VUI
r^on^re au veeu de la portion ëclairée de la population quiadéjàdéceméà cet écritleséU^es qu'il mérite. Un sens fin et délicat, un style nerveux, souvent épigrammatique, de la naïveté, des opinions pc^itiques remarquables pour l'époque où ell^ ûirept exprimées, tel^ sont les qualités qui distinguent cet ouvrage , où l'on trouve en même temps , il Jàut bien l'avouer , des négligences et d'inutiles redites. Qu'on nous permette de citer à Fa^^i de ce que nous venons de dire , un fragment des Mémoires qui peint au mieux l'esprit de l'^iteur. » On sait » assez que sous le numstrueux régime féodal, » un certain nombre d'hommes, à savoir les u gens d'armes et ceux d'église, traitaient la » multitude de^ hommes, leurs semjjables, M comme vraies bêtes de somme ; toutef(HS les M uns et les autres étaient chrétiens ou soi-di- M sant. Ypire les prjbcipïuix prêtres de l'église » du Seigneur, évéques ou abbés, n'étaient les » dernier^ en ce méchant ménage, agissant la » plupart, Donen pasteurs, maisenloups.Par- » tant, cette première lueur de liberté, toute il fa^hle encore, que fit apparoir le sage Ul- » rich II, est un réjouissant spectacle pour » l'homme de bien, tu qu'il aime tous les hon^
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» mes, parce qa'il les regarde tous comme ses » irères. Ces premiers signes d'affranchisse-p M méat font assez connaître la pesante servitude » qui accablait alors les habitans de la ville, M tons m<H*taiUables , sauf, bien entendu, les » h(mmiesroyesetlesgeDsd'église,deuKeIaase8 » qui jmiissaient seules de la prérogative hu- » maine. Or, si telle était la c(mdition de ceux « de la ville , on peut jnger de cdle des habitans M de la «unpagne, pauvres malheureux dont le H sort était bien nsinns propice que cdui des » palefrois de leurs tyrans. Ou a peine à se per- M suader qu'en k majeure partie de notre Euu rope, ijui touteiais se disait chrétienne, des M hommes aient pu dégrader à tel point d'autres » hommes, et que l'ordre naturel des choses » soit restiéainntotalemeirt bouleversé, durant X tant de ùèdes, par la tyrannie féodale, au a n^pris de la confraternité érangâique , de la B vidooté du créateur et des droits de la créait ture. » Gela n'a pas besoin de commentaire : une telle manière de penser fait honneur au caractère personnel de l'auteur, et elle prouve le degré de d viltsation auqud notre pays était parvenu, il y a i5o tais.
Les Mànoires sont divisés en deux parties.
■(f Ce n'est ici le lieu , » dit l'auteur en commençant, «oîij'ai dessein desuivre la filiationgénéa- » logique et la succession des différentes races » de nos sires, matière qui formera la seconde H partie de cet écrit, et qui contiendra l'indi- » cation sommaire des choses principales qui se » sont passées sous chaque règne. Cette pren mière partie est destinée principalement à n suivre des yeux, autant que la chose est pos- M sible , le sort politique et seigneurial de nos » sires, long -temps vassaux considérables et » immédiats des rois de Bourgogne, et partant )i seigneurs du premier rang, duquel ils déi> churent par la rigueur des occurrences sur » la fin du treizième siècle , pour enfin se rele- » ver et se maintenir seuls au milieu de l'écra- » sèment général de tous les grands seigneurs )) de la Suisse , voire devenir princes souverains » par la grâce de Dieu, tels qu'ils le sont de- » puis 200 ans, chose bien singulière, et certes » toute remarquable. »
La seconde partie de l'ouvrage commence par une dissertation préliminaire assez connue sur l'existence de Noïdenolex et le lieu oïi cette ville était située, sur l'église collégiale de Notre- Damie de îïeuchàtel et ses fondateurs , sur L'ori-
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gine de plusieurs de nos institutions civiles et politiques, et sur les rapports que soutenaient les anciens seigneurs arec leurs sujets. Après quoi y l'auteur entre dans le détail des actes de Tadministration des comtes ou princes de Neuchâtel, et il fait le résumé des érénemens les plus importans de l'histoire de notre canton. Malheureusfsment l'écrivain , après être arrivé dans cette seconde partie au comte Jean de la maison deFriboui^ en Brisgau, termine là son ouvrage. On peut, il est vrai, suppléera cette lacune au moyen des documens renfermés dans la première partie ; mais il n'en est pas moins vrai que le brusque silence de l'auteur nous a privés d'une quantité de faits qu'il eût été intéressant de connaître.
Entrons maintenant dansquelquesdétailssur tes drconstances de la vie de l'homme dont nous publions l'ouvrage.
Georges de Montmollin naquit en 1628. Son père, Jonas Montmollin, receveur de Yalangin, avait épousé Marguerite Petitpierre, et son grand-père paternel , Ueutenant et maîtrebourgeois de Neuchâtel, avait épousé Marguerite , sœur de David Favarger, alors procureurgénéral et depuis maire de Neuchâtel.
