‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 28 sur 32 · II. ^e · texte numérisé non relu

II. ^e

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les Bernois envers et contre tous, sans excepter le comte Conrard. De leur cûté, les Bernois promettaient à la ville de Weuchàtet de la maintenir en ses libertés et franchises, voipe de l'aider et soutenir contre toute usurpation de la part du comte Conrard et de ses successeurs. Bien qu'il répugne à donner créance à telle laide et ténébreuse besogne, si contraire à la candeur et loyauté helvétiques , certain est-il qu'il y eut quelqtfe manigance cachée en ce rencontre , dont toutefois il ne reste aucune trace ni es archives du prince, ni en celles de ta ville, de tfjoi je me suis bien assuré. Quelques-uns des principaux de Berne avec lesquels mes offices de procureup^néral et de chancelier me mirent autrefoisen particulières rations, n'ont jamais satisfeit il mes questions nettement sur ce point, et, sans nier rondement le fait, ils n'ont su ou voulu m'indiquer que certains articles annexés en post'-scriptum , disaient-ils. Or ces articles ne se trouvant pas dans le double que tient la ville, il est permis de penser qu'il y eut, en effet, un traité secret en un seul exemplaire, déposé à Berne pour plus grande sûreté, avec facilité de le nier et méconnaître au besoin. Si un fait quelconque en ce genre a eu lieu, il ne prouve autre chose que la grande irritation des boui^neois de Neuchàtel contre Conrard, dont l'humeur altière et entreprenante déplaisait aux Bernois, et leur suggéra la pensée de s'attacher tout particulièrement la vitlède Neuchâtel, pour d'autant mieux brider le seigneur comte.

Enfin je remarque dans le traité de combourgeoisie entre Conrard et les Bernois, que le comte de Neuchâtel réserve ses chers et féaux combourgeois de So-

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— fi4S — leure et de Morat. La combourgeoisie avec Soleure nous est conoue, mais non celle avec Moral. Je n'ai pu avoir connaissance du titre proprement dit, malgré mes recherches au dedans et au dehors, curieux que j'étais d'apprendre le comment et le pourquoi d'un tel traité avec Moral, duquel il n'y a à douter après semblable réserve.

(1406). Les susdits traités avec Berne ne font que mettre en plus grande évidence les haines entre le comte et les bom-geois. La discorde éclate, et, conformément au traité de combourgeoisie, Berne est appelé à juger la querelle. Pour éviter longueur, je ne dois rapporter ici toutes les plaintes réciproques comprises dans la fameuse prononciation que nous connaissons tous. Seulement en itldiquerai-je certains articles qui peignent l'esprit du temps, objet principal en toute histoire. Entre ses divers griefs, Conrard se plaignait de la garde mise aux portes par les bourgeois; Berne prononça que les bourgeois avaient ce dtoit. Le comte se plaignait que les bourgeois favorisaient Vauthier de Rochefort, son ennemi; les bourgeois se justifièrent, et le juge trouva leurs excuses valables : qu'à celle fin d'amplifier leur bannière, les bourgeois de Neuchàtel avaient agrégé à leur corporation, et à son insu, les hommes de Legnaure, ses sujets, (seigneurie qui comprenait la majeure part du mont qui sépare les lacs de Neuchàtel et de Moral). Berne sentença que les devoirs et obvenlions de ceux de Legnaure envers leur seigneur, et leurs obligations envers la ville de Neuchàtel , comme bons et fidèles bourgeois, n'étaient choses incompatibles, etc. De son côté, la ville et bourgeoisie ^6*

