‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 12 sur 32 · TOME SECOND · texte numérisé non relu

TOME SECOND

NEUCHATEl,

IMPBUmuï DE PETITPIEEllE ET PWSCE.

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HEUOIRES

SUR tE COMTÉ DE NEIÎCHATEL EN SUISSE.

Après avoir examiné fort au long en la première partie de cel écrit, l'origine et nature de notre comté, autrefois fief, maintenant principauté souveraine, et parcouru les diverses révolutions auxquelles la prérogative de nos comtes et le mode seigneurial de ce pays ont été exposés depuis le ii' siècle, temps auquel nous apercevons les premiers seigneurs particuliers de Neuchâtel un peu connus; après avoir observé, dis-je, le rude mélange de haut et de bas, de bien et de mal, à travers lequel nos anciens comtes surent éviter tant luibilement de tomber en l'abîme où furent engloutis tous les autres grands seigneurs de la Suisse, sans nulle exception; enfin, après avoir mêmement jeté un coup d'œilàfutur sur de procbainesoccurrencesqui menacent grandement l'état, au regard de sa nature seigneuriale et des règles constitutives y relatives, j'ai dessein dans cette seconde partie de déduire la filiation et succession de nos comtes; sur lequel point , du moins quant à la première race, je rois tout plein de discordances en diverses compilations et remarques manuscrites, ce qui

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provientmanifesteraentd'uneconformil^ de noms entre plusieurs du Chéztud ou maison de Neuchâtel , mais de difFérenles branches, comme aussi de l'usage suivi par plusieurs mâles des dites branches cadettes de s'intituler comtes de Neuchâtel, pour dire qu'ils étaient de la maison des comtes, lesquelles causes ont aussi induit en erreur divers historiens et chroniqueurs. Et, comme la simple déduction de la dite filiation et succession de nos comtes et de leurs noms et titres, sans autre objet, serait chose insipide et de petite valeur, j'indiquerai sommairement, chemin disant, les choses dignes d'annotation qui se sont passées sous chacun des dits comtes, non toutefois que je veuille écrire une histoire : mon dessein est seulement de fournir un index qui pourrait un jour être mis en liaison et récit par quelque homme de bien suffisamment éclairé , lequel ne manquerait de se ^re grand honneur, en ofirant tel beau présent à ce pays.

Le maire de la Brévïne, Samuel Chambrier, entreprend à cette heure quelque chose de Semblable, toutefois non à la manière lie Tacite, ainsi que j'ai pu en juger, ayant trouvé moyen de voir et parcourir cet écri t qui n'est encore parachevé. J'y ai bien remarqué la même suite et filiation de nos Comtes de la première race, que celle indiquée par le chanoine Baillods, et tirée du cartulaire de notre collégiale : mais au regard des choses historiques, bien qu'elles soient déduites avec plus d'ordre, meilleur langage et moins de fables en cet écrifdu maire de la Brévine qu'en la compilalion du maître-bourgeois de Thielle, certes il m'a paru que ce n'était encore ici qu'une compilation dénuée de

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preuves; car, bien que divers actes et titres j soient cités, les lieux où ils reposent ne sont pas désignés, et la plupart des feils et dits y sont rapportas sans nulle autorité.

