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Notre savant chanceliw lirait et restituait comme suit :
(Imperatori)C8esariTrajaniFilio, HadrianoAogu^ Patri Palriîe (Pontifici maiimo) Tribunitia potestale... C^isuli quartum a via Fkvia milliaPassuumX... 1 : laquelle expUcabon restitue en entier les mots Imperatoti et Ponrifici maximo., qui font le vide de la première et troisième hgne.
Au regard de cemonument, notre habile chancelier pensait que la grande voie militaire d'Avenche à. Vin-
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'lonisse pouvait bien élre nommée Via Plavia, tout et ainsi que la colonie d' Avendie portait le nom de Colonia Fîapia, et que de la dite grande voie militaire sortait du côlé d'Arberg d'aiyouwl'hai une branche de route qui entrait chez nous par.ThieUe, passait-par Marin et St. -Biaise, par dessous Hauterive, Coudre et Favarge, de là par le chemin des Mulets suivait les Fahys et Rochettes, le Parc, Peseux, Rochefort et le Vaux- Travers pour communiquer avec laSéquanie, aujourd'hui Franche-Comté. H fondait son opinion : l'^stir la découverte du susdit milliaire de Fahy tout à côtédu chemin qui mène à Clos-Brochet par rentre-roche, lequel entre-roehe il regardait comme ayant été autrefois l'entrée ou porte de Noïdenolex du côté de la dite grande route, de quoi il trouvait des marques visibles, les unes à l'entre-roche même, les autres dans les vignes de Fahy en fece de la dite entrée ou porte, par le restant des fondemeos d'une monstrueuse tour portant six, voire sept pieds d'épaisseur de mur avec ciment et matériaux romains : 2" sur ce qu'en i625 faisant creuser et sonder entre Marin et Thielle, afin de conndtre la nature du terrain sur lequd on méditait de fonder la viUe d'Henripolis, dessein dont il était le premier auteur, on trouva le bout d'une cdonne milliaire de tous points semblable pour la figure et la pierre à celle de'Fahy : 3' sur ce que l'inscription du milliaire de Fahy, indiquant une distance qui peut être rétabhe parXIII ou XVI, il se trouve que c'est bien à peu près la distance jusques à la grande voie d'Avenche à Vindonissa jwise un peu plus près ou un peu plus loin : 4° sur ce que de temps immémorial le peuple
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iK»»me cette route l^i de tE^tra, mot qai dérive sans doute de via strata des Romams (route- pav^), comme slrada des Italiens d'aujourd'hui : 5° sur ce que dans toute laSuisse romande ou romane, les lieux où passaient les routes romaines connues, ont conservé la même dénomination de fi de VEstra, mot si connu en ce pays, qu'on peut encore suivre pas à pas chez nous deux autres brandies déroutes romaines de ce nom, l'une qui venait de la grande voie militaire d'Orbe, embrassant le lac au couchant, ainsi et comme la branche sus* décrite l'embrassait an levant, pajtait par Sl.-Auhîn et Bevaix, d'où elle tirait à Pontareuse pour passer la rivière et aller joindre vers Rochefort la route du levant susmentionnée, à laquelle jonction se rapportait une autre branche ùrant vers MoHtmollin pour traverser le Val-de-Ruz et communiquer au pays des Rauraques , aujourd'hui Sundgau.
Mais dira quelqu'un , (car il fout s'attendre à la co»tradiction de ceux-là tout justement qui entendent et connaissent le moins ces choses, et certes c'est le plus grand nombre chez nous), est-il vraisemblable qu'une ville considérable, des temples, des édifices publics et tant de maisons de citoyens aient existé autrefeis. là où nous ne voyons aujourd'hui que vignes et dôsels sans nuls restes visibles de cité? Tant de matériaux ne peuvent s'éclipser ainsi; il devrait apparaître du moins bonne provisicm de ruines et décombres. A cette objection qui m'a été foite cent fois, je réponds pour la cent et unième que, sans faire l'énumératton d'une multitude de grandes et superbes villes anciennes autrefois florissantes, et sur quelques-unes desquelles on
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n'est pas même d'accord pour le lieu de leur asnetle, vu le peu on le néant des reliquats, noUs pouvons, sans sortir de notre Suisse , voir des exemples de destruction, à mon- sens, bien plus surprenansqueTanéantissenient de notre Noïdenolex. Qik reste-t-il de l'ancienne Awmche? Rien que parti» de ses vastes murs d'enceinte qui n'entourent aujourd'hui qu'une immense vipèr^ie et des ronces qu'on ne peut' p^étrer, au milieu desquelles on ne peut deviner ce que sont devenus taut' de monumens de la magniBcence de Vespasien, de Titus et de divers autres empereurs qui iavcorisèrent cette ct^onie. La oélèln'e Vindonissa, long- temps le s^our d'une l^on romaine, présente aujourd'hui si peu de décombres, qu'<Mi ne sait presque-qu'en croire. Où a été Fraestica? en quel lieu élak-^e assise? ques? tion encore débattue. Arbon sur le.lac de ConMàntfe, ville autrefois considérable, selon l'itinwaire d'Antt>nin, et à laquelle le judicieux Amniien, écrivain contemp(»'ain, donne le nom d'Arbor Félix,' qa'est^-elle devenue? Bromagus, .ville mentionnée d^ns le mévie itinéraire, es environ du lac Léman, n'a laissé nul vestige; où faut-il Ja chercher? Même que&tion'sur Vintudurum, ville non naoins connue, et dont .les, vest^jes sont bien peu de chose. Et, sans sortir de chez nous, un étranger qu'on mènerait sur la monticule QU pjTfamide de Rochefort , devinera-t-il que là était, il n'y a que aSo ans, le fort chaslel d'un 6er baron y spacieusement logé avec sa nombreuse- milice, comme cela se voit au déduit delà jurocédure coulfe le dit seigneur Vauthier? Même chose peut se dire de la Bortne-Ville au Val-de-Ruz, àes châieanx de Hocquixicourtsur Vil-
liers, de Baccontour sur Savagnier, de Ronsàlbn à Buttes, de Chàtelard à Bevaix, et autres qui faisaient fiores, il ; a moins de trois ^ècles^ et dcmt <m ne sait pas même trop bien (du moins au r^prd de (dttsienrs) la râ'itable place.
