‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 7 sur 25 · I. Le thé qui a été détruit sera payé · texte numérisé non relu

I. Le thé qui a été détruit sera payé

II. L'acte établissant un droit sur le thé sera rapporté , et le montant des droits qui ont été

payés sera réintégré dans les caisses dès diverses provinces où ils ont été perçus.

IlL Les lois sur la navigation seront passées de nouveau dans les colonies.

IV. Un officier de marine , nommé par la couronne , résidera dans chaque colonie pour veiller à l'exécution de ces lois.

V. Tous les actes contenant des restrictions aux manufactures des colonies , seront rapportés.

VI. Tous les droits résultant des actes pouf régler le commerce avec les colonies , serviront au service public de chaque colonie, et serontversés dans leur caisse. Les collecteurs et les officiers des douanes seront nommés par les gouverneurs, et ne seront pas envoyés d'Angleterre.

Vn. En considération de ce que les Américains maintiennent leur gouvernement en tempB de paix, et de ce que l'Angleterre aura le monopole du commerce avec eux, il ne leur sera fait aucune réquisition en temps de paix,

VIII. Aucun corps militaire n'entrera et ne séjournera dans une colonie, sans le consentement de son assemblée législative.

IX. En temps de guerre, sur la réquisition faite par le roi, avec le consentement du parlement, chaque colonie lèvera un subside dans la proportion suivante : si l'Angleterre, à cause de la guerre, ajoute trois shillings par livre à ses taxes ordinaires, les colonies ajouteront un quart en sus à leur dernière taxe de paix, et inoitié en

sus , quand la taxe additionnelle s élèvera en Angleterre à quatre shillings pour livres. Le produit de cette nouvelle taice sera accordé à Sa Majesté , et sera employé à lever des hommes pour le service de terre et de mer, à les salarier, à acheter des provisions , et à tel autre usage que le roi jugera convenable, et ordonnera. Aucune colonie ne pourra payer moins; mais chacune pourra ajouter tel don gratuit qu'elle voudra»

X. Le fort William sera rendu à la province de Massachussetts , et la couronne ne pourra faire construire de forteresse dans aucune province sans le consentement de son assemblée législative.

XI. Les derniers actes relatifs à la province de Massachusetts et à Québec seront rapportés, et^ Von accordera un gouvernement libre au Canada.

, X'IL Les juges resteront en place tant qu'ils se conduiront bien, et recevront un salaire fixe, qui leur sera payé par ordre des assemblées; ou s'ils sont nommés tant que durera le bon plaisir du roi , leurs salaires leur seront payés tant que durera le bon plaisir des assemblées, comme cidevant,

XIII. Les gouverneuss seront salarii^ par les assemblées de chaque province.

XIV. Si la Grande-Bretagne renonce au monopole du commerce avec rAmérique , le subside mentionné art. IX lui sera payé en temps de^ paix comme en teipps de guerre^

X^Yji L extension aux colonies de la loi do

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Henri VIII sur les trahisons sera formellement désavouée par le parlement,

- XVI, Les cours d'amirauté d'Amérique n'y auront que \es pouvoirs qui leur sont attribués en Angleterre , et les actes qui les établissent devront être confirmés en Amérique.

XVII. Le parlement renoncera à tous pouvoirs de législation intérieure sur les colonies.

£n leur relisant cet écrit, je déduisis mes mo* tifs pour chaque article.

Je fis observer sur le premier, que lorsque le thé avait été détruit, l'Angleterre avait droit à une réparation , et qu'elle l'aurait bien certainement obtenue si elle l'avait demandée, comnoe cela avait eu lieu dans une occasion semblable , à l'yard du papier timbré; qu'elle pouvait avoir le droit de rendre le mal pour le mal dans la même proportion, si elle le préférait, mais non d'en occasionner dix ou vingt fois davantage, comme elle l'avait fait en ordonnant le blocus du port de Boston, dommage dont, à mon avis, la province devait être indemnisée par l'Angleterre; que par conséquent si je consentais au payement du thé qui avait été détruit, ce n'était que par désir de la paix, par complaisance pour l'opinion qu'ils avaient énoncée lors de notre première entrevue, que c'était une condition sine.quâ non, que la dignité de la Grande-Bretagne l'exigeait, et que si nous y consentions , tout le reste marcherait de soi-même. On convint que nion rai-

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sonnement était j^uste. Cependant je laissai subsister rarticle.

Sur le second , que 1 acte établissant un droit sur le thé devait être rapporté comjne n'ayant jamais pu produire un -bon tîffel, ay^nt été la cause de tous les malheurs actuels, et ne devant probablenient jamais être mis à exécution ; cjue les Américains considérait cet acte comme inconstitutionnel , comme excédant les pouvoirs du parlement, ils regardaient les somi:nes qui avaient été extorquées à ce titre, comxQe une exaction , et comme devant donner Jieu à une restitution , d'autant qu'il en résulterait un fonds pour payer le thé qui avait été détruit. Mes deux amis pensèrent que le rapport de l'acte pourrait s'obtenir, nuais non la restitiition. Ils furent d'avis de n'en point parler : mais comme je la trouvai3 juste et équitable, j'insistai pour que l'article fût maintenu eji non enlie;».

Sur le Iir et le IV% je fis remarqu^er qu'on nous avait souvent accusés d'avoir en vue labolition de l'acte de navigation ; q;u^.Ia vérité était pourtant que les dispositions qui en étaient le plus ^vorables à la Grande-Bretagne, notaxnment de De faire le commerce q.ue sujr des bàtjmens animais, de composer leurs équipages; au moins pour les trois quarts, de marins anglais ou colons, etc., nous étaient aussi agréables qu'aux Anglais, attendu que nous désirions employer nos propres vaisseaux de préférence à ceux des

