RÉPOHSË A LÀ LETTRE PRÉCÉDENTE
A son Excellence M. Franklin.
Versailles j le 91 mai 1785.
« J'ai appris avec beaucoup de peine, Monsieur^ Votre retraite, et votre prochain dépatt pour rAmérique. Vous ne devez pas dôutefr que les re grets que VO^ts laisserez ne soient proportionnés à la considération dont vous jouisses à si juste titre. Je puis vous assùi:*er, Monsieur, que Testime que le i*oi Vous porte ne vous laisse rien à désirer , et que Sa Majesté apprendra av^ une véritable satisfaction , que vos compatriotes orit récompensé, d'une manière digne de vous, les importa ns services que vous leur avez rendus.
» Je vous prie. Monsieur, de me Conserver une part dans votre souvenir^ et de ne jamais douter de la sincérité de Viritérêt que je prends à votre bonheur : il a pour principe les sentimens d'attachement que je vous ai voués et avec lesqucfls j ai l'honneur d'être , Monsieur, votre très-hurable et très^ obéissant serviteur,
»De Vergennes (i) ».
Un des dertiiers actes que fit le docteur Franklin en Europe ^ comme plénipotentiaire du con-
(1) Ceue lettre est en français dans Toùtrage anglais*
DE B. FRANKLIN. 3o5
grès, eut lieu le 9 juih 1785, jour où il conclut et signa , avec les autres plénipotentiaires américains, un traité d'amitié et de commerce entre les États-Unis et le roi de Prusse. Ce traité est renaarquable en ce qu'il contient une preuve aussi forte que durable de la philanthropie ordinaire du docteur Franklin ; c'est le premier (et, à la honte desgouvernemens, ce sera peut -être' le dernier) où l'on introduisit cet article bieiife* sant qui protège, en temps de guerre, les personnes et les propriétés des citoyens noii arniés, et qui interdit Tusagè des bâtimens^ armés en course. L'établissement de ce principe, comme loi future des nations, était un des grands désirs de Franklin. Au commencement de 1788, il av^it formellement proposé le même article au gouvernement britannique, par l'interniédiaire d'^un de ses envoyés, comme on le voit par une letire qu'il écrivit à M. Oswald le i4 janvier 1783, dans laquelle il déduit ses motifs pour faire ce changement humain à la loi des nations (i). L'ar- ^ ticle proposé alors était à peu près le même que cielui qui fiLt partie du - tcaiié* avec la ]Prusse, et dont; voici la teneur.
• Art; X3LIII. c< S'il s'élevait une guerre entre les
(1) On peut yoir cette lettre daas la troisième Partie de la Correspondance de Franklin,
Mémoires, ii. 20
;3o6 MÉMOIRES
^^x parties cantractaute^ » lea cooamerQs^ns de» Jeux p^ys. résidant alors dans Tautre^ pourront y rester neuf «aoi^ pour jrecev^ir ce qui leur sera dv, Omettre ordra à l^urs affeîsrf s , e( çii partir Ubrei^ent «t^a^s être inquiétés, avec fput ce qui leur appartiendra. Les femmes et le$ enfans, les létudis^ns àfms toutes les facultés, les cultivateurs, If s artisans I jles manufacturiers, les pêcheurs tkftn ^n|0$ et:.haJi>ttaiis des rillea, villages et enduits oon fortifiés^ et en général tousceuic dont les ocqupa^tioii^ tendent à procurer la subsistance f^t à se acendre utiles au genre humain, pourront eontitiuer Mufs travaux respectif» et ne sew r^nt ipas molestés dans leurs personnes. On nr ht^era ni n'endcimmagera en aucune roa>nîère leufS maisons Bi leurs biens; leurs cham^ ne seraiit pas ràvagéf par la focoe armée de I equemi spus le pouvoir duquel ils peuvent tomber par le hasard die ia guerre. S'il est indispensai>le de leur prendre quelques denrées pour le service.de Tarmée, elles leur seront payées à uo ppix 'raisonnable. Tous Icd navires marchands empiayés à lîéehange dés ptocittctironq des différens pays , et qui par là procurent au genre humain «une jottissaDce plus'ftcile de tout ce qui lai est nécessaire, utile ou agréable , pourront continuer leur commerce sans interruption et sans crainte , et aucune des puissances cohttactaules n'accordera ou ne délivrera de commissioh'.à des
Vaisseaux armés en course, pour attaquer et capiurier lesdils navires, ou interronipre leur corn* Tnerce ».
