‹ Mémoires sur la vie et les écrits de Benjamin FranklinChapitre 9 sur 25 · XIV. Les gouverneurs seront ^lariés de la même manière · texte numérisé non relu

XIV. Les gouverneurs seront ^lariés de la même manière

Noire conversation roula principalement sur le premier article. On disait que tout ce que désirait le ministère, c'était qu'on lui donnât une ouverture, un fondement qui pût servir de commencement à des mesures conciliatoires , et qu'une pétition contenant Fengagement dont il était parlé en cet article, arriverait parfaitement à ce but; qu'on fesait dfs préparatifs pour faire passer de nouvelles troupes en Amérique; qu'une telle pétition pourrait empêcher leur départ, surtout si l'on y demandait la nomination d'un commissaire. On me pressa donc d'en rédiger une, et d'engager les agens des colonies à la signer avec moi. Je répondis que l'affaire du thé ne pouvait concerner que les agens de la province de Massachusetts, qui étaient M. BoUan pour le conseil, moi pour l'assemblée, et M. Lee nommé pou1r me remplacer quand je quitterais FAngleterre; que ce dernier par conséquent pouvait à peine, en ce moment, être regardé comme un des agens de la colonie, et que le premier était un homme prudent et circonspect qu'il ne serait pas facile de déterminer à une démarche d'une telle importance sans y éti*e autorisé par des instructions spéciales; que s'il fallait £iire un tel pas^ il fallait

i4o . MÉiMqiRES

que je le prisse sur moi , et que, s'il y avait une probabilité apparente qu'il en résultât quelque bien, je n'hésiterais pas à le faire; mais que je croyais que la nomination d'un commissaire qui aurait le droit de suspendre l'effet de l'acte qui ordonnait le blocus du port de Boston, serait une mesure trop dilatoire ; que d'ailleurs une simple suspension ne serait pas satisfesante ; et que, si Ton contractait un pareil engagement, il fallait que tous les actes relatifs à la province de Massachusetts furent rapportés sur-le-champ.

Ils profitèrent de la disposition que j'avais' montrée à présenter une pétition , s'il était probable qu'elle produisit quelque bien; applaudi- 1 rentà cette résolution, et m'engagèrent à l'exé- j cuter sur-le-champ. Je leur dis que cette affaire méritait quelque attention; que j'emporteraisile projet de M. Barclay, s'ils le trouvaient bon ; que je réfléchirais aux propositions qu'il contenait, et que le lendemain soir je leur en donnerais mon opinion. Cela fut ainsi convenu, et nous nous séparâmes.

Prenant en considération la situation dangereuse des affaires en Amérique, et le ri^ue qu'on courait chaque jour de voir la bréicjie devenir in*4paTable , j'adoptai l'idéç proposée d'y envoyer un commissaire ; ce qui pouvait être un mtoyeo de suspendre les opération^ )nijUtai|res, et d'aipe* ner un traita qui piréviendr$iit t^ut déchirement erq^i rétablirait par degrés Tharmonie entre les

DE B. FRANKLIN. i4i

deux pays. Je me décidai aussi à faire ce qu'on m avait demandé relativement à l'engagement à prendre pour le payement du thé, et je fis un projet de mémoire à lord Dartmouth à ce sujet, me proposant de le signer Àeul. Quant à l'envoi d'un commissaire, mesure qu'il s'agissait aussi de proposer, en exprimant mon opinion sur son utilité, je pensai que mes collègues pourraient être mécontens si je feisais une démarche si importante sans les consulter, et je préparai une pétition en notre nom collectif, pour qulls là signassent s'ils le jugeaient convenable : mais craignant qu'ils n'y trouvassent quelque difficulté, je préparai une lettre à iord Dartmouth, contenant là même proposition avec mes motifs pour l'appuyer, et je résolus en ce cas de la signer seul. Enfin , je fnis par' écrit quelques remarques sur le projet de M. Barclay, et des notes dont je devais faire usage dans la conférence que nous devions avoii* le lendemaiil soin J'ai perdu le projet du mémoire que j^avais destiné à lord Dartmouth ; mais voici la copie des autres pièces dont je viens de parler.

Pétition au Moi.

