‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 26 sur 32 · MAISON DE FRIBOURG · texte numérisé non relu

MAISON DE FRIBOURG

GOIVRARD DE FlIRSTEMBERG,

COMTE DE FRIBOURG EN BRlSGAi;^ «UINZIÈHE RÈGNK.

Après avoir parcouru les principaux événemens des 1 4 règnes connus de la première race ou dynastie connue de nos syres, connaissance qui ne peut remonter plus haut, vu les brouillards tant épais qui couvrent l'histoire de nos contrées avant le ii* siècle, voici la maison de Fribourg qui vient succéder à celle de Neuchâtel, après la mort d'Isabelle, en qui s'éteignit la première race de nos sjres. On a vu plus haut, années 1S94 et i^gS, que cette dame sans postérité appela à sa succession son neveu Conrard, fils de sa sœur Va-

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renne de Neuchâtel, dame du Landerou , femme d'Egoii de Furstemberg, comte de Fribom-g en Brisgaw. Parlant, la disposition d'Isabelle fiit conforme àtadisposition de la loi, au regard de l'ordre delà succession en ce pays. En sa qualité d'héritier universel de sa tante Isabelle, Coorard entra de plus en possession de i3 belles terres seigneuriales, situées en Bourgogne.

(*) Conrard, nommé en plusieurs actes Conraud, ne tarda pas à se rendre à Neuchàtel avec la comtesse safemme, Marie de f^ergy, (jui mit au monde, le 3i mai 1S96, un fils, lequel fut dans la suite notre comte Jean.

Né en Allemagne et nourri dès sou jeune âge des maximes féodales, alors toutes rudes en ce pays-là, où mémement à cette heure elles-ne sont pas bien adoucies, le comte Conrard, au dire des écrivains du chapitre, témoigna grand ébahissemeiit à l'ouïe des franchises et libertés, desquelles les villes de Neuchâtel et du Landeron ne manquèrent de lui demander incontinent la confirmation. A quoi il satisfit, non toutefois de si bonne grâce-que nos chroniqueurs ne prévissent les noises et débats qu'enfanteraient pour sûr les tudesques pensées et volontés du nouveau seigneur. Ainsi lorsque la ville de Boudry demanda même confirmation, Conrard se refrogna, voulant éluder celleci; mais les justes plaintes des gens de Boudry commeaçant à causer quelque rumeur à Neuchâtd, la dite confirmation eut finalement son effet, et l'acte en fut passé le i ï août. En quoi certes le neveu ne suivait guères les salutaires directions que sa tant bonne et

(*) Cbi«iiic]u« des Chanoines.

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sage tante lui arait dcmnées en son testament, lui ccmsàllaot de gagner l'a&ction de ses nouveaux sujets par cor^ale et populaire douceur, non seulement en la confirmation de leurs franchises , mais par de nouveaux octrois. Celte habile princesse l'exhortait également à renouveler sans délai l'alliance avec Soleure , comme aussi de rechercher par tous moyens l'alliance avec Berne. Il n'y await certes que plaisir à coucher ici tout au long le testament d'Isabelle, dont je tirai irès-eiacle copie aux archives de Trye, où il git en original avec tant et tant d'autres documens de précieuse conséquence , enlevés de chez nous par coupables spoliations, complainte que je ne puis me tenir de répéter à tout coup. J'ai eu soin de déposer ma copie au trésor des archives , tcâle que je l'ai fidèlement transcrite en mon mémoire de 1668, où il se marie d'autant mieux à la curieuse et riante matière y transcrite et traitée , qu'il &it voir clairement combien le bon esprit d'administration , au r^^ard de la liberté populaire et du bonheur public , avait fait des pas de géant en ce fortuné petit pays, comparé à la barbare et triste Germanie, où la multitude n'était enccn-e que troupeaux de bêtes de somme , ou à peu près : différence qui provenait visiblement de l'influence voisine et propice de la confédération helvétique, hupidle, par douce réverbération, épandait la clarté autour d'elle, à mesure qu'elle exterminait sans relâche que deçà que delà les seigneurs fêodaux , la plupart alors vrais tyrans et voleurs. Et si faut-il observer en passant que nos anciens sjres auraient immanquablement été enveloppés dans l'écrasement général de toute la haute

