jettent quelque jour sur la nature de sa mission en France.

j^u docteur Ingenhousz,

.•••. «J'ai long- temps travaillé en Angleterre, avec zèle et bonne foi , à prévenir la rupture qui a éclaté , et qui €[St maintenant devenue telleque tons meseffortsseraient impuissanspour y remédier. Vous connaissez la manière dont j'ai été traité par cette cour imprudente; mais je tiens un compte séparé de mes injures particulières , que je puis pardonner, et je ne crois pas convenable de les confondre avec les affaires pu-

ao8 MÉMOIRES

bliques. Je n'ai en vérité pas besoin de ce motif pour exciter mon ressentiment contre une nation qui a brûlé nos villes sans défense au milieu de l'hiver, qui a excité les sauvages à massacrer nos innocens cultivateurs , ainsi que leurs femmes et leurs enfans , et nps esclaves à assassiner leurs maîtres. Ce serait vous tromper que de vous laisser dans l'opinion que vous vous êtes formée que je suis venu en Europe pour faire la paix. C'est dans des vues toutes différentes que le congrès m'a envoyé ici ; c'est pour lui procurer des puissances européennes des secodrsqui puissent nous mettre en état de défendre notre liberté et notre indépendance, et il est de leur intérêt de nous les accorder. Par ce moyen , le* commerce de l'Amérique, ce commerce important et dont Taccroisseraent est si rapide, sera ouvert à tous les peuples, et ne sera plus, comme autrefois, un monopole appartenant à l'Angleterre; monopole qui , si on lui permet de s'en emparer de nouveau , augmentera immensémentses forces maritimes; tandis que si elle peut nous réassujettir à son joug, elle acquerra une addition considérable de puissance territoriale. Il en résulterait qu'elle deviendrait la puissance la plus formidable que l'univers ait encore vue , et d'après son orgueil et son insolence naturelle dans la prospérité , elle serait la plus intolérable ».

DE B. FRANKLIN. aog

Ju mime.

« Vous désirez connaître mon opinion

sur lé résultat probable de cette guerre , et sur la question de savoir si elle ne finira pas par changer en déserts nos nouveaux étabiissemens. J'avoue que, quant à moi, je ne crois pas qqe nous ayons à craindre de si grands n^alheurs. Je pense qu'avec un peu de secours , npus serons en état de défendre nos personne^, nqs propriétés , notre liberté, 31 long-temps, que l'Angleterre se ruiners^ par ses détestables efforts pour nous apéai^tir. Je déplorerai pourtant celteruine,etje voudraisque son injusticeetsa tyrannie ne Feussentpas méritée. Je me flatte qirelqv»efoisque, tout vieu:^ que je suis, je puis vivre encore jissez pour voir paon pays jouir dju bonheur et 4® la prospérité, tandis que la Grande-Bretagne ne figurera plus en Europe comme unp pujssanpe formidable.

» Vous m.e dites qu'on attend de çioi une justification de ma conduite , en réponse aux invectives débitées contre moi ^ev^nt le conseil privé. Jp l'ai écrite eij partie, mais l'importance des affaires publiques dont J'^i toujoprjs été chargé depuis ce temps, m'a eippfché de la terminer. D'ailleurs les maux que ma patrie a soufjferts ont imposé silence ^ me^esseptim^ns particuliers. Convient-il donc à un particulier dç ^'occuper de sa justijÇcation^ qu^nd tous ses cqmpatriotes ont été stigmatisés par le roi et le paflemen|: comme étant, sous tous les rapports, les derniers des Mémoires, lu i4

a}0 MEMOIRES

hommes ? Je ne tous en suis pas moins obligé d'avoir, en véritable ami , pris la défense de mon caractère. Ce n est pas un faible argument eq ma faveur que de voir ceux qui m'ont le mieux connu et depuis le plus de temps, m'étre encore attachés, et me confier leurs plus importans intérêts. Or c'est un fait dont mon élection au congrès faite à l'unanimité par l'assemblée, ou le parlenlent de Pensylvanie, le lendemain de moa retour d'Angleterre , et la mission que le congrès lui-même m'a confiée, ne peuvent laisser le moindre doute ». . •

Le docteur Franklin fut reçu , en particulier ^ avec toutes les démonstrations d'estime et de respect , par le ministre des affaires étrangères, M. le comte de Yergennes, qui l'assura que lui et les autres commissaires américains trouveraient personnellement en France, lui dit- il, toute la sûreté et tous les agrémens que nous y fesons éproU' ver aux étrangers.

Ia conviction des avantages qu'on pouvait retirer d'un commerce avec l'Amérique, et le désir d'affaiblir l'Angleterre en la démembrant | portèrent la France à donner en secret aux Américains des secours en approvisionneraens militaires, et à prêter l'oreilre à des propositions d'alliance, "felle montra d'abord quelque répugnance quant à ce dernier objet; mais l'adresse de Franklin et les succès importans qu'obtinrent

DE B. FRANKLIN. ait

par la suite le^armes des États-Unis, finirent par la surmonter. ...

Leà: .commissaires américains commertcèrent par accorder secrètement. des lettres de marque à un grand nombre de.cQrsairés gallo-américains, qui prirejQt force bâ'timens marchands anglais, et firent beaucoup de. prisonniers. Les commissaires américains s'élant adressés à lord Stormont^ ambasisadeur de Sa Majesté britannique à Ver* saiiles, relativement à l'échange de ces prisonniers^ il répondit avec.hAuteurjr,qu'il i^ r^ecevait / pas de lettres de rebelles , ^.m^ins que ce ne fût pour implorer le pardon de.Sa Maje/iité p.. Il .présenta divers Mémoires. au ministère;, français, pour se plaindre qu'on équipât de$ .^aisseaux américains dans les ports dé France^ qu'on leur permit d'y faire entrer leurs prises, que laFrfij^c^ accordât sous m^in des secours aux insurgens, et(^ Il demanda en même temps une réponse catégorique à ces plaintes»

Le comte de Yergennes affecta alors de j&ire^uo/e remontrance aux commissaires américain^. Le i6 juillet 1777 , il leur écrivit « qu'ils avaient excédé les î^ornes convenues lors de leur première entre** vue , qui étaient expressément que la navigatipi^ et le commerce américain recevraient eç Franchi toutes les facilités qui seraient compatibles avec l'observation exacte de ses traités avec : l'A^gk-r terre, qu'il était dans lesprincipies du roi^dlprem* plir religieusement d. ••.'.'...

ai2 MÉMOIRES

Cette reiiipnt ranime pouvait aussi avoir été déterminée, jusqu'à un certain point , par les nou* vellescléfavt>rable6qu'(>n venait dei^ecevoir d'Amérique, et qui né proibeltaient pas de succès aut armes des Amé/îçaim. En Atigleterre, on pensait généralementiméme jusqu'aux amis des colons , qiiPB leurs efforts pour afriver à Tindépendance tiraient à leur fin, et qu'il ne leur restait autre chose à faire que de se soiimettre sans conditions. Le docteur Fothçrgili , ami particulier de Franklin, et qui prenait un grand intérêt à TAmértqué , dans utie lefli^è qu'il écrirait à son neveu , îff. John Chorley , eti juin 1^77, et qui devait être commuhiquiée au docteur Franklin , s'exprime ainsi qu*il suit :

« Si ton ami juge convenable d'aller à Passj, il peut dire au docteur Franklin, quesUl a des ennemis dans ce pays, il y a aussi des amis, et qu'il ne doit pas oublier ceux-ci parce que les premiers sont ignorans, méchans, et oependant toutpuissans. Il t'informera sûrement quMl n^existe pas ici le mbindredôute que la résistance des Américains ne touche à sa fin ; que le congrès conserve à peine une ombre d'autorité; que tout annonce qu'il' va éprouver une défection générale; que les soldats désertent par troupes; que lés officien sont méeontens; qu'on ne peut faire de nouvelles levées; que* rien* ne peut résister aux forces britanniques f et les empêcher de se rendre maîtres de tout le continent; en un mot, que h guerre

DE a FRANKLIN. àii

est fioie, et qu'il np-reit^ c|ua ^fàgér.Ie pays entré Les tk>Qquérai}S. Tel eat le tangage général; et Ton ajoute npe U Fraïuiè. et rfirspaghenacoDr^ deronl; aux iilsurg^na que dés aeoçnii» faibles. él iinpûififiAiisqiii xk0. pourront servir ^a prolom ger de quelques mdia leU^ misérable existence »^

Taadîs quW fesait courir ce& bruits de TétAt déplorable dei al&ires en Amérique ;« dt reçut eil France la m>i|iwlle que l-arinée anglaise, coiu^ mandée par le giétiéral Burgoyne, è'était réiMlue^ le 17. octobre 1777, k Saratoga, à. délie des Amé^ TicainS) soiis les ordres du général Gales* C'était à Tiostant 011 lé oabiiiet finançais bésitaEit epcoile sur la conduite qu'il aùivratt à Tégani des Éiai»- Unis. Cet éyéliement mémorable ^fit-siir-leichamp penclœr la balance ^ et décida l'attachement de la Fsailoe à la républiqueau berceau»

£ft nMiTOlie de la dé&iteet de la prise du (général ân^aâs et de toute sotl armée^ fut teçue^pàt les Français ai^ autant de démonstration^ de jdie qtie si celte vicloire eut été remportée par leurs BTÉMB. Le docteur Franklin ne laissa pas làchâpper c^te ocôasion de suggérer au ministère français qu^il n'y aipait pas de temps à perdre , s'il Voulait s'assuner râmitié )de l'AnBérique, et la détacher entièrem^^it de Ja mèt>é'patrîé. Ces considérations , et la crainte qu'un arradigemeilt ne pût encore avoir lieu eiitn* lai&i^ande^Bretagne et ses colonies^ décidèrenl; la Cour de France à déclarer sur-lechamp ses iiltentions. £n consé-

ai4 MÉMOIRES

quence,, le; 6 décembre 1777, 1^-^ Gëratd; secrétaire du conseil-d'élat,' se rendit à Thètel' des commissairesaméricaiosietles in^ritoa par cvdre âu<roi, n qu'après de longues et m.ùveiidélibéra** tiens sur leurs proposition». Sa JVfajesléavoitfré^ solu de reconnaître rindép^ndancede&'ÉtatSrUnis, de faire avec eux un traité tde coœihefce et^d'allianoe». Il ajouta^ «que nomseulemeht le rcâ reconnaîtrait leur indépei)idanoe, mais: qu'il la soutiendrait de tous les moyenscpi étaient en son pouvoir'; qu^il* allait peut-être s'engager pour eini: dans une guerre coûteuse, mais qii'tl ne deman<>dait pas le remboursement des dépenses qu'elle occasionnerait, parce qu'en dé6nitif les Actiéri* çains ne devaient pas «croire qu'il n'sTvait pris cette résolution que dans la vue de les sévvir; attendu qu'indépehdammeiit de son attachement f)éri table à leur cause , il était évidemmi^pit de Fin* té^êt de la France d'af£3iiblir la puissanèe dell'Aagleterrè en en détachant ses colonies ».

i; En. conséquence de cette déclaration franchis et amicale, les conditions des traités ne tardèrent pas à être discutées avec M. Gérard, qui, le 3a janvier 1778, avait reçu du roi deux commissions distinctes à cet effet; et le 6 février suivant, les plénipoteptiaires;iiespectifii signèrent à Pam un .traité de commerpe et d'amitié, et un autre d'alliance définitive et défensive entre Sa Majeslé très-chrétiènne et lés treize États-Unis de TAmérique septentrionale. i *

DE B. Franklin. :ai5

Cet événement forme xme époque mémorable dans la carrière politique du docteur Franklin^ comme dans les annales des États-Unis, parce que c'est en grande partie à cette puissante alliance que les colonies américaines durent les moyens de résister à la mère-patrie, et d'établir définitivement leur indépendance.

Il fut convenu de part et d'autre, que ces traités resteraient secrets jusqu'après l'échange des ratifications. Mais comme on apprit quelque temps après, que le ministère anglais avait dessein d'envoyer en Amérique lord Carlisle^ M. Eden, et Je gouverneur.Johnstone, en qualité de commissaires-adjoints aux commandans en chef des forces britanniques, avçc plein pouvoir de traiter çt régler les conditions de paix, même aveic le congrès, mais sous réserve de Tapprobation du parlement, le gouvernement.français, pour em* pécher que cette démarche ne pût avoir un résultat favorable pour TAngleterire , chargea «urle-champ son ambassadeur à la cour de Londres, le marquis de Noailles , d'inform.er officieUc^ent le gouvernement anglais de la conclusion et dje la signature desdits traités. A cette nouvelle^ le cabinet britannique envoya de suite à lord Stpr* mont Tordre de quitter la cour de France, sans prendre congé; et cet ordre ayant été communiqué au marquis de. Noailles, il quitta l'Ângleterre vers le mémo temps.

Cette circonstance p'empécha pourtant pas

ai6 MÉMOIRES

les nouveaux colûmtflsatres àtiglais de se rendre en Amérique; rbais leur pi^ësencé ny férTÎt k rien y malgré leh artifices et les fourberies qu'ils mirent eh, usage. pbur parvenir à leut but Le gouverneur Johnstbne surtoiit alla jusqu a alfirlijer en public « que le docteur Franklin avait approuvé les propositions dont Ils étaient porteurs D. C'était une fausseté insigne , et dès 4[ue le doctelir en fut informé ^ il eii elprima sott indignation dans une lettre (Ju'il écrivit au président de Tétât de Pensylvaniè.

Lei hostilités commencèrent alors enttis k Grande - Buelagne et la Fran<)e^ crt M. Génard partit pour les Êtats-i-Uuis^ c^mkfie thtojré êé Sa Majesté très ^ chrétienne. Les plénipbtentiftires américains furent aussitôt pf*ésefltéS à là e6ur« en leur qualité officietle, et ave(ô toutes leë formes d'usage ^ et ils fùrettt parfaitetilént acfetieiUis par le toi et pAt toute la famille frôyâle.

Un histbrieti français , M. HiUidrd d'Aubértetl^il , rend e<61ûiïpie ainsi qu'il suit de là pretnièf^ appàritic^li au ddcteut* Franklin à là bànf dé TèrSâillëS.

« Le dbctëtkr F^aÂkli» eut «hfitî tiiië éhftëtiie a^è Sa Htajésté IfêS-thréiîèané ; il lui Ait {Mtésèhté âiM Is gidlérïé de Tet^ailleS, par lé d^lttte d^Tét^gennès, hiihiMrë des afikirèS éti-âtigèirèk ; il étëit aeeotiipagné d'tlti grand hdtribrë d'Aàtté^ ricains, et suivi de beaucoup â^étr^tn^érs ^è la curiosité avàll Hsietxibléé : son âge, soti air

-vénérable, la simplicité de ses vétemens en une telle decasion, tout ce que la vie de cet Atnéri* cairi ôffliait de singulier et de respectable , contribuaient à augmenter l'attention publique. Les battémens de mains, et une multitude d autres déiDonéttationS de joie, annonçaient cette chaleur d affection dont le Français est plus siisceptible Qu'aucun autre peuple ^ et dont sa politesse et sa civilité redouble le prix pour celui qui en est Tobjet.

» Sa Majesté lui parla dané les termes suiVaiis : cr ypus pouvez assurer de^mon amitié les États- * Unn d'Aitiériqo^e : je dois tous dire aussi que > je suis très^sàtisfait de votre conduite en parti"- » culfer^ dépuis votréaf rivée dans mon royaume ». Quand le nouvel ambassadeur, après cette au* dien^ee , traversa la cour pour se rendre dans les bureaux du ministre des affaires étrangères , là foule qui attendait son passage, le salua par mille acclanialions ».

Le docteur Franklin était, sans aucun doute, l'homme le plus pi^pre qu'on pût trouver pour rendté des service^ essentiels aux États-Uiiis à la cbur de France. Sa réputation comme philosophe Tavail; fait coilniître dans toute l'Europe ^ et lui' avait ao<|His la plus haute estime. Il fut reçu en France avec les plus grandes marques de respect par tous les littérateurs ; et ce sentiment to corn* mÙDtqua à toutes les classes du peuple et même

!ii8 MÉMOIRES

à la cour : son influence personnelle était donc considérable, et il fallait y ajouter celle des difi^rens écrits qu'il avait publiés pour établir le crédit des États - Unis , et la considération qui leur était due. C'est à eux qu on peut attribuer en assez grande partie , non-seulement les dons gratuits que l'Amérique obtint du gouvernement français 2 mais encore les emprunts qui furent négociés pour elle en Hollande, et qui «contribuèrent beaucoup à l'heureuse issue de la guerre, et à l'établissement de l'indépendance américaine. Pendant que tout cela se passait à la cour de France , le docteur Franklin avait été chargé de négocier un traité de commerce et d amitié avec la cour d'Espagne. Il vit à ce sujet le àomte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne à Paris, et lui laissa une copie de sa commission. Quelque temps après , il lui adressa la lettre suivante.

ji son excellence le comte d'Aranda , etc.

Passy, 7 avril 1777-

a*MoNSijEnR LE Comte,

» Jai laissé entre les mains de votre excellence, pour être communiqué à votre cour, si voùsie jugez à propos, im duplicata de la commission que m'a donnée le congrès pour me rendre en Espagne comme son ministre plénipotentiaire. Mais on me fait entendre qu'on n'y trouverait pas convenable delrecevoir actuellement un tel ministre;

DE fi. FRANKLIN. ^19

et cdmme je suis sur que le congrès ne voudrait pas contrarier en la moindre chose une cour pour laquelle il a le plus sincèi'e respect, j^ajournerài oe voyage jiisqti*à des circonstances plus faYO' rables. Je tous pri^ cependant de vouloir bien mettre sous les yeux de Sa Majesté Catholique ,*les propositions contenues dans une résolution du congrès du 3o décembre 1 776 , savoir :

» Que si Sa Majesté Catholique veut se joindre aux États-Unis pour faire la guerre à la Grande- Bretagne y ils aideront TEspagne à se remettre en possession de la ville et du port de Pensacola, pourvu qu'ils aient la liberté de la navigation sur le Mississipi , et l'entrée du port de Pensacola ; et s'il est vrai que Sa Majesté portugaise ait chassé avec insulte de ses ports des vaisseaux espagnols , ou en ait confisqué quelques-uns , ils déclareront la guerre à cette puissance , si cette mesure obtient rkgrément et Fappui des cours de France et d'Espagne.