Or j'ai dit plus haut que l'anéantissement de. noU<e N(N(denolexélaîtchoseJbien moins surpEenante; daquoi on tombera d'accçrd, quntd on voudra fave attention que, si plusieurs anciennes, grandes, et magnifiques viUes détruites ne laissent presque aucune trace de leur existence passée, et cela par le seul eflet du temps, à plus forte raison ne doit-il plus rien rester d'une ville bien moins considérable, et sur ks^ruines de laquelle la main et l'industrie de l'homme ont travaillé continuellement pendant bien des siècleis à déblaj«- , -i ■ y transporter des terres prises sur les tCTtt«a voîsîhb, cp planter, à cultiver de |Hvche ,en proche, cmpk^Dt les pierres et matériaux à construire une multitude dp mura, et à gagna- terrain sur le bic : car je suis fermement persuadé, ainsi que l'était le diancdier Horji, que les vignes ai» bord du lac entre le Nid-du-GrO et les roches à Mazel occupent le fond de là baie et abordagede l'ancienne r^tudenolex. Et certes par tels moyena doivent à la fin disparaître tous vestiges de ville, n'y ayant labeur pareil à celui du vignoron et du maçen pour tout briser, moudre et anéantir à la longue; ce- que nous pouvons juger de nos jdurs par certaines ruines de tours et.muraille$ d'enceinte fort viables au;temps de ma jeunesse, et dont à grande peine remarque-t-on quelques fondemens à l'heure qu'il est; il en sera bientôt de même de k JMaladrçrie abandonoée. On .peut
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bien dire qoe sos nrars de vignes et jetées dans ]« be aoraient déjà-mangé-et mangeraient encore une fois, acm seulement les. mat&îaux et décombres de Noldenolex^ mais les ruines de Babylone , si elles subsistaient encore, et fiissent sous la main. S'il y avait autour d'Avenche des vignes comme ici, on peut tenir pour (^rtain qu'il n'y resterait trace de la grande muraille^ Une autre objection de métnevaleur que j'ai entendu faire plusieurs fois, regarde l'eau. On ne voit, dit<»ij nulles sources à fontaines en ce lieu-là : mais i" au bord d'un lac dont l'eau est si bonne qu'il n'en est, à mon avis, de mdlleure à boire, peut-on dire sérieosemmt qu'il y a défaut d'eau avec si grande facilité de construire des puits? Combien de grandes et florissantes villes es Pays-bas, lesqueUes toutefois n'ont que des puits et citernes, dont l'eau ne peut être comparée à celle de nos puits d'eau du lac : a' c'est mal à propos que l'on prétend qu'il' n'y a mils vestiges connus dé sources à fontaines es environs et à l'usage du lieii où je fJace Noidenolex; car, sans parler des Sources qui auraient pu se trouver au Saarbei^, ni des eaux qui tombent continuellement des bauteurs dans le chemin des Mulets, et qui ont donné à ce quartier le nom de Montruz, (montagne qui fait ruisseau) lesquelles eaux les Romains auraient bien su prendre d'assez haut pour les amener commodément par le vallon de Fâhy à l'êntre-roche sur Clos-Brochet, là où le chancelier Hôry plaçait la porte supérieure de Nc«idenolex sur la route romaine, comme sus est ditj sans parler de la source toujours subsistante, bien que négligée, et peut-être «B majeure partie pM^^ue, que chacun connîdt soùs le
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ncan Ae/ontaiiie dufoue, (du "iea) toute fiicife à coBtduire par la susdite traite, oh sait.assez qu'il y a des sources en ce Closel de Fahy attenant à l'entre-roche du côté du vent ou couchant, à telles enseignes que 1er maire de Neuchâtel, Henri Tribolet, pensait, il y a trente ans, à les feire ramasser et conduire en son Closel dehors la porte de l'Hôpital, on il avait dessein de bâtir et se loger. 5° Disons phis; on peut croire et même» ment affirmer que les NoSdenoliciens connurent les dites sources ou telles autres, et les amenèrent en leur ville, puisque le chancelier Hory dit avoir trouvé des restes non douteux d'aquédncs eu un olosel de Fahy, et qu'en i599 on déteira dans une vigne de Vieux-Ghâtel, à deux cents pas de l'enlre^oche au couchant, bons reliquats d'un bain de marbre blanc à huit pans, article que j'ai ouWié de ranger ci-dessus entre les moDiimens d'habitation et de luxe de cité. Certain e^-il que le maire Tribolet voulant s'assurer de ia hauteur et niveaudelasourcesusmëntionnée, les ouvriers découvrirent un ancien mur souteiraîn que j'ai va et examiné, lequel dénotait l'ouvrage du tout vieux et bon temps. C'est ce qui me fait penser et a*(Hre que la dite source au-dessus de rentre-roche pourrait bien n'être autre que de l'eau amenée là autrefois, et qui a continué d'y couler en la direction des bous et primitif canaux. A quoi j'ajoute par réflexion que, de toutes les choses d'industrie et de main d'homiones qui se pra^ dent et s'eâàcent le plus |H-omptement en la ruine et de9lmctî<Hi d'une ville, ce sont les sotirces et fontaines. Combien de simples villages en ce pays qui tirent de loin leurs eaux à fonlmnes , desqu^les il ne resterait
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liieBtdt nulle trace, si les dits viUa^s étaient détruits «u abaadonués! A plus forte raison ne peut-on sagement pr^odre que les sources à fimlaines d'une ville détruite ily a tant de siècles , dussent encore être visibles à ce jour à l'œil de l'ignare vulgaire.
Far toutes lesquelles raisons alléguées et preuves produites, il me semble suffisamment manifeste que l'ancienne Noïdenolex a été assise autrefois au lieu dit aujourd'hui Vïeux-Cfaâtd, dont certains petits quai^ tiers ou pexohoîs sont spécialement nommés par nos vignwons Trinquoy, Qos-Brodiet, Fischieux, Maladière, etc., ayant en uberre ou midi le lac , et fcHrmant una-oissjwtamphithéàtral dès et ecnnpris Vieux^hâtel jusques et compris le Saarberg, le dit amphithéâtre couronné circulairement par tours et murailles d'enceinte dès le Cret-Tacotioier tout le long du rocher ou rideau qui borde les vergers de Fahy, embrassant le coteau du Saarberg en demi cercle pour se terminer à la cime du rocher au Nid-du-Orô : à laquelle enceinte il Ëiut ajouter, non ctHome partie de la ville proprement dite, mais en nature de camp fortifié, suivant la pr»-' tique des Romains, le bois du Saar merveilleusement propre à cet usage, étant entouré dc'toutes parts, fors du côté de la ville. Le chancelier Hory avait encore vu çà et là bon reste des murs de l'enceinte du dit camp; j'en ai remarqué moi-même quelque peu, toutefois reconnaissables ; bientôt il n'en restera trace aucune. De quoi on ne s'étonnera nullement, en considérant qu'en ce lieu où est assis à cette heure k vignoble nommé le Saar, il n'y avait autrefois que roches et bnws-/ sailles, et que pour tant de murs et murets, les maçons
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ont trouvé tout commode de £iire profit du labeur des soldats romains. On sait assez que. ]es l^ons furent employées à fortifier semMables camps auprès des villes»^ en ces temps de désolation oîi les peuplades du septentrion, se poussant les uoes les autres, vinrent inonder l'empire, cherchant surtout à prendre et piller les villes.
Un autre objet de cunosité non si important, mais qu'il est bon toutefois d'examiner par avant-propos, et pour n'y pas revenir ci-afwès, regarde la grossière erreur de plusieurs de DOS gens, qui attribuent à notre comte Ulrich UI et k Bertbe sa femme, la fondation et construction de notre église collégiale. B y a toute apparence qu'un tel quiproquo vient dece qu'à la fin de soa règne , le dit comte Ulrich 111, de concert avec l'évéque de Lausanne, Roger, porta à i a le nombre des chanoines (pii auparavant n'étaiast qoe six, et les prébenda richement avec les dépouilles du couvent des Bénédictins et de' celui des.Ursehnes, supprimés tous deux l'an devant, ce qui se manifeste par l'acte passé le lundi avant la fête de SL Jehan apôtre i ao6 , auquel acte hirent appendus le scd du comte et celui de l'évéque. Le dit acte déclare collégiale l'égUse susdite de Notre-Dame, et remet au chapitre son administration et service. Or, comme dans le dît acte il est fait mention de la comtesse Berthe (laquelle notre comte Ulrich III avait épousée en orient où il. s'était croisé, sans qu'on sache qui elle était), il y a bonne apparence que tant de largesses et donations» sans doute fort prônées de long-et de large, ont pu faire croire que les bienfaiteurs Ulrich et Berthe étaient les instituteurs et fondateurs de notre collégiale^
— M — d'autant que l'inscription suivante abattue et détruite de nos jours par la superstition et vraie ignorance de cwtaîns personnages, qui toutefois se croient fort habiles, a pu être mal lue, à cause des abréviaUons. Elle était signe pour signe comme smt : '^.^'
Respice virgo pia me Berth sta Maria Et simul Ulric que it fiigiens inimic Da dom honoris id faciendibus et Farad.
Or, sous prétexte du mauvais latin d'alors, quelquesuns de nos habiles ont imaginé qu'il fallait lire me Ber~ tham Samariœ , ou ce, qui est encore pis , me Bertka Samaria. De Va ils ont tiré cette conséquence que cette inscription désignait le comte Ulrich, dédiant cette église à la vierge, conjointement avec Berthe de Samarie sa femme, voire lui laissant le principal honneur du vœu, comme vrai paladin et serviteur de sa dame.
Il semble pourtant qu'il n'y avait qu'une manière de lire ces trois lignes, et on a grand'pûne à com|H'endre comment on a pu le faire autrement qu'en ces mots : Mespiee Virgo. piam. me Bertham. sancta Maria et simid Ulricum quem. iifugiens inimicos, da domum. honoris id facientibus et Paradysum. Et quand bien le dit latin est tout mauvais, c'est chose tout à fait surprenante que l'erreur ci - dessus soit tellement ea crédit, que les divers manuscrits que j'ai vus, la rapportent comme article de foi, et que FlanU'n dans sa Répuhîique des Suisses, smve en partie la dite erreur sur des mémoires, dit/.il,,à lui envoyés de Berne : mais Plantiji, enlisant comme les autres Berthe de Samarie, en feit du moins \me royne de Bourgogne.