noblesse dont la Suisse était remplie^ si par grande sagesse ils n'avaient tout d'abord i ° ménagé les confédérés en se montrant leurs partisans biea plutôt que leurs adrersaires, 3° étendu sur leurs peuples la liberté helvétique par concessions successives, en telle manière que par cette habile conduite ils furent comme adoptés dans la grande famille des confédérés,, et que le [wince de Neuchâtel est le seul grand seigneur séculier qui subsiste en Helvétie , chose que j^'ai déjà dite , ce me semble, mats certes toute bonne n redire encore. Tant est vraie la maxime du sage Platon, que l'homme en société n'a la Acuité de penser et de sentir , qu'il n'est véritablement homme qu'au sein de la liberté. Et sans cette liberté, que seraient aujoiu>d'hui nos contrées , où la nature n'oflfre qu'une légère couche de terre sur le roc et la pierraille , tandis qu'à l'aide de la liberté et de sa fille, l'industrie, on les voit prospères et florissantes.

Malheureusement notre syre Conrard avait reçu toute autre leçon chez les Germains. De là un règne orageux, de là querelles et débats qu'il aurait évités-s'il eût observé les excellentes règles de conduite contenues en la disposition dernière d'Isabelle ; instruction certes qui pourrait servir de bréviaire à tous princes et seigneurs, voire aux plus grands : laquelle instruction méritera d'être rapportée en son entier parcelui qui prendra peine un jour à mettre en vrai récit historique les annales de ce pays, dont je ne iàis ici qu'indiquer les principaux Ëiits, me bornant à mettre l'étiquette aux tiroirs. Mon mémoire de 1668 fournira diverses pièces justificatives.

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■ (ï5g7 *) Conrard rmoùvelle alliance avec Soleure le 20 décembre, veille de St. Thomas. H se rend en Bourgogne poiir rendre hommageau comte deChàlons. Cet hommage est général, sans spécification. L'acte est daté du château d'Arlay, le 5 août 1397.

Remarques. Alors de mes recherches à Dole, je trouvai en l'armoire dont j'ai parlé ci-devant, un verbal qui faisait mention de l'étrange démarche par laquelle Vauthier, baron de Rochefort, etGirard, baron de Vaumarcus, avaient offert à Jehan de Chàlons de lui prêter foi et hommage pour leurs baronnies, de tout quoi le seigneur de Châlons en ayant donné information au comte de INeuchàlel, celui-ci alla tout d'abcotl rendre lui-même hommage au prince de Châlons^ le 5 août 1597, le requérant en outre de vouloir à l'avenir, renvoyer à lui Conrard, ceux-^ d'entre ses féotiers qui , par ignorance ou malin vouloir, penseraient à offrir devoirs et prestation à autres qu'à lui., comte de Neuct^tel, leur seigneur dominant. A cette requête, Jehan de Châlons acquiesce agréablement. Ce passage fait partie du verbal de l'hommage ci-dessus rendu par Conrard, et la conduite de ces deux barons causerait un juste ébahissement, si le chanoine Baillods ne la rendait compréhensible, en disant : qne la chronique du chapitre, écrite à cette époque par le chanoine Pierre de Visemeau, faisait assez entendre que la manière dure et altière en laquelle le comte Conrard avait exigé des seigneurs féotiers la rénovation d'hommage, les avait fort indisposés, singulièrement les barons de Rochefort et de Vaumarcus, lesquels, bien

(*) Arcliiïe».

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que bâtards de la maison de NeuchàieL, le portaient fort haut, se disant issus du chezaul, partant ne rendaient hommage qu'à la force^ après avoir vainement mignonne Jehan de Châlons, avec offi^ de relever directement de lui. Ce mot à mon avis explique tout.

(i 398). Premières franchises accordées par le seigneur de Gorgier, aux habîtans des cinq villages de cette terre. L'acte est du dimanche avant la St.-Martin d'hiver 1598. Voyer cet acte en mon grand mémoire de 1668.