» On suppose que la plus parfaite union règne entre ces deux cours, et dans le cas où FEspagne et la France jugeraient à propos d'entreprendre la conquête des îles a siicre anglaises , le congrès propose encore de leur fournir des provisions jusqu'à concurrence de deux millions de dollars , etdajouterà la flotte qui serait employée à^ cette j expédition, six frégates de vingt-quatre canons chacune, au moins , armées et équipées. Il rendra ûe même tous les autres services qu'on peut

jaao MÉMOIRES

atteàdrc de bons allié* v^* il né demande pour

TÂmérique la possession d'auofine de ce» îles.

3» Ces propositions peuvent être distûit^ea > et subir telles modifications qui seront jugées oo»venables.

» J'aî l'honneur d'être, avéO rMpeot, » De votre eicelletade ,

» Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Cette négociation n*alla pas plus loin en ce moment , et par la suite le congres envoya comme son ministre spécial à la cour d'Espagne, M. Jai, qui se fit honneur par les preuves qu'il y donna de sa patience , de ses t^lens^ et de son zèle pour les intérêts de sa patrie.

Il faut maintenant que nous devenions à quelques circonstances moins importantes, qui arri« vèrentà peu près à c^te époque, et dont nous n'avons pas parlé à leurs dates précises pour ne pas interrompre le récit d'évéïlemens plus intéressatis.

Nous commencerons par un incident assez m^ nutieux en lui-même, mais que nous né devons I pas omettre, parce qu'il concerne un grand pef- i sonnage , et qu'il se rattache aux Mémoires de la > vie ^e Franklin. .

Pendant le séjour que fit à Paris Tempeïteur Joseph il , frère de la rein^ de France, voyageant

DE a FBANKLIN. a2t

I abrs sous le nom de comte de Falkenstein^ le ! docteur Franklin reçut le billet suivant de Fen- I vayé du grandr^luc de Toscane , résidant à Paris.

I J l^.k dçctfiur FranhUn.

I a L'abbé Niccoli prie M. Franklin de lui faire Tbonneur de venir déjeûner chez lui, mercredi matin a8 dé ce mois, à neuf heures. Il lui donnera une bonne tasse de chocolat. Il Tassure de

; son respect ». ^

Du petit LuiM^mboarg , lundi a6 mai 1777-

j A ce billet, qui se retrpuva dans les papiers du docteur Franklin , il avait ajoqté la note ipi-après.

» Le billet ci-dessns est de l'abbé Ificcoli, ministre du grand-duc de Toscane. Son intention était de procurer à Fempereur une entrevue avec tnoi, de manière qu'elle pût paraître l'effet du basard. M. Turgot et Tabbé devaient y être présens, afin qu'étant témoins de tout ce qui s*y serait passé, ils pussent prévenir ou contredire tous faux rapports : l'empereur ne parut point. L^^Bé Niccoli m'a dit depuis ee temps que le nombre d^aUtres personriés qtri étaient 'venues cbez lui dans là matiûée , ava^it empêché l'empereur de s'y rendre; qu^ayant appris qu- elles étaient parties , U y vint à midi ; mais alors je «y étafs plus ». V '

aaa MÉMOIRES

lia cause de rAmérique prenait faveur en France ; le nombre d'officiers sans emploi y était considéi^able , et le docteur Franklin était «accablé de demandes de service dans les armées des États-Unis. La lettre suivante qu'il écrjivit à un de ses amis , contient une description si vive et si exacte de ses sentimens à cet égard, et est d'ailleurs si amusante, que nous croyons devoir l'insérer ici.

» Passy. . . .

a Vous savez , mon cher ami , que je ne puis vous refuser rien de ce qui est en mon pouvoir, de ce qui peut vous être agréable à vous pu à vos amis : mais quand je suis certain que ce que vous me demandez produirait un effet toiit côU:

. traire, je devrais vous le refuser. Je sais que les officiers allant chercher de l'emploi en Amérique, seront probablement trompés dans leur attenta; que les cadres de nos armées sont au complet; qu'il y a nombre de personnes mourant de hïxn. et sans emploi ; que ma recommandation ne fera pas vaquer une place-,- et ne la fera pas accorder au préjudice de ceux qui y ont de meilleurs droits; que quelques - uns des officiers que je me suis laissé aller à recommander , ont donné par leur

' conduite une idée assez peu Ëivorable de mon tact pour juger du mérite militaire; enfin que

DE B. FRANKLIN. aa?

le voyage est long , que les frais en sont considérâbles 9 et qu'on court grand risque d'être pris . par les Anglais et jeté en prison : si, après tout 'cela, on ne peut donner de place à celui dont TOUS me parlez , il se trouvera peut - eta*e dans rembarras dans un pays étranger, et sera disposé à maudire les amis dont les sollicitations Tauront mis dans une situation si fâcheuse. Permettezmoi de vous dire qu'à mon avis, la complaisance qui est naturelle en ce pays , engage souvent à aller trop loin en matière de recpmmandation ; TOUS en donnez trop facilement i des gens dont TOUS ne connaissez pas le véritable caractère, et quelquefois sur la demande de; personnes que TOUS ne connaissez guère mieux. Un homme est*il dépourvu de talens utiles, n'est -il bon à rien, est - il un fardeau pour sa famille , est -il indiscret, dissipateur, extravagant; on est bien aise de s'en débarrasser en l'envoyant à l'autre bout du monde; et dans ce dessein , on ne se fait aucun sq^upule de le recommander à ceux par qui on désire le faire recommander à d'autres , comme un bon sujet , ^n homme plein de mé^ rite, etc. C'est d'après le crédit que j'ai donné à de telles recommandations que les miennes n'en obtiennent plus , et je ne puis conseiller à personne d'en faire plus de cas. Si, après cela, vous désirez encore ma recommandation pour cette personne, qui n'est connue ni de vous, ni de

moi f je vous la donnerai (i), quoique, càmme je vous l'ai déjà dit^ je devrais vous la refuser. D Ces demandes font mon tourment perpétuel :

on croira , malgré mes déclaratiops réitérées du contraire, que je suis envoyé ici pouf recruter

(i) Vaut lies fcai de ce (fenre , et qù il lui éuîl: absolument impossible de refuser , le docteur Franklin avait fait an modèle de lettre de recommandation , et il i*en est quelquefois servi pour faire honte aux personnes qui les lui demandaient, et pour tâcher de mettre fin à ces demandes.

Mqdàlm de Uttr^ de reeommandéiUon pqur finepersorme que vQus ne çQnmi^9fz pas.

fi l^OVSIEUA ,

• Le porteur de cette lettrp , partant pour l'Amérique ,*mc presse de lui donner une lettre de recommaodatipn , quoique je ne le connaisse ni ]ui , pi même soi^ noo|. Cela peut sembler extraordinaire ; ipais je voni assure que pda n*est pas rare ici. U arrive véritablement quelquefois qu'un homme que vous ne connaissez pas , vous en amèjne un autre également inconnu^ pour vous prier de le recommander, et souvent même ils se recommandent Tun Tautre. Quant à celui dont il s*agit , vous pouvez vous adresser à lui pour savoir qi^el est son mérite et queb sont ses taie ns. U les camofit ifU'fluent , beai^coup mieux que v^pi. Je le recommande i^uxtAut à ce hojfi ficc|ieU auquel a droit tout étranger dont on n'a point de puai k dire ; et j.e vous prie de lui rendre tons les service» qui seront en votre pouvoir , quand, en le connaissant mieux, vous trouverez qu'il le mérite*.

» J'ai l'honneur d'être , etc. ».

DE B. FRANKLIN. aaS

des officiers. £n vérité je n ai jamais eu de tels ordres j on ne m'a même jamais fait entendre que cela pût être agréable à mes commeltans : au contraire, j'ai reçu, pour ce que j'ai fait en cq genre, nori pas des réprimandes proprement dites^ mais des marques de désapprobation assez prononcées. Pas un jour ne se passe sans que je reçoive des visites ou des lettres de sollicitation : ce serait un plaisir pour moi de satisfaire tout le monde. Je pourrais bien sans doute donner la ' ' recommandation et les promesses qu^on me demande; je serais sûr de plaire pour le moment présent ; mais quand viendra l'instant où ils perdront les espét^nces dont ils s'obstinent à se bercer , ils me maudiront d'avoir cédé à leur folle' demande , et de ne pas lès avoir détrompés, et ce seront autant d'ennemis pour notre cause et pour notre pays. Vous ne pouvez concevoir combien je suis haras^ : on cherche tous mes amis et on les excède pour qu'ils vienne^it m'excéder. Des officiers supérieurs de tous les rangs et de tous les départemens, de grandes et de petites dames, des solliciteurs de profession , nie tourmentent du matin au soir. Le bruit d'une voiture qui entre dans ma cour, suffit maintenant pour m'effrayer : je redoute- d'accepter une invitation à dîner en ville, parce que je suis presque I sûr d'y trouver un officier, ou un ami dequel- \ que officier , qui dès qu'un .tORre ou deux de Champagne m'ont mis en.gîiitài^qwjwnenpeiSr»

Mémoires, ii. i5 .

Sàa6 MÉMOIRES

attaque contre moi .'.heureusement cette impcf* tunité ne me poursuit pas sauvent dans mes rêves 9 sans quoi je craindrais jusqu'aux seuls tnstans de repos dont je puisse jouir; si donc i! TOUS reste un peu de pitié pour moi. Si vous ne voulez pas contribuer à me chasser de France , pour Fat^our de Dieu^ mon cher ami r que la demande que vous me faites, et qui est votre trente-troisième, soit la dernière.

» Tout à vous.

9 K Frajtkun. »

La lettre suivante qui roule sur le même sujet, fut adressée par le docteur à un solliciteur impertinent, qu'il ne connaissait point. Elle contient quelques avis salutaires dans un style énergique et piquant. .

Pâwy prèi Pàrk , 6 avril 1777,

« Monsieur,

\ » Je viens de recevoir de vous une lettre du 26 du mois dernier, dans laquelle vous exprimez votre surprise- et montrez du mécontentement de n'avoir pas reçu de réponse à la lettre que vous m'avez écrite le i^ décembre ^ et dont vous êtes sûr que la remise m'^i été faite.

» Pour me disculper, je vous assure qcie ]e n'ai reçu aucttne lettre 4^ vous sous cette date ; et- bien cerCkineménï , n'étant' alors débarqué à

DE R FRANKLIN. aaj

Nantes que depuw quatre jôuré , je crois qu'il ëtâit à peine posâibt^ que^ vt)us^ eussiez appris si prpfenptemeiit mon arrivée en Europe.

» Mais j'en ai reça ti&e eii <làte du 8 janvier , et j'avoue que je n'y ai pas répondu : je cours le risque de vous déplaire 5eil'v6«^ en donnant la raison; mais comme cela peut vous être utile pour votre correspondance future', je me hasar* derai à le faire , par égaivb poiit'un hotiinie à qui', en ma qualité d'Américain , j'ai de lobligatiori pour l'intérêt qu'il prend à notre cause. ' i

n Quand on écrit à un étranger , il faut foire attention à trois choses : i*^; Ne rien demander qui ne soit possible; af*. exprimer sa demande en termes précis, et qui puissent se comprendre at* sèment; 3**. ne désirer que des choses^raisonriàblés en soi. Par là on donne une idée favorable de soi) intelligence , et l'on fait naître ledésirQ'une con- ' naissance plus partictiFiei'é. Maintenant il arrive que VOUA avez négligé ces troîis points, b'î^bôrd vous me demandez àë vous procurer les moyens, de faire un voyage eh Amérique ai^ec sûreté. C^eàt une chose impossible, caril y a toujours le danger de la mer, et il y a en outre en ce mometi): celui d'être pris par les Adglais. Voué désirez ensuite que ce voyage puisse se faire sans ds tfàp grandes dépends. Cela n'jest pas assez ihtélKgîbrè pour que je puisse y répondre; car- ne connaissant pas votre fortune, je ne puis savoir ce qui serait pout vous de trop j^rahdes dépenses. %tktin

2^8 MÉMOIPE^S

vous désirez que je vous donne des lettres de recommandation pour le congrès et pour le général Washington; c'est une. demande qu'il .n'est pas trop raisonnable de feire à pn homqie dont toute la connaissança»!quil a dp yous sç réduit. à savoir que vous vous nommez Lit^ et que vous demeurez 2l BareutK. ,

» Dans votre dernière lettre, vous vous exprimez aussi en termes bien vagues^ quand vous me priez de vous informer si vous pouvez espérer d être placé dune m,ai\iève convenable dans notre armée. Comment répondre à une pareille demande, sans savpirce que vous. en tendez par unemanièie CQjis^enabh? Enfin vous, me demandez si je veux vous appuyer de mon crédit, en vous donnant des lettres de recorpmand^iion. Je ne doute pas que vous ne soyea^un homme.de mérite; et ^ commô vqus le savez, vous-même, voua oubliez que les autres n'en savent fx^ix. Mais réfléchissez un instant, monsieur, et vous serez convaincu que si je donnais des lettres de recommandation à tous ceiix dont le mérite «ne m'est pas plus connu que le votre , elles ne tarderaient pas à ne vproduire aucun effet.

» Je voi\s remercie pourtant du désir que.vous ^vpulez bie^n montre^ de servir mes^ concitoyens, et je voud^'ais, en retour^ pouvoir vous êtreutile dans votre projet de passer en Amérique. Mais *iombre d'x>fficiers expérimentés m'ont offert, en ce pays^ d'allerjfiindrenoire.arjnée , et je nai

DE B. FRANKLIN. aig

pn les: encourager dans ce desseiii^'paiicê que je n'ai p§9 d'ordres à cet effet , et que je sais qu'il est très-difficile de les placer quand ils y arrivent. Je ue puis donc^que penser i^'ïb v*ut mieux -pour TOUS ne pas entreprenjîre un ToJ'àg^ *'si» iong ^ si coûteux, et si harsardeux;'Con«iilterkros aiimis et rester en Franconie.

» J'ai rhonneur d'être, monsieur ,

» Votre , elc^ . ,

* - » B, FflAMKLIN ».

Avant de revenir aux événemens politiques, en tant qu'ils sç lient aux Mémoires du docteui; Franklin, nous avons à parler d'une tentative faite en 1777 P*"^ ^^ aoi-disa;it physiciep anglais, pour diminuer , sinon pour détruire entièrement le mérite delà grande découverte du physjcieuainé* méricain , pour préserver les yais$eaux>.et \e^ maisons des effets du tonnerre. Ijfl. B. Wilson , membre de Ja Société royale de Londres, qui autrefois, à une séance de cette Société ,; avait déclamé san$ succès contre les conducteurs à ppinte^de Franklin, voulut , par de^ expériences qu'il fit en public au Panthéon , essayer d.e prouver qu^e de9 conducteurs san$ pointe étaient supérieurs à ceux , du docteur , et procuraient plus de sûreté. On dit que ces expériences reçurent l'appui du roi , qui y.2|ssista avec plusieurs membres, de la famille royale. Mais on en découvrit bientôt la fausseté,

:i3o MÉMOIRES

et le publie 'fut éclairé pair fartideBurranl qui fut insér^jdaii» \£pening^,Post^ du 1 6. septembre 1777. !.. ^- ! ' •'• . ' ' . '

te Lundi demiei* , .M. Wilson xëpéta ses expériences aii Panthéon^ en. [présence de plusieurs membres de )A 6ociéti£ Dayale^ et d'autres per« sonnes. Lord vicomte Mahon ^ membre de la So»^ ciété, eut une vive contestation à ce sujet avec M. Wiison , et démontra qu'il se trompait dans ses deux assertions /d'abord que les conducteurs sans pointe étaient les meilleurs, ensuite que les conducteurs bas valaient mieux que ceux élevés. Il prouvti la fausseté Hé ces deuxassertioris, et fit aussi voir que M. Wiison' avait mal compris , et par conséquent mal expliqué les opinions du docteur Franklin en physique. Lord Mabon fit lui-même plusieurs expérietiées à Tappui de se^ râîsonneriaen's, et elles réussirent invariablement, tandis qtrè celles de M. Wiison tnanqtièrent chaque fois/ Lord Mahon prouva ce qu'il avançait jusqu'à la démonstration , à la grande'iatisfaction des hommes lès plus instruits qui se trouvaient pi'ésens. M. Wilsonse retira vers l'antre l^out de la salle, comme pour'évifer de voir les expériences de loTd Màhbh? Ildit èhsiîlte qu'iï n'avait pas changé tf opinion , et qu'il publîeraîit sott hypothèse/ Lord Màhoti lui répondit, de îîitaanière là plus frtincheet là plus honnête, qu'il était Fâché d'être obligé de différer dbpinioii avec luîj mais que comitoe la question sur les paratonnerres était

DE B. FRANKLIN. a3i

fort iinportajate pour ce pays pt pour la société en général, si M. Wilson publiait une opinion erronée à ce sujet, il prenait envers le piiblic l'engagement den publier aussi la réfutation ».