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étrangers , et que nous n'avions aucune envie de voir entrer dans nos ports des bâtimens étrangers; qu'à la vérité l'obligation de décharger en Angleterre une partie de nos marchandises avant de pouvoir les porter en d'autres pays, et la défense de tirer des pays étrangers certaines marchandises, nous paraissait une injustice qui devait d'autant mieux cesser d'exister, qi^il en résultait plus de perte pour nous que de profit pour l'Angleterre ; mais <^ue comme l'Angleterre avait fait de cette condition l'équivalent de la protection qu'elle nous accordait, nous n'avions jamais demandé de changement à cet égard ; que si elle devait continuer à exister, je pensais que, puisque l'on contestait au parlement le droit de lui donner la force de loi, Ije mieux était de lui donner de nouveau ce caractère dans les colonies, ce qui prouverait leur consentement à cette mesure:

que si, comme le proposait l'art. VI, tous les droits étaient perçus par des officiers nommés et salariés par le gouvernement de chaque province, et que le produit en fût versédans sa caisse, j'étais sûr que les lois seraien t mieux et plus fidèlement exécutées, à moins de frais, et qu'on éviterait une grande source de mésintelligence entre les deux pays , c'est-à-dire les calomnies des officiers inférieurs envoyés d'Angleterre, qui n^ manquaient jamais de faire à Tadministration de faux rapports contre les habitans des colonies, pour se faire valoir et obtenir de l'avancement;

que par ce moyen l'extension de la juridiction de Tamirauté, sujet de tant de plaintes, ne serait plus nécessaire; l'intérêt des colonies serait d'exécuter ces lois, ce qui en est la meilleure garantie , et le gouvernement en serait assuré par les rapports des officiers de marine dont il était parlé ea l'art. lY. Ces raisons. parurent satisfesantes , et les articles furep.t ^doptés.

Mes deux amis préyircint que le V* éprouverait des difficqltés., Ils, dirent que le système de res-' trictions sur les ma/^ufecture^ des colonies était une idée favorite en:A^^l€^teri)e, et ils demandèrent la suppression de cet. article dont la proposition seule jetterait lalarme, et eo^pécherait qu'on n'en accordât d'autres plus i m portans, et même qu'on ne les prît en considération. Mais comme j'insistai sur. la justice de p(;?rmettre à tous les citoyens du même empire de : mettre à profijt leurs avantages, naturels , ils demandèrent que je substituasse au mottapporté^^ cfiix pfis en nouvelle considération , et jîy consentis;

. Ils objectèrent à l'article VJ! que Iput ce qui partageait les soins du gouvernement devait contribuer à son entretien. Je répondis «que tout j:;e qu'on pouvait raisoan!ablement exiger était quie cbaque partie distincte des domaines du roi maintint en temps de paix. son propre gouvernement ; que toutes les colonies anciennement établies, ou confédérées, ravaiei>jt faijt depuis

leur origine; que les taxes qu'elles supportaient

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autre, sans le consentement de rassemblée légis* lative du pays où il voulait les introduire, il pourrait faire débarquer en Angleterre des armées levées en Amérique^ sans en demander le consentement du parlement , qui probablement ne verrait pas cette mesure de meilleur œil, qu'il n'y avait vu quelques années auparavant l'arrivée des troupes bessiennes et hanoyriennes , quoique leur introduction fût justifiée, par la supposition d'un danger existant; que, s'il se présentait quelque occasion qui exigeât la présence 4p troupes anglaises en Amérique, il n'y avait nul doute que leis assemblées ne consentissent à leur entrée. J'étais si éloigné de vouloir supprimer cet article, que je pensais que j'aurais dû y ajouter que toutes les troupes existant alors dans les colonies en seraient retirées avant que l'Amérique consentît à aucunes propositions d'arrangement, parce que tout ce qu'elle pourrait accorder jusqu'alors paraîtrait l'effet de la compulsion , ce dont il fallait éviter même Tapparence; car lorsqu'on agit ^ ou qu'au moins oa parait agir librement, on accorde sôu'vent bien des choses que , quoique raisonnables en ellesmêmes , on refuserait à la force et aux menaces. Il était donc nécessaire de retirer les troupes d'Amérique pour faire avec les Américains des arrangemens qui pussent être durables, puisque toute preuve de compulsion suffit pour invalider un traité. On ne pouvait être surpris de nous

Toir insister sur ce que la couronne n'avait pas le droit dentretenir chez nous une armée sur pied en temps de paix , puisque nous venions d'avoir sous les yeux un exemple frappant de l'abus qu'on pouvait en faire en l'employant à forcer les sujets du roi à la soumission au pouvoir arbitraire; ce qui était le but avoué de l'ar- ' mée et de la flotte qui se trouvaient alors à Bos* ton. Me trouvant inébranlable à cet égard, ils consentirent que l'article restât , maiif sans l'approuver. Ils auraient voulu , dirent-ils^ que mon plan ne contînt que des choses que tout homme impartial dût approuver, que tout Anglais pût appuyer, et ils ne pensaient pas que ce fût le cas de cet article.

L'article IX avait été rédigé d'après la réflexion que le docteur Fothergill avait faite loi^s de notre première entrevue, que le gouvernement ne se contenterait probablement pas d'une promesse indéterminée qùeies assemblées lui accorderaient des subsides en temps de guerre; qu'il serait donc préférable de les fixer à raison de tant de shillings par livre sur les contributions levées en Angleterre ; mais il ne savait comment fixer cette proportion^ et m'engagea à y réfléchir. On avait dit aussi que le parlement était devenu jaloux du droit que la couronne prétendait avoir, et avait exercé jusqu'alors, de lever de l'argent dans les colonies saus son consentement, et que , puisque nous ne voulions pas payer de taxes imposées

par le parlement, le* réquisitions de subsides ne devaient se faire à l'avenir qu'avec son approbation et non autrement. J'étais surpris que la couronne consentit à renoncer à ce droit; mais je n'arais patr d'objection à ce qu'elle dirconscrivît son autorité de bornes plus étroites, de manière que je rédigeai l'article en ce sens, et j'imaginai dé proportionner le subside à ïa taxe de paix de l'année précédente. J'aurais préféré que la cou-* ronne convoquât un congrès dé toute» les pro-vinces pour répondre à ses réquisitions et en fixer la proportion ; mais comme on m'assura que jamais le gouvernement n='y consentirait, je laissai aux assemblées de chaque colonie le pouvoir d'ajouter un don gratuit à la quotité déterminée, afin de donner à la couronne un motif pour les convoquer et cultiver leur affection, et pour ménager aux colonies la satisfaction de prouver leur loyauté et leur tèle pour la cause comnoiune, et l'occasion de manifester leur désapprobation , en cas d'une guei*re dont elles ne croiraient pas la cafuse légitinie. J'avais encore d'autres vues dans cet article, c'était que la certitude de ce que nous aurions à payer en temps de guerre, nous rendîH pliis écoifiomes en temps de paix. It né souffrit aucune difficulté , au moins de la part^de mes deux amis. • ^