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U est bon de détruire une bonne fois pareille pauvreté, d'autant qu'elle dérobe mal et méchamment à notre collégiale plusieurs cents ans d'antiquité. Et pour cet efiet, je dis : i° que l'acte de iao6 mentionné cidessus (dont un vidimus est au trésor des chartres et archives), prouve évidemment que le comte Ulrich 111 et Berthe s& femme, augmentèrent de 6 à 1 3 le nombre des chanoines de l'église de Notre-Dame de Neucfaâtel, les dotèrent largement, etc. Donc la dite église subsistait dqà auparavant avec six chanoines; donc ce n'est pas le comte Ulrich, ni sa femme Berthe qui l'ont bâtie et fondée; seulement tombèrent-ils d'accord avec Roger, évéque de Lausanne, que les chanoines doublés en nombre et gr^mdement pi^bendés, composeraient un chapitre : 3° est-il vraisemMa We que le comte Ulrich 111 adonné à la pieuse folie des croisades qui devaient le ruiner, ait été en état de faire construire un vaste et dispendieux édifice, et y a-t-il plus d'apparence que la demoiselle qu'il épousa en Orient, ait été assez riche de ses propres pour faire semblable entreprise ? Et quand bien on Ht en divers manuscrits et compilations, qu'on baptise du nom d'histoires, que la dite Berthe était une princesse de Samarîe, on n'est tenu d'y croire sans autres titres ni documens, qui me sont entièrement inconnus, n'ayant jamais lu ni ouï dire que sur les vieilles ruines Samaritaines se fût élevé une sei~ gneurie, comté ou principauté avec demoiselles à marier : 5° devant quels ennemis aurait pu fuir ainsi le comte Ulrich, au dire de nos doctes, lui qui vivait en si grande amitiéaveclesducs de Zéringhen, Berthold IV etBerthold V? Far qui aurait-il pu être contraint de
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fuir de son pays, ayant de à puissans amis et protecteurs? Et s'il a été bien réellement fugitif, comment sa femme, soi-disant Samaritaine, aurait-elle pu, durant telle infortune, faire construire édifice pareili* 4" on sait par contre, et on le sait par titres et documens, queBerthe, reine de Bourgc^e , veuve du roi Rodolphe II, fonda dans la Suisse romande, alors nommée pettle Bourgogne, diverses églises considérables, commele témoigne l'église et abbaye de Payerne, richement dotée par cette reine l'an 966, ainsi que le prouve l'acte de fondation conservé au dit Payerne : même fondation pieuse- à Moustier-Grandval et autres lieux en notre petite Bourgogne , parla dite reine Berihe . Or il est à remanpier que l'inscription susmentionnée était au bas d'une représentation sculptée en bosse sur pierre, d'un fort beau travail pour le temps d'alors, par laquelle représentation on voyait une reineen manteau royal, couronne en têteetsceptreau poing gauche, offrant à genoux à la vierge , le dessein et simulacre de l'église posé sur sa main droite, ayant à sou côté, mais un peu derrière, un prélat aussi à genoux avec crosse et mitre. Or, comment peut-on raisonnablement voir là le moindre rapport entre \me reine couronnée et une demoiselle d'Orient, entre un prélat présent en mitre et crosse et notre comte Ulrich UI, déterminé soldat, souvent croisé, et fugitif prétendu pour lors? D'autant que divers historiens nous apprennent que St. Ulrich, évèqued'Augsbourg, futcontraintde se retirer auprès de la reine Berthe sa nièce, et qu'il l'accompagna en quelques-unes de ses pieuses entreprises. A quoi je dois ajouter que le chancelÎCT Hory croyait
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aperceroir l'année de la dédicace en un coiu de la susdite inscription et représentation sculptée , portant, lui semblait-il , 947 ; ce qui s'accorde avec le manuscrit du sage et véridique chanoine Baillods, lequel nous apprend que lecartulaire du chapitre rapportaitla construction de notre collégiale à la reine Berlhe de Bourgogne vers le milieu du dixième siècle; laquelle date il n'y a plus moyen de rérifîer sur place, maintenant que par une pauvre dévotion que certaines gens nomment Tèle pour la gloire de Dieu, et sainte colère contre l'idolâtrie des papistes, on a pris la peine de couper, gratter et si bien efiacer cette belle et curieuse sculpture, qu'il n'en reste trace aucune en son lieu, qui était au-dessus de la grande porte aux cloches.
Quand bien ma glose sur notre collégiale pourra paraître un peu longue, je ne crois pas toutefois inutile ce que j'en ai dit, vu les deux ccmséquences qu'on en peut tirer par rapport au sujet qui précède; la première qu'au mlUeu du 10° siècle, ta nouvelle ville de Neubourg ou Neuchâtel d'aujourd'hui devait être assez peuplée déjà, sans quoi une église de pareille étendue aurait été chose absurde; la seconde que la quantité, grandeur et beauté des matériaux de cette église prouvent que les mines et carrières qui ont fourni tant de pierres et si belles, au milieu du 10' siècle, devaient nécessairement être ouvertes et exploitées depuis plu- »eurs siècles déjà, vu la nature de notre pierre jaune qui ne se trouve de telle qualité qu'en une certaine profondeur.
Après avoir ainsi examiné ce que l'on peut dire et penser sur l'ancienne ville de Noïdenolex, et sur la
fondation de l'église coU^ale de Notre-Dame de NeuchAtel, il me semble convenable de &ire encore préluder quelques autres observations générales, lesquelles poui^ ront un peu servir de luminaires au regard du mode moral , physique et politique de ce pays au vieux temps : par là j'entends certains rapports respectifs entre nos anciens seigneurs, comtes ou hauts barons et leurs sujets, lesquels rapports influaient nécessairement sur la manière de penser et d'agir, et sur l'état du sol.
Déjà sous les empereurs romains , à dater des commencemens du 4' siècle, s'introduisit l'usage de tenir sur les fi-ontières, pour les défendre des Barbares, des officiers militaires nommés ComiteSy Comtes. Ils commandaient dans les villes, bourgs ou postes forts et leurs districts, sous l'autorité du Duc, Dux, qui commandait supérieurement sur la contrée, lequel usage fut œntinué parles Allemands, BourguignonsetFrancs, lorsque ces peuples s'emparèrent successivement de l'Helvétie tant orientale qu'occidentale. Or, sous les rois Bourguignons et Francs, comme soiis les empereurs d'Allemagne, les dits comtes chargés d^ commander un district, furent en office d'abord à temps, ensuite à vie, et devinrent enfin comtes héréditaires par abus et usurpation. On les nomma en certains pays hauts barons. Au regard de notre Suisse, on peut remarquer que , malgré l'institution du recb»at au commencement du 1 2' siècle, les ducs de Zéringhen , recteuts , ne gouvernèrent immédiatem«it que les districts qui n'étaient pas soumis à la jurisdiction d'un comte ou haut baron; que, quand bien les dits ducs recltwrs avaient une autorité supà-ieure sur \aw& les comtes ou
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antres seigneurs de la contrée, ceux-ci quelqueiois s'y soustrayaient, d'oii provinrent tant et tant de querelles sanglantes.
Plus habiles que la plupart des autres, les conries ou hauts barons de Neuchâtel eurent la grande sagesse de rechercher l'amitié des dUcs recteurs, et de se lier d'afiêcû<Hi si intime , que les dits ducs les laissèrent faire et gouverner leurs districts tout à leur aise^ en telle sorte que les ctmites ou syres de Neudiâtel semblaient ne point relever du duc recteur , mais de l'em7 pereur seul. Mém«nent semble-^il, du moins par le fait, que nos anciens syres jouirent d'une grande allégeance au regard des droits que les rois de Bourgogne, et a]wès eux les empereurs d'Allemagne, conservaient sur leurs féotiers. Car, à l'exception de la souveraineté et haut domaine partant de la relevance, il parait que les suzerains n'exercèrent aucun des autres droits principaux, tels que celui de battre monnaie, celui de chasse et de pêche, les hommes royés ou royaux, le» péages, la justice criminelle, la chevauchée etc., saul au temps du comte Hollin ou Rodolphe V, lequel fut remis bien rudement à la fin du 1 3° siècle sous le bâton de iëauté, ainsi qne nous l'avons vu en la première partie.