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proposa ses griefs, aussi au nombre de iS, sur la plupart desipiels les bourgeois obtinrent gain de cause, et certes un peu largement, me semble-t-ilj car, pour dire ici toute ma pensée, était-il tant bien, par exemide, que ceux de Legnaure, sujets du prince, fussent intrus sans sa participation en la bouirgeoisie d6 Neuchâlel? Il n'est besoin de lunettes pour voir qu'en amplifiant de la sorte le nombre des bourgeois de Neuchâtel, c'était du même coup amplifier le nombre des bras promis aux Bernois par le traité tout fraîchement conclu. D'autre part, on ne peuniénier que le comte Gonrard , en son bumeur hautaine, voulant régenter à Neuchâtel en Suisseainsi et comme à Fribourg en Germanie, enfi*eignit en plus d'un cas les franchises de la ville. Ce ne fut pas sans raison, par exemple, que la ville se plaignit que Gonrard avait fait saiar des bourgeois sans forme de justice. Aussi Berne sentença que tel fait était contraire aux franchises, et qu'en pareille rencontre le comte ne pouvait procéder que par jugemens. Il lut de même sentence que le comte ni ses officiers ne pouvaient aucunement gager des bourgeois sans figure de justice, et que -diverses saisies par lui ordonnées étaient nulles, et injonction à lui de les restituer : que le comte est sQumis lui-même à la forme des jugemens, et que tout bourgeois a droit de l'actionner par justice. Et, comme les juifs peuplaient alors un quartier de la ville, et, grandement favorisés par Gonrard, exerçaient l'usure à volonté, Berne prononça que les Juifs porteraient désormais une marque distinctive en leurs habits, et ne pourraient prêter qu'à un intérêt égal et réglé pour la ville et la campagne. Au

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regard des autres articles , od peut consulter la pronomciation. Berne garda le silence sur uitseul point, c'était une porte avec pont-levis que le comte avait pratiquée par le donjon, et doirt la ville demandait l'abolition , disant qu'il se servait en rien que la garde de la cité fôt commise- aux boiirgeois. pour la sûreté-de ses franchises, si- le comte conservait une entrée à lui -seul-par laquelle il pourrait introduire, à l'insudes bourgeois, tels gens de guerre, à son gré, pour les molester.

(*) Vauthier, baron de Rochefort, homme fier et entreprenant, voulant se venger de Conrard qu'il' déteste pour certains durs trailemeos, s'avise méchamment de fabriquer un faux acte daté du a mai i363, par lequel on suppose que le- comte Louis avait octroyé un tel degré d'indépendance à la ville et au chapitre de Notre-Dame de Neuchâtel, qu'ils pouvaient, lorsqu'on baillerait atteinte à leurs droits et franchises, se soustraire à l'autorité du comte de Neuchàtel et se ranger sous ht directe immédiate du comte de Chàlons.

Le dessein de Vauthier est d'amener un soulèvement, vu la dispo^îon des esprits et les plaintes contre Conrard. Le baron imposteur communique avec my»tère l'acte prétendu aux prmcipaux de la ville, leur disant que ce titre, découvert par fortune dans les papiers du bon comte Louis, avait été tenu caché par Isabelle et Coarard. Ce discours mensonger reçoit accueil, vu l'échauflëment des esprits, qui ne fait que s'accroître par les menées sourdes du comte de Chàlons, et il en résulte un pacte follement scandaleux, assez et trop connu, daté du i3 août 1406, par lequel

(') Baillods.

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les bourgeois de Neuchàtel s'éraandpeat de r^ler gravement l'ordre de la succession, au cas que Conrard ne laisse pas d'enians. Dans la dite absurde convention, commençant par ces mots : Nos cOTisilium et commua nitas villœ Novî Caslri, etc. , les bourgeois prononcen t qu'en tel ou tel cas , le comte de Qiàlons entrerait en pleine succession et possession du comté de Neuchâtel. Conrard ignore toutes ces choses ; il ne les apprend que long-temps après, tant sa manière de régenter lui gagne peu d'amis et serviteurs fidèles.