(1599 *). Concession par laquelle Conrard favorise les gens du district de Morat, au r^ard du péage de Thielle, à laquelle concession participèrent ensuite les quatre villages de la rivière. L'acte est du 4 mai.

Conrard recherche l'alliance de Berne. Il l'obtient pour cinq ans seulement. Précédemment, nos comtes avaient formé de ces alliances à temps avec Berne, entr'autres Rodolphe V ou Rollin en 1507 pour 10 ans. 11 ne vaut pas la peine de nous arrêter à ce court traité ci, vu que tout à l'heure nous verrons une alliance perpétuelle, se former entre Berne et Neuchâtel. On a vu plus haut , sous les règnes de Louis et d'Isabelle , les motifs de rancune qui avaient empêché les Bernois de se prêter à des renouvellemens d'alliance avec nos syres,

(1400**). Guillaume, baron de Grandson , renour velle l'ancienne querelle, et prétend de plus qu'il a des droits sur Vaumarcus et Boudry, donnés en fief au bâtard Girard de Neuchâtel. Dans la nuit du 3 mai, il arrive inopinément sous les murs de Boudry avec

(*) ArchiTe». (") Chron. du Chapitre.

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ses gens, espérant surprendre la ville par escalade. U manque son coup, et toutefois s'obstine àvoulrar s'emparer de la place , malgré la brave résistance des bourgeois. LecomteGonrardaecourt;àsonapprocfae,Gxiillaume décampe, suivi et harcdé par Conrard jusqu'atuc portes de Grandson, où il consent par force à payer 20 marcs d'argent au comte deNeuchâtel, pour frais et dommages occasionnés par sa folle équipée.

(1401 *). Guillaume d'Atberg, seigneur de Valangin, reDouvelleallianceetcombourgeoisie avec Berne. Voyez mon mémoire de 1668.

(i4o3 **)• Le mélange de certains droits respectifs, et du comte de Neuchàtel et de l'évéque de Bàle, à l'égard de la jurisdiction et du territoire de Lignières, occasionne des démêlés sur le point de devenir guerre ouverte. Mieux avisé, on prend de part et d'autre le sage parti de terminer la querelle, par un traité appelé le plaid de St.-Mourice, rédigé au Landeron en 54 articles, le 32 septembre i4o5.

(1404 ***). Conrard, conformément aux idées religieuses de son siècle , oitreprend le voyage de la Terre- SailKe. Avant soa départ, il remet l'administration du comté à Vauthier, seigneur de Colcanbiw, en lui ad-' joignant pour conseil Louis de Vaumarcus, Nicolas de Diesse, François Pury de Rive chanoine, et Henri de Pierrabot.dolnzel. Cette régence donne de l'ombrage aux bourgeois de Neuchâtel, et particulièrement au conseil de la ville, lequel jusqu'alors avait été le seul corps ou tribunal toujours subsistant, avec charge d'e-

(•) Chron. du Chapitre. (") Baillodi. ("*) Chron. des ChaDoiaes, Btillodi.

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-« fiSI xercer la justice de la part du prince. Dans la vue de se fortifier contre cette régence , les ministraux ou chefs municipaux, de deux qu'ils étaient jusqu'alors, sont portés à quatre. Et, comme avantde partir, Conrard fait entendre que les régois ont ordre de bien veiller sur les ministraux et bourgeois, au regai^ desquels il témoigne rudement des diqx>sitions non favorables, il ne Jànt s'étonner des grandes animosités qui vont s'en suivre.

(*) Durant les vendanges, arrive un des écuyers du comte Conrard, venant de la Palestine, avec charge de dire aux régens, qu'ils doivent demander deux aides aux bourgeois de rfeoehàlel, ^'une pour avoir passé la mer, l'autre pour avoir été fait chevalier. Les hoargeois ne se font lirarr(a'eille,ains acquittent largement i'obvention, lequel or^nt est incontinait porté aux marchands bâlbis, qui avaient fait des avances à Conrard pour la croisade.

