‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 4 sur 32 · DES CHANGEMEKS EN BIEN ET EN MAL V 9L1IVENUS JUSQU'A NOS JOURS · texte numérisé non relu

DES CHANGEMEKS EN BIEN ET EN MAL V 9L1IVENUS JUSQU'A NOS JOURS

Sans remonter au déluge, comme font plusieurs hi&toriens, je me bornerai à exposer ce que j'ai trouvé de concordant siv la généalo^e du sort politique et seigneurial de ce pays : nécessaire est-il toutefois , pour avoir d'autant mieux cette chaîne ou généalogie pcditique, d'observer par exorde, et aussi brièvonent que pos^ble, les choses- suivantes.

Ce pays disait partie de l'ancienne Helvétîe, laqudle contrée, après avoir été conquétée par les Rconains, iat envahie par les peuplades belliqueuses du Nord , entr'autres par les Bourguignons, au 5°° siècle, qui s'emparèrent de la Séquanie ou Franche-Comté d'aujourd'hui , ainsi que de la partie occidentale de FHelvétie, en laquelle était situé Neuchâtel. Les Helvéliens occidentaux et les Séquanais, unis aux Bourguignons, élurent Gondicare pour leur roi; premier royaume de Bourgogne. Les Allemands s'élant emparés du reato del'Helvétie, les Helvétiens forent ainsi séparés, pendant près de cent ans que dura ce premier royaume de Bourgogne. Les Francs serendirentmaîtresdel'Hel-

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véûe orientale, après en avoir chassé les Allemands, et de l'Helvélie occidentale, après avoir subjugué les Bourguignons. Ainsi fut réunie toute l'Helvétie qui demeura environ 55o ans sous la domination des rois Francs ou Français de la première et deuxième race. Depuis la mort dt Clotaire jusqu'à celle de Charles- Ic-Gros (ensuite de la mauvaise politique qu'avaient les princes Francs de partager leurs états entre leurs enfans), l'Helvétie fut séparée cinq fois : l'Helvétie occidentale, en laquelle Neuchàtel était compris, fit partie du royaume d'Orléans ; l'Helvétie orientale appartint au royaiune d'Austrasie. Charles-le-Gros , décédé sans enfans, laissa ses états dans une grande confusion : l'Helvétie orientale resta soumise aux empweurs qui la firent gouverner par des ducs et des comtes , au nom de l'empire; l'Helvétie occidentale confëra la royauté au comte Rodolphe de Strallingue, couronné à St. Maurice, l'anSSSj second royaume de Bourgogne, lequel subsista environ 1 5o ans, sous quatre rois. Après la mort de Rodolphe lU, dit te Fainéant, le dernier de ces quatre princes , deux de ses proches se disputèrent sa succession; l'empereur Ccoirad II dit le Sa- Uque, duc de Franconie, et Othon, ou Eudes, cwnle de Champagne. Selon le sentiment de quelques écrivains allemands, Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, avait désigné pour son successeur,, quelques ann^ déjà avant sa mort, Henri son neveu, fils du susdit empCT^ur Conrad U , en telle sorte que celui-ci guerroya proprement pour son fils Henri. Quoiqu'il en soit, Conrad victorieux se fit couronner roi de Bourgogne à Genève, le a février io54 (quelques-^uos disent

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en io55), et vint de recbef mettre le siège devant Neitchàtel, qu'il avait été obligé de leva: au nK>is de no~ vembreio35; cette ville tmaït pour le comte de Champagne : Conrad irrité la iprit et la brûla. Qudque temps après, il remit le royaume de- Bourgogne à son fils Henri I qui fut sacré à Soleure en io38. Henri I eut pour successeur son fils Henri II, auquel succéda son fils Henri UI. 11 est à propos d'observer que ces trois Henri lurent empereurs sous le nom d'Henri III, IV et V, et que c'est à cause de cela , sans doute , que plusieurs écrivains allemands ont cru et dit qu'à La mort de Rodolphe-le-Fainéant, le second royaume de Bourgogne avait été détruit et réuni à l'empire; en quoi cwtes ils se trompent, car quand bien Conrad-le-Salique et les trois Henri, ses descendans.et ses successeurs, n'auraient pas obtenu la couronne impénale, il est clair qu'ils auraient été tout également rois de Bourgogne, ni pins ni moins : par ainsi donc, le royaume de Bourgogne ne fiit point détruit, en passant des mains des Stratlingues en celles des princes Franconiens; oe ne lut qu'un changement de race et de dynastie. Toutefois certain est-il que ces nouveaux rois de Bourgogne ayant porté la couronne impériide, toute l'Helvélie fiit alors sous le même chef, et y resta plus, de 300 ans, jouissant de diverses libo'lés et privilèges consid^^les; elle était gouvernée -dans la partie occidentale par des recteurs, vassaux des rois de Bourgogne empereurs, et dans la partie orientale (aîn^ que je l'ai déjà dit) par des ducs et des comtes, vassaux de l'empire.

Mais les uns et les autres de ces vassaux profitimb

des broailleries de ces empereurs avec les papes, qui firent éclore les Guelphes et les Gibelins, enianlèrent mille désfu'dres et détruisirent toute autorité, les dits rassaux helrétiens, dîs-je, se rendirent indépeudans, à l'exemple des grands seigneurs d'Allemagne et d'Italie. Car en ce temps s'accrut et se propagea de toute part la monstrueuse forme féodale, laquelle éclipsa toute règle, anéantit la pmss3n<£ publique et légale,, et bouleversa tout. En telle sorte- que, vers le milieu du i3"' siède, l'Helvétie ne fut plus sou& le même chef. On vit les comtes de Savoie s'emparer du pays de Vaud; les évéques de Lausanne se rendre souverains dans une partie de leur diocèse; et au commencement du i4'" siècle (temps auquel commença sans bruit la Confédâ-ation helvétique, par après si glorieusement fortifiée et assurée sous l'empire d'Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg), on voyait dans la partie occidentale des viUes impériales et libres par œncessions de l'onpire, telle que Soleure et Berne; des princes eccléàastiques du premier rang, tels que les évéques de Bâle, de Lausanne et de Genève; des comtes de premierrang, tels que ceux de Kibourg, de Habsbourg, de Savoie (ceux de Neudiàtel venaient d'être déchus du dit premier rang par des causes et occurrences que je déduirai ci-après), des comtes du second rang, tels que ceux de Neuchàtel, de Aomont, de Gruyères, deNidau, d'Arberg etc., des vassaux considérables relevant des susdits comtes, tels que les seigneurs de Valangin, les barons de Grandson, de Lasarraz et une multitude d'autres. J'entends par seigneurs du premier rang ceux qui rdevaiait directement de l'empe-

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reur comme chef de l'empire, ou comme ancien roi de fiourgogne; par seigneurs du second rang, ceux qui tenaient des arrière-iîefs de l'empire, en relevant directement d'un seigneur du premier rang. La partie orientale de l'Helvétîe élail sur le même pied, avec celle différence qu'étant plus voisine de l'empire et de la main des empereurs, ceujtrci y eurent un peu plus à dire pendant quelque temps encore.

Cette exposition préliminaire et aussi In'iève qu'il m'a été possible, m'a paru nécessaire pour apercevoir un peu de lumière au regard de ce pays , dans la trace des changemens successifs arrivés au domaine et à la forme seigneuriale de l'Helvétie occidentide, à laquelle Neuchâtel appartenait : j'ajouterai encore que cette Helvéde occidentale qui faisait autrefois partie du royaume de Bourgogne, portait aussi les noms de petite Bourgogne, de Bourgogne mineure ou de Bourgogne cisjurane ou transjurane , termes purement re* lalifs vice versa, tout cœnme le furent autrefois ceux de Gaule cisalpine ou transalpine au temps des Romains, Cette petite Bourgogne ou Helvétîe occiden- U\\e était au midi et à l'orient de l'ancienne et grande Bourgogne , et décrivait une ligne depuis le Doubs , par BeUey, Bimne, Moral, Fribourg, les montagnes de Gessenai jusqu'à Martigny en Valais; par ainsi elle contenait une partie de l'évêché de Bàle, tout le pays deNeuchâtel, une partie des cantons de Barnc et de Fribourg, tout le pays de Vaud, le bas Valais et Genève ; à quoi , si l'on ajoute la Savoie et le pays de Gex , on aura la juste contenance de cette petite Bourgogne.

Quand bien la remarque suivante s^nble sortir de

ma madà« , je ne la crois pas toutefois inutile. La Ëingue romane ou romande , rustico-romana, qui distinguait l'Helvétie oceidentale, et qui n'était aub% que le patois de nos jours, doit son origine, selon toute apparence, au latin des Romains mêlé avec le langage celtique du pays; ce jargon, qu'on nomma roman, s'y est maintenu, à cause, sans doute, que cette partie occidentale ne fut point eoTahie par les Allemands , et qu'elle a été beaucoup moins longtemps sous ta domination directe des Francs, qui parlaient le tiidesque ou allonand; au lieu que l'Helvétie orientale inondée par les Allemands , fut ensuite plus directement et bien plus longtemps soumise aux Francs , par où dut s'y établir la langue allemande qu'on parle aujourd'hui. U me semble que cette observation fortifie l'exposition préliminaire qui précède. A quoi j'ajouterai que, par un décret du quatrième concile de Tours en8i5, il fut ordonné de prêcher en langue tudesque ou aUemande (lingua theotisca) dans la partie de l'Helvétie qui parlait franc; et en langue romane (lingua rustico-Tomana) , dans la partie qui parlait gaulois; partout la langue romane ou romande étant devenue dès les commencNnens du 9' siècle, celle des pônes et des actes publics, dut nécessairement se fortifier et se maintenir dans nos contrées.

Après ces diverses annotations et remarques formant mon exorde et servant à indiquer fort sommau^ment les principales révolutions arrivées dans l'Helvétie avant et pendant les siècles les plus ignorés du gouvernement féodal , il s'agirait maintenant de rechercher plus particulièrement ce qui, dans ces. siècles barbares, se

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trouve avoir un Tappca-I direct à la partie de l'Helvétie qui comprend l'état de Neuchâtel d'aujourd'hui; quels en ont été les seigneurs ou sires, quelle a été la na-' ture de leur fief et la forme ■ de leiu* administrationi Certes, ce serait présomption, voire folie toute pure, de vouloir entreprendre pareille déduction > quand la lumière manque, faute de documens. Je ne méprise rien tant que les M>les en la généalogie des états, comme en celle des faimlles privées , quand bien la pratique en est commune et toute &cile. Il faut donc se borner, ce me semble , à voir et comparer ce que les plus doctes écrivains du vieux temps nous ont transmis sur cette obscure matière, tels que Lazius, Frising, Stumpf, Sundehymius; Munster, Guilli^ mann, Fontus, GoUut, Siettler, Paradin, Simler, Plantin et autres.

Entre ceux-là, quelques-uns assurent qu'au huitième siècle, Ottobert, issu des rois Francs, fut fait prince du pays qui borde le Jura, et que ses descendaus ayant partagé cet héritage, Memphus, vers l'an 81 5, eut à sa part Neuchâtel , l'Erguel, Bienne, Nidauet Arberg. Les mêmes écrivains assurent aussi que les ducs de Zeringhen, les comtes de Kïbourg et ceux de ïlabsbourg sortaient de la même tige que ce Memphus, et déduisent les terres de leur partage; cda peut-être, et je dis seulement que ces docteurs le rapportent ainsi , citant entr'autres preuves les armoiries desanciens comtes de Neuchâtel de la première race, qui retenaient en leur écu même pal et devise que les anciens rois de Bourgogne , ainsi que le firent semblaUement les premiers ducs de Zeringhen et les

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comtes deKibourg et de Habsbourg, mais qu'ils changèrent dans la suite; ce que j'ignore : seulement sail- ■on assez positivement que nos premio-s comtes connus portaient en leur écu à-peu-près comme les rois strallingues.

Or^ si nous ajoutons foi aux assertions de quelquesuns des écrivains sus-nommés, les descendans de ce Memphus ont formé la première race des comtes de Neucbâtel, sans interruption jusqu'à Louis, par qui elle s'éteignit sur la fin du quatorzième siècle. C'est ocUe que nous appelons la maison de Neuchâtel : mais on n'indique pas les noms des premiers successeurs de ce Memphus en la seigneurie de ce pays; ou s'il en est fait mention ci ou là, ce n'est qu'en passant et d'une manière peu certaine, jusqu'à Ulrich, comte de Fœni, Fenis, ou Finetz, lieu connu es environs de Nidau, et où le dit comte avait un fort château.

Quelques-uns assurent qiw l'empereur Conrad, dit le Salique, dont il a été parlé plus haut, après avoir reçu la couronne de Bourgogne, inféoda Neuchât^ à cet Ulrich , avec titre de haut baron de Bourgo^ie en l'an io33, et selon d'autres, en io34- Quelques-uns prétendent que cet acte ne fut qu'une rénovation de fief, qu'ils placent en l'an i o35; acte par lequel Ulrich reconnaissait le nouveau roi de Bourgogne pour son souverain, en même temps que le dit Ulrich est représenté comme successeur et descendant des grands vassaux de la petite ou mineure Bourgogne, possédant des terres considérables le long du Jura , assavoir Neuchâtel et les pays adjacents du lac de Bienne. D'autres, enfin , disent que cet Ulrich était un seigneur bour-

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:gi]ignon de la maison (le Neuchâl«t en Bourgogne, paroles équivoques par lesquelles plusieurs ont cru qu'il y avait au oozièine siècle, dans la grande Bour->gogne, des seigneurs et grands vassaux du premier rang, portant le nom de Neuchâtd et toutefois autres que nos sires; grossière erreur qui me fut certifiée à Dolepar deséruditsen 1666; dVutânt que notre Neuebâtel, aujourd'hui en Suisse, était alors en Bourgogne. Et, s'il m'est permis de dire mon sentiment, ou bien plutôt ma conjecture, il me paraît vraisemblable, 1° que cet Ulrich était seigneur de ce pavs, c'est-<i-dire de Neuchâtel en Bourgogne, lieu que les plus anciens documens connus dé^gnent par ces mots Tiovutn castrum in Burgvndia ou bien iuper lacum ou ad nigras montes, pour le distinguer de plusieurs autres lieux que des châteaux reconstruits disaient appeler Meu&hastel, r^eufchâteau, ou Châleauneuf. 3** Qu'à l'avènCTnent de l'empereur Conrad au trône de Bourgogne, il ne Ait question de la part du dit Ulrich, que d'une reprise de fief, ou même d'une simple prestation de foi cl hommage à son nouveau s^gneur dominant, me confirmant en cette opinion par diverses choses que rapporte le docte écrivain remm burgundicarum. Le sentiment de plusieurs chroniqueurs est aussi que Rodolphe III, dit le Fainéant, dernier roi de la mais(Hi de Strathngue et de la première dynastie du second royaume de Bourgogne, avait déjà inféodé au dit Ulrich de nouvelles terres en amplification de fief, en 1029 ou io3o; mais on ne nous spécifie pas quelles étaient ces terres, ni si elles étaient situées en la grande ou petite Bourgogne. La

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plupart s'accordent à dire que notre Ulrich était parent du roi Rodolphe III; maïs un allégué sans preuves ne présente que des mots , et je ne vois d'un peu probant que le rapport de leurs écus et devises dont j'ai déjà parlé. Quoiqu'il en soit, la fin que je me propose en ces recherches étant de les rendre utiles et profitables à ceux de mes enfiuis qui s'adonneront à ta chose publique, et de leur éviter un pénible travail, s'ils ont le louable désir d'apprendre, je dois moins viser à découvrir le vrai dans la niût de ces siècles d'ignorance, qu'à remarquer seulement le plus |HX>bable, car il faut renoncer à l'évidence entre tant d'opinions par fois discordantes.

Ce n'est ici le lieu où j'ai dessein de déduire la filiation généalogique et la succession des différentes races de nos ^res ; matière qui formera la seconde partie de cet écrit, et qui contiendra l'indication sommaire des choses principales qui ses ont passées sous chaque règne.

Cette première partie est destinée principalement à suivre des yeux autant que la chose est possible , le s<H't politique et seigneurial de nos sires, long-temps vassaux considérables et immédiats des r<HS de Bourgogne et partant seigneurs du premier rang , duquel ils déchurent par la rigueur des occurrences sur la fin du treizième siècle, pour ensuite se relever et se maintenir seuls au miheu de l'écrasement général de tous les grands seigneurs de la Suisse sans exception, yoire devenir princes souverains par la grâce de Dieu, tels qu'ils le sont depuis aoo ans , chose bien singulière et certes toute remarquable. L'examen des révo-

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lutions survenues dans la nature et forme de leur seignairie me semble une matière curieuse et importante en ce temps on la race actodle de nos j^nces est prêle à s'éteindre; car à cette extinction qui ne peut être bien éloignée, il faut s'attendre à de grands discords et désarrois entre pluàeurs soi-disant ayantdroit, qui élèveront de fortes contestations; et tel deviendra peut-être souverain de ce pays, auquel on ne pense guères. Ce prochain et nécessaire événement de souveraineté ouverte m'occupe fort l'esprit; et, comme madame la duchesse de Nemours, sœur curatrice de présent, en me déjetant, me laisse tout loisir, j'ai de»sein, après avoir parachevé cette nqtitre, d'examiner et travailler le dit grand objet de prochaine succession : possible que mes pensées à futur ne seront pas conformes à celles de ma dite dame, lesquelles me sont bien connues. Mais revenons « la matière annoncée, et pour cet effet, il faut retoimier en arrière et nécessairement répéter certaines choses déjà dites, afin de mieux exposer de suite les divers changemens arrivés successivement en bien et en mal en la seigneurie de ce pays. D^abord nous n'avons connaissance assez spéciale de Mem|dins et de ses premiers descendans et successeurs, pour nous y arrêter; seulonoit voyons nous par le commun avis de plusieurs écrivains, qu'ils lurent de grands seigneurs tenant une partie du Jura sous la mouvance des Francs, au ressMt du royaume d'Orléans : vraisemblable est -il que leur autorité fut peu limitée, surtout sous le règne de Cbarles-le-Gros et pendant les désordres qui suivirent sa mort.

Ces désordres ayant donné naissanee au second royaume de Bourgogne en 888 , tout le Jura en fit partie, et par ainsi le seigneur de Neuchâtel en devint le vassal immédiat. Mais quelle lut l'espèce de vassalité et le degré d'autorité des seigneurs ou sires de Neuchâtel, sous les quatre règues de la maison de Stratlingue, laquelle forma la première dynastie du second royaume de Bourgogne? C'est ce que je ne puis voir clairement, ni bien apprendre nuUe part; ils sont indiqués çà et là comme vassaux considérables, titrés de sires ou de hauts barons, dominide novo casiro super lacum.

A la mortde Rodolphe III, dit le Fainéant, le dernier des Stratlingues, commença la seconde dynastie des rois du deuxième royaume de Bourgogne, par l'empereur Conrad, dit le Salique, couronné roi l'an I o53 ou 1 034. Conrad eut pour successeurs au royaume de Bourgogne Henri I" son fils, Henri II, son petitfils, et Henri III, son arrière petit-fils, lesquels trois Henri fiirent aussi empereurs sous les noms de Henri III, IV et V, ce que je répète ici pour mieux éviter une certaine confiiBion qui se trouve en quelques écrivains qui n'ont pas assez distingué les dîff^ntes dynasties ou races des rois de Bourgc^ne, et les noms, surnoms et titres divers des dits rois; par où j'ai été induit moi-nàême en des erreurs historiques, lorsque je composai, l'an 1664, l'écrit susmentionné, comme aussi dans la troisième partie de mon traité sommaire ^J^fi, desquelles erreurs je suis bien aise de foire ici réparation. Conrad et les trois Henri, tous empereurs, sont dénommés par plusieurs, au regard de la

Bourgogne, rois aUenumds ou iraoconiens^ vu qu'ils étaient ducs de Frauconie.

On demande quelle figure firent les sires de Neuchâtel sous ces rois allemands? Les historiens s'accordent à dire qu'à la mort de Rodolphe-le-Fainéant, dernier des Stratlingues, Othon comte de Champaime, compétiteur de Conrad-le-Salique au royaume de Bourgc^ne, entra l'an io35 dans la Bourgogne mineure à la tête d'une armée, et s'empara de plusieurs villes, entr'autres de Neucbàtel; qu'à cette nouvelle Conrad accourut, mit le siège devant Neuchâtel, lequel il fut contrant de lever à cause de la mauvaise saison, mais qu'au printemps suivant, il assiégea de nouveau cette viUe, la prit et la brûla. Au milieu de ce récit sur lequel il n'y a pas diversité d'opinions, on ne nous apprend pas quel parti suivit le seigneur du lieu; seulement parait-il qu'il senommait Ulrich, et qu'il se retira ■ en son fort chastel de Feniz , en attendant que la guerre eût décidé du sort des compétiteurs à la couronne : du moins certain. est^il (si l'avis de plusieurs chroniqueurs est certitude), qu'en io54ou io55, im Ulrich, nommé par les uns comte de Fœni , Feniz ou Finetz, par les autres comte de Neuchâlel ou de Strasberg ou bien de Hassembourg, était sîre de Neucliàtel; seulement y a-t-il diversité d'avis en ce point que les uns disent que ce fiit par inféodation de Conrad-le-Salique, couronné roi de Bourgogne, et que les autres pensent que ce ne fiil qu'une confirmation et rénovation de fief. Quoiqu'il en soit de cette question déjà examinée ci-dessus, nous découvrons du moins avec assez d'apparence un sire ou seigneur de Neuchâtel nommé Ul-

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rich, vassal immédiat du roi de Bourgogne, et partant, seigneur du premier rang.

Tous les écrivains représentent la domination des trois Henri, successeurs de Conrad-le-Salique, comme faible et décharnée, d'autant qu'ayant tous été empe» reurs, ils s'étaient plus occupés de l'empire que du royaume de Bourgognej en telle sorte que sous cette dynastie, l'autorité royale avait été réduite à la haute souveraineté, au ressort et à la mouvance, vu que les grands seigneurs du royaume qui occupaient les grands fiefs et dignités héréditaires, s'approprièrent aussi les terres du domaine, la supériorité immédiate et les droits royaux.

Les comtes de Neuchàtel durent donc prendre d'autant plus aisément part à ces augmenlations ou usur^ pations de puissance et d'autorité, que leurs posse^r sions étaient pour lors bien plus étendues qu'elles ne le sont de nos jours; car pour se faire une juste idée de leur vrai pourtour, il faut ajouter au comté d'aujourd'hui (moins lé Vaux-Travers, Verrières et Brévine, district acquis dès lors par échange contre des terres et fiefs situés en la grande Bourgogne), il faut, dis-je, ajouter une partie de l'Ergiiel, tomber sur Bienne, de là tirer une ligne vers Buren, pour ensuite embrasser le territoire d'Arberg, d'oii par tme ligne dirigée sur le mont du Vully, et qui comprendrait une bonne partie du dit mont, on terminerait Tenceinte par une dernière ligne tracée dès et comprise la seigneiu-ie de Legnores en droiture jusqu'au château de Thielle.

A la mort d'Henri lU, roi de Bourgogne, le dernier

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des Allemands ou Fraoccmiens et cinquième empereur du nom, décédé à Utrecht sans enfans, l'an iiaS, le royaume de Bourgogne fut exposé à de longues et cruelles guerres, dont il est nécessaire de connaître les causes et les résultats : c'est le seul moyen d'apercevoir et de suivre le sort du fief de Neuchâlelj encore ne serace que fàiblonent et le plus souvent par voie d'induction, vu que les historiens nous laissent sans spécialités sur ce sujet, et qu'il est inutile de chercher des actes et titres publics à cette date. En consultant ce que les plus estimables écrivains du vieux temps ont dit de concordant, je résume ce qui suit.

Lothaîre de Saxe ayant été élu empo-eur, fit sommer le comte Renaud, le plus puissant des vassaux de Bourgogne, de lui rendre hommage, disant que par le décès du dernier des Henri sans postérité, ce royaume était retour né à l'empire. Renaud, qui tranchait du souverain, prétendant être hériti^ du dernier roi, refusa l'hommage exigé, soutenant que la Bourgogne n'avait jamais relevé de l'empire, et que ce n'était pas à raison de cette imaginaire relevance que Conrad II et les trois Henri, tous empereurs, avaient été rois de Bourgogne, maïspardroitde succession héréditaire; réponse, certes, bien sensée et digne d'annotation.

Lothaire pour e&ctuer son projet et maintenir le prétendu droit de l'empire, confêra au duc Conrad de Zéringhen le rectorat sur la Bourgogne pour et au nom de l'empire; mais le doc de Zéringhen ne put en jouir tranquillement. Le comte Rwiaud ne s'y soumit jamais et lui fit la guerre toute sa vie.

L'empereur Lothaire étant mort l'an iiZS; il s'éleva

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- âa-

un autre prétendant au royaume de Bourgogne; ce fut Conrad duc de Souabe, lequel par Agnès sa mère, sœur du dernier Henri, était neveu de sang de ce roi défunt, dont la succession était réellement ouverte et compétait à ce neveu , selon le propre langage du comte Renaud ci-dessus rapporté , vu qu'aux us de Bourgogne les filles succédaient au défaut des mâles. Ce duc de Souabe étant deveriu empereur bientôt après en iiSg, sous le nom de Conrad IH, proposa à son frère Frédâ-ic de se déclarer roi de Bourgogne, comme étant aussi neveu et légitime héritier du dernier roi Henri DI , empereur cinquième du nom. Frédéric de Souabe, dlans le dessein de rétablir le royaume de Bourgogne dans son pristin état d'indépendance, commença par attaquer le duc de Zéringfaen, institué naguères recteur de la Bourgogne de la part de l'empire par'Lothaire; il s'empara de Zurich et poussa droit au château de Zéringben, ce qui obligea te recteur d'implorer les bons offices de l'empereur Conrad lU . Tout ce train de guwre fui inutile à Frédéric de Souabe, et ne servit qu'à accroître la puissance du comte Renaud, qui entra dans la Bourgogne mineure, et s'empara d'une bonne portion del'Uchtland ouNeuchlknd, district qui comprenait une partie des cantons de Berne et de Frd>ourg d'aujourd'hui. On peut dire qu'aux années ii44 '^^ 1 145, ce comte Renaud était par le fait souverain de la plus grande partie de la Bourgogne.

Le recteur duc Conrad de Zéringben étant mort en la même année que l'empereur Conrad lU, assavoir l'an 1 iSa, Berthc4d IV, fils et successeur de ce duc recteur., entreprit de venger la mémoire de son

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père, et porta le fer et le feu dans le pays du comte Renaud qui était mort en 1 146, n'ayant hissé qu'une fille, nommée Béatrix , en possession de ses vastes domaines, sous la tutelle de son oncle Guillaume de Vienne, comte d'Auxonne. Cette expédition du recteur Berthold n'alxHitit qu'à .désoler le pays.

Frédéric l", dit Barberousse, duc de Souabe, neveu de l'empereur Conrad III, étant monté sur le trône impérial «1 i i5a, ne tarda pas à renouveler les prétentions de sa maison siu* le royaume de Bourgogne, et fut plus heureux que ses oncles. Il se mit en campagne pour soumettre les grands vassaux qui faisaient les souverains dans la grande et petite Bourgogne; par le succès de ses armes et encore plus par son mariage avec Béatrix, fille et h^itière de Renaud, tout fut mis eu ordre. Entr'autres stipulations, il fut réglé l'an 1 156, que la Bourgogne mineure resterait au recteur Berthold duc de Zéringhen, et qu'il y serait même ajouté l'avocatie sur les trois évéchés de Lausanne, Genève et Sion. Le recteur obtint encore l'Uchtland ou Neuchtland, en fief de l'empire. Tout le reste des états de Bourgogne demeura en propre à Frédéric I" ou plutôt à Béatrix sa femme, et il en fat formé un état héréditaire, sous le titre de comté palatin de Bourgogne, qui depuis lors ayant passé aux héritiers, entra dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bom-gogne, fille et héritière de CharlJe*-le- Hardi, avec Maximilien d'Autriche. C'est la Franche- Cranté d'aujourd'hui, que lé roi àt France Louis XIV enleva il y a qoriques années à la maison dîAutriche, branche d'Espagift.

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Or, oD voudrait savoir quel rôle ont joué les comtes de Neuchàtel pendant ces gvmres et troubles dont je viens de fàise le récit abr^é. Constamment vassaux du royaume de Bourgogne, snrvîrent-ils le parti du comte Renaud, ou celui des ducs de Zéringhen recteurs, ou bien celui des [H*inces de la maison de Souabe? Je ne trcmve nulle part qu'ils se soient déclarés pour l'un ou pour l'autre de ces oontendans : par ainsi il est fort probable^ ce me semble, qu'ils demeurèrent à fleur d'eau, comme on dit, afin de suivre avec plus de facilité le mouvement de la plus forte vague : sentiment conforme à l'esprit de conduite que nos anciens sires semblent avoir tous hérité les uns des autres en préciput, par lequel admirable esprit de sage ccaduite et adroite politique, les dits comtes de Neuchàtel sont les seuls grands seigneurs séculiers de toute la Suisse qui se soient consCTvés, voire jusqu'à se rendre souverains indépendans, tels qu'on les volt maintenant; observation que je répète ici, parce que c'est une des cbose&les plus suiprenantes de l'histoire moderne, et qui n'e^ point autant remarquée qu'elle mérite de l'être.

Mais à cette paix conclue en 1 156, qui fixa le lot de Béatrix femme de Frédéric I*' Barberousse, et qui attribua au recteur duc de Zéringhen la petite ou mineure Bourgi^ne, on demande si le cwnte de Neuchàtel rendit hommage au comte palatin de Bourgogne, ou aux recteurs, ducs de Zéringhen, lesquels recteurs restèrent en possession de la petite IBourgogne jusqu'à la mort du-flernier qui décéda sans enfàxis en Tannée

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JIB — Ia plupart des écrivaina, singulièrement les do«>' leurs allemands, assurent que les comtes de Neuchitd reconnaissaient les ducs de Zérin^ien pour leurs supérieurs directs en qualité de recteurs de la part de l'empire : et quand bien les doctes d'Allemagne ne sont pas toujours à croire, lorsqu'il s'agit de la juridiction impériale, vu qu'ils voudraient que le mtmde entier relevât de Tempire, il faut convenir qu'en ce présent cas leur décision est toute vraisonblable, puisque i" Neuchàlel faisait incontestablement parue de la petite Bom'gt^jpoe; a" les ducs de Zéringhen ayant été institués recteurs de cette petite Bourgogne, c'est^ à-dire, seigneurs dominons sous la redevance de Yempire, avaient droit à l'honnnage des comtes de Neuchàtel, et les y auraient contraints par leur puissance et voisinage, en cas de refus; 3° divers traits rapportés par i^usiears écrivains indiquent de grandes et constantes liaisons d'amitié entre les ducs de Zéringhen et les comtes de Neuchàlel, ce qui n'aurait pu être, si ceux-ci s'étaient soustraits à l'hommage qu'ils devaient à ceux-là; 4° ^' dans le cours des guerres que Renaud fit avec succès au premier recteur Conrad duc de Zéringhen , il arriva peut-être que le' comte de Neucfaàtel ait été contraint de rendre au dit Renaud victorieux un hommage passager, ce ne put jamais être qu'un acte censé extorqué par force majeure; le dit hommage paraissant ne pouvoir regarder légalement que le recteur, seul seigneur de droit, tandis que Renaud ne l'aurait été que de feit. Ainsi me paraît-il qu'on peut argumenter sur cette question en l'absence des preuves; car il serait inutile de chercher

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des titres et documens pour nous édaircir sur le dit hommage.

Bien est-il vrai que cette distinction du droit et du fait, tant usagée par les juristes en madère de souveraineté, n'est souvent qu'une pauvre dépense de paroles toutes vaines. Car bien que l'histoire générale lasse mention de quelques états électifs et d'autorités souveraines déléguées par la multitude aux tranps anciens et nouveaux, on ne peut ni»- que la plupart des puissances de la terre, pendant tous les siècles connus, ne se sont formées et affermies que par le fait, c'està-dire, par des actes de violence et d'injustice; lequel lait a été ensuite honoré du nom de droit par les lâches ou intéressés cliens des abus de la force; et, pour appliquer cette vérité à notre ancien royaume de Boui^ gogne, il est évident que les princes de la maison de Souabe, Conrad UI, empereur, et son frère Frédéric, tous deux neveux de sang du dernier Henri , ainsi que nous l'avons vu, étaient les successeurs naturels que la loi du pays appelait au trône j en sorte que l'établissement du rectorat par l'empereur Lothaire, ainsi que les états que s'appropria Renaud, et que sa postérité posséda tranquillement, ne furent que des usurpations, que des établissemens de Oùt, dont les docteurs n'ont pas manqué de déduire gravement tout plein, de belles raisons de droit.

De tout cela il résulte la manifestation d'un changement arrivé à la nature du 6ef de Neuchâtel, ea ce que nos comtes, de seigneurs du ja-emier rang qu'ils étaient, commegrauds vassaux de Bourgogne, sous les rois francQiiicns, et probablement déjà sous lesStrat-

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lingues, déchurent de ce premier rang par le fait, c'està-dire , par la rigueur des occurrences qu'amène la force, laquelle obligea nos oimles de recoonaitre l'autorité des recteurs , et les réduisit à la qualité d'arrièrevassaux de l'empire et de seigneurs du second rang.

Mais à la mort du dernier recteur décédé sans postérité en I aiS, qud 6it le sort de la petite Bom-gog^e, et particnlièrement celui du comté de Meuchàtel?

Le retaorat de l'Helvétie retomba sous le gouvernement immédiatde l'empire. En nommant ici l'Helvélie, il convient de remarquer que le rectorat ne comprenait pas seulement la petite Bourgogne ou Helvétie occidentale ou Romane, mais aussi une bonne partie de l'Helvétie orientale ou Allemanique, laquelle était depuis long-tempssous la rdevance directe del'empire, ainsi que je crois l'avoir dqà observé. Or, à l'abolition du rectorat et singulièrement après les trouUes et le long interrègne de l'empire, la petite Boiu'gogne était dans un état bien différent de celui oiî les recteurs la trouvèrent alors de leur institution; car les seigneurs, le haut clergé et pluàeurs chapitres profitant des désordres anarchiques de l'empire, s'approprièrent toute autorité dans leurs tares et méconnurent toute mouvance.

Ces choses sur lesquelles la plupart des écrivains s'accordent en général, sans rapporter des spécialités au regard des comtes de Neudiâtel, indiquent assez que les dits comtes, à la faveur des occurmices, redevinrent seigneurs du premier rang, si même ils ne ftirent tout-à-fait hors de page, pendant une partie du treiziàne àècle.

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— Sft —

Néanmoins quelques-uns prétendent que les comtes de Neuchâtel, ainsi que les barons d'Orbe et de Grandson reconnaissaient à cette époqae la relevance de Bourgogne sous l'arrière-fief de l'empire, et que nosc<Hntes spécialement prêtèrent foi et hommage aux seigneurs de Chàlons en 1 356 et en i a5o : mais il y a certainement erreur, et très grossière, en cette allégation occasionnée par la ressemblance des noms, vu qu'il y avait dans la grande Bourgogne un lieu nonuné Neufchastei ou Neufchasteau, dont les seigneurs, simples gentilshommes, étaient peut-être en ce temps-^ vassaux des comtes de Châlons, ce que j'ignore; mais certain est-il que ce quiproquo de noms se montre manifestement, et a été répété de l'un à l'autre par divers écrivains, lesquels affirment gravement que ce prétendu hommage était légitimement dû et ne dât>geait point au droit dominant de l'empire sur la petite Bourgogne, vu, disent ces docteurs, que la maison de Ghâlons en relevait tant pour des terres qui lui avaient été inféodéesque par sa descendance d'un certain Rejnold, auquel, dit-on, l'empereur Conrad II, dit le Salique, ou plutôt son fils Henri I", roi de Bourgogne, inféoda une grande partie du pays en io45, si l'on en croit les dits docteurs.

Or, commej'aiappris à ne pas ajouter foi tropÊicilement aux historiens, surtout aux préconiseurs des droits et pouvoirs de certains princes, je me contenterai de remarquer que cette suzeraineté prétendue ancienne de la maison de Chàlons sur les comtes de Nèuchàtel, ne pourrait dater que de l'abolition du rectorat et de l'interrègne de l'empire, temps de troubles et de dé-

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«ordres durant lesquels on œ sait trop bien ce qui se passa, si ce n'est force usurpations. Car depuis Conrad le Salique jusqu'à l'inlerrègne de l'empire, c'est-à-dire peodant plus de deux cents ans, il n'est £ut mention nulle part de cette supériorité de Châlons; au lieu qu'il est consenti de tous que NeuchAtel fit loi^iMirs partie de la petite Bourgogne, laquelle fut inféodée aux recteurs : Qr, et par nécessaire conséquence, il semble que lesdits rect^u-s seuls ont eu droit à l'hon^ mage de nos comtes.

Mais sans plaider ici contre l'ancienneté de l'honimage qu'on prétend avoir été dû par les comtes de Neuchàte) à la maison de Châlons, je dirai toutefois qu'il m'est impossible d'en découvrir la raison, pas même l'apparence, quand bien nous voyons par un acte public bien constaté, qui reposait autrefois au trésor des archives de la seigneurie, etqui se trouvemaintenant au château de Trye, que sur la fin du treizième siècle, Jehan de Châlons, deuxième du nom, accusait de félonie Rollin ou Rodolphe V, comte de Neuchâtel, pour avoir tranché du souverain, à l'exemple de ses pères, et secoué f^omme eux toute relevance des comtes de Châlons, ses seigneurs directs.