Je défendis Farticle X en représentant Tinjuslice qu'on avait commise en s'eraparant d'une forteresse qui avait été élevée à grands frais,

supportés par la province, pour défendre le port contre tous ennemis étrangers, et dont on fesait maintenant une citadelle pqur tenir la ville enrespect, bloquer son port, et la priver de ses privilèges^ On avait beaui^oup parlé des excès qu'en avaient commis les* babtians en détruisant les cargaisons de thé; mais c'était là une bien plus grande injustice restée sans compensation, puisque l'érection de ce fort avait coulé à la province 3oo,ooo livres (7,aoo,ooo fr.). S«e servir ainsi contre eut d'une forteresse qu'ils avaient fait construire, c'était un avertissement pour toutes les colonies de ne jamais en élever aucune autre; c'était les laisser d'autant plus exposée^ aux inàultes des ennemis communs; mais c'était aussi une bonne raison poiir demander que la couronne n'en pût jamais faire éleVer sur leuî territoire, sans le consentement de leurs assemblées législatives. On n'eut pas d'objections sérieuses ài faite à cet article, mais on crut qu'il passerait difficilement.

On pema que l'article XI éprouverait encore plus de contradiction ; qu'on dirait que, quoique les anciens colons se fassent mêlés des affaires de la province de Massachusetts , ils n'avaient rien à voir à celles dû Canada; qu'on nous regarder rait comme d'officieux entremetteurs qui ne cherchaient qu'à troubler le gouvernement ; que l'administration régardait différente.^ lois rendues récemment sur la province de Massachu-

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setis comme une amélioration au gouvernemeat de cette colonie, notamment celles relatives à la nomination des conseillers, au choix des jurés, à la prohibition des assemblées générales de la ville. Je répondis qu^ nous avions aidé à conquérir le Canada ; que nous y avions versé notre sang et prodigué nos trésors; et que par conséquent nous avions quelque droit à ne pas rester tout-à-fait étrangers ai^x arrangemens pris dans cette colonie; que l'établissement d'un gouvernement arbitraire dans notre voisinage immé*diat, pouvait être dangereux pour nous; que voulant la liberté pour nous-mêmes, nous désirions que ses bienfaits s'étendissent sur tous les hommes , et qu'on ne répandit point en Amérique de germes d'esclavage; que, quant aux prétendues améliorations introduites dans le goui» vernement de la province de Massachusetts , il serait facile de démontrer qu'elles n'étaient toutes que de funestes changemens^ mais qu'étant le résultat de chartes convenues entre les deux parties, le roi et le peuple, on n'y ferait aucune altération que d'un commun accord ; que toutes nos constitutions étaient devenues incertaines et comme flottantes, par suite des prétentions du parlement au droit de changer nos chartes qui avaient toujours été regardées comme inviolables, si ce n'est en cas de forfaiture ; d'altérer des lois faites en conséquence de ces chartes , revêtues de la sanction royale, et qui par là ne pou<-

vaientétre changées que par les mêmes ^uvoirs qui les avaient faites ; qu en réclamant le pouvoir de nous taxer ad libitum, il nous privait de tous nos droits de propriété; de sorte qu'en s arrogeant le droit de changêi^ à volonté nos lois et nos chartes , il nous dépouillait de nos droits et de nos privilèges dont nous ne jouissions plus que sous son bon plaisir. C'était une situation, dans laquelle nous ne pouvions rester, et nous devions risquer la vie et tout au monde ^plutôt que de nous y soumettre. L'article fut donc adopté.

J'expliquai l'article XII en établissant quelle était autrefois la situation des juges dans la plupart des colonies. Ils étaient nommés par la couronne et payés par les assemblées. Ils restaient , en fonctions tant que durait le bpn plaisir du roi, et ils recevaient leur traitement tant que durait le bon plaisir de l'assemblée. Quand on représentait aux assemblées que rendre les juges dépendans de leur volonté pour leur salaire , c'était vouloir exercer une influence illégitime sur les cours de justice , elles répondaient que les rendre dépendans de la volonté de la couronne pour la continuation de leurs fonctions , c'était aussi vouloir garder sur ces cours une influence illégitime ; que ces deux influences se balançaient mutuellement; que, lorsque la couronne nommerait les juges pour rester f n place, tant qu'ils se conduiraient bien , les asse^nblées leur accorde-

raient 911 traitement pet*manent pour tout le tem^p3 Qu'ils resteraient en place. La couronne s'y était, constamment refusée. C'était la mérae proposition qu'on représentait encore , les colonies de pouvant concevoir pourquoi on ne ren* dratt pas leurs juges aussi indépendans que ceux d'Angleterre. Mais au contraire la couronne pré* tendait faire dépendre les juges de $on bôjti plaisir, et pour la durée de leurs fonctions, et pour la fixation de leur traitement , le tout pour durer à son bon plaisir* C'était mettre tous les poids dans une des balances de la justice, et c'était à quoi les colonie$ devaient s'opposer. On convint que cet article était raisonnable.