Quelq^ues jours ensuite , on découvrit et l'on mit au jour les rusées que M. Wilson avait employées pour obtenir un succès partiel , et Ion vit s'évanouir, ainsi la prétendue perfection qu*il voulait donner aux conducteurs par des expériences .trompeuses. Cela eut lieu le a octobre, lorsque plusieurs membres de la Société royale, et d'autres personnes savantes dan^ lelectricité, allèrent les lui voir répéter. M. Herily et Nairne, tous deux membres de la Society, reconnurent et, firent apercevoir, clairement la fraude et lei? fourberies par lesquelles M. Wilçon voulait éta*blir 3a réputation en physique, sur les ruines de celle du docteur Franiblin.. '.

Un ijiutre membre de la Société royale , et qui Tétait aussi de la plupart des sociétés s^^j|nte« d'Europe, le docteur Ingenhausz, qui avait assisté à ces expériences , et qui avait vu la ruse se découvrir , écrivit à ce sujet, dans les termes les plus forts , à un de ses amis snr le continent, et lui rendit un com{)te détaillé de ce qu'il appelait la charlatanerie du fourbe Wilson décelé^.

Cette lettre est trop longue pour être insérée ici \ wais voici comiue^t elle: se terminait :

u . . . a Voilà donc toute la tracasserie de Wilson exposée à la connaissance du public. Montrez

u3% MÉMOIRES

ceci à notre ami ( Franklin ) , et tâchez de le rendre^ public pour le bien général. Mais ce qu'il y a de plus drôle , c'est qu*on m'a assuré que les conducteurs du palais de la reine, à Buckîngham-Hôuse, ont été abattus depuis que le roi a vu les expé^ riences de Wilson (»)• ^ présent que la charlatan nerie et la mauvaise foi de ce coquin se trouvent décelées et reconnues , on voudra pallier cette absurdité ; et , quoique Wilson devrait être puni pour avoir trompé le roi , peut-être tâchera-t-on de le soutenir, comme un vrai Don Quichotte qui a attaqué le philosophe américain , de n^éme que les héros militaires qui attaquent son pays (et qui probablement n*aurontpas plu&de succès), et qu'il sera également récompensé par une na-» tion dupée (2)».

On communiqua cette lettre au docteur Franklin , en lui demandant s'il jugeait convenable de la faire imprimer à Paris, et voici quelle fut sa répdffse. a - , , ,

(i) Ceci est uii fait , et'jamaîs Us n'^nt été réts^blis depuis ce temps , quoique la Société royale ait pirouTé la fausseté du sjfttème de Wilson dans son rapport en fayeur des conducteurs à pointe , et quoiqu'ils aient été généralement employés da^s tout le royaume pour préserver du tonnerre les magasins à poudre. ^ ' - *

(â) Cette lettre est éicrite en fran^is dans Foriginal anglai». . ^ g (Nate du traducteurs)

DE B. FRANKLIN. aSl

?»Mêyt 4 odobre 1777.

« Moirst£i7R , t

D Je VQUS remercie de ma voir communiqué la , lettre que vous aveat reçue d'Angleterre.^ Je suis de votre opinioii ; il ue convient pas de la puiblier ici., Notre ami se sert, à Tégard de M. Wilson , d'expressions qu'on regarderait comme trop dures pour qu'un «philosophe puisse se les permettre en parlant d'un autre. Il semble sur ce seul point aussi échauffé (i) que les jansénistes et les molinistes Tétaient sur les cinq points. Je ne crois pas devoir publier quelque écrit à ce su^ jet, comme vous semblez le désirer; car je n'ai rien à ajoi^ter à ce: que j'ai dit dans un rapport que j*ai lu en août 177a , au comité qui a ordonné l'érection de conducteurs à pointe sur le magasin à poudre de Purfleet; rapport qui a été inséré dans la dernière édition de la traduction française de mes ouvrages. Je n'ai jamais ouvert de controverse pour défendre mes opinions en physique, je leur laisse le soin de se soutenir dans le monde. Si elles sont justes , la vérité et l'expérience enassureront la durée; si elles sont fausses,

(1) 11 existe ici une équivoque , un jeu de mots qu'on ne peut faire passer en français. Il s'agit dans celte discussion de savoir ailes paratonnerres à pointe sont préférables ; or , le mot point y en anglais , signifie également an point et uHe pointe.

{Note du traducteur.)

elles doivent itre réfutées et abandonnées. Les . querelles ne servant qu'à nous aigrir le caractère, et à troubler notre repos. Je n'ai pas d'intérêt personnel à faire jidopter mes inventions dans le inonda , nem'étant jamais proposé d'en titér profit , et n'en 'ayant jamais retiré aucun. Que le roi ait changé ses condncte«rs i |>ointe pour en prendre qui n'en aient pas , c'est donc une chose fort indifférente pour moi. Si f avais un souhait à former , ce serait qu'il n*ett «ût pris d'aucune t espèce ; car ce n'est que depius^u'il se croit , lui et sa famille, à l'àbri du tonnerre céleste, qu'il fait gronder le sien contre ses sujets innocens ».

. Pendant les. mois de mars, d'avHl et de juillet 1778, le ministère anglais forma, plusieurs projets pôut' sonder, en particulier^ le docteur Franklin au sujet ;d'une pâÎK avec l'Amérique. Les correspondans ou ageds qu'il- employa à ce sujet furent; principalement MM. Hution , William Pulteney et David Hartlcy, ces deux derniers xnemhres du parlement. On trpuve un récit dé* tailléde ces tentatives et de celles qui furent &ites, k diffénentesT époques, pour en^ger l'Amérique à renoncer à l'alliapce de la France, ou à traiter de la paix à toute autre condition que celle de son indépendance , ou de la reconnaissance formelle qu'en ferait la Grande-Bretagne, dans la troisième Pari ie de la Correspondance c^u docteur Franklin; et comme elle a déjà été donnée au public, nous n'avons pas cru devoir les insérer

DE B. FKANKLIN. ui5

ici de nouveau. On y tj^ouvera un détail exact de toutes les négociations atjx^elles le docteur prit part, et qui finirent par la conclusion de la paix entre rAngleterrê et rAmériqutf comnôe état indépendant.

L'alliance avec la France fut regardée en Amérique.comme un gage de sûreté et de liberté pour le pays. Le fruit immédiat quelle en retirafut le secours puissant que la France loi envoya par l'escadre du comte d'Ëstaing, consistant en onze vaisseaux de ligne, six frégates, études forces de terre «considérables. Avant quelle partit, le docteur Franklin avait remis au gouvernement fran> çais un plan pour surprendre la flotte et Tarmée anglaise qu^ étaient alors dans le Delaware, et le comte d'Estaing fut chargé de diriger cette grande entreprise. On ne pouvait faire choix d'un meilleur commandant. Il réunissait une ardeur et une intrépidité peu communes, de grandes ëonnai»sances militaires , la vigilance et la circonspection: il savait prendre un parti en un instant., et conservait son empire sur luci-mém« dans les circonstances les plus difficiles. ^

Suivant toutes l«s probabilité, cette expédition durait eu lé plus iieureûx succèi^ si elle nW vait été contrariée par bne suite sans exemple dé mauvais, temps et 4e vents contraires^ '

Le comte mit à la voik de Toulon le i3 avrïl 1778. Les vents lui fuirent si défavorable* dans la Méditerranée, qu'il ne put passer le détroit de

!i36 MÉMOIRES '

Gibraltar avant le 1 7 mai. Les câlines qu'il éprouva ;ensui\e sur Tocéan empêchèrent sa flotte d^arri ver k Tembouchure de la Delaware avant le 7 juillet En conséquenc^e ces éhstacles imprévus, l'amiral français arriva trop tard; l'armée anglaise avait évacué Philadelphie après sa défaite à Monmouth, et la flotte était en sûreté à Sandy-Hook.

Il n'entre pas dans notre plan de suivre les opérations â^u comte. Il nous suffira de dire que sa présence sur la côte d'Amérique servit à établir la nouvelle alliance, à entretenir l'amitié entre les deux. pays dans un instant critigue, et qu'il employa ses vaisseaux aussi utilement que les circonstances le permirent.

Mais des flottes^et des armées ne furent pas le seul secours .que l'Amérique obtint de la France par l'entremise du docteur Franklin. Grâce à ses représentations et à ses sollicitations pressantes, le gouvernement français mit à sa disposition des fournitures militaires, et des sommes d'argent considérables. Ces secours accordés à temps furent de la plus grande utilité -, et aidèrent puissamment les Américains à maintenir leur indépendance. Par le moyen de ces avaqces pécuniaires, dont la plupart étaient des dons gratuits , le docteur Franklin :se trouva en état, pendant plusieurs années, de faire honneur à des traites tirées sur lui d'Amérique pour des sommes considérables ; il paya les intérêts d'un emprunt fait parie congrès , sous U condition expresse que ces intérêts

Di^tized by LjOOQ IC

DE B. FRANKLIN. û37

seraient payés en Europe, ainsi que le salaire de tous les ministres ou agens américains employés en Europe, et put donner des secours aux Américains prisonniers en Angletert^, et à ceux qui trouvaient moyen de fuir de leur prison , ou qui étaient échangés, pour faciliter leur retour aux États-Unis.

En juin 17-78, M. Hutton, ancien ami du docteur Franklin , et secrétaire de la société des frères Moraves, s'adressa à lui pour obtenir une sauvégarde contre les croiseurs américains, pour un bâtiment que cette société envoyait tous les ans à ses missionnaires sur la côte du Labrador. Le docteur y consentit avec son human^ité ordinaire, et en envoya une sur-le-champ à M. Hutton (i).

(1) -^ tous capitaines et commandans de hdtimens de guerre^ corsaires et lettres de marque appartenant aux États^ Uràs d^ Amérique,

Messieurs,

La société religieuse , nommée communément les frères Mo- . raves , ayant établi une mission sur la côte du Labrador pour convertir les sauvages au christianisme , ce qui a déjà produit rheureux effet de les détourner de leur ancien usage de piller ou massacrer les Américains .et les Européens , lorsque le commerce ou la pèche les amènent sur cette côte , et de leur persuader de se livrer à une honnête industrie , et de traiter les étrangers avec humanité, il est nécessaire , pour le mainti^ de cet établissement utile^ d'y envoyer tous les ans Un petit bâtiment pour y porter les objets nécessaires aux mission-

*i38 MÉMOmES

Il la renoovda ensoite tous le» ans tant que dura Ja guerre. Cette sauvegarde fui accompagna de 4a leUre:sui?ante:

A M, HuUon f à Londres.

« Mon cher et ancien ami trouvera ci-joint ce qu'il m'a demandé. Nous avons fait exécuter a Paris, pour le brave général Montgomery , un monument en marbre qui vient de partir pour l'Amérique; S'il tombait entré les mains de quelqu'un de vos croiseurs, j'espère que vous ferez tous vos efforts pour nous le faire restituer, -parce que je sais que vous êtes généreux , et que

naires et à leak*s pfosélites. Le bâtiment pour cette ajinés se nomme le.... capitaine.... du port d^environ soixante-quinze tonneaux. Le présent est donc pour vous requérir , si ce bâtiment tombait entre vos mains , de ne pas permettre qu'il soit pillé ni retardé dans son voyage , mais de lui donner , au contraire , tous le» secours dont il pourrait avoir besoin. Je suis certain que votre conduite sera approuvée par le congrès et par vo» propriétaires.

Fait à Passy pires Paris , ce....

B. Franklin, Ministre plénipotentiaire des États- \ Unis à la cour de Frpince,

P. S. La même prièx;e est adressée respectueusement à tous commandans de .vaisseaux ^rmésau service, de la France et de TEspagne , ciliés des États-Uni».

B, F|iAKS.UJr.

DE B. FRANKLIN. -iS^

TOUS aimez à rendre service |)ôur service. Vous ▼oyez que nous ne vouions pas voler les pauvres; uous espérons que vous nie voudrez pas plus piller les morts.

» Adieu. Votre , etc.

» B, FRAKKLm ».

Pâssy» 23 JBîii 1778.

D'après les mêmes principes de philanthropie , et dans le désir de rendre service aux sciences, à l'histoire naturelle et à la navigation , le docteur Franklin délivra peu après une sauvegarde au vaisseau et à l'équipage du capitaine Cook (V).

(i) ^ U^us capitaines et çommandans de vaisseaux armés au service des États- Unis d Amérique.

Messieurs ,

Un vaisseau ayant été équipé en Angle^re , avaiit le côin* mencemeht de cette guerre , pour Caire des découvertes dans des mers inconnues , sous la conduite du célèbre naTÎgateut le capitaine Cook , entreprise Téritablement louable en soi , puisque Taecroisseniettt des connaissances géographiques facilite les communications entre les nations éloignées et rechange des productions utiles y fayorise les arts , augmente et multiplie les jouissances de la vie humaine , et agrandit le domaine des sciences pour Futilité générale de tous les hommes; le présent est pour recommander à chacun de vous , dans le cas où ledit vaisseau » dont .on attend incessamment le retour dans les mers européenn4ts $ tomberait entr^ ses mains , de .ne pas le regarder comme ennemi, , d'f inj^éçiier qu'on ne pille aucun des objets qui 9^ tr.9H^^fien;i .sur^^i^or^^^et dejwpas

a4o MÉMOIRES

Le docteur Kippis> littérateur distingué , qm a publié un Dictionaairie biographique, dit dans sa vie du capitaine Gook^ sur ce qu il regardait comme une autorité, que les ordres de Franklin furent révoqués à l'instant par le congrès , qui donna ordre de s'emparer du vaisseau du capitaine Cook, si Ton en trouvait l'occasion. Mais le docteur Rippis ayant reconnu que les renseignemens qu'il avait reçus à cet égard n'étaient pas exacts , adressa , en septembre lygS, à l'éditeur du Gentleman* s magazine,, une lettre dans laquelle il réconnut publiquement son erreur. On rendit si bien justice, en Angleterre, au procédé magnanime du docteur Franklin en accordant cettesaiivegarde,et le gouvernement britannique

mettre obstacle à son retour immédiat en Angleterre , soit en lé retenant, soit .en renvoyant dans toute autre partie de TEurope ou de l'Amérique ; mais de traiter le capitaine Cook et son équipage avec politesse et bonté , et de leur rendre , comme à des amis de tout le genre humain , tous les services qui pourront être en votre pouvoir. En agissant ainsi , noû- I seulement vous obéirez à votre générosité natur«Ue, mais vous obtiendrez très-certainement l'approbation du congrès et de vos propriétaires.

J'ai rif pnneur d'être , Messieurs ,

Votre , etc.

B. Franklin , ' Ministre plénipotentiaire du congrès des ' j ÉtatS'AUnis^ pr4s la cour de France.

Donnée Passy pfès Paris , le lo mâfs 1779. ** ' -

DÉ B. FRANKLIN. aAt

lui-même fut si sensible aux sentimens quUl avait manifestés par là, que lorsque le voyage de Cook fut imprimé, le bureau de Tamirauté lui en envoya un exemplaire , avec la belle collection des gravures, et lord Howe y joignit une lettre trèspolie pour lui annoncer que ce présent lui était fait avec l'approbation expresse du roi. La Société royale ayant fait frapper, en l'honneur de cet illustre navigateur^ qui était un de ses membres, quelques médailles d'or pour ^tre distribuées à ses amis,. son président, sir Joseph Banks^ lui en envoya une, par ordre de la Société , en lui mandant aussi que c'était de Tapprpbation de Sa Majesté*

Une autre occasion , dont il ne manqua pas de profiter, se présenta encore bientôt au docteur Franklin de donner une nouvelle preuve de bienveillance, en accordant une pareille sauvegarde à un bâtiment que les citoyens de Dublin envoyaient dans les Indes occidentales pOur por-^ ter des secours à des malheureux qui avaient tout perdu.

£n un mot, le docteur Franklin j pendant toute sa vie^ soit comme particulier, soit comme homme public, ne -laissa pas échapper une occasion de pouvoir être utile aux hommes, amis ou en-^ nemis.

Personne^ sans en avoir été témoin, ne peut concevoir combien ia i^éputa^ion -qu'il avait acquise comme physicien 9 et le poste qu'il occu-

MÉaroiRBS. ii. 16

a4a MÉMOIRES

paît comme ministre d'Amérique, lexposài^ent aux importunités des fedeurs de projeta , des spë* culateurs et de» aventuriers de toute espèce. On pourra s'en faire une idée, en Usant le memo^ randum d'un sieul jour, tiré d'un petit journal qu'il tenait.

t Dimanche avant midi , i3 décembre 1778.

» Un homme est venu me dire qu'il avait iiiventé nn maohine qui agirait d'elle-même, sans "ressorts, sans poids, sans laide de l^air, ni de. l'eau, ni d'aucun des élémens; sans le secours ' desbommes ni des animaux, et qui aurait une force suffisante pour faire mouvoir quatre machines à couper le tabac; qu'il en avait fait l'épreuve, qu'il me la montrerait si je voulais aller chez lui , et qu'il en vendrait le secret deux cents louîs. J'en doute fort, mais je lui ai proiâis d'alldr la voir.

'» Un M. Coder est venu avec une proposition 1 par écrit pour léversix cents bomtnes qu'on débat- J querait sur les côtes d'Angleterre et d'Ecosse pour y brûler et ran^çonner les villes et les villages, afin de mettre un terme aux dévastdtions^de même nature commises en Amérique par les Anglais, ^e l'ai remercié^ en lui disant que je n'approuvais pas un tel projet; que je n'avais pas de fonds pour le mettre à exécution, que d'ailleurs le gouvernement de Ftânce ne le pelrmettrait point.