Malgré le respect que je dois à la mémoire des puissans seigneurs de Châlons, je crois fermement, et certes sur documens, que lem* suzeraineté prétendue ne s'était en- 0(9*6 jamais étendue sur Neuchàtd proprement dit , mais tant seulement sur le Vaux-Travers, les Verrières et la Brévine, terres acquises par notre comte Ulrich IV, en échange de celles qu'il possédait sur la Saône. On sait assez que nos comtes relevaient de Bourgc^ne en

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qualité de barons du Vaux-TVarers, et de plus que ïâ relevance particulière pour cette baronnïe appartenait à la maison de Châlons; ce que je veux faire voir dans la suite.

V«ions maintenant à cet acte public cî-dessus mentionné, qui se U^)uve acctanpagné d'un écrit original de la main de Jehan de Neuchâtel, prévôt du chapitre, onde et tuteur du jeune comte RoUin, lequel dit verbal Jehan de Neuchâtel dressa sur les lieux. Far ainsi nous marchons maintenant avec lumière et documens en mains, en telle sorte que le feit suivant curieux et important, rapporté pardivers historiens avec des couleurs différentes, se trouveconsignéencestitresquej'ai dit être à cette heure au château de Trye.

Rodolphe, comte de Habsbourg, ayant été élu enir pereur sous le nom de Rodolphe I", avait dessein de reslarurer l'empire, et de lui Ëtire restituer les droits et prééminences, usinas spécialement durant l'interrègne, auquelmitfinlecouronnementduditRodoIphe. Quelques-uns disent que ces raisons ne fiirent les seules qui le murent à entrer eu Helvélie avec une formidable armée, enl'aniadd, mais aussi, et voire plus, qu'ayant à cette heure la force en mains, il vouloit venger sa maison, qui avait été molestée grandement par quelques seigneurs du pays, spécialement par les comtes de Neuchâtel : ce sentiment s'accorde assez aveo le récit suivant :

Jehan et Girard de Neuchâtel, l'un prévôt et l'autre chanoine du chapitre de Notre-Dame, tous deux oncles et tuteurs de notre jeune comte Rollio ou Rodolphe V, informés que l'empereur Rodolphe I" assiégeait Berne,

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ajant dessein par après de mettre la main sur plusieurs terres et seigneuries, singulièrement sur le comté de rieuchâtel, sous CfTtùns prétextes, résolurent de conduire le jeune comte Rollîn, leur neveu et pupille, au camp de l'empereur, en vue de l'aj^Kiiser par cette mar^ que de respect et de pleine confiance. Lesdits tuteurs eurent d'abord plusieurs conférences avec Jehan II, comte de Châlons, client, parent et grand ami de Tempe' reur, lequel Jehan de Châlons commença par déduire force plaintes et ^chéries au regard des comtes de NeucMtel qu'il accusait de félonie envers lui et ses pères, ayant refusé l'hommage et foit les maîtres là où ils n'étaient que vassaux, et ne prétendant relever que de l'empire. Toutefois le dit Jehan de Châlons témoigna être disposé à moyenner paix quant à lui, et autant que l'empereur se tiendrait pour content et satisfait, de quoi fort il doutait. Après bien des discours, les parties se concertèrent, mais je n'ai pu assez bien entendre cet endroit du verbal, écrit eu mauvais latin, pour voir clairement si cette intelligence n'était qa'entre Jehan de Châlons et notre comte Rollin , et si l'empereur lui-même ne s'entendit pas aussi avec le comte de Châlons; cette double intelligence me semble toute vraisemblable par ce qui suit.

Le jeune KoUin, accompagné de ses oncles, ayant été admis à l'audience de l'empereur, ce prince montra d'abord une grande irritation, reprochant aux comtes de Neuchâtel d'avoir usurpé l'autorité souveraine et mis toat en combustion dans ces contrées durant les troubles de l'empire, déclarant pour toutes ces causes et telles félonies, sa main-mise sur le comté :

a quoi il ajouta avec paràles de colère <pie la dite conr fiscation n'était qu'un dédommagement de ce que le comte Amédée, 'pére de Rollin, avçit par ci-devant pris, saccagé et Wûlé la ville et château de Habsbcnirg, berceau de ses pères. A ces rudes paroles . et mwiaces, le jeune Rollin', par l'avis à lui sagement suggéré par ses ondes, résigna son. comté entre les mains de l'empn-eur pour en iàire à sou plaisir. Sur ce, le seigneur de Châlons présent et asâstant adressa la parole à l'empereur et le supplia de considérer que les raisons de SB main-mise et œnfiscation , tant bonnes et valables fiissent-elles, ne pouvaient regarder que le domaine utile, et non pr^udicier au domaine direct appartenant à la maison de Châlons.

L'empereur satisfiût par la résignation que Rollin faisait de son comté, en fit remise à Jehan de Châlons, lequel en investit le jeune Rollin, à cha^e de foi et hommage, sauf etréservés les droits domiaansdel'enipire : lesquelles choses furent conclues et stipulées au«amp devant Berne en s^tembre ia88, par acte d'tEwestiture et de reconnaissance qui git es archives de Trye, ainsi que le verbal duquel j'ai tiré ces toutes singulières et importantes particularités, si proja-es à éclaircir les historiens.

Ce fut donc ainsi que par la rigueur d'une. fatale occurrence (et toutefois pas aussi malheureuse par ses suites qu'dle sembloit l'étred'abord), la nature féodale du comté de Neuchâtel fut clairement fixée l'an ia88, épocpae en laquelle ce pays fut déclaré et reconnu fief de la maison de Châlons, sous l'arrière-fief de l'empire. Partant, nos comtes déchurent derechef de leur

primordial rang sur la fin da treiziènie aièole, ayant été réduits par la force, ainsi que noos venons de le voir , à -se reoonnaitre vassaux de Ghâlons et arrièi*-rassaux de l'empire, c'est-à-dire, seigneurs du deuxième rang, après l'avoir été du premier tHÏginairement^ en qualité de grands vassaux immédiats du i-ojaame de Boorgi^ne. Suivons l'enchaînore des choses, et voyons connn«it noscomtesainsidéclmsont par après si bien repris le dessus, qu'ils se disent aujonrd'hui ininces souverains parla gr&ce de Dieu; matière que je n'ai tait qu'indiquer en passant dans le Traité sommaire des fiefs, à l'article' comté de Neuekâiêl; et bien qne j'aie déjà travaillé la dite matière dan8.ina consoltadon de l'an 1664^ je la reprends d'autant phii voltHitiers que j'ai acquis des lumières sur icelle.

Ek d'abord il convient d'observer que cette inéëodation de 1 288 , par laquelle k forme féodale du comté aurait pu élremieux réglée de tous points, consista en deux actes : par l'un , l'empereiu" Rodolphe I" déclare que nobilis vir Rolinus dominus novi casiri super lor' cum a remis entre ses mains, de son plein gré, son château, ville el pays de Neuch&tel , lesquelles choses, lui empereur, à la prière du dit Rollin, ad prêtes prœiUcti RoUni , remet et concède nohili vir&Johanni de CabUione ftatrifidéU nottro carissimo, pour les posséder hri et ses légitimes héritiers à perpétuité en fief d'empire , et l'en investît par les présentas : Dattan m eastris ante Befnàm idas septemhris , indictione prôna armo Domini 1268. Le second acte lut instrumenté par Guillaume , évêque de Lausanne, qui dé-

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chirequ.eKo\iin,domimis<ienovocastrosuperiacuin,» pris en fief en sa présence, nobUiviro domino Joharme de Cahilione domino suo castrum et villam de novo Castro super îacum cum universis juribus, tout et ainsi qu'Amédée, père du dit Rollin et ses autres devanciers, les ont tenus de l'empire romain, quorum j4medeus paler ejus et ipsius- prœdeeessores prœdicta 9naùa et singula, ab imperio romano hactenus temteruTtt etc. Dans le dit acte sont spécialement réservées les choses qui sont du fief de l'église de Lausanne, et il y est déclaré que RoUïn se soumet à la juridiction de l'érêque pour tout ce qui regarde l'aceomplissement des engagements résultants du présent acte : Datum anno Domini 1288, mense septem. Voilà tout; certain -est-il que dans ces deux instruments qui ne disent rien , pas un seul mot sur plusieurs points et cas essentiels, tels par exemple que la nature du fief , quairt àrordre de succession; certain est-il, qu'on y voit du moins clairement que Neuchâ* tel fut soumis en 1 288 à la directe de Cfa&lons sous la dominance de l'empire.

Mais on doit observer aussi i " qu'il n'y est pas dit un seul mot de la prétendue suzeraineté antérieure de la maison de Châlons sur ce comté , et qu'au contraire il y est expressément dit que ce fief avait relevé directement de l'empire;, ce qui justifie le sentiment que j'ai manifesté plus haut au regard de cette prétention, laquelle ne jKtuvait regarder quela baronnie du Vaux- Travers ou peut-être quelques leires seigneuriale» en Bourgogne; a" l'empereur Rodolphe qualifie d'une manièpe égale Jehan de Châlons et notre RoUin, avec

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le même poids et k même mesure : il appelle nobiliv vir domiruu et l'un et. l'autre; ce qui semble indiquer assez, que nos anciens comtes, avant cette occuirence f(H-cëe de laSS, étaient des po-sonnages en possession de quelque chose de plus qu'un fief servant : 3° l'empereur déclare formellanent que Rollin lui remet volontairement Neuchâtel et toutes les choses y appartenantes, qiias idem a noèù et imperio tenebat infeofJum, in manus nostras libère resignavit, lesquelles choses lui empereur octroyé et concède à Jehan de Châlons, à la prière dudit Rollin; d'où découlent deux choses importantes à remarquer : l'une r^ardelemolil' de cette résignation soiHJisant libre et volontaire de la part de Rollin, lequel pour se garantir du pire, convint manifestement de toutes ces choses avec Jehan de Châlons, et par celui-ci avec l'empereur, comme l'indique le verbal ci-dessus mentionné; après quoi on înstrummta. L'autreobjetquî mérite encore plus d'être < bbservé, concerne la grande difiérence que les publicistes et docteurs feudistes mettimt entre Xe^fiefi offerts, feuda oblata, et les fiefs dormes, fewia data. La nature des premiers est tout autrement avantageuse et relevée, les conditions et explications devant toujours recevoir le sens le plus fiivorable au vassal qui a oflFert de relever , et qui est censé ne l'avoir fait que pour acquérir une protection.convenable. Les seconds, au contraire f sont réputés d'une nature onéreuse, parce qu'un fief donné est censé l'être avec des charges et deyoirs imposés par le supérieur; desquelles charges retendue doit s'entendre et s'expliquer en sens rigotu^ux au jJrofit du seigneur direct.

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Cette judicieuse distinction dans la doctrine des juristes s'applique merveîllensement au fait suivant. N(h tre comte Rollin, quoique bien eo possession, et depuis plusieurs années, de son comté de Neuchâtel, trouva toutefois en Tan 1 5 1 1 , que les actes d'inféodation pas^ ses en 1 288 , ne remplissaient pas suffisamment son but, et n'exprimaient pas à son gré divers articles et singulièrement la protection qu'il avait voulu se procurer par la résignation de son fief. A cet effet, et "pour mieux y parveniï' > il offrit à Jehan de Châlons le dénombrement articulé de son fief avec l'hommage, itemandant que dans le même acte fussent spécialement stipulés certains points nullement énoncés dans les actes de l'an is88 : sa proposition tût appointée, et l'instrument qui s'ensuivit fut une vraie infêodatlon, et le premier titre qu'on peut justement appeler de ce nom : dans cçtacte, Rollin prend le nom de Rauls et le titpe de euens et syre ^ Neufchastel seur le lac, en la diocèse de Losanna; Ci après avoir feit et donné le dénombrement, article aj»^s article, des choses et lieux da-pays dont 41 fait hommage, sauf et réservé les dixmes en blé et vioj tfue je tiengs en fié de l Eglise de Nostre-Dame de Losanna, il ajoute ces paroles tontes remarquables : Et est à sçavoir que Oiecfétdté, tiége^ et hommage quejefaict à meyru&et seignour, les faict es us et es costumes de Bourgongne, cel fourme que si je ne awyjre hoir masle, que li oune de mes filles ou desfiiïes de mes hoirs repreint ledictfié et tenit ainsi que je le ay repreis et tieng doit dei'ont dict monseignow Jehan de Chdlon; item que mondict syre me doict porter garante contre tem-

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pereur, sénsi qu'il vossit que je repreisse de t empire le dictfié, qui est en cel temps doufié de mon dict seignourpour raison de f empire, par commandement dou roy Raoul djéllemagne, etc. Cet acte est dat^ de Vificheyao, Tonde grâcenotreSeignour mille trois cent et onfze le venerdy devant lafeste saint Jehan Baptiste au mois de juing.

Certes , voilà des articles importans bien stipulés et réglés; la nature et l'espèce du fief déterminées, aux us de Bourgogne, c'est-k-dire, passant aux filles, au défaut des mâles, par conséquent l'ordre de succession clairement indiqué. De plus, j'aperçois dans les paroles qoe j'ai rapportées, la confirmation de ce que j'ai avancé ci-devant, assavoir, que le but de la résignation de RoUîtt avait été de se donner un prolecteor contre les ressentimens de la. maison de Habsbom^ devemœ tout d'un coup si puissante , en telle sorte que par le péril des occurrences, RoUin préféra de n'être qu'un arrière-vassal et seigneur du s* rang, afin d'acquérir une bonne étaye, ne craignant rien tant que d'être vassal immédiat; aussi exige-t-il dans le susdit acte que Jehan de Chàlons le garantisse spécialement de la directe de l'empereur et de l'empire, conduite, certes, de la plus sage et habile politique. Enfin, je remarque aussi que le langage de Rollin confirme mon sentiment, et que NeuchÂtel ne relevait des princes de Châlons que de ce tems. Ce titre très^mportant, muni des sceaux des parties, est au château de Trye.

Au comte Rollin ou Rodolphe 5, succéda son fils Louis qui rendit hommage poiu- lecomtédeT^eucJiàtel, l'an iSaS, à.Béat]rix de Vienne, mère et lutrice de

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Jehan 111 de Châlons, petit-filsde Jehan II. Par après, en l'an i^Sj, ledit comte Louis prévoyant qu'il ne laisserait que des filles, crut nécessaire d'imiter la conduite de son père et de confirmer et assurer encore mieux à ses après venans la succession au comté par un acte public dans lequel seraient corroborées, voire amplifiées , les clauses et conditions avantageuses jà stipulées, en i5ii. A cet effet, il se rendit auprès de Jehan III de Chàlons, en sa résidence d'Arlay, et là sous le bon pi-étexte de lui faire hommage encore une fois avant de mourir, ensemble lui remettre le dénombrement et la reconnaissance de son fid", il obtint un acte dans lequel rien de ce qui pourrait convenir au comte Louis et aux siens ne parait avoir été oublié. Comme son père, il prend le titre de cuens et syre de Neufchâteli et parlant de RoUin , il le nomme mon cher seigneur et père, messire Raoul vivant comte et seignour de Neufchâtel que Dieu perdoint : suit la conBrmation de toutes les choses, nom |»ar nom, réglées et convenues dans l'acte de i Si i , entre lesquelles plusieurs m'ont paru plus clairement et fortement déduites, voire extendues, telles les clauses suivantes: après avoir rappelé que Neuchâtel est aux us et costumesde Bourgongne, le comte Louis ajoute ; Jncor est asfaooir que si je, le dict Loys ou mes hoirs défaillent sans hoirs masles, que mes fiUes ou les fiUes de mes hoirs oune ou plusieurs du chesaul de Neaf-chastel pourront et dûibront repreiruire et tenir doa dict Jehan monsieur et de suis hoirs les dictsfiés par teUe fourme et manière comme je le dict Lcys les repreins et tiengs dou dict Jehan monsieur. El se

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insiélaît que U empère ou li roi des Romains au temps advenir demandissent â moi ou à mes hoirs choses dou dictjté, le dicl Jehan de Châlon messire et suis hoirs nous doibfent pourteir guerence îeatd contre li dict empère et lidictroi. Ancor est asçavoir queîidict Jehan messyre et suis hoirs sont tegnus et doibvent souès la peine de toutsfiés dessus eecripts dissolver, de moi aider et valoir et à mes hoirs de tout leur pouvoir, contre toutes manières de gens, tondis comme je et mes hoirs voulronttegnir de Uiy et de suis hoirs , elc. Après quoi suit un long dénombrement de choses acquises, tant par le comte Louis quepar Rollin son père, soit en terres et domaines, soit en fîefs et redevances, lesquelles choses sont spécialement. exceptées de la relerance et de l'horomage, comme choses qui à moi et à jnes hoirs demourent et demourer dod>veni et sont de l'héritage et de pur et franc aloudr-, etc. Cet actedu amai-</iCiron^n'7ï«z i SSy, avec le scel de Chàlons.et cdui du comte Louis, est à Trje dans le tiroir qai contient tous les papiers relatifs à la maison de Châlons, lesquels j'ai, tous rangés moi-même en liasses, par matières et sous index^

On peut dire que ce dernier titre est une lâmpe-qui éclaire hien mieux encore' que ceHe de i3ii. Car 1° ç,'està]aàescendasMX du chesaul de JYet^chdtet, au sang de cette maison , par conséqu«it à la postérité des . filles, au dé&ut des mâles, que le comté est assuré à toujours;- a" la nature du fief est exprimée danS cet acte en telle manière que sa relevance parait conditionnée et -dépend d'une protectbn sans bornes envers et contre tous, même contre l'empereur et liera-

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pire, condition sine quâ non : 5° Nous a^^M^noDS par cet acte que tout ce que nos comtes ont acquis depuis le moment de la résignaticm de RtJIin forcée ou voloBtaire en ia88, leur appartient en propre, sans snjéûon , m relevance aucune de la maison de Chàlons { en teMe sorte qu'alors déjà nos comt^ étaient ind^ pfflidans de toute, directe à l'égard de divers ■fiefs et domaines d'arrondissement acquis par eux tant au levant qu'au couchant du comté , comme ils se voient dans la q>écificaUoQ articulée au susdit acte.

Le comte Louis mourut sans postérité mile, et par lui s'éteignit la maison de Neuchâtel , première race de nos comtes. Il laissa deux filles Isabelle et Varenne ouFrena.

Isabelle mariée à Rodolphe de Neudiàtel^ dernier comte de Nidau, succéda à son père Louis au comté de Neuch&tel, et reconnut en plus d'une occasirm la relevahoe de la maison de Chàlons, eotr'autres aux années iSyS et iSyô. On en voit les actes au château de Trye. Isabelle ne laissa pcànt d'enfans.

Conrad comte de Frîbourç en Bris^u, fils de Varenne de Neuchàtel et neveu de la comtesse Isabelfe, lui succéda au comté de Neachâtel , et par le droit du sang et comme héritier institué.

Jean IV de Chàlons , prince d'Orange , manifesta d'abco-d le dessein de s'wnparCT du comté, fo^tendant que par l'extinction de la maiscoi de Tfeachàtel, ce fief était réuni à la directe ; mais après qm'on lui eût &it voir que la nature du firf et les termes de l'acte de i3ii appelaient les femelles au défaut des mâles, il se désista et reçut l'hommage de Conrad en i397>

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Tout^is Conrad s'élant croisé en 1404» Jfiian IV de Châlons profita de l'absence du comte et se rendit à Nenchàtel, où il pratiqua de grandes inleUigences avec les bourgeois dans la vue de se rendre maître du comté, au cas que Conrad périt à la croisade-: le dit priuee d'Orange caressa et mignota tant les bourgeois (ainsi qn'tw le voit par l'information fort curieuse qu'en donna au comte Conrad le chanoine Jean de Diesse, et conservée à Trye), que lesdits bourgeois^ deux ans après, fort irrités de quelques entreprises faites par Conrad après son retour d'Orient, passèrent un acte le i3 août 1406, en feveur de Jrfian IV de Châlons^ prinee d'Orange, par lequel acte lesdits bourgeois de Neuchâtel réglaient gravement l'ordre de sueceasion au comtés au cas que Conrad n'eût pas d'eu&ns. GoOes, c'était se moquer et ciioseJ)ieD honteuse, qu'un prince considérable comme ce Jehan de GbUons b-ailât ainsi avec les sujets de son sujet; cela prouve que tout au commencement du iS' siècle, nos bourgeois le pc»-taient déjà bien haut. Toute» lesqudles démarclies bien absiu^s, d'un côté comme de l'autre, n'aboutirei^àrien, puisque l'an d'après 1407, le comte Ccmrad rendit hotomage pur et simple au prince de Chàlons.

Le comte Jean de Neuchàtd, fils et successenr de Conrad, ne rendit hommage à la maison de Châlons qae sur la fin de sa vie, le 9 octobre 14^3; l'acte en gît aux archives de Tr je , et rappelle ceux de 1 597 et de 1407 sous CcHiraid. Le comte Sean seiit long-tems tnrer l'oreille, et nous allons voir pourquoi.

X^mm-grave Rodolphe de Baden-Hochberg, arrière

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pptit-Bls de Varenne de Neuchâtel, et le plus prochain parent du comte Jehan mort sans postérité, fut son héritier institué, à condition de porter le titre et l'écu de comte de Neuchâtel. A cette nouvelle, Louis de ChàloDs dit le Bon, prince d'Orange, ^^ulut mettre la mai^ sur INeuchâlet , prétendant que ce comté était de la nature et condition des fief» d'empire, et partant ne pouvait passer ainsi de fille en fille à l'infini. 11 envoya une grande députation à Neuchâtel pour notifier sa main-raise par un mandement daté du 28 février 1457, signé Loiûs de Châlons-Orange. Le comte Rodolphe jeuae encore, mais certes déjà sage et habile, avait, tout en arrivant dans ce pays, usé de si bonnes minières, caressant un chacun, et si bien captivé les esprits à Berne et à Soleure , nos alliés et combourgeois, «pw les députés de Châlons perdirent tems et peines. Le comte Rodolphe, tout en ^sant fêtes et civilités aux dits députés, s'opposa nettement à la main-mise, la déclarant nulle de toute nullité^ à quoi il ajouta qu'il consentait que l'archevêque de Besançon désigné dans le testament du feu comte Jehan, exécuteur de ses volontés dernières, jugeât le différent. Les ambassadeurs de Chàlons coururent à Berne pour engager la république à ne prêter aide ni secours au comte de Neuchâtel, lorsque le prince d'Orange viendrait à main armée chasser Rodolphe et se mettre en possession du comté; auquel dessein les Bernois ne voulurent entendre. Sur ce, l'official de Besançon, agréé des deux parts, et ménagé adroitement par Rodolphe, ajourna les parties pour comparaître le vendredi avant pftques fleuries. Elle s'y rendirent par procureurs, et la mise

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en possession du comié fut demandée au nom de Rodolphe, comme descendant de Varenne-, seconde fille de Louis comte de Pfeuchàtel, et ce par les mêmes droits et titres qui avaient rendu Conrad de Fribotvg habile à succéder à la comtesse Isabelle : que Conrad élail fils de Varenne, et que Rodolphe actuellement postulant en était l'arrière petit^fils; or, que le premier ayant succédé comme étant du chésaid de Neufchastel, le second, par ^;alité de raisons^ devait succéder aussi comme étant du même chésaul, vu que le comté était aux us de Bourgogne, où les iilles succèdent au défaut des mâles, appert les actes de i3i I et 1557, etc.; à quoi il Ail.ajouté au nom de Rodolphe et par surabonduice, que la suzn^neté de la maison de Châlons sw Neuchâtel était ^e-méme bien disputable, vu et d'autant que, lors du mariage du feu comte Jehan arec Marie de Ch&lons, Conrad, père du dît Jehan , assura par traité de mariage public et solennel à son dit fils le comté de Neuchâtel pour le posséder , loi et ses héritiers, librement avec toutes ses appartenances et dépendances, sans réserve aucune de foi et hommage à qui que ce soit; auquel acte et traité fut présent et acceptant Jehan IV, de Châloiis, père de la susdite Marie épouse, lequel Jdian de Châlons n'ayant fait aucune opposition, lut cratsé consentir à l'abrogation de la relevance et renoncer au domaine direct : et que si ledit feu comte Jehan ne laissa pas sur la fin de sa vie de faire hommage au seigneur prince Louis de Châlons de psésent, ce fut pour bien de paix, sans préjudice des droits acquis à lui et à ses héritiers par le susdit traité de mariage.

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Les députés de Châlons n'opposèrent autre chose à ce n'est que le comté de Neuchâtel était un fief mâle aux us dAUemagrw, qui ne pouvait être possédé que par les descendans mâles en ligne droite; et pour appuyer leur doctrine, ils eshibèrent certains tîtresque je ne trouve pas indiqués, «t que je ne puis deviner. Bref, Tofficial prononça en faveur de notre comte Rodol|^; k sentence est aux archives de Tvye, ainsi que la plupart des pièces et titres relatifs à ce démêlé; de laquelle sentence le prince d'Ch-ange appela au saint père le pape et au siège apostolique ; on ne sait trop pourquoi, si ce n'est que les papes se disaient encore co-associés à l'empire.

Mais avant que de poursuivre cette aSàire en cour de Rome, Louis de Châlons essaya de rechef de gagner les Bernois. Ses démardies lurent d'autant plus vaines que le cwnte Rodolphe venait de renouvder sagement l'alliance et combourgemsie avec ce canton , le 6 avril i458, et avec celui de Soieure le jour delà St. George-. Ce sage et babîle ^re s'était noiuri de l'excellente doctrine, » bien étudiée et suivie par nos anciens comtes au regard de messieurs des Ugues suisses , persuadés qu'ils étaient que leur tout ccm^stait à se tenir et coller aux dites ligues. De manière que le prinœ d'Orange ainsi bridé par ces deux cantons, de même que par la grande aâêction des peuples du pays pour Rodolphe, singjilièrement celle des bourgeois qui avaient mis en pièces l'acte &meux et très-indécent, passé l'an i4o6, en fiiveur de la maiscm de Châlons^ se rabattit à la voie de la n^Dcîatîon , et proposa au comte Rodolphe de soumettre le dififérent au jugement du duc de Savoye

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ou du duc de Bourgogne. Rodolphe répondit froidement que l'aStire était déjà jugée, et qu'il ét«it en possession. Toutefois et par l'avis du canton de Berne, te comte Kodolphe offi-it foi et hommage à Loois àt Châlons pour les terres qu'il reconnaissait relever de lui , mais sans spécifier lesdites terreG; à quoi le prince d'Orange ne voulut entendre, prét^idant loujonrâ évincer Rodolphe qu'il traitait d'usurpateur.

Ces divers expédiens n'a^nt pu réussir, Louis de Châlons, prince d'Orange, résolut de suivre son appel àRmne, Van i45^; alors était pontife Pie II. Lesparties comparurent par procureurs, et la sentence de l'official de Besançon fut confiritiée en faveur du comte Rodolphe, lequel ayant appris que les agens de Châlons remuaient ciel et terre pour obtenir révision de jugement, résolut d'aller lui-même à Rome, ce qu'il fit au mois de novembre, après avcùr mis le le comté sous la garde et custode des cantons de B^ne et de Soleure, ses bons alités et combourgeois. Le prince d'Orange, apprenantceschoses, courut lui aussi à Rome, et trouvant à son arrivée que le comte Rodolphe avait déjà su détourner la révision de sentence, il se contenta de demander que cette afiaire fi&t sou" mise à l'empereur comme suprême juge /éodal; a qtioi le pape Pie H consentit, même d'écrire à ce sujet à l'empereur Frédéric lïl.

La première pensée du comte Rodolphe fut de s'opposer k ce renvoi,' se fondant sur ce que l'empeareur Albert ayant renoncé )i toute supériorité de la part de l'empire sur les firfs de la Suisse, l'empCTeur régnant n'avait nul droit de jugement en cette affiiire <m« ter*

minée par'deux senteDces.. — Toutefois par son sage et bon estneot, il crut nécessaire avant tout de consûJler les cantons de Berne et de Soleure, et leur dépécha en grande Mte Hugues de Vuillaulans > son écuyer et principal agent et conseiller. Les cantons furent d'avis que Kodolphe ne devait décliner de l'empepeur, aîns se rendre tout d'abord auprès de lui et le gagner par bonnes manières : en eSet, l'empereur fit défense à Louis de Chilons de rien entreprendre sur Neuchâtel, jusqu'à ce qu'il eût prononcé. Et fit tant et si bien notre habile Rodolphe que ladite prononciation resta et reste encore à venir; en telle sorte que la tranquille possession du comté lui étant ainsi demeurée, fut le titre suprieur qui en assura la jouissance à ses descendans , laquelle jouissance |>ar diverses fortunées entrefaites, se convertit bientôt en une souveraineté pleine et indépendante, du moins par le fait. Certain est-il que la conduite sage et bien avisée du ccunte Rodolphe mérite louanges; mais certain aussi qu'il fut merveilleusement aidé par les occurrences , car Louis de Chàlons mourut à la peine de ses poursuites en i4^3; puis Guillaume son fils fut presque toute sa vie prisonnier du roi Louis onzième de France; enfin, tout est allé si bien pour les ajwès-venans de Kodolphe, que cette puissante maison de Chàlons- Orange s'est éteinte l'an i53o en la po-sonne de Philibert.

Far cette longue déduction des démêlés de Rodolphe comte de Neuchâtel avec Louis de Chàlons, j'ai voulu indiquer les causes d'un grand efiet, et montrer comment nos comtes commencèrent au milieu du 1 5' siècle à remonter de rechef au premier rang, pour aller ensuite plus loin se faire et dire souverains.

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Les particularités ci-dessas sont touKs tirées d'une excetlenle pièce que je trouvai aux archives de TVyeî c'e^ le verbal en vieux et jHquant langage^ fort bien composé pjff Hugues de VuiUaufons, lequel récite avec ordre toute cette querelle, en rapportant les |Mèces probanies, chaiyvie en son lieu. Certes, cet homme tarait bien de l'esprit et même du savoir, those remarquable en ces temps où les nobles pour la plupart ne savaient ni lire ni écrire. Et ne suis étonné que le comte Rodolphe en ait lait son principal agent en cette ardue afiaîre, ni que l'admimstralion de ce comte ait été si bonne, sachant si bien choisir ses serviteurs.

Poursuivons : il est certain que durant toute la vie de Rodolphe, il ne fut plus question d'hommage, ni parlé de rekvance. Ce bon et habile prince étant mort ~ en 14S7, eut pour saccesseor son fils Philippe de Hodiberg sous lequel je ne trouve nulle part qu'il ait été fait mention de la maison de Châlons. Ains au contraire, je trouve dans le manuscrit du chanoine Jaques Baillodz (au chapitre des Remarques tirées des registres de la Collégiale), certains faits curieux et qui méritent que je m'y arrête un petit; vu qu'ils indiquent de visibles nuance^ de changemens arrivés en la forme politique et s«gneuriale de ce pays, à cette date déjà.

A peine Philippe était en possession du ccmilé, qu'on vit arriver un messager qui apportait un mandement impérial, par lequri la ville de Neuchâtel était sommée de payer 200 florins d'or pour sa part de la somme imposée au comte Philippe, en sa qualité de mai^ave de Baden-Hochberg. Les minisiraux donnèrent ré-

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poQse par écrit, disant en moqu«-ie que ledit messager pour sûr s'était fourvoyé par les chemins, vu qu'il était venu à Neuchàtel es ligues suisses, conlrée qui ne dépendait en aucune manière de l'empire d'Allemagne. Far ainsi, on voit i" qu'en 1487» c'était déjà chose vulgairemeat notoire, même chez ^ous, que la Suisse était purgée de tout fief de la part de l'empire : 2" Que nos pères alors dé|à se tenaient pour Suisses et ne voulaient tenir à autre territoire qu'à celui des lignes, en quoi la guerre de Bourgogne les avait enti^ement confirmés. Une chose assez remarquable c'est que les ministraux de Neuchàtel aient eu pareille occasioïi de le notifier àremperenr et à l'empire, nettement et par écrit.

Un aub% Élit doit être aussi noté : Le comte Philippe en l'année 1492 * rendit à Ckude de Neuchàtel les terres et seigneuries de Yalmarcus, Gercer et Travers, descfuelks Jehan de Neuchàtel, père dudît Claude, avait été dépouillé par le ccnnte Rodolphe l'aQ i477i pour cas de félonie, et singulièrement pour avoir embrassé le parti de Charles le Hardi contre les ligueb siiisaes. Or^ dans l'acte de remise et de nouvelle inféodation desdites seigneuries , le comte Phi-^ lippe agit et parle en vrai souverain ^ sans réserver aucunement la directe de Chàlons, ni les droits dominans de l'empire. C'est le premier coup de pied venu à ma connaissance, donné publiquement et en fc«-roe par nos ccHBtes aux seigneurs supérieurs institués en l'an 1388.

Voici un iait plus notable encore: en l'année \^<^S, l'empereur Maximilien grandement courroucé que,

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àatts ses guerres contre la France, notre comte Philippe eût pris hautement parti pour les rois Louis XI et Charles VIII, chose toutefois assez naturelle, étant neveu du premier et cousin germain du second, mit Phili[^ au ban de l'empire, comme margrave de Baden-Hochber/ç, et se fit adjuger ses états par la chambre impériale. Or dans la dite ac^udication, Neuchâtel se trouva nommément compris; et Maxïmiliai, pour en profiter, dtercha par divers moyens a s'emparer du comté , mais il ne put en venir à chrf, à cause que Philippe bie» aidé par les alliés de Berne et de Solem-e, et fort aimé du roi de France Charles VIII, son cousin germain, rechercha au même temps bien sagement et obtint l'alliance et comhourgeoisie avec le canton de Fribourg. De cette manière, le dit empereur ne voyant jour à pouvoir venir à ses fins par la force, entre|H4t de Ëûre pièce à notre c<Hnte Philippe par une autre voie, car il était fort irrité de ce que le comte fiiisait Ëut^e publique, et piquante moquerie du décret de la chambre impériale au regard de Neucbâtel, disant qu'autant vaudrait qu'elle s'advisàt d'adjuger le royaume des cieux. Maximilien imagina! donc d'ofrir à la seigneurie de Berne d'acheler Ja dite adjudication , l'an 149S; mais Berne bien honnêtement la refusa, et répondit qu'au lieu de dépouiller ainsi un ancien allié et combourgeois perpétael,' la r^nibliqoe était obligée au contraire de le soutenir et protéger en toiues occasions. En même temps, Berne envoya des troupesà Neuchàtel, à cause que l'empereur iaisait mine de, vouloir entrer dans le ■pays par la Fraoche-Comté qui lui appartenait du

chef de Marie de Bourgo^e, sa défiinte femme. Mais ce twi mérite le plus d'être noté en ce rencontre , c'est que Jehan V de Châîons-Orange vit tout cela sans dire un seul mot, ni réclamer sa directe sur Neuchâtel, hîen «ÇLi'il fût en ^ande fiiveur près de l'empereur. Un tel silence était Isen propre à confirmer le comte PhiKjçe et ses successeurs dans l'opinion que la dite directe de Chàlons était tombée en désuétude et parfeite caducité, voire entièrement anéantie par total abandon et singubèremeat par dé&ut de j^otection, ainsi qu'en l'avait vu naguères notoirement, lorsque Charles le Hardi étant venu fondre sur ce pays , pour ensuite envahir la Suisse , avait été repoussé aux. gorges de St. Sulpice, au commencement de 1476, ËimeUse occurraice en laquelle la maison de ChAlons, loin de prêter aide et protection, d'une manière ou d'une autre, ne fit pas seulement mine de pen£^ à Neucbàtel ; artide <|ui amenait toatefcns la «dausè .pénale de dissolution de relevance par l'acte de 1357'. Certain esb-iL que, depuis cette époque , nos comtes n'ont, de leur côté aussi, plus fait mine seulement de se souvenir de la ci-d^ast supérieure seigneurie de Châlons ,. et qu'à dater du règne (hi bon et sage comte Rodolphe, père de Philippe, ils n'ont cessé dans tous les traités ^e pactiser jusqu'à présent en vrais souverains.

he comte Philippe, qui âait gnmd chambellan de FrancCf gouvernenr -de la Provence, et fort en faveur à ht cour, étant allé en son gouvernement pour affah^s, y mourut le 19 Août i5o5. U ne laissa de Maïie de Savoie sa fwime, fille d'Yolande de France,

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sœur du roi Loub onzième, qu'une fille Jeanne (Jelianne) ' qui succéda au comté sous la curatelle de Marie de Savoie sa mère.

L'avènement de Jehanne ouvrit une prétention sans fondement, et de laquelle il convient de dire un mot, vu qu'elle intéressa le Comté comme état qui commençait à se réputer indépendant et souverain.