L'objection qu'on fit à l'article XIII était fondée sur ce qu'on pensait généralement en> Angleterre, qu'il était plus convenable que le roi payât soa gouverneur, afin de le rendre indépendant du peuple 9 qui, sans cela, pourrait exercer sur lui une iafluence contraire k son devoir, en le privant de traitement à voloaté* J'y répondis que la plupart des gouverneurs envoyés dans les colonies étaient des hommes sans principes et sans fortune, qui n'y venaient que pour s'enrichir , et qui n'avaient aucune affection naturelle ^our le pays qu'ils avaiefil à gouverner ; que , les rendre entièrement indépendans du peuple , c'était leur inspirer un esprit d'insouciance pour le bonheur ou le malheur des colonies, et lâcher la bride à leur cupidité et à leur tyrannie ; que l'influence

à laquelle on prétendait qu'ils seraient soumis ne pouvait rien produire qui fût préjudiciable au service du roi ou aux inléréts de la Grande-Bre» tagne, puisqu'ils se trouvaient resserrés dans un eercle d'instructions spéci^aies, qu'on exigeait d'eux un cautionnement, qw'ids s'y conformeraient , et que toutes les lois qu!ils sanctionnaient pouvaient être ensuite a^brogéies par la couronne, si elle ne les jugeait pas convenables; que le payement de leur traitement par le peuple était plus satfsfesant pour euk , parce qu'il devait en résulter une bonne inteUigentie , <et»4^ bons offii*ces réciproques entre le gouverpeur et les'ga»vernés; qu'en conséquence ^< le ^lus sag^t à mon avis était de renoncer à l'i^i^ûfalion t|u\)A avait faite à cet égard depuis peu à Boston et à New» York. .: .

Mes amis consentirent que eet ârtkle^ulK^is«tât ; mais ils jugèrcB-t le xfi^® absolumétiX n|iad* missible. Jamais, dirent^ls^ on. ne coiieeniirait à abandonner le monopole du; icammeree améri** cain ; la proposition seû4e, révolterait tous les esprits, «ans pouvoir être dautiine utilj|é. Je consentis .«donc à le rayer.

Lés articles XV et XVI furent «adoptés, avec l'observation que le HYV deviendrait de peu d'importance , si le montait d<es droits se versait dans les caisses des colonies. ' '

Enfin, ils pensèrent qu'il serait difficile de faire

passer le dernier; mais qu'on pouvait l'essayer^' La discussion étant ainsi terminée, ils m'enga^ gèrent à mettre mon travail au net, et à en en« voyer une copie au docteur Fothergill , qui m'in« forma alors qu ayant jour^iellement des occasions de voir lord Dartmouth ^des bonnes dispositions duquel il avait la plus haute opinion, il lui communiquerait cette piè.ceicomme contenant Topinion de personnes impartiales qui désiraient l'avantage des deux pays .« Si je la montrais aussi » à lord Hyde , me dit M. Barclay, y trouveriez- » vous quelque-inconvénient? C'est un homme in- » struit, et quoiqu'il ne soit pas dans le ministère , » à proprement parler , je vois qu'on y accorde 9 assez d'attention à ses avis. Je le connais un peu , » nous nous entretenons quelquefois librement, » et peut-être que si je lui fesais lire ces articles, et » que je lui communiquasse notre discussion à ce » sujet;, il en résiiiLterîit quelque bien ». Je n avais nulle objection à. cela. Je connaissais un peu lord Hyde, et j'avais de l'estime pour lui. J avais fait mon projeta leur requête , c'était à eux à en faire l'usage qu'ils jugeraient convenable. Une autre question s'éleva alors. Devait-on dire que j'eusse été consulté sur cette affaire? Je dis que je n'y voyais aucune difficulté, en ce qui me concer'nait personnellement; mais que s'ils désiraient qu'on fît quelque aUention à nos propositions , il valait mieux ne pas prononcer mon nom , les

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ministres ayant, comme j'en étais canvaincu , des préventions contre moi, et contre tout ce qui ; venait de moi. Ils convinrent, en y réfléchissant, qu'il était préférable de ne pas me hommer , et la chose fut ainsi conclue. Quant à moi , Je gardai un profond secret; mais je ne tardai pas à découvrir que de manière ou d'autre ce li'en était plus un.

Ayant eu différentes af&ires le lendemain , je ne pus copier ni envoyer le projet. Je reçu5 le jour suivant un billet de M. Barclay, qui me pressait de le lui faire passer avant midi. Je le lui envoyai, et trois jours après j'en reçus le billet suivant :

« David Barclay présente ses complimens au docteur Franklin : il l'informe qu'ayant appris qu'un libelle contre l'Amérique, intitulé Adresse amicale y vient d être mis en circulation, principalement par les soins du doyen de Norwich , il désire que le docteur lise l'écrit ci-joint qui vienf^ d'arriver d'Amérique, et qu'il voie s'il ne serait pas à propos de le faire réimprimer et de le répandre àNorwich. David Barclay a rencontré aujourd'hui une personne qu'il avait vue hier , avant de passer chez le docteur Franklin, qu^il avait eu le plaisir d'accompagner jusqu'à la maison d'un homme de distinction, pour un rendez-vous relatif à Vajfaire^ et que cette personne lui avait dit quelle y vojrait quelque jour ».

Cheàptide , 1 1 décembre.

Je conqpri&quela per&onne que M* Barclay avait ainsi rencontrée et accon^pagnée était lord Hyde qui se rendait chez lord Dattinouth ou chez lord North; je ne puis dir« lequel.

La semaipe suivante, arrivèrent les nouvelles du copgrès, nouvelles si iimpatiemment atten^ dues par les amis et par les ennemis de rAmérique.

. La pétition du congrès au roi était sous en veloppe à mon adresse, et il s y trouvait joint une lettre écrite par le président^uxagens américains à Londres. Il leur recommandait de présenter au roi la pétition, et de la rendre publique parla voie de l'impression, comme aussi de répandre dans les villes d€<^mmerce et de manufactures le mé- < moire adressé au peuple anglais.

La pétition au roi contenait le détail de toutes le plaintes des colonies américaines, et demandait jus4;ice, en protestant de la soumission des colçns pour leur roi , et de leur attachement à la mère-patrie : elle était signée par des députés de toutes les provipres.