(*) Mabault, dame de Valangin, et Guillaume, son fils, accordent de nouvelles franchises aux bourgeois deValangin, lesquels sont allégés de diverses charges. L'acte est daté du dimanche Reminiscere i4o6. Celle charte est nommée la grande franchise,

(1407 ■**). Le comte de Chàlons espérant tout de la haine des peuples contre Conrard, croit le moment propice pour l'évincer de Neuchâtel. Il commence par publier à grand bruit une main-mise, se fondant sur dé&ut de spécification dans l'hommage que lui rendit le comte Conrard en iSgy. Celui-ci répond fièrement à la notification par un refus ferme et net d'obéir, disant froidement que, si le prince d'Orange eût demandé le dénombrement de son fief par le menu, il y aurait satisfait, comme il était prêt encore à le £iire. Jehan de Chàlons s'apercevant que la poire n'est pas mûre, et que le soulèvement général dont l'avaient leurré le baron de Rochcfbrt et certains du chapitre, ne prenait feu encore, ains au contraire que les yeux semblaient s'ouvrir à Neuchâtel, prend le parti de

(•) Mémoire de ififiS. (") Baillods et H015-.

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dissimuler , et accepte l'ofire du dénombremmt. Sur ce, le comte Conrard se rend incessamment près de Jean de Chàlons, prince d'Orange^ et le subjugue pai^ sa fièrc assurance. Toutes choses sont remises en leur pristin état , et l'acte en est passé à Nozeroy , muni des.. sceaux des deux comtes, le 24 *oût 1407..

(1408 *). Nouveaux cris et grand tumulte à Neuchàlel, au regard de la porte et pont-levîs du donjon.. A ce coup, Conrard prend peur, et consent à l'abolition de la dite porte, laquelle est murée pour jamais, le 20 avril.

Il s'élève noises et débats entre les gens dU comte et ceux du seigneur de Valangin, au regard de la pêche sur le Doubs et de la chasse. On instrumente une convention le 7 septembre, par laquelle on règle non seulement ces deux articles, mais aussi divers autres concernant le fief de Valangin, touchant les péages, le passage des vins par le Locle, le bochéage etc. Voyez mon mémoire de 1668.

Conrard ne sait mol encore des menées du baron de Rochefort, et du faux acte par lui fabriqué, non plus que de la folle déclaration donnée par la ville de Neuchâtel, en faveur du comte de Châlons le i3 août 1406. Le félon Vauthier, trompé en son espoir, prend un autre biais, et apprenant que Conrard médite un nouveau voyage en Palestine , il travaille à gagner par feintises et soumissions sa confiance. Conrard séduit, remet avant dépari au cauteleux Vauthier la régence, el le nomme son lieutenant en îa comté, croyant par

(') Baillods e( Hoiy.

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tels moyens romener à lui un vassal dangereux et qu'il craiDt.

(1409 *)■ Coucession du 8 mars, par laqudle Mahault, dame deValangin,etGuilIaume son fils, accordent aux habitaus de la Sagne et du Locle la liberté de clore leurs héritages. Au bout d'un an, au mois d'octobre 1409» Conrard non attendu revient subitement. Tôt après son retour, il est informé pour la première fois, et du fourbe écrit de Yauthier, et de l'absurde délibération du conseil des bourgeois au profit de Jehas de Ghâlons. Incontinent Conrard se rend à Berne vers le juge reconnu par les traités. On trouve que la matière mérite soigneuse attention avant de prononcer. Le comte revient chez lui, et se met à quatre pour découvrir les auteurs et ressorts de toutes ces menées. Il s'irrite et s'exhale en menaces contre les bourgeois. Ceux-ci s'échauffent à tel point, que les cantons alliés trouvent nécessaire d'envoyer des députes à Neuchâiel, au mois de mai i4io. Leur présence arrête le tum.ulle; toutefois ils ne peuvent parvenir à terminer les brouîlleries. Mais du moins l'acte attribué au comte Louis, est reconnu et déclaré faux , et comme tel , mis à néant, sans qu'il y ait encore preuves bastantes contre le véritable et fourbe auteur, alors seulement soupçonné.

(i4i 0- Hommage rendu au comte Conrard par Guillaume d'Arberg, seigneur de Valangin, son neveu, lequel reçoit de son oncle, en augmentation de fief, toute la partie du Val-de-Roz qui est au midi du Seyon , jusqu'à la cime de Chaumonl, parlant les villages de Fenin , Velard et Saules, lesdeux Savagniers etc. L'acte

(') Chroo. du Chapitre.