Si les anciens syres, comtes ou hauts barons deNeuchitel lurent tant fevorisés jar leurs légitimes supérieiu-s, au point d'être presque indépendans, on les voyait d'un autre côté sous la férule des évêques de Lausanne, du moins à certains égards. Non seulement les dits évêques étaient en possession de battre monnaie en ce pays, d'où provint l'argent Lausannois, autre-
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ibis et long-temps en usage chez nous, et le titre de coseigneur, (nobiscum domùms), que Tévêque Roger s'avisa de prendre dans un acte conseiré à Berne. De phis^ les dits ^éques possédaient en ce comté quelques terres et certains droits en dixmes, cens et autres redevances que nos comtes triaient d'eux en fî^. Et, bien que ces articles de vassalité ne fussent pas chose consitfôrable) toutefois il n'y avait à badiner avec tels supérieurs qui menaçaientd'inl«^it, elle lançaient sans grande forme, ainsi que l'éprouvèrent quelques-uns de nos comtes, chose alors plus redoutée que tous les fléaux du ciel. Quand et comment les dits évéques acquirent ces droits, par donation et usurpation, c'est ce que je ne sais encore assez clairement. On m'avait promis là-dessus de bons éclaircissemens tirés des cartulaires de l'évêché de Lausanne, mais rien n'est venu. Probable est-îl qu'il en a été de l'origine de ces droits que le prélat avait en ce pays comme de ceux de la plupart des princes ecclésiastifpies d'aujourd'hui, à commencer par c^ui de Rome : (rnssession monstrueuse , droits énormes et scandaleux qui viennent on ne sait d'où, et qui sont encore là on ne sait comme.
Quoiqu'il en soit, les comtes de Néucbâtel étaient originairement seigneurs d'un pays assez étendu: les limites de leur héritage, la nature de leur vassalité, leurs rangs plus ou moins élevés, selon diverses occau*rences, sont autant d'articles déjà traités au livre précédent. Mais il ne faut pas croire que leur pays iïit peuplé et cultivé aux ii", 13' et i5* sièdes, comme nous le voyons maintenant. Je parle du comté d'aujourd'hui, car toute cette belle et grande partie de l'hé-
ritâge de nos anciens syres, quicomposemaintenantlcs bailliages de Si. Jean, de Cerlier, de Nidau, compris la ville et territoire de Btiren, Sienne et le pourtour du lac de ce nom, était alors déjà un beau et bon pays, couvert de châteaux, de bourgs, de villages et partant d'habitans.
Mais, pour ne parler ici que de notre pays limité ccmuoe nous le voyons à cette heure , on peut tenir pour certain que les coteaux qui bordent le lac, étaient la principale partie habitée au 1 2^ àècle, et qu'à l'ex.ception de quelques maisons êparseS, et de cabanes ou pauvres hôtelleries assises auprès de certains châteaux, bâtis sur les vieilles routes romaines pour la perception des péages et la sûreté des voyageurs, on peut dire que tout ce qui est montagne chez nous, était couvert de bois, et parlant que les deux ou trois chaînes du Jura que nous occupons, et les vallées qu'elles, forment, n'étaient que forêts pour la plupart, sauif'quelques lieux gras et bons terrains, d'oîi venait la dénomination si souvent employée àu.iS* siècle : dortùnus noi>i castri ad nigras montes. Xies défrichemens commencèrent dans le Val-de-Ruz au la" siècle> et de proche en proche ils s'étendirent de toutes^parts, et se sont tant. multipliés, que j'ai graod'peur que ce pays ne périsse uu jour par défaut de bois.
La très- excellente administration de nos anciens comtes, entre lesquels jeprends plaisir à distinguer prindpalement Ulrich IV, ayant encouragé les dé&ichemens par l'attrait des libertés et franchises , le peuple content et heureux, s'augmenta de long et de large; car lesbonsprincesfont fleurir leurs étals, tout comme
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les pères sages font p-ospérer leur famille. Mais ces halùtans du pays , ces sujets des anôens comtes de Neuchâtel, qu'étaient-ils? De qnd sort, de queUe condition et qualité jouissaienl-ils au regard de leur seigneur?
Originairement il y avait en ce pays deux sortes de sujets, les uns libres et les autres serfs; la première classe comprenait, outre les féotiers, les hcanmes royés ou royaux , qui étaient les gens de guerre toujours dévoués et prêts à courir aux armes : retirés chez eux ou en quelque autre lieu du domaine du seigneur pendant la paix , jouissant de diva*s avantages plus oo moins étendus, Ûs étaient réputés hommes libres, et leurs possessions, car ils pouvaient posséder, étaient exemptes de certaines chaînes; mais ils étaient obligés de marcher en guerre au premier et moindre signe. Telle est la véritable origine de nos nobles du tout vieux temps ; car il est à remarquer qu'en ces sièdes reculés où l'on était bien éloigné de penser à fabriquer des nobles sur parchemin ou papier, il n'y avait que les services en guerre qui procurassent la qualité et ccmdition d'homme hbre et capable de posséder, deux choses qui constituaient alors la grande distinction de cette première classe de sujets qu'on nomma dans la suite les nobles. Or, la plupart des terres et possesnons accordées à ces hommes royés ou libres, étaient proprement des fiefs, qu'ils tenaient à charge de certains devoirs, et singulièremait du service militaire, en telle sorte que c'était la personne de ces hommes royaux qui anoblissait leurs possessions devenues ^£e/â rwbles par eux, en vertu de leur condition d'hommes libres, la-
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quelle condition leur était acquise par les armes. Cela
est si rrai, que quelques-uns de nos anciens comtes acoensèroat, votre remirent à titre de fiefs des terres et des censires à des hommes non ro^ux ou roturiers, et que leur peracmne, non plus que ^s dits fiefs ne dednrent noblespour tout cela. Par ainsi doncc'étaitla condition de l'hcnniRe, c'est-à-dire sa profession militaire et ses services en guerre, qui imprimaient la distinction de liberté et de noblesse sur sa personne et sur ses biens-: à quoi on a suppléé dans ces derniers siècles par le cap ou lettres de capacité , autrement dites d'anobliss»ment, quand nos comtes ont cru être suffisamment hors de page, et en droit d'agir en souverains. On peut voir celte matière plus amplement déduite dans mes redierches sur la noblesse de oe pays.
Dans cette première classe des sujets qui compraiait leshconmes Ulnres, on peut ranger, car il ne vaut pas la peine d'en Ëûre classe à part, les moines et autres gens d'église qui surent toi^ours usez se tirer d'acre, partant posséder librement et se procurer le m«lieur, voire étendre leurs imimmités et prétendu» drmts , à tel^point que d'usurpations en usurpations ils s'aSranchir«nt de toutes <harges , et furent par le Sakt plus libres que les hommes royés.
La seccmde classe des sujets emlH^ssait le re^e des habitans, tous mortaillaUes dans l'origine, mais dont les conditions serviles, attachées soit à leurs'parsonnes, soit à. leurs terres^ étaient |^us ou moins pesantes, selon les &mitles, le lieu de leur demeure et autres circonstances, comme on peut le vcàr dans
le m^oire que j'envoyai à feu S. A^ S. en 1668, et qui contient avec le triste tableau de la primitive servitude, le réjouissant spectacle des afirancfaissemens successifs par lesquds les hatùtans de ce pajs, de serfs attachés à la glèbe qu'Us étaient pour la plupart , scmt devenus libres, irancs et heureux.
Toutefois, comme ces affi-anchissemens ne furent accordés ni également, ni à tous les sujets à la fois, vu l'inégalité de leur servitude primitive, les uns se trouvant plus chargés que les autres , il en résulta une troisième classe de laquelle la multitude d'abord séparée, se rapiH'ocha plus ou moins dans la suite; je veux parler des habitans des bourgs, qui les premiers acquirent de grands et beaux privilèges, en tel point que la qualité des bourgeois de Neudiàtel était en grand relief dans le paj's, presqu'à l'égal de celle d'homme royé, tant au regard de la liberté qu'à cause du droit d'armes et de bandière. Telle fut l'origine commune des droits municipaux des villes en Suisse, ce qu'on nommait droit de bourg ou de bourgeoisie , alors en grand homieur. Dan^ la suite, à l'exemple de la ville de Neucfaâtel, le bourg de Neureux, celui de Boudry, comme aussi la plupartdes communes de la campagne, obtinrent successivement de la sagesse et grande habileté de nos cmntes des privilèges et affi-anchissemens plus ou moins étendus; et les seigneurs de Valan^n, premiers vassaux, des comtes de Neuchâtel , furent assez sages pour en user de la même manière, tant en leur bourg qu'à la campagne. Ainsi prit naissance et s'accrut la florissante prospérité de ce petit pays, sur
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kiqaelle matière je renroye à mon susdit mémoire de 1668 (*).
