MEMOIRES. II
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elle m apprit qu'elle avait transcrit la note que je lui avais envoyée , qu'elle lavait £iit passer à lord Howe à sa campagne , et elle me remit l'original. Le mardi suivant, 3 janvier, je reçus d elle un billet dans lequel je trouvai une lettre qu'elle avait reçue la veille de lord Howe. Voici la teneur de son billet.
« MistressHowe£aitsescomplimensaudocteur Franklin. Elle lui envoie une lettre qu'elle a reçue hier soir, et le remercie beaucoup de son agréable présent (l), qui lui a £iit le plus grand plaisir. Si le docteur a quelques instans à donner à une partie d'échecs^ elle sera trèsH^barmée de le voir un des matins de cette semaine, et toutes les fois que cela pourra lui être agréable. Elle se trouve beureqse d avoir un si bon prétexte pour lui demander sa compagnie. »
La lettre que lui écrivait lord Howe était ainsi conçue :
« Porter's lodge , a janvier 177S.
» J'ai reçu votre note. C'est avec beaucoup de regret que je prévois, d'après des opinions qui ont autant d'autorité que celles de notre digne ami , que l'accommodement désiré éprouvera des difficultés beaucoup plus grandes que je ne croyais devoir m'y attendre d'après nos conversations.
(1) Ses écrits philosophique».
DE B. JFRANRLIN. ii5
» Je communiqu^rifi les obfieryj^Hp»^, cppirae il a été fcQoveoù. U a^ vew« p%â#l>ii9^F plus ïwgtemps de la complaisance de notre ami, }i^\^ i%i cQfiçti pour lui dm ^mlimen^ qu^ 1p. il»«pière frafiçh« 0t obligeaiot^ dqijt il # répondu. § mas notabr^psw qneation*, wné^Qtit to^iQWn pré- $eas an $ou veiiir çte «ftu 9(£feotio4iné . . -.
)>Hot¥E'»: '
Qpelquiç temps ^prè^, p^ut-ê^rç u,ne ^çça^ip^î^ je reçus uu billet dç inistre§^ HowP, qui^fl^Ç p^j^it de passer eUez elle. Je m'y Tepdijs sur-lç-çb?ipp. Elle ppe îïiojiitrg uuç h^XT^, qu'elle ye^ait dç recevoir de soR f^^re; maisi n'çn apjçgi p^s f^e copie, je »e pui^i que donuer une idi^e d^ spn çoutenj^n, autant que je piç le rappelle. Il d^ir^^it quVUe s informât de U^wr ^rpi (m^ dés.î^nguJ: 4i?si Wus me nomm^), si Vqu ne pourrait pbtenir pptij^r préliminaire le payement des cargaison3 de thé qui avaient été détruites, en se fiant aux promesses de faire d^pit au» pj^îptes pputeaues dans les p^titioçi^. qui seivii^i^t présf pt^es à laye- Air p^ le? a»semWpe3;,eftUn^ si l^ prpppsitiop rçlalive aui(.^ubsi(]es qui s;ç trouyait dan^ le prejaier projet traqscxit p?r M. P^vifJ ??rcl?iy^ ét^it toujours reg^rdéç çpwpne iud^pep^^lf par ^a^teur. MistriE^ss Bowe se prQpQ$ai;it d epypjer cl^ez ^on frère daus la soir^^e, j'éprivi^/surJeTçI^amp la note suiv^pte qu'^He transcrivit et qu'elle !«! fit passer. , /
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a La proposition relative aux subsides est toujours regardée comme indispensable par l'auteur du projet.
