‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 4 sur 25 · S MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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en ont été la suite^ et du sang qui a été répandu ; qu'ils avaient profité des désordres causés par l'adoption des mesures qu'ils avaient proposées^ pour peindre ces ]:nesures comme indispensables, et en solliciter de plus rigoureuses encore ; qu'ea conséquence il serait présenté à Sa Majesté une humble pétition pour la supplier d'éloigner pour toujours du gouvernement de. la province S. E. Thomas Hutchinson, actuellement gouverneur, et André Olivier, lieutenant-gouverneur, ci-devant président de la éour supérieure. ^

Cette pétition mè fut transmise pour être, présentée à Sa Majesté. Lord Dartmouth, secrétaire d'état pour les colonies , étant à la campagne lorsque je la reçus , je la lui envoyai , et il m'annonça dans sa réponse qu'il ne manquerait pas de la mettre sous les yeux du roi , en ajoutant « qu'il espérait que le temps n'était pas éloigné où tout sujet de plainte cesserait, et où le bonheur et la tranquillité se rétabliraient entièrement dans la colonie ».

Quiconque connaît lord Dartmouth ne peut douter de la sincérité des désirs qu'il m'exprimait dans cette lettre ; et si les autres serviteurs de Sa Majesté avaient heureusement eu des dispositions aussi bienveillantes, qu'ils eussent montré autaal d'attention aux intérêts publics , autant de soiÀ à les ménager , que les hommes d'état d'Angle-^ terre en prennent ordinairement poiir sepro-^ curer des places et pour s'y maintenir , ils avaieiit

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tiné belle occasion de rétablir, entre la Grande» Bretagne et ses colonies, rharmonife qui y régnait autrefois, et qui était si nécessaîrepottr leur araiitagt^ rééipro<5[ue. Th n'avaient pour y réussir qu'à rétablir les choses dans Tétat où elles étaient à la fin de la dernière guerre. La pétition que leur envoyait la pro^^ilice qui avait leplusàse plaindre, était une déclaràiion solennelle qui déchargeait l*Angleterre de toqS sujets de plainte, pour les faire retomber sur' quelques-uns de ses propres citoyens. Elle né- demandait pas vengeance de ces perfides, quels que* fuSsent leurs crimes envers toute la natloh;'ëJle sentait qu'il était difficile à une administration de punir uii gouverneur qui avait agi' d'après ses ordres; quoique'ses ordres fussent la suite des rapports infidèles et calomnieux de ce goiiveriiéur : elle se bornait à demander qu'il plût à Sa Majesté de retirer des mains d'Hutchinson et d'Olivier le gouvernement de là province , et de mettre en leur place des hommes fidèles et vertueux. On pouvait les placer ailleurs, leur accorder des pensions comme cela s'est'pratiqué tant de fois ;'mais les ministres n'eurerit pas l'adresse de saisir cette occasion. Ils la rejetèrent vofontairement , et proférèrent m*outrager et ra^ punir pour la leur avoir offerte. Les clameurs 4^1 la cour s'élevèrent, contre o^oi. J'y fus repnésenté comme un incendiaire-, et l'action loéme dont je m'enorgueillissais, qui me paraissait devoir diminuer considérablement la masse de nos diffé-

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rends , me fut reprochée çQii?n;ie une- tentative malicieuse popr élargir les blessures: étrange per>> version de principes! (i) ,

Je ne fu^ pas plus heureux dans une ^utre action que je fis par suite de la même affaire, tou* jours dans les meilleures vues, et qui contribua à exciter ces clameurs. Lorsqu'on apprit à Londres que ce^ lettres avaient été publiées en Âmérques, on fit beaucoup de recherches pour découvrir qui en avait donné connaissance. M. Temple, employé dans, les douanes, en fut. accusé dans les jouî*naux. Il s'en défendit; il s'ensuivit une altercation publique entre lui et M. William Whately , frère et exécuteur testamentaire de M. Thomas Whately, àqui l'on supposait que ces lettres^ avaient été écrites , ^t qqe quelques personnes soupçonnaient d'en avoir donné communication , croyant qu'à la mort de son frère elles avaient pu tomber entre se^ mains. Comme la personne à qui je les avais envoyées m'avait mandé dans une lettre que j'ai rapportée cides-

( I } a Nous VkA devons pas » dans le cours d*une vie publique , nous attendre à une immédiate approbation , à une recon-* naissance immédiate de nos services. Mais persévérons \ méprisons les clameurs et même les injures. Nous jouissons toujours de la satisfaction intérieure d'une bonne conscience, et le temps nous rendra justice dans Tesprit des homme), même de ceux qui ont maintenant le pïus de préjugés contre nous ».

{Correspondance privée de Franklin.)