Far un de ces pactes de confraternité asseï communs en Allemagne, le comte Philippe et le margrave Christophe de Baden son cousin réglèrent par ensemble que si Vun d'eux avait seul postérité mâle, il hériterait les biens de l'autre, ce qui ne pouvait s'entendre que des biens de l'estoc de Baden , afin de réunir les dits biens, et par ainsi fortifier la maison; le dit pacte avait été stipulé le 24 ^^'''^ ^49*^- ^ ^ mort du comte Philippe, le margrave Christophe s'empara ausàtôt de toutes ses possessions en Allemagne, et prétencht dépouiller aussi Jehanne du comté de Neuchâtel. Marie de Savoie, mère curatrice de la jeune comtesse Jehanne, fit part de ses inquiétudes aux quatre cantons de Berne, Lucarne, Fribourg et Soleure, comme alliés et combourgeois, leur demandant secours contre les entreprises du margrave. Les Cantons répondirent qu'ils maintiendraient Jehanne dans la possession du comté, mais qu'ils ne pouvaient se mêler des affaires d'Allemagne ; et en même tems ils conseillèrent à Marie de Savoie d'approuver qu'ils proposassent, comme une voie à pacifier tous points, le mariage, de la jeune princesse avec Ernest, fils du susdit margrave Christophe; et c'était certes, «ne belle et bonne pensée. Mais Marie de Savoie, con-

- sa -

teble de bien tenir Neuchâtel, répondît qu'elle avait déjà destiné sa fille, laquelle, en effet, à la sollicitation du roi de France Louis XII., fiit fiancée l'année suivante i5o4 à Louis d'Orléans, et ce fut par ce mariage que le comté entra dans la sérénissime maison d'(>léans-^Longueville qui nous domine maintenant.

Toutefois la maison ' de Chàlons venait de réveiller ses droits plus qu'endormis : Philiberte de Lux^nbourg, mère tutrice du jeune Philibert de Ghâlons, croyant qu^à la mort de Philippe sans enfans mâles , le Comté retournait de droit à lamaison de Chàlon», envoya une grande députation à Berne, dans la vue de disposer ce canton à consentir à une main-mise sur Neuchàtel. Mais la Seigneurie de Berne déclara qu'elle maintiendrait J^ianne , et la chose en resta là. 11 arriva même à cette occasion un -événement qui mérite place ici : Par sentence des Trois-Etats, Claude de Neuchâtel, baron de Vaumarciis, seigneur de Gorgier et de Travers, fut dépouillé des dits fiefs, lesquels furent adjugés à la comtesse en i5o6; et ce pour manifeste félonie du dit Claude qui s'est déclaré méchamment pour la dame Philiberte de Châ' Ions contre tout droit et raison, ayant mémement accompagné ses ambassadeurs à Berne etc. Mais l'an suivant 1607, les cantons de Berne et de Fribourg, informés que le dit Claude de Neuchâtel faisait rage à la cour de l'empereur Maximilien contre la comtesse Jehaone et Louis d'Orléans son mari, et qu'il était cause de la saisie que le dit empereur avait iaite de plusieurs terres et seigneuries, que notre comtesse tenait du chef de ses pères en fief en la

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Franche-Comté, spécialement le château de Joux», les dits cantons engagèrent Jehanne à réhabiliter le dit Claude de Neqchâtel, en vue d'empêcher un plus grand mal, laquelle réhabilitation eut son effet par un acte, qui contient ces mots remarquables, au re-r gard de la matière ici traitée: De grâce, spéciale , pleine puissance et a/itorité souvexaàie , ayons btuUa et octroyé etc.

Je ne dois wpettPe d'observer que notre comtesse, toute jeune et désireuse de se divertir, alla bientôt après son mariage à Paris avec Louis d'Orléans , laissant le gouvernement du pays à Marie de -Savwe sa mère;etbienqu'elle donnât en même temps part aux a&ires à sou mari , toutefois et par les sages conseils de sa mère, elle retint les fonctions, de souveraine, non pour les remplir, si bien que par grande jeunesse et amour des divo-ti^semens et plaisirs de ta cour, où elle était grandement festoyée, elle oublia si bien le comté qu'elle faillit à tout perdre. Certes, ce fut grand hazard; car tout fut bouleversé . d^ns ce pays peu d'années après; c'est ce qu'il est nécessaire de déduire sommairement, vu qu'à cette heure l'histoire de notre grand fief est convartie en celle d'une sou^ verainelé naissante.

Dans la sanglante guore des. Suisses, contre la France, Louis d'Orléans, n^art de Jebanne, montra tant et tant d'ardeur pQur. les Français , jouant des poings en toutes occasions de batailles, malgré les avertissemens qu'il recevait tant de ce pays que de Berne, ainsi quek Comtesse. Les Cantons s'irritaient, e( noç sans cause , que ce prince qui avait tant sou-

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,haité d'être personnellement admis en l'alliance et combourgeoisie, a^t ccmlr'eux en forcené ennemi. Ce fiit pour ce sujet que les cantons de Berne et de Soleure envoyèrent le la Novembre i5i i une dépulatîon à Neuchfttel pour s'y plaindre amèronent de Louis d'Orléans , et pour voir et bien examiner les dispositions et sentimens du pays, vu que certains notables accompagnaient en guerre le prince contre les Suisses, et fomentaient des levées pour la France. Les députés ayant trouvé le pays et particulièrement la ville et les bourgeois tous bien attachés à Mes^eurs des ligues , proposèrent aux bourgeois de s'emparer du château , «t aux MinÎBtraux de pendre l'administration de l'état, afin que tout s'y passât en confonnité des alliances et sans ^venr pour Louis d'Orléans et les Français, Élisant entendre que cette voie calmerait le grand courroux de plusieurs confédérés, duquel coun-oux pourrait mal arriver. Les Ministraux répondirent que les seigneurs des ligues pouvaient être certains que la ville ainsi que tout le pays demeureraient fidèles fermement Bt a toujours aux alliances et combourgeoisies , et prièrent les députés de chercher en leur prudence et sagesse quelque autre voie pour tranquilliser les confédérés, ne pouvant ni ne devant, ctHnmebonset fidèles sujets qu'ils étaient, se saisir de la suprême autorité, quand bien ce ne serait que par forme de cm-atelle en ces temps detroubles, vu que tel acte ne manquerait d'être tenu pour déloyal et félon envers la légitime Souveraine; Réponse et conduite, certes, toutes bdleset qui font grand hcmneur aux Ministraux d'alors j IcsquMlesÉhosfesnous sont connuespar la très-excellente

lettre que les dits Ministraux écrivù<ent atusitôt à la princesse, et dont l'un d'enb-'enac , GailLaBine MeireilleuX', dit rArbedétrier, fijt le porteur dépêché pour ce en grande hâte a Paris, afin d'infcrmer Jehanne par le même de tout ce qui se passait , et la aippllo- de promptement venirmettre ordre aux aSajres du Comté par elle-même, persuadés qu'ils étaient que sa présencedétournerait l'orage. Et n'était que je ne dois trop alltmger cette notice ( d^à plus ét^idue qoe je ne le pensais en cwnmençairt ), j'aurais cooché ici cette tant belle et bonne lettre, toute Icmgue qu'elle est, et par laquelle les flits Mintstraux semUent être tout à la ibis des pères sages, tendres et bien adrisés, et de braves enËms afiècboDnés et soumis. La princesse témoigna un grand contentement de-la dite information, et donna force paroles d'aifection et gratitude de boocbe et par écrit, mais elle ne fit rien de tout ce qui lui avait été conseillé si sagement, ne voulant quitter ses états et divertissemens si chers ; tellement que le tonnore qui gr<Hidait en la nue ne tarda pas à frapper. Lesquelles particnlarités (ainsi que diverses autres ci-devant et ci-après rapportées), sont tirées du bon manuscript du chanoine Jaques fiaillods, témtnn as ces choses, desquelles j'ai pu vérifier plusieurs sur docuiiaens à Trye et Brane, bien plus qu'en nos pauvres «revives.

Tournois on crut pmdant un mome^ que Louis d'Oléans avait mis à profit les susdits avo'tissemens , vu qu'on apprit au mois d'Avril i5i 3, qu'il était venu an nom du roi Louis XII parlementer de paix avec les Cantons, letir âdsant oSres avantageuses et dorées de tous points delà part du Roi, et cbwehant « cnptivet:.

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un chacun par ses prévenances et affables manières.' Mais au milieu des conférences à Zurich, un courrier apporta la nouvelle de la bataille de Ravenne gagnée par les Français sur l'armée des Espagnols et Vénitiens, en laquelle était un corps de Suisses qui supporta le plus grand effort et la plus grosse perte. Aussitôt Louis d'Ch"léans enivré par cette nouvelle, fit le fier, voulut marchander et rabattre, mémement retirer ses premières propositions, et fît tant et si biea à sa tète , selon sonpristines)>nt, que tout fiit rtHnpu; tellement que par cette inconsidérée conduite, le prince hâta lui-même le fatal moment qui allait bientôt ravir à Jehanne sa femme la souveraineté de ?ïeuchÂtel.

Les quatre cantons afli'és voyant que dans leur irritation, les confédérés en haine de Louis d'Orléans ne parlaient de Neuchàtel qu'en grinçant les dents , offrirent, comme aillés et voisins, de s'assurer du Comté et d'y mettre de leurs gens pour empêcher le prince d'y rien tramer de contraire à la confédération; ce qui fut accepté par les huit autres Gantons, car alors ils n'^aientqu'aunombre de douze, Appenzell n'étant entré en la ligue que.quelques années après.

Voilà donc qu'au mois de Juillet i5i2, les ambassadeurs des quatre cantons, Berne , Lucerne , Fribourg et Soleure, viennent à Neuchàtel notifier au lieutenant de l'état Phihbert de Chauvirey, aux Ministraux et à tout le pays qu'ils saisissaient le Comté et en prenaient possesaon comme protecteurs, vu les occurrences et crainte de malheur. Il est à remarquer que sur certains murmures des bourgeois et les remontrances des Ministraux, les ambassadeurs répondirent que si les

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dits Ministraux avaient suivi le conseil à eux donnéde jH^ndre en main le gouvernement du Comté, la présente saisie ne se serait &ite. Bref les dits ambassadeurs établirent lieutenant ou baillif du Comté, Louis de Diesbach de Berne, et après avoir exigé le serment de fidélifé de tout le pays, et confirmé les privilèges, ils passèrent un acte particulier en iaveur de la ville pour la conservation de ses franchises.

Ce fiit ainsi que le Comté passa en des mains étrangères, et que les quatre Cantons alUés qui le premier jour ne voiilaient que protéger r^euchâtel, s'en déclarèrent souverains le lendemain, du moins par \efait. Saufle respect que je dois aux dits Gantons, lesquels j'hwiore plus que personne au monde, leur besogne ne fiitbelleen ce rencontre, ains toute contraire à leurs devoirs &, sermens d'alliés et combourgeois, sfuis parlndes droits de la raison et de la justice : malheureusement c'est denrée comptée pour peu de chose par les puissants de la erre.

LeshuitautresCantoAs réfléchissant à la susdite saisie feite et parfaite par ceux de Berne, Luceme, Tribourg et Soleure ( lesquels avaient dît au commencement vouloir seulement prendre soin du Comté comme bons alliés et voisins), et informés qu'ils en avaient tout d'abord fait un grand, bel et bon bailliage, voulurent ausà avoir leur part du gâteau, ce qui fut bientôt fait et consenti à Fribourg le 30 Décembre; seulement la seigneurie de Berne réserva-t-elle, pour elle et pomle Comté et la ViUe de Neuchàlel , les alliances et combourgeoisies particulières et récijM-oques entre les deux Pays.

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Partant, au lieu de quatre souverains étrangn-s, le Cwnté en eut douze qui semblaient tombés des nues, de quoi il ne feut trop s'étonner, Messieurs des ligues étant devenus fort avides de curée après tant de dépouilles et agrandissmieDs , ayant à coups de haches d'armes efiacé jusqu'à la dernière trace des grands seîgneur-s par tout leur pays , ( fors celui de Neucfaàtel qui seul restait, ) vœre déplumé les maisons d'Autriche et de Savoie , le duché de Milan et autres terres à leur main, ce qu'ils nommaient droit de conquête. Ainsi donc à la St. George i Si 5 arriverait à Neuchâtel les ambassadeurs des douze nouveaux maîtres chi pays, pour slatuH- la forme de leur adtninistraboD laquelle n'est de mon sujet: seulementfaut-îlobservcrqu'iUgouv^nèrentetpossédèrenten pleine souveraineté, sans que la maison de Châlons dit un mot en Êtvenr de sa directe vraieou prétendue; (iwse toutrfois qui était facileet convenable si la dite maiscm avait ou «voyait avoir encore droit à cette relevance. De plus, dans le traité de paix des Suisses avec la France l'an i5i6, mommt capital pour la maison de Châlons de se montrer, du moins par un mot de réclamati<m et protestation, elle ne dit ni ne fit quoi que ce soit , en leUe sorte que Neuchâtel fut compris au dit traité comme faisant partie du domaine souverain et indépendant des lignes Suisses.

On pourrait s'étonner que le roi François I, qui affectionnait tant la comtesse Jehanne sa cousine, ne tâcha pas de lui faire rendre son Comté par les Suisses avec lesquels il fit le traité qu'twi nomma paix perpétuelle. Il est bon de dire que par les instructions données aux lambassadeurs de France pour conclure cette

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paix, et par te verbal delà négociation qui amenais, dite paix, pièces dont j'ai copie de bonne source, on a^rend que les dits ambassadeurB avaient ordre de presser larestltution du Gomté^ mais qu'ils eurent tant . de peine à obtenir des Suisses la paix si instamment demandée par la France, que ce ne fiit qu'en pissant qu'ils bazardèrent une fois de parler de Neuchàtel, et qu'à ce mot il s'éleva dans l'assemblée k Fribourg un telmurmiirequeléspauvres ambassadeurscrurent toute leur besogne gâtée; entr' autres certains députés des petits cantons, seprîrentàcrier bien hauten leur rude langage, non ccwinu des dits ambassadeurs Fraipçais, lesquels tout épouvantés, s'étant enquis du sens des dîtes fortes paroles, l'Avoyer de FritxHu-g leur en dit la signification, savoir, qu^ lés Suùses ne rendaient ja~ mais ce qu'ils avaient une fois conquête.

Il arriva toutefois une chose remarquable l'année suivante i5i7. La Comtesse Jehanne vendit à la seigneurie de Berne l'abbaye ou l'ile de St. Jean (Jeban) avec tout son territoire pour une somme modique, et vraisemblablement dans la vue de se rendre Berne favorable et l'engager par td sacrifice à iKsposer les autres cantons à lui restituer le Comté. Jehanne se réserva la jurisdiction sur la rivière de Thielle dont le bord de là devait faire frontière. Berne fit si bien que les autres cantons ne s'opposèrent pas à cette aliénation, et qu'ils laissèrent ainsi faire à Jehanne un acte de souveraineté, tandis qu'ils disaient de l'avoir dépouillée de son GoïBté par droit de conquête. Il y a une chose ici que je n'ai pu savoir encore clairement et bien au juste: il s'agit d'un reversai ou acte secret, par lequel le chn-

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eo —

noineJaqufsBaillodfi contemporain assure que la comtesse se réserva le droit de retrait perpétuel,- moyennant une somme beaucoup .plus forte laquelle Jehanne ou les siens seraient obligés de payer aux Bernois pour exercer le dit droit de retrait. Je n'ai rien trouvé là^ dessus au trésor des archives, soit que la. comtesse alors àFaris, y ait gardé ces pièces là et qu'elles se soient égarées, vu que je ne les ai pas trouvées à Trye, soit qu'dles aient été glissées à dessein ou par mégarde pannïles titres et papiers relatif^ à la dite abbaye que les Bernois demandèrent en i553, et qui leur fiu-ent envoyés sous récépissé,, mais qui ne sont pas encore revenus^ soit enfin que les B^nois Diesbach.et Bonstetten qui fiu*ent gouverneurs sous Jehanne et ses aprèsvenants, aient soustrait ces titres, ainsi qu'ils nous en ont enlevé, dit-on, bien d'autres relatifs surtout aux vraies et anciennes irontières du côté des bailliages de Grandson et d'Yverdon^ Toutefois possiUe est qu'on Élit tort aux deux nobles personnages ciTdessus, et que temaletdégàtquej'ai trouvés en nos archives, depuis la rentrée de Jehanne jusqu'à nos jours, peuvent fort bien être le Ëiit des gouverneurs qui ont suivi, tous bourgeois de Fribourg ou de Soleiu-e lesquels entassez manigancé de diverses manières , conune tout le monde sait , plusieurs s' étant fait riches en se procurant moitié pour rien de grandes et belles possessions , voire les meilleures du pays ; par quelles voies et moyens? Dieu le sait, et quelques uns de nous aussi. Et pour le dire en passant , mieux eût été de tous points pour ce pays que les princes de la maison d'Orléans n'eussent établi lieutenans et gouverneurs du Comté que des sei-r

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gneurs Français, ain^ que j'ai pris la liberté dé le dire et représenter à fea leurs altesees sô^nissinies.

Bien est-il vrai que les spoliations et dégâts qu'on remarque au trésor des archives de la seigneurie pour les choses antérieures à hi rentrée de Jehaune, peuvent et doivent être attribués en majeure part aux baîllifs durant la tenue des cantons. Le chanoine Jaques ftiillodz qui vivait alors, assure quelesditsbaillifs'étaient si ignares, du moins plusieurs, qu'ils disaient prendre des papiers et parchemins par brassées aux archives, pour servir au ménage (*).

II làut pardonner une longue parenUièse qui sonble hors de matière, à la juste ûkcherie d'un ancien chancelier qui a vu le vide et senti le mal, ayant eu le cuisant chagrin d'être arrêté à chaque pas. dans son travail par des spoliations et rapines, mal et méchamment faites , et qui sont cause aussi que des anciens droits tant féodaux que domaniaux ne peuvent plus s'établir clairement; étant fermement persuadé que sans les susdites spoliations, cet état aurait de beaux et bons titres pour réclamer en temps et lieu propices , tout plein de choses que par négligence ou par force on a laissé aller en d'autres mains , soit au regard des

(') Si le chancelier George de Montmolin avait vécu «n 1707, il aurait TU les archives de la seigneurie livrées en quelque sorte an pillage, pendant le» 40 jours qu'elles furent ouvertes aux divers prétendans, et i leur nombreux cortège, à raDibawadenr de France, atix ministres d'Angleterre et de Hollande, aux députés de Berne, etc. On sait assez que malgré l'ordre donné au procureur-général et au chancelier de ne laisser emporter hors des archives aucun titre de quelque nature qu'il fût, on en disiraisit un grand nombre , eutr'autres le répertoire raisonné que l'habile chancelier autem' de cet écrit avait pris la peine de compiler autrefois. Note d'un coweiller d'état en i7rfi.

limites du côté de Grandson et Yverdiin, ou du côté de l'évéché, soit au regard de l'abbaye de St. Jehan et de son lenïtoire, aliénation non vieille, laquelle je crois fermement avoir été faite sous claiise de réacbat, et pour mieux dire, aliénation ntdle de fait et de droit, par la nature et l'essence de notre comté : soit enfin au regard du territoire de Cerlier, du grand marais et de la majeure partie du Vuilly, comme aussi des baillages de Nidau et d'Arberg, sur toutes lesquelles choses il y aurait tant et tanC à dire. Déduction que je pourrai biai entreprendre par ci-après, si Dieu me prête vie. Quoiqu'il en soit et pour revenir à la susdite aliénation de l'Ile et abbaye de saint Jehan, que j'ai fort sur le cœur, le chanoine BaJllodz dit dans ses mémoires qu'il n'était bruit dans tout le comté qua de cette vente pour laquelle Berne ne paya que quelques milliers de ducatons milanais, que je ne puis indiquer au juste, n'étant pas assuré de bien lire le premier chiffi-e suivi de trois zérosj à quoi il ajoute que la princesse se réserva le droit de réachat perpétuel, par un acte particulier, mais en payant le double delà somme aux fio-nras. Lesquelles particurités le chanoine dit les tenir de la bouche propt% du baillif Bremgartner qui régissait le comté l'année suivante i5i8, pour le tour du canton de Schwytz. Certain est-il qu'en diverses conférences avec des principaux de Berne pour aSaires de seigneurie, j'ai conduit plusiem-g fois la conversation là-dessus; ils convenaient que leur canton avaient fait cette belle acquisition à bon marché, mais sans pouvoir ou vouloir dire le quantième. Ils faisaient sonner fort haut la différence

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sorveque dans la valeur des monnaies (ce que chacun sait fort bien), et les bons offices de leur canton, lequel par cetle complftisance de la fHÎncesse fiit mgagé à U faire rentrer en po&sesfiion du comté, et autres mauvaises raisons: et au regard du drc^t de réachat> ils se récriairat (comme on le pense bien), jurant que cëtaîl chose sans fondement. Si on veut faire attention aux observations cootenoes en cet article, tout loi)c qu'il est, oa trouvera que plusieurs parenfiièses, qui. semblent dégressives, tiennent toutes, xin peu plus, un peu moins, à la matière que je traite , assavoir les révolutions survenues à la nature seigneuriale et politique du comté.

he temps approchait auquel Jehanne allait être remise en possession de son bien. Le roi François I". écrivit l'an i5ad au corps helvétique une Lettre bien touchante en faveur de notre princesse, sa cousine : je nelarapp(H'bepas, vu. qu'elle est assez connue; copie en gît aux archives en la liasse qui contient les pièces relatives à ta restitotien du comté par les cantons. Ladite lettre est remarquable par la manière toute suppliante en laquelle ce rw de France, tout fier qu'il était de son naturel, intercède en fave*ir de Jehanne, disant ans cantons force raisons sages et b<Hines, mais avec tant de douceurs et cigolerîes, qu'il semble avoir bien peur de les Êcher. Ses ambassadeurs trouvèrent les e6|H-it8 assez b^n disposés; la paix entre les deux nations, bien cimentée depuis i3 ans, avait converti k grande animosité des Suisses contre le& Français en ïmevraie afifection; de plus, le mari de Jeanne, Inouïs d'Orfêans, que les confédérés avaient en en singulière

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Iiaine, était mort. En telle sorte que la princesse bien aviséede toutes ces choses, envoya unedéputation , l'an d'après i529, k l'assemblée des Suisses à Badm. les députés de Jehanne bien aidés par les ambassadeurs du roi François i", remirent par écrit aux cantons les représentations de la princesse; cette bonne pièce dont il y a copie en la susdite liasse, fut composée par Jdian Merveilleux. A l'exception du canton d'Uri qui ne voulut jamais entendre à rien, tous les autres canton» au nombre de onze, (Appenzell n'yeutpointdepart, n'étant entré dans la confédération que depuis la saisie) consentirent à restituer le comté; à quoi les soins et grands eftbrts des Bernois contribuèrent beaucoup, bien payés qu'ils étaient à l'avance pour cela , par la cession de l'isle de St. Jehan. L'acte de restitution et remise du comté fut dressé le vendredi veille de Pentecôte, et les trois cantons voisins BoTie, Fribourg et Soleure, Rirent chargés démettre en possession Jehanne, qui était accourue de Paris. Cette solennelle et tant désirée cérémonie se fit sous le ciel, en la cour du château, à la lace du peuple, le 5o juin iSag. Nicolas de Grafiènried de Berne, chef des ambassadeurs, déclara d'une voix haute i' qu'il déliait tous les sujets de l'étal du serment qu'ils avaient prêté aux cantons, vu que la comtesse Jehanne étant remise en possession du comté, enétaitseulela légitime souveraine. 2" Que tous les droits réciproques résultant des anciens traités d'alliance et combourgeoisie avec Berne, Lucerne, Frihourg et Soleure, spécialement avec Berne", étaient réservés expressément, et confirmés tant pour la ville de ISeuchâtel en particulier que pour tout le comté en

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général. 3' Que toutes concesàoDs, donations et arantages quetconqoes accordés par les canlong ou leurs baillifs, soità des corps soitàdesparbcnliers, comme aussi toute sûreté pour des personnes taxées d'avoir ËivcM-ifié U saisie du comté, étaient autant d'artides également et très-«ïpress^ent réservés.

Ce lût ainsi que Jehanne rentra en possession et jouissance du comté, au grand contentement de tout le pays; non que l'adminislration des cantons eût été tyrannique, n'ayant au contraire apporté que du [vofit au peuple, par les concessions en droits et domaines que {Ausieurs tant corps que particuliers obtinrent des bailliis contre un peu d'argent. Or, ceux-là comprenaient bien que tout ce bon trafic pourrait être un jour traité d'abus, et qu'on revendiquerait difiërens articles comme étant choses non-aliénat^ : aussi nos gens s'y prirentr-ils habUement et firent si bien que les cantons dans l'acte de remise du comté, réseï^ vèrent et garantirent solennellement toutes tesdites aliénations et concessions, lequel article augmenta la joie publique à la rentrée de Jehanne, vu les réserves y attachées qui assuraient à chacun ce qu'il avait agrippé. Car on comprenait, dit le chanoine Bailtodz, que si les seigneurs des ligues étaient demeurés en possession du comté, ils auraient peut^ être, un jour ou l'aufa-e, retiré à eux lesdiles ahéna-' tions qu'ils auraient pu aussi traiter d'abus, comme trop-faits des baillifs. Certain est-il, que ce ne fut par cette seule considération qu'on revit la princesse avec tant de plaisir; elle étoit fort aimée de tous, étant de sa personne une fort bonne dame née et élevée au-

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milieu des bourgeois} de plus, le comté lui appartenait, c'était son bien, son patrimoine. Or, la multitude ne manque guère de penser intègrement siir ce qui est juste et droit; les grands de la terre ont beau Ëiire, tordre et manigancer, toute leur puissance ne peut empêcher que le peuple ne voie clair et ne pèse juste.

■ Bien esl-il vrai-, que les cantons, alors de leur saisie, eurent qudques aiHdés dans le pays, qui les favorisèrent ; ce fut certains nobles avec quelques chanoines, et des notables desquels était le «linistral Guillaume Merveilleux , dit l'Arbalétrier, non toutefois en grand nombre. Us étaient. irrités de ce que la. princesse ne tenait nul compte des informations et conseils qu'on lui avait si souvent donnés, et semblait abandonner le comté pour n'être plus que dame française, laissant iaire Louis d'Orléans son mari à sa folle tête, laquelle on redoutait au pays C'est l'explication que le chanoine Baîllodz donne de la réserve contenue au troisième article de la déclaration de Nicolas de Graffenried rapportée ci-dessus, et dont il m'a. paru convenable de dire ce mot.

It s'agirait maintenant d'examiner si la domination des cantons a produit quelque <^angement utile ou dommageable à la nature seigneuriale du comté; si la prérogative de nos princes y a gagné ou perdu. Il est notoire que cet événement a causé bien des pertes au domaine utile, tant pr l'aliénation du beau et bon territoire de Saint-Jehan, et des droits attachés à l'abbaye, que par ce grand nombre de concessions qui lurent autant d'aliénations par lesquelles les baillifs

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amoindrirent le domaine à toujours, et dont la spécification mènerait trop knn. Mieux eât valu que lesdil« kiillifs n'eussent concédé qu'à des particuliers, vu que les propriétés es main& des corps sont, au regard de la seigneurie, presque comme si elles n'existaient pas-. Et ce ne fut pas seulement affirmativement par des octrois à prix d'argent, que divers corps et communaolés furent iavoriaés par les baîUifs des cantons, au . détriment de la seigneurie, mais aossi négativement eu ce que lesditg baillifs, surtout ceux des cantons démocratiques , fort disposés à favoriser le peuple, surtout les gens 'de la campagne, les laissaient faire sans penser seulement à j regarder, ce qui fot-ma le germe de cet esprit ambitieux de nos corps communaux, lequel esprit s'accTutsous le règne si misérablement faible de la bonne dame Jehanne, et qui s'est fortifié sous ses successeurs presque toujours absents, les tant bons princes de la sérénissime maison d'Orléans qui nous domine maintenant.

Les cantons et leurs baillifs laissk-ent aussi , comme on dit vulgairement, couler l'eau par le bas, à l'égard des fiefs, matière, à dire vrai, qui n'était pas facile, vu le peu d'ordre et de soin qu'on y avait apporté jusqu'alors, autant qu'on en peut juger par le défaut presque total de documens anciens, ainsi que je l'ai dit et répété dans mon traité sommaire des 0efs de ce pays. Or, le désordre à cet égard ne fit qu'augmen- ICT sous les cantons, car à l'exception de quelques grands fieft (nommément Valangin qui fut mis en bonne règle par actes d'hommages, reconnaissances, dénombrement et délimitation), les baillifs négligèrent

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d'aroîr l'œil sur ce graiid :n<»nbre de petits fiefs de cave ou de cuisine,' qui n'étaient proprement que des cen^ sives, mais titrés fiefs nobles parce qu'oHgiDairement ils étaient astreints à l'hommage, aux r^ises elaux devoirset services féodaux, ayant en conséquence leurs sièges aux audiences générales, au rang de la noblesse; desquels petits fiefs on commença à faire division, aliénation et trafic, sans autre -cérémonie; mauvais méfnage que la princesse Jehanne laissa condnuer, voire favorisa grandement pour anoblir diverses personnes qu'elle voulait élever. Tant et si bim iMit,été dénaturés la plupart desdits fîefe que c'est aujourd'hui marchandise es mains de tous, saiis qu'il soit possible d'en retrouver (dumoinsàrégfo-ddes anciens) ni inféodation primitive ni carnets. Or, il est certain que messieurs des ligues auraient f^ilement pu ce que nos comtes n'avaient souvent osé jusqu'alors, par la crainte d'indisposo* leurs vassaux toi^onrs prêts à se mutiner, ce qui aurait pu faire le jeu de la maison de Châlons; au lieu que les cantons n'auraient eu qu'à dire un mot, et tous les vassaux, grands et petits, se seraient jwomptement rangés à tel hommage, rénovation, dénombrement et carnets qu'on aurait exig^ d'eux; en quoi, certes, messieurs des ligues auraient rendu un service éminent à notre seigneurie , en mettant ainsi de l'ordre et de la lumière là où ils n'ont ùit qu'augmenter le cahos.

Quant à ta judicature et àl'ordre judiciaire, matière de grande importance en tout bon gouvernement, il est certain que les cantons et leurs baillifs ne se sont souvent nullement embarrassés des formes et usages

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âablis dans l'élat, et que la justice fat en leurs mains par fois prévôtale, de quoi je- dirai un root ci-après, en examinant le revers de la médaille. 11 est à remarquer que sous messieurs des ligues s'introduisit le singulier usage de consulter les ministraux sur la coutume du pays; ce fut à l'occasion d'un héritage en litige, sur lequel point, avant jugement, le baillif Imhoffd'Uri souhaita lui-même que les parties consultassent les ministraux. Ainsi prit naissance cet amas de prononciations qu'on nomme Points de coutume, long-tems en vén^ation chez nous, et qui bien qu'on les regarde maintenant avec d'autres yeux, seront utiles tant et si long-tems que notre coutume ne sera pas rédigée. Le motif du baiUifImhoff était sage et louable; il voulait apprendre ce qu'il ne savait pas; majsilauraîtmièux fait de s'informer privémmt et par voie de conversation , plutôt que de prendre un chemin qui tendait à établir les ministraux pour int^prètesde la coutumeet parlant che& de la loi coutumière;. ce qu'ils ne manquèrent de penser et de prétendre dans la suite; car il ne faut rien lâcher aux corps que ce qu'on veut bien qu'ils tiennent, ils poussent toujours par delà sans jamais s'arrêter qu'à la force. Une semblable monstrueuse introduction aurait pu tout bouleverser insensiblement au regard de la forme des anciens jugemens; mais il faut dire à la louange des ministraux que leur estimable conduite en cette matière fiit toute modeste et servit au profit public, ayant souvent mis fin aux difficultés qui s'élevaient, quand bien leurs déclarations furent par fois contradictoires. Certain est-il que par cette espèce de légisUtiom, s'ils avaient été enlrèpre-

nahs, ils auraient pu porter une rude atteinte tant aux formes qu'à la prérogative du prince qui est censé présider en tous tribunaux, excepté en celui des ministraux devenus législateurs, titre qu'on pouvait presque leur donner, vu qu'en déclarant que telle était la coutume sur les cas à eux proposés, ils étaient les maîtres de la faire et créer à leur tête et de déclarer non ce qu'elle était, mais ce qu'ils auraient souhaité qu'elle fût;

A toutes lesquelles choses défavorables résultant delà domination des Cantons, on peut ajouter le dégât fait aux archives par les baillifs, ainsi que l'atteste le vérîdique et sage témoin Jaques Baillods , dégât qui a détruit peu t-êlrebiendesustensilesqui auraient pu servir un jour ou l'autre , à raccommoder et agrandir la maison, par le recouvrement des droits tant seigneuriaux que domaniaux . De plus , Messieurs des.ligues ne nous ont laissé presqu'aucun recès des conférences de leurs ambassadeurs qui s'assemblaient à Neuchàtel tous les deux ans pour régler tous les points d'administration puUique, lesquels toutefois étaient bel et bien rédigés par écrit, comme le prouvent divers morceaux qui m'ont été fournis de Zurich, Berne et Soleure. Mais il faut être juste , et après avoir dit le mal , il convient de dire le bien.

Et d'abord ce que les Cantons firent perdre à la seigneurie en domaine utile, ne l'a-t-elle point regagné en domaine direct, en souveraineté? Il est notoire que lors de la saisie du comté' par les Suisses et pendant leur tenue, on n'a du tout point réclamé ni protesté, soit de la part des princes de Châlons Orange, soit de

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la part de l'empereur et de l'empire, en manière quelconque venue en ma connaissance, sauf les dépulations ci-après rapportées, que Fhiliberle de Luxembourg envoya à Berne, seulement en i5a8 et 1529. Car c'est sans fondement que quelques-uns ont prétendu que la dite dame Fhiliberte avait déjà fait une démarche pareille en ]5i5, lorsqu'elle abandonna la souveraineté sur les villes de Grandson, Orbe, Echallens et autres lieux aux cantons de Berne et de Fribourg qui n'avaient nul besoia de cet abandon pour posséder pleinement des pays conquis lors delà guerre de Bourgogne: possiUe est que cette princesse espérait, par cette vaine et inutile générosité, se rendre ces deux cantons favorables au regard de Neuchâlel; mais il est de notoriété qu'il ne fîit fait alors mention da-comté ni en blanc ni en noir. Les Cantons donc le possédèrent et gouvernèrent avec pleine autorité et souveraine puissance, et le remirent à Jehanne tout et ainsi qu'ils l'avaient tenu, avec même seigneurie , même supériorité, sous promesse solennelle que ni eux ni leurs successeurs ne permettraient jamais que Jehanne ni ses enfans, hoirs et successeurs fussent troublés en la paisible possession du cemtétd qu'il était rendu et remis. L'acte de rwnise dont Fôriginal est en allemand est de tous points remarquable tant par les choses y contenues que par le grand sens et la clarlé^qui s'y trouvent. Je le coucherais ici volonûers, traduit en notre langue moderne, s'il n'était tant long. Vu le d^ut de bien bcmnes raisons, c'est du moins arec esprit et discours aimables que les cantons justifient la saisie de la ville et comté par forme de protecliont, les ayant dé»-

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lors possédés et gouvernés par la grâce de Dieu. Ensuite ils déduisent affectueusement ks causes qui les meuvent à restituer à la comtesse Jehanne ladite ville et comté, et ajoutent : Nous les lai remettons à elle et à ses enfans, légitimes hoirs et successeurs , pour les posséder, gouverner, dominer, en jouir et user, elle et les siens, et pour en faire et ordonner, àsonphûr sir, avec pleine puissance et tous droits en dépen- ■danU, tout et ainsi comme nous les avons jusqu'à présent g<mvemés et possédés. Toutefois scœt expressément exceptées et réservées les libertés et franchises du pays et spécialement toutes les concessions obtenues de nous et de nos haiUifsy résidons : mêmes réserves au regard des alliances et combourgeoisies avec les quatre cantons de Berne, Lucerne, Frîbourg et Soleure; après quoi les cantons ea général et chacun en particulier promettent solennellement de maintenir la présente cessibo et remise sans permettre quejapiais il y soit fait rien contre, ni ouvertement ni en secret, en quelque manière que ce soit, etc.

Ainsi donc on est fondé , ce me semble , à dire que si la saisie du comté par les canbHis a causé certains notables dommages à la seigneurie de cet état, ladite saisie lui a procuré d'autre part les avantages suivans et non petits.