» Les Américains pensent que le parlement n'a pas le droit de les taxer, et que par conséquent les sommes qui leur ont été extorquées par suite des actes établissant des droits, et par Tassistanc* d'une force armée, avant la destruction des cargaisons de thé, sont une injustice qui, dans l'ordre des temps, doit être d'abord réparée, avant qu'on puisse faire une répétition contre eux pour le thé dont il s'agit. Il n'est donc pas vraisemblable qu'ils consentent, pour préliminaire y à payer la valeur de ce thé, surtout après qu'on leur a occasionné une perte vingt fois plus grande par le blocus de leur port; que la couronne s'est em- 'parée de leur fort, qu'elle conserve encore , et; qu'elle ne leur a fait aucune satis&ction à cet égard »/
' Lors de la rentrée du parlement après les fêtes, en janvier 1775 , lord Howe revint à Londres , et nouseùmes unenouvelleentrevue. Il me témoigna ses regrets que mes propositions ne fussent pas de nature à pouvoir être probablement acceptées, et me dit qu'on pensait qu'il serait plus satisfesant que j'eusse des pouvoirs ou des instructions du congrès pour faire quelques concessions en cette circotistarice. Je répondis que je n'étais chargé que de présenter sa pétition. Nous cau-
sàmes des divers objets contenus en ma note, et que j appuyai de raisonnemens. Enfin, je lui dis que si ce que j'avais proposé ne pouvait être ad« mis, je serais bien aise de savoir ce qu'on jugerait admissible : je désirais voir venir quelques propositions des ministres eux-mêmes. Lo^d Howé me dit qu'il ne connaissait, pas encore parfaitement leurs intentions, mais qu'il en saurait davantage dans quelques jours. Il se passa pourtant quelques semaines avant que j'en entendisse parler.
Je voyais fréquemment M. Barclay pour préparer la pétition que les négocians devaient présenter, et cette affaire l'occupait tellement .qu'il n'avait guère le temps de voir lord Hyde , et il ne pouvait me donner aucune nouvelle relatif vement à la note qui lui avait été remise. J'étais surpris d'une autre part de ne pasi voir le docjteur Fothergill; enfin il vint chez moji, je nciin^e rappelle plus quel joUr. Il me dit qu'il avait communiqué ma note et les raisonnemens parlesquels je l'ayais appuyée, à. lord Dartmouthqui, après y avoir, réfléchi, lui avait dit qu'il trouvait raisonnables quelquesrunes des. demandes qui y étaient contenues, mais qu'il y en avait d'inadmissibles ou d'impraticables. Il ajouta qu'il avait fait la même communication au président de la ofaambre des communes, (i), qu'il avait trouvé*
(i) Sir Fletcher Norton.
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fbn dîâposé à la conciHsrtîon, mais qui lui avait dit qu'il serait hUnfilisrnt pour laGMnde-Bretagne d'àè^epter de telles conditions^ I^e docteur ini répondit que, puisqu'elle arrait été injuste, élit devait en supporter 1^ conséquences et changer dé oôtiduiie; que la pillulè pouvait être amère, niai^ qu'elle serait salutaire , et qu'il fallait l'avaler ; qi]^ télte était l'opinion d'hommes itnpartlâut ; bifeA àu fait de toutes les circonstances et qui y stVarent mûf^emeikt réfléchi^ eir6n , que tôt ou tard il faudrait adopter ces mesures, ou d'autres nîôyétis tetldsmt au tnéme but, 6ii que l'empire serait divïéëét tniiié. Au total, il pensait qu'il ;ré^ullerait quelque biende nos efforts.
Le i'p jaii+ier , je reçus de lord Stanhope un biltet par lequel II m'annonçait que lord Ch«* thàm, devant faire le lendemain à la chambre d^i lords u^ fliotiou relative aux affeires d'A^ lâériqUe 5 désitrâflt que je pusse assister à là séande , et? q«e1drd Stântafpé tâehefak de ttï'y faire enttëf . Utî des rêgleftje!** de la chambre était qa'au- QUn d[e ses ïuembr^^ ne pourrait y introduire plus d'ttti anïi. Le lendemain lord Stanhope me fit sai^rr par un nouveau billet que ai je voulais T»e tr^ù^er k deux lieutes dans l'antiehambre de là êb^tnbre des lords, Idrd Chathim s'y tronve^^ ralt, et se^faargerait lui- mém« de m^y feire en« t^er. 'lé tn'y rendis, et l'ayant aperçti^ je lui fie part d«^e que lord Stanhope m'avait écrit, a Cer- » tainement , me dit-il , et je le ferai avec d'au-
DE B. FRANKLIN. tig
» tant plus de plaisir que je suis sur que Votre » présence aux débats d aujourd'hui sera plus » utile à l'Attiérique que la niietine ». Me prenant alors par ié bras , il mé conduisit à la porte qui est voisine du trône; mais un de ceux qui en avaient la garde, Finforma que les fils atnés et les frères des pairs pouvaient séUls êtrfe admis par cette entrée. Il revint donc avec ihoi vers la porté près de la barre, où beaucoup de personnes attendaient les pairs qui devaient les introduire, et où quelques pairs attendaient les amis qu'ils devaient faire entrer. Il me présenta aux buis* siers en leur disant à haute voix : a Voici le doc- » teur Franklin que je désire faire entier dëtis 2>la chambre 1)^ et à Tinstant la porte m'en fui ouverte. Gomme le public ignorait qu'il eût existé quelque liaison entre lui et moi , je vis que mon noni prononcé par lui, causait quelque sensation. Dès c^^i'il parut dans la chatobre, on y vit fégnei* tin€j sorte d'agitation, force messa« gers furent dépéchés, sans doute pout aller cher* cher leâ membres amis du ministère , âttehdu qu'on s'attendait toujours à quelque chose d'impoiiani quand te grand homme se rendait à une séance^ ses infirmités ne lui permettant que i^â* rement d'y âissister. J'eus beaucoup de plaisir à entendre sa motion et lés débâts auxquels «lie donnait lieu, ie n'entreprendrai pà^ d'dh rendre compte ici , les journaux l'ayant fai^fort au long