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sus,, qu'elle avait des raisons pour désirer qu'on ne fît pas mention de son nom , et que, par. le même motif , elle n'avait pas voulu qu'on sût qui les avait transmises^ je restai spectateur muet de cette discussion, présumant qu'elle se terminerait, comme toutes les querelles de journaux, quaiid le public et les parties s'en trouveraient ennuyées. Mais tout à coup , et sans qu'on s'y at* tendît^ cette dispute produisit un duel. On sépara les combattans, M. Whately fut blessé, quoique non dangereusement. Cette circonstance me donna beaucoup de regret de ne l'avoir pas prévenue ; mais croyant l'affaire finie , je gardai encore le silence. J'appris pourtant bientôt que le bruit courait qu'un second duel aurait lieu , le premier ayant été interrompu par des personnes que le hasard avait amenées, et que les parties n'attendaient pour cela que la guérison parfaite de la blessure qu avait reçue M. Whately , qui allait tous les jours de mieux en mieux. Je jugeai alors que mon intervention devenait nécessaire, et comme la querelle n'avait lieu qu'à cause de l'opinion publique , je crus qu'il ne s'agissait que de l'éclairer pour terminer toute contestation.

Je déclarai donc dans une lettre que je fis insérer à^n^Xe Public advertiser y que c'était moi qui avais obtenu commiinication des lettres dont il s'agissait , et qui les avais envoyées en Amérique ; que M. Whately n'avait pu me les communiquer, parce qu'elles n'avaient jamais été en sa posses-

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dion, et que, par la même raison, M. Temple n'avait pu les retirer de ses mains pour me les remettre.

Cette déclaration fut J abord généralement approuvée', si ce n'est que quelques personnes me blâmèrent de ne pas l'avoir faite assez tôt pour empêcher le duel. Mais je n'avais pas le don de prophétie. Je pe pouvais prévoir qu'un duel aurait lieu; je ne prévoyais même pas qu^une des deux parties trouverait mauvais que je l'eusse faite. Je m'imaginais leur rendre service à tous deux en écartant d'eux tous soupçons, et en fesant disparaître la cause de leur querelle. J'aurais cru naturel qu'ils m'en fissent dès remercîmens ; mais je me trompai à l'égard de l'un' d'eux, de M. Whately. Peut-être sa blessure l'en empêchat-elle d'abord; mais eiisuUe ses liaisons à la cour firent probablement qu'on lui dicta une conduite toute différente. Le seul rapport que j'avais eu avec lui, fut relatif à une prière qu'il m'avait faite de prendre des infoirmations sur quelques terres en Perisylvanie , qu'il supposait avoir été achetées du preniiet** propriétaire par le major Thomson son grand-père , dont il se trouvait quelques memofahâtîm Ûàus sa famille; mais comme le major n'en aivaît point parlé dans* son testament, oii ighoralts'il les avait vendues, ou s'il en avait disposée de" quelque autre manière. Je me donhiai la peine 'd*écrire àun de mes amis, hoinâfe de^làidistingtié, bien au' fait de ce genre

d affaire, et le priai de me procurer des renseignemens à ce suj^t. H fit quelques démarches à ma prière, et elles ne furent pas infructueuses. Il m'écrivit qu'il avait découvert les terres, que le propriétaire les réclamait , mais qu'il regardait le titre des héritiers Thomson comme décisif; qu'il était facile de s'en remettre en possession , et qu'il s'en chargerait pour M. Whalelyj si celui-ci le désirait; ou que s'il préférait vendre^ses droits , je pouvais lui en offrir de laj)art de mon ami , 5,000 livres sterling ( i ao,ooo francs) . J'allai lui communiquer celte lettre dans sa maison, dans Lombard-street, environ un mois avant son duel , et c'était la première fois que j'y entrais. Il fut charmé de cette nouvelle, et vint chez moi une ou deux fois, pour se concerter sur la ma-^ nière de faire valoir ses titres. Je fais mention de quelques-unes deces circonstances, afin de prouver que ce n'est point par le moj en d'une connaissance préalable avec lui, que ces fameuses lettres sont venues en ma possession , car elles étaient en Amérique depuis près d'un an , avant que je susse même où était sa demeure; et je parle des autres pour faire ressortir sa reconnaissance. Je l'aurais excusé de ne pas me remercier de l'avoir dispensé de hasarder sa vie une seconde fois; car quoiqu'il pût se trouver servi au gré de ses désirs, il pouvait craindre en montrant quelque satisfaction, de paraître avoir peur d'un second duel. Peut-être aussi comptait-il la vie pour peu Mémoires, ir. 3

de chose ; mais, dans tous les cas , une augmenta^ tion de fortune avait quelque valeur pour un banquier. Cependant le remercîmentquele digne homme me fit , fut de me jeter sur les épaules un procès devant la cour de la chancellerie, sans m'avoir directement ni indirectement fait aucune demande , ni adressé aucun avertissement préalable.

S& plainte portait : Qu'il était administrateur des biens délaissés par feu son frère Thomas Whately;quedeslettresavaient été écrites àsondit frère par les gouverneurs Hutchinson et Olivier, que ces lettres se trouvaient en la possession de son frère , à l'époque de sa mort , ou en celle de quelque autre personne à qui il les aurait confiées pour les lire, et les lui rendre ensuite; qu'elles étaient tombées .entre mes mains par quelques moyens qu'il ignorait; que pour prévenir une découverte , j'avais supprimé ou fait supprimer l'adresse desdites lettres ; que fesant le métier d'imprimeur, j'avais fait imprimer et publier ces lettres /?ar mes agens et confédérés en Amérique ; que j'en avais vendu un grand nombre; que j'avais menacé de les faire aussi imprimer et vendre en Amérique ; qu'il m'avait demandé la remise des originaux de ces lettres et des exemplaires imprimés, en me requérant de ne plus en imprimer ni en vendre, et de compter avec lui des profits que f en amis retirés; qu'il espérait que j'aurais satisfait à sa demande, mais que je m'jr

étais refusé f contre toute justice, et contre ma conscience , à la grande injure de lui plaignant; qu'en conséquence il suppliait le lord chancelier de m'obliger à déclarer comment ces lettres étaient venues en ma possession , combien j'en avais imprimé et vendu çl'exemplaires, et à compter avec lui du bénéfice , etc.