' » Un autre est Venu me detnander de le reoom-

DE B. FRANKLIN. a43

mander au gouvernement, pour une invention par laquelle un hussard pourrait cacher ses armes, son uniforme et des provisions pour vingt-quatre heures, de manière à ne paraître qu'un voyageur ordinaire. Par ce moyen, un corps considérable pourrait s'introduire un à un dans une ville^ sans donner aucun soupçon , et se rassemblant ensu ite , s'en emparer par surprise. Je lui ai répondu que n'étant pas militaire, je ne pouvais juger d'un pareil projet, et je lui ai conseillé de s'adresser au bureau de la guerre. Il m'a dit qu'il n'y connaissait personne , et qu'on ne ferait pas attention à lui. — Le nombre de projets ridicules qu'on nie propose est si considérable , et ils m'ont pris une si grande partie de mon temps jusqu'à présent, que je commence à n'en plus écouter aucun , quoiqu'il soit possible qu'il s'en trouve qui méritent d'être examinés.

3» J'ai reçu un paquet d'un physicien iaconnu (i), qui soumet à mon examen un Mé^ moire $ur le feu élémentaire , contenant des expériences dans une chambre obscure. Il parait bien écrit : il est en anglais, avec une teinte de gallicisme ; je ne puis en juger sans voir les expériences ».

Vers le commencement de 1781, le docteur Franklin, d'après son âge, «es infirmités, ettlg

(1) On apprit .depuis que £e pbysîci^ incoium était Maut, d mfime ménopire* ...

a44 MÉMOIRES

sujétion que lui imposaient les affaires , comrhença àse trouver fatigué de sa place de ministre à la cour de France , et demanda son rappel , comme le constate l'extrait ci-après d'une lettre officielle qu'il écrivit au président du congrès, le la mars 1781.

... « Il faut maintenant que vous me permettiez de vous parler un instant de moi , objet dont je n'ai pas souvent importuné le congrès. Jai passé ma soixante-quinzième année, et je trouve que la longue et sévère attaque de goutte que j'ai éprouvée l'hiver dernier m'a considérablement affoibli, et que je suis encore bien loin d'avoir recouvré les forces du corps. Je ne vous dirai pas qu'il en est de même de ma tête , je serai peutêtre le dernier à lA'en apercevoir ; mais je sens une grande diminution d'activité, qualité essentielle, à mon avis, pour voire ministre en cette cour. Je crains donc que vos affaires ne souffrent un jour ou l'autre de mon insuffisance. Je trouve aussi que ce poste est trop pesant pour -DÎoi, et qu'il me tient trop renfermé. La nécessité d'être toujours chez moi pour recevoir et accepter vos lettres de change (chose étrangère à mes fonctions ministérielles), pour ma correspondance , enfin poiir remplir tous les devoirs de ma place, m'empêchent de prendre l'air et de faire de l'exercice , comme mes voyages annuels m y ont accoutumé; ce qui contribuait beaucoup à la conservation de ma santé. Enfin il existe une foule

DE B. FRANKLIN. a45

de petits soins particuliers qu ei^îgent mes infirm ités , et qui sont peut-être nécessaires à un vieillard pour lui conserver l'existence , et les affaires y mettent souvent obstacle. J'ai été employé, aux affaires publiques; j'ai joui de laconfiance de mes concitoyens, de manière ou d'autre, depuis le long terme de cinquante ans, honneur suffisant pour satisfaire une ambition raisonnable^ et je n'ai plus que celle du repos. J'espère que le congrès voudra bien me l'accorder, et envoyer quelqu'un pour prendre ici ma place. Je le prie en même temps dëtre bien assuré que ce n'est ni le moin-^ dre doute du succès de la c^use glorieuse qu'il soutient, ni aucun désagrément que j'aurais pu avoir dans ma place, qui me font désirer ma retraite ; je n'ai bien véritablement d'autres motifs que ceux que je viens de déduire. Comme je ne puis m'exposep en ce moment aux fatigues d'un voyage par mer, le dernier ayant déjà été presque au-dessus de mes fprces ; et ne voulant pas d'ailleurs m'exposer au risque d'être fait prisonnier en ce temps de guerre , je me propose de rester ici au moins jusqu'à la paix, peut-être tout le reste de ma vie. Si mon successeur pense que les connaissances et l'expérience que j'ai ac* quises en cette cour puissent lui être utiles , je serai tout disposé à l'en aider, aiûsi que de l'influence qu'on peut me supposer, et de mes avis , s'il les désire ».

Le docteur Franklin, dans une lettre à un de

q46 Mémoires

ses amis 9 en date du 24 août suivant, parle ainsi qu'il suit du refus que fit le congrès de satisfaire à sa demande.

«t Le congrès m*a fait l'honneur de refuser ma démission. Il insiste pour que je continue mes fonctions jusqu'à la paix : il feut donc que je m'occupe encore d'affaires^ et, grâce à Dieu, ma santé et mes moyens sont améliorés depuis quelque temps. Ce sera peut-être une double morti? fication pour les ennemis dont vous me parlez que de voir que, tandis que je demande comme une gr&ce de cesser des fonctions dont ils voudraient que je fusse privé, je me trouve obligé de les continuer ; mais de pareilles considérations ne doivent jamais influer sur notre conduite. Nous devons toujours faire ce qui nous parait le mieux, sans trop nous inquiéter de ce que les autres en pensent. J'appelle ce refus du congrès un honneur, et je le i^egarde comme plus'grand que ma première nomination , quand je réfléchis que, ni les désirs de mes ennemis, ni ma propre demande, n'ont pu m'obtenir un suc-^ cesseur ».

En conséquence de la décision du congrès j Franklin crut devoir continuer ses fonctions, malgré toutes considérations personnelles j et il resta encore en place pendant plusieurs années, au grand avantage de son pays.

Un ami du docteur Franklin lui ayant écrit

ppun I^effg^jS^f! A cpaûauer $(ç& {pnçlioQS , et lui ayant fait à cette occasion quelquei^ compliroens^^ le docteur lui répondit ;

a Votre comparaison avec la pierre oui

est la clef d'une arche est sans doute fort jolie , et a pQ)ir;but de.xpç i;ei)dre satis^ait^ de ma situation. Mai$ j? $uppp^e qpe vous açvn entendu ra-^ conter aotre W^Pf»» ^^< '^ h^rs^. Si \ow ne U, connsiissç» pa^ , iji vpiqi :

« Un fermier de nos camp^qgnes envoya deuK.

de ses domestiquer emprunter une berse chez un de ses voisins, çt leur dit det rapporter à eux deux sur leur^ .épaules. Quand i^ la virent , l'un d eux, qui ne manqii^it ps^s^fl'esprit, dit : « A quoi pen^e, 2» noire ma^rf^ d? q'eAvoyçr que deuf hommes, ^ pour porter jçet^q i»piSe ? Il n*y a pas sur. U ferre, » deux hommes en état de la porter. — JÇpq, d^t 9 l'autre ^ fjni était fier fl^sa force ^ que me parlez* D vous de deux hommes ? un homme seul peut 9 là porter. Aidez«*moi à la charger sur mes épau- )» leis, et vous verrez n. Comme il marchait chaîné de ce fardeau , son camarade s'écriait : c< Comme 3» vous êtes Tort! je ne laurais jamais cru. Vous. » êtes pu Samson* Il n'y a pas deux hommea j» Comme voas en Amérique. Quelle force étoa? » nântç le 'ciel vous a donnée! Mais vou$ vous » tiperez;i mettez la hense à term^ el: ik>u3 la.por«> » terons epsemble. — Non , non , reprit 1 aptre , 1 que les complimens encourageaient plus que lei » &r4eaq »e'ie £srtiguait; vous verrez que jeaui»

y> en état de le porter jusqu^à la maison. » H y réussit effectirement. Quant au dénouement , je crains que mon imitation ne vaille pas roriginal ».

La trahison du général américain Arnold fit à cette époque beaucoup de bruit en Amérique et en Europe. Les causes qui Tavaient occasionnée , et les circonstances dont elle fut accompa« gnée ayant donné lieu à des versions tout-à-fait différentes , nous allons donner des extraits de deux lettres écrites, peu de tem|js après cet événement, au docteur Franklin par deux de ses correspondans d'Amérique. Ils jetteront peut-être quelque jour sur cet événement extifaordinaire, qui manqua d'être fatal à la cause de* la: liberté américaine.

New-Port, Ehode-Island , lo octobre 1780.

et Vous recevrez, par ce bâtiment , un

détail de la trahison et de l'apostasie d'un de nos plus grands généraux qui passa à l'ennemi le â5 septembre dernier. Heureusement sa pecfidie fut découverte avant qu'il eût pu exécuter ses projets. Le général Arnold a enseveli toute sa gloire militaire, et l'histoire couvrira son nom d'opprobre et d'infamie. Usera méprisé non-seulement par nous, citoyens des États-Unis,' mais par toutes les nations de l'Europe , et dans tons les siècles à venir. Il y a tout lieu de croire qu'en projetant

de livrer aox Anglais West-Poifit,le,:27^tembrey il voulait aussi remettre entre leurs mains le général Washington et le ministre de France. San excellence le chevalier de la Luzerne m'a dit que passant par West- Point le 24 , veille du jour où le complot futdécouTert, le général Arnold lepressa, jusqua rimportunité, dy rester quatre ou cinq jours. Arnold savait aussi que le général Washington devait s'y trouver vers le même temps , à son retour d'une entrevue avec les officiers français à Hartford. La désertion du général Arnold est une perte pour l'Amérique ; maisrelle est si fertile en patriotes que nous pouvons en perdre tous les *ans un ou 'deux des plus distingués, sans danger sérieux pour la cause glorieuse de rindépendance et dela(lib»té. Les renseignemeas qu'ilpourra donner sont le plus grand mal qu'il puisse nous faire. Au surplus l'armée américaine est maintenantdans un état si respectable, que lesdétailsque Tennemi en apprendra ; nous seront plus utiles que nuisibles. L'exécution faite très* à r propos le 2 de ce mois du major André , adjudant-général de l'armée anglaise, qui ravai:t séduit , empé^ chera probablement de pareils complots à l'avenir.

» Le congrès , et les assemblées de tous les états, montrent toujours une fermeté inébranlable. Leur soutien consiste dans l'union cordiale de la^ grande masse du peuple , en dépit des efforts des

i5o MÉMOIRES

Toris (i) , et des anôa du g^uvenieflieiit aiigUîa»s. qui cherchent à se inélev partout , et doat le^ travaux , comme ceux de Sysîpbe, m baru^ot à, rouler le rocher qui retombei^a sur e^x.

m La tempête dure encore; niaU ootre vaiMeM»: finira par entrer dans le port Nous jouisaonya e» espérance dea douceurs du calme, et nous ue doutons nullement du triomphe de la liberté amé* ricaine»:

Philadelphie , ii octobre 1780^

ic La découverte miraculeuse qu'on vient de faire du^ complot d'Arnold, qui parait avoir été médité depuis long-temps , a fait croire que Rod* ney avait en vue quelque <hosé de plus que de. déjouer simplement les projets du comte de &uiehe. '

» Dans la fermentation d'une révolution comme celle-ci , quand il existait des relations damitié , d'intimité , entre des gens qui ont embrassé des partis différens; quand des hommes, animés de bonnes intentions , se sont rangés les uns contre les autres; quand des caractères si opposéa oot pris part i^ la contestation , il n'aurait été oi étrange , ni extraordinaire qu'il se fût trouvé d^

(4) Nom doni^é «^ A^le urre au p^rti ministériel*

(^Not9 du traducteur.}

DE B. FRANKLIN. aSi

inspirateurs. Mais, pour Thonueu^ de notre arimée, Arnold esMiIe preniiev, et je crois le seul of&ctev'américai^i^ qui, pendant oette guerre,. Uril €x>nçu le dessein detrahiv sni patrie. Vous coiv* naissez Bon caractère ; il était brave, inais avare ; aiilnant la représentation , et peu scrupuleux sur les Hioyens de se procuver de largeat pour en. aontenir les dépenseSé II arait épousé une jeune femme qui avait. été distinguée par les cheva;liers de lord Howe, et dont le père ne se lésait pas remarquer par son attachement pour la cause amé^ rieaine. Les dépenses auxquelles Arnold se livrait à Philadelphie avaient épuisé se% finances; les comptes qu'ils rendit subirent un examen sérieux à la trésorerie , et le résultat n'en fut pas à Favan* tage deso|i honneur ni de squ honnêteté ; ce qui , joint au désagrément qu'il éprouva relativement à fAciwe^ et à la décision de la cour martiale, qui prononça sur la plainte du conseil de Pen^ sylvanîe> lui aigrit le caractère, et fit de lui rhomme qui convenait aux vues de Clinton. Des lettres trouvées parmi ses papiers , prouvent que lé capitaine André , l'un des aides-de-camp de sir H. Clinton, avait entamé une correspondance avec mistress Arnold , en 1779 , sous prétexte de lui fournir des articles de modes. Je ne puis dire si elle continua juftju*à ce que le complot de livrer West-Point à l'ennemi eût atteint sa matu- ' rite ; mais ce qui prouve que ce projet se tramait depuis long-temps , c'est que tandis que l'ennemi

a5a MÉMOIRES

fesait des préparatifis pour exécuter son projet, tout en annonçant hautement une attaque contre la Virginie , les mêmes bruits couraient .^ns le camp de lôrd Cornwalis ^ dans la Caroline du sud^ ; et l'on y prenait des mesures pour nous faire croire que son intention était de seconder cette expédition, en traversant la Caroline du nord, pour faire sa jonction avec sir Henry Clinton, lors de son entrée en Virginie. Dans le même temps Rodney arrivait à New-York, et l'on croit que le projet des Anglais était , dès qu'ils aui;aient eu West-Point en leur pouvoir, de couper toute communication entre les états de l'ouest et ceax du sud , et de tourner toutes leurs forces contre Ja flotte française à Rhode-Island. Jl est vrai que ce n'est qu'une conjecture; mais le plan était vaste , et si Rodney eût réussi, il aurait terminé l'année d'une manière aussi brillante qp'il Tavait commencée. La Providence, en découvrant ce eotnplot, a anéanti les projeta de nos ennemis».

La lettre suivante , écrite par le docteur Franklin au marquis de La Fayette, qui servait^alors dans l'armée américaine , fait aussi mention de la trahison d'Arnold, et fait allusion. au prix, à la récompense qu'il en reçut du gouvernement britannique : on la trouverf d'ailleurs intéressante , par d'autres motifs encore.

DE B. FRANKLIN. a53

>. ' Au marquis de La Fayette.

Passy,i4mti 1781.

« Mon cher Monsieur,

» Vous êtes un excellent correspondant , ce que je ne mérite pas, car j'en suis un fort mauvais : la vérité est que j'ai trop d'affaires , dont une grande partie «sont étrangères à mes fonctions officielles, et elles mettent obstacle à la régularité de ma correspondance avec mes ami^. Je n'en suis pas moins extrêmement sensible à la bonté que vous avez de m'envoyer si souvent des nouvelles détaillées de letatdes affaires en Amérique , et en me faisant voir par vos lettres que votre santé et votre zèle pour notre /pays Sont toujours les mêmes.

» J'espère qu'en ce moment le vaisseau qui a • l'honneur de porter votre nom , est arrivé en Amérique ; il y porte des effets d'habillement pour environ vingt mille hommes , des armes , des munitions, etc.; ce qui vous fournira une partie de ce qui vous.raanque. Le colonel Laurens vous portera une autre cargaison , si la Providence favorise son passage : vous recevrez par cette occasion une lettre de moi plus détaillée. '

» Vos amis ont appris que vous avez marché contre le traître Arnold : ils sont impatiens d'apprendre vossuccèsictsaipunition. |e vousenvoie

^54 MllMOIRES

copie d'une lettre qui lui a été adressée par son agent en Angleterre, et qui a été prise par uq de nos croiseurs. Elle fait deviner comment sa trahison a été payée et récompensée. Misérable cupidité, quand on réfléchit à lUn£aimie dont il sest couvert ainsi que sa Êrmille !

» Les Anglais sont en beaa chisrain de se £aitre encore plus d'ennemis : ils jouent en désespérés. La fortune peut leur être favorable comme elle l'est quelquefois à un joaetir qui à perdu la tête ; mais leur tyrannie dans l'est leur a &it des ennemis de toutes les puissances de ce pays, et je ne leur connais pas un seul ami dans tout l'ôcciderit. S'ils perdent leur commerce de l'Inde, qui est aujourd'hui leur principal soutien , et une bataille sur mer, leur crédit est perdu et leur pouvoir anéanti. C'est ainsi que les empires comme les individus se ruinent par l'orgueil, là folie et l'extravagance; M. La Motfbe Piquet leur a arraché d'entre les dents une bonne partie de la proie qu'ils avaient saisie dans les Indes occidentales , car il leur a captuté vingt-deux voîles qu'ils 'avaient prises et qu'ils envoyaient en ^Angleterre. Un de nos corsaire en a pris deux qu'il a conduites dans le port de Bfest, et deux lautr^e^ont été brûlées : elles étaient trente-quatre de compagnie, escortées par deux vaisseaux de ligiîe et deux frégates qui ont pris la fuite; maison n'a pas encore appris Ifeur arrivée dans un po^t bpitanni<|ue^

DE B. FRANKLIN. a55

9 Je crois qu'on a ea raison tl'envoyer ici le colonel Laurens qui pouvatc parler avec connaissance de cause de l'état de l'armée : il a obtenu tout le succès qu'on pouvait raisonnablement espérer, sinon tout ce qu'on désirait, il a parfaitement justifié le témoignage que vous en avez rendu, et il emporte avec lui toute mon estime; mais il aurait préféré avec raison un peu plus d'argent pour une armée qu'il chérit. L'amitié de cette cour est toujours ferme et solide , et elle fait pour nous tout ce qu'elle peut; mais ne pouvons * nous pas ÙLire un peu plus pour nous - même ? Mon successeur ( car j'ai prié le congrès de m'en envoyer un ) la trouvera dans les meilleures dispositions à noti^ égard , et j'espère qu'il aura soin de les entretenir. Vous qui/connaissez les hommes marquads des deux pays , vous seriez peut - être meilleur juge qu'aucun membre du congrès pour faii^ choix d'une personne qui convienne à ce poste. Je voudrais que vous puissiez donner votre avis lorsqu'il en sera question dans cette assemblée : je suis fatigué depuis long - temps du métier de ministre, et je voudrais goûter un peu de repos avant de m'endormir tout de bon , et pour toujours. Je croyais pouvoir tenir jusqu'à la paix, mats comme je ne la vois qu'à une distance plus éloignée que la fin de mes jours, je commence à m'impatiènter : je ne peiiterais pourtant pas à me retirer des affaires publiques, si je ne croyais

ùicïle au congrès , aidé de vos conseils, de trouver

un homme plus en état que moi de les diriger.