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dans le temps. Sa motion avait pour but de présenter une adresse au roi pour le supplier de retirer ses troupes de Boston , comme le premier' pas à faire pour calmer les esprits en Amérique , et effectuer une réconciliation. Le lendemain lord.Stanhope m'écrivit un billet où il me disait qu'il m'envoyait la' motion faite la veille à la chambre par lord Chatham , d'après le désir de ce lord qui voulait que je l'eusse d'une manière authentique en la recevant de son auteur même, telle qu'elle avait été lue : j'en envoyai des copies en Amérique, et cette motion me fit d'autant plus de plaisir , que je reconnus qu'elle avait été faite, en partie , d'aptes les idées que j'avais données à lord Chatham en conversant avec lui.
Je fus fort satisfait du discours que lord Chatham prononça à l'appui de sa motion; il me donna la plus haute idée de ses talens comme politique et comme homme d'état. Lord Camden*, autre excellent orateur, et fort en raisonnement, parla dans le même sens; plusieurs autres pairs en firent autant , mais tout cela ne servit pas plus que le souffle des vents. Seize pairs écossais, vingt-quati^ évéques, tous les lords qui tiennent ou qui atte/ident des placer du gouvernement , forjnent, quand ils, sont d'accord , une majorité qtii rend les débats ridicules en eux-mêmes, puisqu'ils nesont d'aucune utilité, et ils votent presque (Qujours de concert quand il s'agit de
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mesures ministérielles. Plein de la haute estime que j'avais conçue pour lord Chatham , j'écrivis à lord Stanhope le billet ci-après.
« Le docteur Franklin présente ses respects à lord Stanhope, et le remercie beaucoup ainsi que lord Chatham de lui avoir envoyé une copie si authentique de la motion d'hier. Le docteur s Franklin est plein d'admiration pour cet homme véritablement grand ; il a souvent rencontré dans le cours de sa vie , l'éloquence sans sagesse , et la sag€^se sans éloquence , mais il les trouve ici réunies toutes deux , et à ce qu'il pense , au plgs haut degré possible.
» Craven-street , a 3 janvier 1775 ».
Comme dans le cours des débats, quelques lords qui fesaient partie de l'adn^inistration avaient dit qu'il était aussi facile qu'ordinaire de critiquer les mesures du gouvernement , maïs que ceux qui les censuraient n'en proposaient pas de meilleures , lord Chatham avait répondu qu'il ne serait pas du nombre de ces critiques oisiÉs, qu'il avait long- temps réfléchi sur le sujet dont il s'agissait, et qu'il avait dessein de mettre incessamment sous les yeux de la chambre, le résultat de ses méditations sérieuses, en lui présentant un plan pour mettre fin aux différends qui régnaient entre l'Angleterre et r^STmérique, et dont sa présente inotion n'était que le préliminaire. Je désirais beaucoup savoir en quoi ce
plan consistait, et j*ayais dessein jJe passer ches lui lé lendemain pour voir s il voudrait me le communiquer, mais j'appris qu'il était déjà re« parti pour Hayes, et j'avais en ce moment tant d'affaires, qu'il ne m'était guères possible de faire ce voyage. Quelques jours après lord Mahon vint chez moi, et me dit que lord Ghalham désirait me voir; je lui promis de me rendre chez lui le vendredi suivant, divers engagemens m'empêdiant d'y aller plus tôt. Le vendredi 37, je pris une chaise de poste vers neuf heures du matin, et j'arrivai à Hayes vers onze ; mais comme j'étais occupé à lire un pamphlet nouveau , le postillon me conduisit un mille ou deux trop loin. Lord Chatham étant sorti dans un cabriolet pour prendre l'air ^ m'avait rencontré avant que j'arrivasse à Hayes, niais je né l'avais pas vu. Il était revenu chez lui sur-le-champ, et comme il ne m'y trouvait pas^ et qu'il avslit remarqué qu0 je lisais , il conclut que j'atais passé la porte par mégarde , et flt courir après moi un domestique à cheval. Il me témoigna beaucoup de plaisir de me voir , causa long * temps avec moi , me fit une esquisse de son plan et m'^n lut même une partie; il tne dit qu'il ne l'avait montré qu'à lord Camden , dans les avis duquel il avait grande confiance, surtout dans les ma* tières jucTiciaires) et qu'aussitôt qu'il serait rais au net, il me le remettrait pour que je lui en donnasse mon opinion et que j y joignisse mes.