Il devait savoir lui-même que tout ce qu'il avançait était entièrement faux ^ une seule circonstance exceptée , celle que son frère avait confié ces lettres à un tiers. Je n avais jamais eu un seul procès dans toute ma vie, et ceux qui ne se connaissent pas plus en affaires litigieuses que je ne m'y connaissais, seront sans doute aussi surpris de ce que je vais dire, que je le fus moi-même alors. J'appris que, suivant l'usage de la cour de la chancellerie, le défendant devait prêter serment que chaque point de sa réponse contenait la vérité ; mais que le demandeur n'était pas obligé d'affirmer par serment la vérité de ce qu'il avançait, d'où il résulte qu'il peut dans sa plainte n'avoir aucun égard pour la vérité, et qu'il lui est perhiis d'y mettre autant de mensonges que bon lui semble. Je ne comprends pas bien quel est le motif de ce règlement, à moins que ce ne soit pour encourager à plaider»

Je répondis, après avoir prêté serment, « que les lettres en question m'avaient été remises et étaient venues entre mes mains, comme agent de la chambre des représentans de la province de

Massachusetts; que, lorsqu'elles me furent remises, j'ignorais à qui elles avaient été adressées, aucune adresse n*y étant jointe ; qu'avant ce moment j'ignorais l'existence de ces lettres; que je ne les avais ni imprimées, ni fait imprimer; que, depuis plusieurs années, j'avais quitté la profession d'imprimeur ; que je n'avais effacé aucune adresse qui aurait pu être sur lesdites lettres, et que je ne croyais pas que personne l'eût fait; qu'en ma qualité d'agent de la province, j'avais envoyé ces lettres, comme j'aVais cru que mon devoir l'exigeait, à un membre du comité, avec lequel j'étais chargé de correspondre toutes les fois que l'intérêt de la province l'exigeait; qu'elles m'avaient été remises pour en faire l'envoi; que le plaignant ne m'avait fait aucune des demandes mentionnées en sa plainte; que je n'avais tiré aucun profit de la publication de ces lettres, et que je n'entendais en retirer aucun, etc. ».

Il devint évident à cette époque qu'on avait renotlcé à toute idée de conciliation avec la colonie de Massachusetts, en faisant attention à ses pétitions; et en lui rendant justice sur ses sujets de plainte; que le parti de la sévérité était bien pris, et que c'était une mesure adoptée par la cour que de décrier et avilir les habitans de cette province, et moi parmi les autres, comme son agent. C'était le bon ton de tout ce qui tenait au ministère de répandre des diatribes contre eux

et contre moi, dans toutes les compagnies et dans tons les journaux ; et il me fut intimé, bien long-temps avant l'événement , et comme une chose arrangée, que la pétition demandant la ^^ révocation des gouverneurs serait rejetée, que la conduite de rassemblée serait censurée, et que je serais puni de mes démarches par la perte de ma place de maître-général des postes. Tétais donc préparé à tout cela; mai$ je conviens que Tattaque de M. Whately fut pour moi une surprise tout4-fait imprévue. D'après toi|tes les circonstances que je viens dç déduire, jamais je n'aurais pu m'imaginer qu'un homme qui m'avait des obligations, fût assez bas pour entamer contre moi un procès veiatoire, de son propre mouve'ment, et sans la moindre provocation. Mais ce que j'appris peu après par l'effet du hasard , jeta du jour dans mon esprit sur toute cette transaction. Un de mes amis (i) vint un jour chez moi, en sortant de la trésorerie, et me montra ce qu'il appela une jolie chose pour un de ses amis. C'était un ordre de payer i5o livres au docteur Samuel Johnson pour un semestre de sa pension , tiré par le secrétaire de la trésorerie sur ledit sieur Whately- Je le regardai alors comme banquier de la trésorerie pour \e payement des

(1) Feu William Strahan , membre du parlement et imprimeur du roi.

pensions, et ayant en conséquence des liaisons intéressées avec l'administration , il pouvait avoir été déterminé par une impulsion étrangère à me persécuter de ce procès. Cette circonstance, au surplus, ne servit qua le faire paraître à mes yeux encore plus vil que s'il eût agi de lui-même.

J'ignorais quelles démarches lui et ses confédérés j les ministres, se proposaient de faire ensuite : je ne croyais pas que le banquier, voyant qu'il n'existait pas Ae profits k partager, voulût dépenser la plus petite pièce de monnaie pour cette affaire; mais l'état de mes finances ne me permettait pas de m'engager à Londres dans une lutte judiciaire avec la trésorerie , surtout lorsque l'administration venait d'avoir soin d'empêcher mes comrâettans de la Nouvelle-Angleterre de me payer aucun traitement, et de me rembour-.ser mes dépenses, en envoyant au gouverneur une instruction spéciale de ne signer aucun man^ dat qui pourrait être tiré à cet effet sur la trésorerie.