(i4o5 *). Jean IV de Chàlons, prince d'Orange, informé du départ de Conrard pour l'Orient, et de la mésintdligence qui régnait entre la régence et les bourgeois de Neuchâtel , entreprend de profiter de ces occurrences, et méditant dans sihi ambition des desseins sur le comté de IVeuchàtel, il s'y transporte avec grand cortège, et persuade aux ministraux et bourgeois que les franchises dont ils jouissent de la part des comtes, ne peuvent être valables qu'autant qu'il les aura confirmées en sa quahté de seigneur suzerain, vu qu'un vassal ne peut détériorer son fief que sous le bon vouloir de son syre dominant. Les ministraux et bour-» geois, grandement indisposés déjà contre Conrard, et

(') Baillodï, Chroniiiue de» Chanoines.

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mal satisfaits des yégens dont ils se défient, acceplene avec empressement l'oflfre du prince d'Orange, à l'insça de la régence.

Jean de Châlons ne s'en tient pas là ; il caresse et mignonne tant et tant tous et un chacun , et pour mieux sonder les dispositions de la multitude, il blâme apperlement la rudesse de Gonrard, et Êiit entendre que si celui-K^i , soît la régence, donnait atteinte aux franchises de la ville, lui en sa qualité de seigneur dominant, prendrait fait et cause pour les bourgeois, voire par main-mise sur le comté.

Vers la fin de l'année, Conrard arrive inopinéioent de la Terre-Sainte, grandemwit surpris et courroucé des faits et dits, tant du comte de Châlons que des bourgeois et du chapitre de Notre-Dame. Il s'en prend aux régens, les querellant de n'avoir mis empéchemrnt à ce mauvais tratn. Les régens mal contens ^ttent la besogne, et se retirent en leurs maisons.

Bemarques. Le retour non attendu de Conrard fut l'effet d'une information à lui adressée en Orient par le chanoine Jean de Diesse , et conservée au château de Trye, où je l'ai vue et tenue. Cet écrit est tout curieux, et annonce un noble follement épris du pouvoir féodal, et ne pouvant soufiirir les franchises populaires. U éarivit entr'aub^es choses au comte Conranl , que pour sûr il y avait manigance entre Berne et les bourgeois de Neuçhâtel, que plusieurs du chapitre agissaient de crnicert avecceux-ci, et que tous prêtaîentl'oreUle aux discours emmiellés de Jean de Châlons; que s'il ne revenait bien vite, il risquait grandement de n'avoir plus à commander en la ville singulièrement. Certes, il

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aurait pu et dû cUre en vrai prêtre de l'église de Christ à Conrard : » Sjre comte, ce sont vos manières rude- » ment tudesques qui cabrent ici chacun. »

(i4o6 *). Conrard irrité veut se venger, et cherche mal habilement une vraie querelle d'aHemand au chapitre et aux bourgeois de Neuchâlel , possesseurs de biens-fondS; prétendant avoir droit de retrait perpétuel sur toutea terres accensées par les anciens comtes, moyennant qu'il rendit le prix originaire de l'accensement, prétentions monstrueuses, vu que la plupart de ces terres avaient été sagement concédées, les unes gratis , tes autres à tout bas prix , à celle fin de mettre en valeur les terrains incultes jusques alors, attirer des colons, et accroître le nomlM-e des hommes dans te pays. Les pro|nnétaires bourgetHs, ainsi que le chapitre, s'inquiètent et s'agitent; les chanoines les premi^^ prennent aitssitôt leur parti, et, bien instruits de l'esprit qui conduit la politique des Bernois, deux chanoine^ se rendent clandestinement à Berne, y jettent les hauts cris contre Conrard, et sollicitent pour et au nom du chapitre, bourgeoisie à titre de protection. La demande est accueillie.

A l'exemple des chanoines, les bourgeois courent à Berne non-seulement solliciter protection pure et simple, mais belle et bonne combourgeoisie, etl'obtiennent. Conrard apprenant ces choses, et ne pouvant empêcher les bourgeois de Neuchâtel, hommes libres, d'acquérir des droits de bourgeoisieà Berne singulièrement, entre en grande inquiétude, n'ignorant pas que ce canton, beaucoup moins puissant alors qu'aujourd'hui,

(*) Cfaron. do Chapitre, Baillods,

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