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avis; mais qu'il ne le communiquerait à aucune autre pèrsoniie avant de Tavoi^ présenté à la chambre; il mé pria de n'en parler à qui que ce fût , parce que Ton pourrait travailler d'avance à détruire l'effet de quelques parties de son projet, et que lés ministres pourraient s'en approprier certaines autres. Je lui promis le secret, et je lui tins parole, car je ne dis même à personne que je l'eusse vu. Je dînai avec lui en famille , et je repartis dans la soirée.
Le dimanche suivant, ag janvier, lord Chatham vint à Londres et se rendit chez moi dans Cravèn-street. Il m'apportait son plan auquel il avait donné la forme d'un acte du parlement. Il me le remit en me priant de le lire avec attention, et dé lui communiquer les observations que cette lecture pourrait me suggérer. Sa raison , pour me prier de me donner cette peine, était, comme il eut la bonté de me le dire, qu*il ne connaissait personne qui fut plus au fait des affaires d'Amérique, ou qui fût S! capable de lui donner des avis àce sujet. îl ajouta qu'il croyait que les fautes qu'avaient commises lés ministres dans l'administration des colonies, venaient de ce qu'ils n'avaient pas reçu de Donnes informations; qu'en cônséquenée, quoiqu'il eût examiné l'affaire à fond, dans tous ses détaris, il n'avait pas dans son jugement la même confiance qu'ils avaient eue dans le leur, et qu'il désirait le rectifier d'après le mien , comme on règle une montre
d après un régulateur. Un avait pas encore décidé le jouroii il le présenterait à la chambre^ mais dans le cours de notre conversation , rédéchUsant à Tétat précaire de sa santé, craignant que s'il tardait trop long-temps, il n'arrivât des nouvelles qui fissent paraître son projet hors de saison , ou moins convenable dans toutes ses parties; ou que les ministres n'eussent pris d'autres mesures, et. ne pussent lui dirç que s'il avait présenté son projet plus tôt , il aurait pu être adopté, il résolut de le proposer le mercredi suivant. Il me dit donc qu'il reviendrait chez moi le mardi, à moins qu'il ne me convînt d'aller à Hayes. Je choisis cette seconde alternative, autant par respect pour lui, que parce qu'il était moins probable que nous y fussions interrompus. Je lui promis d'arriver de bonne heure, afin d'avoir plus de temps à donner à notre entretien. Il resta avec moi près de deux heures , son équipage attendant à ma porte.