C'est une injustice si évidente que de priver le . peuple d'une colonie du droit de se servir de son argent pour payer un agent chargé de défeniire ses intérêts, tandis que le gouverneur, jouissant d'un salaire considérable pris sur les fonds)^xtor^ qués à la province en vertu d'un acte du parle-, ment, pouvait payer largement les Mauduit et les Wedderburn pour insulter les citoyens et

leur agent , qu'elle n'a besoin d'aucun eomxnentaice. Mais voilà ce qu'on appelle gouverne^ ment !

Ici se termine le fragment écrit par le docteur Franklin. Il en résulte clairement, ainsi que de ce qui se passa devant les lords du conseil privé (i), que lorsque le docteur, en qualité d'agent de la province de Massachusetts , présenta la pétition pour demander la révocation du gouverneur et du lieu tenant -gouverneur, le ministère fit sa propre affaire de leur cause; et Wedderburn, en dépit de toutes les lois et de tous les usages du royaume , reçut ordre d'invectiver contre un homme qui avait offensé les ministres , au lieu de discuter le fonds de la question.

Ce procédé , comme toutes les mesures d'une injustice révoltante, excita l'indignation du peupie, et on la vit peinte un moment sur tous les visages. Dans le premier transport, la corruption et la vénalité mêmes empruntèrent le langage de la vertu. Le nom de Wedderburn n'était prononcé qu'avec horreur, et c'était lui faire trop d'hour neur. Un petit génie intrigant , assez adroit pour ^ être plausible, assez rusé pourservir d'instrument, ne pouvait mériter d'autre sentiment que le mépris. Il était aussi généreux au peuple de le pren-

( ï ) ^ojez l'Appendix n* a.

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dre en averâion , qu'il le serait à un enfant de quereller une brique ou une pierre dont on se serait servi pour blesser son bienfaiteur. Ceux qui étaient derrière le rideau, et qui fesaient mouvoir les acteurs sur le théâtre, auraient da être les objets de Tindignation publique , et s'il eût existé assez de vertu dans la nation , on les aurait produits au grand jour, et on les aurait sacrifiés aux libertés du peuple.

Les plans de l'administration lui ayant alors réussi kVesê, elle tourna les yeux vers ïouest^ seul côté où la liberté parût encore avoir un lieu de refuge, et où, par conséquent, le ministère devait diriger ses plus grands efforts. On y avait emplpyé les mêmes ruses, les mêmes artifices ; mais le même succès ne paraissait pas devoir les y couronner. L'Amérique n'était pas disposée à devenir, comme les Indes orientales , un appendice de radrainistration. Elle s'était enrichie par une industrie qui produit des vertus dont cette administration pouvait à peine se faire une idée, et que par conséquent elle appelait des vices.

Il était évident que le différend avec l'Arnérique n'était qu'une affaire d'administration ; qu'elle n'avait d'autre but que d'augmenter le nombre des places à sa disposition , et de faciliter par 14 le seul moyen qu'elle connût de gouverner le peuple. Il n'est donc pas étonnant que tous ceux qui parlaient en faveur des Américains fussent l'objet de la haine et de la ragé de ladmi-

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nistration. Lé docteur Franklin avait été le plus distingué d'entre eur , et il aurait été sacrifié long-temps auparavant à son ressentiment, s'il n'eût été protégé par une intégrité sans tache, et par des talens supérieurs. Il avait été envoyé en Angleterre pour s'opposer à l'acte du timbre, et la force et la noblesse de ses réponses , lors de sa comparution devant la chambre des communes, semblait un reproche pour le temps où il vivait. Ses sentimens étaient ceux d'un Aristide, et ils firent ôur l'esprit du public une impression profonde. C'est pour cette raison qu'il fut tour à tour épié, tenté, persécuté. L'astuce, même quand elle est jointe au pouvoir, ne commet pas ses forfaits au grand jour. Il fallait une occasion ; l'affaire des lettres d'Hutchinson et d'Olivier en fournit une, et toute la sagesse du gouvernement fut employée pour en tirer parti. La conduite de l'administration en cette occasion fut bien extraordinaire. On pouvait attendre , d'hommes chargés de gouverner un grand peuple, un peu d'égards pour la décence, quoiqu'ils fussent dépourvus de principes. Il s'agissait de prendre en considération une pétition présentée par une grande et importante province; l'administration crut devoir en faire un passe-temps; elle invita ses amis, en grand nombre , à assister au divertissement. Une affaire sérieuse devint le combat du taureau. Le noble animal devait être pris par surprise y privé de toute défense, insulté et dé-

chiré par un misérable chien hargneux : objet d amusement bien convenable pour une assem-< blée solennelle du conseil privé, pour une audience des sages et vertueux sénateurs du pays !

Enfin laffaire servit à amuser. La pétition de Boston eut l'air d'avoir été entendue. On fit retentir les mots honneur^ vertu ^ vérité f dans des invectives sans fondement contre le docteur Franklin. Cet homme véritablement grand et vertueux vit ce manège puéril avec un mépris complet, et résolut de ne pas sortir du décorum qui convient aux affaires publiques. Il n'était pas venu au conseil privé pour jouter avecM.Wedderburn; il n était pas , comme lui, un jongleur de profession , et il crut qu'il se dégraderait en lui accordant quelque attention. Il laissa donc continuer le spectacle , et retourna chez lui bien déterminé à en appeler à un tribunal plus élevé et plus compétent.