Le même mémoire contient un tableau non moins agréable à considérer y et qui est le compagnon nécessaH« du précédent , je veux parler des commencemens et progrès de nos formes , tribunaux et Bgures de justice, qui durent indispensablement s'introduire avec le drtMt de propriété et l'abolition de la servitude. Et bien que nos lois et coutumes ne soient encore rédigées, et que la législation, grande et importante source du bonbeur public , se trouve bien arriérée chez nous, on ne peut voir qu'avec étonnement et plaisir comment l'administration delà justice, au regard du rit j.udiciaire et de la procédure, s'est établie, accrue et perfectionnée en ce pays, tellement qu'on peut dire avec vérité que tant pour la brièveté du vidange qu'au regard de diverses bonnes règles, les choses sont ici en bien meilleur point qu'en France et en plusieurs autres pays de ma connaissance : car, pour bien juger de l'état présent des choses, il fout considérer celui d'où dles sont sorties.
Or , selon l'épouvantable mode féodal , nos anciens sires étaient seuls les justiciers de leurs sujets immé-
(■) L'^taUiuemeiU des ajonicipalité» et de* communes mina par dégrès le pouvoir des grands et des conquérans. D'abord épane et disséminée, entourée de soldais turbnlens et de laboureurs esclaves, la classe qni vit de travail et d'industrie, s'accmt bientôt au sein du bonrg , et «He (ravrit dans ion sein un refuge an noble qui sonbaitait de jouir en paix et au serf qui ne voulait plus de maitre. Alors le nom de bourgeois n'était pas seulement un signe de liberté, mais un titre d'honneur; car il exprimait i la fois les idées de franchises personneHei et de participation ^ la souveraineté ntnaicipak. B-
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diate, comme les vassaux seîgnem's de Valangïn, de Rochefort, Vaumarcus, Colombier, Gorgier etc., l'étaient des leurs. La volonté du seigneur était la loi supr^ne qui râlait toutes choses chez un peuple serf; mais à mesure que les premiers rayons de la liberté commencèrent à luire sur quelques parties de ce pays dans le iS^ siècle, et qu'svecelle s'introduisit la projH-iété, les contestations litigieuses durent nécessairement se multiplier. Il:faUut des juges; ilyen eut d'abord de fixes en quelques lieux , comme à Neuchâtd dès l'an i2i4»àNeurenxdè3ran 1260, etc. Ala campagne, le comte en envoyait ici et là pour vui<fanger les difficultés y ce qu'on nomma tenir le plaid, les assises. Nous apprenons par le <^noine Baillods qu'au i5' siècle d^à, ces juges ambulans étaient ordinairement deux ou bien trois chanoines, et autant de notables bourgeois ou conseillers de la ville de Neudiàtel sous la présidence d'un oQtcîer du chaslel, écayer, derc ou conseUler de monseigneur oa de son excellence, et que là où il y avait un seigneur du lieu, c'était ordinairement le dit seigneur qui présidait aux assises. Insensiblement les contestations devinrent |dus importantes; le comte, les seigneurs vassaux, les hommes royaux, les gens d'église eurent des intérêts à démêler avec gens devenus plus ou moins libres et propriétaires, de mortaillables et sans propriétés qu'ils étaient auparavant. Ni les justices locales pour les endroits qui en avaient, ni lesjoges ambulans pour le reste du pays ne parurent suflisans, vu les cas de grande valeur et de conséquence qui se présentèrent. Les vassaux en particulier ne voyaient pas de bon œil ces juges mi-parti
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chanoines et justiciers bourgeois, ce qui donoa lieu au 1 3" siècle déjà, de fcnrmer Ain trU)UBal supérieur et suprémeauquelilftitlilH^d'enappeler, qu^on nomma d'abord grands piaids ou plaids de mai, ensuite grands jours , audiences générales et quelquefois troisétats , laquelle dernière dénomination il ne faut pas confondre arec le tribunal d'aujourd'hui ci-après mentionné. Et, bien que le mode primitif de cet ancien tribunal suprême ne nous soit pas connu , on sait du moins que là siégèrent : i ° le prévôt du chapitre avec les chanoines gradués ; a° les principaux vassaux ; S* des justiciers et conseillers bourgeois de Neuc^tel , formant ainsi les trois ordres du d«rgé, de la noblesse et d u tiers-état , toutefois avec cette difi^rence entre les trois («"dres que celui de la noblesse j était le plus nombreux. Dans les commenc^nens, les comtes de Neucbàtel présidèrent en personne au susdit tribunal suprême , et comme en ces assemblées il fut tout d'abord pratiquéde&iredesremontrancesau seigneur comte sur tel ou tel abus à corriger, ou tel autre objet d'utilité publique, par là prirent naissance les anciennes ordonnances et décrétales, origine de notre législation actuelle. Mais l'assemblée de ce tribunal n'étant pas fixe, et sa convocation qui dépendait de la volonté du seigneur, n'étant assez fréquente, les affaires litigieuses en aj^l restaient siu-sises, ce qui donna lieu au 1 5' siècle à former un tribunal intermédiaire composé de quatre chanoines, quatre vassaux et quatre bourgeois, qu'on nomma ks trots-étals ou plaid de mai proprement dits , parce que ee tribunal devait s'assembler chaque année durant ce mois, d'abord avec
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-4fllimitation d'autorité au regard de la nature des causes qu'il pouvait juger .en dernira- ressort, puis en i565 les audiences générales s^itirent la nécessité d'étendre l'autorité des jugement des trois-états, et ne se réservèrent que la connaissance des causes en matière de fonds. Enfin en 1618, les audiences générales remirent toute judicature souveraine aux dits tr<MSétats, etnese réservèrent que la législation, de laquelle les dits trois-états se sont mis en possession de nos jours, vu que les audiences- générales n'ont jdus été convoquées, sur tout quoi on peut voir ce que j'ai déjà dit en passant en la première partie, et plus singulièrement les particularités déduites en mon mémoire de l'an 1668 sus-mentionné.
Au regard des matières féodales, il est certain que nos sjres s'en sont conservé long-lemps la connaissance et jugement, d'alxa-d à eux seuls, ensuite conjointement avec les pairs de cour, comme on les appelait , et qui étaient au c<KnmencemeD t les seuls grands vassaux ou seigneurs de jurisdiction. Dans la suite, y furent admis les autres tenant-^efs nobles ; sur lequel tribunal des pairs de cour nous n'avons rien de |dus ancien en nos pauvres archives que la procédure contre Pierre d'Estavayer de l'an i336. Mais le manuscrit du chanoine Jacques Baillods indique poùtirement ce que je viens de dire parcertains faits et documens qu'il cite, bien antérieurs à Pierre d'Estavayer : laquelle cour féodale a perduinsensihlement sa prérogative par faute d'attention de nos comtes et princes ou de leurs gens, et aussi par la négligence des vassaux qui laissèrent les
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audiences et états s'emparer doucement des causes dont primitivement les pairs étaient seuls juges.
Quant à la justice criminelle, il parait qu'elle a toujoursété exercée cliez nous seloD le mode impérial usitéà peu près également en tous les pays relevant autrefois de l'empire. Frimitirement ^le se tenait au nom et de par l'empereur; mais, depuis que nos comtes ont agi en souverains, la dite justice criminelle s'est exercée en leiu* nom, toutefois en retenant le mode des ordonnances impériales de Charles V, non comme lois de l'état, mais comme une lumière servant à éclairer le sentiment intérieur, ce qui fait qu'en certains cas et en divers lieux de la Suisse, la justice criminelle conserve la dénomination de justice impériale.