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est du 14 juillet. Par cet accroîssemeot de fief» Conrard cherche à faciliter le mariage de son neveu avec Jehanne, héritière de Beaufremont, Tout bon que soit le mariage pour le neveu, certes l'oncle fait grande faute de mettre la nappe, et d'accrtùtre ainsi maladrcntement la puissance d'un vassal qui avait déjà les reins trop forts, selon l'expérience du passé.

(i4i3*). Guillaume, seigneur de Valangin, par octroi du 34 a^ril> accroît les franchises des hafaitans de la Sagne et du Locle, stnguhèrement par l'affiranchissement de la main-morte. 11 favorise aussi, par con'cessitai du 9 mai, les habergeans et les genevaisans.

(♦*)Conrard apprend enfin que Vauthier, haroa de Rochefort et le chanoine Leschet, sont les làbricateuïs de l'acte attribué au comte Louis. Ces insignes faussaires sont saisis et condamnés à mort. Le baron est décapité au milieu de Neuchâtel, et le chanoine reste en prison, vu que l'évèque de Lausanne s'oppose au supplice de l'homme d'église. Françoise de Colombier, veuve de Vauthier, demande le corps de son mari, dont elle conserve la chemise ensanglantée. La baronnie de Rochefort et la seigneurie des Verrières sont réuniesaudomaine, et l'office de castellan de Neuchâtel, alors équivalent à celui de lieutenant de la comté, et confié à Vauthier, est supprimé pour le coup, et dans la suite rétabli sous le nom de mayor ou maire. Le château de Rochefort est rasé, vu qu'on apprend, tôt après le supplice de Vauthier, les violences commises . par ce baron aux dépens de divers voyageurs , par correspondance de signaux avec les châteaux de Rous-

(*) Mémoire de 1668. ('*) Ari:liiTes., procédure originale.

— 8S0 — sillôD sur Buttes et de Châtelard près Beyaix^ tous vrjiies cavernes de voleurs.

. (i4i3 *). Conrard érige Travers en terre seigneuriale, en faveur de Jean, fils de Girard bâtard de Neudtàtelf à la date du 3 mars.

(i4i5 **). L'empereur Sigismond ne peut engager les Suisses à marcher contre Frédéric d'Autriche, affectkmné au pape Jean XXIll, déposé au concile de CoasUmce. Mais les pères de ce concile cajolent tant les confédérés, leur disant de plus qu'il s'agit de la gloire de Dieu, que les Suisses courent sus à l'Autrichien et conquétent maints beaux et bons pays. A la réquisition de Berne, le comte Conrard marche avec sa bannière, et se trouve à la prise de plusieurs villes et des riches contrées de l'Argau. Les bourgeois de Neuchâtel ne veulent rester en arrière, et marchent pareillement en grand nombre, voire plusieurs du conseil de ville. Bon nombre sont tués en assaillant le château de Baden. En gratitude des services de Conravd en ce rencontre, l'empereur Sigismond arrivé à Berne le 3 juillet, afitaochit le Landeron de toute relerance. Far là cette baronnie, purifiée de fief, est réunie au domaine par acte du 17 août, auquel l'empereur, à la sollicitation de Conrard, en joint un autre, par lequel il se déclare juge suprême de toute difficulté qui pourrait s'élever entre le comte de Châlons et celui de NeuchàteJ.

(i4i6 ***). Le comte de Châlons avait mis de l'eau dans son vin, et semblait renoncer à ses prétentions

(•) Traité des fiefs. ('*) Chron. du Chapitre. ("*) Archives, liasse de Cbàlons.