Mais l'astuce traçait en secret des plans et des projets que Franklin ne soupçonnait pas, et dont il n aurait pu se garantir , quand même il les eût soupçonnés. Dès la première nouvelle d'une pétition arrivée de Boston contre ces bons amis de l'administration, Hutchinson et Olivier, toute la marche fut déterminée. On entendrait la pétition ; la discussion se changerait en une diatribe contre Franklin , on lui ôterait sa place , et on le chargerait de l'ignominie qu'on pourrait accumuler sur sa tête. — Mais ses connaissances et ses

taIens?Cet homme, quoiqueavancé en âgeetd'une tournure desprit philosophique et paisible, supportera-t-il tranquillement ces injures ? Wilke* n'a-t-il pas donné Ja preuve que le peuple prend le parti des opprimés ? —Il est vrai ; mais Wilkes avait appris à l'administration à consulter avant d'agir, non la vertu, ceût été un miracle; mais la prudence et|Ja précaution quand elle veut commettre une violence. Les talens de Wedderburn servirent à merveille en cette occasion , et il conseilla un procès en la cour de la chancellerie. Whately , banquier de la trésorerie , reçut ordre de rendre plainte contre Franklin , pour avoir pris des lettres adressées à son frère. Cette mesure lia les mains au docteur, et elle n'avait été adoptée que dans cette vue. Un homme ne peut défendre même sa réputation, quand la question dont elle dépend est ce que l'on appelle pen^ dante devant le lord chancelier. La trésorerie esè assez riche pour tenir une affaire pendante un long espace de temps ; et un homme qui a offensé Tadministration ne peut se flatter de désobéir aux règles de la cour de la chancellerie, sans éveiller l'attention du lord chancelier. Ce fait, en inéme temps qu'il montrait la sagesse et l'équité de l'administration, rendait raison au public de ce qui paraissait fort étrange, « qu'un homme qui possédait les talens et le caractère du docteur Franklin , se laissât tous les jours injurier, sans qu'il publiât une seule ligne pour sa défense »•

Tout ce qui parut en sa faveur dans les papiers publics, y fut inséré sans sa participation et à son insu ; mais il était du devoir de ses amis de ne rien négliger pour prévenir les effets de la méchanceté la plus noire et la plus réfléchie dont il eût jamais existé d'exemple contre un homme innocent et digne d'éloges.

On répondit, et en gén^/al jffictorieusement» à tous les reproches dirigés contre lui, un seul excepté, le seul qui fut plausible ^ et que ses amis de ladministration répétaient d un air triom« pliant. Ils disaient qu'un homme qui tient une place du gouvernement doit être fidèle au gouvernement, et que le docteur Franklin, occupant un emploi lucratif en Amérique, ne devait, sous aucun prétexte, brouiller le gouvernement avec les Américains. C'était prendre pour accordé , ce qu'à la vérité il n'aurait pas été difficile de démontrer, que l'intérêt du gouvernement était d'un coté, et celui du peuple de l'autre ^caril importe peu qu'il s'agisse du peuple d'Amérique ou de celui du comté de Middlesex. C est donc avouer, aussi clairement qu'il est possible, les principes de la tyrannie , que de soutenir que les serviteurs du roi lui apps^r tiennent exclusivement, et nont ni rapports avec le peuple, ni devoirs à remplir envers lui.

Peu de temps après la séance du conseil privé, le docteur Franklin fut destitué. de la place de maître-général des postes , qu'il tenait de la cou-

ranne. Ce n'était pas seulement par l'envoi des lettres dont il vient d'être question qu'il avait offensé le ministère britannique , mais par ses écrits populaires en faveur de l'Amérique. Deux d'entre eux avaient surtout attiré l'attention publique des deux côtés de l'océan : l'un était un édit supposé du roi de Prusse, établissant une taxe sur les habitans de l'Angleterre, comme descendans d'émigrés de ses domaines; l'autre était intitulé : Moyen défaire un petit état , duh grand empire. Dans tous deux les prétentions de la mère - patrie, 'et la conduite du ministère anglais étaient l'objet d'une satire sanglante.

Pendant que ces événemens se passaient, la réputation du docteur f^ranklin fut attaquée par un autre antagoniste. Josiah Tucker, docteur en théologie, et doyen de Glocester , publia un ouvrage dans lequel il avançait « qu'un certain patriote Américain, qu'il n'était pas besoin de nommer, avait fait des démarches pour obtenir une place dans l'administration du timbre en Amérique ». Le docteur Franklin écrivit à ce sujet plusieurs lettres au docteur Tucker, pour lui demander les preuves de cette assertion. Celui-ci, dans sa dernière réponse, lui 'dit « qu*on l'avait informé plusieurs fois qu'il avait sollicité de feu M. Grenville une place d'agent ou de distributeur du timbre en Amérique; qu'il avait conclu de cette information que c'était pour lui-même que le docteui^ranklin avait sollicité cette place ;

qu'il était informé maintenant qu'il n'existait pas de preuve positive de ce fait , mais qu'il eu existait qu'il avait fait une semblable demande en faveur dune autre personne; enfin que le docteur Franklin conviendrait sans doute luimême qu'il était fort indifférent pour la question en général , qu'il eût £ait cette démarche pour lui ou pour un de ses amis , et que s'il y trouvait quelque différence , elle était au - dessus de la compréhension du docteur Tucker ».