I ° A supposer {ce que je ne prétends admettre) , que Neuchàtel à cette époque eût encore besoin d'être plus amplement jHirgé de fief, il est certain que cet -avantage aurait été pleinement consolidé par les can* tons, puisqu'alors qu'ils prirent possession du comté, et durant les diit-sept' années qu'ils l'ont tenu, à la

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&ee de toute rEur<^> aucun des ^i-disant seigoeoi^ suzerains eu dtHninïisls, Ghâlons ouVrampire , o'a dit un seul mot oi fait un seul jus pour la conservation de son dr<Ht réel ou prétendu, relativement à cette pri^ de possession. Les cantons possédèrent et goura-nèrent IVeuchâtel en souverains par la grAce de Dieu. Et en rmdant le comté à Jehanne, ils dédaFèreid qu'ils le remettaient ponr être possédé et dominé par elle, ses enÊins, hoirs et successeurs légitimes, aï'ec la même puissance, et les mêmes droits par eux exercés; de quoi ils se portèrent maii^eneurs. Ainâ donc c'est sous la maintenance de tout le corps helvétique (à l'exception d'Un et AppmzeU), que nos comtes depuis lors Gatpuseàire princes som^rairts de Net^cha^l par la précède Dieu i laquelle conséquence à^>rû)rt(comme on dit à l'école) est bien appuyée à posteriori par les deux fâils suivans assez connus. Lorsque Fhiliberle de Loxembourg apprit en 1628, que tout annonçait la prochaine restitution du comté à Jehasme, elle envoya une dépntabcm à Berne, au nom de Philibert de Cbàlons, son fils, non pour réclamer contre la prise de possession des cantons, mais pour représenter que si les Suisses avaient dessein de se dessaisir du comté en feveùr du véritable ayant droit, cela devait rt^rdo: Philibert de Châlons et non Jehanne de Hochberg. La seigneurie de Berne répondit froidement aux députés que les ligues possédaient le comté en toute souveraine, le tenant de Dieu et de leur épée> partant qu'ils en feraient à km- plaisir et volonté. Fuis snrla fin de l'an r'S^g, ladite dame Philiberte -dépécha ufte nouvelle ambassade q Berne -dans' Unleaûon ' d'évincer

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Jehanne par sonrdea ^aljqaes et fccrùtes propositions de céder aux cantons Ui\e ou lelle^wrtie comté, Berne répondit que la comtesse Jeliai»ie^tak maiBtenant souveraine de Neuchâtel au lieu et place des ligues, lesqudles entendaient la maintenir en sa souveraineté» elle et ses successeur.^ légitimes, envers et contre tous. a'* Si la saisie el prise de possession du comté par les cantons a été utile à nos princes, enimprimant à leur seigneurie un caractère de pleine souvwaineté ùidépmdantede toute forainesuzeraineté, la même cause produisit un autre effet, mais interne et non moins avantageux autant à la seigneurie qu'à tout le pays; je veux parler de l'administration des cantons, laquelle bien qu'elle n'ait pas été sans abus, et qu'il en soit résulté divo-s méconlenlemens individuels presque indispensables, vu la nature, des choses de ce monde, fut toutefois sage, ensemUs ferme etvigoureHse, exigeant ordre et règle avec une juste soumission à l'autorité, surtout de la part du clergé, des nobles et du Tiers-Etat, c'est-à-dire, les bourgeois de Neuchàtel et plus singulièrement les quatre ministraux; car les uns et^s autres étaient de col roide, abusant chacun en son endroit : tous furent obligés de plier, voyant qu'il ne fallait badiner avec messieurs des ligues de la haute Allemagne. Quant au paysage, les cantons, ainsi que je l'ai d^à dit, ne s'en mirent en peine, vu que les communautés n'étaient alws ce qu'on les a laissées devenir; la bourgeoisie de Neuchâlel seule pouvait Eure et faisait canbrage.

- Le clergé, particulièrement le ebaptre de Notre- Dame de Neudiâtel, les abbayes et prieurés qui possé-

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daient le meilleur et le plus clair rerenu du pays, pr^ tendaient ne devoir supporter aucune charge, par un droit que ces braves gens nommaient Immunilés ée C église , lequd préteadu droit ils étendaient sans bornes et sans fin, se fondant sur un article de la francbise de I3i4> qui, pourtant n'exemptait les chananes que des redevances foncières; si bien qu'il n'y avait pires sujets et en plus mauvais exemple que ces grands d'église, mangeant et bnvant le meilleur, du reste inutiles à tout bieQ. Les cantims commencèrent à appuya- rudement la main sur les chanoines de la collégiale, qui faisaient les seigneurs, les condamnant à subvenir aux charges publiques, et à payer certains droits ccnnme tous autres particuliers; ce qu'il serait superflu de déduffe i<â, vu que la réfonnation heureusement survenue après , mit en vaunle-route en plusieurs pays cette monstraense idole qui formait ^pire dans l'empire, et aurait à la fin tout englouti, biens, dignités et puissance. Ce que j'ai cité ne sert donc qu'à montrer en passant, que l'administration des cantons attaqua les abus sans acception de personnes.

Les nobles, j'entends les grands yasscnix, tels que les seigneurs de Valangin, de Valmarcus, Gorgïerj CtJombier, etc., le portaient fort haut et tiraient souvent au court bâton avec le comie (fe Neuchâtel leur seigneur. C'était tantôt des usurpations, des molesutions; tantôt des renitences et mauvaises contestations fréquentes. Il avait fallu autrefois couper le col à Vaulthier de Neuchâtel, baron de Roch^n-t : quelque temps auparavant, on avait été c^hgé d'assiéger et (M^dre d'assaut la ville et le château de Boudry, et de

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réunir au domaine cette baronoîe par confiscation , pour mettre fin à la félonie et vraie rebellicm de Marguerite, baronne du dit lieu, et de Jaques de Vergy, son mari. Postérieurement et naguères Jehan et Claude de Neuchàtel, seigneurs de Valmarcus et de Gorgier, étaient tombés en divers cas de- félonie qui ar^ient aut<a*isé des mains-mises. Les seigneurs de Valangin s'avisèrent plus d'une fois de résister ouvertement ». au point d'obliger jadis le comte de Neudiàtel d'armer et combattre son vassal pour le ranger par la force; et en dernier lieu, Claude, comte d'Arbwg, après diverses tergiversations, avait finalement refusé l'hommage, ce qui avait obligé le conjite Philippe , père de Jehanne, de déclarer sa main-misesur Valangin, sans toutefois l'exécutea* tout-à-iait , dans l'espérance de ramener ce vassal à son devoir par cette indulgence. Les <^oses en étaient encore là au regaid de Claude comte d'Arberg, lorsque les cantons prirent possession du comté. Ce vassal altier et persévérant dans sa renitence, comprit qu'il fallait marcher droit avec les cantons, il se mit en bonne règle, tout d'abord, sans se le Ëiire dire deux fois et accourut prêter foi et hommage à ses douze nouveaux et tant, redoutables seigneurs et maîtres. René comte de Challant, seigneur savoyard (petitfils et successeur de Claude d'Arberg, par la mort duquel s'éteignit la maison de Neuchâtel-Arberg, ledit Claude n'ayant laissé qu'une fille Louise, mariée à Philibert de Challant, père du dit René), celui-ci, dia-je, vit les cantons du même œil que son grand père maternel et se hâta de leur prêter hommage;. Et puis le même René, lorsque^Jehanne rentra en ç

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siou du comlé , essaya en t^omutnt de reprendre les vieux erremens de iC]»ide d'Arberg pour se soustraire à l'hommage. A cet eflFet, d écrivit une bd!e et douce lettre de félicitation à la princesee, la priant de le dis* pens» d'assister aux audiences^éhérales, sans faire mention aucune de l'hommage. Jdianne ue fut pas sa dupe; elle lui répondit par une fort bonne lettre, de U façûD de Jehan^ Merveilleux, entr'autres ces mots: Ne pouvons voui apeordér telles choses qui sont debtes vaatales du.jUfde f^alangin par dépendance de rhaaanage lige que debvés à nostre seigneurie s<iui'eraitW'. J^aé , .m sentant découvert, et bien in-^ formé qu'on (ne le marchanderait, pas, se rangea de deléirinrâieà son devoir. Jeu'ai rapporté ces partie cularités que potv faire cc«UMÎtre d'une part, l'esiH-it et le montant des nobles, et vassaux de ce temps-Ut,' et de l'autre la Ixnne règle et U vigueur que l'administration des cantons laissa diez nou& après elle au profit deJa J^îlimité, et partant au profit de tous; car, à mon avis,-le vrai bonheur public, ne peut se trouver que là où règne une parfaite soumission aux lois. Les cantons ne se bornèrent pas à tenir serrés les ï^assaux au regard de la rdevance, ils rognèrent aussi leurs ailes par rapport à certains droits que les grands nobles s'arrogeaient et qu'ils nommaient privilèges ou prérogatives de la noblesse , et qu'ils auraient tout aussi bien fait de nommer immunités, selon le style et le mauvais exemple du clergé. Ces nobles se croyant, sans doute , d'une autre fabrique et nature que le reste des citoyens, prétendaient aussi bien que le clergé, de ne devoir supporter aucune charge piJilique, au-

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cttne impositioD, soutenant- qae les vilains seuls t élàie«tastreint9, tertnequidansk signification d'aloi^, ne dérivait par de vil, abject, mais de viUe ou village, et qui désignait les bourgeois et plus particulièrement les habitaos des villages. Or, les mimstraux voyant par la maniée de (aire et de gouverner des cantons que le moment était favcn-able, pour parvenir enfin à faire payer aux noWes qui avaient maison dans la ville leur quote part des deniers qu'on imposait sur les maix bourgemseaux, (lesquels deniers servaient aux ^penses pubKques, dans ces te^ps on les revenus de la ,ville n'étaient' pas ce qu'ils sont aujourd'hui,) les ministraux, di»-je, portèrent ce grief par-deyant les ambassadeurs des cantcms, lesquels ambassadeurs s'aissemblaient réguli^anent à Neuohâtd-de deux en deux ans pour examiner au ^raàaufifla'manutention du baillif qui sortait de charge, et pcusr établir et installer le nouveau que chacun des cantons fournissait à son tour durant deux ans seulement, vu que le bailliage était bon , conmie aussi pour régler toutes choses, ordonner et statuer en matières seigneuriales , vidanger toutes les difficultés litigieuses et porter jugement sur icelles. Au regard donc du grief en questicai, lesdits ambassadeurs prononcèrent en faveur de la ville, et condamnèrent les nobles à subvenir aux frais et dépenses publiques, tout et ainsi que les autres citoyens ; jugement, certes, selon droit et raison. Le chanoine Jaques Baillodz qui avait été témoin de ces choses, rapporte dans son écrit, que le jour de la prononciation, messieurs des ligues firent dîner avec eux les ministraux , et qu'en jasant à table sur ce jugement dont

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lesnoblés*se plaignaient anièreioent, certains ambassadeurs exhortèrent lesdits miDistraux à nlettre d'abord la main à l'ceavre , leur disant troûf, (rouf, paroles en langafçe de leur pays qui roolaient dire, pesez, frappez sur les nobles, ne les épargtwx. pas ; de quoiiil lie iàut s'étonner, tu la doctrine fondamentale des ligues, spécialenent les démocratiques, lesquelles avaient exterminé dans jeurs contrées tous les nobles sans en laisser trace.

Le Tiers-Etat, j'entends les «onseiUers et ministniux de la viUe, eurent aussi sur les doigts, et le méritaient non rboins que le dlergé et la- noblesse; car bien que les cantonset leurs baiUifsménageassent et caressassent beaucoup la ville et la bourgeoisie de Neuehâtel , ils remarquèrent toutefois que les ministraux et conseil étaient' avides d'autorité et de uraitrise, et tendaient à établir une espèce d'aristocratie dans la ville; partant, messieurs desliguesrésolurentfort sagement d'j mettre le holà. A cet efiet, quand le baillif Nicolas Halter, brave et digne homme , fut installé pour le tour d'Underwald, l'an iSao, il eut ordre d'examiner attentivement les plaintes portées par un grand nombre de bourgeois contre l'administration des ministraux et du conseil, alors composé de a4 personnes seulement. Ce bailiif, homme droit et sagace, sugg^a aux bourgeois d'adjoindre audit conseil 40 d'entr'eux, afin de surveiller, ensemble jwédcraiiner dans les agissions et délibérations. Ainà furent institués les 40 hommes, au grand dé[^iûsir des 3^, auxquels toutefois on laissa de composer seuls la cour de justice de la ville. Le chanoine BaiUod?., témoin de ces choses, nousapprend

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^e les ambiKBadeiirs - des douze eantotà louèrent frrandement la sagesse et. habileté du baiUif. UaUn" en cette al^îre assez difficile, vu }'éehaiiffim)«it des esprits, eb qu'ils confinnèreDt' et radtîèrent en i532> toutce que kdrt. Isaillif avait Eut et statué, sur cette querelle, laquelle ratification fiit signée par Oswald Toss, nou-r veau bailli pour le tour d'Uri; ce qui appwta bi«i du cbangement eu l'administration municipale, au grand contentement et p'ofît des bourgeois, et au profit aussi de la seigneurie; qui lœ.poovait que gagner par celte augmentation dans le. nombre des- tètes ainsi divisées en deux parts. contrepôintées.'FiÛK il est tout clair que 64 têtes «ic peuvent sei ranger wm& le même bonnet aussi facilement que-'l'avaient Ëùt jusqu'alors lesa4' ■

Par ainsi donc si les cantons, comme je l'ai i^t plus hfiut, ne prirent curedes petits &eù, si des comnuinautés de ta campagne,, les croyant choses de petite importance, ce que je viens de rapporter fournit la |H^uve qu'ils Hwrent leur attention wir les trois ordres propraneot dits, les envisageant comme les sources des principaux abus que tout bon gouvernement doit réprimer.

Il ne dépendit pas de messieurs. des ligues que la prérogative souveraine n'acquit une grande étendue au regard de la législation et de la suprême judicature. En la première année de leur administration, ils assemblèrent les audiences-générales sous la présidence de Louis de Die^ach; les trois ordres accoutumés à parler haut en ces occasions, singulièrem^it les deux tM^miers, élevèrent leur cornet, se croyant forts de leur

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réunion, tellement que les cantons résolurent de ne pas les convoquer régulièrement, ainsi qu'ils l'araieut d'abord prcjeté : il en iîit de même des TVms-Etats , tribnnal alors inférieur aux audiences dont il était un abrégé, toutefois avec pouvoir de sentencer définitivement sur certains points déterminés, hors lesquels on pouvait interjeter appel du jugement des Trois- Etats par^evanl les audience»^nérales, ce que j'aurai occasion de déduire ci-après. Les cantons prirent insensiblement à eux les fonctions de ces tribunaux par le moyen de leurs ambassadeurs qui se rassemblaient à Neuchàtel de deux ans en deux ans, ccunme je l'ai déjà dit. Les dits ambassadeurs s'érigèrent donc en légisbteurs, ensemble en juges suiH-émes, promulguant des ItHB et sentençant souverainement sur les procès pen(htns, et ce sans la moindre participation des trois ordres qui en furent grandement méconlens. Les chanoines vinrent les premiers en remontrances, et furent mal reçus; les ambassadeurs leur répondirent qu'ils devaient se borner à prier Dîeu pour leurs douze souverains : la noblesse cria tant et tant, et on la laissa crier : le Uers-éut, c'est4i-dire, la ville et bourgeoisie de Neochâtel fit à plusieurs reprises de fortes remontrances, auxquelles les ambassadeurs répondirent avec douceur et support, qu'on aurait soin de demander le prudent avis des ministraux quand il en serait besoin, ce qui arriva en jrfus d'une rencontre. Certain est-il qu'un semblable changement attribuait vn értorme degré d'autorité à la prérogative seigneuriale, et que Jehanne en rentrant en possession du comté, aurait pu prétendre continuer à régir de tous

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points, ainsi et comme avaient régi les cantons, puisque dans l'acte de remise, messieurs des ligues parlaient en ces mots : Nous les lui remettons (la ville et comié) pour les posséder, gouverner, dominer, en jouir et user, elle les siens , tout et ainsi comme nous les avons Jusqu'à présent possédés et gouvernés. Mais il semble que la bonne princesse n'en eut heureusement pas même la pensée, vu qu'elle laissa tout d'abord revenir les choses en leur pristin état, et ce fut, certes, grande fortune : car bien que les cantons n'aient manifesté, presqu'entoutesreneontres, que sagesse, grand sens et droiture au milieu d'une autorité non-limitée, et partant toute dangereuse au regard des abus, on ne peut douter que si Jehanne et ses successeurs avaient voulu régir à l'^al des<canlons, c'est-à-dire, seuls avec des mignons, tout serait bientôt allé en vau-de-route; bien persuadé comme je le suis, que la prospérité de ce petit pays, constitué comme il l'est, tant au regard de son mauvais terrain, que par rapport à l'esprit et au caractère de ses habitans, demande par nécessité une grande liberté, et toute sûreté civile, lesquelles choses précieuses ne peuvent subsister en ce comté que par la religieuse conservation des anciens jugemens et des trois pouvoirs que j'aperçois distinctement en nos formes. A mon avis, le vrai bonheur public ne peut avoir chez nous d'autre fondement.

Au regard des limites du comté, sous les cantons, on doit bien regretter que rriessieurs des ligues n'aient pas rangé toutes les frontières. Quand on voit comme ils délimilèreut la seigneurie de Valangin, et ducôtécki

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coachant avec le duc de Savoie » il 7 a plaisir à voir cela. S'ils avai«)t délimité du côté de Grandson, ainsi qu'il en fut question , nous ne serions pas tant en soaffi*ance le long de cette lisière; mais ce dessein demeura sans eS(A par fes pratiques des Bernois et Fribourgeois en possession de Grandson depuis la guerre de Bourgogne; de quoi, certes, il est bien permis de gémir, quand on sait combien nous y laissons déjà du nôtre; encore est-il bien à craindre, que lesdits voisins ne nous agrippent une assez grande bande de terrain en conteste. On ne doit s'étonner que Berne et Fribourg aient eu tant de crédit p^s des autres cantons, si on se souvient qu'ils consentirent à l'aliénation de l'île de Saint-Jehan en faveur des Bernois. Nous pouvons également regretter qu'ils n'aient pas délimité du côté de la Bourgogne, vu qu'en ce temps les cantons n'avaient qu'à dire un mot, et la délimitation se serait faite ainsi et comme l'auraient voiJu les redoutables ligues de la haute Allemagne; au lieu que nous n'avons Élit que perdre de ce côté-là, sans compter ce que nous risquons de perdre plus outre, par défaut de bornes et limites bien réglées.

Enfin si les cantons n'augmentèrent pas les revenus seigneuriaux, ils mirent du moins de l'ordre en cette partie, comme on le voit par le grand carnet qu'ils firent rédiger l'an i5a3, par lequel on remarque leur esprit de règle, et leur bonne et modérée administration. Et certes, louanges leur sont dues d'avoir ainsi lusse les choses comme ils les trouvèrent, sans charge , le pays d'un denier de plus , quand bien ils disaient le tenir par droit de conquête. Aussi en reli- 6"

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raient-ils si peu de chose, toute dépoise èâie, que la peine passait le profit ; car si k quote-part de chaque canton alla quelquefois au-delà de cent goulden par ao, souvent elle resta bien au-dessous, ainsi que je i'ai vu à Soleure par les comptes qu'on y a conservés. Par contre, les baillîfs, ou du moins quelques-uns, firent leur bourse, non toutefois par vexations et mauvaismoyens, mais par tours de bâton et pairesde gants, comme je crois l'avoir dit plus haut.

Si j'ai examiné longuement ce grand el important événement dans ses causes et dans ses effets, si j'ai présenté aussi fidèlement qu'il m'a été possible, le bien et le mal, le pour et le contre, résultans de la domination des cantons, c'est à cause que cette époque a fixé, ce me sranbte, pour toujours la destinée politique de ce pays, quant à ses titres et attributs seigneuriaux et nationaux. Cette époque acheva de mettre nos comtes hors de page, comme on dit, en confirmant et assurant l'indépendance et la libération de fief et de mouvance qu'ils affectaient déjà depuis un certain temps, et en mettant ce pays encore plus avant dans le bercail et sous la custode helvétique.

Car à supposer même que la directe de Chàlons ou la dominance de l'empire eussent encore pleinement subsisté, alors que les cantons s'emparèrent de ce pays, il est .manifeste que cet événement arrivé au vu et au su des dits prétendus supérieurs qui ne dirent mot , aurait anéanti la susdite supériorité supposée, d'autan}; queMM. des ligues réunirent en leurs mains, du même coup, l'utile à ta directe, et ce avec bel et bon titre, l'épée au poing, en la manière usitée par les puis-

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sans de la terre, et autorisée par leur code, au chapitre de U force ^ loi première. Or ce fut des mains des cantons, souverains dominateurs du comté, que la princesse Jehanne le reçut, non en fief, mais pour le posséder et dominer en toute souveraineté suisse, ainsi et comme ils l'avaient possédé et dominé euxmêmes. Partant, Jehanne et sa postérité sérénissime aujourd'hui régnante, ont eu droit et raison de se dire prÏTwes souverains de .Neuchâlel en Suisse par la grâce de Dieu, ou si mieux on l'aime, par la grâce de .MM. des ligues de la Haute- Allemagne , qui s'en 8omt portés garans et mainteneurs |x>ur aussi longtemps qu'ils seront en être d'étals et ligues.

Il ne Êiut omettre de remarquer ici une chose surprenante et toute singulière, qui prouve combien sont communes les contradictions es a£&ires de ce monde. On a vu ci-dessus comment nos comtes ,.à commencer à Jehan de Fribourg et plus particulièrement à Rodcdphe de Hochberg, n'ont visé qu'à secouer toute mouvance et à se rendre indépendans de tous seigneurs supérieurs, à laquelle indépendance la domination des cantons mit la dernière et bonne main. Après tant de querelles et de peiiies à ce sujet, croira-t-on que les dits comtes de Neuchâtel, mêmementles successeurs de Jehanne ont continué ou laissé continuer d'insérer dans la ]^upart des actes de renouvellement d'alliances et combourgeoisies avec les quatre cantons, l'ancienne clause par laquelle les comtes du vieux temps réservaient levrs seigneurs dominans, ce qui emportait une publique Teconnaissance d'up supérieur et suzerain, eice, en cjes actes de la plus capitale importance

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en matière diplomatique? Pois au même temps on voit dans les dits actes et traités, que n<s comtes, tels par exemple que Léonor d'Orléans et Henri H, s'intitulaient, l'un souverain comte de Neuchâtel, Paulre par la grâce de Dieu, souverain prince de Neuchâtel: énorme contradiction, ou bien plutôt absurde bévne de chancellerie continuée jusqu'à nos jours, par l'impéritie des p-éposés qui ont rédigé les uns après les autres, comme vraies machines, les actes nouveaux sur les précédens textes, sans apercevoir ce contresens, toutefois assez visible : personne jusqu'à présent n'y avait fait attention; je puis bien le dire, puisque tout le conseil sait que j'en ai fait et fourni l'observation par écrit poor servir en temps et lieu. Il ne fiiut s'étonner beaucoup d'une pareille bévue; j'en connais divCTses et vraiment capitales qui se sont ccsnmises de mon temps en des états considérables, et en réputation d'être bien gouvernés; pour un serviteur assidu et soigneux, il y en a dix qui sont négligens et paresseux, feisant faire sans même y regarder, au lieu de travailler en personne. Si le vulgaire savait comment sont conduites à l'ordinaire les al&ires des princes, il verrait que celles des particuliers le sont bien mieux. Reprenons la chaîne des événemens au r^ard de la nature et forme seigneuriale de ce comté, ou plutôt de cette principauté suisse, titre qui appartient à ce pays depuis que les cantons le remirent à Jehanne avec toute^puissance et pleine souveraineté. Il s'agit donc de le considérer désormais, non dans ses relations féodalesquin'existentplus, mais dans son nouveau mode, c est-à-dire, comme état libreet souverain faisant partie

de la Dation helvétique, vu qu'il ne relève plus ni de Châlons ni de l'empire, mais de Dieu seul, sous te bouclier des ligues suisses ; et comme tel il vaut la peine de fixer, nos regards sur certaines occurrences propres à nous indiquer la forme mixte de son gouvernement.

Kn i55o, Philibert de Châlons lut tué au siège de Flor^ce, et par lui s'éteignit cette puissante maison : dans son testament il institua son héritière universelle sa sœur Claude, mariée au comte Henri de Nassau, et après elle René de Nassau, son fils.

(> à celte mort de Philibert de Châlons, dernier de sa race, la scène changea de tous points au regard de Neuchâtel, et par un jeu tout nouveau et certes non attendu, notre princesse Jehanne, au nom de son fils Louis d'Orléans, prétendit à l'héritage du dit Philibert, se fondant sur une substitution faite l'an lAiy, par laquelle Jehan IV de Châlons a{q>elait au dé&ut de mâles-Châlons, les desc«idans mâles d'Alix sa fille, laquelle Alix de Châlons était, l'arrière grand' mère ou bisaïeule de notre Jehanne; celle-ci soutenait que son fils Louis était le mâle descendant d'Alix désigné dans la tUte substitution. Je ne dois m'arrêter à cette noise suscitée par Jehamie à toute bonne fin,, commcion dît, car je ne vois trop conunent ses conseillera pouvaient trouver, la dite ancienne substitution capable d'invalider le testament de Philibert en iayeur dfe sa propre sœur ou du fils de cette sœur, si- ce n'est cjue les dits conseillers de Jehanne espéraient par cette contestation (Atenir quelques bribes de l'héritage pour la princesse par ime transaction qui au même temps aurait déclaré Neuchâtel état libre; qualité, certes, qu'il ne iallaii

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pas mettre seulement en doute. Aussi que résulta-t-il de l'action de Jehanne? Rien que la manifestation d'un soi-disant droit, aussi faiblement soutenu qu'il était, ce me semble, peu fondé. On plaida, d'abord à Dôle; puis par une transaction on se soumit à des arbitres; puis nos gens, sous prétexte de partialité de la part de ceux de Dôle, appelèrent à l'empereur (à Charles- Quint, le croira-t-on?) Ce j^'ince désigna pour juge la chambre de Malines. Nos gens y parurent, puis désertèrent eu i543 pour amener le procès à Paris, où le comte de Nassau se garda bien d'aller plaider. Pouvait-on plus pauvrement conduire ce procès, si on le croyait bon; et si on le croyait mauvais, pourquoi l'intenter? On va voir par ce qui suit que l'entreiwise de Jehanne fut de tous points mal conçue et véritablement intempestive, et que teUes occurrences et futurs conlingens pouvaient bientôt écheoir qui donneraient naturelle ouverture aux dites prétentions.

René de Nassau, fils d'une fille du chézaul de Chàlons-Orange, et partant légitime héritier de celte maison éteinte dont il rdeva le nom et les armes, fut tué au siège de St.-Diiier, l'an iâ44î et comme il n'avait point d'enfans d'Anne de Lorraine sa f<anme> il avait l^it un testament militaire au camp de l'empereur Charles-Quint, quelques jours auparavant, par lequel il instituait héritier universel de tous sesbiens son cousm germain Guillaume de Nassau, encore enfant, surnommé par après le Belgique, pour ses grands exploits tant profitables à son pays. Cette occurrence offrait une vraie et légitime ouverture aux droits et p^ tentions qui avaient été .manifestés hors de saison par

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Jehanne, quatorze ans auparavant; car il est notoire que ce Guillaume de Nagsau uè tenait par aucun bout auchésaul de Chàlons-Orangc, en manière quelconque, u'ayantgoutte de ce sang danâ le sien. C'était un forain de toute foraineté, intrus en cet h^itage par une alié< nation exorbitante que la doctrine des liefs, soit d'Allemagne, soit de Bourgogne, rejetait également} ce qui rendait (s'entend au regard de la succession de Châlons), le testament de René de Nassau entièrement caduc et invalide, vuetd'autantqu'ilsubsistait un mâle descendant d'Alix de Chàlons, désigné par la substitution de Jehan IV. Or ce mâle était François d'Orléans, prince de Neuchâtely appelé par le droit du sang, ensembk par la disposition de l'homme et par celle de la loi. Mais la princesse Jeanne était décédée l'an auparavant i54^, après avoir perdu son fils Louis d'Orléana, l'an i536; elle avait laissé un petit-fils, le susdit François âgé de huit ans, sous la tutdle de Marie reine d'Ecosse sa mère, et soiis ceUe du duc de Guise son aïeul maternel, lesquels dits tuteurs ne remuèrent ni pieds ni pattes, comme on dit, laissant ainsi échapper cette tant belle occasion et ouverture de fiiire valoir des droits, à cette fois fondés sur roche. S'ils ignoraient les choses, comment nos gens d'alors n'y pensèrentils pas pour les tuteurs, auxquels ils' étaient tenus par devoir et consciencede donner connaissance de ce qu'ils savaient, sîngulièronenten la minorité d'un tout jeune prince, dont le profit, ce me semble, aurait dû être tout autrement cher k de fidèles serviteurs? Certes cela fait compassion et déjMt, quand on pense combien les Guises étaient puissans en crédit à la cour de France,

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tellement que rien ne s'y fit long-temps qu'à leur tête. Co^tain es(-il que je n'ai pas trouvé qu'il ait été pensé ni dit un seul mot pra* nos gens en cet important reocontre; par qaoi se justifie le niot que j'ai'avaucé plus haut, savoir qu'il n'est pire ménage que dans les affaires des princes. Toutefois la susdite faute «l'étonne, TU la. tant bonne tête de Jeban Merveilleux, homme intègre et laborieux autant que sagacej-possible qu'il fut iJ>sent, étant presque toujours employé au-dehors, par commissLonsde nos princes, mémement par le roi de France Henri O, dontil élisait souvent les affidres en Suisse.

Quoi qu'il en soit-, si ai se taisant quand il fallait parler , nos princes perdirent une tant belle occasion d'avancer leur profit, ils £ùllirent à tout gâter pour avoir parlé quand il aurait fallu se taire; car nonseulement Guillaume de Nassau se mit tranquillement en possession de l'héritage de Châlons, mais il reprit et suivit non à Fans mais à Malines, la matière du procès que Jehanne avait été tant malhabilement conseillée d'intenter après la mort de Philibert de ÇhÂlons; en telle sorte qu'on a la douleur de voir que ce maudit procès mal-à-propos commencé, pauvrement conduit, et finalement abandonné alors qu'on avait juste droiletraison d'agir, donpal'idéeaux comtes de Nassau de faire mention de ce pays: dans la procédure, et de réclamer le comté de Neuchâtel es Joux , comme faisant partie de l'héritage de Châlons. il y a là, certes, dequoi jaunir d'une juste etpalriotiquefôcherie, quand on voit nos premiers princes français, à commencer par le mari de Jehanne^ faire Êiute sur foute, soit

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leurs ignares affidés et serviteops. Et. dans roocurrenoe dont il s'agit, peut^n concevoH- qu'ils aient fourni eux-mêmes malhabîleraent à la clkecte de Chftlons, roû'e à la dominance de l'empereur et de l'empire, une belle occasion de faire revivre leurs anciens et dé-^ fiints droits? Car à quel juge s'étaitnsn finalement soumis? à l'empereur et de par lui à la chambre de Malines^ tribunal auquel Charles-rQuint était censé présider. Or ce: GharlesrfQuint était un emperem" qui avait les Inras longs, et sans pareil depuis Charles- Magne. Heureusement pour ce pays, la fortune, à cette-époque, cessait de le mignoter. Je ne dois m'arréter plus long-temps à cette matière, m'apercevant qu'elle m« met de méchante humeur, seulement obsorerai-je que l'empereur Charles^^int, en haine dn nom français que portaient nos princes, &vorîsa grandement les Nassau, et que ceux-ci furent reconnus en divers traités publics par ledit empereur et par les puissances alors en guerre, pour héritiers des biens et titres de la maison de Châltms-Orange ; toutefois, et par un singulier bonheur, sans qu'il y ait jamais été fait mention de la susdite prétention sur Neuchàtel. Ains au contraire, au traité de Vervins, en l'an 1698, le comté de Neuchàtel y fut spécialement nommé comme état libre et souverain, conjointement avec les autres étals de la Suisse, et ce à la face de Philippe- Guillaume de Nassau, lequel, bien qu'il fùt partie contractante au dit traité de Vervins, ne réclama ni ne protesta en manière quelconque au regard de ce pays. Il est à noter que ce Philippe-Guillaume fut réintégré, il est vrai , dans la possession de la prin-

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Gipauté d'Orange, mais que les averses terres de la maison de Chàlooa, situées en France, ne furent point adjugées et restèrent en litige, ce qui donnaitbeaa champ à nos princes français, singulièrem^it sur quatre belles baron nies enDauphiné; mais ils ne surent faire leur profit des occurrences. Enfin, et pour revenir à l'indépendance de cet état, publiquement reconnue par fes principales puissances de l'Europe (et ce bien heureusemoit, vu les feules d'écoliers cidessus rapportées, qui auraient pu le ramener à sa dépendance primitive), on sait assez que de nos jours au traité de Munster, autrement dit de Westphalie, notre prince Henri second qui y représentait le roi-de France, y a été qualifié de prince souverain de Neuckâiel en Suisse par tous les ambassadeurs des puissances y con- Iractantes; or c'était à-peu-près tonte l'Europe. Bien plus, dans l'exorde du dit femeux traité de Munster, notre Henri second y est qualifié prince et comte souverain de Ncucbâlel, princeps et cornes supremusy et ce qui est encore plus remarquable , la même qualification se trouve au recès de la diète de l'empire assemblée à Ratisbonne en i654, dans laquelle diète il fiit statué que le traité de Munster ou de Westphalie , aurait dans la suite force de constitution de l'empire; or chacun sait fju'en matière de constitution germanique, les résolutions ne se prennent qu'avec compas et mesure.

Ce pays, ainsi purgé de fief et de mouvance, et devenu comté souverain, voire principauté en forme, vu son indépendance si bien consolidée par les cantons, ce pays, dis-je, semblait pouvoir espérer un destin tout propice sous la maison d'Orléans, quatrième race

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qui comoieaçait k nous doiuina*. Car après la sage et tanthabile conduite de la plupart de nt» anciens comtes qui avaient su se conserver, mêmemeot se fortifier au milieu de la générale destruction de tous les grands seigneurs de la Suisse, voîre enfin se rendre indépendans, nos princes français n'avaient qu'à suivre ces bons exemples, ou mieux est de dire, qu'il ne leur restait plus rien à lâire qu'à jouir tranquillement du fruit des bonnes oeuvres de leurs sages devanciers. Notre incorporation helvétique assise déjà sqf d'antiquesfondemens, que la possession et rençiise du comté par les cantons venaient de confirmer et assurer à tout jamais, était le bouclier de ce pays au regard do deh(H's : quant au dedans, bien des articles, et des principaux, étaient en bon train, tels que l'ordre de lasuccessiou, la puissance publique, l'essence et la nature de la seigneurie, la prérogative du prince, les droitsdes sujets, la forme des jugemens; sur tout quoi il ne restait qu'à travailler doucement, à perfectionner petit-à-petit les choses par de bonnes lois et décré-talea faites successivement sur un plan simple, par lequel plan la coutume aurait pu se trouver rédigée un jour en code ou corps de lois coutumières, article capilaletforteu arrière chez nous. Pour cet effet, îleAt fallu statuer en chef que les audiences-générales s'assenv bleraient chaque annéeau mois de mai, oudumoinsde deux ans en deux ans, et ce en telle manière qu'elles ne coûtassent grands frais ni au prince ni aux assesseurs. Mais nos fH'inces français ( tant bons et bien&i- Mus qu'ils aient été), n'ont rien vu ni rien fait de tout cela; ains, au contraire, pnl-îls semblé vouloir toii-

gâter et disloquer. Vrai de dire que par une singulière malforhine, toute rare en l'hisloire des états, les minorités et curatelles se sont succédé presque sanscesse, sous tette quatrième race : partant plusieurs femmes comme mères curatrices, ont eu la maniance des afiàires; 'entre lesqudles femmes quelques-unes ont fait si pauvre ouvrage ^'on ne saurait assez le dire et en gémir. Ce mauvais ménage que jdusieurs d'icelles ont tenu en la chose publique, (non par méchante volonté, mais par ignorance ou déloyal conseil) demande que je m'y arrête un petit, à (ur, vu que diverses des dites mauvaises œuvres attaquèrent les règles et constitutions de l'état , ensemble la prâx>gative seigneuriale, principaux «Ajets de cet écrit; et si de ce mauvais train il n'est résulté tout le mal qu'on pouvait craindre, il &ut, certes, en attribuer la for^ tune à quelque bon ange qui n'a cessé d'être le gardien de ce pays depuis plusieiirs siècles jusqu'à cette heure, en le sauvant, comme par miracle, de divers dangers îmminens, pour le faire prospérer, de quoi nous avons de justes et infinies actions de grâces à rendre au Très-Haut.

Toutefois si je viens de m'exprimer avec fôcherie sur l'administration des femmes, je n'ai entendu parler de toutes; car il est notoire que la comtesse Isabelle, par exemple, gouverna sagement et. avec habileté, et qu'il n'y a que du bien à dire des curatelles exercées par Marie de Bourbon et par feue S. A. S. M°". Anne Geneviève de Bourbon-Condé, duchesse de Longueville, que je dois spécialement pleurer toute ma vie. Il ne m'est permis de parler de M°". la duchesse de Ne-

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moùrs, soeur curatrice de présent, crainte de parattïc agir par dépit et vindication; ses'œuvres montreront sa foi : je laisse donc à ceux de mes fils'qui s'appliqueront aux afiitires publiques («l pour l'enseignement desquels j'écris ees choses) à peser un jour les dites œuvres, dont ils. seront témoins et que je ne verrai peut-être pasj car on ne doit juger les princes qu'après leur mort, alors ils ont parachevé leur tâche. Toutefois je ne puis m'empécher -de pronostiquer que ce sera miracle encore, si tout va bien sous la main de cette dame, après ce que nous avons vu d'elle aux années 1672 et 1673, ainsi que je serai obligé de le déduire en son tems et lieu. Four le présent ^ l'avenir mon espérance est donc en notre gardien céleste.

En continuant à suivre l'enchainure de ma matière, nous verrons les atteintes les plus notables par lesqudles il n'a pas dépendu de plusieurs de nos dames françaises d'ébranW, voire bouleverser la belle et bonne forme et constitution de ce comté , au regard de ses principales régies qui sont à mon avis : i". L'ordre de la succession, a". L'inaliénahîhté. 5'- L'indivisibi- Uté qui en découle, vu que toute division, partage, ou même simple co~seigneurie, sont des espèces d'aliénations. Z^'. Les sermens réciproques. 5". La seigneurie en tant que gouvernement, résidant dans l'état et non ailleurs, singulièrement au regard de la justice et des tribunaux. 6°. L'immutabilité des formes, et la sacrée conservation des anciens jugemens, à moins que les trois pouvoirs ne concourent à tel changement jugé salutaire. 7°. La nomination aux offices, attrilHit inhéreri t àla personne du prince, mais tous les officiers asser-

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mentes ît l'état, sinon réputés intrus. 8". L'exécution prompte et fidèle des traités et alliances heVéUques ; la seigneurie résidant en l'état étant soflisante pour ces choses, si la personne du prtuce est absente. 9°. L'administration et singulièrement la perception des rêve* nus de l'état, sans nouveautés cméreuses, en manière quelconque.