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Soo père Tenroya à Bâle pour y commencer ses études : il fit ensuite sa philosophie à Orange et son droit à Orléans, oîi il iiit nommé l'un des mitres de la bibliothèque, et oîi il reçut son diplôme de docteur. Il acheva ses études à Paris ; il y fréquenta le palais , et en rapporta , selon un contouporain, de belles connaissances j principalement dit droit , de la politique, de l'histoire et de la géographie.
Il épousa en i65x Elisabeth Guy, qui lui apporta une fortune coiuidérable.
Ensuite il entra dans le Conseil des Quarante , et il fut envoyé à Berne lors de la guerre des paysans, dans cette guerre oii, comme il le dit lui-même , nos compagnies se firent beaucoup d'honneur, et oit « Sigismond Trib(Jet » qui onnmandait nos gens, s' étant rué sur te » gros des rebelles, là ob se trouvait leur chef » Leuwenberger, l'avait saisi au corps et ter- » rassé , si bien que par sa vaillance et force y* non -pareilles, il avait mérité d'être inscrit » au nombre des sauveurs de la république. »
Georges de Hontmollin était depuis un an monbre du Conseil des Quarante, lorsqu'il lut nommé à la recette de Yalangin. Le brevet de procureur - général lui fiit accordé en i655,
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d'abord pour un an , ensuite pour un temps illimité. IlfutanoUien 1657, etavecluisesquatre frères , Guillaume , qui Ait depuis doyen de la Classe*, Jean, qui devint trésorier - général ; Henri, receveur de Valangin, et Jonas^ reœveur de Colombier.
Il était chancelier depuis l'année 1661, lors> que le duc de LongueviUe s' étant rendu à Neuchâtel pour renaettre la souveraineté du pays îi son frère, le comte de St.-Pol, il fat chargé d'expliquer les intentions de S. À. devant les corps de rétat assamUés à cet effet.
£n 1673, il fut mandé par la duchesse de LfH^eville à Paris, et il n'en revint que l'année suivante. Sn ans plus tard, il lut destitué de ses fonctions , ainsi que son frère le trésorier et le gouverneur d'Aiiy , par M"" la duchesse de Nemours qui était devenue curatrice de l'abbé d'C^léans. £n 1683, les trois fonctionnaires publics furent réintégrés dans leurs emplois par les prince de Ctmti et duc d'Ënghieh, qui avaient remplacé dans la curatelle la duchesse de Nemours.
S'il est vrai que la loyauté, la franchise, la sévérité de principes soient souvent des motifs de destituti6n, on conçoit que le chancelier de
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Montmollin ait été exposé à pareil sort. I) est impossible de lire ses Mémoires, sans se convaincre que leur auteur devait être un homme plein de franchise et de bonne foi. L'anecdote suivante, extraite de la première partie de l'ouvrage, vient déjà à l'appui de cette assertion. « On me pardonnera, » dit-il, « ce despectueux » langage de ma fâcherie (à l'égard de l'admi- ») nistration de la maison d'Orléans), quand j'a> » jouterai que parlant de ces choses avec la prin- » cesse défunte en son château de Trye, un jour » que nous étions seuls dans les jardins, il m'é- » chappa dans la vivacité du discours, d'appeler » ces fâcheux temps des règnes d'étoumeauoci » de quoi lui ayant demandé humblement par- » don, elle se prit à rire de bon cœur, et api> puyant sa belle main sur mon bras, cette » charmante princesse me dit ces propres pa- » rôles : M. le chancelier^ je -vois qu'au temps » passé les étoumeaux étaient aussi communs » en France qu'ils le sont de nos Jours .je vous » prie de me parler souvent des vieilles fautes » et de vous bien fâcher; c'est le moyen de » me faire sage.
Nous avons déjà vu que le chancelier ne fut pas toujours traité avec tant de doliceur. En
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1693 , il fut de nouveau dépossédé de soa emploi. Il paraît que cette destitution reposait sur les deux motifs suivans, Fun que M. de MontmolUn avait placé trois de ses fils au service du roi Guillaume, chef de la ligue qui s'était formée contre Iiouis XIV 5 le second , qu'il n'avait point voulu adhérer au projet de faire passer le pays de Neuchàtel dans les mains du duc de Chartres ou du duc du Maine.
Il rentra dès lors dans la condition privée, et i! y resta jusqu'à sa mort arrivée en 1703. Quatre ans plus tard, le 3 novembre 1707, il aurait pu voir se réaliser le plan qu'il avait conçu , et auquel la principauté a dû un si grand nombre d'années de paix et de bien-être.
Ceux de ses enfans qui vivaient au moment de son décès , sont : Marguerite , mariée au trésorier P. Chambrierj François, lieutenant-colonel en Hollande , qui fut tué a Hœchstaedt l'année suivante , et Jean-Henri , major en Hollande , qui épousa dès-lors Barbe , fille du pasteur Jean-Frédéric OsterwaW.
Avant de terminer cette préface , nous devons prévenir le lecteur que le manuscrit d'après lequel cet ouvrage a été imprimé , porte
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le^ titre suivant : Notice du comté de Neuchâtel en Suisse, rious avons substitué le mot de Mémoires j parce que c'est aous ce titre que l'ouvrage est depuis long-temps connu du public.
P. ET P., ÉDITEVBS.
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