r JUe docteur F^ankiift^ |)twd«.Rt le séjour qu'il fit en France, trouva le moyen ^ malgré les travaux, ;itt)portans et multipliés qu exigeaient les foiletiôti.^: publiques qu'il exetÇait^ de composer divers éèrits philosophiques, politiques et autres, , <dornt les principaux fbrmerbkit un volume qui sera incessamment publié.. ^^Quelques jours avant son départ de Passy , il f^çut Une nouvelle preuve de Testime personnelle ^i lui était accordée à la cour de France, par la lettre suivante, que lui adressa le maréchal duc
^ Gastries, ministre de la tiiàrine.
1 uâ son Excellence M. Franklin.
Versa^Ue^^» le.ia juillet 1785.
" a Je n'ai appris^ Monsieur, que dépuis très-peu de jours les 'dispositions que vous avez faites pour votre départ. Si j'en eusse été informé plus tôt, je mjB serais empressé à proposer ati roi de destiner une frégate pour vous transporter dans votre patrie d'une manière à lui faire connaître la considération qiiè les services' distingués que vous avez rendus vous ont acquis en France , et les boO}té8>pttDticulières de Sa. Majesté pour vous. » Je vous prie, Monsieur, d'agréer mes regrets,
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et une nouvelle assurance de la plus parfisiîfe.cotisidératioo avec laquelle j ai l'honneur d'étr^, Mon* ^ sieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur , '' \ « jt Le maréchal de Ga^triës » (i).
. ' La maladie dont le docteur Franklia était attaqué , était telle qu'il jie pouvait supporter le mouvement d une voiture. Il accepta donc l'offre obligeante qu'on lui fit d'une litière de la reine, portée par des mules espagnoles, pour le transporter de Passy au Hâvre^de-Grâce, où il devait s'embarquer. Il fit ainsi facilement ce T^yage, entouré de sa famille et de quelques* am.is qui le suivaient en voitures. Il reçut toutes les marques possibles de respect^ d'attenjtion et de bonté de la part de plusieurs personnes de distinction et de considération dont les châteaux se trouvaient sur sa route, et particulièrepient du cardinal de Lsr Ràchefoucauït, à Gaillon, où il passa' une nuit avec ceux qui l'accompagnaient. Il arriva au Havre, sans avoir éprouvé aucun inconvénient de son. voyage, fit là traversée dans un petit pa* quebot , et débarqua en Aneleterre à Southampton. Il y resta quelques jours, et eut la satisfaction d'y voir son fils, l'ancien gouvernjBur. de New- Jersey , et dy recevoir la visite de quelques^
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. . (i) Cette lettre est en fratfçaift^ilans fotdvnçeiaxigUis»
i (Note du t>i€^iicteitr^)
DE B. FRANKLrIN. Sog
uns des amis qu'il avait en ce pays. Il s'embarqua à bord du London Pocket y bâtiment de Philadelphie, capitaine Truxton, le 37 juillet, et après un heureux passage, arriva à Philadelphie le i4 septembre suivant. Comme le docteur a tenu un journal de son voyage de Passy en Amérique, nous allons en offrir à nos lecteurs quelques extraits, qu'ils ne jugeront peut-être pas^ans intérêt.
ExTKAiT du journal du docteur Franklin.