» Que le ciel vous protège et couronne du succès tous vos travaux.

» Je suis avec la plus haute estime et la plus sincère affection ,

» Mon cher Monsieur, votre, etc.

» B. FEAintLiir. »

Malgré les occupations nombreuses et importantes du docteur Franklin , il s'amusait quelquefois à composer et à imprimer lui- même , au moyen d^un petit assortiment de caractères et d'une presse qu'il avait chez lui, des plaisanteries , des jeux d'esprit , des bagatelles qu'il écrivait principalement pour l'amusement de ses amis intimes. De ce nombre furent deux articles qu'il imprima sur une demi-feuille de mauvais papier, pour imiter en quelque sorte un journal de Boston, et il les intitula tous deux Supplément à la Chronique indépendante de Boston. Pour rendre la déception plus complète, non-seulement il imita les caractères et le papier qu'on employait dans ce journal, mais il inséra dans ce prétendu supplément des annonces et avis divers sembla' b)es à ceux que le véritable contenait ordinairement. Son projet était de les envoyer en Angleterre, pour que les journaux anglais, trompés par le;» apparences , et ne soupçonnant pas la ruse, insérassent de nouveau dans leurs colonnes ces

DE B. FRANKLIN. aSj

i^eux pièces qui devaient faire hojate au gouvernement anglais.

Les nouvelles qu*on recevait de la manière cruellement horrible dont les Indiens alliés de la Grande-Bretagne fesaient la guerre en Amérique, donnèrent lieu au premier article. Ces barbares massacraient les cultivateurs sans défense, leurs femmes, leurs enfans, et enlevaient leurs chevelures, pour gagner la récompense qui leur était promise , et qui était proportionnée k leur nombre. On disait qu'ils en avaient ainsi tué deux mille.

On y supposait que dans une expédition contre les Indiens, on leur avait pris huit caisses remplies de chevelures arrangées avec beaucoup d'ordre, en distinguant celles des l^ommes , des femmes et des enfans ; celles des individus massacrés chez eux , ou tués en combattant , etc. Il s'y trouvait une lettre des chefs de ces Indiens, supposée écrite au gouverneur du Canada, pour lui en faire l'envoi. Enfin le tout se terminait par un article de Boston , où l'on disait qu'après avoir délibéré sur ce qu'on ferait de ces chevelures , on avait résolu de les euivoyer en Angleterre; qu'en conséquence on en avait fait différens paquets ,^ un pour le roi, contenant un échantillon de chaque^espèce^de chevelure ,Y<>^rren*« orner son Muséum; un autre pour la. reine,, coottenant dçs chevelures de.femmes et d'enfans; le reste devait;

Memoirus. II. '7

a58 MÉMOIRES

être adressé aux deux chambres (Tu parlement, et les évéques devaient avoir double part.

La seconde pièce était une lettre supposée écrite par le commodore Paul Jones. Elle prenait son origine dans un mémoire présenté par sir Joseph Yorke, ambassadeur d'Angleterre en Hollande, pour réclamer ie Serapis et la Comtesse de Scarborougk, bâtimens qu avait pris et qu'avait conduits dans un port de ce pays l'escadre commandée par Paul Jones, qui étî^t nomme dans ce mémoire le pirate Paul Jones cC Ecosse , sujet rebelle , et criminel d^état. Il s'y disculpe de l'accusation detré un pirate, en démontrant qu'un pirate est Tennemi de toutes les nations^ et qu'il n'est que celui de l'Angleterre; qu'un pirate ne se bat que pour l'amour du pillage, et qu'il n'a pris les armes que pour défendre la liberté, les propriétés et la vie des Américains. Il se justifie ensuite de l'accusatfon de rébellion, en rappelant les principes des Whigs, portant que tout sujet anglais a droit de refuser aii. roi ce que le roi n'a pas le droit de lui demander, et qixe de même que les sujets peuvent en certains cas être privés de leurs droits sur leurs biens, ainsi les rois peuvent perdre les îeursAur leurs états (i). Il

• (l) Ces prÎHèîp^ssoht ccttt qui étaient riîîs eh^àvs/nt*par \ts pavtioùis de la liévollilkîti qui- pmè Jâ'cqaey II du' trône

DE B. FtlANKLlN. aSg

finit pardéraoïilrer que les tiœuds qui urnissaieiit FAmérique à l'Angleterre ont élé rompus par le roi hii-même, en violant les droits constitutionnels des Américains, en les déclarant hors de^ protection, en leur fesant la guerre, en ruidant leur commerce, en excitant les sauvages à les massacrer, eii brûlant leurs villes, etc. (i). Le docteurFranklinavait une grande opinion

d'Angleterre y et les membre» du. parti de roppositioa se donnent encore le nom de "Whigs.

(Note du traducteur.) (i) Jnecdote sur PaulJonesl — L'équipage de Paul Jones s'étant emparé de la maison de lord Selklrk, prit toute son argenterie et l'emporta à bord. Paul Joncs écîrivit à lord Selkirk une lettre où il lui aTpuflit franckement qu'il avait eu dessein de se rendre maitre de sa personne-, et qu'il Faurait gardé prisonnier comme un bomme qui pouvait être important en cas d'un' cartel d'échange ; mais il désavoua le vol de son argenterie , dit qu'il avait été fait par les gens de son équipage, contre ses ordres, parce qu'ils voulaient se dédommager des dangers qu'ils avaient cotittls et <!lës fatigués qu'ils avaient essuyées dans la baie de «Kirl^ctidbright quelques jours auparavant» en essayaoi-.de siettre le^feu aux bâtimens qu'on construisait dans le port de W^t^heaven ; e«fin , il l'informait que son argenteriç était en si^reté , et qu'il saisirait la plus prochaine occasion de la lui ^ire remettre. Il l'envoya effectivement ensuite chez le banquier de. lord Selkirk à Londres. Ceux qui douteront de la vérité de cette anecdote peuvent consulter les Jddàions au Voyage aux lacs d* Ecosse par Gilpin ; ils l'y trouveront confirmée par le témoignage de lord Selkirk lui-mémè. • ; . « ^ ;

a6o, MÉMOIRIÎS

de l'effet que des journaux bien écrits peuvent produire sur l'esprit public^ ainsi qu'on le verra par l'extrait d'une lettre qu'il écrivit au docteur Priée le i3 juin 178a-

« Je vous félicite sur la dernière rév^ution qui vient d'avoir lieu dans vos affaires publiques. Il peut en résulter beaucoup de bien, quoique peutéire pas autant que les hommes de bien et les nouveaux ministres eux-mêmes peuvent le désirer ou l'espérer. Je vois dans le changement qui s'est opéré dans l'esprit de la nation anglaise , l'effet évident de vos écrits, de ceux de feu notre ami M. Burgh, et d'autres membres de notre estimable club. Ce doit être pour vous un encouragement à continuer. Les anciens orateurs , grecs et romain;», ne pouvaient parler qiji'aux citoyens rassemblés à portée de les entendre; leurs écrits produisaient peU d'effet , parce que la grande massé du peuple ne pouvait les lire. Aujourd'hui , grâce à la presse, nous pouvons parler aux nations ; et de bons livres, des pamphlets bien écrits ont une influence considérable et générale. La . fiaicilité avec laquelle les mêmes vérités peuvent se répéter,' en les plaçant sous différens jours dans les journaux que chacun lit , donne un grand * moyen de les faire reconnaître : enfin nous voyons aujourd'hui non-seulement qu'il faut battre U fer tandis qu'il est chaud, mais qu'on peut l'échauffer à force de le battre ».

Dans le mois de juin 178a , M. Jones, depuis

DE B FRANKLIN. a«i

sir William Jones', si éminemment distingué par ses vertus, son* génie et ses connaissances , vint à Paris avec feu M. Paradise, dans l'intention de se rendre de là en Amérique : ils étaient liés d'une étroite amitié. L'objet du voyage de M. Jones ^ dît lord Teignmouth dans la vie de ce deïrnier , était d'obtenir la restitution d'un domaine considérable que M. Paradise était menacé' de perdre, en vertu d'une résolution du congrès, s'il ne comparaissait en personne pour le réclamer. Il ajoute : « M. Jones parle dans sa correspondance du motif de son voyage; et son témoignage doit être concluant contre les conjectures et les insinuations qu'on répandit dans le temps pour supposer une autre causée son départ. L'irrésolution de son ami, augmentée par une indisposition , empêcha l'exécution de ce projet, et M . Jones s'étant procuré un passeport de Franklin, ministre d'Amérique à la cour de France, revint en Angleterre par la Normandie et la Hollande ».

^ L'éditeur ne connaît pas le compte rendu '|)ar sit* William Jones des motifs qu'il avait pour se rendre en Amérique ; mais à Passy , où lui et Mi Paradise allèrent plusieurs fois voir le docteur Franklin, M. Jones ne donna d'autre raison de son voyage que le désir d'accompagner son ami, et de satisfaire sa curiosité, en voyant un pays des droits duquel il avait toujours été l'avocat. M. Paradise n'avait jamais été le client de M\ Jones»

a62 MÉMOIRES

malgré Tainitié qui les unissait, pai;çe qu'^l n'avait jamais eu de. procès en Angleterre-; ^eç il n'avait aucun Jbesoin d'emmçner en AniériqiJe.uQ^qrnme; de loi,. puisque. sa présence &uffi^it..pour éviter la confiscation prononcée contre les bicin^des pro-; priétaires absens qui résidaient dans un p^ys avec lequel les États-Uni^ étaient alors;en guerre: confiscation qu'il évita même, sans ayoif beso^in d',ayocat , et sans avpir été çn Amériqjuie , si pe n'est cinq ans après la paix. Ce motif pe ppuvs^it .donc pas être la véritablje cause du voyage de M. Jones; et dans le fait, d'après,. quejquçs.ipo^ts qui lui échappèrent dans une conversa tioî^>.v^ç jVI. Jay, l'un des plénipotentiaires américains, celui-ci soupçonna violemment que ^op véritable dessein était de lâcher d y engager d^s, pef tonnes en crédit à accepter une réconciliation avec l'Angleterre , à des conditions plus favorables, ou moins humiliantes qu'une indépendance. absolue. Ce soupçon augmenta encore lorsqu'il, eut lu dans un écrit que M. Jones lui remit imprudemment, et qui contenait le détail des séances d'une société dont ce dernier était membre, qu'il y avait annoncé son inten|ion de quitter incessam^nent l'Angleterre pour une mission dont le but étî^it l'avantage et la prospérité de.ce^ays* M, Jay eti fut tellement frappé, qu'il saifi(it la première occasion d'écrire à ses amis du congrès pour leur recommander de £^e tenir en gard?cçti>tçe tout ce. que pourrait leur dire M. Jone§. Mais quelque ait;

DE B. FRANKLIN. aês

été le dessein dans lequel M. Jones voulait se rendre en Amérique, il fui si mécontent de le voir échouer à Nantes, par la timidité de M. Paradise, qui refu.sa d'aller plus loin , qu'il le quitta, et nVut plus aucune relation avec lui pendant tout le reste de sa vie.

Tandis que M. Jones était à Paris, il remit au docteur Franklin l'écrit suivant, intitulé /^rag'ment de Polybe, Il éla.it certainement rédigé dans la vue d'amener ce genfe de i:éconciliation qui devait, comme on le suppose, être le véritafelç but du voyage qu'il, projetait. Nous espérons que le mérite intrinsèque de ce morceau , et la réputation de son auteur en rendront h lecture agréable. On. peut le considérer comme une pièce diptomatique qui.s'élève bien au-dessus de la classç ordinaire. Le1e«^leur en découvrira facilement les allusions, ...

FltÀGMENT du Traité de Pùlyhe sur le gouvernement - d;jithènei.

q. Atljènes ava^itété Iqng-.temps l'objet de l'admiration universelle, et par conséquent de Teuf vie. îîa ai,arine était invincible, son commerce immeuîiè; VE-tirope et l'Asie versaient leurs tré* sors dans son.f^çiu. Tous.^çjs.citPjyerxs é.tajient intrépides , et l^i plupart verjtue.ux;; mais il ^'ea trcfuyaii qui étaient infecté;» de, principes peu favoral)le,s à la liberté. IIqu, résulta qu'il s'y établit une s.prjle d oligaruhip, Les.conseils de l'astuce furent

a64 MÉMOIRES

regardés comixie la suprême sagesse , et les Athéiliens ne sentant plus eux-mêmes tout le prix de leur liberté^ commencèrent à attaquer celle de leurs colonies et des états qu'ils avaient jusque alors protégés^ Leurs prétentions arrogantes à une domination sans bornes força les habitans' de Chio, de Gos, de Rhodes et de Lemnos à se joindre à neuf autres petites colonies pour entreprendre une guerre sociale qu'elles commencèrent avec une ardeur inconcevable, et qu'elles continuèrent avec un enthousiasme sans égal et presque àU-dessus de foute croyance. Ils furent assistés ouvertement par Mausole , roi de Carie, dans la capitale duquel les Isles-Unies avaient envoyé un philosophe nommé Eleutherion , illustre par la connaissance qu'il avait acquise des lois de la nature , par un jugement solide , une vertu irréprochable , et le zèle le plus ardent pour la cause de la liberté. La guerre avait duré trois ans^^ avait donné lieu de part et d'autre à une foule de traits de valeur ; et les alliés déployaient autant 3e fermeté que les Athéniens montraient de vio- Ifence. Ceux-ci envoyèrent pourtant des commissaires à Rhodes , dans le dessein de proposer àes termes d'arrangement; mais les alliés , peut-être avec trop d'opiniâtreté , refusèrent d'écouter aucune proposition avant que les magistrats et le peuple d'Athènes eussent reconnu leur indépendance absolue. Ce fut peu de temps «près qu'un Athénien,. qui avait été pupille d'Isée en même

DE B. FRANKLIN. q6S

temps que Démosthènes , et qui avait^^ommencé à se faire connaître ett.plaîdantdifféreùtescaiises, fit un voyage en Carie pour une affaire d'un de $es cltens; C'était un homme sians autorisation , , sans emploi, sans liaisons politiques ; il était indé^ pendant par sa- fortune comme par ses principes^ n'admettait d'autre pouvoir; après la IVovidenW, que celui dés lois^îet né reconnaissait pour lois que celles que la justice et la vertu avaient dictées, que la sagesse avait confirmées, et que son pays avait lîbitein^nracceptécls. Il avait connu àÂthènes le sage Eleûthenon^ et ayant renoué connaissance avec lui , il lui exprimsjit un jour son désir devoir une paix générale s'établir à des conditions qui feraient naître lèf plus grand bien du plus grand mal. « Ce serait , dit-il , une œuvre îjui ne'serait pas Im » digne des pouvoirs divins; et si des mortels pou- » vaient y réussir, ils agiraient comme ces êtres » bienfèsans qtie Socrate croyait être les amis et » les gardiens constans de l'espèce humaine ».

» Quant aux nations if niés, ajouta- t-il, je les approuve, je les adniire, je leur porte presque envie. Je suis même presque tenté dé souhaiter "d'être né à Chîo ou à Rhodes. Mais qu'elles sachent se contenter du prix de la vertu qu'elles *t)nt déjà remporté. Je ne le cède à aucun de vos compatl'iotes, ô Eleutherion! en amour dé la liberté; mais elle me semble bien plus aimable qushid elle a la paix pour compagne. 'On ne peut attendre de cette u^ion que le plus grand bon-

heur que notre nature puifse atteindre , etic'est une union qui ne dépendà prçaeiit.qfje d'un mot.

9 Que lei» confédérées se , qont^utent de jouif réeUement de cette indé}>endançjejqu*ils se sont aœurée, et le mot s'ensuivra néçesj^ire^ent.

«Qu'ils ne blessent.^ pas ^orgueil naturel et peut-être exciis^l>j.9 d'4tb.ènes,.et qu^iU n^en exigent aucune çqqcefisifxa qui puis^ dégrader aux yeux de la Gfèce un peuple avec lequel ils sont et doivent être unis par le lai^g^e^ Lç sang , les IDoaurs, Tintérét et le;» principesi. ^L^ gioir^ est aux nations ce que la réputation est aux indi* vidus : un va!<i son, mais important et;esseritieL Il sera glorieux pour Athènes de reconnaître quelle a commis une erreur en essayant de ré^ duire les îles; mais reconnaître )qu'il lui lest im-possible de les réduire , ai cette impossibilité existe, ce serait £aire un aveu de faiblesse trop public, et elle p^rdr^ait son rang parmi les puissances de la Grèçe«

jiMais quelques avis, que je pusse donner^ si rpn voulait les écouter^ je sais et jp déclare ppsi-^tivement que tant qu'Athènes sera Athènes^ jar mais elle ne reconnaîtra expresséihent TimléfieinT dance de&Ues. Stss ressources ne sqnt certainement pa^ inépuisables , mais ni n.ous ni nos.enfans ne lçs|irçrronS( s'épuiser. Tous les partis vsont réunie ppur cette {résolution. Moi qui n^ suis daiicun parti, je.pejc^e différemment. ]M|ais q^e peut une YQL^ ispJL^fi 4ans une si vfste multitude?