On verra ci-après que ces divers et importons points de constitution ont été rudement blessés en plusieurs rencontres 8008184*^06. Lorsqu'il écherrad'en parler, ce sera l'occasion et le moyen d'examiner et connaître la partie blessée. Or, à commencer par Jehanne, il n'est que trop connu que durant le long règne de cette princesse, l'administration fut si mauvaise, qu'il est permis de dire que la bonne dame ne fut pas à sa place : elle aurait été une bonnéte et aimable bourgeoise, mais sans talens ni qualités pour gouverner un état; eUe ne fut, à force de faiblesse et de bonté, qu'une souveraine idiote. Car sans répéter ce que j'ai dit ci-dessus de son raffolement au regard des plaisirs de la cour de France, qui la rendirent sourde aux vives sollicitations à elle si sagement adressées, de venir bien promptement en Suisse adoucir les ligues, et détourner par sa présence leur main-mise, il est tout clair (quand bien par une ibrtune indicible et non attendue, cette saisie a été, ce me semble, plus utile quedonnnageable au comté), que cette négligence fut une faute énorme, laquelle sans un coup du ciel, aurait occasionné la perte de l'état comme état, tant il y avait apparence qu'il allait être converti à toujours en un bailliage commun à douze cantons. ■

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Quel nom et s^qs doone^a-uon à l'acte passé à Pam le ïH-enùer Janvier iStg, ratifié et ctmfiriné le doiilième du dit mois, avec toutes les formes requises et usagées en France, par lequel acte la pFÎncesie Jdianne cède et abandonne à ses trois fils, Claude, Louis et Fr^içois, tous scA biens,. spécialement le comié de Neucbâtel, alcn-s sous la Kiain des caotoos ; par kmie) acte, V indivisibilité coustituuive et immémoriale du dit comté se trouvait rudement atteinte et compromise ? Qui n'aurait cru, apès un tel acte, qu'alors que les cantons rendirent le comté à Jebanne en iSag, les princes ses fils l'auraient gouverné coinme à eux remis et abandonné par leur mère? Point du tout : la princesse reprit k gouvernail, sous le prétexte qne tes ligues avaient rendu le comté à elle personnellement, tellement qu'elle ne cessa de fiiire à sa (été, ou plutôt à celle de ses mignons, vendant,, aliénant et gâtant tout.

Comment expliquer ce qui va suivre? Jehanne tenait les rênes, et voici François d'Orléans ]e cadet de ses fils, connu sous le nom de marquis de Rothelin., qui arrive à Neuchâtel l'an i53i , qui prête serment aux bourgeois le 6 Avril et reçoit le leur, tant en^ son nom qu'en celui de Louis d'Orléans son fi-ère aine,' (Claude l'aîné des trois étant mort l'an i5a4$ans postérité), confirme les franchises, en accorde de nouvelles, ordonne et agît par tout le pays en souverain; toutefois pouvait-il au plus se croire co-souverain en vertu de l'acte ci-dessus de iSig, vu que son fi-ère Louis était l'aîné. Or cette co-souveralneté prétendue aurait déjà été incompatible avec la nature seigneuriale du comté, en ce qu'dle attaquait l'indivisibilité-cops-

tkutîve. AlHen plus forte raison élait-il intolérable de voir le cadet faire le maître à lui tout seul, tandisque \a constitution de l'état appelait l'aîné à succéder exclusÎFement. On ne voit pas que ceux de nos gens alors dans les offices principaux, aient dit un mot, ni fait un pas, pour empêcher cette tant iirégulière conduite qui n'était propre qu'àmettre la confusion dansl'ordre de la succession si bien établi de toute ancienneté. A la vérité, le chanoine Jaques BaiUods, témoin de ces choses, dit qu'on né savait trop alors qui régentait et officiait, vu que la domination des cantons finie naguères, et la réformation nouvellement établie avaient mis tout en désarroi dans le pays : mêmement il foit entendre que le dit François d'Orléans, accoiApagné d'une troupe de jeunes seigneurs français , en fit son conseil tout semblable à celui du roi Roboam. Quoi qu'il en soit, le silenceet l'inaction des principaux vassaux m'étonne fort; ordinairement jaloux conservateurs des anciennes formes, et -n'ayant été ni assemblés ni consultés, comment laissèrent-ils ainsi le jeune prince svec tous ces beaux messieurs de France, tailler et rogner, sans titre ni qualité réelle et légale? Mais le chapitre n'existait plus, et l'on sait assez que les chanoines avaient coutume d'être les promoteurs du mouvement des trois ordres. Au regard du Tiers-Etat, j'entends les ministraux, conseil et bourgeois de Neuchâtel , comme le jeune prince commença par leiu- promettre et accorder tout ce qu'ils rouluï-ent, on ne doit s'étonner qu'en ce rencontre ils aient cessé d'être récalcitrans, et se soient gardés de toute remontrance. Nous venons de voir îe fils cadet de Jehanue faisant

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lé Souverain l'a» 1 5Si , blessant par ce fait la r^te dé VinaliénahiUté, s'il se disait Souv^ain , ou délie de Vindm^hilitéf s'il se disait co-souvctuh'; etVoid qu'en i536> Bfâne Jehanne admodie aux quatre ministraux le comté pour neuf ans, par acte passé à Chàstel'^Iandy le a'7 JniD> ne sie réservant guères plus que la sout^ rainété, et ce pour la somme annule de mille écui d'or sol, laqueUe somme elle réduit trois jours après par riou^'el acte, à trois «rille livres faibles* "Qu'arrivat-il de cêvilain marché? Les nùnisù^ux firent les mal- 1res dans le pays-, destituèrent et renvoyèrent les châtelains, maires et autres officiers qui ne leur plaisaient pas, pcwr leur substituer de leurs gens; ils introduisirent le lod des maisons dont auparavant on ne lodait que la valeur du terrain, ete. 11 est facile de voir que cette pache libnteuse de la pftrt de la princesse, ébréclïait la pi^ogatîve souveraine, ainsi dépouiUée de ses principaux droits et attributs baillés pour neuf ans, contre argent , à des bourgecds Iraitans , et qu'elle blessait diverses lois fondamentales, tdlesque: i". tina- UénabiUié, vu que ce bail était une vraie «dïénatîon à tems; a". V administration et perception des revenus de Fêtai, sans nouveautés onéreuses, vu que d'une part , des traitans ne se mettent guères en souci de pourvoir aux dépenses et charges publiques; et que de l'autre ils ne cherchent qu'à augmenter à leur profit le revenu, en aggravant, s'ils le peuvent, ks redevances perscmnelles ou foncières, comme il arriva au regard du lod des maisons : 5°. la nomination aux offices, vu que les traitans revêtus de ce beau droit seigneurial, l'exercèrent non en vue du bien public et de l'hon-

neur de Yéint, mai^ pav ipotifs et raison^ p^tJçuUière«' comme cela 110 mauqi^a pas d'arriver par grand remueménage. Quel temps! <{uelle administration ! N'y avaitil donc pjlu^ personne pour parler, remontrer et agir? Comment le gouyernem- George de Rive, qui n'était pas sot , réduit à 400 francs que lui payaient Içç quatre ministratlx irâitans et presque soureraios,- ne se rempa-t'ïl pas avec ceux, de nos gens qui devaieqit avoir à cœur le bien et l'honneur du pajs? Cel* ne peut se comprendre. OJ»! la pauvre régence! Vrais soliv^ap:^ sans mouvement, tandis, que deux ou.trois conseillers de la ville allaien}; souvent en France vers la princesse et en obtenaient tout ce qu'ils trouvaient bon de lut: demander.

Toutefois Jehanue informée par Olivier de HochWg, s(»i oncle naturel, ancien prévôt du,<^|^trede r^eur, chàtel, que George dç Rive n'est .presque jJus gouver-, neur que de nom, et pense à se retirer, vu. que les ministraux $'arrc^ent insensiblement toute autoiîté,. la,pTiiiQeçse envcwle au dit George de Rive un plein poa-. voir sans bornas, daté du chastel d'Epoisses le 1 1 mai iSSy , lequel pouvoir déclare le gouverneur revêtu de toute l'autorité souveraine, et ses âgiss^on^ passées, présentes et futures ratifiées à l'avance. Un tel dangereux et insensé remède, contraire a, toute maxime de bonne administration, aurait pu être pire que le mal; miUS ibrt heureusement George de Rive était incapable de mal faire sciemment. Dans un gouvernement mixte oii l'autorité seigneuriaie est Hmilée par les drpitç, libertés et franchises des peuples, déléguçr une autorité inimitée à un serviteur, et ce, eit termes et langage à

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peine bsÏI^s chez les princes de l'Asie! Peui-on concevoir chose plus moittstrueuse, &. qui blessât plus ouvertement toutes les branches de h constitution?

L'an d'flprès, dame Jehanne^ par acte en forme daté de Noyers W aS février i558, (en arrière du gouverneoT George de Rive et de son immense pleinpouvoir ci-dessus) , vend aux ministraux la mairie de Neuchâtel avec haute , moyenne et basse juridiction , ensemble les lods et tous droits seigneuriaux, ainsi que les terres du domaine, ne se réservant que le château et donjon, avec le pouvoir de faire grâce aux criminels en qualité de souveraine, le tout pourla somme de deux mille écus d'or sol une fois payés, *èï une redevance perpétuelle de deux cents livres faibles, pour chacun an : desquellfes choses et propriétés, la ville ne devait toutefois entrer en pleine et réelle possession qu'à la mort de la princesse, se contentant, en attentant, d'une belle et bonne jouissance. A-l-on jamais rien ouï de parôl dans un état inaliénable! Est-ce donc que ceux de nos gens alors dans les offices, étaient tous perclus de corps et d'esprit? Certain est-il que je n'ai vu nulle part qu'ils aient donné signe de vie quelconque, tandis que j'ai trouvé aux archives de Trye diverses preuves par actes et missives que les ministraux et conseil de la ville se remuaient sans cesse, si bien qu'ils faisaient et tripotaient à leur guise, comme on voit; Vrai de dire, que plusieurs de ceux alors en offices de la seigneurie, avaient bonnes raisons pour se taire, faisant leur privé profil en cette conjoncture par les beaux et bons biens qu'ils obtinrent de Jehanne presque pour rien j car toujours en besoin d'argent.

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— loa —

parce qu'dle donnait à pleines mains, et qu'^e était entourée de pillajrds, cette femme, je crois, aurait vendu sa chemise pour ayoir.de quoi dissiper. Aussi empruota-t-relle en cette tnéme amiiée i55d, de la ville de Neuchàtel, 7790 écus d'or sol, que les minîstraux coururent vite emprunter à Bàle, pour les lui prêta;, comptant sans doute en faire ultérieur bon trafic.

Qtiedireet penser dufait suivant? Le roi FrançoisI" ayant besoin d'argen^t et voilant emprunter en ceue même année i558, cent mille écus en &iisse, Jetianne consentit que le 1:01 §on i^usin. oflHt le comté de Neuchàlel par assurance et hypothèque du prêt. I.es Bernois auxquels on s'adressa, répondirent que l'alliance et comhpurgpeoisie avec ce pays ne leur permettait pas de contracter à son détriment et péril, belle réponse, certes, et bonne leçon dont la pauvre Jehanne ne fit profit.

Car danslemême t«nps eï de lavis de son conseil (j'entends, de celui qui l'entourait en France), elle vendit à la ville de NeucliÂtel l'abbaye de Fon|aine-André avec toutes ses appartenances, pour quatre mille écus d'or sol, par acte du. 5 mai i538; plus pour trois mille cinq cents écus d'or toijs les biens du chapitre de Neuchâtel qui lui étaientéchu&parl^réformation:depluslemême jour elle vendit le prifuréSaint- Pierre du Vaux-Travers à im bourgeois de Neuchâ' tel Jehan Jaquemet, chevalier, seigneur d'Orsans,, ppur mille écus d'or une fois payés et sous une redevance annuelle de cent écus d'or, que la princesseremit aux minislraux. Certes, le conseil dont cette dame, au direde ces actes,, suivait l'wrft^w, était compo^ d'as-.

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sesseul^ qai ne méritaieDt que la corde, spéciakiueut un cerlaio bélître nommé Glande Colier, qui avait été chanoine, voire j^évôt à Valangin, et qui était pour lors chanoine du chapitre de ^nt-Nicolas de Fribourg.. A cette fois George de Rive voyant plus que jamais un gouverneur à plein pouvoir aana nul crédit ni mot à dire, se remua enfin, et s'élant rendu auprès de la {H-incesse, fit tant par ses représentations que Jehanne parut ouvrir ks yeux un petit, et souhaita de pcnivoir annuler tant d^aliénations, certes follement Eûtes, et devrai milles de droit pour la plupart. Les minîstrauz bien marris de résilier de si bonnes pactes, le firent toutefois de bonne gràçe, moyennant certains articles nouveaux en droits et franchises qui leur fiirent concédés^ et le remboursement des sommes par eux avancées. La transaction fut signée par la princesse, le lo mai. i5^, et par Ifi ville de Neochàtel le 30.

Les dissipadons de Jehanne ne se bornaient' pas -aux aUénations laites dans ce pays: elle en usait de même à l'égaird des vastes et rit^s possessions de la maison d'Orléansdansleroyaume, ce quitfôtermina le roi de France à la foire, interdire publiquement par ordonnance du ai avril i54o. Btiiselle alla son train au regard-de ce paySi puisquelamême année, par acte du i5 seirteanbre daté de Mandy, elle recomwlt avoir reçu en. prêt six mille francs de René- comte de Ghallant, seigneur de Yalahgin, déclarant que si elle ne ranbourse pas dans trois ans, la dite somme sera censée avoir affi-anchi et purgé de fief ladite seigneurie de Vdangin, laquelk alors sera réputée souveraine et in-

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d^iendante. afooHnieusealiénation qu'on auriail peine à cixMre, si les titres retirés dans la suite par Marie de Bourbon, n'étaient bien entiers à Trye avec les autres qui se rapportent à cet objet.

Le fait suivant ferait rire, s'il n'y avait de quoi s'affliger & l'ouïe de telles choses. Jehanne avait pour homme de chambre un nommé Pierre Pétremand de ce pays, auquel dit homme elle passa trois actes de donations, tout d'une fois, lui faisant enlr'autres remise et abandon de l'abbaye de Fontaine-André, retirée naguère des mains de la ville de Neuchfttel. Quandledomestique vint pour se mettre en possession, le gouverneur George de Rive s'y op^wsa et se fâcha; l'hommeeutpenr et se contMîta d'une maison avec une belle vigne franche à Hauterive. Pourquoi Ge«*ge de Rive ne fit-il opposition aux aliénations, de Jehanne qu'en cette occurence? C'est, dit le chanoine Jaques Baillodz, qu'il ne s'agissait que d'un pauvre valet, aulieu qu'il craignait et ménageait les miniàtraux et bourgeois. Et pour le dire en passant, ce gouverneur, h<Hmae de naissance, de bien et d'honneur, était faible et indolent; aus^ ne fit-il usage de son vaste plein pouvoir, que ptwr intrure dans les audiences-générales, au rang de la noblessej certains roturiers qui avaient acheté des fiefe ou portions d'iceux, lesqoek roturiers, sur k parole et par le pouvo» de George de Rive, se dirent nobles, crurent l'être et furent tenus pour tels, sans autre cap ni k»evet, ainsi que jele ferai voir en son lie», si j'ai la vie et santé néceseaires pour achever la tâche que Je me propose en cet écrit.

Enfin, mettant le (xanble à sa fglle et d "

conduite, l'imbéc^ Jehaniie remit à Claude Ct^r^ un blanc signé, datédu Chast^-d'E^Misses, le sS novembre 1 54^, que le dr^ remplit à sa guise, en forme de i^iu pouvoir illimité, pour vendre et aliéner au nom de la princesse. Colicr ae rendit tout d'abord à Valangin, et stipula le 3o novembre iwec François de Martines, nudtre d'hôtel du comte Kéié, que moyennantmiUe francs, fin^nMMuude de France, leseigneor de Valangin sra^t allibéré de fiid'et d'hontmage et àédaré souverain du dit Ydangin : de plus il lui vendît la mairiede Boudevillia's pour la somme de mille francs, desquels ae déduiraient les nx mille ci-dessus, prêtés à Jebamie, le i5 septembre iS^o.

Ainsi en bon train de faire trafic, sans doute à 90a prcfit tout prenrièrement, le dit Colier courut à Fribom-g au printemps de l'an suivant i545, et en vertu de son prétendu plein poiwoir (^frit à ce canton de lui vendre le coûité de Neuchâild au nom de la princesse. Les Fribourgeois ne demandaient pas mieux, et trouvèrent ccmvenable d'envoyer on des leurs- à Berne, pour y proposer de faire ledit achat en communiwi. Le gouFcmeur George de Rive et Claude Baillodz, chàteiam du Vanx-TravCTs, infMThés des manigance» de Coli», étaient allés à Berne sur la fin d'avril, pour y prendre conseil au r^ard des dates méchantes pratiqties; si bien que Berne répondit aux Fribouï^;eoia qu'il ne fallait écouter Colier dont la personne et le cpéditif étaient égalwnent suspects, vu qu'il o&ait d'aliéner ce qui était inaliénable de sa nature, et que par la remise du comté faiteà Jehanne, il n'y avait que q«atorre ans, les ente cantons avaient promis de le ga-

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raobr et assurer à la postérité de la princesse. La chose en resta là, et Fribourg renvoya Colier.

Les méchanteg manœuvres de Colier à Valangîn-, par le moyen du plein pouvoir dont il s'autorisait , avaient Êtit bruit, en sorte-que la famille de Jehanne s'était vne contrainte, ' déjà au commencement de l'année i54^i d'ôt^ à (%tte mère |m>digue toute adminisb*atîon et de va^er aux partages qui furent réglés le j mars, et dansksquels ne fiit point-compris le comlé> CMnmeélant inaliénable, partant indivisible, et en cette qualité dévolu dedroit au jeune François fils de Louis, formant la branche aînée des fils de Jehanne.

Sionnesavaitbienqueradministrationdenosprinces français, soit publique^ soit intérieure en lenrmaison, ne fut long-temps que désordre et vraie bourdifoille, on aurait droit de s'ébahir que par tel accord et partage, les enfans de Jehanne aient imaginé de lui ôter l'administration d'une souveraineté en Suisse, de la forme et constitution de celle-ci. Four légitimer une pareille curatelle , il aurait fallu un peu pluS' de cérémonie;, ausâ dame Jehanne. reparut lât après sur la scène, et fit une nouvelle dooattpn à Jdian Moreilleux, en affi-anchissant ses possesàons de dîmes et re> devances, de pins, une augmenialion de fief, le tout daté d'Epoisses le 3 août i543. Deux joiu-s après, le 5 août, le dit Merveilleuxse procura un autre acte par lequel Jehanne renonce au droit de retrait pa'pé^ tud qu'elle s'était réservé sur les grands dons fonciers qu'elle lui avait ci-devant &its. En ce bon ou mauvais temps, ainsi qu'on voudra l'appder, il ne fidlait que se baisser pour eniplir ses mains; aussi le dît Jehan

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MerveiUaiK se dépécha-t-îl de &îre sa dernière fournéebonne, va que la princesse était midade et proche de sa fin survenue le mois saivsnt. Le chanoine Jacques fiaillodz, sous ks yeux duquel toutes ces choses se passèrent, nous apprend que c'était par le moyen des paires de gants dont certains mign(»i8 aa seorétaires de Jebanne étaient fort avides, que les ministraux et plusieurs notables obtinrent tant de faveurs de la bonne dame Jehanue, Le dit chanoine ne disrâmule pas que son neveu Claude BaiUoéz, cbàtelaiQ du Vaux-Travers , œnuaissait bien ce moyen et en fit son profit , sànà que Jdian Mervùlleux, Pierre Vallier, Biaise Hory, Jean-J«^ues Bourgeois, Benoit Cfaambrier, Jehan Jaquemet, Jehan BareUi», François Clerc dit Guy, Biaise Rosselet. Quant à Jdum Merveilleux, il est juste de dire que les dons et faveurs considérables qu'il reçut de Jehanne ne furent que légitimes récompenses, ayant grandement servi l'état, singulièrement au recouvrement du comtés

A la mort de Jehanne en septnnbre 1543, sonpeU^ fils, François d'Orléans, igé de hnït ans, fits de Lonis, mort en i556, succéda au ccanté. Ge fut un insigne bonheur que son oncle François , marquis de RolbeUn, ne fvétendit pas au comté, ou tout an moins à la cosouveraineté, en vertu delà donation enlrevifsdeiSig, et des actes de souveraineté que le dit marquis avait faits en i55i, sans nuUe opposition, voire par sermons réciproques prêtéset reçus. Sans doute, la bonne pro-. vidence leur inspira déjà au printemps, alors des partages, que par la nature seigneuriale de cet état, l'ordre de h. succession appelait U ligne et non le degré.

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Le petit FrançMs eut poor tuteur le thic de Gtrise, son grand père materiïel, et le cardinal de Lorraine soa onde, qui d^nandèrent et obtinrent par lenr procureur, J^ian de Beauqnerre , la mise en possesson «t investitore de la souveraineté pour leur pupille, le 5 Décembre i543, par demnt les audiences générales, pour ce assemUées, lesquelles reconnurenf les tuteiu-s: tout fie fit en b<mne et due règle. Mais je trouve une ïffocuration du 8 iyoyenU>re remise au seigneur de Montot, envoyé pour ce fait fmr l'oncle FrançMs, marquis de Rotbelin, dans laquelle procuration le dit marqms parle et agit en souverain, ordonnant en son jHÎvé nom au dit de Mootot, à Gecn-ge de Aive, gouverneur et à ceux de la régence, de travailler tout d'abord à invalider les aliénations de déftinte dame Jehanne> spécialement les méchantes œuvres de Oolier à Valangin et à Fribourg, etc. Rien ne pouve mieux ce que j'ai dit pliM haut de la feiWesse et indolence de George de Rive, que sa soumission aux ordres du marquis de Rotbelin, et sa complaisance pour les agissions de l'envoyé. On dirait que ni le gouverneur, ni le conseild'état ne songèrent pas seulement à l'une des plus impcntantes et fondamentales règles de la constitution , j'entends l'ordre de la succession, et qu'après avoir laissé si longtems Jehanne faire à sa tête et tout gâter, sansdireun mot, ils ne savaient autre qu'obéir au premier qui les commandait. En quelle qualité le marquis de Rotbelin ordonoai^il de cette sorte? On le com^Hmd d'autant mcnns, que M'ois semaines après, voici les vrais tuteurs du légitime souverain, qui se présentèrent et firent ce qu'ils devaient foire pour avoir droit d'ordonner en son nom.

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U me sembte i|U£ j'ai parlé eo plss d'un liea arec plaintes et cliagrUiâ d» primtipaux du pays, qui semhUiiuil. avfflr peràu mouvemoil et vie pendant le dé-^ sordonité règne de Jehanne : par éqaité je dois vemarquer aussi, queles. audiences g^érales assemblées te 24 MfB 1547, se réveiUèrent enfin de leur long sommeil. Les, anciens Qobks, (entre lesquels se ^stingoèrent l^ncelot de Neuchàtel et Claiide de Vaux-Trarers, dit. àa, Terraux ,) firent de sages et fortes remontrance aufegfffd des grands abus introduits au détriment des oon^tutioDS de l'état, -déplorant les atteintes portées à L'ordre pqblic, et réclamant l'intègre observation-des anciennes règles. Us entrèrent dans un détail sibienipensé, si bien dit, que toute cette doctrine constitutive aurait mécilé d'être gravée en lettres d'or sur marbre : et suis étonné que le secrét^iire n'en ail conché sur les registres qu'une Êiîble partie comparée à la . pièce entière, qui fut remise «isuite pai« écrit à George deBive,.ppé8ident del'assemWée, pour la faire parvenir aux tuteurs du jeune prince; la dite pièce est à Trye, où j'en ai pris copie.

On ne saurait mieux faire voir c<unbien les minorités sont à craindre, à cause du mauvais gouvernemeut qu'elles occasionnant le jJus souvent, qu'en citant la proposition faite aux mjnistraax en i55o, par les tuteurs du jeune prince François,, dont ta débile sauté annonçait le prodiain décès. On a déjà vu quels pauvres tuteurs fiirent ces Lorrains, quand j'iii parlé du procès pour la succession de Châlons-Orange. Le duc de Guise, peu tonchédes excellentes remontrances à lui adressées par les audiences, générales de 1 54? ,

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offiit auic bourgeois de Nendi&tel de I«ur vendre le comté pour cent mille écusde quatre testons la pièce. La ville envoya d'abord consulter Berne et proposer au canton de se porter acheteur du comté , pour ensuite le remettre aux bourgetns, afin d'assurer d'autant mieux leur possession par t^e ranise et giù^ntie; ce qui était habilement imaginé. Berne donnait les mains à la chose> tant pour mettre une bonne fin à tous ces parlementages de ventes, aliénations et trafics, dont ilétaîtquestion sans cesse depuis vin^ ans, qa'afin de convta-tir cet ^t en mie IfépuWique plus convenable aux Suisses que la domination de nos princes français^ Mais le canton de Fribourg informé de la proposition du duc de Guise, et craignant que Berne ayant une fois acheté le coonté , ne le gardât pour lui , se hftta dé donner avis de ce qui se passait aux proches et héritiers du jeune prince> lesquels proches mirent empêchement à l'affiiire; de tout qum il y a bonne note aux archives de Berne, Ëorante en fait foi la copie -qui m'en a été fournie.

En l'année suivante i55i , les dits prochains héritiers, assavoir, Léonor d'Orléans fils de l'oncle François, marquis de Rothelin décédé en i548, et Jaques de Savoie, duc de Nemours, fils de Charlotte d'Orléans, fiUe de dame Jehanne; partant tous deux cousins germains de notre jeune souverain François, s'émancipèrent en leur tpiahté d'héritiers nécessaires, d'hypothéquer ce pays qui ne leur appartenait pas, au canton de Soleure pour sûreté de cinquante nulle écus prêtés par Iç dit canton au roi de France Henri II, voulant faire les bons valets par ce fol engagement. Certes,

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en éerivant de telles choses, la 'plume tombe'tles làamï.' Comme ce pauvre pays était ballotté depuis ^'il appartenait à'ia maison d'Orléans! On peut dire en conscience qu'on -n'avait vu sordr de-là que bévues, folles agissions, ineptes desseins, heurtant sens et raison. On me pardonnera ce despectueux langage de ma ûcherie quand j'ajouterai, que parlant de ces choses avec la princesse déiîinte en son château de Trye, un jour qae nous étions seuls dans les jardins, il m'échappa d&ns la vivacité du discours d'appeler ces fâcheux temps des règnes etétourneaux j de quoi lui ayant demandé humblement pardon, elle se prit à rire de bon cœur, et appuyant sa beUe main sur mon bras, cette charmante princesse me dit ces propres paroles : « Moïisieur le chancelier, je vois qu'au temps passé les étourneaux étaient aussi communs en France qiî Us le sont de nos. jours ; je vous prie de me parler souvent des vieilles fautes let de vous bien fâcher, c'est le moyen de me faire sage. » Revenons donc à nos étoiu-neaux; nous ne sommes pas au bout.

Notre jeune souverain François d'Orléans mourutle 21 septembre i55i, âgé de 16 ans, peu après l'étrange hypothèque ci-dessus rapportée. Ne voilà-t-il pas trois prétendans qui se montrent, i" Marie de Lorraine sa mère, reine douairière d'Ecosse; a'Léonor d'Orléans; 5° Jaques de Savoie: je viens de parler des deux derniers, au sujet de la dite hypothèque.

On serait tenté de croire que c'était par pure bouffonnerie, que la reine d'Ecosse se fondant sur sa qualité de mère et plus {H'ochaine parente, se présentait pour succéder à une souvwtiinelé inaliénable ^ sans

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— lis —

èlre à» sang ni de près ni de kùn ; aussi n'y fitron BoHe attention.

Mais ce que l'on a bien plus de peine à croire, c'est que les audiences générales, après avoir prêché une tant belle doctrine k a4 Mai i^j, admirent le a5 Novembre i55i Léonor d'Orléans et Jaques de Savoie à prenike oHijointement k mise en possession et investiture du comté, toutefois d'une manière provisionnelle, et sans préjudice de la totalité demandée par Jaqueline de KoWn , mère curatrice de son fils Léonor d'Orléans. Les audiaices firent la une criante infraction à la rè^e de la succession, et contredirent mttnifestement leur fameuse remootraBce fiiitç il- n'y avait que quatre ans : car elles ne devaient pas même souffrir que le descendant d« la fille entrât en concurrence avec le fils du fils de la maison. Cette première faute conduisit à d'autres , comme on va voi^,

Les audiences générales assemblées le 6 Mai 1 553 pour' prononcer sur la totalité du comté, justement demandée par Léoiu» d'Orléans, soit Jaqueline sa mère cutatrice, Jaques deSavoie ne demandantquelamoitié; par sentence du dit jour Ira audiences adjugèrent une moitié du CMnté à chacune des deux parties, en leur imposant la cfmdilïon de donner un seul chef et. souverain à l'état, conformément à l'usage: senlenceabr surde, toute contraire aux premières règles et maximes de l'état, au regard de la succession. On ne peut comprendre où nos gens avaient la tète; car la condition imposée aux deux co-souwrains, de ne donner qu'wz seul chef à tétai conformément à l'usage, étoit une palpable contradiction, par laquelle il semble que

les binines gens pensaient à mettre de la règle, là oii ils ne mettaient que désordre : aussi ne tardèrent-ils pas à .sentir leur grosse bévue, qui leur donna assez de peine dans la suite> quand ils voulurent redresser ce qu'ils avaient courbé si maladroitement. Vrai de dire qu'ils eui^nt à iàirc à un fio renard^ Pierre de Menthdn , ambassadeur de Jaques de Savcûe ; par adn»tes menées il sut enjôler George de Rive et les principaux vassaux , "et captiver p^ promesses ou autrement quelques uns des -otTiùers et du Tiers-Etat, ain^ queeela se voit dans les papiers que je me suis procurés d' Annecy, contenant les io&tnnations fort curieuses envoyées par le dit de Menthon aux g«is tenant le conseil de son maître.

D'autre part, la reine d'Ecosse poursuivait toujours ses prétentions, non ici mais en France) et il faut dire qu'à celte fois on vit un trait de droite raison sortir d'une tête de par là. Jaquelinp de Roban comme curatrice-se voyant ajournée au parlement de Paris par la reine d'Ecosse, répondit que Neuchâtel en Suisse n'était pas du ressort des tribunaux de France, et que c'était à NeuchÂtel en Suisse qu'il fallait [wocéder; elle envoya une ambassade à Berne pour solliciier ce canton 9 interposer ses hons offices, afin d'engager le roi Henri II à ordonner que la difficulté fût renvoyée psir devant le juge naturel à Neuchâtel. Berne écrivit fortement; le roi r^Kaidit enadhérant de tous points à la réquiàtion; en teUe sortie que le parlement de Paris envoya lui-même les parties à plaider à Neuchâtel. Ceci se passa es -années i65a ets555. La dite reime d'Ecosse se présente par andmsaadeurs aux audiences-générales,

lé i5 août i555, qui la déboutèrent ^e toutes prétentions.

A cette occasion, les audiences mieux avisées, Bommèrent tes princes co-souverains d'accomplir la condition à eux imposée de fournir un seul souverain; car c'était pîtié de les Voir gouverner, l'un à droite, l'autre à gauche, faisast, défaisant, concédant, traitant çà et là sans bonne intelligeoce. Grandes tribulations à ce sujet, surtout quand on app'it que Jacques de Savoie se proposait de vendre sa moitié du comté au canton de Soleurej tout te pays en émtâ à cette -nouvelle. On s'adressa à Beriie; ce canton, comme juge de tels différents, se nantit de celui-ci, sentant que deux souverains à Neuchâtel étaient incompatibles avecla constitution de ce pays. Jacques de Savoie tergiverse, demande délai, enfin décline et offre la mardie aux Bernois; c'est qu'il voulait la moitié du comté par partage, pour en faire à sa guise. Certes il n'y^ut moyen, et finalement le dit duc de Nemours fut contraint de se soumettre au jugement de Berne; ce canton prononça le igaoât 1557. Le comté resta«nmtieràLéonor d'Orléans, comme de faison; en échange de quoi Jaocpies de Savoie devait recevoir deux itiille francs de rentes ai seigneuries dans le royaume de France ou aillews; ce qui fiit exécuté. Par Ée moyen put être efecée la tant lourde faute et bévue des audiences de i,55i> si tant est qu'un méchant exemple ne soîl pasen politique un dangereux germe de maladie-bien difficile à guérir.

Léonor devenu seill et unique souverain, comme juste, ét^t^encore mineur.,>£t parlant £ous W tutelle

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ou curatelle de Jacqueline de Rohan sa mère. Or Ir dite Jacqueline fit aussi des siennes, à l'exemple de Jehanne, en admodiant aux ministraux et conseil de la vîllie tout le comté, par acte du i" juillet i558. Le bail fut fait pour neuf ans, ne réservant au prince que la haute souveraineté et la nomination à quelquesunes des principales charges et dignités, du reste cédant -et abandonnant à la ville de Neuchàtel la pleine jomssauce de tous droits et revemis> en quoi qu'ils pussent consister; le tout pour i5oo écus d'or sol par an. Les offices de châtelains, maires et autres inférieurs furent donc à la dispositicm des traitans, par quoi la réjouie ébréohait la p*érog3tive, seigneuriale tout aussi misérablement que l'avait fait Jehanne, ensemble ôlait crédit, honneur et considération aux offices de l'état, que toute btmne administration doit bien plutôt chercher à augmenter qu'à diminuer, singulièrement en une forme mixte telle que la nôtre, où il est si souvent nécessaire que la considération pour la personne en imprime à l'office, et produise une autorité sur les cœurs, en supplément du pouvoir qui est tant limité chez nous. Vcalà comment le pernicieux usage des fermes que nos princes français voyaient pratiqué dans le ro^ume, leur donna la pensée de l'amener dans ce pays, sans être détournés par les maux publics qui en provenaient en France, au su de chacun. Toutefois Jacqueline sentit qu'il y avait à dire, puisqu'elle se réserva la liberté de résilier le marché quand elle le voudrait, moyennant un avertissemeut de six mois à l'ar vance.

Cette dame ne s'en tint pas là, car au même temps

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elle vendit auxminiatraœt l'abbaye de Fontaine-André et le prieuré (ki Vaux-TraTers avec tous droits et appartenances, pour la. somme de 3534^ ^cus d'*»* de 46 sols tournois la pièce , toutefois sous bénéfice de réachat perpétuel aussi- long^-temps que le comté resterait entre les mains de son fils ou de sa fille, soit de leurs descendons. 11 faut noter que ces aliénations criantes étaient précisément les nkémes ^tes naguères par Jehanne, et qu'on avait eu assez de peine d'annuler, sans que cet exemple de fraîche date serrit à quelque chose. Une telle récidive ne semble pas {H-oyable; nos gens ufl peu réveillés tout-^t-l'h^ire s'étaient de rechef endormis. Ainsi donc sous la curatelle de Jacqueline, l'administration ne se trouva pas en meilleures mains que sous Jehanne. Mêmes dissipations, gaspillages et mauvais train ; mêmes maîtres et mêmes serviteurs qui décousaient à force ,ce qu'on avait eu tant de peine à coudre pendant plusieurs siècles.