Après avoir «passé en France près de huit ans -et demi , je pris congé de la cour et de mes amis^ et partis de Passy avec mes deux petits^fils. Le i^ juiU let 1785, à quatre heures après midi, pour retourner daiis ma patrie. M. de Chaumont dvec mademoiselle Sophie sa filk-, nous accompagna jusqu'à Nanterre. M. Le Veillard doit venir avec nous jusqu'au Havre. Nous trouvâmes à Saint- Germain les miss Alexander, avec mistress Williams notre cousine, qui avait retenu un logement pour moi chez M. Benoît. Je trouvai que le mouvement de la litière que le duc de Coigny m'avait prêtée ne m'ipcommodait pas. beaucoup.;
1*6 juillet Nous dînâmes à Meulan, et arrivâ-p mes le soir de bonne heure à Mantes^-Nous y reçûmes du cardinal de La Rochefoué^ult liiie invitation de nous arrêter le lendemain chez lui à Gatllon. Il nous mandait qu'il n'accepterait au^ ^cune excuse /et qu'étant tout-puissant dans son
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archevêché y il nous iPerait amener cheae lui boa gré mal gré, et ne souffrirait pas que nous logeassions ailleurs.
i^ juillet Nous déjeun&Qiesà Yernon, et Aous y reçûmes la visite du comte et de la comtesse de TiUj. Nous arrivâmes chez le cardinal à six heures du soir, sans avoir diné. C'est un superbe château , bâti il y a environ trois cent cinquante ans, mais bien conservé. Il est situé sur une hauteur, et domine sûr un pays bien cultivé. Le cardinal est archevêque 4^ Rouen. Une longue galerie contient les portraits de tous ses préd^ cesseurs. lot <:ïhapeUeest dans le yieuir style , mais élégante; les vitraux en sont peints. La terrasse est magnifique. Nous fûmes parfaitement accueillis. L» cardinal liious pressa de pèass^r encore nn jour avec lui, et nous offrit de nouis donner le plaisir de chasser dans son parc ; o^îs la nécessité d'arriver à temps au Havre ne ivous le permit pas. Nous lui fîmes doae nos adieux et nous retirâmes de bobine hei^^rié , domptant partir le lendemain du grand miatiti. 1^ cardinal est aimé et respecté par le peuple de ces environs^ et jouit, sous tous les rapports, de la meilleure réputation.
i S juillet. Nous partîmes à eÎQq hewes du mdr tin. Nous avions appris chez le cardinal que nôtre ami M. Holker , de Rouen , avait été j^isquà Port- Saint- Antoine à notre rencontre. Il nous attendait d'après une lettre de M. de Chauinont ■\
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Nous rencontrâmes vers ^ix heures un; de se^ domestiques qui avait ordre de marcher jtisquà ce qu'il nous joignît, de crainte qu'il ne noiis fût arrivé quelque accident sur la route. II retourna sur-le-champ. Nous entrâmes dads Rouen vers cinq heures, et nous reçûmes un accueil cordial de monsieur et de mistress Holker. Le premier président du parlement nous invita à dîner poui' le lendemain ; mais étant déjà engagés par M. Holker, nous promîmes de prendre le thé chea lui. i6 juilht Uae députfttioa de l'Académie de Rouen vint me faire ses cpmpUmens. Un* des directeurs me fit présent d'un earré mcegique.î^ crois qu'il me dit qu'il contenait mon nom ; mais je l'examinai ensuite^ et je n'j compris rien. Le fils du duc de Chabot, qui avait récemment épousé une. Montmorency 5 et qui était colonel d'un régiment en garnison à Rouen, vint aussi mie visiter. J'ai oublié de dire que j.e vis avec plaisir dans le cahinet du cardinal le portrait de l'aïeule de ce jeune homme, madame Ja duchesse d' Anville, qui avait touj^ours été notre »mjie, et qui nous avait comblés de politesses à Paris. C'est une dame d'un esprit et d'un mérite peu com-muns. Notis eûmes grande compagnie ii diner« A six heures nous allâmes chez le préstdeitt^ où^ nous trouvâmes quelques homnaes de robe^ Nou» y primes du. thé , fort mal fait , faute d'nsage ^ cette boisson n'étant pas ordinaire en Firance. ' . i^ juillet Nous couchâmes à.Bolbec* Un im*
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primear sur toiles m'y proposa de se renclre en Amérique. Je ne l'y engageai point.
i^ juillet. Nous arrivâmes au Havre à cin^.
heures après midi. Nous reçûmes la visite du gouverneur et de quelques autres personnes.
