AVANT-PROPOS
Les recherches que je ius obhgé de ikire en i664> pour me mettre en état de satis&ire et répondre aux cinq grandes et importantes questions de droit pubhc, proposées par feue S. A. S. M"* la princesse, mère curatrice, et l'honneur qu'elle me fît quinze ans après, en me demandant mon sentiment touchant le droit que le souverain pouvait avoir sur la (erre de Gorgier et le fief de DeirièrfrMouIin, par le décès de Jacques- François de Neuchàtel, dernier mâle de cette maison, qui venait de mourir à Paris en 1678, me conduisirent à fouiller partout au-dedans et au-dehors de l'état. Après avoir tenu et bien examiné le peu de titres et documens ancien?, qui se trouvent encore au trésor des Chartres et archives de la seigneurie, a[vès avoir parcouru tous les registres du conseil d'état, ceux des audiences générales et des trois-états, je cherchai des lumières en divers lieux de la Suisse, en Franche-Comté, mèmement chez certains particuliers du pays qui pouvaient me foiu-nir des documens et papiers, en sup-
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plément des archives si désordonnément spoliées. Muni, auunt que je pus l'être si fort à la hâte, je composai , mes consultations desquelles plusieurs persoimes ont pris copie.
Celle de 1679, tendant à examiner s'il y avait ouvertureà retour, au regard des fiefs de Gorgier et de Derrière-Moulin, me força, pour ainsi dire, à la composition de mon traité sommaire des fiefs de Vétat, écrit qui me parut {«"opre à jeter un peu de lumière sur l'objet que j'avais ordre d'éclaircîr , et qui me fit apercevoir combien ce pays est dénué de règles et de formes fixes sur les matières féodales; par tous lesquels susdits travaux et écrits, on peut fitcilement croire que j'ai eu bonne occasion de prendre quelque connaissance de la nature et de l'essence de la seigneurie de ce comté, des révolutions en bien et en mal arrivées en icelle, de la prérogative seigneuriale^ des dififérentes maisons qui ont dominé successivement ce pays, des événemens notables, des formes, des droits et pouvoirs constitutifs , de l'origine et nature des principaux offices de l'état, du chapitre de Notre- Dame, des nobles du pays, etc.
Ayant eu l'habitude toute ma vie de mettre par écrit les choses qui venaient à ma connaissance, je puis fecilement rédiger mes remarques, maintenant que M"^ de Nemours, sœur curatriced'à présent, me laisse du loisir, m'ayant destitué de mes charges, en récompense de mes longs services; son bon plaisir soit fait.
Le maître-bourgeois Jean-Jacques de Thielle a écrit des remarques sur Neuchâtel, appelées par quelquesuns histoire, à la suite desquelles remarques il a mis
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en catalogue les comtes, les gouverneurs, les officiers, les nobles, le conseil d'état, le conseil de la ville, les jH^ôts et chanoines, et après les minisbvs. Ayant été curieux de voir son ouvrage, que plusieurs personnes ont pris la peine de copier, je ne trouvai qu'une compilation informe et dénuée de preuves. Je lui demandai un jour où il avait puisé toutes ces choses; il me répondit niuvement qu'il avait recueilli çà et là tout ce qu'il avait trouvé dans des livres touchant ce pays, des vieilles remarques manuscrites, comme aussi tout ce qu'il avait oal dire aux plus vieux et intelligehs du conseil , qu'il avait questionnés ; ce que je me souviens fort bien de lui avoir vu i&ire souvmt, aa temps que j'étais dans les quarante hommes. G'est^ je pense, sur des fondemens pareils qu'^t posée l'histoire des premiers temps de la Grèce, de la ville de Rome et des autres peujJes encore plus anciens; fâ-' blés et traditions vulgaires, copiées et répétées de siècle en siècle, et qui le seront jusqu'à la fin de toutes choses.
La compilation lautive du maitre4x)iu'geois de Thielle (de laquelle pourtant il faut lui savoir bon gré, vu son zèie et ses intentions, certes bien louables), me feit entreprendre celte notice, que je fonderai sur documens, afin d'éviter ce que je blâme en autrui : quand oa croit pouvoir effecer des erreurs courantes en ce mtmde d'erreurs , il me semble qu'il y a devoir et religion de le &ire : et, comme nous n'avons en ce pays cpie très peu de titres antérieurs au comte RoUin , Kaoul ou Rodolphe V (bien qu'il ait eu plusieurs prédécesseurs connus), j'ai recueilli à loisir et par ci-de-
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vant déjà, tout ce qu'on trouve çà et là sur4es anciens sires de Neuchfttel , dans divers historiens, dans les chroniqueurs suisses, singulièrement dans les doctes écrivains allemands, qui ont cherché avec tant -de peines, et de fatigues'à voir un peu clair dans l'obscurité des lo', II*, 12° et i3* siècles.