DE B. FRANKLIN. a67

Cependant l'offre qu on a faite aux, îles de conditions d'un traité, n'était-elle pas une reconnaissance tacitç de leur indépendance, et n est-ce pas la reconnaître que de traiter avec elle ? Une re*connaissance expresse n'est que Ae forme jà. l'égard fies confédérés, mais les préjugés- humainsen font une affaire de^o/i^i pour Athènes.

» Qu'on écarte donc cet obstacle; il est léger» niais il est, fatal : tapt qu'il existera , .des milliers d^hoaimes périront. Dans la guerce, le hasard aveugle présidera toujours à biep des événenjens. Urie tempête, une .chute de neige peut rendre inutiles tous vos efforts en faveur de la libçi:;té ; que des corpjnai^aiTçs pris des 4ei|x.cp|és se;réunissept doncj et c'est en n'insistant pas sur une recorinaissance préliroinaîre dHndépendanqe , que les insulaires parviendront à se l'assurer à jamais.

y» Mais l'indépendance n'est pas une désunion; Chio, Cps, Rhodes; Lesbos, etc. <, sont unies ^ et cependant indépendantes Içsunes des autres.

Elles sont jointes en^eoijDle par un lien commun; mais elles ont des farine^ e-t^des constitutions différentes. Ce sont des pierres de diverses couleurs^ dont on a formé un bracelet. Une telle union ne peut avoir lieu qu'entre. des états qui, sous des fprn^es différentes de gouvernement , possèdent: un bien qui leur est commun, la liberté. Le* républiques peuvent former de3 alliances avec des monarchies arbitraires,. mais. nqn une unioq.

fédérale. Si Athènes était gouvernée par la -volonté d'un monarque ,. elle ne pourrait jamais figurer iivec lés îles; car ce serait réunir des choses non pas différentes , mais contraires. Mais elle est et sera toujours gouvernée par les lois seules ; c'està-dire , par la volonté du peuple , qui est la seule loi. Son archonte, même (juand il était perpétuel, n'avait pas les droits qui appartiennent essentiellement au monarque. La constitution d'Athènes était donc , si nous voulons la bien définir, une république , a^ec un administrateur perpétuel des lois. On peut donc former naturellement une ui^ion entré Athènes et les états les plus libres. ' i) Il existe entre elle et lès îles une union naturelle , instituée par les dieux , et que tous les pouvoirs des en fers ne peuvent dissoudre. Des hommes qui parlent la même langue , qui reçoivent la même éducation , ef souvent dans le même, endroit, professant les mêmes principes , issus des mêmes ancêtres à un degré peu éloigné; unis les uns aux autres par mille relations de parenté, d'alliance et d'amitié ; de tels hommes , quoi qu'en puisse (lire un resisentînient temporaire , ne peuvent jamais, au fond de leur cœur, se regarder comme éti^ngei*s. *

» Qu'ils se rassemblent donc avec des dispositions fraternelles et pacifiques , et que ce soit là le plan et le fondement du traité suivant.

ce Art. P^. LesCarieiis seront compris dans la pacification, et il leur sera accordé des avantages

qui leur feront préférer la paix à la continuation d'une guerre hasardeuse. ^^

]» Art. IL L archonte, le sénat ^t les magistrats d'Athènes , reconnaîtront formellement les droits de tous les citoyens athéniens, de tous les ordres; et toutes les anciennes lois à ce sujet seront réunies en une seule. Il n'y aura pas d'esclaves en Attique*

. » Note. En fesant un préliminaire de cet article^ les insulaires prouveront leur affection pour le peuple d'Athènes j^, leur amitié sera cimentée et fixée sur une base solide ; et, comme je l'ai dit, le plus grand bien naîtra du plus grand maL

» Art. III. Il y aura une parfaite union entre Athènes et les treize Isles-Unies. Elles ne considé* reront pas cette ville comme une mère à qui elles doivent obéir « mais compe une sœur aînée qu'elles ne peuvent s'empêcher de chérir , et à qui elles accordleront prééminence d'honneur, et égalité de pouvoir.

3> Art. lY. Les nouvelles constitutions des îles confédérées continueront à subsister.

» Art. V. Toutes les fois qu'il s'agira de passer quelques actes pour le bien général ; on formera une assemblée de députés du sénat d'Athènes et du congrès des îles. Cette assemblée fixera la quotité des contributions qui devront être payées de chaque côté. Elles sera composée de cinquante Athéniens et de cinquante insulaires, ou d'un plus petit nombre.

J270 ', M'ÉMOIRE^S

'hkrt.Vl. Sîon 4e jugen-écessiaii'e^t convenable, Tin nombre convenu d'Athéniens siégeront dam la grande assemblée dès îles , et y auront voix con- •suUative etvdélibérativesur tous les objets d'intérêt commun. Un nombre convenu d'insulaires siégeront de même da ns l'assemblée d^Athènes, et y jouiront du même droit.

» Note, Cette représentation réciproque cimentera l'union. ...

» Art. VU. Il n'y aura d'obligation de faire la guerre que pour l'intérêt'cojg^Mfnun.

» Ai:t. VIII. Le conimerœ aura toute liberté, pour l'avantage général des puissances unies.

» Art. IX'. Une pleine et entière amnistie sera publiée dam toute la Grèce et dans toute l'Asie.

» Voilà, contîniia l'Athénien, l'ébauche d'un traité fondé sur la vertu et sut la liberté. Cette idée remplit et épanouit mon âme, et si elle ne peut se réaliser, je ne la croirai pas moins bonne, mais je n'en déplorerai que davantage la perversité du genre humain. Puisse l'Être éternel qu'adore rhomme sage et vertueux , et dont l'attribut est de changer eh bien le mal que permet sa sagesse qu'on ne doit pas interroger, inspirer à tous le^ hommes le désir d'exécuter un tel plan ou quelque autre semblable! Si cela est impraticable, ô malheureuse nature humaine! Mais je suis bien convaincu que si. .... plus au long le bonheur

detous... .•»

Voilà tout ce qui reste de ce morceau intéres-

sant , suricquel il aurait été brèn utile en ce raoment d'avoir le$ réflexions du «âge Polybe.

La lecture de cette pièce classique et ingénieuse ne changea rien aux senti mena du docteur Franklin, relativement à l'indépendance absolue dé sa patrie, comme on le voit par plusieurs lettres qu'il écrivit en Amérique immédiatement après , et surtout par celle qu'il adressa le 28 juin 178a au secrétaire Livingston. Après avoir dit que Us intentions du ministère britannique paraissuiént depuis quelques semaines équivoques et iucér» taines, il ajoute: « On dirait que depuis le dernier succès qu'il a obtenu dans les Indes occidentales, il se repent un peu d avoir été si loin dans la déclaration qu'il a &ite relativement à la reconnais* sanre de notre indépendance ; et n^us savons de bonne part qu'une partie des ministres flattent encore le roi de l'espoir de recouvrer sa souveraineté sur nous, aux mêmes conditions qu'on im- • pose maintenant à l'Irlande. Quelque disposés que nous pussions avoir été au commencement de nos divisions , à eYi accepter de semblables, soyez assurés que nous n'y trouverions aucune sûreté maintenant; Lt roi nous hait de tout son tœur. Si on lui accorde lé tooindre degré de pouvoir sur nous, quelque part que ce puisse être dans nôtre gouvernement, on aura beau y fixer des timifes, la corruption , l'astuce et la force ne tarderont pas à les étendre, jusqu'à cie que nous

a^a MÉMOIRES

retombions dans un assujettissement absolu. Cela sera d'autantplus£acile, qu'en le i^econnajissant d^ nouveau pour notre roi , nous attirerons sur nous le mépris de toute TEurope, qui nous admire et nous respecte aujourd'hui, et nous ne.trocivdrons plus à l'avenir un seul ami pour nous aider. On dil qu'il y a de la division dans le ministère sur plusieurs autres points. Ceux dont le. but est d'augmenter le pouvoir de la couronne » font espérer au roi une réunion , et l'on assure qu'ils comptent beaucoup sur l'activité d^agens secrets qu'ils envoient eu Amérique pour y disposer les esprits. Ils espèrent même pouvoir faire un traité ^paré avec le général Carleton*».

Il n'existe aucun dpute que quelques-uns des commissaires américains n'eussent de violens soupçons que M. Jones , à la sollicitation de son ami et de son protecteur, lord Shelburne, alors ministre, n'eût consenti à employer tousses talens et tous ses efforts pour arriver à ce but. C'est au public à décider , d'après ce qui- précède, jusqu'à i quel point ces soupçons étaient fondés. Au sur- | plus, lors de son retour eo Angleterre, M. Jones exprima ses sentimens a ce sujet ainsi qu'il suit, dans une lettre qu'il écrivit à lord Althorp.le 5 décembre 1783, et qui a été conservée daAs.sa vie par lord Teignmouth : a Quant à l'AïQ^^ue , je ne sais ce que • • • . en pense, mais ce que je sais, c'est que jamais la force ni la ruse ne feroat renoncer les Américains à leur liberté ».

Le^ n^ociations pour la paix avec rAmérique av^ieiiteu lieu à Passy, directement ou indirectemeot, depuislechangementdu ministère anglais. On en peut voir le détail dans les lettres qui for-» ment la troisième partie de la correspondance de Franklin. On y reconnaîtra Tinfluence qu'a eue eet homme d'état et ce négociateur habile; pour f ipener l'Angleterre à faire la paitc avec l'Amérique et^ à reconnaître définitivement son indé-< pendance.

Nous croyons pourtant qu't>a ne lira pas sans intérêt l'extrait d^ deux lettre^ écrites par le docteur Franklin peu de temps $près la signature des préliminaires, parce qu'elles rendent compté de la manière don^ la;paix fut amenée, et qu'elles exprimant ses sentimens sur cet heureux événe»ment (i). ...

^ rhonorable Robert R. Lwirigston.

Passy» 5 déoembre 1781.

..... « Vous désirez connaître tous hs pas qui peuvent tendre à une* négociation : jç voua ft^nvoie donc la première partie du journar^uei'ai tenu. Divers accidens, une longue indisposition

Vont interrompu; mais, d'après les notes. que j'ai

■ I I ■ ■ ' * ■>»'■» ■ ■< . ■ ., I !■■ ■ ... Il ,1 ,■ . I . ■

3 (1) Aucune de ces deax lettres ne se trouve dans Téilitîoa |/i»4**, de la Correspondance, et la première seulement n été ia* sérée dans l'édition //9-8^. qui en a été do^née ensuite. Mémoires, ii. 18

conservées j je pourrai le continuer, si cela est jugé convenable. t>ans Tétat où il se trouve aujourd'hui, il est à peine digne d être mis sous les yeux du congrès, mais il ne Test certainement pas de paraître devant le public ; je le confie donc à votre prudence.

» L'arrivée de MM. Jây, Adams et Laurens m'a mis plus à mon aise. J'aurais été fâché qu on m'eût laissé seul pour conclure le traité; j'en ai été d'autant plus charmé, que je suis certain que leur présence a fait grand bien à nos affaires.

j> Une grande partie de l'été s'est passée à faire des objections sur les pouvoirs donnés psir la Grande-Bretagne , et à écarter ces^ objections. On semblait d'abord avoir pris le plus grand soin de n'employer aucune expression qui pût impHquer une reconnaissance de notre indépendance; mais notre refus de traiter autrement décida à passer sur cette difficulté, et nous en vînmes alors à faire des propositions. Nous en fîmes d'a^ bord, M. Jay et moi, avant l'arrivée des autres commissaires : elles furent envoyées à Londres j par le plénipotentiaire anglais, pou^ être sou* mises à l'examen du roi. Quelques semaines après, un sous-secrétaire d'état, M. Strachey, arriva à Paris, et nous eûmes avec lui beaucoup de contes» tatioBS SUT les limites et sur d'autres objets. Nous fûmes d'accord sur quelques articles; il repartit pour Londres afin de les communiquer, et nous rapporta nos propositicfns partie adoptées; par-

lie refusées, quelques-unes changées, et d'autres ajoutées. Nous passâmes plusieurs jour^ à débattre et à discuter; enfin nous convînmes d articles préliminaires < et nous les signâmes. Le ministère anglais combattit bravement pour obtenir deux points : l'un, que les faveurs accordées aux royalistes fussent augmentées; l'autre, que l'étendue de nos pêcheries fût diminuée. Nous les réduisîmes, au silence sur le premier point , en les menaçant de produire un compte de tous les maux qu'ils nous avaient faits; et quant au second, lorsque les commissaires anglais nous dirent qu'ils ne pouvaient coifsentir à ce que nous demandions , et qu'il fallait qu^ls en référassent au n^ihistère anglais , nous préparâmes aussi une nouvelle note à ce sujet, avec des faits

, à l'appui. Ilparaît que, pour éviter celte nouvelle discussion, ils changèrent d'avis; ils ne parlèrent plus d'envoyer à Londres , et nous accordèrent notre demande.

» Vous trouverez dans les préliminaires quel-

"^ ques expressions ineiçactes et ambiguës , qui ont besoin d'explication, et qui peuvent s'expliquer dans le traité définitif. Comme le ministère britannique a rejeté notre proposition relative au commerce, et que la prohibition faite en Amérique de commercer avec l'Angleterre peut paraître ne pas devoir cesser d'exister par le seul fait d'un traité de paix, peut-être alors pourronsnbus , si le congrès nous donne des instructions

^76 MÉMOIftEU

à cet effet, obtenif* quelque indemnité pouF le tprtqui nous a été fait, comme cp^cUtipn pour roi^vrir le commerce. Chacun de^ mîpistre^ an^ glais actuels, iprsqu il fesait partie 4^ U minorité, déclara iryuste la |[uerre qu on pous fesait ; et s'il çst une vérité claire aux yepx de I4 raison , c^est <|ue la partie qui a injurié l'autre par upe guerre ifijuste^ lui doit réparation complète. \\ est con'» venu aussi, par les préliminaires, que les^ngla^s, en évacuant nos villes, n'emport^rontrijeB de ce qui y a été pill^; ce qui est ep quelque sorte reconpahre qiie ce pillage n açr^it pas du avoir lieu.

» Le jrnotif qu'on nous a donné pour rejeter Particle relatif au commerce , çejSttq.iiie quelques lois s'y opposaient, qu'il fallait les rapporter avant de pouvoir faire un traiiéde celte nature, et que c'était un ohjet à soumettre à la cQftsid^ration du parlement.

» Ils voulaient porter leurs limites jusqu'4 robip»,^ et établir }eurs lojalisfeéi d^pç \e pays des Illinois ; mais ppus p aimons p^v^ de tels voi- *ins, , j . '

. » N.0US îiypps commpnîqué totis les articles. (excepté l'^irlicle séparé) à M- le cqmte de Vergennes, dès q^ ils ont été ftfgpé^ : U pense que nous àvon^ bien opéré. Il m'a dit qu^ pous avicxn^ obtenu ce qu'on regi^rdait conime le plus grand -obstacle au rétablissement deî la paix générale , la déclaration de notre indépendance.

» Je vais entrer tout à l'heure dans ma soixante^» dix - huitième année. Les affaires publiques en ont rempli cinquante. Je voudrais, pour le peu de temps qui me reste à vivre , m appartenir tout entier : si je vis encore assez pour voir la paix 66 conclure, je demanderai aiï congrès la per« mission de lui rappeler qu'il m'a promis de mê rendre ma liberté à cette époque. Je me trou-* verai heureux alors de pouvoir chanter avec U irieux Siméon : JVunc dimittis setvum tuum , Do^ mine, secur^am verbum tuum in pace; quia vi* derunt oculi mei salutare tuum ».

Au docteur Cooper.

Passy, «6 décembre T7S3r. .

« Nous avons fait quelques bons pag

vers la paix : notre indépendance est. reconnue; nos limites sont telles que nous le désirons, et nos pêcheries plus étendues que le congrès ne l'espérait. J'espère que les préliminaires seront approuvés en totalité , et qu'ils donneront entière satisfaction à notre pays, ainsi que le traité définitif, quand il sera conclu; mais il y a tant d'in* téréts à peser entre cinq nations , ^tant de pré* tentions à concilier , que je puis à peine me flatter de voir la paix se conclure bientôt, quoi« que je ne cesse de l'appeler de t^us mes vœux et

de tous mes souhaits, et d'employer tous mes moyens pour Faccélérer.

» Je suis fâché d'apprendre qu'il existe chez vous des Américains qui, comme quelques-uns que j'entends ici, tiennent des propos qui ten* dent à rompre l'harmonie qui a si heureusement subsisté jusqu'ici entre le gouvernement français et le notre : il semble qu^l y ait chez vous un parli qui cherche à la détruire ; s'il y réussis-^ sait, il nous ferait un tort irréparable. C'est notre union bien cimentée avec la France qui nous a donné du poids contre l'Angleterre, et qui nous a valu le respect de toute l'Europe. Si nous manquions de foi k cette nation , sous quelque prétexte que ce puisse étre^ l'Angleterre nous foulerait encore aux pieds , et nous serions lobjet du mépi*is de tous les autres peuples. Nous nepou«vons donc être trop sur nos gardes pour empêcher que les ressentiroens particuliers de certaines personnes n'influent sur les affaires publiques. Vous entendrez beaucoup parler d'une lettre interceptée qui nous a été communiquée par le ministère britannique; ce canal doit être su: pect ; elle peut avoir reçu des additions , des altérations : mais en la supposant authentique en son entier, le zèle officieux et mal dirigé d'un secrétaire de légation ne peut être imputé au roi, qui s'est montré de tant de manières notre ferme allié, notre ami fidèle. ^

» Dans mon opinion , le véritable intérêt politique de l'Amérique est d'observer et de remplir avec la plus grande exactitude les engagemens de notre alliance avec la France, et en mênie temps de se conduire avec l'Angleterre de manière à ne pas éteindre tout- à- fait son espoir de réconciliation ». .