U n'y a moyen d'historier longuement sur nos premiers comtes comius, sauf par des fables, d'autant que jen'aivu nuls documens et titres des lo' et 1 1" siècles en ce pays, bien moins encore au trésor des chartes etarchives de la seigneurie, si misérablementappauvri,. ainsi que j'en ai d^à fait mes complaintes en plus d'un lieu. Or, ne voulant rien alléguer sur pures traditions et sans quelques autorités , mon principal guide pour ces temps anciens, au regard desquels les documens primitifs nous manquent, sera le bon manuscrit du chanoiue Jacques Baillods , qui vivait au temps de la réformation, et duquel j'ai déjà fait honorable mention en la première partie de cet écrit. Ce judicieux écrivain indique le cartulaire du chapitre et le tout vieux missel, comme les sources auxquelles il a puisé ce qu'il dit des pr«mers comtes. Il fait aussi mention d'un registre commencé sous le comte Louis, et continué successivement par les chanoines, lesquels y couchaient les choses mémorables relatives à ce pays. J'en ai déjà parlé, mais j'ignore si par le dît registre il faut entendre le cartulaire, ou s'ils formaient deux écrits difierens, ce qui me parait vraisemblable, vu qu'il y a lieu de croire par ce que dit le chanoine Baillods, que le cai^ tulaire était aussi ancien que le chapitre, non qu'il le dise positivement. Je n'ai nulle connaissance des susdits antiques écrits, sauf de quelques missels qui ne nous apprennent grand chose, et qui ne sont, .pour

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sûr, le tout vieux dont il parle. Et bien que j'aie recueilli avec soin tout ce que les historiens et chroniqueurs suisses ou étrangers nous apprennent des anciens syres de Neuchâtel, il ne serait facile d'asseoir la filiation et succession des dits comtes sur le peu qu'ils en disent, et qu'on trouve éprs ici et \k.

Certains événemens étantdéjà déduits en la première partie, j'y renverrai pour éviter les répétitions. Et, comme en rejeUnt les fables, il est toutefois permis et même louable de faire honneur à son pays de tout ce qui lui appartient, on ne peut trouver étrange que j'examine premièrement parle menu les deux questions suivantes : i" Noïdenolex , ancienne viUe des Helvéliens, était-elle chez nous et en quel lieu? 2° Par qui a été bâtie l'égiisè collégiale de Notre-Dame de Neuchâtel, et quelle est la date de sa fondation?

On entend dire si souvent, et on lit en tant d'endroits que Neuchâtel est l'ancienne Noïdenolex, l'une des douze villes que les Helvétiens brûlèrent, lorsqu'ils émigrèrent au temps de César, (lesquelles villes ils rebâtirent à leur retour) qu'il vaut bien la peine d'examiner les fondemens de cette créance et de s'y arrêter un petit, toutefois en se souvenant avec défiance dn commun penchant qui pousse les hommes à estimer grandement leurs foyers. Et, avant tout, je dois faire honneur des principales recherches et observations ciaprès déduites à l'homme du plus grand esprit et savoir qu'il y ait jamais eu dans ce pays, j'entends le seignexu" de Mirecour, Jehan Hory, que je désigne plus volontiers par le titre de chancelier, quand bien ■il a été lieutenant-gouverneur, voire lieutenant-général

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de l'état, baron de Lignières, etc. , et cela parce qu'il fat heureux étant chancelia-, au lieu que du feîte des honneurs il fat précipité dans un abîme d'infortunes. C'est dans un recueil de remarques et annotations où ce grand homme d'état inscrivait, pour les retrouver au besoin, les choses dont il voulait garder souvenance, que je vis, étant jeune encore, cette question agitée à jrfusieurs reprises, et d'une telle manière qu'elle enflamma fortement ma curiosité, et la pique encore en mes vieux jours, ainsi qu'on va le voir.

Mais, avant que de pouvoir présumer que Noïdenolex, ville des anciens Helvéliens, était située sur notre territoire, it faut s'assurer premièrement que ce pays Élisait bien lui^néme partie de l'antique Helvétie, première question que César, dans ses commentaires, a fort heureusement pris la peine de résoudre clairement, par les limites qu'il assigne à l'Helvétie, la separant de la Germanie par le Rhin, des provinces romaines par le Rhône et le lac Léman , et de la Séquanie, aujourd'hui Franche-Comté, par les cimes du Jura, monte Jura altissimo qui est inter Sequanos et Helvetios. On peut bien s'en rapporter à un pareil géographe qui écrivit à dit de maître à la tête de ses légions. Certain est-il que notre pays est évidemment en dedans des limites indiquées par ce fameux romain, lequel se contente d'ajouter que l'Helvétie contenait douze villes et quatre cents bourgs, le tout divisé en quatre contrées : « Helvetia in quatuor pagos divisa est. » Mais , loin de nommer les douze villes, il n'indique pas même les quatre contrées; deux seulement sont mentionnées, pagus tigurimis, pagus urbige-

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nusf uSkment que les écrivains et antiquaires ne sont Irop d'accord sur les noms des deux autres contrées que Gésar passe sous silence.