La première impression que produisit sur le peuple la conduite du congrès américain , fut entièrement en notre faveur. L'administration semblait poignardé^ d'impatience de savoir si la pétition m'était parvenue , ^t elle prit une route détournée pour s en assurer, en engageant un négociant, affidé du ministère, ami connu du solliciteur général, à m'éqrire.une lettre, où il

me disait qu'il avait appris que j'avais reçu une pétition àjprésenter, que je devais être accompagné des négocîans lors de sa présentation , et qa'il me priait de lui en faire connaître le jour , afin qu'il ne manquât pas de se joindre à moi pour concourir à une si bonne œuvre. Mais , dès avant l'arrivée de la pétition, on avait annoncé qu'on ne pouvait la recevoir, attendu qu'elle venait d'un corps illégalement assemblé. Cependant le secrétaire d'état, après l'avoir gardée, pour la lire, un jour tout entier , pendant lequel on tint un conseil d'état , nous dit que la pétition était décente et convenable, et qu'il se chargeait volontiers de la présenter à Sa Majesté. Il nous assura ensuite que le roi l'avait reçue gracieusement , et qu'il la mettrait sous les yeux de ses deux chambres du parlement. Nous eûmes alors quelques raisons de croire qu'on voulait tirer de cette pétition un motif pour changer quelque chose aux mesures qu'on avait précédemment prises ; mais s'il existait un tel projet, il fut de courte durée.

Yers cette époque je reçus une lettre de M. Barclay, qui était alors à Norwich , datée du 18 décembre. Il me disait que son avis était qu'il vaudrait mieux attendre jusqu'après les fêtes de Noël pour se décider à assembler les négocians et à leur faire présenter une pétition, démarche dont nous avions déjà parlé plusieurs fois , afin de laisser aux nouvelles arrivées du congrès le temps de préparer l'esprit public. Il ajoutait : « Je pense MiHoiBES. n. 7

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aussi que ce délai donnera à nos supérieurs le temps de la réflexion; peut-être 'apercevront-ils Futilité du plan qui leur a été remis, tord Hyde m'a écrit quelques lignes pour me dire qu^il isouhaite vivement qu'il puisse résulter de ce pian tout ce qui pourra être utile et avantageux aux intérêts de la mère^patrie et des colonies ».

Le 2!2 , M. Barclay vint à Londres. Je dioai avec lui, et j'appris que lord Hyde trouvait nos propositions trop dures.

Le a/i , je reçus le billet suivant d'un des pie« miers négocians de la cité.

a M. William Neate présente ses complimens » respectueux au docteur f ranMin. Comme le 3> bruit s'est répandu hier soir que, grâce à son i> crédit sur lord North, tous les différends existant » entre l'Angleterre et les colonies américaines, y> étaient arrangés à l'amiable, conformément aux » désirs du congrès, il prie le docteur Franklin » d'avoir la bonté de lui écrire un mot par le por- » teur, pour Finiformer 9i on peut ajouter foi à » cette nouvelle ».

Sjnnt*M «ry-HiU , %4 âéceÉohre 1 774 .

Je lui répondis que je serais fort heureux de pouvoir lui dire que ce bruit avait quelque fondement , mais que je pouvais seulement l'assurer que je n'en avais aucune connaissance. li est cependant vrai qu'on fesait circuler cette nouvelle. Elle produisit même une hausse dans les

fonds qui étaient tombés de 3 ou 4 pour cent.

J'allai y le jour de Noël , laire une visite à mis-tress Howe. Dès qu'elle m aperçut, elle me* dit que lord Howe , son frère , désirait faire ma con« naiseance ; que c'était^un homme de bien > et qu'elle était sure que nous nous conviendrions. Je lui répondis que j'avais toujours entendu parlet avec éloges de lord Howe, et que je serais charmé d'avoir rhonnéur de le connaître, «c II n'est qu'à deux pas d'ici , me ^it-elle. Youlez-vous me permettre de l'envoyer chercher ? — Bien volontiers , madame , si vous le trouvez à propos j>. Elle écrivit un billet , sonna , envoya un domestique , et lord Howe arriva au bout de quelques minutes.

Après quelques phrases de politesse sur les motifs généraux du désir qu'il avait de me con* naître , il me dit qu'il en avait un tout particulier en ce mourut, — la situation alarmante des af* £aiires d'Amérique, qu'il était convaincu que personne ne connaissait aussi bien que moi; que plusieursde sesamis pensaient que j'étais l'homme le plus en état d'opérer tin rapprochement entre les deux pays, si je voulais m'en charger; qu'il ^vait que j'avais été indignement traité par le ihinistère; mais qu'il espérait que dans l'état actuel des choses je n'y ferais aucune attention ; que lui-même, quoiqu'il ne fût pas du parti de l'opposition, avait tout-à-fait désapprouvé la conduite des mipistres enver$ moi ; qu'il était certain que quelques* uns d'entre eux en

loo MÉMOIRES

étaient honteux, et regrettaient qu'une pareille scène eût eu lieu ; qu'il supposait que cela devait suffire pour éloigner tout ressentiment d'une âme noble et généreuse; que s'il était membre de l'administration , il serait disposé à me faire toute réparation , et qu'il était persuadé que je l'obtiendrais tôt oti tard ; qu'il n'avait d'autres rapports avec les ministres que quelques liaisons d'amitié personnelle, mais qu'il était ami du gouvernement , qu'il désirait ardemment le bien général de l'universalité de l'empire , et qu'il avait une affection particulière pour la Noiiyelle.-Angleterre , qui avait témoigné à sa famille des égards qu'il ne pouvait oublier ; qu'il n'était qu'un membre indépendant du parlement, souhaitant faire tout le bien qui lui était possible, en se conformant aux devoirs de sa place; qu'il avait donc désiré trouver l'occasion de connaître mes sentimens sur les moyens de réconcilier les deux pays, dont les différends devaient produire les plus fâcheuses conséquences, si l'on ne parvenait à y mettre fin très-promptement; qu'il espérait que soii zèle pour le bien public lui servirait d'excuse à mes yeux; que sans ce motif, un homme qui m'était étranger n'aurait pas le droit de me prier de lui faire part de mes idées sur ce sujet ; mais qu'il se flattait que si je voulais lui donner mon opinion sur les voies de conciliation, il pourrait eh résulter quelque utilité; que je pouvais avoir quelque répugnance à avoir en cette occasion des

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communications directes avec le ministère , et même ne pas vouloir qu'on sût que j'en avais eu d'indirectes^ jusqu'à ce que je pusse compter sur les dispositions favorabltes des ministres; que n'étant pas en mésintelligence avec eux, il croyait pouvoir, en leur fesant connaître mes idées/ et en me rapportant les leurs ^ contribuer au rétablissement de la concorde, sans risquer de com* promettre aucune des parties, si la négociatioiv ne réussissait pas; qu'enfin je pouvais être bien sûr qu'il garderait un secret inviolable sur tout ce que je jugerais à propos.