Dans la lettre adressée à M. Livingston, le docteur Franklin parlait ainsi, dans un autre endroit , du commencement des négociations que le congrès avait donné ordre d'ouvrir avec la cour de Suède.

ce Dès que j'ai reçu Tordre du congrès de traiter avec la Suède, et les instructions y relatives, j'ai été voir son ambassadeur à la cour de France ; il m'a répondu qu'il attendait tous les jours un courrier à ce sujet. Hier il m'écrivit un billet pour m'annoncer qu'il se fendrait chez moi au-îourd'hui , ayant quelque chose » me communiquer. Étant obligé d'aller à Paris , je passai chez lui : il me montra les pleins pouvoirs qu'ib venait de recevoir, et je lui fis voir les miens. Nous •^souvînmes de nous réunir mercredi prochain pour en faire l'échange, et commencer à parler d'affaires. Sa commission est conçue en termes fort civils : elle dit a que Sa Majesté a jugé convenable, pour l'intérêt de ses sujets, de faire un traité d'amitié et de commerce avec les États-Unis d'Amérique qui ont établi leur indépendance, et qui l'avaient si bien méritée par leur courage

2So MÉMOIRES

et leur constance, ou quelque chose de semblable, riniagine , que ce traité sera bientôt conclu ».

Il eut effectivement lieu environ ijuatre tnoid après: le 3 avril 1783, un traité de Commerce et d*aroitié entre les États-Unis et la Suède fut conclu et signé par leurs plénipotentiaires respectife, lé docteur Franklin et le comte de Krutz.

Peu de temps après, le docteur Franklin reçut la -lettre suivante du chargé d'affaire dé Suède, le baron de Staël, le comte de Krutz étant alors premier ministre de cette cour.

u4 son Excellence M. Franklin.

Paris , le i3 jain i7iS3.

«Monsieur, ,

» Je viens de recevoir la ratification de Sa Majesté du traité de commerce conclu avec les États- Unis; j'aurai l'honneur de vous la remettre aussitôt qu'elle pourra être échangée contre celle du congrès.

«Permettez, Monsieur, que je vous répète à cette occasion la demande que M. l'ambassadeur (le comte de Krutz) Vous a faite au sujet de M. Franklin , votre petit-fils (1). Il a eu l'honneur de vous dire que le roi verrait aVec plaisir résidef

(1) L'éditeur de ces Mémoires.

(Note du traducleur).

DE B. FRANKLIN. âÔi

auprès de lui, en qualtté de ministre du congrès, une personne qui porte vôtre nom , et qui f joint dès qualités aussi es^limables que le jeune M. Franklin. Avant de partir, il m'a chargé dé vous répéter la même assurance, et vous me permettrez d'y ajouter les vœux que je £ais en mon particulier pour la réussite de cette affaire.

» J aï l'honneur d'être, etc.

» Le baron de Staël (i). »

Le docteur Franklin ne tarda pas à communiquer cette demande au secrétaire d'état pour les affaires étrangères en Amérique, M. Livingstbn. Voici comme il s'explique à ce sujet dans une dépêche officielle du i^ juillet 1783.

« Vous me dites qu'on va prendre des arrangemens^tout nouveaux relativement aux affaires étrangères. Je voudrais savoir s'il est probable qu'on pensera à mon petit-fils. Il a maintenant fait un apprentissage de près de sept ans dans lè^ affaires diplomatiques, et il est très en état de servir les États-Unis en cette partie, possédant les connaissances, le zèle, l'activité et la capacité nécessaires. Il est fort aimé ici, et le comte de ^Vergennes m'a exprimé dans les termes les plus flatteurs la bonne opinion qu'il en a conçue. Le

(t) Cette lettre est en français dans l'ouvrage anglais.

( îfote fia tnuluettur. )

a82 MEMOIRES

dernier ambassadeur de Suéde , le comte de Krutz, qui est retourné dans son pays pour y remplir le poste de premier ministre, m^a engagé à faire en sorte qu'il soit envoyé en Suède , sous un caractère public, en m'assurant qu'il serait charmé de Yj recevoir comme notre' ministre, et qu'il savait que cette uomination serait agréable au roi. L'ambassadeur de Suède actuel ma demandé aussi la même chose, comme vous le verrez par une de ses lettres que je joins ici. Un des ministres danois, M. Wallersdorff , qui sera probablement envoyé avec un caractère officiel près du congrès , m'a aussi témoigné le désir que mon petit^fils soit envoyé en Danemarck.

Mais je ne suis pas dans l'usage de solliciter des emplois, ni pour moi, ni pour personne de ma famille y et je ne le ferai pas en ce moment. Je désire seulement, s'il ne doit pas être compris dans les nominations à faire, en être averti le plus tôt possible, parce que, tandis qu'il me reste encore assez de forces , je pourrais bien faire avec lui un tour en Italie, en en revenant par l'Allemagne , voyage dont je crois qu'il profitera mieux • avec moi que s'il le fesait seul, et je le lui ai promis comme une récompense de, ses services et de son attachement filial pour moi ».

Le désir exprimé par des cours étrangères^ le témoignage honorable et satisfesant d'un homme qui avait rendu à sa patrie le^ services les plus

' éminens , ne furent pas pris en considération par

le gouvernement américain ; mais ils ne sont pas

une faible consolation pour celui qui en fut

l'objet.

Peu de temps après la signature des préliminaires de paix avec la Grande-Bretagne, les fonclioas de M. Oswald cessèrent. Un changement ayant eu lieu dans l'administration , M. David Hartley fut nommé ministre plénipotentiaire, et se rendit à Paris, muni de pleins pouvoirs, comme le portait sa commission, pour achever l'œuvre, si heureusement commencée, de la conclusion de la paix et de l'établissement de l'amitié et de la bonne intelligence, et pour ouvrir des relations amiables et perpétuelles de commerce entre les domaines britanniques et les Étals-Unis.

Diverses communications privées avaient eu lieu , relativement à ces objets , entre le docteur Franklin et M. Hartley , avant que celui-ci eût reçu sa nomination. Cette négociation marcha pourtant fort lentement, M Hartley jugeant nécessaire d'envoyer à sa cour chaque proposition faite, soit par lui, soit par les plénipotentiaires américains,'pour en avoir l'approbation, et chaque réponse éprouvant des délais. En définitif, le ministère anglais ne voulut agréer aucune des propositions faites, ni par son plénipotentiaire, ni par ceux, des États-Unis , et il envoya, un projet de traité définitif, qui n'était autre chose que les préliminaires, déjà signés, auxquels on avait

a84 MÉMOIRES

ajouté un paragraphe Irès^court pour y surfit crintroduclioil , et un article à la fin qui les con-* firmait et ratifiait.

Voyant qu'il était impossible de rien terminer en ce moment , quant aux règlemens de comtnerce, les ministres adàéricains, pour en finir^ consentirent à signer le projet que leur avait re*mis M. Hartley , comme traité définitif. La signa-' ture s'en fit à ParivS , le 3 septembre 1783.

Cette affaire étant terminée, et le docteur Franklin ne recevant aucune réponse aux demandes officielles qu'il avait plusieurs fois âdres* séesau congrès pour obtenir son rappel; et sen*» tant son désir de retourner dans sa patrie aroginenter avec son âge et ses infirmités , écrivit une , lettre particulière à son ami, le général Miffftn ,. alors président du congrès, pour tâcher d'obtenir, par son crédit et son influence, ce qu'il soUîcK* tait comme une faveur.

Voici la copie de cette lettre.

j^ son excellence Th. Miffiin , président du centrés. (Leirtre particulière.)

Parb , a6 décembre 178^.

* « Mon cher monsieur ,

» Je vous félicite bien sincèrement sur votre nomination à la place honorable de président du congrès; j'éprouve un nouveau plaisir chaque

fois que vou^ recevez un témoignage de la recpnuai^sance publique pour vo^ talens ^t vos services.

» Je vous ai écrit une longue lettre d'affaires, en ma qualité de ministre ; celle-ci en est une qui me concerne personnellement, et c'est en comptant sur notre ancienne amitié que je m$ décide à vous en importuner.

» Dans une lettre du }^ mars 1-781^ j'ai fait valoir auprès du congrès mon âge et mes infirmités , pour en obtenir mon rappel , afin de pouvoir jouir du peu qui me reste du soir de ma vie» dans le repos , et dans la société de mes amis et de ma famille. Le président du congrès me répondit alors que lorsque la paix serait faite, ma deràande me serait accordée , si j y persistais» Tattendis. Les préliminaires fyrent signés en novembre 1782 , et je présentai de nouveau la même. requête. Un an s'est pasçé depuis ce temps, et je. n'y ai pas rfçu de réponse. Si^ns contredit, si le congrès jugeait la continuation de lîioq séjour ici tîécessaire ppur le service publie» je devrais, en bon citoyen , me spMmettre à >s<)n jugement et k sa voippté ; imçiis çest uqe supposition qu'on n^ peut ^ire, car il lui est très^-ficile de me donner un successeur qui puisse me rem placer avec avantage. J^ pense donc que ce n'est que la multitude daffaires, plus importantes , qw lui a fait oulilier . ï3aa demancle. Ce que j-attenl'^ de vous , c'est que ^oixs veuille bieQ disposer t^Qutes cliQ6»es pour

byCjOOgk

qu'on s en occupe incessamment^ et qu^on me fesse réponse, a6n que je puisse arranger mesaffaires en conséquence.

» Dans la première lettre dont je viens de parler, et à laquelle je vous demande la permission d'en référer, j'ai parlé de mon petit-fils William Temple Franklin, et j'ai demandé pour lui la Êiveur et la protection di^ congrès. Je n'ai rien à retrancher de tout ce que j'en ai dit : au contraire, je crois qu'il s'est rendu en état d'exercer avec honneur pour lui, et avec avantage pour le public, telles fonctions en Europe que le congrès jugera à propos de lui confier. Il a travaillé sept ans, et ^est fort estimé de tous ceux qui le connaissent, particulièrement du ministre des af- Êiires étra^ngères en cette cour, qui depuis que ma nouvelle maladie , la pierre,' me rend difficile le voyage de Versailles, traite de nos affaires avec lui de la manière la plus obligeante et la plus amicale. Il est naturel à moi , qui l'àime tendrement, de désirer le Voir établi, avant ma mort , dans quelque emploi qui paraisse devoir être permanent , et j'espère que vous aurez assez de bonté pour moi pour tâcher de déterminer la balance en sa faveur. Il a , je crois , un mérite additionnel à faire valoir; c'est qu'il a travaillé comme mou secrS ta ire pendant plusieursannées, pour un faible salaire de trois cents louis par an, tandis que le congrès en paye miile aux secrétaires des autres ministres, qui n'ont pas k moitié près autant det

besogne. Il se passa beaucoup de temps avant qu'on envoyât un consul ici, et 'toutes les affaires retombaient sut nous. Nous étions chargés de celles de Tamirauté , et de prononcer sur la validité des prises faites par nos croiseurs et par les corsaires français qui croisaient avec des commissions américaines. Nous avions aussi le travail constant et journalier de recevoir, d'accepter et d'enregistrer les lettres de changeHirées sur moi par le congrès, et leur nombre immense rendait ce travail fatigant. Ajoutez-y une foule d'autres affaires qui n'entrent pas dans le département ordinaire des autres ministres, comme les soins à prendre pour les prisonniers américains en Angleterre, et une correspondance constante à ce sujet. Il me servait de secrétaire pour toute cette besogne, et n'avait d'autre aide qu'un commis dont les appointemens annuels ne montaient qu'à la modique somme de cinquante louis. Il en est dd^nc résulté une économie considérable pour le public ».

Le 1 3 mai suivant , le docteur Franklin renouvela les mêmes instances , tant pour obtenir son rappel qu'en faveur de son petit-fils , auprès de MM. Jay et Laurens, ses amis et ses collègues, qui étaient à la veille de retourner aux États-Unis avec leurs familles.

Nous ayons déjà dit que le docteur Franklin tenait un journal particulier, £n voici quelques

extraits que nos lecteurs ne trouveront p^a sans intérêt.

^^TMLéfT^ du journol 4u docteur Franklin.

Passjj 26jum 1784. — M. Waltersdorffest venu ' îne voir , et m'a informé qu'un duel avait eu lieu liier matin entre un officier français (i) et un gen- Ûlhomrae suédois de la suite du ro|. Celui-ci a été tué sur la place, et le premier a été dangereusement blessé. Le roi de Suède n'en montre pas de ressentiment , parce qu'il pense que le Suédois a été l'agresseur.

H n)e demanda si j'avais vu le roi de Suède. Je n'avais pas encoipe eu cet honneur. Il me dit que sa conduite ici n'était pas goûtée; qu'il fesait à peine attention à son propre ambassadeur qui, connaissant les usages de cette cour, pourrait Ven instruire, mais qu'il ne daignait pas consulter; qu'il parlait toujours de lui, se glorifiant sans cesse de la révolution qu il as^ait faite en Suède ^ quoiqu'on sache qu'elle a été l'ouvrage de M. de Vergennes; qu'on commence à en être las, et qu'on voudrait le voir partir; mais qu'il se propose de rester jusqu'au 12 juillet; qu'il avait rçnoncé a son projet d'envahir la Norwège , ayant appris que le Danemarck était prêt à bien l'y rece-

(i) M. le comte de La Mardk.

De Ë. FRANKLIN. 389

Voit; qu'il prétendait que les Danois avaient dessein d'attaquer là Suède^quoique ce soit un fait connu que le Danemarck n'avait pensé à faire des préparatifs militaires purement défensifs que six mois après qu'il avait commencé les siens. Je lui demandai s'il était certain qu'il eût eu l'intention d'envahir la Norwège. Il médit que tout l'annonçait clairement, la niarche de ses troupes , leurs dispositions^ les fortifications qu'ils avaient fait construire* Il ajouta que la Suède souffrait en ce moment une grande disette de vivi*es; que plur sieurs personnes y étaient mortes de faim ; qu'on disait que le but du voyage du roi était de faire uii emprunt, et qu'il avait offert de vendre G07 thenbourg à la France, chose qui n'est guères probable.

J'ai eu la visite de M. Dussault. 11 m'a dit qu'on répand le bruit d'une alliance çntre l'Autriche , la Russie et rAïigleterre ; le bu t n'en est pas conn u j qu'il s'agit d'une contre-alliance eutre la France , la Prusse et la Hollande à laquelle on croit que l'Espagne se joindra. Il a ajouté qu'on parle de changemens dans le ministère ; qu'il y a des ca-^ baies contre H. de Vergennes , que M. de Galonné doit être nommé garde-*des- sceaux ; bruits qui, comme bien d'autres, sont peutrêtre nés au Palais-Royal.

^&juin. M. Hammon, secrétaire de M. Hartley, est venu me dire que M. Hartley n'avait pas reçu par le dernier courrier les ordres qu'il attendait

MiMofREs. If. ^ ,19

iigb . MÉMOIRES

pour son départ ou pour la continuation de son séjour ; qu'il attribuait ce retarda Fincertitude du 'ministère sur les conditions à proposer jpour un traité de commerce, jusqu'à ce que le rapporrt dû comité du conseil ait été tounbis au parlement, et qil'rl ait fait connaître son opinion ; et qu'il Regardait ce délai comme une preuve qu'ils ont de^. sein de faire quelque chose.

\\ m'a dit qu'on assurait que le roi de Suède avait accordé à la France le libre usage du port de Gothenbourg, de qui alarmait les pùiâ^tieés voisines; que cette circonstance pourrait, cti tiettips de guerre , mettre en dangelr là côté septentrionale d'Angleterre.

^ojuin. M. Dnpônt , inspecteur dn comtberoè, est venu me parler de quelques difficultés relatives^au port libre de l'Orient. Je W\ renvoyé à M. Barclay, nég^dant améf'icain et cothixiisMnre •pour les comptes. Commeîl me dft qu'il n'entendait pas bien l'anglârs, et que 'M. Barclay ne park pais français , je lui proposai de le faire aoooînpagner par mon petit-fils, côtnnïe inlerpuète, ée qu'il accepta.

Je lui demandai si les colonies e^agnôles M Amérique ne commerçaient pas îavec les îles i sucre françaises. Il me dit qtie Ife ^eùl cotnmerce des Espagnols avec les îles fran ça ises consistait eti bèhtiàux qu'ils allaient acheter & Sa int-D0Mi<f)gue. On m'avait dit que les Espagnols porfiaieni 'de la 'fatinedes îles françaises sur le coufinè'nt. Il n'en

DE B. FRANKLIN. a^i

avait >pas enlendu parler. Si nous pouvions véri* £er que ce comriierce fut .pei*mis ( peut-être des Jjlords du Missîssipi ) , les Étast3«UBis, d'après le traité 9 n ont-ils pas droit au même privilège?

1^^ Juillet. Le uoncè du pape est venu m'informer que le pape^ à ma recommandation , avait nomcné M. John Carrol supérieur du clergé catholique en Amérique , et lui avait lionné plusieurs des pouvoirs qui appartiennent aux évéques , et quilserait probablement nommé évéque inpariibus Si\Sini la fin de l'année. Il me demandu ce qui Lui conviendrait mieux de venir en France ou d'aller à Saint-Domingue, pour recevoir <i'un ♦ autre évéque l'ordination nécessaire. Je lui indi- •quai Québec comme un endroit plus convenable que les deux autres. Il me fit observer que c'était une .province anglaise , et que notre gouvernement trouverait peut-éire mauvais que M. Carrol s'y rendît. Je lui répondis que je ne le croyais pas, à moins que Tordioation qu'il y recevrait ne don* nàt quelque autorité sur lui à l'évéque qui la lui conférerait. Il me dit que lorsqu'il serait ordonné il serait entièrement indépendant de tout autre évéque, et même du pape, ce que je ne compris pas très-bien. Il ajouta que la congrégation de propugandâ Jide avait décidé de recevoir et do défrayera Rome deux jeunes Américains pour les instruiredans la littérature et dans les «ciencéS. Il m'avait déjà dit qu'un plus grand nombre recevrai^it leur éducation gratuite en France. On lui

a écrit d'Amérjique qu'il s'y trouve vingt prêtres > naais qu'ils ne suffisent pas , les nouveaux établissemens sur lt*s bords du Mississipi en exigeant davantage.