Comme il y était quand on sortit de l'église , on le remarqua et on en parla beaucoup; car tout ce qui pouvait avoir rapport aux affaires d'Amérique, fesait alors le sujet de toutes les conversations. La visite d'un si grand homme , et pour un objet si important, ne flatta pas peu ma vanité, et cet honneur me fit d'autant plus de plaisir que cette circonstance arriva jour pour jour un an après que le ministère s'était donné tant de peine pour me faire insulter devant le conseil grivé.j
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Je lus ce plan avec une grande attention , je réfléchis sui^ l'ensemble comme sur les détails, et je pris des notes à mesure que je trouvais quelque observation à y faire. Enfin je me rendis à Hayes Iq mardi de bonne heure, comme je Pavais promis, et nous entrâmes dans la discussion de ce plan. J'y restai près de quatre heures. Mais lord Chatham , semblable en cela , je crois, à tous les grands orateurs, répondit si longuement à chaque objection que j'élevais , que je n'eus pas le tenips de faire usage de la moitié de mes notes. Il ne se laisse pas facilement interrompre, et j'avais tant de plaisir à l'entendre, que je ne pouvais me décider à y apporter quelque interruption. Je réfléchis que nous ne pouvions espérer ni l'un ni l'autre que ce plan fut adopté tel qu'il était proposé ; que lors de sa discussion , si elle avait lieu, on pouvait y faire les changemens convenables; qu'avant qu'il fût adopté, l'Amérique aurait le temps d'y faire des objections, et d'y proposer des amendemens ; que pour pouvoir espérer seulement de le faire discuter, il fallait paraître céder à quelques-uns des préjugés du parlement; que s'il n'était pas aussi parfait qu'on aurait pu le désirer , il pouvait du moins servir de base pour un traité , et en attendant prévenir bien des malheurs ; enfin que lord Chatham ayant résolu de le présenter le lendemain , il ne restait pas assez de temps pour y faire des changemens et le faire recopier. Je qe proposai donc plus
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d'objections , et quoique bien des gens m'ayent fait rbonneur de supposer que j'y avais pu une grandç part, je puis assurer que lord Chatham ne fit qu y ajouter un seul mot d'après ma demande, constitutions 3ipvè$ chartes. Car si je remplis à sa requête un blanc qui devait contenir le titre des lois dont te rapport était demandé, c'était ce que pouvait faire le premier copiste , puisqu'il/ue s'agissait que de les prendre dans la pétition du congrès. -
Le mercredi , lord Stanhope , sur la defnande de lord Chatham, vint me prendre pour me conduire à la chambre des lords , qui fut bientôt remplie. Lord Chatham fit un excellent dis.conrs pour proposer son projet, et en développer lès motifs et les conséquences. Lorsqu'il eut terminé, lord Dartmouth se leva et dit fort convenablement que l'affaire dont il s'agissait était d'une telle importance qu'elle exigeait de mûres réflexions; qu'il espérait donc que le noble lord ne comptait pas demander que la chambre allât aux voix sur-le-champ sur sa proposition ; mais qu'il se contenterait qu'elle en ordonnât le dépôt sur le bureau, pour être; prise en considération. Lord Chatham répondit qu'il ne désirait rien d? plus. Alors lord Sandwich se leva, et dans un discours véhément et violent, s'opposa à ce que la motion fût reçue, et dopna comme son opinion qu'elle devait être rejetée sur-le-champ, avec tout le mépris qu'elle méritait ; qu'il ne pouvait la regar-
der comme la production d'un pair de la Grande- Bretagne ; qu elle lui paraissait Touvrage de quelque Américain, Se tournant alors vers moi, qui étais appuyé sur la barre, il ajouta qu'il croyait avoir devant les yeux la personne qui l'avait rédigée, l'un de^ ennemis les plus cruels et les plus acharnés qu'eût jamais eus l'Angleterre. Celte sortie fixa sur mQÎ les regards d'un grand nombre de lords; mais comme je ne voulais ps^s avoir l'air de m'en faire l'application^ je ne changeai pas plus de figure que si mes traits eussent été taillés sur la pierre. Plusieurs autres Iprds de 1 administration furent aussi de cet avis, et le sage lord Hillsborough se prononça forteuient en faveur de cette opinion. Mais les ducs de Bichmond et de Manchester, les lords Shelbume, Camden , Temple, Lyttleton et plusieurs autres embrassèrent Tavis contraire, les uns parce que la demande leur paraissait juste, les autres par égard pour la dignité de la chambre. Un lord ayant parlé avec ^loges de la propasition faite par un des ministres, lord Dartmouth , celui-ci ^ leva de nouveau et déclara qu'ayant entendu tapt de Iprds se prononcer contrç \^ mesura d'ordonuçr Ip dépôt de la pi'oposition sur le bureau , il avait lui-mém^ changé d'ppinipu; qu'il ne pouvait d^nc accepter les éloges qu'on lui adrçssait pour un avis qu'il regrettait d'avoir donné, et qii'il voterait pourl^ rejet de la inotipn. Jf'appuye d'autant plus sur cette circonstance , que c'est un trait 4^ caractère
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de ce lord qu'on regarde, d'après le poste qu'il occupait , comme ayant eu tant de part aux affai* res d'Amérique : mais dans la réalité, il n'avait ni volonté ni jugement, et quoique porté par inclination à prendre de bonnes mesures , il se laissait toujours entraîner vers les plus mau^ vaises.