Ici mistress Howe' nous offrit de se retirer. le lie sais si ce fut de son propre mouvement^ ou» d'après quelque signe de son frère. Je là priai de rester, en lui disant que, dans une affaire de cette nature , je n'avais pas de secret que je ne pusse confier à sa prudence , et c'était la vérité, car jamais je n'avais conçu une plus haute opinion de l'intelligence et de la discrétion d aucune femme, d'après une si courte connaissance. J'ajoutai que , quoique je n'eusse jamais eu l'honneur de me trouver avec lord Howe, son ton et ses manières avaient déjà gagné ma confiance, et me mettaient à mon aise pour lui parler. Je le priai d'abord d'être bien persuadé que j'avais le désir sincère de voir tomber le mur de séparation qui s'élevait entre les deux pays, que je ferais avec zèle et plaisir tout ce qui serait en mon faible pouvoir pour contribuer à l'abattre ; mais que je

craignais, d'après le discours du roi (i), d'après les mesures qui avaient déjà été prises, et celles dont on parlait encore, qu'il n'existât dans le ministère actuel aucunes intentions favorables , aucunes dispositions à un accommodement , et qu'on ne pût rien espérer avant qu'il y fût survenu un changement; que quant aux injures dont j'avais été l'objet, celles faites à ma patrie étaient d'un ordre tellement supérieur, qu'elles effaçaient entièrement le sentiment des premières; que d'ailleurs je m'étais toujours fait un devoir de ne pas confondre mes affaires privées avec celles du public; que je me réunirais avec mon ennemi personnel pour le bien public, et que si le bien public l'exigeait , j'emploierais tous mes moyens à servir cet ennemi : que tels étant mes sentimens, lord Howe pouvait être assuré qu'aucune considération de cette espèce ne pourrait m'empècher, dans l'occasion présente, de me rendre aussi utile que mes faibles talens me le permettraient. Cette déclaration parut lui faire plaisir, et il me dit qu'il pensait bien véritablement que plusieurs ministres avaient le désir d'entrer en arrangement avec les colonies, pourvu qu'ils pus* sent sauver la dignité du gouvernement. Il m'engagea à mettre par écrit quelques propositions relativement aux conditions moyennant lesquels

(i) Lor» ^e TouYerture du parlement.

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les je croyais qu'on pourrait rétablir une bonne intelligence entre les deux pays , et sur le mode de conduite à adopter pour y réussir. H me proposa de nous réunir soit chez moi, soit chez lui pour les discuter dès qu'elles seraient rédigées; mais comme il était possible quVn nous voyant entrer lui chez moi, ou moi chez lui, on en conçût qtietques soupçons, nous conclûmes que le mieux était de prendre la maison de sa sœur pour notre rendez-vous, et elle y consentit avec plaisir. Nos parties d'échecs étaient un excellent prétexte , et ni ses parens ni ses amis ne pouvaient être surpris de me voir aller chez elle. Je promis de nv'occuper de cette affaire, et nous convînmes de nous réunir le mercredi suivant.

Je fus à cette époque invité à dîner chez le gouverneur Pownall. Il était en familje, et nous restâmes tête à tête après le dtner. Il avait été du parti de l'opposition; mais il fesait alors sa paix avec le ministère, afin de tâcher d'arriver au parlement par son influence, ce que j'ignorais. Il me répéta ce que j'avais déjà entendu dire à plusieurs amis de lord North, que ce ministre n'avait ni conçu ni approuvé les mesures qui avaient été prises relativement à l'Amérique, et qu'il était au contraire très -disposé à adopter toutes les voies de' conciliation qui pourraient s'accorder avec l'honneur du gouvernement. Il ajouta qu'on m'avait regardé comme le plus grand artisan de ^ l'opposition en Amérique, et l'ennemi déclaré

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de toutes mesures conciliatoires ; mais qu'il avait rendu à lord North un compte de moi tout différent, et qu'il lavait assuré qu'on avait certainement mal représenté mes sentimens. Je conclus de tout ce qu'il me dit qu'il désirait être envoyé en Amérique comme commissaire ou négociateur pour arranger nos différends, et m'avoir pour collègue; mais comme je ne voyais aucune probabilité que le. gouvernement nous employât ni l'un ni l'autre à cet effet, je ne fis pas grande attention à cette partie de son discours.

J'aurais dû mentionner plus tôt (mais on ne peut se rappeler chaque chose par ordre) que j'avais d'abord dit à lord Howe qu'il était inutile de rédiger des propositions d'arrangement comme il le désirait, puisque le congrès, dans sa pétition au roi , qu'on venait de recevoir et de lui faire présenter par l'entremise de lord Dartmouth, avait énoncé clairement ses griefs et fait connaître par là quels étaient les moyens de rétablir l'ancienne harmonie. Je lus quelques passages de la pétition , afin de lui prouver les bonnes dispositions du congrès, et les expressions pathétiques qui s'y trouvaient parurent faire impression sur le frère et sur la soeur. Lord Howen'en désira pourtant pas moins que je lui donnasse par écrit mes idées sur les moyens à prendre, dans le cas ou quelques-unes des demandes du congrès ne paraîtraient pas admissibles; et comme je Fai déjà dit, je le lui promis.