•Les pétitionnaires, agens de diverses colonies , profondément frappés de la crainte des malheurs urgens qui nienâcént lés ^ujfetà dé Votfè Majesté en Amérique, s'approchent humbfémeut de votre trôné pour vous soumettre* l'opinion qu'ils ont

t43 MÉMOIRES

conçue, diaprés de mûres réflexions, et d'après la parfaite connaissance qu'ils ont du pays et de ses habitans; ^u^ ^'îl plaisait à Votre Majesté \ d autoriser une réunion de délégués des diffé- I rentes provinces, et de nommer une ou plusieurs personnes de ce pays, distinguées par | leur rang et leur sagesse , pour présider cette assemblée, conférer avec lesdits délégués, prendre une cannaissance exacte des véritables griefs des colonies, et adopter les moyens de mettre fin à toutes dissensions , moyens qui seraient ensuite ratifiés par Votre Majesté, isi elle les trouvait ; justes et convenables , une telle mesure serait suivie des plus salutaires effets, préviendrait de grands malheurs , et rétablirait l'harmonie qui a si long-temps existé, et qui est si nécessaire au bonheur et à la prospérité de tous les sujets de Votre Majesté dans toute l'étendue de ses domaines. Puisse le ciel les conserver intacts à Votre Majesté et à ses descendans I C est le vœu sincère des fidèles sujets et respectueux serviteurs de Votre Majesté.

Lettre à F honorable lord Dartmouth, etc.

MlLOBD^

/ Pénétré de crainte des malheurs uj^gens dont l'Angleterre et ses colonies sont menacées par jsuite des funestes divisions qui existent entre

DE B. FRANKLIN. i43

elles y j'ai réfléchi avec grande attention à tous Jes moyens à employer pour prévenir ces calamités. L'importance d'une affaire qui nous ip^térease tous, m'excusera, j'espère, jusqu'à un certain point auprès de votre seigneurie , de me hasarder à vous donner mon humble opinion à ce sujet , sans qu'elle m'ait été demandée. Je prends donc la liberté de vous exposer que je pense que si Sa Majesté jugeait convenable d'autoriser, une réunion de délégués de chaque province, à telle époque, .et en tel lieuxjue sa sagesse jugerait convenable , pour y conférer avec un ou plusieurs commissaires que Sa Majesté nommerait , sur les moyens à prendre pour établir une union solide et durable entre l'Angleterre et les provinces d'Amérique, une telle mesure ne pourrait qu'avoir les plus heureux résultats. Je ne puis donc que faire des vœux pour qu'elle soit adoptée , personne ne désirant plus sincèrement et plus ardemment la prospérité générale des domaines britanniques que votre très-humble , etc.

Remarques sur le projet de M. Barclay.

Art. r^ En conséquence de cet engagement, l'exécution de tous les actes relatifs à Boston et à la province de Massachussets sera suspendue, et dès qu'il aura reçu son exécution , ils seront entièremeat rapportés.

i44 MÉMOIRES

Cet amendement rend inutile l'art. IV* Art:.IVet V. Les nombreuses j^êtitions envoyées jusqu'ici en Angleterre par les assemblées des colonies, qu'on a refusé de recevoir, ou qu'oa a reçues sans y faire droit, ou auxquelles on na répondu qu'avec dureté et en réprimandant les pétitionnaires, ont, je crois, donné »u% Améri*cains un dégoût invincible pour en présenter de nouvelles. Quand même leurs amis les engageraient aujourd'hui à recourir encore à cette voie, ils n'y réussiraient pas. D'ailleurs toutes leurs demandes se trouvent sous les yeux du gouvernement dans la pétition du congrès, et il dépend de lui d'y faire droit en tout ou en partie» On ne peut espérer de mièut connaître l'opinion des colonies par des pétitions partielles, que par cette pétition générale.

Art. VIL Au lieu de gui seront jugées nécessaires, lisez qu^elles jugeront nécessaires.

Art. XL' Tel qu'il est rédigé, il est de peu d'importance. La première proposition était que les droits seraient supprimés comme injustes; mais on peut les laisser, car ils ne seront probablement jamais perçus.

Même avec l'amendement ci - devant proposé à l'article premier, je ne crois pas qu'il soit encore ce qu'il devrait être : si l'on a polir bbjet de prévenir Peffusion de sang en ce moment , et les autres maux que la guerre peut causer à'I'Amérique, il est possible qu'on atteigne ce but ; mais

si Ton désire une réconciliation sincère , il faut écarter toute cause sécrète de mécontentement , et faire justice exacte des deux côtés: ainsi Boston doit payer les cargaisons de thé qui ont été détruites ; mais TÀngleterre doit indemniser Boston du tort que lui a fait le blocus de son port, parce qu'il a eu lieu contre les usages adoptés par toutes les nations sauvages ou civilisées , c'est-à-dire sanft avoir demandé satisfaction préalable.

Art. XIII. Les juges ne doivent rien recevoir du roi.

Quant aux autres actes, la colonie de Massa-chusetts doit s'exposer à tous les hasards et à tous les malheurs de la guerre, plutôt que de souffrir que le parlement puisse changer ses chartes et ses lois. « Ceux qui peuvent renoncer » à la liberté pour jouir d'une paix temporaire, » ne méritent les bienfaits ni de la liberté, ni de » la paix ». .

Page 1