Il ne sera pas inutile de joindre à ce discours et avant -propos une observation qui me dispensera de m'y arrêter dans la suite de cet écrit. Il s'agit du titre de Domimis et de celui de DomiceUus, desquels il est bon d'avoir ime juste idée, pour éviter de tomber en erreur par les quiproquo de certains écrivains. Ces titres rendus en langue romande ou romane, dominus par le mot monsieur, et domicellus par celui de domzel, ont éprouvé successivemenlungrand changementelabaissementdesignifîcation. Et, pour ne parler ici que de notre Suisse romane ou romande, j'observerai que le titre dominus, donné dans les actes latins aux grands seigneurs du premier et du second rang, était rendu en langage roman par le titre de monsegnour, qui devint monseigneur, ou mon sjrre, qui devint monsieur. Tour tefois au i4" siècle déjà, on remarque une distinction et différence entre ces qualifications, en ce que le sei-
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gneur domioant est appelé monseàgoeur, et que le vassal tenant fief SCTvant est appelé ntonâeur. C'est ce que nous voyons en plusieurs actes de ce pays, qui disent monsieur de Yalaugin, monsieur de Rochefort, de Colombier, etc., en même temps que le syre comte de ISeur châtel est titré de monseigneur, monseigneur, et enfin de monseigneur et d'excellence. Le titre de sieur était si bien la qualification des vassaux-liges, qu'encore aujourd'hui plusieursanciens nobles de Bourgogne, d'Auvergne et de Dauphiné aflectent de se dire sieurs de la terre dont ils tirent leurs noms. Certes, les choses ont bien changé ici comme ailleurs; aujourd'hui on appelle monsieur tout homme qui a de l'argent, et sieur celui qui n'en a guères. On dit qu'en Espace et en Italie les titres de seigneur et d'excellence sont communs aux grands et aux petits.
Far domicellus (en langa^ roman domizel, damoiseau et aifin domzel), on entendait autrefois un seigneur féotier ou vassal quelconque; c'était le titre qui exprimait sa vassalité et relevance au regard du seigneur dcHuinant, dominus; en telie sorte qu'un grand seigneur fëotier du premier ou secondrangétait domicellus au regard de son seigneur dominant, doraînus, etse trouvait en même temps , lui aussi , dûminus au regard des féotiers et vassaux qui, relevant de lui, étaient ses domicelli. Par ainsi on ne doit s'étonna qu'en l'acte passé en 1218 entre Ulrich de Neuchàtel, coseigneur et administrateur du comté en la minorité de son neveu Berthold !"■ d'une part, et Gérard de Vienne, baron deGrandson, d'autre part, par lequel acte le r^nt échangea tant habilement, pour d'autant mieux ap-
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rondir le comté, le» terres à lui baillées par le recteur BertholdV,ducdeZehringen, et situées enBourgogne, contre le Vaux -Travers, les Verrières et la Brévine qui disaient partie de ta baronnie de Grandson , on ne doit s'ét(Miner, dis-je, que Jean de Châlous dit le Sage^dùquelrekTaientOrbeetGrandson, donnant son coDsenteoient au dit échange, intitulé Ulrich l'oncle et Berthold le nereu domicelli, conjuni^m domini Novi- Castri ad nigras .Riras, vu qu'en effet ils devenaient dumïcelH de Jean de Cfaâlons quant à leur vassalité et relevance poiu- le Vaux-Travers, et qu'ils étaient en même temps donùni de Neuchàtel, tout comine le dit Jean le Sage l'était de Châlons. Une autre preuve pareille se tire de l'acte passé à Lausanne aux ides de septembre 138S, ensuite de la âcheuse nécessité en laquelle se trouva notre comte Rollin ou Rodolphe V, de remettre son comté es mains de l'empereur Rodolphe I" qui en invétit Jean II de Chàlons, lequel Jean de Châlons le rendit aussitôt et le remit en arrière-fief à noire dit comte RoUin, ainsi que je l'ai plus amplement déduit en la pranière partie. Or, Guillaume, évêque de Lausanne, choisi pour être exécuteur des conditions stipulées, intitule le comte Ko]lianoèilis dotnicellusKoMaus, dominus de Novo Castro super lacmn, lesquelles deux significations deviennent fort întelligiblesj ce me semble, par l'explication qui précède : à quoi j'ajoute que le titre de domicellus iîit aussi anciennement la qualification des enfans d'un grand sei~ gneur, et indiqua long-lemps les mâles d'une branche cadette d'une grande maison, soit qu'ils eussent des apanages relevant du chesaul, soit qu'ils ne fussent pas
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vassaux. Ce fut ainsi que les mâlesdesbranchescoUaté' raies du chesaul de Neuchàtel furent anciennement titrés domic^us, domizel et enfin domzel. Cetitrededomzel s'étendait déjà au i4' siècle sur les nobles attachés à la personne de nos comtes, et eu ofiîce dans leurs maisons, ce qui arriva pareillement chez nos voisins, car j'ai vu divers anciens actes du pays de Vaud portant ces mots : domzel de Savoie, domzel de Vaud, de Ro-' mont, de Gruyères, en parlant non. des personnages issus des dites maisons, mais des nobles, leurs serviteurs. Far la suite, le titre de domzel devint commun à tous les nobles, et en place de dire noble un tel, comme on le pratique aujourd'hui, on disait 4^m2«/ un tel, ou bien un tel domzel, ce qui se (xatiquait encore au 16° ^ècle. On trouvera dans mes recherches sur la noblesse de ce pays et sur le chapitre de Ne»châtel, comme aussi sur diverses familles, j^nsieors preuves à ce sujet.
Bien que j'aie dqà parlé plus hiuit des hommes royés ou royaux, il convient d'en dire encore un mot en cet avant-propos destiné à jeta* de la lunùère sur la nature et la dénomination des choses anciennes que j'entreprends de déduire ou plutât d'indiquer sommairement. Une fois connues par explications préliminaires, il ne sera besoin d'y revenir et de couper mon fil par des commentaires sur les usages du vieux temps.
Ces hommes royés ou royaux, domieiiiés que de çà que de là dans le pays, étaient les gens de guerre jffoprement dits de nos anciens comtes, et avaient pour principal officier le baron ou seigneur féotier du district dans lequel chacun d'eux faisait sa demeure. Sitôt
qu'un fi^tier en était requis par le haut baron notre comte, il conduisait en guerre tous les hommes royaux de son district, et alors ceux-ci, suivant les occurrences et selon l'ordre qu'ils en recevaient, choisissaient parmi les jeunes serfs du district un ou plusieurs jeunes hommes robustes qui les suivaient en guerre; et, sons la dénomination de viUams, ils étaient employés aux travaux pénibles et serviles, parfois aussi à guerroyer dans le besoin, mais avec armure et charge non pareilles à ceUe des hommes royaux, réputés les seuls vrais gens dormes. Le mot villain ne signifiait autre chose que l'habitant serf d'un village ou hameau; car dans notre petite Bourgogne ou Suisse romane, on distinguait par le nom de bourgs les lieux considérables enceints de murailles et jouissant de certains droits de cité , et par le nom de ville ce que nous nommons aujourd'hui village. Ainsi le mot villain était autrefois à viUe ce que le mot villageois est à cette heure à village. Il ne faut donc s'étonner si les rois de Bourgogne et les empereurs allemands, leurs successeurs, eurent tant de soin de se réserver les hommes royaux, lOTsqu'ils concédèrent des fiefs aux seigneurs du premier rang, les hauts barons, et si ceux-ci se réservaient semblables devoirs de lem-s féotiers ou petits barons relevant d'eux , vu qu'il n'y avait alors nulle autre soldatesque, nulle autre armée, et qu'elle ne coûtait ni solde ni entretien. Car tant les hauts que les petits barons, tant les hommes royaux que les villaîns, vivaient aux dépens de la pauvre contrée en laquelle ils se trouvaient, amis ou ennemis. Partant, et ensuite des dits devoirs féodaux , il résultai t que tout haut baron
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dans notre Helvétie ocddentale ou petite et transjurane Bourgogne, était obligé, sur l'ordre du suzerain, et sous peine d'être traité comme félon, de monter à cheval par devoir de chevauchée, et de marcher à la tête de ses féotiers et petits barons qui amenaient avec eux tous les hommes royaux de leurs districts respectifs, avec ou sans villaius, selon l'occurrence ou besoin. J'observe en passant que le mot baron signifiait en vieux langage celtique homme fort ou qui a force en mains (*). Aussi ces gens-^ firent-ils si mauvais usage de leurs ft»'ces durant cette longue et misérable administration féodale, qu'il n'y eut certes jamais rien de pire sur la tttre. /
Tel était originairement le mode des gens de guerre en ce pays; mais, à mesure que nos comtes furent assez sages pour afiranchir de la main-morte leurs sujets que deçà que delà, les uns après les autres, tous ces mortaillables qui auparavant ne marchaient en guerre qu'en qualité de viUains et presque comme bêles de somme, une fois aSranchis et libres, devinrent non des hommes royaux, mais hommes d'armes, toujours [wêts à suivre la bandière du seigneur comte, sous le nom de bons homm£s, et sous la conduite du capitan du district, lequel capitan était en même temps castellan ou mayor, c'est-à-dire qu'en vertu de son autorité militaire il était chef de l'autorité civile en son district appelé pourprinse.