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sur Neuchâtel, depuis que le canton de Berne était devenu Tallié perpétuel des comtes de Neuchâlel. Ce changement focilite les vues, certes toutes sages de Conrard, lequel dans l'espoir de mettre fin aux desseins brouillons du comte de Châlons, lui demande sa fille Marie en mariage pour son fils Jean de Frîbourg. Les accordailles se font le i3 juillet, et le mariage n'est consomQié que le a5 octobre. Par le contrat, Conrard donne à son fils le comté de Neuchâtel pour en jouir librement, sans nulle réserve d'hommage. Jean de Châlons présent se tait, et partant est censé ne plus exercer son droit dominant sur Neuchâtel. Cette finesse de Conrard n'aboutit à grand'chose. (Voyez en la première partie de cette notice, page 4' et suivantes.) La comtesse Marie apporte en dcA la comté de Cerlier et la seigneurie de Salins en Bourgogne- La bourgeoisie de Neuchâtel manifeste adroitement grande joie de ce mariage, et obtient aussitôt le droit de tirer du sel à bas prix de Salins, et ce à perpétuité, avantage anéanti dans la suite, lorsque MaximiUen d'Autriche, ayant éponsé l'héritière de Bourgogne, mit la main sur tout ce que les comtes de Neuchâtel possédaient en Bourgogne.

En celle même année, le 22 octobre, Jean IV de Châlons fait son testament, très -remarquable en ce qu'il substitue, en cas d'extinction de la descendance des mâles de sa maison, la postérité d'Alix, sa fille ainée, et à son défeutcelle de Marie, comtesse de Neuchâtel, dans le droit de succéder aux biens de là maison de Châlons, mais à charge d'en porter le nom et les armoiries.

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— mi —

(^) L'évéque de Lausanne consent enfin a dégrader le chanoine Leschet, n'étant pennis, disait te ppélat> de supplicier un homme revêtu des ordres sacrés, lant ïeglise a horreur du sang. On aurait pu répondre que les gens d'église, lesquels il ne ^ul confondre avec l'église de Christ, abhorraient si peu le sang, qu'ils avaient tout à l'heure fait brûler vifs au concile de Constancedeuxhommesde bien, Jean Huss et Jérôme de Prague , malgré parole et sauf-conduits à eux donnés par l'empweur pour leur sûreté, mais dont le crime irrémissÂle était de préparer la réformation qui se fit au siècle suivant . Certes , je ne puis me tenir d'observer que si, avant le premier concile de Nicée, les prêtres chrétiens n'avaient pas été si désireux de puissance et d'honneurs, voice d'argent, et qu'ils eussent mieux connu, et surtout mieux pratiqué le tout divin sermon ôe Jésus sur la montagne , on n'aurait jamais vu ni tant de scandaleux conciles, ni tant de funestes divisions entre les chrétiens. Revenons au chanoine Leschet, qui fiit enfin logé dans un sac de cuir avec grosse pierre au col, et jeté dans le lac en face de la ville, à demi-lieue du bord.

(1419 **)• Jean de Fribourg étaut allé visiter ses terres en Bourgogne , que le comte Conrard son père lui avait baillées lors de son mariage, se rendit à Montereau, où le dauphin qui fut depuis Charles VU, avait attiré le duc de Bourgogne, Jean sans peur, sous le perfide prétexte de pacifier leurs débats. Jean de Fribourg, présent lorsque le dauphin fit égorger le duc de Bourgogne le 1 o septembre , tira son épée

(*) Chron. du Chapitre. ('*) Baillods.

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pour défendre la rie du duc dont il était vassal pour ses terres en Bourgogne. Le dauphin le fit désarmée, et le déclara son prisonnier. Celui-ci soutint qu'en défendaut son seigneur, il n'avait fiiit que le devoir d'uu fidèle et loyal vassal, bien iàché d'avoir tiré l'épée inutilement et sans coup férir. Cette franchise ferme et généreuse ne déplut point » et Jean fut relâché le troisième jour.