Lord Chatham , dans sa réplique à lord Sandwich, releva l'opinion malhonnête que ce lord avait énoncée, que le plan soumis à la chambre n'appartenait point à celui qui le proposait. Il déclara que lui seul en était l'auteur , déclaration, dit- il, qu'il se croyait d'autant plus obligé de faire, que plusieurs de leurs seigneuries parais*saient en faire moins de cas ; car si ce plan était si faible, si vicieux , il était de son devoir de ne pas souffrir qu'on soupçonnât qui que ce fût d'y avoir pris part : on avait reconnu jusquealors que son défaut n'était pas de prendre des avis; mais il n'hésitait pas à déclarer que s'il était premier ministre en ce pays, et qu'il fût chargé de régler une affaire si importante, il ne rougirait pas d'appeler publiquement à son aide un homme qui connaissait les affaires d'Amérique aussi bien que la personne à qui on avait fait allusion d'une manière si injurieuse , un homme, voulut-il bien dire, pour les connaissances et la sagesse duquel toute l'Europe avait la plus haute estime, qu elle plaçait sur le même rang que nos Boy le et nos Newton , et qui fesait honneur aon*-seulement à
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h nation akiglaise, mais à la nature humaine. J'arvoue qu'il me fut diffîqile d'écouter ces éloges eiTftgérés avee le même sang- froid que j'avais, opposé quelques instans auparavant à des repro* ^ ches qui ne l'épient pas moins. Je lâchai pourtant de conserver un air imperturbable, comme si jeusse pensé qu'il ne se fût pas agi de moi. ^ Entendre tin si grand nombre de ces législateurs héréditaires déclamer avec tant de violence pour empêcher non-seulemeut qu'on n'adoptât , mais même qu'on ne prît en considération une proposition des plus importantes, faite par un des premiers hommes d'état du siècle, d'un caractère imposant , qui , à la tête du gouvernement de son pays, lorsqu'il semblait sur le bord d'un abîme , avait soutenu contre deut cfes plus formidables puissances èe l'Etfrope une guerre que la Gloire et la Victoii'e avaient couronnée; les entendre critiquer son plan, non-seulement parce qu'ils étaient hors d'état de concevoir ce qui s'y trouvait, mais parce qu'iU croyaient y voir ce qui n'y était pas ; les voir rejeter le moyen de rectifier leurs idées par une seconde lecture; apercevoir dan« les unsiine ignorance totale du sujet dont il s'agissait, dans les autres un asservissement vcJlotitaire aux préjugés et aux préventions, dans plusieurs ministres là volôrit-é perverse de s'opposer à la manifestation de \k vérité; voir ce plan ignominieusement rejeté par une si grande majorité, avec tant^de précipitation, contre toute dé- Mémoires. ir. 9
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ceDce,$ans égard pour Thonneur e.t la dignité d'une chambre formant une des trois .parties du corps législatif du pays ; c en était bien assez pour placer ce corps au plus bas degré à mes yeux, tt pour me faire regarder comme la plus grande des absurdités sa prétention de souveraineté sur t|-ois millions d'Américains doués de bon sens et de vertu. A peine leur supposais- je assez d^ raison pour conduire un vil troupeau de cochons* Lêgislateurs héréditaires ! pensais-je > il vaudrait encore mieux, parce qu'il en résulterait moins de dangers « avoir des professeurs héréditaires de mathé^ matiqueSy comme dans certaine univer^té d'Al-> lemagne. Mais cette réflexion n'était que la suggestion du moment, car la chambre des communes;, élue Par le peuple, ne vaut pas mieux, et ne vaudra jamais mieux, tant que les élect<^urs recevront de l'argent pour voter, et que celui qu'ils payent en taxes pourra servir aux ministres pour corrompre les représen ta ns qu'ilsauront choisis.