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J'avaiâ aussi promis à lord Chatham de lui faire part des premières nouvelles importantes que je recevrais d'Amérique. Je lui envoyai donc celles que je reçus du congrès, aussitôt qu'elles m'arri-^ vèrent ; mais il se passa toute une semaine après que la pétition me fut parvenue, avant que je pusse me rendre ichez lui, comme je le désirais, pour savoir ce qu'il en pensait; car tout mon temps fut employé à conférer avec les autres agens sur la manière de présenter la pétition , à me rendre avec eux, trois jours de suite, chez lord Dartmoutb, à rédiger ensemble. et à écrire des lettres aux présidens des différentes assemblées, et à m'occuper d'autres affaires qui ne me permirent pas de disposer d'un jour pour aller à âayes. Enfin , le lundi a6 je partis , et j'y arrivai vers une heure. Lord Chatham me reçut avec des égards affectueux, qui, de la part d'un si grand homme, étaient extrêmement agréables : mais l'opinion qu'il exprima du congrès me le fut encore davantage. Il avait agi, me dit-il, avec tant de calme , de modération et de sagesse, qu'il croyait qu'on chercherait en vain une plus respectable assemblée d'hommes d'état, depuis les plus beaux siècles des Grecs et des Romains. Dans ^ tout ce qu'il avait dit et fait , il n'avait trouvé qu'une ou deux choses qu'il aurait voulu chan* ger ; peut-être une seule, l'assertion que le maintien d'une armée sur pied en temps de paix dans les colonies , sans le consentement de leurs assem*

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blées législatives, était illégal. Il croyait quelle n'était pas fondée , et que la loi à cet égard ne s'étendait pas aux colonies. Il approuvait et ad-mirait tout le surplus. Il trouvait la pétition sage, forte et modérée en même temps. Il me demanda des détails multipliés sur Vétat où se trouvait l'Amérique , voulut savoir si je croyais probable que les colons persistassent dans leurs résolutions; quelles difficiîltés ils pouvaient avoir à vaincre en y persévérant; quelles ressources ils auraient pour suppléer aux objets dont la cessa* tion du commerce leur imposerait la privaticm. Il parut satisfait de mes réponses , montra beaucoup d'affection pour notre pays, fit des vœux pour sa prospérité, et pour que le gouvernement anglais reconnut bientôt ses erreurs et les réparât. Il me dit que, si sa santé le lut permettait, il pourrait bien présenter à ce sujet quelques idées au parlement , à sa rentrée après les fêtes, et qu'il serait charmé de connaître préalablement les miennes* Je lui dis que je croyais que l'Amérique se trouvait dans un état fort dangereux, k cause de la continuation du séjour de l'armée à Boston; qup quelque disposés que pussent être les habitans à ne pas donner aux troupes de justes sujets d'offense, et à maintenir le bon ordre en cette ville, une querelle imprévue entre un porteur et un soldat pris de vin, pouvait occasion-^ ner un tumulte, un soulèvement , et une effusion de sang, et produire une brèche que rien ne

pourrait réparer; que larmée n'y pouvait Êiire aucun bien et pouvait j Êiire beaucoup de mal ; qu'on ne pouvait ni proposer aucunes conditions d'ai^rangement aux Américains , ni espérer qu'ils en acceptassent , tant qu^ils auraient la baïonnette sur la poitrine; que pour conclure des conven*» tions durables avec l'Amérique, il fallait commencer par en rappeler la' force armée. Lord Chatham parut trouver cette opinion assez rai^ sonnable.

De Hayes, j'allai à Halsted dîner chez M. Sargenl. Javais dessein d'aller ensuite faire une visite ^ lord Stanhope à Chévening; mais apprenant qu'il était à Londres avec toute sa famille, je passai la nuit à Halsted , et le lendemain matin je m'arrêtai à Chislehurst qui était sur mon chemin en retournant à Londres, et j'allai chez lord Gamden. Je le trouvai à sa porte , montant en voiture avec sa famille, pour aller faire une visite de félicitation à lord et à lady Chatham , sur le mariage de leur fille avec lord Mahon , fils de lord Stanhope. Il devait revenir dîner, et il me fit promettre de l'attendre et de rester avec lui jusqu'au lendemain matin. Nous eûmes dans la soirée une longue conversation sur les affaires d'Amérique, relativement auxquelles il me fit force questions, et je lui donnai tous les détails qu'il désira. Je fus charmé des sentimens nobles et généreux qu'il montra , et j'eus grand plaisir à l'entendre donner une approbation sans ré-

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serve aux mesures et à la pétition du congrès, dont il me demanda une copie que je lui envoyai ensuite. Il parut désirer que les Américains continuassent à agir avec le même sang-froid et la même sagesse qu'ils lavaient fait jusqu'alors dans leurs diverses assemblées publiques, et me dit qu'en ce cas il ne doutait pas qu'ils ne parvinssent à établir. léUrs droits, et à obtenir uû arrangement solide et durable avec la mère-patrie. Il parut pénétré de l'importance et de la nécessité d'un semblable arrangement.

Je retournai à Londres le lendemain , et j'y arrivai assez à temps pour me trouver au rendezvous qtie )*avais pris avec lord Howè. Je lui fis mes excuses de n'avoir pas préparé les notes que je lui avais promis de rédiger ^ en lui alléguant que j'avais été retenu à la. campagne plus longtemps que je ne le pensais. Nous eûmes cependant une assez longue conversation , et il me dit qu'il pouvait ro'assurer positivement que lord Nôrth et lord Dartmouth étaient sincèrement disposés à adopter des mesures conciliatoires, et à écouter favorablement toutes propositions qui pourraient tendre à mettre fin aux différends qui divisaient les deux pays. Il me demanda si je ne pensais pas qu'il pût être utile d'envoyer en Amérique une ou plusieurs personnes chargées de prendre des renseignemens sur les plaintes des colons , de conférer avec ceux qui étaient à la tête des affaires , et de tâcher de convenir avec

eux des moyens de rétablir Tharmonie. Je lui répondis qu'un homme distingué, qui aurait une réputation de candeur, de sagesse et d'intégrité, pourrait rendre de grands services eu se char-* géant de cette mission. Il parut être du même avis, et ajouta que , n'importe qui en fût chargé, il fallait qu on y portât un désir véritable d'amener une réconciliation, en fondant sur la même base les intérêts, et l'affection des deux pays; qu'on s'efforçât de détruire non-seulement les préjugés des colons contre le gouvernement, mais encore ceux du gouvernement contre les colons , afin de créer une parfaite intelligence. Mistre^ Howe lui dit : « Je voudrais , mon frère, qu'on vous y envoyât pour cette négociation , cela vaudrait mieux que d'y faire passer le général Howe pour y prendre le commandement de l'armée ». — « Je pense. Madame, lui dis-je, qu'on fera bien de chercher pour le général quelque emploi plus honorable ». Lord Howe tirant alors un papier de sa poche , me le présenjta en souriant et me dit : <K Si ce n'est< pas; une indiscrétion , puis- je vous demander'si^.voùs-Gonnaissez cet écrit? » En l'examinant Je ireoonnus l'écriture de David Barclay , et je vis' que c'était la copie des notes que je lui avais remises. Je lui dis que je l'avais déjà va , et j'ajoutai feu après que , voyaiit qq'il était 9u courant d'utte af£stire qu'on m'avait dit devoir rester secrète , je ne ferais pas de diffiiculté^e convenir que j'avaiS: été consulté à ce sujet , et