^o juillet. Le paquebot de Southampton arriva. Le capitaine Jennings vint nous voir, et convint de nous transporter à Cower avec tout tiotre ba*; gage y pour dix guidées. Nous arrêtâmes de partir le lendemain soir.
ai juillet. A l'instant où nous comptions nous embarquer , le capitaine vint^ nous dir^ que le vent était absolument contraire, et qu'il était si violent qu'il était impossible d'y résister. Nous remîmes notre départ au, lendemain.
ai juillet. Nous prîmes congé de nos amis et nous nous embarquâmes à dix heures et demie du matin. Le vent n'était pas favorable.
a/^ juillet, Èi^nt à la hauteur de Gower, le capi« taine me représenta qu'il serait difficile d'y aborder contre marée, et me proposa de diriger sur Southampton. J'y consentis, et nous y débarquâmes entre huit et neuf heures du matin. J'y trouvai mon fils, qui y était arrivé de Londres la veille au soir, avec M. Williams et M. J. Alexander. J'écrivis à l'évêque de Saint-Asaph pour l'informer de mon arrivée. Il ne tarda pas à venir avec sa femme et sa fille , dans le dessein de passer avec nous tout le temps que nous y resterions.
25 juillet. J'allai prendre un bain chaud d^eau
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de mertïhez Martin. Me mettant sur lé dos, je flottai sur Teau, et dormis dans cette position pipes d'une heure à vue de montre, sans m'en*foncer lii me retourner : chose que je n avais jamais &ite, et que j'aurais à peine crue possi*bfe. L'eau est le meilleur lit qu'on puisse avoir. M. Williams m'apporta une lettre adressée par M. Népéan , secrétaire de lord Townsend , à M. Vaughan , pour l'informer qu'on enverrait des ordres aux officiers des douanes de Cower de ne pas toucher à nos bagages. Il est encore à bord du paquebot qiii nous a amenés.
2^7 juillet. Je donnai à mon fils un pouvoir pour toucher ce qui peut m'être dû par le gouvernement britannique. Après avoir dîné avec l'évêque et sa famille, nous nous rendîmes ensemble dans une chaloupe à bord du navire qui doit nous conduire en Amérique. Le capitaine nous donna à souper. Mes amis passèrent la nuit à bord.
28 yW/Z^r. Quand je m'éveillai, ma compagnie était partie, et le bâtiment marchait à pleines vofles.
Il n'arriva rien d'important pendant la traversée. Le docteur Franklin s'occupa, comme dans ses autres voyages, à déterminer la température de l'eau- de la mer , par le moyen du thermomètre. Il écrivit un essai aussi utile qu'inté*
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ressant, îiltitulé: Quelques Fues pour ramélioration de la fnavigaHon. Il l'adressa à M. Alphonse Leroi à Paris. Il fut ensuite lu à la Société {^faito* sophique amévicaine le 3 décembre 178S. On le trouvera dani^ ses écrits philosophiques.
Le journal du docteur se termine ainsi qu'il suit.
i4 septembre. Un vent favorable , qui se leva le matin avec la marée, nous conduisit au-dessus de Gloucester- Points en vue de Philadelphie. Nous jetâmes lancre pour attendre la visite de l'officier de santé, qui ne. tarda pas à Venir. Ayant Êi^it sa liste, et ne trouvant pas de malades , il pe^ mit le débarquement. Mon gendre vint nous prendre dans une barque et nous débarquâmes sur le quai de Marlcet-street, où nous fûmes reçus aux acclamation^ du peuple , qui nous suivit jusqu'à ma porte. Je trouvai toute ma famille en bonne santé.
Mille actions de g;râces à Dieu pour toutes ses bontés !
FIN DE LA CINQUIÈME PARtIE.
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