Après cette séance, je m'attendais à ne plus en* tendre parler de négociations pour arranger nos différends à l'amiable; cependant, un ou deux jours après, je reçus un billet de M. Barclay qui m'engageait à me trouver chez le docteur Fothergill., le 4 février dans la soirée. Je m'y rendis , et je fus bien étonné d'entendre dire que l'adminis^ tration paraissait itre dans les meilleures dispositions i qu'on avait pris en considération nos
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obsiervations ; que plusieurs avaient été jugées laisonnables , et que les autres pouvaient être admises avec quelques amenderoens. I>e bon Recteur, avec sa philanthropie ordinaire , nous fit le tableau des malheurs de la guerre, et nous prouva que la plus heureuse ne valait pas la plus mauvaise paix ; il ajouta que les forces de TAmérique croissaient chaque jour , et que quelles que fus- .sent 1^ conditions auxquelles elle serait obligée de se soumettre en ce moment , elle serait en état, dans quelques années, d'en imposer à son tour. M. Barclay me fit entendre qu!il dépendait de moi d'effectuer i^ne réconciliation ; qu'il serait honorablepour moi de le faire ; qu'en ce cas je pouvais m'attendre non-seulement à être réintégré dans ma place (i), mais d'en obtenir telfe autre que je pourrais désirer, etc. Je n'ai pas besoin.de vous dire , à voua , mon fils, qui me connaissez si bien , combien ce langage sonnait mal à mes oreilles ^et tout le dégoût que j'en conçus. Le discours du docteur allait mieux au but. Je lui répondis qu^ nous ne désirions pas la guerre, et que nous ne demandions que des choses raisonnables, et. né^cessair^s pour notre sécurité et notre bonheur. Je répliquai à M. Barclay que j'étais sur qu'une place dans yne charrette pour çae conduire à Tyburn (a), était celle que le ministère anglais
(i ) La place de maitre-général des postes.
(2) lieu de Texécutioii des criminels» (Note du traducUur.)
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j'abrégeai la discussion en fesant observer que tant que le parlement réclamerait et exercerait le pouvoir de changer à volonté nos constitutions , aucun arrangement ne pouvait avoir lieu ; car c'était noiis réduire S n*être certains de conserver aucun des privilèges auxquels nous avions droit On me fit sentir qu'un arrangement était indispensable pour l'Amérique, puisque rien n'était plus facile à l'Angleterre que d'incendier tous nos ports de mer. Je m'échauffai alors. Je leur dis que la majeure partie de ma petite fortune consistait en maisons dans ces ports, que les Anglais pouvaient en faire des feux de joie si , bon leur semblait, mais que cette crainte ne m'empêcherait pas de m'opposer jusqu'au dernier moment à cette prétention du parlement; " qu'au surplus l'Angleterre devait prendre bien garde au tort qu'elle nous ferait éprouver , parce que tôt ou tard elle nous en payerait dommages et intérêts. Le docteur sourit; et quoique mon discours sentît un pieu la colère , il me parut qu'il ne lé désapprouvait pas, et il me dit qu'illè rapporterait le lendemain à lord Dartmouth.
^ Pendant cet entretien , M. Barclay me dit qu'étant allé un jour chez lord Hyde , il y trouva lord Howe, et que lord Hyde lui avait dit : « Vous pouvez parler devant lord Howe de tout ce que vous avez,à me dire , q'est un ami pour qui je n'ai rien de caché » ; qu'en conséquence il lui avait parlé avec autant de liberté qu'à l'ordinaire. J'ap*
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pris ainsi comment lord Howe avait eu la copie de mes observations qu'il m^avait montrée. Il me dit aussi qu'une mesure à laquelle on pensait, était d'envoyer sur les lieux un commissaire avec, des pouvoirs suffisans pour prendre.connaissance des sujets de plaintes, et y faire droit à certaines conditions; mais qu'il était difficile de trouver un homme propre à cette mission. « Pourquoi n'en pas charger lord Hyde? lui dis-je. C'est un homme marquant, plein de prudence et de sangfroid, et personne ne pourrait s'en acquitter mieux; ou s'il ne voulait pas s'en. charger , lord Howe, dont vous venez de parler, y conviendrait, à mon avis, parfaitement ». Tout cela n'était qu'une conversation , et nous nous séparâmes.
Lord Chatham ayant fait imprimer son plan , rejeté par la chambre des lords , pour le soumettre au jugement du public, j'en reçus six exemplaires de lord Mahon , son gendre , et je les envoyai à différentes personnes en Amériqlie.