Au regard de Noïdenolex, ce sont lies anciens itinéraires, la notice de l'empire, celle des Gaules, instrumenta EneeU)erge et divers écrivains qui font mention de cette ancienne ville; et, si quelques-uns la placent chez nous, telles autorités, toutefois semblables à celles sur lesquelles la majeure partie de l'histtMre est assise, ne sont démonstrations : mais, si elles peuvent être étayées par certains feits, monumens et reliques, elles mft-ileront alors créance à proportion.

Histoire et monumens certifient que Noïdenolex était en cette contrée de l'Helvétie appelée pagus averUicus, sous l'empire de Vespasien : la ville d'Avenche magnifiquement rebâtie alors, et agrandie dans une vaste enceinte, comme on sait, et ainsi que l'indiquent les ruines de ses tours et murailles, fiit illustrée par le titre de Colonia Pia Flavia en l'honneur de Flavius, père de l'empereur Vespasien, lequel Flavius avait gouverné l'Helvétie. Or, ce pagus aventicus com- |H%nait alors tout le pays situé le long du Jura d^uis Soleurejusques à Orbe, de là tirant sur Moudon, embrassait le Romont, la Gruyère, le Sibenthal etc. Ce fut ainsi qu'Avenche devint le lieu capital, Aveniicum gentis caput, dit Tacite , aux paroles duquel on peut croire, et ce fat ainsi par identité que notre pays appartint à la colonie d'Avenche, et que Noidenolex put recevoir le surnom ^Aventicus , qui se trouve en plus d'un lieu. On lit dans la notice des Gaules : NoîderwUx verù pagi aventiciesi.

Mais , quand bien il serait démonstralivement prouvé qu'il a existé autrefois une ville appelée Noïdenolex^ dépendante de la contrée d'Avenche, ce qui vient d'être dit ne peut nous autoriser à placer cette ville chez nous, el bien moins encore à feire succéder notre Neuchâtel d'à présent à l'anqîenne Noïdenolex. Et, comme la plupart des historiens et chroniqueurs qut en parlent, ont vécu poslérieiu-ement, et qu'ils se citent et se copient les uns les autres, selon coutume, tandisqueles grands luminaires. César et Tacite, ne nous en disent rien, non plus que certains autres écrivains romains et contemporains de Noïdenolex, tels que Pline, Eutrope, Ammien-Marcellin.et d'autres, lesqueb parlent de l'Helvétie, sans nous rien dire sur ce point, il me semble que par défaut d'allégations contemporaines, il faudrait du moins pouvoir appuyer le témoignage des écrivains postérieurs par certaines autorités de monumens, tels que ruines, inscriptions, médailles, etc. Voyons s'il y a moyen.

En 1647, le minislre Olivier Perrot m'ayant. dit qu'un sien ami, pasteur d'Ayenche, venait de l'informer qu'un particulier creusant en un heu proche des vieux murs d'enceinte, avait découvert une inscription sur marbre laquelle semblait se rapporter a notre pays, TU qu'il croyait y lire le mot de Noïdenolex , nous nous y transportâmes sur le champ, et trouvâmes une grande et belle pierre plus fine et plus blanchâtre que notre marbre bâtard ou roche du Jura, longue de 3 pieds 4 pouces, el haute de 3 pieds 6 pouces, ayant une face polie chargée d'une inscription en bonne partie usée par .le temps ou ébréchée par la bêche du laboureur.

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Bref, les mots ou plutôt les lettres que nous pûmes reconnaître, étaient rangés comme suit :

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