Le docteur Franklin lui répondit le a6 février 1774 9 ainsi qu'il suit :

<K Monsieur 9

y) Je vous remercie de la franchise avec laquelle vous m'avez communiqué les détails des informations que vous avez reçues relativement à la prétendue démarche que j'ai faite auprès de M. Grenville , pour obtenir une place dans Tadministration du tirtibre en Amérique : comme ni vos premières , ni vos dernières informations ne sont véritables, je crois devoir, pour votre satisfaction, vous mettre sous les yeux, d'une manière simple et claire , toutes les circonstances qui ont pu donner lieu à ce rapport erroné.

» Quelques jours après que l'acte du timbre eut été adopté^ acte auquel je m'étais opposé par tous les moyens qui étaient en mon pouvoir, je reçus un billet de M. Whately . secrétaire de

Digitizèd by LjOOQ IC

M. Grenville, qui me priait de passer chez lui le leodemain matin. Je m'y rendis , et j'y trouvai plusieurs autres agens des colonies américaines. Il nous informa que M. Gren ville désirait que l'exécution de cet acte fût le moins désagréable possible pour l'Amérique, et qu'en conséquence il n'avait pas l'intention d'y envoyer de ce pays des officiers du timbre, mais qu'il désirait choisir dans chaque province des habitans honnêtes et irréprochables , qui pussent être agréables au peuple; que les Américains devant payer cette, taxe, il était juste d'ailleurs que les émolumens restassent parmi eux. Al. Whately nous invita donc à lui désigner les personnes que nous jugerions convenables, pour nos colonies respectives, nous ajoutant que M. Grenville nous saurait le meilleur gré de lui indiquer des hommes honnêtes et solvables, et qu'il aurait le plus grand égard à nos recomihandations. D'après cette déclaration plausible, et qui paraissait faite de bonne foi , nous nous déterminâmes à le satisfaire, et j'indiquai pour ma province, M. Hugher, disant en même temps que j'ignorais s'il voudrait accepter; mais que s'il acceptait, j'étais certain qu'il remplirait ses devoirs avec intégrité : j'appris peu de temps après sa nomination. Je crois qu'aucun de nous ne prévit ou ne s'imagina que cette complaisance pour la demande du ministre serait représentée ensuite comme une soUicita-x tien de notre part , et alléguée comme une preuve

que l'acte du tirabre auquel nous nous étions opposés, avait notre approbation. Si nous avions pu le croire, peu de nous auraient souscrit à cette invitation; et quant à moi, je ne l'aurais certainement pas fait : je puis vous assurer , et TOUS prouver, par des témoins encore vivans, que tel est le récit exact de ce qui s'est passé en cette occasion ; si vous le comparez avec ce que vous dites dans votre ouvrage, je suis persuadé que^vous y trouverez une différence qui sera bien loin d'être au-dessus de votre compréhension.

» Permettez-moi de vous faire observer encore que votre remarque qu'iV n'existe pas de preuve positive que j'aie sollicité une telle place pour moi-même, semble dire qu'il se trouve au moins quelques preuves circonstantielles qui peuvent en faire naître le soupçon ; cependant la dernière partie de votre phrase où vous dites qu'iV existe des preuves que j ai sollicité cette place pour un autre, détruit, c^e me semble, un pareil soupçon, et est, si l'on y ajoute foi, une -çrexxve positive du contraire : car si j'avais assez de crédit sur M. Grenville pour obtenir cette place pour un autre, est-il vraisemblable qu'il me l'aurait refusée si je l'eusse demandée poum moi-même?

» Il est une autre circonstance sur laquelle je vous prie de réfléchir avec impartialité: vous me représentez comme ayant des opinions ver-

satLleS, et paraissant à la chambre des communes pour décrier une mesure que j'avais approuvée, et exciter l'orage qui grondait sur le ministre. Comme celar doit être arrivé après mes préten* dues sollicitations pour moi ou pour mon ami; comoie M. GrenviUe et M. Whately étaient à la chanibre,et que tous deux me firent des questions ; peut-on croire que, blessés comme ils devaient l'être d'un tel changement dans mes opinions, aucun d'eux n'eût fait de réflexions sur cette versatilité, ne l'eût fait remarquera la chambre, ne me l'eût reprochée, ne m'en eût de^nandé les raisons? et cependant tous les membres présens à cette séance^ savent que ni eux , ,ni personiie de leur parti ne prononcèrent un mot à ce sujet.