(*) BOron ou ber signifiait limplemeDt dans l'idiftme hiâeique rni hoime. Le mot (euloniqne tar D'avait originairement d'autre sigiiificatioii que cdle du mot latin vir. On lit dans \e» lois des Francs : (an banrum quam fcm'mam, et dans celles des Lombard» ; slqiùs homicidium pirjKtraverU in iorone Utero fel strva. (IJt. l", *. 9.) N/dw éd.
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Et, quand bien je ne suis homme de guerre, n'ayant oncques touché aux armes sinon es bordes et jeux d'arbalète ou mousquet, je ne puis quitter cette matière sans remarquer avec chagrin, comme ancien serviteur grandement attaché au bien de l'élat, que la milice ci-devant gouvernée et entretenue dans ce pays aussi soigneusementqu'entousautres lieux de la Suisse, est bien déchue depuis la mort de S. A. S. Mgr. le fH-ioce Henri II notre tant bon souverain, tellement que c'est pitié de voir ces compagnies, naguères si belles, comme à l'abandon à cette heure. Plus d'assises ni de conseil de guerre, plus de tournées d'întendans de la milice : et ce mauvais exemple conduit les châtelains et maires, capitaines des vieilles bandes, à ne plus les parassemUer pour faire exercices et jeux de batailles. Et si certains capitaines des nouvelles compagnies ont encore un peu de cœur à l'ouvrage, la négligence et paresse de ceux-là rendra bientôt ceux-ci semblables, et finalement il n'y aura plus dans l'état ni bonnes armes, ni gens capables de s'en servir au besoin. Toutefois la milice est, à mon avis, un article bien important chez nous, soit en politique externe , soit en politique interne, ainsi que je l'ai déjà dit et représenté plusieurs fois durant les dernières années que j'ai assisté en conseil.
En politique externe, il est facile de comprendre premièrement qu'il nous convient de penser et agir sans cesse, autant qu'il nous est possible, ainsi et comme les autres états de la Suisse, dans toutes les choses qui sont usages et coutumes de nation, afin de tant mieux nous montrer dignes d'être toujours regardés comme
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membres de la grande et tant bonne iàmille. Secondement, il est également facile de comprendre que les cantons avec lesquels nous avons alliance et combourgeoisie, ont juste droit et raison de s'attendre que nous nous tenons toujours en bon état de leur fournir aide et secours d'hommes que nous leur devons en cas requis, et certes ne faut-il se dissimuler que ce fiit pour cela seulement qu'Us firent alliance avec ce pays. S" Ne serait-ce pas grand dommage de perdre la bonne famé que nos gens ont acquise parmi les autres Suisses, tant en la guerre de Bourgogne et autres du vieux temjis que de nos jours, en celle des paysans, oiinos compagnies se firent tant d'honneur, qu'il m'en fiit beaucoup parlé à Berne peu d'années après par des principaux, qui louangèrent grandement nos compagnies, disant qu'elles avaient été en bon exemple aux leurs pour la discipline et le courage, et que Sigismond Tribolet qui commandait nos gens, s'étaut rué sur le dos des rébelles, là où se trouvait leur chef Leuwenberger,, l'avait saisi au corps et terrassé, si bien que par sa vaillance et force non-pareilles, il avait mérité d'être inscrit au nombre des sauveurs de la république.
Il me semble également qu'en bonne politique interne, on aurait du soigneusement conserver en vigueur, ainsi qu'on l'avait toujours pratiqué jusques à ces derniers temps, les sages ordonnances données autrefois à la mUice. Car en un gouvernement de forme mixte, comme le nôtre, dont l'autorité est tant mitigée et raccourcie, voire souvent garottée par les droits et ft-anchises populaires, il ne peut y avoir, à mon avis, entre les mains de l'administration meilleur instrument
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que celui-là pour conserver de long et de large chez nos gens une juste idée d'obéissance et soumission , vu que ta milice comprend tous les hommes du pays, honnis seulement les bourgtois re^és sous la bandière de la ville. Or, toussansdîstinctîon, tant sujets de l'élat qu'étrangers y domiciliés, étant accoutumés de temps immémorial aux dits sévères statuts de guerre, il n'y avait qu'utilité politique à tenir ainsi jeunes et vieux en la bonne habitude de se ranger en armes douze fois l'an, et d'ohéir promptement et en silence àtous et tels commandemens de leurs officiers, sous peine d'être châtiés par amende ou autrement, sans nul délai, au sçu et vu de toute la bande. Quand on connfdt un peu nos gens, principalement ceux de Valangin, on comprend assez que telle école leur est toute bonne. Un peuple libre ne peut être trop souvent rendu souvenant qu'il y a au-dessus de lui une autorité et des gens pour la faire valoir. Partant ceux-là qui tiennent l'aviron, devraient avoir soin de conserver, voire augmenta* les outils du bon ordre, et non les laisser tomber de leurs mains; car la vue des choses bien ordonnées et tenues en vigueur plaît à la multitude bien plus qu'on ne croit, et la dispose à aimer et respecter l'autorité, tout comme la vue contraire n'engendre que mépris envers les conducteurs et n'amène que licence et coniusion. Par ainsi, quand cette raison de politique interne serait la seule, elle me semblerait déjà bastante pour ne voir qu'avec chagrin l'institution de la milice toute délaissée.
Certain est-il que les ordonnances de guerre de nos comtes de la troisième race, Rodolphe et Philippe de
Baden au i5' siècle, témoignent la sagesse de leur administration et la suffisance de leurs serviteurs. Elles furent renouvelées, mêmement ampl^ées en i634i ** naguères encore elles étaient en louable viguenr; mais cette corde s'en va toute relâchée, ainsi que diverses autres à cette heure oàl la plupart song^it bien plus à leur profit particulier qu'au bien de l'état, tellement que par ce mauyais train l'autorité seigneuriale éprouve jour par jour de rudes secousses, vu que ceux-là qui devraient la soutenir par devoir et sermenl, ne sont occupés q^'à se soutenir eux-mêmes ou à renverser les autres.