Il ne faut s'étonna* que de piffeilles têtes aient souffert, sans dire »n seul mol, une large brèche fitite publiquement à la prérogative du prince, par l'outrecuidance de René de Challant, seigneur de Valungin, qui osa faire protester à l'ass^nblée des audirâces générales le 3 juillet 155^^, pour la conservation de son prétendu droit de souveraineté et d'indépendance, ei^ vertu de la convention stipulée avec Colicr l'an i5/^3. Ce premier pas, .fait sans aucune opposition, ne manqua- pas d'encourager ce vassal à -pousser sa pointe sans garder de mesure ; au point que prenant ouvertement le titre et les attributs de souverain, il fit convoquer de par- lui les audiences générales-à Valangin

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le 35 juin i56o , en lieu, et place du plaid de lAai que le prîncey faisait tenir- chaque aanée^et ctHuposé de quatre nobles, quatre-t^ciers et quatre bourgeois conseillersdelaviUe, tousenro^deNaicbàtel. Les dites prétendues audiences {anoées de que^nes vassaux , oiEders^et bouùrgeois dfe Valaj^u, représentant les trois ordresy publièrent gravement des décrétâtes qui ne furent point contredites. René ainsi fsihardi fit aussitôt construire une potenceà quatte gros piliers, œ qui étEÔt alors une marque éclatante àe souvciraineté; Sur toutes lesqueUes UBurpaticms et insolences, nos gens ne dirent mot : les miuislraui de Neuchâtei firent seuls de fiertés et bonnes Tempntrances à cesajet, ad gouverneur Jain Jaques- de -Bcmsletten, qui lés mît dans sa podM et -ne fit iiau: Ufitut^que ce Bbnstetten fbtun pauvre honune, et que le consetl-d'état qui p6ur fors eommençail à prendt-e un peu de fprme^ fût af* fligé de paralysie, car il ne se pouvait iaira pLûe qui allât plus droit au c«eilr dn sagneur suzerain , et qui demandât plus protppt remède. Et qu'on ne. dise pas que le gouvenveur ■ «*■ consdl- d'état manquaient de moypns ponr ranger ce vassal trop puissant ; il y avait antr« choge à employa- que la force. Personne ne se souvenait-Il donc quâ les cabtons étaient garants envers iehanne et sa' postérité de la tranquille possession du comté, en l'état et condition que les dits cantons l'avaient rendu il n'y avait que trente ans? Or je demande ce qu'était alors le seâgntur de Valangiri? Ce qu'il avait toujours été, premier vassal éa comté de Neuclriltel, à telles enseignes, que Claude d'Arberg seigneur de Valangin (lequel avait d^à voulu serendrejn-

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dépendant sous le comte Philippe et se fit châtier comme félon), accourut bien vite jffêler foi et hommage aux cantons en leur qualité de nouveaux souverains du comté, ainsi que je l'ai <^)servé plus haut en examinant l'administration des ligues. Il est donc évident que les cantons remirent à Jehanne la suzeraineté sor Valangin, t^e et ainsi qu'ils l'avaient exercée et qu'elle subsistait depuis l'origine de ce fief au 12°. siècle. Il n'était donc plus sûr et plus court moyen que derecoiurir tout d'abord à MM. desUgues, s'il est vrai que leprince ne pût par lui-même contraindre son vassal à luirendre tous devoirs. Nous verrons ci-<«[Hrès.une femme menant bien les affiiîres au regard de Valangin; mais certes, cette femme avait plus de tête que Jean Jaques deBon»tetten et les conseillers d!élat de l56o, tous ensemble; Il est à remarquer que cette pito}%d)le conduite dé la seigneurie, en ce rmconlre,^ a été l'origine de ces prétentions de tout genre, de cet esprit de renitenœ que les gens de Valangin n'ont cessé et ne cessent de montrer, s'étant aperçus dès-lors qu'en criant bien haut et en faisant les mauvais, ils en imposaient à la seigneurie. Delà la vaine dénomination de comté qu'ils donnent à leur pays, parce qu'ils ont eu pour seignetu'B des comtes d'Arberg, de Challant, d'Avy et de Toui^niel : delà la prétention plus foHe encore, d'avoir- part a la législation, oubliant ou ignorant qu'alors des prétendues audiences et décrétales de Valangin, sous René de Challant, ils n'étaient que les sujets d'un sujet félon, et que si les seigneursde Valangin, c'est-à-dire, leur seule personne, ont eu part à l^ législation, c'est pae l'obligation et devoir où ils étaient, ainsi que les autres

vassaux, d'assister aux audienceSrgéiiérales, à Neiichàtel s'entend, lesquelles audiences, et par après les Trois-Etata de Neucfaâtel, ont été jusqu'à présent le seul et légitime sanetoaire des lois et décrétales de tout l'état : delà«nfin, les droits que les gens de Valangrn vont toujours poussant gros et mean , et qui les ooa<duiroDl à la fin à former une démocratie, si on continue à faire ^ leur guise, ainsi que cela se pratique bien fort à-l'heure qu'il est par la princesse soeur curatrice: ils sont si fort gAlés* que je ne sais trop comment <Hi les dégâtera.

LéonoE d'Orléans ayant- atteint l'âge de majorité, vint à- Meucfa&tel en décembre i56i, avec sa mère; grande joie dans tout te pays> d'autant qne l'un et l'amtre'^nent-de la religion .réf(a-mée> laquelle toateJfois teprioce quitta quatre ans après pour se. Êiire ca-^ thc^ique, à la sollicitation de ta reine Catherine de Mé- ^is. U prêta serment le ad janviec i56a, etoonfînaia toutes leurs franchises.. Voilà enfin un peu de règle. Le prince retourna bieutdt eu France, et laissa sa mère à Neuchâtel. avec le seignrar- d'Ablonville , >Gommo ambassadeur, o'e6t-À-dire> avec pouvuir-d'agir en sop nom. Je wtAê avoir (ït quelque cjiose de ces-ambassadeurs.que la plupartde nos princes français, à commencer par Jehaune, eurent l'habitude de tenir en ce pays : mauvais et dangneux usage, d'autant qu'il ne fut jamais question de les assermenter à l'état. C'était de vrais intrus qui par fois voulaient régenter à leur télé, pendant que la n^ence l^ale ne pouvait être qu'es mains du gouverneur' et conseil d'état: deUi résultèrent souvent des discordances et mauvaises be-

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SfO^es, d'autant que quelques uns des dit« ambassadeurs, imagmant qu'on pouvait tailler et' rogner ici conune ils voyaient faire en Fraiïce , ne pensèrent seulement pas'à s'instruire des forsoes et de la constituticHi de l'étal: la j^upart, certes, n'j connur^t rien, ainsi que j'ai eu bonne occasion de le. voir par leurs relations «t missives conservées à TVye. On peut, en juger par ce qui arriva en i564t lorsque le prince réunit à son domaine la belle terre de Colombie pour la somme de soi;Kante mille écus d'or', laqudte somme le canton de Berne cautionna auprès de la famille Wattenville venderesâC} pour sûreté de quoi le susdit d'Ablofaville n'alla-t-^ pas donner tout le cc»nté! Acte dangereux et nullement tolérable, que noâ gens d'dors laiseèrent faire et passer sans dire mot. Au lieu de mettre ainsi en péril VinaliérmhiUté de l'état par une semblable bypodièque, ne st^Bsait-il pas de donner la terre aopiise pour sûreté anx cautkmsV'TouDelbislesaudieiiceGr'gén^les assonUées l'année suivante i565, aimonoent de bcmnes et sages têtes, à en juger par les décrétalcs alors faites et publiées. 11 semble, en voyant ces chosesj que l'esprit, le courage et l'amour du bien ne leur venaient que quand ils étaient rassemblés en grande Iroïipe, se réchauffiutt alors mutuellement en se frtrt-, tant les uns Contre les autres.

René, comte de Chdlant^ seigneur de Valangin, que nous avons vu plus haut secouant toute relevance et tranchant hardiment du souverain, mourut l'an t565, ne laissant que deux filles mariées anxconrteadeTournkl et d'Avy, lesquels beau^frères se disputaient l'héritage de René, et se confondaient en procès. La belle

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occft^on de r^iarer la faute conuatiise par Êiiblesse, aJltH's de la félonie déclara de R£né! Qo ue voit pas que personne en ait eu saiieioent la pensée; mais heureusement le bon gardien du pays y pourvut, 19 ans . après, par la main d'une femme habile, comme nous le verrons en son temps.

Quoique depuis 1» majorité de Léonor tout >fùt censé fait au nom du prince, c'était bîenpiatât Jaquelkie,» mèrequicontihqaitàgouTenierlecomté. Et bien que les hiïniâtranx u'eussentpu renouveler le bail à fn-mede tout' le comté, (ils ôlAinretit setdement la proloi^tion pour un an,) ils en aoci-ochèreot du moins une parbe. L'ambassadeur de ManiqUet leur afferma pour neuf ans les quatre mairies de Pfeuchâtel, la Côte, Rochefort et BouderiUiers, avec la châtelainie' de Thielle, powr sept cents trois écus d'or par choque an: l'afSe est du 33 février i56g. '

Sur ce modèle, la bourgeoisie du Landeronafimna de son cdié la baronnïe du heu , sous le cautionnement du canton de Soleurc, pour Imsomineahnudle de six cents écus d'or.

L'ambassadeur de Manic|uet parait avoir bien &vorjsé la ville de Nenchâtd, puisqu'elle ne payait que cent trois écus de fdus que ceux du Landeron, et toutefois toiait-elle bien autre t^se. Sans doute 'la paire de gants des mioistraux liit "^us belle; car on sait assez r^ tes dits ambassadeurs ûmaient ces gantSi et pas n'en mahquèrent. Ausm les goav«'iieurs n'ain^iient-ils guères voir venir ces mesâeurs de France, vu qu'alors ils n'y avait que de petits gants pour eux. Lesdeux baux ci-dessus, qiii nefurent trop chers.

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prouvent bien que les ministraux avaient été grandement Ëivorisés en né payant que- i5oo écus pour tout le comté par le bail ^H'écédmt. Ainsi le désordre et mauvais ménage introduits par Jehanne servirent d'exemple à Jaqueline. £n m'arrétant aussi longuement que je l'ai fait à déduire lès grands abus qui fiirent si iréqoens et de tant' d'espèces sous les premiers règnes de nos princes français, il m'a paru que c'était le moyen de>connaitre i" l'esprit d'alors, tant celui des maiires que odui deS' serviteurs et sujets, ■a" ks vraies règlesetTOTmesderétat, enceque, selon quelques phitosoj^es, il y a des choses qu'on rend plus sensibles par opposition ou voie des contraires, et que décrire le désordre qui a régné, c'est indiquer l'ordre et la règle qu'on aurait dû suivre. Le règne suivant offi-ira un autre coup d'càl et certes tout beau.

Après la mort de Léonor d'Orléans en VaQ-iSj^, Marie de Bourbon sa veuve, gouverna comme mère tutrice ou ciiratrice de son.fils Henri d'Orléans, et se garda bien de suivre les traces de Jehanne et de Jaqueline. Cette princesse qiii avait bonne tête et bons yeux, dépêcha aussitôt monsieur de Maniquet à. Berae pour recommander le jeune prince son fils à l'amitié paternelle du canton^ et pour le consulter sur le moyen de tirer parti d^ occurrences au regard de Valangin , sa pénétration lui disant apercevoir dans le disccM'd dés gendres de ïlénéla possibilité mon-âeulemeiit de ré« parer la blessure faite à la'sQUveraineté par la félonie non punie de ce vassal, mais de réunir ce grand fief au domaine du prince. A cette occasion, je dois observer que les instructions données par Marie de Bourbon

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à son ambassadeur montrent' bien que cette dame avait UDe juste idée de la forme et condition poKtitjne dé ce pays> en ce qu'elle établissait comme maxime fondamentale, que le comté étant dans la Suisse et tenant de tous points à messieurs des ligues, tantpar alliances et combourgeoisiesavec-quatred'iceu!!, queparadhé- Tenœ immémoriale avec tous, c'était d'eux seuls que le comté pouvait tirer toute protection, garantie et sû> reté. Doctrine, certes, excellente en cet état, et qui indiquait bien la rar^ judiciaire de cette princesse. Elle ne tarda pas à venir à Neuchâtelpour conduire ellemémecette ilnportantea£&îré> etfort halâlementse transporta d'abord à Berne. où tout se préparai fevorablemenl; delà elle se reqdit à Lucerne, à Fribourg et à Sdeure.

. Partout eUer«çut des fatmneurs' non pareils, partout ellecaptiva les cœurs par ses manières eogageantesiet son beaupré, remtaitrant aux cantons qu'ilsétaient les pères et (ffotecteurs naturels du comté en leur qualité d'alliés et en celle dé garans, conjcHBtement.avec lesautres cant(His..Toutcetravaîl non petit', bien conduit d'on.bout à l'autre, fut merveilleusement secondé par les Bernois. Tant et si bien se mania la princesse, que les dits cantcms alliés prirent en leurs mains l'afi&ire de Valangin et prononcèrent à Soleure le ii aoûtiÔTÔ: i" Que Valangin est un.fief relevant du prince de Neuchâtel^ lequel prince doit être maintenu par les douze cantons dans sa souveraineté sur le dit 0flf. a" Qu'en cwiséqilence le prince, soit les Trois-Eitats de Naichàtel, sont seuls juj^s compétens du procès entre les comtes de Tourniel e t d'Avy, auxquels, juges compétens les quatre cantons renvoient les dits comtes,

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Ce premier et grODd pas habilement fait/ k comte de Tounlid reooiinait les Troi&*Etats poar juges, otite foi et hommage pour la seigneurie de ValRD^ii, et obtient par sentence - contumace t'iiwestitura de ladite seigneurie; Le comte d'Avy jette les hauts cris contre cette semence, et remue ciel et terre. Enfin Berne et Marie de BouHKm fatigués de cette longue noise, se résolvent à y mettre un clou. Ce^anton araît ime hypothèque sur ht singneurie de Valangîn , pour la somme de trente mille étitig piiétés à Réni de Cbalkmt, déjà en l'an 1539. Berne winit son. titre à Marie deBourbon, laquelle en vertu d'tin traité bien stipulé le 19 fêvrier ï579, et munie de son litre d'hypothèque, pritpossesàon de la seigneurie de Valaiigin pir voies l^ales et formes judicielles, toutefois sous la réserve derendrC le dit fief aux héritiers de R^é, soit à cditi d'eotr'eux qui remboiurserait le montant de la dite hypothèque. NouveUcE démarches à -Berne de la part de la comtesse d'Avy, au sujet dt la prise de possession de Marie' de BouriMD^ Les bourgeois de Vakngin qui -s'accoutumaient déjà à élever leur cornet et. qui croyaient de mieux avancer leurs offiiires avec leurs seigneiu-s particuliers, qu'en devenant sujets immédiats du < prince de Neuchàtel, jM^sentait aussi leurs griefs,, et dema»dent conjiàntement avec la comtesse d'Avy, que les nenfautrescantonssoientjuges delà coatestation. Marie de Bourbon y consent, et &avaiUe à ce que ce dernier retranchem«it ne serre qu'à mieuT assurer la prérogative seigneuriale du prince son fils sur le fief de Valangin. En effet, les neuf cantons prononcèrcait i" que le sàgnfeur de Valangin doit foi et hommage au prince de

Meuchàtel comme an seul souTcraia. a" L'iiliénatioit prétendue par laquelle Ckudç Colier, soi-disAnt autorisé, alLibéra defief la seigneurie de Valai^n, déclarée nulle. 3°. La poBsession utile de Marie de Bourbon, conservée aussi long-temps -qu'elle ne sera pas rembourséedes sommes par elle araoeées. 4°- I^ccnntesse d'Avy déliera les sujets de ValaHgin de leur sermeot de fidâité pour le ^rèlec à Marie de Bourbon , laquelle paiement les déUna à son tour, si elle vient à être remboursée, auipiel.c»sla souveraio^ demeiH Fera toujours au prince de Neuchâtd. Cette sratence fut prononcée à Baden le 38 Novembre i5â4, signée par tous les députés et agréée de toutes les parties.

Certes il y a plaisir à voir ainsi p»iser, dire et faire. L'halùle femme que cette Marie de Bourbon! Fouvait- *0D mieux et plus adroitement conduire et amener à bien une a&iredifficUe, et par des voies plus légales, □aturdles et imposantes? Cette princesse avait vérita- Uénaent la tête d'un homme d'état, car elle marna tout elle-même, n'épargnant ni lettres ni courses de sa per^ sonne danfrlescanbonâ, quand elle (voyait plus à propos de parler elle-m^me, que d'éwire ou feire parler, quand bien die avait auprès d'^dle deux hommes d'esprit et bo&s serviteurs, Jean de Liverdis et François d'Amours. Le choix de ces deux serviteurs prouvait le difico'nement de celte prineepse, caron-se trompe rarement par là sur le jugement qu'on porte des princes : quelle différence entre une pareiUe admînisU'ation et les précédentes! Ce que je viens de rapporter des U"»vaux personnets, de Marie de Bo.urbon , je 1» tire d'une cxcdlente relation de M. de Liverdis, ambassadeiir de

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France chez les Grisons, lequel eul ordre de se rendre à Neuchàtel auprès de la princesse, qui l'avait demandé à la cour pour l'aider de ses conseils : la dite relation est aux archives de Trye. J'y ai trouvé par contre un rapport du conseil-detat du ag Mars i586, au sujet fies seigneuries de Vaumarcus et de Travers, dont Marie de Bourbon pensait sagement à retirer la moitié, ce qui n'eut pas lieu , à cause du dit rappca-t qui montre combien le conseil d'alors était ^borant sur la matière des fiefs, disant que te prince ne pouvait empêcher l'aliénation des dites seigneuries : erreur grossière, voire impardonaaMe, que nos gens n'auraient pas avancée s'ils avaient pris la peine de jeter les yeux sur les investitures de iSyS, i4i5 et 1492-

Cette sage régente termina aussi la vieille difficulté subsistante depuis l'an i5o3, entre les maisons d'Orléans et de Baden au sujet du patrimoine de Hochberg en Allemagne , saisi par la iM-aoche collatérale en vertu du pacte de Ëimille de l'an 1490. En compensation de cette saisie, il fut payé par la maison de Baden à celle d'Orléans, la s<»nme de deux cent vingt cinq mille florins d'empire, et Marie de Bourbon fit insérer dans la transaction que la maison de Baden. reconnaissait que le comté de Neuchàtel en Suisse n'avait jamais pu être compris dans le pacte de i490.. Cette femme pensait à tout , et avec cet argent elle acquitta d'abcod les sommes dues pour l'acquisition de Valangin, de même que pour celle de Colombier, laquelle Jaquelii^e ne pensa jamais à payer.

Marie de- Bourbon joignait à la sagacité d'un bpn esprK deux b^es et grandes qualités du cœur, une

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extrême bonté et une exacte justice. Alors des guerres de religion en France, les Suisses couraient en foule joânilre l'un et l'autre parti, chacun suivant sa région et sans y être autorisé par ses supérieurs; ce qui obligea les cantons à défendre toutes levées sous de grièves p^nes. Nos gens j ccurureot aussi et en grand nombre ^ et la {Jupio^ n'obèrent point à la sommation de revenir, de quoi grand» plaintes furent portées par l'iunbassadeur -de France et par les cantons catholiques. Marie de Bourbon voulait que ceux d'entre les Neu<^tel4HS qui n'avaient tenu compte de la sommation, lîiasent sévèrement punis à mesure qu'ils reviendraient au pays, tant les catholiques du Landeron que Les réformés du reste du comté, indistinctement; à qooi il fut pourvu, et la princesse appr^iaut que les mînistpaux ne punissaient que par quelques jours de prison bourgeoife ceux de leurs bourgeois qui revenaient de France-, elie s'irritade cette mollesse, exigeant toute autre punition ; ce qm occasionna le traité stipulé avec M; de Liverdis etipii porta son ncaa. Une chpse digne de remarque et qui prouve que Marie de Bourbon avait bien saisi la seule politique externe convenable à ce-pays, {laquelle consiste à se conduire tpajours à l'é^ des Suisses et à nous tenir collés de touâ points aux cantons), c'est que dans ses instructions à M. de Liverdis, die recommandait fortement: ï°. Que nos gens fiissfâit punis pour leurs levées illégales, précisément comme les ligues |wniralent les leurs; 3°, Qu'en tous rencontres de levées autorisées par les ligues, les braj^es du oomté devaient être eAhortés à.s'y adjwndre, afin de £aire montre qu'ils sont

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T^Kta —

vrais Sifisses , ec partant bons amis et bllîës de b couroone 'de^Franœ.- A mon jwis, mi ne saorait mieux Vftir jçt irjùaonner. Voilà ce qu'on peut f^ipeler <te k iputeJiDrtûe politique, «lee qu'elle est ample et droite aorap:^£elle du mémorable duc de Sulbjr; aussi la princesse le ooBsultait-elle souvent, ainsi que j'ai en occasion de le voir au château de Trye, par Its lettr«e de ce grand et excellent, hcwrmie à i^Saxie de.Boorbon.

Toutefois pour dure œ que. je pense à charge et à décharge, il me seml^que k pcinoesse erra graiMle- Hient, quand pour, complaire aux gens de Valangin qui s'avisaient de trouver mauvais fpt'oa eât réuni oe fief à la directs), et^afindeleBrameoeret ee les^atta^ ch«r, elle consentit: a la contînnatioa'deS'aïuiiencesde Valangin. E^ quoi ôeartes, elle s'éavla de toute bonne règle, çt fit vraie firale d'écolier: g» après avdr^i bien de. la peine à raccommoder ^e<-inéme les choses tant gâtées de.ce côté là^ fidlait-il les ébréch» de rechef ettout sur le champ? Ce fief remis sous le bâton, voire. r^inL au domaine, ne devait plus conserver le moindre vestige de sa. soustraction par félonie , ains au conlïaireilfoUaityrétaldirséTèFemeHt et de tous pwnts les- choses air. le prisdn pied. Il ne dev^it-donc jdus y avoir d'andiencesgénéralesqu'à Kwiehitdcorttme d'an-ciennelé, etqnant à Valangin le plaid de Mai étaie bastantcomme du passé. C'est une-maximeimpf»lahte en' un pays coutumier, qu'il ne fout toiicher au» anciennes formes que par k saitimewt et désir générsU, enr 'me d'-avaneer l'utilité publique; sahs laqueHe ctmdiJ^ taoa, alténer les usages est une mauvaise œuvre en po^litique interne, vu que c'est ouvrir la porté à des cliari^

D,a,l,zt!dbvG00glc

gemeos successifs, qui rendmt tout incertuii, «afii»» tent la défiance publique et par elle tout fJôn de minx^ Aussi qu'arrîv»-t^4l de ceUe première eondesccndanoe, (acte de pure faiblesse et non de c<B)Teiunce,c(Himiele pensait Marie de Bourbon)? ce &UX pas conduisit à UD autre. La princesse ayant consenti à ces audiences là^ les gens de Valan^n n'en devktrent que plus hardis dans leors demandes , si bien que la r)5gente se vit mtrainée huit ans après à leur accorder des états composés d'otficiers de la contrée pour le secondrang, etpour tiers-état de quatre bourgeois du lieu : j'ai déjà observé que d'ancienneté les états ou {^ds de Mai étaient formés k Valangin de quatre nobles, quatre officine en place d^ chanoines après la r^rmatioo y et de quati^ conseillers bourgeois de la ville, tous envt^és de Neu- (^tet par le prince. Or cette nouvelle condescendance de la régente dérogeant à l'ancienne forme, fit longtemps le sujet dee jostes plamtes et ^otestations du conseil et des bourgeois de Neocfaàtel. La&uta fot sentie : on enit y remédier aux audiences on états tenus à Valangin en (588 , en y admettant deux offida>8 du comté, avec deux de k seigneurie de Vahngin pour le seetnid état , et quatre bourgeois de Neuchàtel arec qnaitre de Vahmgin pour le tiei^-état , en donnant le pas aux gens de Neuchâtel. Mais ce pauvre expédient imaginé par ie conséilrd'élat , ne mcntrant que faiblesse, ne prothtisit que noîses et d^wts, k tel point qu'en 1597, peu s'en fettut que l'assemblée n'en' vint aux nains : finalement ceux- de Valangin som parvenus à rester seuls aux sièges du second et troisiàne ordre. Et comme les actes de feiblesse des princes n'engen-

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ctrent que licences de la part de leurs sujets , les audiences ou états de Valangin ne se contenlèrent pas d'esisler comme suprême tribunal de justice en leur pays, par autorisation souveraine; ilsoswent viser à la législation dans le dit pays de Valangin , se fondant sur ce qu'elle avait eu lieu sous René de ChalIanU "Le seigneur de Vutilerans, Claude Ma^o, alors ambassadeur'de Marie-de Bourbon, fit connaître aux gens de Valangin l'extravagance d'une pareille prétention fondée sur les abus et désordres enfantés par la félonie de René; et afin-^de leur foire voir combien ils se méconnaissaient, il les renvoya soit à la prononciation des quatre cantons alliés, donnéeàSoleurele 1 1 Août 1576, soit à celle des neuf autres cantons donnée à Baden le 28 Novembre 'i584- Bonne et sage réponse, contenue dans une relation fort bien faite du dit ambassadeur à Marie de Bourbon; je l'ai trouvée à Trye avec quelques autres bien curieuses de la' même main . Ce Claude Mango entendait les afiaîres.

Si Marie de Bourbon fit faute en autorisant les audiences ou plutôt les états de Valangin, elle conduiùt bien par contre une afeire imputante, iqui assura pour jamais la possession de la seigneurie' de Valangin, et la réunion de l'utile à la directe en Ixmne et due ibrjne. 11 s'était élevé aux années i58g et iSgo une nouvelle noise embarassante. Nous avons vu plus haut que par laprononcîaticmdes cantons, la [H'incesse était astreinte àremettre le fief de Valangin contre.Ie remboursement des sommes par elle avancées, quand le dit remboursement serait o&rt. Or les comtes d'Avy et de Tourniel vendirent leurs droits à Frédéric de Wirtemberg,

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comte de Montbéliard , et celui-ci ofeit en conséquence ■ d'acquitter les dites sommes, et de tenir le dit fief de Valangin à foi et hommage. La princesse qni préférait, comme de raison, de garder le dit fief, envoya des instructions à son ambassadeur Mango, desquelles instructions j'ai vu la minute originale de la main de Marie de Bourbon, dans un livre-agenda où cette princesse avait coutume d'écrire tout ce qu'elle faisait et ordon- " nait au regard de ce pays. Les dites instructions indiquaient une bonne tète; j'y remarquai avec étonnement et plaisir combien la régente voyait et saisissait du bon côté la vraie forme politique de ce petit état, tenant pour maxime cardinale de gouvernement, que ce pays ressortissaît politiquement de la Suis^ en laquelle se trouvait sa sauve-garde et sûreté; partant, elle ordonnait à Mango de se rendre à Berne pour engagex ce canton, et par son canal les trois autres alliés, à mettre en négociation cette aflaire. Les instructions insistaient sur ces deux points à représenter aux cantons, l'un de droit, en ce que le fief de Valangin étant réversible au souverain et partant inaliénable, la vente que les héritiers de René avaient faite de leurs droits était nulle par la nature du fief; l'autre de politique, en ce qu'il y aurait péril qu'un vassal aussi puissant que le prince de Wirtemberg,, ne renouvelât les noises et querelles suscitées par Claude d'AH>erg, et en dernier lieu par Aéné de Cballaqt, par quoi serait troublée sans cesse la tranquillité du comté, ensemble celle des seigneurs des ligues nos chers alliés. La princesse concluait à ce qu'il fût négocié un traité final, par lequel les cantons régleraient Uv somme qu'elle devrait payer

"pourlamieux-value tludit fief, en sus de l'hypothèque, afin de k réunira toujours à k directe; ce qui fiit ainsi ^écuté après bien des discussions et de la résistance de la part du prince de Wirtemberg, auquel les cantons firent entendre raison, en lui disant qu'un fief de la nature de celui de Valangin ne peut s'aliéner, et que le vassal qui l'entreprend sans la participation du seignetn- supérieur, fait tomber son fief en commise ipso facto. Finalement il ftit arrêté, par traité du 21 Mîà 1592, que Marie de Bourbon payerait 70 mille ^ug d'or soi de 27 bati et demi la pièce , et que par ce moyen le fief de Valangin serait réuni au domaine, et l'utile consfdidéà la directe. On me pardonnera la longueur • de cet article, si on fait attention qu'il y a utilité et plaisir à considérer les fruits de la sagesse dans les vues et de l'habileté dans le choix des moyens, et qu'il esttoutàiàit remarquable qu'une dame française,non dressée en ces matières, soit l'une des meilleures têtes qui aient travaillé à la chose publique de ce pays. La relation de cette aflâire par le seigneur de Vuilleraiis ; laquelle se trouve aU château de Trye, dénote un bon, loyal et intdligent serviteur: je crois avoir déjà dit que ce Claude Mango voyait et faisait bien; mais il s'est Vtt et se verra dans tous les temps, qu'à tel maître tel serviteur. Seulement nepni&-je louer cette princessed'avoir continué, à l'exemple de ses devanciers de France, l'usage abusif de tenir ici des ambasKideurs sans nul serment à l'état : la bonne règle voulait qu'on les eût faits gouverneurs ou lieutenants soumis au serment -dû à l'état par nos formes, ou des envoyés, simples surveillans et informateurs desidroses, ayant l'œil sur les

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agissions de la régence, espèce de scabins qiù auraient pu pour lors appcn-ter de rutililé en faisant tenir sur leurs gardes et !e gouverneur et le conseil-d'état. Certain est -il, que ces ambassadeurs n'auraient jamais dû avoir d'autorité active à eux seuls; mais c'était à nos gens à le dire et remcmtrer, et ils ne le dirent jamais qu'une fois et mal, lorsque de Bierville, ambassadeur afrès Mangp, entreprit d'agir avec le gouverneur et le conseil comme un magister avec de petits écoliers: il ËiUait fortement représenter et non se fâcher; l'occasion était belle pour abolir l'abus; au lieu qu'où se contenta du rappel de Biarille et du retour de Mange.

Dans une sage relation que j'ai vue au château de Trje, le susdit Mango instruisait la princesse de divers abus et articles de négligence dans l'administration d'alors. Marie de Bourbon prescrivît aussitôt certaines règles bien es^nables, tant au regard de la résidence qu'elle ordonnait aux châtelains et maires, que touchant le degré deparentagedanslesjugemens, et l'observation plus exacte d'une toute sage ordonnance des audiences générales, du 5 mai i566, portant que par tout le pays , en chaque justice assemblée, il y aurait toujours à l'avenu* sur la table une copie des décrétales pour servir de boussole au déiàul de corps de Ims et coutumes rédigées. Ces belles cffdonnanccs furent datées de Trye le 6 mai iSgS.

Un«utr« abus et tout-à-fait choquimt demandait remède, et Marie de Bourbon s'en occupa. Quoique l'ordre et la règle au regard des fiefs n'eussent, selon toute apparence, jamais été choses bien observées en ce pays, à en juger par le vide presque total de do-

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cumens, ainsi qu'on peut le voir dans mon traité somr maire. Toutefoisjusques au i^gne de Jeanne, lesnoUes jaloux de leurs jH^rogatives et fiers de leur extraction, se considéraient beaucoup. Lein> manière de vivre et leurs sièges aux audiences générales avaient jusqu'alors attiré sur eux la -considération de la multitade; d'autant que sous noscomtes des trois premières races, non s^ement les grands fîefs ne furent institués que pour les enfans de Neuchâtel, mais les petits fiefs ou censives, la plupart institués nobles, n'étaient qu'en des mains capables. Hors ce point, nous ne pouvons savoir s'il y avait une règle et police pour les inféodations et reprises de fiefs , vu qu'on n'en tenait pas registres, ou que du moins ils ne sont parvenus jusqu'à nous. Seulement voit-on par quelques anciens verbaux, que sous les i", 2' et 3' races, il y avait de la règle, en un point du moins, à savoir au r^ard du rang des sièges aux assemblées des audiences, ou en celles purement féodales; article sur lequel chaque noble apportait une attention fort jalouse : et il parait que cette règle consistait déjà en iSyS, 1° à attribuer un siège a cbaque fief dans les dites assemblées; a° au devoir féodal de venir occuper le dit siège à la première re^ quisitî<Hi du sire, lequel devoir était réputé service de la personne; 3°à donner laprimautéaux sièges des grands fiefs et seigneunes à juridiction par devant ceux des petits fiefs, lesquels bien qu'ilsne fassent que fiefs de cave ou de cuisine,^ n'en étaient toutefois pas moins nobles, vula naturedes devoirs et services auxquels les tenanciers étaient tenus; 4° à rendre fixe le rang de chaque siège et à fonder ce rang sur la date

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et ancienneté de son inféodation primitive. Mais sous Jehanne la chose féodale fut tant altérée et appauvrie, il y eut tant d'anoblissemens, on vit tant de rotuturiers obtenir là cap ou capacité d'acheter et tenir des fiefs ou seulement portion d'iceux, qui se trafiquaient comme en une boutique, que les dits fiefs commencèrent d'élre méprisés par les vieux nobles et grands vassaux qui- dédaignaient ces nouveaux anoblis; et bientôt tombèrent ces dits petits fiefe en discrédit et totale rotuFe ; si bien que par telle misérable- eondnile, on ne peut plus aujourd'hui trouver trace de plusieurs desdits fiefs ainsi vilainenientperdus.ManedeBouH[K>n informée de ces choses par une fort bonne relation du seigneur de Vuill^^ns, son ambassadeur (laquelle est à Trye avec les autres du dit Mangoen un paquet), médita de restaurer l'éitat et' condition' des nobles du comté, par les moyens suivans que j'ai trouvés en projet écrit de la main de-ta princesse eu son agenda, année i594j et certes, c'est grand dommage que ledit beau et sage projet n'ait pas eu son- plein et entier effet. Or les dits moyens que là princesse se proposait- d'employer étaient : i " des recherches exactes tant sur 1'*rigine et institution des dits fiefs, que sur les anciens dénombremens et -carnets de c^cun d'iceux ;• 3* de recouvrer les fiefs dispersés, non par voie de commise, mais en rachetant toutes les parcelles par estimation de gens de jusliee^ pour ensuite en gratifier les plus recommandahles personnages et serviteurs; 3" des registres et inscriptions de tous les fiefs de l'état, oià seraient contenus les titres d'investitures, là forme vieille ou nouvelle de fidélité, le dénbmbrement spécifique

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et généralement tout ce qui cmnpétait chaque fi^, enr semble les changemeos y surrenus par augrnentatîon ou diminution ; 4° ""^^ ordonnance sév^e pour <{u'St l'avenir il ne fût plus rien distrait ni alîéqé , et que les reconnaissances et reprises fussent faites, les déncwbremens et carnets baillés , la prestation de foi et h(Hnmagesolennisée,letouteDun tempsprescriteten une forme réglée, souspeinedecommise. Al'^ardde l'hommage et serment deféauté, la jwincesse voulait pour plus ample solennité , que tous, les vassaux lussent ceoivoqués pour y porter pressée, et que pareille assemblée qu'elle nommait cour des fiefs , îùx dans la suite le tribunal seul juge des contestations féodales en causes réelles ou personnelles» voire en matière de délits de la part des vassaux, afin de bailler aux nobles la distinction d'être jugés par leurs pairs : ar? ticle certes, que je ne Grains point de blâmer autant que je Içaie tout le reste de ce beau et merveilleux projet j car en s'écartant des formes établies pour ikvorisex et privilégier un seul ordre de citoyens (chose loule conb'aÎFe à la doctrine de l'égalité si convenable. en un gouveraement mix(e),larégienten'aurait masquéde mécoutenler grandement la multitude,, ain^ q{ie 1^ tribunaux consacrés, et singulièrement le tiers-état. On aurait regardé le nouveau b-ibunal comme usurpant sqr les fonctions du juge supérieur et souverain, et du juge ordinaire, civil ou criminel. Audemeurant , on peut voir en la troisième partie du trailé des &e&,. question première, le pour et ^ contred'uue courféodale, s'entend au regard des matières de fiefs tant seulement. Au lieu de ce nouveau tribunal non admissible, Marie

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de Boprlx»» ayant si iMitae tête et si bons yeux, aurait bien mieux &it de s'oceuper des moyens de perfectionner le suprême tribunal des audiences générales^ merveillenx assemblage des différents pouvoirs, eu la plus beUe f<Mine, et dout le- seul vice était de dépendre de la Tokmté du iM-ince au regard delà convocation ^ et à cet effet dp statuer comme loi de l'état, qu'à l'avenir les dites audiences seraient assemblées ebaque année ou du moins de deux ans en deux ans. Mais loin d'avoir cette pen^ , ta régente laissa moisir tes audiences durantla majeivepacùe desonadministrabou; vrai- de dire qu'elle (ut en cda méchamment conseillée par les gouverneurs IKesbacb etWallier, et |iar ses ambassadeurs au comté > le sage Mango compris; tous craignaient la dite assemblée (les uns pour causes h tus. connues et qu'ils ne disaient pas), allé- ^laot certaines querelles et grands chamaiUis qui ne noanqueraient d'arriver, soit entre les nobles et le tiers-état, a» regard des quatre banda'ets, scôt entre les anciens ncJjles et les anoblis , et autres pitoyidiles raisons» connue j'ai eu oocasitm de le voir par les relations et missives conservées au t^teau de Trye : de tout quoi advinrent grands donnnages au pays, tant par la aqrsition d'une quantité de jugenoens à rendre sur des procès pendans, que par le sommdl ainsi forcé de la législation.

Pour revenir au projet de Biarie de Bourbon au regard des fiefs , quand bien j'ai Ijiâmé le tribunal qu'elle pensait à ériger pour les'nobtes, il est certain que le projet tendait visiblement à réfiMTner d'énormes abus par de fort bonnes r^les. 11 y avait un article par fcsvie

de note qui indiquait le dessein qu'avait cette princesse de iàvoriser et encourager ceux de nos gens qui allaient arec les autres suisses servir en guerre la couronne de France, en leur destinant quelques-uns des fiefs qu'elle pensait à recouvrer, et qui auraient été donnés sous le nom At fiefs ^épée aux plus méritans et braves capitaines, pour en jouir leur vie durant, comme d'une prébende en qualité de commandataires. Probable est -il que cette pensée roulait ta sa tête depuis plusieurs années, et qu'à cette fin elle avait noté à diverses dates, en son agenda, les noms des capitaines ClaudeGuy, Louis Usterwald, Jehan Pury, Jehan Jaques Tribolet, Simon Balanche, disant del'un, brave se/viteur du roi, de l'autre Jbrt estimé de M. le grandmaître, et de deux ou trois : fc roi Va fait chevalier. Ce fut ensuite du dessein de mettre de l'ordre dans les fiefs du pays, que Marie de Bourbon chargea monsieur de Silleiy, ambassadeur du roi de France auprès des Suisses, de venir à Neuchâtel recevoir en son nom l'hommage du capitaine Simon Balanche pour le fief de Bellevaux qu'il venait d'acheter. On s'y prit avec un appareil et en une forme non connus chez nous : les devoirs de vassal, ses avantages, sa prestation d'hommage etféautéftout fut rédigé par écrit le 28 janvier r5g6 : jamais on n'avait vu chose semblable , ni si bien faîte en ce pays depuis l'origine des fiefs. Ce monsieur de Sillery était un maître-homme pour l'ordre et la règle. C'est grand dommage que nous n'ayons vu que cet échantillon de toiU le beau projet de Marie de Bourbon, sur lequel je viens de m'étendre longuement, parce qu'il m'a fournil'occasion de considérer certaines

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faces de notre mode seigneurial, et nussi dans l'espérance t^u'en le faisant connaitre, il pourrait peut-être un jouF fixer la vue du souverain sur le désordre indicible de nos fiefs. Je n'aurais pas manqué de placer ces choses en mon traité sommaire, si je n'avais craint que feue S. A. S. ne m'accusât d'obstination, ayant peu auparavant pris la liberté de lui préch» de bouche cette doctrine, et de combattre vivement sa principale objection qu'elle fondait sur l'étendue et les difficultés de l'entreprise, toute propre, disaitr-elle , à émouvoir débats lesquels donneraient trop grand contentement à ma belle-fille. On verra ci-après l'exfJication de ces paroles.