» Je me persuade que vous commencez maintenant à soupçonner que vous avez été induit^ .en erreur par ceux qui vous ont donné ces informations : je ne vous demande pas leur nom , parce que je n'aimè pas à avoir des raisons particulières pour mésestimer des gens qui, en gé* néral , peuvent avoir droit à ma considériation : ils peuvent aussi avoir tiré d^s conséquences des rapports, qu'ils* avaient reçus d'autres per- ; ' sonnes ; et ayant appris que la place avait été I donnée à une personne que j'avais indiquée, ils l ont pu supposer que je l'avais sollicitée , tout . aussi naturellement que le docteur Tucker, en Méhoibes. II. 4

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apprenant que je Tavais sollicitée , en avait conclu que c'était pour moi.

« Je Jiroua prie de croire que je prends en bonne part laveiu que vous me hitms (i), tt qu'il vous a paru depuis long- temps, que je suis sorti des bornes de la moralité dans les mc^ens que j'ai employés pour procurer lavahtage supposé de TAmériqiAe ». Je sais qu'il j a beaucoup de vérité dans ce proverbe , que nos péchés et nos dettes vont toujours au-delà de ce -que nous (soyons ; et quoique je ne puisse en ce moment , d'après un examen de conscience , m'aocuser d'aucune espèce d'immoralité , il me parait raisonnable | de soupçonner que ce qui vous a paru depuis long-temps y peut avoir quelque fondement. Vous avez la bonté d'ajouter « que si je puis prouver que vous m'ayez injustement soupçonné, vous serez charmé de reconnaître cette, erreur ». Il est quelquefois difficile de prouver que des soupçons soient injustes , même quand on sait en quoi ils consistent; mais la difficulté devient bien plus grande quand ^n ne le sait point. Je dois donc croire que votre intention , en m*en parlant, était de m'en communiquer les motifs, si je vous le!s demandais , e( c'est ce que je &is aujourd'hui, avec le désir et la résolution sincère, je vous l'assure^ de me corrige des fautes

(i) Dam une précédttite lettrç.

DE B. FRANKLIN. 5i

Tjue vous me ferez reconnaître dans rtia ooti<)uite, et de vous remercier de vos avis. Dans vbs ëctits, je parais un itiéchaht homme ; si vouà j^btivez m'aidét 4 en devenir vétitaMemtent un ïHeftîeur , ce sera, fnotiîsieùr^ "unie l^éj)atàlibn jpltis que suffisante pour votre îstttltteuï^,

Sur le bronîUbn de nsmtt teftte tè d^teùl* Ft'atrklin a "écrit la iiore stiit^ntê.

7 février 1^75. Je n'ai pas encore reçu de réponse à cette lettre.

Il est donc évident tque le réVélrend dottèUt ne voulut pas convenir qo'il se fût ibati^iellèménl trompé en parlant de Fmsitiklin. Il paraît ii|ue ses préventions étaient teHemfçnt enracinéëé ,* et que son désir de relidre jttsiicè à uft hetniiié qu'il avait calomnié étoit si engourdi, ^u^il se boucha les yeux et les oreiller pout né tiûPit* Ai n'ëîitendi^ la vérité. Avec des dbpôëitiôtié ]>lus équitables , il aurait été impMsible a%l do^eù d« tîlocester de garder un sikfice si bpilûâtrë ^Ut cette dernière lettre. Les faim qu'«U(e eètttei^it y étaient expliqués avec tant de càndèttr et àé ciVili të ^ tqti^il aisiait cru de son diïvoii*, ou dé 1^ ^ôotitftdirè en en allégnailt d'autres é^telMM cètiblu^îfs, ou de reconnaître qu'il avait fait utite Ircou^tiôn mal fondée. Il n'avait ni la possibilité de fàir^ l'un , ni la volonté de fiaire l'autre; il ne lui res-

5a MÉMOIRES

tait donc que Texpédient évasif de ne faire aucune réponse. /

Mais revenons à des objets d'intérêt public.

Toutes les espérances que Franklin avait conçues , en faveur de FÂmérique , de la bonne réputation et des dispositions favorables du ministre actuel y lord Dartmouth , ne tardèrent pas à se flétrir. Non-seulement on h'essaya pas même de rien . changer aux mesures de son prédécesseur, mais on en prit d^ nouvelles qui devaient exaspérer les colonies encore davantage, les jeter dans le désespoir, et les porter à une rébellion ouverte.

Dans un écrit dn docteur Franklin , intitulé : De r origine et des progrès des différends entre la Grande-Bretagne et ses colonies américaines , et qu'on suppose avoir été publié vers cette époque (1774)7 il établit qu'aussitôt après la conclusion de la guerre, le but du ministère anglais fut de tirer un revenu de l'Amérique. La première tentative pour y parvenir fut lacté du timbre : il parut bientôt que cette démarche n'avait pas été suffisamment réfléchie, et qu'on n'avait pas accordé aasçz d'attention aux droits, à la forcé, aux opinions et au caractère d'un grand peuple qui prenait chaque jour un nouvel accroissement.* Les colonies se plaignirent : elle^ préten*dirent qye cette taxe était inutile, parce que leurs assemblées s'étaient toujours monteées disposées à accorder des dons volontaires a la cou-

ronne , proportion nellemeat à leurs moyens; et souverainement injuste, parce qu'elles n'étaient • pas représentées dans le parlement britannique, au Heu qu'elles Tétaient dans leurs assemblées où leur consentement était donné, comme cela devait >.étre , toutes les fois qu'il s'agissait de puiser dans leur bourse.