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que c^était mot qui avais rédigé cet écrit. Il me répondit qu'il était fâché que les opinions qui y étaient énoncées fussent les miennes , parce qu'il en avait moins d'espoir de parvenir par mon secours à la réconciliation si désirée , puisqu'il avait des raisons pour croire que de telles propositions ne seraient jamais admises ; qu'il espérait pourtant que je ferais de nouvelles réflexions à ce sujet , et que je formerais quelque plan qui pût être approuvé en Angleterre. Il s'étendit sur le service signalé que ce serait rendre à la nation , sur le mérite qu'il y aurait à servir d'instrument pour une ai bonne œuvre, et ajouta qu'il était bien loin de penser à m'influencer par quelqtie motif d'intérêt personnel ; mais que bien certainement j'aurais droit de ra'attendre à toutes les récompenses qu'il serait au pouvoir du gouvernement de m'accorder. C'était pour moi ce qu'on appelle vulgairement en France, cracher dans la soupe. Cependant je lui promis de tracer une nouvelle esquisse du plan, quoique je doutasse beaucoup qu'il parût préférable â celui qu'il avait déjà en mains. Il persista à l'espérer, et ajouta qu'attendu ma situation, caran^e j'avais à ménager mes atois d'Ângle4:err!e et mes commettans en Amérique, «t qu'il pouvait se trouver dans fnon projet d^^ e)idses4oQt il ne serait pas convenable que mon écriture annon* çâff que j'étais l'auteur, le mieux serait d'envoyer mes observations à nlistre43 HQwe qui en

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ferait une copie qu'il communiquerait au ministère, et qui me remettrait l'original. J'y con* seotis 9 quoique je n'eusse aucune crainte de rinconyénietlt qu'il prévoyait. En général y ses manières me plaisaient beaucoup, et je me sentais disposé à lui accorder une grande confiance en cette occasion , quoique le mystère qu'il me proposait me parût de fort peu d'importance.

Un ou deux jours après j'envoyai l'écrit suivant à mistress Uowe , sous enveloppe.

« On suppose que le désir commun des deux parties n'est psHs uniquement de prévenir les malheurs qui menacent l'intérêt général , mais de cimenter une union cordiale , et d'éloigner nonseulement tout grief réel , mais tout germe de jalousie et ^e méfiance.

» Dans cette vue , la première chose est de bien connaître ce que les deux parties divisées regardent comme essentiellement nécessaire pour établir cette union.

s Le congrès amérioain s'est déclaré nettement k œt égard, en disant dans sa pétition au roi , qu'en rapportant les lois oppressives dont il se plaint, Vharmonie ^ntre ia Grande-Bretagne et les coiomes, si nécessaire à leur bonheur commun y si jordemment désirée par toutes deux , sera à tin" stant rétablie , de même que leurs liaisons ordinaires.

» On a trouvé raisonnable en Angleterre d'attendre, avant de Êiire quelque changement aux

mesures adoptées, que les colonies eussent lait quelque déclaration relativement à leur conduite future : elles Tout fait aussi en ajoutant que ^o^z/uj les causes de leurs craintes ri existeront plus ^ leur conduite future prouvera quelles ne sont pas indignes des égards auxquels elles ont été accoutumées dans un temps plus prospère.

y> Elles ont pris solennellement k témoin de la sincérité <le ces déclarations , celui qui lit dans tous les cœurs.

» Si la Grande-Bretagne peut avoir conBance en ces déclarations ( et celles qui sont faites volontairement en méritent plus que celles qui sont extorquées par la force ) , elle peut donc , sans courir aucun risque pour elle-même, essayer l'expédient proposé, puisque s'il ne réussit pas, elle sera toujours la maîtresse d'en revenir à sels premières mesures.

» On propose donc :

» Que la Grande-Bretagne montre sa confiance en ces déclarations, en rapportant toutes les lois ou parties de lois dont le rapport est demandé dans la pétition du congrès au roi.

» Que des ordres soient donnés en même temps pour rappeler la flotte de Boston , et pour envoyer les troupes dans le Canada ou dans les Florides, afin que les colonies soient par&itement libres pour les stipulations qu'elles auront à faire. .

» Que,, pour Thonneur de la Grande-Bretagne, ces dispositions ne paraisseQtpasprises par crainte

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des mesures recommandées aux colons par le con* grès , mais par suite de sa propre volonté, de dispositions favorables pour les colonies, et d'un désir sincère de réconciliation. Qu'elle fasse droit en même temps à quelques-unes de leurs autres plaintes qu« la pétition a laissées à la justice et à la magnanimité du roi et du parlement, comme celles qui sont relatives ag payement des gouverneurs, au salaire des juges , aux instructions données pour dissoudre les assemblées , etc.

» Que poQi;^ donner aux colonies une occasion immédiate de prouver la sincérité de leurs sentimens , le prochain congrès qu'elles se proposent de tenir, soit autorisé par le gouvernement, comme celui qui a été tenu à Albany en 17549 et qu'un homme de poids , et d'un caractère respectable, soit nommé par la couronne pour le pré-» sider.

» Que le gouvernement adresse alors au congrès la demandé des -divers points qu'il désire obtenir pour sa sécurité, pour les subsides, pour lavan* tage du commerce général , pour les indemnités à accorder à la compagnie des Indes, etc.

» C'est ainsi qu'en plaçant dans les colonies une généreuse confiance, on donnera aux amis du gouvernement qui s'y trouvent, les moyens de faire consentir l'Amérique à toutes les concessions, à tous les secours, à tous les engagemens qu'on peut raisonnablement en attendre. »

Le samedi soir je me rendis chez mistress Howe;

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