Il se passa plus d'une semaine sans que j'entendisse parler de négociation, et mon temps s'employait à voir divers membres du parlement, quand je reçus un billet de M. Barclay, qui me mandait qu'il était indisposé , et qu'ayant besoin de me voir , il me priait de passer chez lui. Je m'y rendis le lendemain matin; il m'apprit qu'il avait vu lord Hy4€; qu'Hvavait eu un nouvel entretien avec lui; qu'il savait maintenant ce qu'il, fallait
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pour &ire marcher Taffaire; qu'il désirait donc q^ie nous prissions un nouveau rendez-vous avec le docteur Pothergill^ et qu'il t&cheraitde nous apporter un plan rédigé d après ce qui avait été proposé et accordé des deux côtés. J'y consentis, et l'entrevue fût fixée au jeudi soir i6 février.
Lorsque nous fûmes réunis, M. Barclay nous lut ce qui suit.
Plan quon croit devoir produire une harmonie durable entre la Grande-Bretagne et ses colonies.
Art. P'^.On payera les cargaisons de thé qui ont été détruites, et pour éviter toute perte de temps, et commencer de suite l'œuvre désirable de la conciliation , on propose que l'agent ou les agens de la province s'obligent, dans une pétition au roi, à faire effectuer ce payement , et qu'en conséquence de cet engagement, un commissaire soit autorisé, par une clause d'un acte du parleinent, à ouvrir le port de Boston ( en suspendant l'effet de l'acte qui en ordonnait le blocus) aussitôt après ce payement.
II. L'acte établissant un droit sur le thé sera rapporté, autant pour l'avantage de la Grande- Bretagne que pour celui des Coioniès. ' .
III. La province de Massachusetts sera remise eu .possession du fort Wijliam, comme elle l'était autrefois , avant que le gouverneur Hotchi nson l'eût livré aux trràpes royales.
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' IV. Comme il est à croire que le commencement des mesures conciliatoires calmera considérablement les esprits en Amérique, on propose que les habitans de la province de Massachusetts adressent une pétition au roi, et y éAblissent leurs objections contre ledit acte (1) ; et il est entendu que cet acte sera rapporté. En attendant, le commissaire aura le droit d'en suspendre Texécution, afin de mettre les habitans en état de faire la pétition*'
V. Les provinces qui peuvent se croire lésées par l'acte relatif à la province de Québec, présenteront des pétitions à ce sujet, et il est entendu que cet acte sera rapporté en ce qu'il étend le territoire de cette province au-nlelà de ses anciennes limites.
VI. La loi d^Henri VJII sera formellement désavouée par le parlement.
VII. Çn temps de paix, les Américains lèveront dans leurs provinces respectives , en vertu des ordres de leurs assemblées législatives , les sommes qui seront jugées nécessaires pour l'établissement de paix, le payement des gouverneurs, des juges-
Voyez les lois de la Jamaïque.
VIIL En temps de guerre, sur la réquisition
(1) On suppose qu'il s'agit ici de l'acte qui ordonnait le Uo(CB» du port de Boston* :
i38 MÉMOIRES
faite par le roi , du consentement du parlement chaque colonie lèvera les sommes que son assenii blée jugera proportionnées à ses moyens , et au besoins de l'état, J)Our être employées à lever à payer des hommes pour le service de terre el de mer , pour acheter des vivres , des munitions ou pour tel autre objet qu'indiqueront les ord; du roi.
IX. Les actes sur la navigation seront pris e nouvelle considération, afin de voir si l'on n< peut y faire quelques changeinens pour l'avan tage de la Grande-Bretagne et des colonies.
X. Un officier de marijtie, nommé par la couronne , résidera dans chaque colonie , pour veiller à l'exécution de ces actes.
N. B, Dans quelques colonies, ils ne sont pas nommés par la couronne.
XI- Tous les droits résultant des actes réglant ^ le commerce avec les colonies, seront destinés au service public de chaque proviqce, et versés d.ans sa caisse. Uu officier de la couronne sera chargé d'y veiller.
XII. Les cours d'amirauté n'auront pas d'autres pouvoirs que celles d'Angleterre.
XIII. Les fonctions des juges dans toutes le$ colonies dureront tant qu'ils se conduiront bien, et ils seront payés par les provinces, ainsi qu'il eftt dit en l'ar/icle VII.
iV. B. Si le roi juge convenable d'ajouter i
DE B. FRAfi^KLlN. Titj
leur salaire, ce supplément sera envoyé d'Angleterre,