Le nonce me dit que nous verrions que les catholiques n'étaient pas si intolérans qu'on les représentait; que l'inquisition à Rome n'avait pas autant de pouvoir qu'en Espagne, et. que ses ca-^ chotSy en ce dernier pays, étaient plutôt des pri* sons d'état; que la congrégation aurait voulu pouvoir prendre à ses fraiis l'éducation d'un plus grand nombre de jeunes Anicf*icains, et qu'elle pourrait le faire par la suite; mais qu'en ce mo^ ment elle était surchargée, ayant des élèves de toutes les parties du monde. Il me parla en termes fort légers du nouveau converti de Boston , Thayer ; me dit qu'il lui avait conseillé de ne pas aller en Amérique, et de s'établir eu France; mais qu'il éprouvait le besoin d'aller convertir ses compatriotes ; que cependant il ne connaissait encore rien lui-mémeàsa nouvelle religion, etc,

'd juillet. M. Smeathman m'a amené deux Anglais ou Ecossais. L'un était décoré de je ne sais quel ordre, l'autre est un médecin qui a vécu long-temps en Russie. Les fièvres putrides y sont communes, et beaucoup plus en hiver qu'en été; on les attribueà la chaleur.de leurs appartemens. Il y a telle personne chez qui il se trouve quelquefois cent domestiques ; ils n'ont pas de lit , et couchent vingt ou trente par terre ou sur dii»

DE B. FRANKLIN. agS

kancs^dans une chambre échauffée par des poêles. C'est du bois qu'on y brûle, et dès qu'il est réduit en charbons, on ferme la cheminée pour empêcher l'air chaud de s'échapper, et l'air froid de pénétrer. Ainsi , pendant toute la nuit ils respirent le même air. Il guérissait ces fièvresen enveloppant le malade dans des linges mouillés de vinaigre, et en lui fesant respirer la vapeur du vinaigre jeté sur des briques rougies au feu. Les Russes ont le secret de tirer du lait une liqueur spiritueuse.La préparation estde leteniren agitation perpétuelle pendant douze heures , quand il commence à s'aigrir. Il finit par se changer en une liqueur vineuse; la crème, le lait caillé et la partie aqueuse s'amalgamant parfaitement ensemble. Dans cet état cette boisson est fortifiante. Les Tartares avaient fait cette découverte depuis long-temps. Dans leur vie errante, ils portent souvent sur leurs chevaux des sacs de cuir remplis de lait, et le mouvement produit le même effet. On pourrait en faire l'essai chez nous , en attachant à quelque partie d'un moulin un baril rempli de lait.

lo juillet M. Grand est venu me proposer de dîner chez lui aujourd'hui avec la cour de Suède, Sa porte est à côté de la mienne. J y ai consenti. Le consul vint tandis qu'il était avec moi. Nous parlâmes des puissances barbaresques , Maroc, Alger, Tunis et Tripoli. Il m'apprit que Salé, principal port de l'empereur de Maroc, avait été au-

Digitize(^ by LjOOQ IC

:îg4 MÉMOIRES

Irefots fameux par ses corsaires; que ce prince, en i76&,avaitpubliéunérîitpoursedéclarerenpaîx avec toutes les nations, et défendre qu'on croisât davantage contre elles , et qu'il l'avait nommé consul pour les états chrétiens qui n'en avaient pas à Maroc : que le Danemarck lui paye tousles ans i5,ooo piastres fortes en argent; que la Suède s'est obligée à lui envoyer tous les deux ans un ambassadeur avec des présens; que les autres puissances en achètent la paix de la même manière , excepté l'Espagne et les états d'Italie avec lesquels la guerre est perpétuelle; qu'il avait proposé une paix avec la Russie , mais que l'empereur ayant appris qu'elle allait avoir la guerre ^véc son frère , le grand-seignetir, iF n'avait pas voulu y consentir. M. Audibert Caille ( le consul ) pense qu'il est honteux pour la chrétienté de payer tribut à une telle canaille. Il propose deux moyens de forcer ces barbares à rester en paix avec toute l'Europe, et à mettre fin à leurs pirateries. Voici lepremier: Ils ont besoin de beaucoup d'objets d'Europe, et il leur faut un débouché pour se défaire du superfl^i des prodoits de leur pays. Si donc toute l'Europe voulait s'entendre pour ne faire aucun commerce avec eux qu'à condition qu'ils cesseraient leurs brigandages, et que cetteconventionfûtslrictementobservéede notre part, cela produirait sur eux un excellent effet. M^is si une seule puissance continuait à commercer avec eux , tout espoir d'un heureux résul-

DE B. FRANKLI]^. :^g%

tat seraittlétruitli autre moyeq , qv»'il îivàU cp.rçmimique à la cour de France p^r rentremîse 4e, M. de Rayneval , était que la France employât;: son influence sur la Porte, pour arrêter Içur^.pjvateries , et donner la paix à toutç l'Europe; caç les babitans d#s états barbaresques étant oblig^di par leur religion d'aller (Içtemp^j er> temps en caravanes à la Mecque, en traversant les domai- Be3.du graod-seigneur qui hnt. donuç dçs escortes de troupes dans le désert, pour le$ empêcher d'être pillés et peut-être massacrée par les Arabe^> il pourrait leur refuser le passage et sa protection, à moins qu'ils ne consentissent à vivre en paix avec les Européens; Il me dit que les puissances barbaresques n ayant pas eu mer de bâlimçns de con)merce, avaient un grand avantage sur les états d'i^urope, qui ne pouvaient exercer de r^ présaillescon.tr^ eux. J'ai pensé depuis long-temp^ que SI le3 puissances nciaritimeseuropéepnesnpu^ déclaraient la guerre , ce quç nous pourrions faire de mieux serait de renoncer k faire le commerce sur nos propres vaisseaux, et de les con* vertir tousen croiseurs. Les autres nations nouuf fourniraient ce qui nous manquerait, ^t emporteraient nos produits. Il m'a promis unç note sur le commerce de Barbarie , et comme il doit passer un mois ici, nous nous reverrons.

Jai dîné chez M. Grand, avec les Suédois : iji s y trouvait M. Rosenberg, secrétaire de Tambas- ^ade , et . . . . , . j'ai eu avec eux une assez longuç

conversation sur le commerce qu'on peut établiF entre nos deux pays : ils avaient vu à Rome le prétendant, Charles Stuart; ils le représentaient dans une situation très - pénible : la France lui a retiré une pension quelle lui payait autrefois, et il se trouve quelquefois saas pain.

1 1 juillet. J'ai vu M. Waltersdorff ; il a appris que i arrangement relatif au port de Golhenbourg n'aura probablement pas lieu. Lst Suède demande en échange une île dans les Indes occidentales : je crois qu'elle fait mieux de s'en passer.

i^ juillet. MM. Mirabeau et Champfort sont venus me lire la traduction du pamphlet américain de M, Burke, contre les Cincinnatus. Ils y ont fait des additions considérables > voulant eri faire une satire couverte contre la noblesse en général. Cet ouvrage est bien écrit; il s'y trouve aussi des remarques sur la dernière lettre du général Washington , à ce sujet : ils disent qu'il a laissé échapper un beau moment , lorsqu'il a consenti à être de cette société. Ils parlent dans les itiémes termes du marquis de La Fayette.

i^ juillet. M. Hammond est venu m'informer que M. Hartley est encore sans instructions re» lativeraent au traité de commerce; il suppose que ce retard vient de l'occupation que donne le bill sur rinde. « Votre cour et celle-ci, lui dis-je, semblent s'attendre Tune l'autre pour le com-^ fperçe de l'Aniérique avec leurs îles respectives}

elles craignent toutes deux d en faire trop pour nous, et cependjant chacune voudrait faite un peu plus que l'autre. Vous auriez mieux fait d'accepter sur-le*champ nos propositions généreuses, et de remettre le commerce sur le même pied qu'avant la guerre. Vous l'assujettirez à quelques règlemens conçus par un génie étroit , et alors la France montrera plus de générosité : vous ne voyez jamais vos folies que lorsqu'il n^est plus temps de les réparer ». Il me dit que lord Sheffield cherchait sans cesse à aigrir le parlement contre l'Amérique; qu'il avait depuis peu publié le compte des loyalistes qui y avaient été massacrés, etc. Tout cela probablement inventé.

Jeudi 1 5 juillet. Le balon du duc de Chartres est parti ce matin de Saint^Cloud. Il était lui-même dans la galerie avec trois autres personnes. Il ferait beaucoup de brouillard , et on les perdit bientôt de vue. Mais l'appareil était en mauvais ordre, et l'on ne pouvait ouvrir la soupape pour donner passage à l'air. Craignant donc que le balon ne crevât , ils y firent un Jrou , qui s'élargit, ce qui leur occasionna une chute rapide, mais qui ne fut suivie d'aucun accident. Ils s'étaient élevés à une grande hauteur , avaient rencontré un nuage de neige , et avaient éprouvé un ouragan qui les avait effrayés.

18 juillet. Un bon abbé vient de m'apporter un gros manuscrit, contenant un projet de réforme pour tous les états , relativement à la reli-

a^S MÉMOIRES

gîon , ail oominoroe , aux loi» , etc. C'est ua projet qui est éclos dans son cabinet, sans être appujFé S11F une grande connaissanœ du monde. Je Ifii ai promis d y jeter les yeux. Il est étonnant corn bien de législateurs ont la bonté de m'apporter de nouveaux plans pour le gouvernement des Étal^ Unis.

i^juilht J^aieu les Américains à dîner, aveo Ae\x% Anglais, MM. White et Arbuthnet. Celui-ci était officier- à Gibraltar pendant le dernier siège. Il prétend que les Espagnols auraient pu prendre cette place, et qu elle est maintenant sans utilité pour l'Angleterre ; qu'elle est destinée à recevoiv dans son port une flotte qui eropécbe la jonction des flottes de Brest et de Toulon ; mais que ce projet est une chimère, attendu que tant que les Espagnols seront maîtres d'Algézir^, ils pourr Font toujours, avec leur^s chaloupes canonnières, qu'ils sont devenus fort habiles à manœuvrer, rendre impossible à une flotte d y séjourner.

^ojuilleL Mon petit-fils a été à la cour. Point de nouvelles, si ce n'est que la flotte d'Espagne, destinée contre Alger, a mis à la/ voile, M. Hammond est venu dîner avec moi. Il dit que M. Pitt commence à perdre sa popularité; se$ nouvelles taiies donnent beaucoup de mécontentement. Il a été brûlé en effigie à York. On ne croit p^s qu'il puisse tenir long-temps. M. Hammond est un ami de M. Fox, dont les amis , qui ont p^rdu leurs places , sont appelés hs Ma^tyir^ de Fo».

aa juillet. Lord Fits&-Mauriee , fiU de loed Shelbiirne, vijent dTarriver; il croit M. Pitt en danger de perdre sa majorité dans la chambre des communes , quoiqu'elle soit encove considérable, parce qu^il n'a plus de quoi la soudoyer. Je lui ai dit que vouloir gouverner par uii parlement qu'il faut corrompre^ c'est emplojfer des ressorts bien coûteux ; que le peuple anglais découvrirait avec le temps , quoiqu'il ne lait pas encore fait , que, puisque le parlement doit toujours faire la volonté du ministre , et être payé pour la faire avec l'argent qui sort de la poche du peuple, il reviendrait au même d'être gouverné par le mi» nistre, sans parlement , et qu on le serait à tùeiU leur marché. On a paru trouver ce raisounement assez clair.

^i'] juillet. J'ai eu la visite de lord Fitz-Maurice. Il paraît un jeune homme aimable et sensé. Son père m'a prié de lui doifner les avis que je croi^* rais pouvoir lui être utiles. Je lui ai conté la vieille histoire de Déraosthènes qui comme on lui demandait quel était le premier point de l'art oratoire, répondit : l'a^/zb/s , le second Vaction^ et le troisième Vuction, Je lui dis qu'on enteufiait ordinairement parce root les gestes dont un or^^ teur accompagne son débit ; niais que je croyais qu'il existait un autre genre d'action bien plus important pour un orateur qui veut déterminer le peuple à suivre ses avis; c'est que chaqueaction de sa vie donne u^e opinion aussi favorable de

3oo MÉMOIRES

son intégrité que de ses talens; que cette opinion une fois établie, tous les délais, toutes les difficultés, toutes les oppositions s'évanouissent, parce que c'est ordinairement le doute et le soupçon qui les font naître; qu'un tel homme, quoique peu éloquent, aurait toujours l'avantage sur l'orateur le plus fleuri , de la sincérité duquel on tie serait pas assuré. Pour lui faire sentir corn" bien je croyais important qu'un homme public eût une bonhe réputation^ comme particulier, je lui dis que j'étais convaincu que si George III eût eu , comme homme, une mauvaise réputa* tion , et que John Wilkes en eût eu une bonne, ce dernier l'aurait chassé de son royaume. Lord Shelburne, père de lord Fitz-Maurice, a malheu* reuseraent la réputation d'être peu sincère. Je n'en ai jamais eu la preuve dans toutes le» relations que j'ai eues avec lui ; mais cela l'a sauvent empêché de se rendre ulile.

En 1784, lorsque le magnétisme animal ût tant de bruit dans le monde, et surtout à Pari^, on le regarda comme un objet assez important pour que le roi nommât des commissaires pour .exa*» miner les fondemens de cette prétendue science. Le dopteurFranklin, sur la demande expresse de Sa Majesté, qui lui fut signifiée par une lettre du ministre, consentit à être de ce nombre. Après un examen approfondi et impartial, pendaat le-

DE B. FRANKLIN. 3oi

quel lé docteur Delon , élève et associé de Mesmer^ répéta nombre d'expériences en présence des commissaires dont quelques-uns s'y soumirent eux-mêmes, ils jugèrent que c'était un pur charlatanisme, destiné à tromper les gens crédule» et ignorans. Ils firent leur rapport dans ce sens à Sa Majesté, et on le fit publier ensuite pour éclairer le public. Mesmer et son associé Delon furent ainsi arrêtés dans le chemin qu'ils croyaient s'ouvrir à la fortune et à la renommée, et échouèrent dans la plus impudente tentative qui ait jamais été faite pour en imposer à lesprit humain. ' Quelque temps après , le docteur Franklin s'exprima en ces termes à ce sujet dans une lettre à son ami, le docteur Ingenhousz :

a Mesmer est toujours ici, et a encore quelques adhérens et quelque vogue. Il est étonnant combien il existe encore de crédulité 4ans le monde ! Je crois que tous les médecins de France réunis n'ont pas gagné au tant d'argent qu'il en a gagné lui seul pendant le même temps, depuis qu'il est ici. Nous avons maintenant une nouvelle folie. Un magnétiseur prétend qu'il peut, en établissant ce qu'il appelle un rapport entre une personne quelconque et un somnambule, donner à cette personne le pouvoir de diriger, les actions du somnambule /par le simple effet d'une forte volonté, sans lui parler, sans lui faire aucun signe : et la foule court tous les jours voir cette étrange opération x>^

3oa MÉMOIRES

Le but iin|iortaïit de ^a^mîâ^ion du dedteur Franklin en Europe, ayant ^é atteint par Véi^ ' Uissementet la reconnaissance derindépendanee ^e rAmérique, son âge et ^es infirmités redoublèrent encore le désir qti*il avait de retourner dans sa patrie. Ayant de nouveau sollicité son vappel , le congrès fit enfin droit à sa demande, ^ M« Jefferson fut Tiommë pour Le remplacer. Il aurait été impossiblede lui trouver un plus digne ^t un plus respeclable successeur sous tous las rapports.

Le docteur Franklin écrivit à cette occasion la lettre suivante au ministre de France, ayant le département des affaires étrangères.

-irf son Excellence M. le comte de FergenneSy etc.

Pàssy, 3 mai 1785.

«Monsieur,

ï>J'ai PhonneuT d'iriformegr Votre Ëxcellenee '^ue j'ai enfin obtenu du congrès^ et reçu -bter la perinission de retourner en Améiicpie. Gomme m^a maladie me met dans Fimpossibiliié de vous rendre mes devoirs personnellement à Versailles, oserai -jç vous prier de vouloir bien 'exprimer respectueui^ement pour moi à Sa .'Majesté , le sentiment profond que je conserve, des ^ièr^ices inappi^éeiables que sa. bonté a rendus à tskoiï pays, sentiment que oe sera le soin/ du peu de jours qui me restent, de^graiver également

DE B. FRANKLIN. ^ 3o3

dans le cœur de tous raes concitoyens. Mes derniers voeux sont pour que Dieu puisse verser ses bénédictions sur le.Toi, la reine, leurs enfans, et sur toyte la famille royale, jusqu'à la dernière génération.

» Permettez-moi aussi de vous offrir mes sincères remercimèns pour la protection et l'appui que vous m'avez accordés à^mon arrivée, et. pour les faveurs que vous m'avez accordées pendant mon séjour en ce royaume. J en conserverai toujours le plus reconnaissant souvenir.

» Mon petit-fils aurait eu rhonneur de vous portâr lui-même cette lettre, s'il n'était malade de la fièvre depuis quelque temps.

» En formant les vœux les plus ardens pour votre prospérité constante et pour celle de toute votre aimable famille^ je suis avec estime et respect ,

» Monsieur,

» De votn^ excellence ,

»Le très^humble et très^obéissant serviteur,

3é4 MÉMOIRES

Page 1