La mort tragique et prématurée de notrejeune prince Henri I", malheureusemntt tué par accident en une réjouissance publique iàite à son honneur à Dourlens le 8 avril i595, me conduit à fiiire quelques observations sur aucunes de nos règles «Histitutives qui semblent avoir été blessées par Marie de Bourbon. On ne peut dénier i" que la curatelle et la régence exercées par cette princesse au regard de ce pays, devaient prendre fin k la majorité du prince son fils; a" que le dit prince Henri, devenu majeur, aurait dû gouverner par luimême, et commencer soa administration par solenniser les sermens réciproquesi 5° que ce jH-ince laissant à sa mort un fils en bas âge , c'était sa veuve Catherine de Gonzague, mère du jeune successeur Henri il, que notre coutume appelait à être curatrice ou plutôt tutrice et régente durant la minorité du souverain. Toutefois rien de tout cela ne se fit, et Marie de Bourbon continaa de régenter jusfju'à sa mort.

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U est manifeste que les lois, formes et coaliunes de t'état reçurent ea ce rencontre jdu^ieurs coups de fHed> vu que la matière des noinorités et régences qui s'en ensuivent par tuteUe où tauatelle, tient de fiwt près à i'ordçe de la succession , pmnt capital en toute souvei^ainelé héréditaire. Or, on peut dire que notre prince Henri I", seul et légitime souverain, sain de coi^ et d'esjwil, majeur depuis plusieurs années, mourut sans avoir régné par lui-même, et sans avoir fait, poor ainsi dire, un seul acte de souveraineté. Et qu'on ne vienne pas objecter que ce prince,, bouillant soldat et n'aimant que lesmousquetades, n'entendait et ne voulût rien entendre à la chose publique, que par ainsi plus grande fortune ne pouvait arriver à ce pays que d'être régenté par une habile et sage princesse comme Marie de Bourbon. Nul n'est pins que moi le juste admirateur des Far» vertus et talens de cette illustre dame, i^H>ès tout ce que j'ai va, tenu et lu de sa façon aux ai'^ves de Trye; mais je dis que cette princesse était tenue, par devoir de bonne mère et régente, d'amener le prince son fils à Meuchâtel, alors de sa majorité , pour lui rwnettre l'jidministrafaon , lui feire célébrer les sermens réciproques, et le diriger si Hen qne ses premiers actes de souveraineté eussent été des actes de bénéficeiwe,. afin qn'il se fît connaîù% et du coup chérir de sesbtms et fidèles sujets. Cela feât, rien n'empêchait qne le prince ne déléguât en forme à madame sa mère le pouvoir de régenter, après (pioi il serait retourné à sespasse-teiWfpsetmousquetades, tant qu'il aurait voulu. Et quand le dit prince Henri I" fut tué, l'ordre et la règle demandaient que Catherine de

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GoDzague sa veuve , mère du jeune prince Henri U en tms Age, fût reconnue tutrice de son dit fils et r^ente durant sa minorité, confbrmémeirt à Tusage obsoré chez nous, de toute ancienneté, ainsi que je l'ai suffisamment prouvé dans mon écrit de 1664; sauf à b dite Calhnrine de Gonzagne de laisser régenter défait sa belle-mère par déférence, sût pour raison de sa longue expérience et grande habileté. Certain est-il que, sur tous ces points, decapîtale importance en im état comme celui-ci , il ne parait pas que nos gens d'alors aient donné la moindre attention, en quoi on ne peut nullnnent les excuser, ayant si bon sujet de parler et de r^nontrer; mais il Êtut dire que les audiences-générales, lesquelles pouvaient mieux dire et plus fortement que le conseil d'état, nefiir^tpas convoquées pendant plus de vingt ans , par où se rei4chfuentles ressorts mainteneurs de le constitution : car les corps politiques ressemblent au cc»^ humain lequel s'énore par l'inaction. Or, on ne m'ôtera pas de la t£te que Marie de Bourbon se plaisant à gouverner , craignît de se voir arrêter dans la continuation illégale de sa régence, et que cet amour de l'autorité (bien plus que les petites raisons à elle suggérées par les gouvwneurset par ses ambassadeurs, ainsi que je les ai déduites ci- dessus) fut la jaincipale cause qui engagea la princesse à délaisser misérablement etsi longtemps les audiences. Car si l'homme recherche l'autorité, la conserve et l'augmente tant qu'il peut, la femme, je crois, ne l'aime pas moins, voire un peu plus. Quoiqu'il en soit des raisons qui murent cette dame, certain est-il que cette partie de son adminis-

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tration fut vicieuse. Je le répète, la non-convocation des audiences , durant tant d'années* nuisit grandement à la chose publique, i" en suspendant le mouvement et les progrès de la l^islation, qui avait tant besoin d'être perfectionnée; a°enlaissant pendantes et accumulées toutes les afiaires litigieuses pour causes réelles , les troi»'états n'en prenant alors qi^'une connaissance inférieure; 5° en empêchant l'avancement du bonheur public résultant non seulement des jugemens, décrébiles et ordonnances, maisaussi des représentations au souverain, corrections et redressemens de tous genres que les (rois pouvoirs constitutifs réunis en l'assenobiée des audiences^nérales pouvaient faire et procurer.

Un autre fait de la part de Marie de Bourbon me semble non moins blâmable; e'est d'avoir favorisé la renonciation des bourgeois externes, qu'dle autorisa ensuite hautement par le diplôme de franchises qu'elle leur accorda le 6 mars lâgg. J'ai vu par les relations et missives conservées à Trye, que cette princesse suivit en cette afiaire le sentiment d'un àen ambassadeur, M. de Bi^viUe (franc brouillon dont j'ai déjà parlé et qu'elle fut obligée de révoquer), lequel lui mit en la tête qu'il était convenable aux intérêts du souverain d'affaiblir en le divisant le corps trop nombreux des bourgeois de Neuchàtel. Pareille doctrine ne pouvait sortir que d'une petite tête , puisqu'il n'y avait au contraire plus assurés serviteurs et plus fermes a^^uis du prince et de sa domination, ainsi qii'on l'avait vu en diverses occurrences; tellement qu'une bonne politique aufait bien plutôt cherclié à augmenter et for-

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lifi^ la bourgeoisie de Neuchâtel pour tenir en bride les gens de Valangîii^ votre les miffigéner, ainsi que Marie de Bourbon l'avait elle-même utilement expérimenté 17 ans auparavant, alors que le maire de Neuchâtel, Claude .Guy marcha au Val-de-Kuz à la tête des bonsenfàtts de la ville. Mais certes, la princesse régente âgée et infirme n'avait plus ni la même tête, ni les mêmes yeux. Le schisme entre les bourgeois , et la part que la seigneurie y prit, indiquent bien l'esprit et les idées qui régnaient en ce pays à la lin du seizième siècle. 11 n'est de mon sujet de parler plus outre de cette malheureuse séparation des bourgeois renonces, affaire assez connue en laquelle il y eut faute < de tous les côtés. Seulement ai-je voulu remarquer en passant le mouvement de la seigneurie, alors de cette bruyante et lâcheuse querelle, vu que je me suis aussi proposé en cet écrit de considérer successivement et à fur les vues bonnes ou mauvaises de l'administration au regard de la poliùque tant au dedans qu'au dehors.

Bientôt aj^ès mourut Marie de Bourbon, le 7 avril 1601 j Catherine de Gonzague, mère tutrice du prince Henri II encore mineur, prit en mains l'administration de l'état. Bans le temps que les choses rentraient ainsi dans les règles et Ibrmes prescrites, pouvait-on s'attendre que l'ordre de la succession serait de nouveau troublé? Le comte de St.-Pol, François d'Orléans, second fils de Marie de Bourbon et oncle du jeune Henri U, prétendit à la moitié du comté, on peut bien dire contre tout droit, sens et raison; et voilà commç on .dflit s'attendre aii désordre dans un état, quand

nue fois on s'y est permis d'enfreindre les règles constitutives. Non seulement le masvais exemple de l'as^ sociatlon de Léonor d'Orléans et de Jacques de Savoie à la sonveraioeté pouvait exciter le comte àe St-Pol à demander la même chose, mais l'administration de Marie de Bourbon, continuée jusqu'à sa mort, contre toute bonne règle, n'y contribua pas moins; car il est tout fH-obable que si le comtede St-Pol avait vu Henri I", son frère aîné, faire les fonctionsde souverain de Neu* châtel pendant sa vie et sa veuve iwendre la régence, et gouverner au nom et comme mère tutrice du jeune Henri II, il est,dis-je, tout probable que l'oncle n'au- ' irait pas eu l'idée de demander sa part d'une souveraineté, occupée sous ses yeux de père en fils. Au lieu que Marie de Bourbon ayant mal-à^propos gardé la régence jusqu'à sa mort, ses enfàns, ignorant les choses, ou mal conseillés, regardèrent ce pays comme faisant partie des biens délaissés par leur mère et h partager entr'eux. Le comte de St.-Pol ne fut pas le seul à demander sa part du ccrnité ; à son imitation ses sœur, Catherine et Marguerite, quoique religieuses, en voulaient aussi une piwtion; puis ensuite parut un auU% partageur en la personne dUenri deGotidy, due de Reti, fils d'une troisième sœur, Antoinette. Il n'y eut que la quatrième, Kléonore, mariée au comte de Matignon, qui ne demanda rien. Voilà donc toute une volée d'étourneaux qui voulaient becqueter ce pauvre pays. Or, comme les audieBces-générales, ssna vie depuis tant d'années, ne s'assmnblaient que par convocation du souverain , et que Catherine de Gonzogue, régente nécessaire comitie mère tutrice du vrai

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îouvà'ain mineur ne les convoqua pas, te fut pw devant Les trois-états formant chaque année le plaid de mai que tous ces aspirants se présentèrent : lesquels troîs^tats bien embarrassés et tout surpris de se vcûr en des fonctions qui n'appartenaient qu'aux audiences, et nullement à un tribunid alors inférieur, ne sorait fare que temporiser, ne croyant être en autorité de dire à tous ces ïnessieurs et dames ce que les audiences avaient seules le droit de leur apprendre, savoir que le comté, inaliénable et indivisible de sa nature, avait depuis sept ans déjà et conformément à l'ordre de succession inunémorîalement suivi, un souverain en la personne du prince Henri H, encore mineur, fils unique et successeur du p-ince Henri I'', leur frèreaînéàtous, mort souverain de Neuchâtel en i5g5j que partant, n'y ayant à cette heure nulle ouverture pour les lignes cadettes et collatérales, ils pouvaient s'en retourner tous chez eux. Mais au lieu de cela , les trois-états assemblés le 19 mal 1601 , les renvoyèrent à paraître le 1 7 octobre , et au dit jour les renvoyèrent derechef au 6 janvier 1602. Puis un troisième renvoi fit envoler si loin les étoiu'neaux, qu'ils ne reparurent plus; de quoi, certes, il &ut rendre grâce à l'ange gardien du comté, car tels misérables renvois et délais étaient chose toute' jwopre à foire supposer qu'il y avait matière à penser, voir et délibéra-. Je ne puis taire ce que je pense de la pauvre conduite de nos gens en ce rencontre. Commuait" le gouverneur Béat Jacob Wallier ef les conseillers d'état, voyant tels conflits, en un temps de minorité, sous une tuleUe et régence non encore bien assises, ne prirent-ils la résolution

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toute naturelle d'assembler les audîences^nérales, va l'état général des choses, tout et ainsi que le conseil d'état l'avait si sagement et si habilement pratiqué le ig mars 155^, pour raccommoder la grande faute commise en permettant l'associalion de deux souverains. Mêmement en une occurrence de si grave et capitale importance, il aurait été bien convenable d'amplifier les audiences, comme on le fit en iSSy, en y adjoignant, savoir, à l'état de la noblesse tous les nobles nos fiéfés , au second état tous les officiers du pays, et au tiers-état les quatre banderets et les doyens de toutes les justices, amplification non nouvelle, puisqu'il fut déjà déclaré en la dite année iSSy, qu'elle se faisait ainsi et comme on avait autrefois accous-* tiimé lorsqu'il siuvenait telles affaires. Une assemblée ainsi formée aurait eu qualité pour statuer et passer, une fois pour toutes, en loi fondamentale et constitution de l'état, une bonne décrétale au regiird de la nature de cette souveraineté et de l'ordre de succession jusité, afin de fermer, une bonne fois, la porte à pareilles billevesées. Cmnment ce moyen légal et si convenable, fondé sur un exemple non ancien, ne fiit-il suggéré par personne, du moins que je sache? fl y avait toutefois alors au conseil, entr'autres. Béat Jacob de Neuchâtel, seigneur de Gorgier, Biaise Varnoud, ancien procureur -général, Daniel Htwy, ancien secrétaire d'état, Antoine Verdonnet, ancien châtelain de Boudry, qui n'étaient ni courts d'esprit, ni mal intentionnés. Mais par certaines choses que j'ai vues aux ar<^ives de Trye, j'ai lieu de penser que te gouverneur Wallier inclinait pour le comte de

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St.-Pol; et on sait assez que les mînistraux et conseil de la vlUe ne demandaient ps mieux que de voir les trois^tats prendre insensiblement les fonctions des audiences, va qu'en celles-ci le tiers-état n'avait pas tant à dire qu'au tribunal des trcns-élats, ou il avait le tiers des suffrages.

A la suite de ces choses, Catherine de Goazague, comme mère tutrice du prince mineur Henri II, prit tranquillouent les rênes de l'état, non pour imiter la sagesse de Marie de Bourbon, sa belle mère, mais pour faire à sa tête et régenter pauvrement. Elle ne donna nulle attention à rinformatîon fort sensée que lut adressa en i6o3 Béat Jacob de Neuchâtel, lieutenant général de Valangih, au regard de la corporation des bourgeois du dit lieu, laquelle corporation lui semblait être une vraie confédération défavorable à l'autorité, chez un peuple remuant et de col raide. Cette information que J'ai vue à Trje, indiquait un bon serviteur, plein de sagacité et de droiture, qui se déclarait religieux mainteneur des droits et lîbertésdu peuple de Vabmgin, mais en même temps ennemi des nouveautés et extensions continuellement entreprises par le dit peuple.

Cadierine de Gonzague montra toute son incapacité dans les grands démêlés qui éclatèrent en 1617 entre le prince et la bourgeoisie de Neuchâtel , qu'il n'est de mon sujet de réciter. Seulement observerai -je que les hauteurs de cette dame, son ignorance sur nos formes et ses fausses idées en matière d'autorité, forent cause que le prince son fils , qui vint à Neuchûtel sur la fin de l'année 1617, dans le louat>le dessem de

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— 1-48 tout terminer augréetconteDtementd'unchacan, fut détourné d'agir selon ses premières bonnes intentions, ainsi que cet excellent prince me le fit assez entendre loDg-temps après. Far un grand malheur, la princesse sa mère vint arec lui , et ne cessa de lui donner les plus funestes directions, i" en le détournant de solenniser les s^mens réciproques justement exigés, avant tout, par les bourgeois, ce qui aliéna de plus fort les esprits; a" en affectant de faire dire une messe au château au son d'une cloche, à l'heure et an même moment du sermon, malgré de fortes représentations et contre le traité de Bremgarten; 3° en prétendant que le prince avait seul qualilé pour connaître et juger des démêlés entre les bourgeois internes et les externes, employant pour y parvenir la ruse et même la violence, comme cette dame le fit traîtreusement, en ordonnant d'arrêter et menacer de mort le commissaire général de Berne, contre tout sens, droit et raison; 4° en cherchant par tous moyens à soustraire le prince à la judicature de Berne, et à éluder les cilalions de ce canton au sujet des griefs des bourgeois , faisant mêmement agir la cour de France à cet effet, auprès de Berne, mais inutilement; 5" en engageant le ]H-ince son fils ^ ne pas s'embarrasser de la sentence contumace prononcée à Berne contre lui en faveur des bourgeois , a l'éluder par des conférences et des délais, <cnfin h ofirir ta marche aux Bernois; 6" en conseillant au prince de marquer une préférence publique aux bourgeois renonces par un abri plus favorable, et de la prédilection aux bourgeois de Valangin en leur prêtant serment et en leur baillant une belle Lan-

dière.Apreslaqudle mauvaise besogne, Catherine remit au prince l'administration du ooraté; et si au bout de quinze moisde séjour et de débats» le jeune souverain, doué des-plna estimables qualités, retourna en France, Bans prêter le serment qu'il devait à la bourgeoisie de Neuchâtel, tandis qu'il le prêta à celle de Valangin sans le lui devoir, montrant de l'irritation contre la ville, il ne faut attribuer ces choses qu'aux pernicieux conseils d'une mère altière autant qu'ignare, tellement que d^s ta suite , agissant par lui-même , il fut si bon et si chéri que bien des gens en se rappielant tant.de beaux traits de ce généreux et bienfaisant prince, n'en parlent encore aujourd'hui qu'avec tressaillement; n'y eùt"il tfae la réponse qu'il fit au pape Urbain VIII, leq'ud désirait d'acheter ce pays pour un sien parent, ofTraid de le paya* largement; Henri lui répondit ^u'un bon père ne vendait pas ses enfans,

11 ,est certain que la renonciation ou séparation des Jxwirge<BS exta-nesfiit aidée et favorisée , voire fomentée, je crois, par aucuns dû conseil d'état, quoique bourgeois internes eux-mêmes, et que je ne dois nomraex àcause de leurs d^cendans qui en ^nt innocens. J'ai "m à.lVye une relation adressée à Marie de Bourhoa en 1599, signée par trois conseillers d'élat, qui rCémetA, ce me semble, que mauvais serviteurs : je trouvai par contre une missive deM. deMontigay, ambassadeur du princeeni632, laquelle missive indiquait un homme qui pensait fort juste ; il proposait de cherahwàmettreànéantla di te renoncialion qu'il envisageait comme une mauvaise œuvre. 11 n'approuvait non plus le jarojet de fonder la ville de Hennpolis, par laquelle

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Catherine comptait feire pièce à celle de Neuchâtel, seconéée en cela par certains personnages qui pensaient d'accroître par ce moyen raulorité de la seigneurie; comme si cette accroissance était chose désirable : mauvaise politique et courtes vues, qui conduiraient le prince droit à l'hôpital, si on les suivait; car en un pauvre pays et chétif terrain comme le nôtre, il ne serait plus assuré moyen d'en chasser les habitans et de. tout gâter que de rendre la seigneurie toute puissante à. volonté. Nos plus anciens et tant sages princes pensèrent tout autrement, en se dévétissant au contraire bien habilement d'une bonne partie de leur pouvoir, par les grandes et nombreuses concessions, libertés et franchises qu'ils accordèrent à leurs sujets, prévoyant de loin, avec bons yeux, la prospérité publique qui en proviendrait. Or, si nos princes ou leurs conseillers veulent y réfléchir un peu , ils verront clairement (ainsi que monsieur de Montigny le remarqua sagement, et que le prince Henri H le sentit bien luimême dansla suite), que cette prospérité pubUque et partant le solide avantage du souverain ne peut découler que de la bonne condition des peuples du pays , et singulièrement du bien-être de la ville et bourgeoisie, soit comme corps, soit au'regard des individus ; car aussi long-temps que la viOe de Neuchâtel restera en honneur et crédit municipal, elle ne cessera defoumir au souverain d'assurées ressources par les lumières et facultés des citoyens d'icelle, entre lesquels le prince pourra toujours choisir des loyaux et inteUigens serviteurs, capables de bien exercer les principaux offices de l'état ; vu que les riches, ordinairement mieux éle-.

vés et insbruits par l'étude , sont attachés par intérêt a la domination, et qu'ayant plus à perdre, ib n'ont garde de brouiller. Ainsi donc plus la ville prospérera, plus elle donnera de ces serviteurs-là, et partant mieux tout ira. Maxime qu'on ne saurait trop prêcher parmi nous, d'autant que la doctrine contraire que j'ai blâmée plus haut, se voit.encore de nos jours en la tète de quelque»^uns du conseil d'élat, raémement de ceux qui ont commencé par le conseil d'en bas, comme si en prenant place en celui. d'en haut, la ville et bourgeoisie cessaient d'être leur vraie et tant bonne patrie et. eelle de leurs eniàns : il est facile de voir que ce n'est que par fol orgueil, imaginant de se faire grands de la grandeur du prince; certes, cela iait compassion. Toutefois je ne prétends dire qu'il faille favoriser la ville et bourgeoisie, quand elle entreprend sur l'autorité du prince; ains au contraire, je disqu'alcn-s il faut l'arrêter^ tout sur-le-champ^ mais paterneUement et uon en claquant du fouet avec mauvaise humeur, comme étrangers et ennemis. Je dis mémement de plus que la seigneurie doit veiller sans cesse sur lesagissions de la ville, vu l'inclination qu'ont tous les corps d'em-r piéter, de quoi notre histoire fournit des exemfdes choquans de la part des bourgeois de NeuchâteL : j'en ai mentionné plusieurs, spécialement en l'an. 1406; mais cette surveillance de la seigneurie doit être prudenteetsage, incapable elle-même d'usurpations, afin d'éviter les mauvaises querelles qui n'ont été que trop communes, et qui tournèrent souvent au détriment de la légitime autorité. U faut des soldats au pouvoir pour soutenir ses injustices, et avec des soldats ce pays

serait bientôt un désert. Ce que je viens de dil« , « on m'a bien entendu, me justifiera du reproche de pwtialilé qu'on pourrait me faire , après m'ètre exprimé' avec fâch«*ie en plus d'un lieu de cet écrit, sur le compte de la bourgeoisie de Valangiii , tandis que j'ai souvent parlé favorablementde celle de Neuchàtel dont je suis membre. Certes, lasmletjtosequej'aieen vue "k cet égard , est d'établir en maxime et comme base du boidiem* public de ce pays, queler^itable int^ét de l'état o«, ce qui est synonyme en tout bon gouver^ nement, le véritaUe intérêt du prince exige l'intègre çonserratioD des form^et institutiims établies et usa* gées, tant au r^ard des droits et de la' prérogative du souverain, qu'au regard des drtHts et libertés des Bujets. Je n'ai prêché autre doctrine en cet écrit et n'a! cessé durant que j'ai exercé mes charges, de me rémer contre toute usurpation, de quelque côté que je l'aie apperçue, comme attentatoireaubonhenrpùbUc. Fartant j'ai donc pu et dû blâmer non les belles et bonnes franchises accordées aux gens de Valangin par leurs seigneurs particuliers , dans lesquelles franchises ils doivent être maintenus et conservésàtoujours,niais les abus et extensions, l'esprit inquiet et ranuant de ce peuple qui n'est tel que parce que la seigneurie, soit avant , soit après la réunion de ce- fief au domaine, H toujours paru le craindre, et par cette coupable faiT blesse Ta encouragé à oser de plus en plus; Undis que, d'autre part, cette même seigneurie a souvent fait la brave avec la ville, et parfois hors de saison.

On apercevra sans peine que le sujet de ce long article n'est pas étranger à ma matière, laquelle embrassç

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— 1K5 — tout ce qui peut servir à faire connaître le mode seigneurial de ce petit état. Nous ne pouvons mieux voir ce qu'il est maintenant que par l'examen de ce qu'il a été suc^ïessivement, en considérant certains faits et cer< taines occurrences qui aident à découvrir l'esprit de la chose.

Pour ne pas coHper ce que je viens de dire , j'ai renvoyé d'observer qu'au milieu du chamaiUis suscité par Catherine de Gouzague, alors qu'elle vint à Neuchâtel avec le prince son fils , les audiences-générales tristement délaissées depuis plusde^o ans, furent enfin convoquéftsle 2 fôvrier 1618. Celte longue interruption avait comme engourdi le zèle et l'esprit qui animaient antrefois' ces respectables assemblées ,- car on pouvait s'attendr eque les vassaux surtout feraient beau bruit sur ce long espace de temps écoulé depuis la dernière convocationj mais il n'en fut parlé que faiblement, vu que les vassaux n'étaient plus si curieux de ces assemblées, depuis que le fiiste avec lequel ils étaient venus occuperleurssiégesaux dernières audiences, leur avait occasionnédesdépensesruineuses. D'autre part, le tiersétat «-oyant que cette assemblée n'avait lieu qu'au sujet des démêlés du prince avec la ville, débute par protester contre tout ce qui pourrait se traiter à cet égard, vu, ajoutèrent les bourgeois, que le prinde prfr sidaitaux audiences sans avoir encore prêté le serment de souverain. Dans une telle disposition, il ne fauts'étonnep de la nésolution qui fut prise et arrêtée, qu'à l'avenir les audiences-générales seraient convoquées de 10 fmsemoans, non plus tard, voire plus tôt, si certaines occurmiees l'exigaîent, et ce pour les xnatières

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de législation qu'elles se réservai«Dt en entier. Au regard de leurs fonctions déjuges, comme suprèmç tribunal de justice, considérant les pertes et domma-i ges que souffrait le pauvre peuple, par l'indécision des aflEaires litigieuses, faute de convoquer les audiences régulièrement, d'où provenaient depuis longues années par tels ruineux retards, des propriétés incertaines, des jouissances injustes et d'autres désordres , les trois? états seraient assemblés ch^ique année au mois de mai avec pouvoir, à l'avenir, déjuger souverainement toutes les causes, de quelque natujçe quelles fussent, afin de hâter et assurer par ce mpyen le vidange de tout pror ces au pays. Ce iîit ainsi et en vertu de ce décret, si digne à jamais d'être loué, que les troîs-états, qui d'origine n'étaient qu'un abrégé des audiences, et comme tel, chargé de prendre une inférieure connaissance des difUcultés litigieuses, et duquel tribiinal inférieur on appelait aux audiences, reçurent en ifiiS, dans toute son étendue et sans nulle réserve, le pouvoir judicatif, dont les audiences leur avaient déjà délégué une partie, et sur certains objets seulement, en i565. Mais afin d'éviter le grand et préjudiciable abus de non-convocation tel que les audiences venaient de l'éprouver, il fut statué que les trois-états, bien qu'assemblés par le prince, le seraient à l'avenir nécessairement et pour sûr, chaque année au mois de inai, comme par loi de l'état. On ne peut assez louer cette tant estimable con^ duite de MM. des audiences de i6r8, qui remédièrent ainsi sagement à un grand vice de forme au regami de la convocation, d'où procédaient de grands maiLf. civils quand cette convocation était sursise, '

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J'aj d^à indicpé en passantet à ftir les diverses causes qui amenèrent cet important changemrat; il est bon de les joindre pour les mieux observer : i" L'assemblées des audiaices-générales était devenue à charge au souverain, tant à cause de la dépense toujours plus considérable qu'elle occasionnait à la seigneurie, qu'à cause des noises et débats subsistans depuis le règne de Jebanne, et sans cesse renouvelés soit entre la noblesse et le tiers-état, soit entre les nobles de la vieille roche et les anobbs : a" Les principaux vassaux qui juraient eu bonne qualité pour réclamer la convocation des audiences, commençant à se lasser des folles dépenses fastueuses qu'ils avaient introduites le siècle auparavant, pour faire figure en venant occuper leurs sièges, étaient devaius froids,* sentant toutefois le mal qui provenait de la non-cctwocation , ils proposèrent le remède ci-dessus et certes le meilleur possible, vu la nature des choses : 5°. Le tiers-état ayant toujours à batailler contre les nobles, pour soutenir les quatre banderets, approuva fort le remède, d'autant qu'aux trois-états il avait quatre sièges et parUint le tio-s des

Ilm'a paru convenable de m'arrêter à cet événement qui apporta un grand changement à nos formes, moins par lui-même que par ses suites; car il est notoire que si les troi»-états sont aujourd'hui ce que nous les voyons être, c'est-^-dire, de tous points en lieu et place des audiences, certes, ils s'y sont mis tout doucement euxmêmes />ar le- fait, s'emparant de ceci, puis de cela, tant et si bien que les voilà maintenant en pleine jouissance de tous les pouvoirs et attributs des dites au-

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— It(6 — Sauxs, auxqudles il n'est point n>ai qiie les iroisétats aient été substitués en i6i8y ainsi que je l'ai souvent ouï dire et répéter à ces gens qui affirment sur parole d'autrui: tout ce que l'on peut dire, c'est qu'ils s'y sont substitués eux-mêmes, par extension successive que j'appelle usurpation, et que d'autres nommeront convenance ou nécessité. Toujours est-il certain que fes audiences n'ayant jamais été abrogées, ains ayant été rendues plus fixes et plus solidement assises par le décret de 1618:, qui statuait leur convocation tous les dix ans au moins, ipso jure, pour la grande et importante matière de la législation, il est manifeste que si les trois-états, n&a contents de tenir la puissance judicative à eux déléguée par les audiences , ont aussi mis la main sur la puissance législative que les dites audiencess'étaientexpressèment réservée, autant le premier attribut leur appartient de droit, autant le dernier ne leur appartient que par leyî«V,lequel se convCTtit et se convertira toujours plus en droit, voife incontestable, conformément à la doctrine de tous les temps et de tous les lieux , en ce monde d'usurpation. Ce ne fiit toutefois qu'au mois de mai de l'an i655 que les trois-états osèrent pour la première fois toucher à l'encensoir et faire des lois à eux tout seuls ; si bien que les audiences-générales n'ayant plus été ccmvoquées depuis 1618, madgré la règle alors décrétée pour leur convocation, elles ont été dès lors illégitimement considérées comme tombées en désuétude et caducité. Et quand bien il est notoire que la chose pubUque en a retiré jusqu'à présent de l'utilité, vu le grand avantage résultant de l'assemblée annuelle

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et Bxe des trois-^tats, je ne dissimulerai pas qne mon arersion pour les nouveautés fondées sur usnrpatitMif me fait regreter sincèrranent que les audience»^énérft* les ne se soient pas maintenues telles et ainsi qu'ell» s'étaient si sagement constituées en 1618; qnandce ne serait qu'en c<Hitemplation des grandes et împcs'taiiles questions de souveraineté, au regard de l'ordre de saer cession qui ne nianqneront pas de s'éleva* en ce pays par la prochaine extinction de la maison d'Orléans: car il est insupportable de penser que douze personnages, savoir quatre nobles (non les quatre premiers vassaux de l'état, auxquels ces sF^s appartiennent de droit, mais quatre conseillers d'état, usurpateurs des dits ^éges, qui le pins souvent ne sont pas fiéfés , et simplement nobles par brevet de cap, n'ayaikt qne la ca^ paaté de tenir fief et d'éte'e senlemeol alors vrais, nobles du pays), quatre châtelains ou maires et quatre con* seillers de la ville décideront un jour, bientôt peut-étiv, de la destinée de l'état, ne siùvant chacun, en ce fait capital, que leur propre et privé sens ou leur intérêt particulier. En cela certes, la ^n^sente forme est granr dément vicieuse et bien dangereuse , comme je n'ai cessé de le dire et crier en diverses rencontres, sou-^ tenanthautonent que les audiences subsistent toujours et telles que le décret de 161 8 les régla pour l'avenir. Parlant je dis que toutes sortes de raisons de bien public demanderaient que ce fût par devant les ditec audiences, voire sagement amphfîées comme en l'an 1557, que se portassent les grandes et épineuses discussions qui naîtront immanquablement de la susdite ouverture prochaine. On sait assez que les membres de

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c£ tribunal, ainsi amplifié, seraient en assez grand nombre pour s'éclairer et se redresser mutuellement, et par là moins sujets à l'erreur. et à la corruption. Je prévois que l'occurrence sera périlleuse; et n'était ma parfaite confiance en la protection de notre ange gardien qui a déjà tant fait de miracles pour ce pays, je serais en grand souci.

Reprenons le fil et les dates. On eut bien sujet d'être grandement surpris dans ce pays, que par le traité de paix entre la France et la Savoie, signé à Turin le 5 Juillet i633, le roi Louis XIU promit au duc de Savoie de lui feciliter les moyens d'acheter le comté de Neuchâtel. Cet engagement si étrange doit être imputé aux fausses idées qu'on avait pu concevoir de la nature du comté, par la mauvaise administration et conduite de nos princes français, particulièrement sous la régence des femmes, sauf Marie de Bourbon, n'ayant été question depuis un siècle que de partages, ou de ventes et aliénations projetées. Nos gens, la ville surtout, a}«ntappris ce traité, se mirenten campagne et s'adressèrent d'abord à Berne, ensuite aux autres cantons . alliés qui bienheureusement firent tomber la chose en représentant : i " Que le comté étant inaliénable ne pouvait être trafiqué; 2°. que faisant partie du corps helvétique, il ne pouvait en être détaché, ains en éprouverait toujours protection et garantie; paroles, certes, admirablesetquicontiennentbienbrièvement notre tout politique. 11 était bien à craindre que le roi Louis XIII pour tenir parole, ne fit consentir par imposantes sollicitations le prince Henri II à cette aliénation, bien malgré lui; mais il n'en fut plus parlé. Ce danger fut

le fruit du mauvais exemple et des bévues précédentes, qui donnèrent encore occasion à deux autres périlleuses occurrences non inutiles à rapporter. On se souvient de tout ce que j'ai dit plus haut de la chétive conduite de Jehanne et de Jaqueliue au ' regard du fief de Vaiangin, et du grand labeur de Marie de Bourbon, pour mettre une bonne fin à ce tracas. Ne voilà-t-il pas qu'en 1625 un certain marquis d'Ogliani, général de l'empereur, et arrière-petit-fils de René de Challant, ayant le commandement des troupes impériales en Alsace et Frandie-Comté , se mit eh tête de foire son profit de son office et autorité pour réclamer la seigneurie de Vaiangin à titre d'héritage. Le dit général ayant fait connaître ses vues avec menaces, en fut détourné par les Suisses, singulièrement par Berne, qui s'expliqua vertement. lia même chose se répéta l'an ï655; Charles duc de Lorraine, aussi général de l'empereur, voulut favoriser les prétendus droits sur Valangin d'un soi-disant comte d'Arberg, de la branche flamande, se disant autorisé en ce fait par l'empereur, à quoi les cantons, spécialement Berne, mirent de si bons obstacles que les choses en restèrent là.

Il est à propos d'observer que durant cette longue guerre desFrançais et Suédois contre l'empereur, tantôt les uns tantôt les autres bordèrent les fi'ontières de ce pays, sans jamais cesser de l'envisager comme état souverain faisant partie de la Suisse. Car il est très-remarquable que notre prince Henri II étant à la tête des Français, les Imjïériaux auraient pu songer par ressentiment à molester son comté de Neuchàtel, mais ils n'y touchèrent ni de {n'es ni de loinj ce qui montre que

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l'empereur et l'empire regardaient Neuchâtd comme un état Suisse : à quoi certes le prince Henri contribua lui-même bien habilement, en iavorisant de toutes ses forces l'asile que les pauvres Bourgiûgnons cherchèrent en foule et trouvèrent dans le comté en l'année i658, lorsque le dit prince envahit la Franche-Comté à la tête d'une armée irançaise. Ces choses me semblent vraiment dignes d'être observées, en ce qu'elles servent admirablement à prouver par de grands faits et de graves occurrences notre constitution politique d'état souverain et de contrée Suisse ; deux attributs si capitaux pour ce pays, qu'il n'y a qu'eux qui puissent le conserver.

La signature du fameux traité de Munster, ou de Westphalie, par notre prince Henri U, au nom du roi de France le 24 Octobre 1648, méritebien que j'en parle une seconde fois, vuque parce traité lut publiquement et pleinement reconnue l'indépendance et souveraineté des cantons Suisses et de leurs alliés, entre lesquels fut bien compris Neuchàtel, le prince Henri ayant eu soin de s'y Ëùre inscrire sous la qualification de /^rince et comte souverain de Neuckâtel en Suisse, laqudle indépendance des cantons et de leurs ;^iés fut ensuite ratifiée par tout l'empire, dans une diète àRatisbonne, l'an 1 653 ; de quoi il fut donné une déclaration comme d'une consbtuùon de l'empire, au bourgmaitre Wettstein de Bàle, grand homme d'état qui mania merveilleusement cette importante afiiiire.