(1424 *)• Les mauvais conseils d'un fol orgueil avaient in^iré plus d'une fois aux seigneurs de Valangin le désir de se soustraire à la relevance des comtes de Neuchàtel. Plus d'une fois aussi , cette outrecuidance avait été châtiée- Malgré telles leçons, voici Guillaume d'Arberg , qui s'érigeanl en petit souverain, fait élever un gibet à quatre colonnes de belle pierre de roc , fort hautes et magnifiquement travaillées. Le comte Conrard informé de l'entreprise, la laisse achever, et Élit dire à sou vassal, par Jean de Sales, son écuyer, que telles fourches ne sont de sa compétence, et que si dans trois jours elles ne sont abattues, il y fera mettre la main. Le vassal répond de mauvaise grâce, et n'obéit pas. Conrard tient parole, et envoie force ouvriws avec gens d'armes, pour renverser et moudre ce tant beau gibet. Guillaume d'Arberg grandement mortifié par ce coup d'autorité, ne cesse de remuer pour susciter sous main des embarras au comte Conrard, son seigneur dominant, à telles enseignes qu'il iâit arrêter l'écuyer Jean de Sales , passant par Valangin pour se rendre à Boudevilliers. L'écuyer voulant se défendre est mis a mort. Conrard justement irrité, se

(•) BaiLlods.

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- Bia -

prépare à punir son vassal à nrfain armée; celui-ci iftieux avisé conjure l'orage, en implorant la médiation de l'archevêque de Besançon. Conrard consent que le métropolitain soit arbitre , lequel prononce le d mars : i" que Guillaume d'Arbwg, en sa qualité de seigneurdeValangln, reconnaît, genoux en terre , qu'il est pur et simple féotier, sujet du comte de Neuchâtel : 2° que la terre de Boudevilliers au Val-de-Raoul, est bien et dûment réunie à toujours au domaine du comte de Neuchâtel , son bénin seigneur : 5" qu'en expiation de ses méfaits et désc^îssanees, comme aussi pour fi^is en apprêts de guerre par lui causés à son bénin seigneur, le dit Guillaume d'Arberg en personne, délivrera au comte Conrard ro marcs d'argent fin , en son haut chastel, le jour des prochaines Pâques. En contemplation de quoi, le comte Conrard pardonne à son vassal ses foutes, singulièrement la mort de Jean de Sales, et lui permet, et ce de grâce spéciale, d'élever un gibet, mais à trois pihers seulemmt, comme d'ancienneté.

(♦) Ce dernier démêlé acheva de brûler le sang irritable du comte Conrard, lequel termine fia trop agitée carrière le jour des rameaux, 16 avril 1424. peu regTetlé de ses sujets en général , et singulièrement de la bourgeoisie et du chapitre de Neuchâtel. Il fut presque toujours l'artisan de querelleux débats, qui fatiguèrent son règne violent et altier. Oubliant sans cesse qu'à Neuchâtel en Suisse, il n'était plus parmi sesmortaillables du Brisgau , sa dure humeur éloignait de sa personne les bons serviteurs , et avec eux la connais-

(*) Giron, des Chanoines.

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sance de la vérité, qu'un prince sage doit rechercher par dessus tout. Ses entreprises sur les droits de la ville de Neuchâtel , bien que blâmables en elles-mêmes, amenèrent un grand bien par les traités d'alliance et de combourgeoîsie perpétuelle que Berne contracta, l'un avec le comte , l'autre avec la ville de Neucliàtel , en telle sorte qu'en cherchant à molester ses sujets, Coorard, sans s'en douter, provoqua des alliances, lesquelles par singulière fortune n'ont fait qu'accroître les privilèges des sujets, et favoriser d'âge en âge la merveilleuse prospérité de ce fortuné petit état.

Le comte Conrard eut deux femmes : i" Marie de Vergy , mère du comte Jean de Fribourg, successeur de Conrard : 2° Epside de Beauce, de laquelle il eut un fils nommé Diebold^ lequel après la mort de Conrard, n'ayant rien à voir ni à foire à Neuchâtel, se retira dans les grandes et belles terres de sa mère en la Beauce et la Bourgogne, sans que j'aie pu trouver trace aucune de sa destinée.

Conrard fut enseveli dans le mausolée des comtes de Neuchâtel, en l'église de Notre-Dame. En tous les actes et diplômes, il s'intitulait : comte de Fribourg et de Neuchâtel, landgrave de Brisgau, seigneur du f^al-de-Morteau y et de neuf autres seigneuries, situées tant dans les deux Bourgognes qu'en la Beauce.

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