Enfin j'observerai de raém&par avance, et pour n'y pas revenir, que l'ancienne comté ou seigneurie dejlassemhourg, qui faisait partie du domaine de nos an-^ ciens et premiers comtes connus,, le bornait dans le Jura auseptentrion et levant. Elle est maintenant comprise dans l'évéché de Bâle par donation deBurckard de Neuchâtel, évéque du dit Bâle au ïi* siècle. On voit encore quelques ruines de l'ancien château deHassembonrg. La comté de ^Vk/ou ou iVidoîi;, et celui de Strasberg, autre partie du domaine de nos anciens syres, formaient proprement la comté de Fœms, Finets ou Fenu, qui comprenait la majeure partite des bailliages de St. Jean, Cerlier, Kidau el Biu-en d'aujourd'hui. LechâteaudeFœnis, grandetforl, étaitaumidilerantdeCerlier.Uenrestequelquesruines. Or, quand les branches cadettes , ou domicelli du chezaul de Neuchâtel, formèrent les maisons des comtes de Nidau et de Strasberg, les dites comtés consistaient, savoir la comté de Nidau, en la partie occidentale des baiUiaafes
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einlessos , et la comté de Strasberg en la partie orientale. Le ch&teaa de Strasberg était non loin de Bienne, SOT une colline où se voient encore quelques reliquats. Certains précédens articles d'observations me con* duisent par- voie naturdle vers une matière importante et fort curieuse. Le registre des chanoines, au repport de Jacques BaiUods, s'exprimait comme s'il n'y avait doute aucun que les comtes de Nidau et de Strasberg, cadets issus du chesaul ou maison de NeuchÂlel, et partant domicelli, ne relevassent originairement du dominus, comte de Neuchàtel, chef du chezaul, tout et ainsi ccanme le domicellus seigneur de Valangin, et les domicelli seigneurs de Vaulmarcus, Rochefort, Gortfier, Colwnbier, Connondrêche etc., tous descendans de Rodolphe II, dominus Novi Castri. Le chancelier Jean Hory manifeste le même sentiment dans un savant mémoire qu'il a laissé sur les droits anciens des comtes de Neuchàtel. Il fonde son opinion sur la nature de la chose et la doctrine féodale, persuadé qu'il était que dans les testamens et actes de partage de nos premiers comtes dont il ne reste mdle trace, la dite relevance, ou tout ou moins le droit formel de retour, a été chose bien réservée à là primogéniture. Selon lui , il,y a droit et raison de présumer les termes et conditions des premiers partages entre les en£ins de Neuchâtel dont les titres sont praxlus, par les termes et conditions d«s partages subséquens de la même maison, dont les titres nous sont connus, partant que les domicelli de Neuchâtel, comtes de Nidau et de Strasberg , furent au regard de la branche aînée ce que nous savons par titres que furent, quarante ans après, les
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domiceUi seigneurs .de Rochefort, Vaolmarcus, Colomhier etc. Nous connaissons par titres que Berthold III, fils d'Ulrich il, eut à sa part la seigneurie de Yalangin , à charge d'hommage envers son frère aine Rodolphe, comte de Neuchâtel. Dès là, selon lui, il n'y a nulle aj^iarence que Mangold, le second des trois frères, ait eu à sa part les comtés de Nidau et de Stradïerg, sans aucune restriction ni réserve. Il trouve que le titre connu mi r^ard de Valangin nous éclaire sur le titre perdu au regard de Midau et de Strasbei^, vu qu'J s'agit de la même matière, des mêmes personnes, temps et lieux. Entre diverses autres allégations par lesquelles le chanceher Hory appuie son sentiment, il cite un fait, savoir que le comte Rodo^)he II, pour d'autant mieux feiire connaître qu'il était chef et syre du chezaul de Neuchàtel, et que ses frères, Mangold comte de Nidau et de Strasberg , et BerthoM seigneur de Yalangin relevaient de lui, voulait qu'ils ne retinssent qu'un pal en leur écu , |H^tendant continuer lui seul d'en porter trois, en sa qoalitéde comte de NeuehâteL (dominus), ce qui toutefois ne s'arrangea que long-temps après , sous Berthold II.
Je conviens que les raisons ci-dessus et plusieurs autres que le chanceher Hory discute en savant feudiste , sont fortes et de bon aloi. Toutefois on peut répliquer, ce me semble, i" que le cartulaire de l'évéché de Lausanne dit formellement, dumoinssi la notice qui m'en a été fournie est exacte, que Cuno de Neuchàtel , évéque du dit Lausanne, fonda au 1 1' siècle les abbayes de St.nJean et Cerlier sur les terres à lui échues en partage après la mort de sou père Ulrich I" , et qu'il
en remit l'arocatie et dominance à son frère Raoul ou Rodolphe, comte de Neuchâtel. Donc celui-ci n'avait pas auparavant la directe sur les dites terres^ car on ne donne pas à quelqu'un ce qu'il a déjà. I^e chancelier Hory T»^vîent cette objection en disant que cette remise de k part de. l'évêque Cuno regarde l'utile du fief servant, qui devait tout naturellement retourner à r^iné sire de Neuchâtd, vu que Cuno, cadet du chezaul, était dans l'église: armais, supposé qu'il en ait été ainsi quant à Cuno, troiâème fils d'Ulrich l",commeût accorder la dite dominance ou prért^tive du retour à la primogéniture attribuée au sjre de Neuchâtel dans les partages de famille, avec la donation que Burckard, évéque de Bàle, second fils du dît Ulrich I" fit à l'évêché de Bàle de sa comté ou seigneurie de Hassembourg qu'il avait eue en partage, voire en toute jh-opriété, comme le Êiit entendre un ancien manuscrit conservé à la bibliothèque de Bàle , et duquel le bourgmaître Wettsteinm'afourni autrefois bonnenote: comment, ^s-je, le comte Rodolphe l" soufitit-41 que son irère Burckard fît une semblable aliénation au préjudice de sa directe? Le chancelier Hory prévient aussi cette objection eu disant que nous ignorons ce qui a pu se passer à ce sujet, et les démarches par lesquelles Rodolphe a pu conserver son droit, quand bien les occurrencesne lui permirent peut-être pas d'empêcher le /ait. 3° L'histoire nous apprend de toutes parts qu'en ces temps-là les plus grands princes faisaient souvent des partages indépendans entre leurs enfàns; par ainsi un seigneur du Jura pouvait-il bien agir de même. 4" Au regard de la distinction d'armoiries, le dumoine
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Baillods dit simplement que- Rodolphe II chargea de trois chevrons d'argent chacun des trois pals de son écu, et que ses frères retinrent comme d'ancienneté. Il ajoute qae les enfens d'Ulrich IV, vers le milieu du tS* siècle, ruèrent entr'eux que tous porteraient d'or à lin seul pal de gueule, chargé de trois chevrons, lesquels seraient d'argent pour le comtede Neuchâtel, de sable pour le comte d'Arberg, seigneur de Valangin, et d'azurpour le comte de Pfi^u et de Cerlier: lequel changement d'armcnrïes (sans la vassalité du seigneur de Valangin qui né peutr-étre contestée ) me semblerait certes bien moins prouver la dominance et supériorité du comte de Neuchâtel qu'une simple marque servant à diSérencier inter pares les branches d'une même maison. Et, s'il est vrai que les anciens sjres de Neuchâtel portaient le même écu que les anciens rois de Bourgogne, ainsi' que l'assure le docte auteur des recherches héraldiques, il valait certes bien mieux conserver les vieilles armoiries comme reliques d'ancienneté royale que de les amoindrir par nouveautés. Toutefois, comme les susdites objections que je propose, ne me paraissent pas suffisantes pour détruire le sentiment susmentionné que je ne puis me dissimuler être le plus apparent, j'ai dessein d'examiner plus particulièrement, en un autre temps et^ieu, cette matière, laquelle pourrait bien un jour être mise en évidence) car, bien que chance ne soil pour nous, maintenant, la providence peut susciter telle tête et tels bras dans l'avenir, qui sauront revendiquer les bribes éparses de nos anciens syres.
Par toutes ces observations générales, j'ai eu dessein.
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fie jeter un peu de lumière snr les ténèbres des siècles d'ignorance et de suppléer par ce prélude au dé- Ëiut de titres et documens directs sur certains ptûnts mentionnés ci et là en passant, par les doctes AUemands, Suisses et Bourguignons. Comme je ne vois plus personne en ce pays qui prenne pkiar à connaître les choses du vieux temps, et que bientôt on n'en sam-a mot, il m'a semblé convenable de rédiger en ce présent écrit les diverses recherches et obserrations faites par quelques-uns de nos anciens intelligens et sages , auxquelles recherches je joins les miennes propres, afin que le tout demeure ensemble en un coin, et puisse quelque jour servir à ceux de nos aprèsvenants qui auront la louable curiosité de prendre connaissance de leur patrie et de Tenchalnure des causes qui l'ont amenée en l'état où nous la voyons maintenant; curiosité certes non assez commune chez nous, et que je recommande fort à mes fils; car c'est chose digne de pitié presqu'en tout pays, et surtout en celui-ci , de voir tant de gens assez instruits de l'histoire grecque et romaine, et très-ignares au regard de leur nation, et singulièrement de la contrée qu'ils habitent.
Quant à nos premiers comtes connus, du moins de nom, mon principal guide sera le manuscrit du chanoine Jacques Baillods , lequel tira ses annotations et remarques du cartulaire du chapitre et du registre historique des chanoines , ainsi que d'un tout vieux missd qu'il croyait avoir été baillé par la royne Bertke , alors de la fondation de l'église de Notre-Dame au lo' siècle. J'ai dqà fait mention [^us haut des dits anciens écrits.
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Le cartulaire du chapitre de Lausanne, duquel je me suis procuré les articles qui regardent ce pays , et les notes du Bourgmaitre Wettstein tirées du manuscrit conservé à Bâle, mentionné ci-dessus, et que j'estime être un ancien cartulaire de rérêché , me serviront de luminaires en plusieurs endroits, ainsi que lessavanles remarques du chancelier Jean Hory, lesquels écrits je garde précieusement en mes mains, à celle fin que les curieux paissent les consulter et comparer'avec ma notice.
Examinons maintenant ce que tels guides nous font apercevoir de plus clair et positif tant sur la filiation que sur les vies et règnes des anciens sires de Neuchâtel.
FREBIIQIE RACE.