Le parlement rapporta cet acte comme incon- ▼enable ; mais dans un autre il se déclara le droit de taxer les colonies par des lois qui seraient obligatoires pour elles dans tous les cas ; et Tannée suivante il assujettit à des droits les marchandises qui y arrivaient d'Angleterre. Après le rapport deTacte du timbre, les Américains avaient repris toute leur bonne humeur , et le commerce avec la Grande-Bretagne s'était rétabli; mais ces nouveaux droits renouvelèrent leurs plaintes. On peut voir dans la seconde Partie de la Correspond dance privée du docteur Franklin j les causes progressives du mécontentement des Américains.

£n parlant du droit que le parlement britannique prétendait avoir de faire des lois obligatoires dans tous les cas pour les colonies américaines , le docteur Stuber dit : <c Ce droit ne fut jamais reconnu par les colonies; mais comme elles se flattaient qu'on iie Texercerait jamais, elles ne firent pas de bien vives remontrances à ce sujet. Si Ton eût laissé dormir ce prétendu droit, les colons auraient volontiers fourni leur quote-part de contributions, suivant le mode auquel ils

étaient habituée, cest-à-dire en Tertu d'actes éiDané& de leurs propres assemblées, sur la réquisition du secrétaire d*état Si l'oaeût continué de anivre cette marclM , ks colons étaient si £9ivorablement disposés en faveur de leur mére-pattie, que^ maj^é tcmt le désavantage que leur occa-* sionnaient les restrictions mises à leur coin* mcDce , et qui n'avaient en vue que Fint^ét de celui die ki Grande«^Bretagne et de ses manuCactuves, ht séparajtîon des deu^ pays aurait été un événement encore bien éloigné. On apprenait atix Américains, dès leur enfonce, à respecter le peuple dont ils descendaient^ dont le langage, les loiset les mcears étaient semblables aux leurs. Ils le regardaient comme un modèle de perfection ; et dans leur esprit prévenu , les nations d'Europe le^ plus éclairées passaient pour des barbares^ en comparaison des Anglais. Le nom d'Ai^glais leur présentait à Fîdée tout ce qui était bon, tout ce qui était grand. Tels étant les sentimens q^i leur étaient inspirés dés leur bas âge, il fellai tu ne répétition des plus injustes procédés pour leur foire concevoir la pensée la plus éloignée d'une séparation. LeiS droits sur le verre , sur le papier, sur le cuir, sur les couleurs, sur le thé, etc., quelques-unes des provinces dépouillées de leurs privilèges, les obstacles apportés par les gouverneur^ aux mesures des assemblées législatives des autres, le mépris avec lequel on- recevait leurs humbles remontrances, leurs

plaintes 7 leurs demandes de justice; d autres actes de violence et d'oppression , éveillèrent enfin un formidable esprit d'opposfiîon« Au lieu de chercheif àvcalmer cette effervescence par une conduiite plus prudiente, le ministère n'en persista que plus opiniâtrement à réduire les colo* nies à une obéissaixee servile à ses décrets; mais il ne fit qu aggraver les maux. On épuisa en vain tous les moyens de faire re^noncer les ministres à ce dessein , de les convaincre de Ti m possibilité d'y réiissir, et de leur mettre sous les yeux le tableau des suites funestes q^i résulteraient de leur aveuglement ,. s'ils persistaient dans ce pro*« jet : ils y persistèrent, et avec une: opiaiâireté sans es^emple.

Tout le continent de l'Amérique commença alors à regarder le bill relatif au port de Bos^ ton (i) comme attaquant essentieUemeni; la. liberté de toutes les colonies*, et tous les journaux américains contribuèrent à propager ces sentimens , et à W enraciuder dans tous les espmtsv

Même les colonies qui dépendaient le plus^de la mère -patrie pour la» vente de leum productions, firent cause commune avec les autres, et lou n'entendit plus parler que de résolutions pour encourager les manufactures nationales,

■ ■ ^ PI IP 1 I » I I I !■■ ■■ I Lig I lll ' I ■ ■ ^.. I II ■ *<»

(j) Qill qui ordonnait le Idocui du^poi^ de Boston, à cause

de la destruction qui av^ en lieu en cette ville de quelques

cargaisons de thé.

(Jiote du traducteur!)

se servir des produits du pays, renoncer à tout objet venant de l'étranger, et s'interdire tout ce qui était superflu.

La Virginie résolut de ne plus cultiver de labac, jusqu'à ce qu'on eût fait droit aux plaintes de l'Amérique. Le Maryland suivit cet exemple : la Pensylvanie et presque toutes les colonies prirent des résolutions dictées par le même esprit, et tendant à forcer rAngleterre à leur rendre justice.

Pendant ces querelles entre les deux pays, le docteur Franklin inventa un petit dessin emblématique tendant à représenter l'état de la Grande- Bretagne et de ses colonies, si la première persistait dans ses mesures d'oppression , et notamment dans la prétention de faire taxer lès colons par un parlement dans lequel ils n'étaient pas représentés. Il fut gravé sur une planche de cuivre, et c'est cette même planche qui a servi à tirer la gravure ci-jointe. Franklin en fit tirer un grand nombre sur du papier dont il se servait ensuite pour écrire ses billets. Il avait joint à d'autres exemplaires l'explication et la morale ci-après.

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