Ayanleiioccafflon lie voir par moi-m&ne, l'an 1664, alors que je travaillais au mémoire susdit, le déplorable vide de nos archives, et que les documens et papiers qui yrestent, ne sontmémement, en majeure partie, que des copies sans signature ni crédit, j'entreitris l'an 1666, avec l'approbation de feue S. A. S. M"" la dudiesse de Longueville, un voyage à Dole, où je savais bien que des titres qui concernaient ce pays, étaient mieux conservés qu'ils ne l'auraient été diez Boas; j'en rapportai, non les titres que je ne pus obtenir, mais une liste avec glose. A cette occasion, j'observerai qu'aussitôt que S. M. Louis XIV eut pris possessioDfde la Franche-^Cranté, je me hâtai de supplier M™* la princesse de demander au roi son omsin la permission de retir» tous les dits titres et papiers contenus en l'armmre de Dole : cet avis fut fort approuvé; mais je n'ai rien vu venir.
Le bon manuscrit du chanoine Jacques Baillodi est un judicieux guide pour le temps de la domination des cantons, et par après jusqu'à l'an i555, auqud. finit le dit manuscrit, que j!estime b^ucoup, jugeant de tout l'écrit par les citations et allégations que j'ai pu comparer par titres ou sur registres, et quej'ai trouvées scrupuleusement fidèles. Ce précieux manuscrit m'a été donné par feu le maître-bourgeois Abram Bail-
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lodz. It 7 est souvent fait mentioD d'un rostre que tenaient les chanoines depuis l'an i5oo, dans lequd ils notaient tout ce <jui se passait de remarquable. Je n'en- ai nulle connaissance; probable est-il que le prévôt, (Hivier de Hochberg, ou ceux- d'entre lescHanoïnes qui ne voulurent pas embrasser la réfbrmation, emportèrent le dit registre; ou fort possible est, qae Farel et ses disciples, lesquels, durant les premiers jours , détruisaient tout , le brûlèrent avec tant d'antres choses dont ils parfumèrent la collégiale, croyant la purifier par tel encens, ce qu'ils appelaient briser Vidole; de quoi toutefois le chanoine ne parle pas. Possible aussi qu'il avait retiré à lui le dit registre, quand il se réforma, et que le chapitre fîit aboli; certain estil qu'il le cite en plusieurs endroits de son écrit (*). Enfin, étant auprès de S. A. S. M"" la duchesse de Longneville, en son château de Trye, elle me permit d'examiner les papiers contenus es archives du dit château, ou cette princesse avait rassemblé tous les documens, relations et missives qu'on a pu ramasser, concernant ce pays sous la maison d'Orléans, et qui
(*) Ce registre de» Chanoine» étail aux archive», par terre, duu un cma «ou» deux Tieux et groa missels, tous abuid<iimés box tct»; il ut Tiai«emblable que la premier et le second de cet énormes format* , n'in> diquant que des misseb fort inutiles , le chancelier de Moolmollin , s'il le» ouTTÎt, crut que le troi»ième n'était rien de plus. Une »orte de hasard, ou un peu pin» d'obstination dan» des recherches faîte» en 1714, tirèrent de la poussière ce mannscript qui très-malbeureuïemenl fut brûlé, quelques moi» aprè», dans l'incendie , par la négligence du diacre Choopard, auquel on l'avait confié pour le copier. Il n'en reste que 4e» extrait», qui font regretter douloureuBement la perte de ces précieuies chroniques.
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élaient épars en divers lieux et châteaux; entre lesquels documens se trouvent tous les titres au regard de la Maison de Châlons, nonunément ceux qui furent ûtés du trésor , pour être envoyés en France à la comtesse Jeanne» en i555, alors du procès pour la succession de Philibert de Châlons, prince d'Orange. Je lis note (le tout ce qui me parut mériter detre connu; et, pour le dire en passant, je pris la liberté de représenter à M"' la princesse que divers des litres et papiers devraient naturellement être déposés aux archives de Neuchàtel, vu que j'en reconnus plusieurs, lesquels, selon toute apparence, avaient été emportés par certains ambassadeurs de nos princes irançais; mais S. A. S. ne voulut ou n'osa me les remettre, disant qu'avant d'y toucher, il convenait qu'elle prit avis de monseigneur le prince de Condé, son frère.