Les princes Barberins, engeance papale, s'avisèrent de venir visiter ce pays l'an i653, dans le dessein de l'acheter, c hose bien certaine , puisque le prince Henri II

ine le dit quelques années apfès : ils en oftrii^nt deux millions du premier mot, et en auraient payé davantage si on les avait écoutés. Ce bon prince me ditàcette dccasion ces paroles remarquables: quand bien f aurrais été en pouvoir de vendre le comté, et que ces Italiens m'auraient offert les trésors du Pape, je les aurais rejetés par tendresse pour vous autres. Il avait le cœur pénétré des marques d'affection que nos peuples lui avaient données na guères, alors qu'il sortit de prison, manifestant leur joie par un don gratuite! inattendu, si considérable que le prince ne voulait pas le recevoir; on assure que le seul village du Locle envoya 60 doubles louis d'or vareins. Je n'oublierai jamais ce qu'il me dit à Colombie»-, un jour que je le louais bien justement pour ses Oeuvres de munificence envers les gens du lieu : un prince n'est autre chose que le père de ses sujets, et ne saurait être assez bon envers ^aussi braves enfans que ceux que fai au comté ^ il me souviendra toute ma vie de ce qu'ils ont dit et fait pour moi à ma sortie de V^incennes ; prononçant ces belles paroles avec grande émotion de cœur et de voix. Certes, je ne suis pas étonné si on le trouvait si ressemblant de physionomie, corsage et caractère au bon roi Henri IV.

Et puisque je suis à parler de ce vertueux et aimable souverain, je crois que par devoir et raison, il est à propos de raconter Certains de ses dits et faits, alors de son séjour en ce pays en iGSy , tant à cause de leur rapport avec notre constitution , que parce qu'ils me semblent propres à instruire autant qu'à cbarmer. Et comme S. A. S. souffrit que je fusse sans cesse auprès

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de sa personne , par moa office de procureur-général qiïe j'exerçais pour lors, j'ai v.u de mes yeux et entendu de mes oreilles les choses ci-après.

11 arriva le i" Juillet lôSy sur la frontière par Pontarlier, avec un nombreux cortège de seigneurs français, ayant à sa suite plus de deux cents chevaux. Là il fut complimenté par le chancelier Hory à la tête du CMiseil-d'état; il nous répondit : « Messieurs! Je viens » en ma vieillesse voir encore une fois mes fidèles sujets w et bons amis de ces lieux, et vous témoigner à tous ji combien je vous aimej.j'ai pris soin de vous conser- » ver vos franchises et libertés, voire celles de votre reli- )) gion qui n'est la mienne, et le ferai tout le temps de » ma vie, afin qu'à l'heure de ma mort, j'aie le doux 1) contentement de vous laisser heureux. )) Deux régimensdupays, de mille hommes chacun, commandés par Sigismond et Jacques Tribolet, se trouvèrent aussi sur la frontière pour le recevoir; le prince prit grand plaisir à les considérer, parlant à tous avec grâce et affabilité. Airivésur les champs de Feseux, ily trouva la bandière de Neuchàtel avec neuf cents hommes commandés par le maître bourgeois Pury-la-Pointe : lebanderet Merveilleux présenta la baudière au prince qui la tint pendantle compliment, et la lui rendant, dit: «Je » revois avec grand plaisir ces braves bourgeois en la » garde desquels je mets ma personne; reprenez la » bandière, syre banderet, et m'y veux ranger tout le Ji premier, comme bon bourgeois de Neucliàtel que je » suis, étant prêt à la suivre pour soutenir les droits •)} et honneur de notre bonne patrie Suisse »

Les quatre-ministraux lui présentèrent les clefs à Ut

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pcH-te de la ville; il les garda pendant la harangue, ensuite les leur rendit, en disant : « Messieurs , ma )) bonne ville de Neuchâtel ne peut être en meilleure j> custode, par ainsi je vous recommande d'avan- » cer toujours, comme du passé, tout lûen et tout » honneur en icelle. » Sur sa route depuis les Verrières jusqu'à la ville, le prince avait rencontré çà et là les bandières des autres bourgeoisies et f^usieurs enseignes, mêmement des quartiers éloignés, et n'avait manqué de dire à tous de quoi les bien contenter : si les princes savaient combien il leur esX facile de gagner l'affection de la multitude, ils ne pourraient refuser de Ikire si petite dépense. Comme mon office m'appelait à être auprès du prince durant le trajet, j'eus occasion de remarquer le singulier plaisir et grand étonuement que lui calèrent tant de gens d'armes qu'il rencontra sur son passage, au nomt»-e de six à sept mille; quand il apercevait une bandière, il tressaillait d'aise et me dit une fois : Où se prennent tant de gens ? û ne se peut faire que ce soit les mêmes. Je l'assurai que ces enseignes étaient différentes, et qu'il ne voyait qu'une partie de son peuple; alors se tournant vers aucuns des sei^iieurs de sa suite, il leur dit : « £n France je ne suis prince que sur porche- » Tnin d Italie , en Suisse il en est tout autrement, je » vous le disais bien. » Et comme je prenais soin de lui indiquer les lieux d'où sortaient ces enseignes et la distance de leur manoir, il me dit ; Ces braves gens ont pris bien de la peine, et touiefois semblent-ils l'avoir fait joyeusement; c'est marque qu'ils m'aiment : ce jour méfait tant de plaisir que je ne puis

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le dire. Quelques jours après son arrivée, il ditau banileret Merveilleux : Je n'ai rien Juré à la bourgeoisie de Neiichâtel, mais bien à celle de f^alangin; c'est une vieille dette dequarante ans que vous devez m'obliger à payer sans renvoi et avec dépends , comme juste. Lebanderet lui répondit gentillemenl : Monseigneur , nous y perdrions , vu que ce serment ne contient pas tout ce que vous faites. Le jour de sa fête échéant au i5 juillet, la ville résolut de la célébrer par autant de réjouissances publiques qu'on pourrait en imaginer, et pria très-humblement le prince d'accepter un repas avec toute sa suite, ce qu'il agréa de grand cœur. Il fut servi par six membres du conseil des vingt-quatre, et par douze de celui des quarante : en se mettant à table, il voulut avoir à sa droite le maître-bourgeois en chef, et à sa gauche le banderet, ne cessant d'adresser des paroles d'affection aux uns et aux autres du conseil , les appelant par leur nom qu'il avait pris soin d'apprendre, et devisant de la chose publique avec bonne intelligence, voire des grands débats de l'an 1G18: en ma première jeunesse , leur dit-il, je vous ai fait bien du chagrin; les enfans ne savent ce qu'ils font, il faut leur, pardonner. Ou n'avait rien épargné pour rendre le festin splendide, de quoi le prince semblait ftché, disant : Mes amis, pourquoi ce grand régal? mieua: valait coUationner comme bons Suisses; du. fromage avec vous autres me régalerait plus qdortolans avec des princes : et remarquantcertains messieurs de sa suite badins et de joyeuse humeur, se chuchottant comme par moquerie, alors qu'on apportait les grands vases pour boire la santé

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(lu prince, il éleva la voix bien fort, toutefois sans fâcherie et dit : éest ici la table de la grande famille, où ne sont admis que les er^ans de la maison, assavoir nous autres bourgeois et frères, sauf par grande faveur faite à quelques-uns dudehors, comme il se voit auj'oiwd'/mi. En disant ces dernières paroles, il regarda fixement certains seigneurs de sa suite, et posant sa main droite sur l'épaule du maître-bourgeois en chef, il ajouta : voici le chef et père de la grande famille; nous lui devons tous Iwnneur et respect, moi le premier pour être en bon exemple à ceux qui ne connaissent assez ces choses. La santé du prince ayant été bue avec grand bruit decanonet force mousquetades, (car toute la bourgeoisie était en armes, ^ands et petits, jeunes et vieux, voire les enfans depuis l'âge de sept ans) il demanda un vase , disant ; . donnez-moi le plus beau, dans leijuel il voulut versalui-même, et s' étant levé il dit à hautâvoix au maîtn; bourgeois en chef en lui tendant la main: je bois de, grand cœur à la prospérité de notre chère bourgfioisie à laquelle je jure et promets tous devoirs de bon seigneur et loyal bourgeois, paroles qui charmèrent tous les assistans, ce qu'ils témoignèrent d'un commun accord. Et comme les canons ne bruyaient pas, le prince en demanda la raison; le banderet lui répondit que les amorces ne pouvaient prendre feu, que pour LL- AA. SS. et nuesseigneurS leurs enfiins: cette agréable réponse plut au prince qui le témoigna par diverses paroles gracieuses, et au même moment il demanda la handière qu'il voyait flotter en dehors desfenêtres; le banderet la lui présenta; alorsle princç

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s'appuyant dessus et manifestant qu'il voulait parler^ il se fit un grand silence. Je suis vieux, dit-41, et mes fils sont bien jeunes; Je les mets sous la garde et protection de cette bandière; mes amis, je vous recoTHmande mes enfans; et si je quitte bientôt ce monde, servez leur de pères enleur jeunesse , afin qu'ils soient un jour de bons et sages princes à votre gré : mes ' amis, vous ferez ce que je vous demande, car vous m'aimez, je le sais bien. Le |Nrince ayant prononcé ces touchantes paroles d'une voix toute affectueuse et avec attendrissement de cœur, tons tes assislans en larmes d'admiration et d'amour, s'écrièrent, répétant les paroles suivantes du maître-bourgeois en chef : Monseigneur, monseigneur, nos corps, biens et vies sont à vous et aux vôtres à toujours. Certes il faut avoir vu ces choses pour pouvoir s'en faire une juste idée; car comment décrire ce touchant murmure de voix confuses, éloquent langage des cœurs pénétrés de respect, tendresse et gratitude. Je remarquai que les plus badins et bouffons d'entre les susdits seigneurs français semblaient émerveillés et pleuraient comme nous, voire un peu plus. Certain est-il que si les princes de la terre assistaient une seule fois en leur vie à pareille fête, ils ne pourraient être à meilleure école, et en vaudraient davantage; car c'est miracle si sur dix souverains, il s'en trouve un seulement qui sache que la légitime autorité d'un prince sur ses sujets n'est autre chose que celle d'un bon père sur ses enfans.

On ne doit pas être surpris qu'un ancien serviteur qui a eu l'honneur et la grande fortune d'être en la

parliculîère confidence d'un aussi bon maître, se complaise à faire de semblables récits, et quand bien il y aurait en mon fait un peu de jactance et partial jugement, j'estime que la susdite narration est toute propre à faire connaître certains coins de nos formes, ensemble les mœurs et usages de ce temps.

Le s^otu- que Henri second fit en ce pays fut de six semaines ; on peut dire avec pleine vérité qu'il ne se coucha pas un seul jour sans avoir fait du bien , renouvelant les franchises, en accordant de nouvelles, répandant des grâces et faisant des dons considérables, entre lesquels je ne pruis taire ïe suivant :

La communauté de Colombier ayant follement cautionné le trésorier Mouchet, originaire du lieu, . se trouvait chargée d'une bien grosse dette envers la seigneurie. Le prmce prenait grand plaisir à passer trois jours de chaque semaine au château de Colombier, oii il voiJait que je le suivisse: les environs lui plaisaient tant que tous les jours après le dîner, lorsqu'd ne faisait pas bien mauvais temps, (car un peu de pluie ne l'arrêtait pas), il me faisait signe de le suivre, et me conduisait à travers champs, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, maU c'était aussi pour deviser à son aise des affaires du comté. Un jour que nous revenions de la promenade, nous trouvâmes non loin de la porte de la pairie les principaux du viUage qui se jetèrent aux pieds du prince, le suppliant de les soulager par un rabais au regard du cautionnement ci-dessus. Le prince les ayant d'abord fait relever, leur dit: volontiers, mes enfants, mais ne cautionnez plus; et se tournant du côté de la prairie, il me vient

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une pensée j ajouta-t-il, en étendant sa main avec trois doigts écartés, que vous plantiez ici trois grandes alléesde heauxetbons arbres , aboutissant au lieuoii je suis, avec petites allées aux côtés: cela fait, mon procureur-général que voilà vous donnera quittance de toute cotre dette, sitôt qu'il pourra Vécrire à l'ombre des dits arbres. Ces bonnes gens qui ne demandaient qu'une diminution de la somme, ébiihls et comme stupéfaits, n<e savaient comment dire leurs pensées; ce que voyant le prince, il ajouta incontinent : allez vite, mes enfans, préparez vos outils pour les allées, fy veux travailler avec vous. J'ai rapporté plus haut ce qu'il me dit à la suite de cet acte de bénéficence.

Ce n'est pas seulement par sa bonté toujours assaisonnée que cet excellent prince mérite qu'on le célèbre; il avait de plus le sens si droit et la conception si prompte et si facile, qu'il y avait, certes, plaisir à discourir avec lui de la chose publique. 11 aimait à converser sur la constitution politique tant interne qu'externe de ce pays ; au premier égard, il comprenait merveilleusement i" qu'en ce pays, plus qu'en tout autre, le bien général de l'état, et partant le solide intérêt du souverain ne peut se trouver que dans le bien particulier des sujets, 2" que sur un terrain comme le nôtre, les franchises et libertés populaires, sagement instituées pour le faire fleurir et prospérer, en dépit de la nature et des élémens, demandaient à être bien plutôt augmentées que diminuées, 5" qu'il était tout autrement avantageux pour la prérogative seigneuriale de n'avoir qu'une autorité limitée suc

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UH grand nombre d'hommes heureux, invita au tra-^ vail et à l'industrie par ta liberté, que d'avoir toute autorité en un pays qui perdrait la moitié de ses habitants en perdant ses privilèges, et se couvrirait bientôt des ronces d'autrefois. Au regard de la politique externe, le prince sentait également que la parfaite , sûreté du comté dépendait au dehors de ces deux points j l'un de sa qualité d'état Suisse, membre du corps helvétique, qualité en laquelle il convenait de le conserver précieusement, lanten cultivant soigneu-; sèment les alliances et conibourgeoisies avec les quatre cantons de Berne, Lucerne, Frybourg et Soleure, qu'en recherchant l'alliance du canton deZurich; qu'il n'était pas moins convenable d'entretenir le souvenir de la protection et garantie résultant de la remise du comté faite à la comtesse Jehanue par onze cantons en 1539, et d'avoir en ce pays pour règle et maxime d'état de se conduire en tout et partout comme le corps helvétique. Toutefois il ne me fiit pas possible d'engager le prince à renouveler lui-même les alliances avec les quatre cantons, ou tout au moins à leur fiiire une visite d'amitié en retour de leurs promptes et solennelles ambassades pour le complimenter à son arrivée, bien certain que j'étais que le charme attaché à sa personne lui captiverait tous les cœurs en Suisse, ainsi qu'on pouvait en juger par le grand contentement des dits ambassadeurs que ses discourset ses manières semblaient avoir misdansl'en chantement. Cette contradiction dans les pensées du prince provenait de son aversion pour les cérémonies, ainsi qu'il me le témoigna avec vivacité, toutefois

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gaiement, un jour que je prenais la liberté de le presser d'aller voir nos alliés ; ventre saint gris , je suis trop vieux, me dit il: les harangues, grands festins , réjouissances et autres belles choses requises en tel cas, ne sont passe-temps pour barbe grise , Tnais bien pour celui de mes fils qui après moi viendra. Dans une autre occasion, il me dit: mieux aurait fait madame ma mère de me conduire autre/ois, comme vrai enfant de bien, vers nos bons papas messieurs des cantons , que de nous quereller ici avec les bourgeois un an durant. Le second point de politique externe regardait la France, source de tout bien à retirer ou de tout mal à craindre, car le prince prévoyait que la Franche-Coml^ appartiendrait un jour à la couronne, ce qu'il n'a pas vu et qui est arrivé naguères : or il comprenait mieux que personne combien il était nécessaire que Neuchâtel fiit réputé pays Suisse, et toujours reconnu tel par le roi et la couronne de France , tant afin de continuer de participer à tous les avantages et bénéfices accordés aux Suisses dans le royaume, que pour garantirnotresouverain de certaines influences qui pourraient l'embarrasser en sa qualité de natif français, proche parent de la famille royale et seigneur de grandes terres en France- Et puisque cette couronne ne faisait tant de cas des Suisses, qu'à cause, sans doute, du grand noiiibre de gens de guerre qu'elle en tire, j'insistais pour que ce pays eût toujours au service du roi de France autant d'enseignes que possible et sur le même pied que les autres Suisses, non toutefois en formanj un régiment q nous seuls, comme ci-devant cehii de Guy,

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henreusement dissout , mais en mêlant nos dîtes enseignes avec celles des autres cantons, ainsi que nous l'avions toujours pratiqué, pour tant mieux paraître de la mêuie race et nation , et ne faire et guerroyer que comme et avec les autres Suisses.

Après avoir un jour traité cette niatière fort au long, le prince me dit le lendemain qu'il en avait eu l'esprit occupé pendant la nuit, et que son dessein était, à son retour en France, de travailler à procurer à ce pays toute sûreté par un traité avec le roi; et m' ayant d^ duît ses idées, je pris la liberté de lui rejffésenler qu'un pareil traité nous serait, sans contredit, fort avantageas, s'il faisait reconnaître publiquement par le roi et la couronne de France notre état comme membre du louable corps helvétique, et comme tel, participant à tous les privilèges annexés à la nation suisse dans le royaume j bien entendu que dans un tel traité, il faudrait éviter soigneusement toutes clauses et «strictions qui pourraient nous écarter le moins du monde d'une parfaileconformitédetouspointsavecles autres Suisses. A quoi j'ajoutai que la généralité dont nous jouissions de toute ancienneté, en qualité d'alliés des Suisses, était, à mon avis, bien préférable a une spécialité tonjours dangereuse en droit public, quand bien telle ou telle spécialité semblerait profitable, vu que l'une dé nos principales règles de politique en ce pays demandait que nous marcbassions constamment du même pas et dans la même route que les autres états de la Suisse. •

Le prince m'ayant fait la grâce de m'écouter avec beaucoup d'attention , me demanda mes pensées par

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éci'it : je relogeai en dix articles un projet de traité (qu'on trouvera couché sur mon minutaire), et le présentai à S. A. S. qui témoigna en être satisfaite. A son arrivée à la cour de France, le prince mit aussitôt la main à l'œuvre, en telle sorte qu'au commencement de l'année suivante i658, la seigneurie reçut des exemplaires imprimés du traité fait et passé le 12 décembre 1657, entre le roi Louis XIV et notre prince Henri II. Certes, je ue pus le lire sans chagrinet dépit, quand le comparant avec ma minute, je trouvai bien les dix mêmes articles, mais changés et pervertis en plusieursendroitsimporlans;àcommencer parle titre, je trouvai au lieu de ces mots, principauté de.Neuchâiel en Suisse (qualification dont l'usage ne pouvait mieux être consacrée que par la bouche d'un grand roi, et qui m'avait paru propre à efiFacer toute idée d'ancienne vassalité), je trouvai, dis-je, comtés souve-t rains de Neuchâtel et Valangin en Suisse. Je n'ai pu savoir la raison de ce changement vraiment absurde, puisqu'il mettait en égalité le fief SCTvant et réuni à la directe, avec le comté seul souverain; j'ai toujours soupçonné- certain secrétaire des commandemens, fort dévoué aux gens de Valangin, d'y avoir aidé. Le préambule ainsi que l'article premier étaient conservés en leur entier , à l'exception du titre de principauté. L'ariicle 2° était gâté, en ce qu'on y parlait de manière à attribuer au roi de France le droit de faire des levées en ce pays, à sa volonté, contre la pratique usitée dans le reste de la Suisse. Le 5° était bien con-i sei'vé. Le 4" était dangereusement gâté, car en y.stipulant le libre passage des levées suisses, immémorial

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lement pratiqué entre tous les cantons, on avait méchamment ajouté ces mots et autres étrangers dont sa Majesté voudra se servir, ce qui ne se pratique nullement chez les Suisses, leurs sages maximes ne permettant passage à aucunes troupes étrangères. Le 5" substitué à un autre, était d'autant plus mauvais qu'il attaquait les Kbertés de nos gens, qui, à l'exemple des autres Suisses, vont servir en guerre oîi il leur plaît. Le 6° et le -j' étaient restés en bon état. Le 8', au lieu d'une compagnie aux gardes suisses , en accordai t deux ; l'expérience apprit bientôt qu'il y en avait une de trop; aussi cet article a-t-il été mal observé. Le g" très-important était Isen conservé, et eut son exécution au renouvellement de l'an i665. Le lo'bienconservé aussi. Parlant un jour de ce traité à feue madame la prin-cesse, àTrye, elle me fit entendre qu'il y avait eu de la surprise dans le fait du ministre d'état comte de Brienne, se souvenant bien quele prince son mari s'était plaint de diverses choses qu'on avait glissées à son insçu dans le dit traité, et auxquelles il ne fit pas attention le jour de la signature, n'ayant pas imaginé qu'on pût altérer des articles convenus; et qu'après nos représentations, it avait cherché à réparer le mal, et en avait parlé à plusieurs reprises au roi qui le renvoyait à Brienne, et que celui-ci n'avait cessé de dire oui, sans jamais rien faire. La princesse ajouta que certain gentilhomme de la maison attaché au cabinet, avait été renvoyé à cette occasion, soupçonné d'avoir aidé à la tricherie. Voilà comme sont menées la plupart des afiaires des princes, voire les plus importantes, avec légèreté^ négligence ou mauvaise foi.

Le bon prince Henri mourut le 1 1 mai i663, amè' rement pleuré de tous les Neuchâtelois. Jean Louis Charles d'Orléans, son fils aine, lui succéda sous la curatelle d'Anne Geneviève de Bourbon sa mère, connue dans l'histoire sous le nom de madame de Longueville et appelée par plusieurs la belle-duchesse. Cette princesse ouvrit sa régence en adressant à la seigneurie des questions importantes de droit public auxquelles on devait répondre, afin, disait-elle, qu'«t s'instruisantde 8esdevoirs,eUe pût mieux les remplir. Comme j'ai répondu le 16 février 1664 à ces questions par un écrit assez, connu, je ne dois en parler ici. La princesse adressa dans le ipéme temps une lettre à la ville de Neucbàtel, qui indiquait bien la trempe de son cœur et de son esprit.

11 ne Ëiut omettre d'observer ici une chose de petite valeur en dle-méme, mais fort importante, en ce qu'elle démontre que la réfcHmation n'a pas réformé chez nous les vues ambitieuses des gens d'alise qui ne manqueront de s'élever bien haut, à la seigneurie n'a pas l'œil sur eux . 1^ compagnie de nos pasteurs a tout aussi bonne envie d'étendre ses fH'érogatives que le clergé romain; même esprit d'indépendance et de domination; la soif de l'autcvité semble être une maladie attachée à celte robe, en toute secte. On en vit un exemple scandaleux en ce pays l'an i665. Divers abus avaient occasionné une contestation entre la seigneurie et la compagnie des pasteurs, au sujet de la nomination aux cures : la question soumise en 1657 aux trois-états (fort malàpropos, vu que la seigneurie avait suffisante autorité pour ces choses), les dits étals

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avaietit prononcé que la compagnie des pasteurs serait tenue, à la vacance d'une cure, de jH'ésenta' deux sujets à la seigneurie, pour qu'elle en choisit un. Au mépris de cette ordonnance souveraine, les pasteurs résolurent de recommencer, de leur propre autorité^ h n'en présenter qn'un , c'est-4i-dire celui qu'ils auraient choisi eux-mêmes. Lia sdgneurie justement choquée de cette irrév^ence, refusa de confirmer ; les pasteurs s'obstinèrent, et le peuple échauifé par eux , selon l'usage de tous les temps, prit leur parti et reçut des pasteurs n<Hi confirmés et malgré l'opposition de la seigneurie, ce qui occasionna des faits et dits scandaleux: ce quej'aicTu devoir rapporter en passant, à cause de l'atteinte publique portée sans pudeur à celle de nos formes constitutives la plus essentielle à conserver dans toute son intégrité, j'entends l'irrévocabilité des sentences souveraines des trois>états. 11 est, certes, honteux que les ministres de paix, appelés par la doctrine de leur maitre à {ffécher la soumission aux puissances supérieures, ne le fiissent que des lèvres, et donnent ensuite l'exemple de la licence et de la rebeUion. On ne doit s'étonner de l'irritation que je manifeste en ce raicontre , vu ma haine contre tout genre d'usurpation, et singuhèrement à cause qu'il est intolérable de voir les ministres d'un évangile qui ne respire qu'ordre , paix et humilité , se montrer audacieux et brouillons pour parvenir à leurs mondaines fins, au détriment de la vraie religion et des lois de l'état. Ce ne fut pas ma faute si la seigneurie faibUt alors, et si le ministre David Girard enjôla dans la suite madame la princesse qui ne sut refuser à cet enchanteur ai-

mable et adroit, beau et bien disant personnage, rootroi qu'il alla solliciter à ce sujet en 1670.

Ce que je viens de dire me conduit tout droit à une observation par voie de conséquence ; une forme seigneuriale mixte, telle que lanôtre, ne saurait faire pire besogne que d'entreprendre ce qu'elle n'a pouvoir ou courage d'amener à bien j quand on ne tient qu'un fil , xm ne dtMt vouloir le tendre comme une corde; sans quoi il rompt, et alors qu'on l'a renoué comme on a pu, ilfaitpauvre figure. Bans l'affaire des ministres, ci-dessus rapportée, pourquoi faire parler les états, si la seigneurie qui a la puissance executive, n'était paS résolue de faire respecter leur décret? Ne valait-il pas mieux tout simplement saisir le temporel à tout ciu-é reçu sans le choix de la seigneurie? Par ce moyen lé-^ gai on aurait bientôt coupé court à cette outrecuidance» sans le secours des états qu'on n'employa que par faiblesse; j'eus beau dire, on ne voulut m'écouter. lien avaitétédemèmeen 1661 aveccertain règlement somp tuaire, si rigoureux qu'on ne put le soutenir. De même encore en arriva-t-îl avec la folle équipée du gouverneur d'Afiiy en 1672, qui entreprit contre les termes de la franchise de mettre en régale le sel dans la ville , et d'empêcher les bourgeois d'en vendre; chacun sait pourl'avoirvu que ceux-ci justement irrités montaient déjà au château pour se faire justice du gouverneur et de deux quidams du conseil d'état, ses cliens en cette besogne, laquelle il fallut bien vite abandonner en reconnaissant le droit des bourgeois sans si ni car. On ne peut assez, dire combien on nuit à la prérogative seigneuriale, dans l'opinion publique, par des entre-

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poses manquées : il n'est plus sûr moyen de perdre du terrain ou bien d'en gagner, (kx peut dire la même chose d'une pratique souvent usitée chez nous et provenantdu même esprit; on va tàtant du boutdu doigt, ' comme si la seigneurie craignait d'avoir une volonté, ainsi qu'on l'a toujours fait avec les gens de Valangib, spécialement en 1628, au regard du tiers-élat. J'estime qu'il vaut beaucoup mieux ne rien faire , que de faire trop ou trop peu.

Le roi Louis XIV ayant envahi la France-Comté en 1668, certains cantons suisœs mirent en délibération s'il ne convenait [Kts de mettre la main sur ce pays, pour d'autant mieux le garantir et protéger en eette occurrence : le canton d'Uri qui croit avoir des droits sur le comté, parce qu'il protesta contre la remise de i529, trouvait fort nécessaire de s'en assurer, disant que le rot de France, maître de la Franchc-Gimté, ne manquerait un jour on l'autre de l'être aussi de Neuchâtel, m que le due d'Orléans, son sujet naturel, n'aorait ni le pouvcnr ni la volonté de s'opposer à tel échange ou marché qu'il plairait au roi de dicter , ce qui ôterait du circuit de la Suisse un pays qu'il convient de conserver en dedans de ses limites. Mais les principaux cantons ne voulurent y entendre, disant que Neuchâtel étant défait et de droit un état membre du louabk corps helvétique , et ^cialement reconnu pour tel par le tm et la couronne de France, il ne pouvait être .distrait de l'enclave de la Suisse et ann^é àla Franche-Comté, sans rompre l'alliance et paix perpétuelle entre les deux nations, d'autant que les cantons ne se dessaisirent en iSag du comié qu'en

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faveur de lîi comtesse Jehanne et de ses légitimes suc cesseurs et non pour d'autres. De tout quoi bien instruit par de bons avis de Berne, je me hâtai d'en informer S. A. S, madame la princesse régente qui en conféra toutd'abord avec leprincedeG>ndé sou frère: ils trouvèrent nécessaire d'envoyer sur-le-champ à Neuchâtelle jeune souverain, accompagné de son fi^e Cadet le comte de St.-Pol, afin de calmer les Suisses par la présence de ces jeunes princes, ainsi remis comme en leur garde et protection. Une autre raison occasionna ce voyage; le prince aîné notre souverain, qu'on nommait en France le duc de LougueviUe , faible d'esprit et de corps, et souhaitant de sevouerà l'église, consentait à résignerla souveraineté au comte deSaint- Pol, son frère cadet, beau, bien fait, vif, aimable et spirituel, fort aimé de la princesse mère et du prince de Coudé son oncle, lesquels désiraient fort tous deux la tlite résignation , comme on peut le voir par la lettre que madame me fit l'honneur de m'écrire à ce sujet. L'abdication du jeune souverain nesoutilritaucune difficulté, vu qu'il résignait la souveraineté à cdui que le sang et la loi appelaient déjà à son d^ut; il se réserva toutefois le droit de retour au cas qu'il survécût 3 son frère sans postérité, de tout quoi il fut passé acte en diie forme; et le iS" mars 1668, par devant les trois-états assemblés et en présence de tous les ordres, corps et communautés, après lecture de l'acte de résignation et autres faits etditsquine sont démon sujet, le duc de Longueville remit le sceptre au comte de Saint-Pol , l'embrassa , sortit sur-le-champ , entra dans un bateau suivi de ses gentilshommes, passa le

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lac et se rendit à Lyon : dès lors plusieurs lui donnèrent le nom d'abbé d'Orléans.

Ce Ait ainsi que Charles Paris d'Orléans, comte de St.-Polj devint prince souverain de Neuchâtel; d'autant plus agréable aux peuples que sa bonne mine, ses vives et spirituelles reparties et ses manières ouvertes et cordiales retraçaient dans les cceurs la douce image du bon prince Henri , son tant digne père. Bien que mineur encore et sous la curatelle et régence de madame sa mère , certains quidams l'engagèrent à régler l'état de la noblesse ainsi qu'on le voit aujourd'hui au tribunal des trois-états, ce qui mit fin au chamaillis subsistant depuis i6r8 entre les vassaux qui réclamaient ces sièges comme à eux seuls appartenans, et les conseillers d'état annoblis par cap, qui prétendaient y avoir droit par leur office, jfférogative qui m'a toujours été inconnue et tout au plus fondée sur une usurpation de cinquante ans, sans cesse contestée, vérité que je n'ai manqué de dire à chaque occasion, tout conseiller d'état et anobli que je suis; la première règle du bon ordre étant que chacun reste à sa place. Au lieu de cette vaine et prématurée fonction de souveraineté par un mineur, il me semblait tout autrement utile et convenable, vu les circonstances ci-dessus , que le jeune prince ayant reçu de notables andjassades de la part des quatre cantons alliés pour le complimenter, allât tout d'abord par pure civilité visiter les dits alliés, comme pour leur témoigner à l'avance qu'il se réjouissait de renouveler les alliances à sa majorité; certain qu'il aurait captivé les cantons pnr son esprit, ses manières et sot* beau

— 18Q — corsage. lime fiit répondupar les messieurs deFrancô qui le conseillaient, que le prince ne manquerait de venir pour faire le tout quand il serait majeur : paurre réponse d'élourneaux.} comme si l'un eût empêché l'autre. J'eus beau leur montrer les lettres que madame la princesse m'avait fait la grâce de m'écrire, et le motif au regard des cantons tpii l'avait déterminée^ conjointement avec le prinqe de Condé à envoyer ici messeigneurs ses fils : à quoi les dits braves conseillers de France ne répondirent que par un mouvement de tête et en tournant sur un pied. La vérité, je crois, qu'ils ne s'amusaient guères chez nousj aussi emmenèrent-ils au-bout de ^quelques semaines notre jeune - et tout aimable souverain que nous ne devions plus revoir. Doit-on s'étonner après cda, si je redis sans cesse et avec iàcherie que c'est compassion de voir ojmm* sont menées la plupart des affaires desi princes?

La grande passion de Charles Paris pour les armes, le porta dans l'île de Candie au secours des Vénitien^ contre les Turcs, à la lête de six cents gentilshommes Français : il ne futhruit que de ses exploits. Avant son départ, il avait remis à madame ^sa mère un plein pouvoir de gouverner, qu'elle conserva jusqu'à la mort de ce jffince qui se fit tuer dans uneientreprise téméraire sur le Rhin, contre les Hollandais en 1673, le projH-e jour que les Polonais, émerveillés de la réputation de ce jeune guerrier , délibéraient de l'élire pour leur roi.

Par sa mort s'éteignit la maison d'Qrléans-Longueville, quatrième race de nos souvCTain». Le duc-abbé d'Orléans restait, mais; dans l'église, en démence et juridw|uement interdit cette même année 1672, sous

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la curalelle de k princesse sa mère. Une sœur, Marie d'Orléans, duchesse de Nemours, issue d'un premier mariage de Henri II avec Louise de Bourbon-Soissons, prétendit succéder au comte de 8t.-Pol, son frère consanguin. Cet étrange dessein fut formé et suggéré par Biaise de Stavay-MoUondin , qpii avait quitté la charge de lieutenant-gouverneur par dépit de ce que la princesse-régente Tenait de congédier le gouverneur Urs de Stavay-Lully, son oncle. Le dit Biaise brûlait de faire pièce à la régente, et sachant bien que Madame de Nemours n'aimait pas sa belle-mère, il lui mit facilement dans la tête que la souveraineté de Neuchâtel devenait son bien par la mort du comte de St.-Pol, se faisant fort de la faire reconnaître par le moyen des amis qu'il disait avoir en grand nombre dans le comté. Cet homme qui ne manquait pas d'un certain esprit naturel pour l'intrigue, mais fort turbulent et passionné, était très-ignare dans le droit puWic dont il ne savait mot. Madame de Nemours . ainsi conduite, écrivit aussitôt au conseil d'état en souveraine , lui ordonnant d'assembler les états sur le jour des six semaines, selon la coutume, pour apprendre ses intentions. Au même tems elle écrivit aux quatre cantons alliés, comme princesse de Neuchâtel, se signant votre alliée: on était de toutes parts dans l'ébahissement , personne ne comprenait rien à cela. Arrivèrent Biaise de MoUondîn et M. de la Martinièrc, écuyer de Madame de Nemours, munis de pleins pouvoirs de sa part. La princesse bien informée des desseins de sa belle fille, dépêcha de son côté le chevalier de Fonlenay, homme sage et d'un bon esprit : aujour

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marqué par la loi , assavoir six semaines à compter depuis la mort du comte de St.-Pol, les états étant assemblés, le chevalier de Fonlenay assisté du procu.reur-général Brun d'Oleyre demanda d'être « mis en )} possession de la souveraineté, au nom de S. A. S. » M°" la duchesse de Longueville en sa qualité de » mère curatrice de M, l'abbé d'Orléans, leqi^el comme » fils aîné de feu S. A. S. monseigneur Henry d'Or- » léans, lui succéda au comté en vertu de la coutume » immémorialement observée, par laquelle les mâles » ont été perpétuellement préférés aux femelles, et les » aînés aux cadets : et comme ce prince avait j(ait don » de cette souveraineté le 1 1 mars 1668 à son frère » le comte de St.-Pol, sous cette réserve que la mort » du dit seigneur donataire arrivant sans-enfans, Ip » don lui retournerait de plein droit,, tellement que » par le décès du dit comte de St.-Pol, la souveraineté » donnée lui étant échue tant en vertu de la réserve » et clause de retour, que par la coulunie qui doit ser- » vir de loi inviolable pour régler l'ordre de la suc- » cession, il concluait etc. » Le sieur de la Mprtinière assisté de Biaise MoUondln, prit la parole à son tour au nom de M°",de Nemours, disant que « M. l'abbé » d'Orléans ne pouvant avoir l'administration de la sour » veraineté, vu qu'il était aliéné d'esprit, interdit et » partant incapable de posséder un état souverain; et » que de plus M°" la duchesse de Nemours étant în- » stituée héritière de M. le comte de St.-Pol son frère, H par testament du 1 1 avril dernier, dans lequel il n'est )) fait nulle mention dudit seigneur abbé réputé mort » au monde, la dite souveraineté était dévolue à M""

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M de Nemours par le droit du sang, restant seule issue M de la sérénissime maison d'Orléans, et par ainsi la » seule habile à succéder à la principauté de Neuchàtel, :» il demandait etc. »

Il semblait que les états n'avaient pas sujet d'hésiter; toute fois imaginant qu'il en swait cette fois comme en 1601 , et qu'en temporisant, les choses rentreraient elles-mêmes dans l'ordre, il& déclarèrent qu'il ne serait prononcé sur les droits des parties qu'au bout de trois mois. Rassemblés le 17 octobre, Biaise de Mo!londin qui prévoyait que son épée serait trop courte, et s'abandonnant à tonte sa pétulance, osa dire aux états t< que des sujets ne pouvaient être juges compétens des droits de souveraineté, et partant les sommait au nom de sa constituante de surseoir, tout jugement jusqu'à ce que cette compétence eûLété décidée par le canton de Berne en vertu du traité de combourgeoisiej qu'en attendant il protestait contre tous jugemens rci»dus et à rendre, en telle sorte que les trésoriers et les receveurs se gardassent de rien délivrer sous peine d'en être recherchés eux et leurs -héritiers etc. " Après quoi il se retira promptement de l'assemblée, suivi de la Martinière : aussitôt le chevalier de Fontenay au nom de la princesse régente requit les états de réprimer les discours tânéraires et séditieux du ^eur de Mollondin; sur laquelle réquisition les états prononcèrent i( que le sieur de Mollondin ayant témérairement manqué de respect à Fautorîté souveraine, au tribunal des trois-états et à la constitution du pays, devait être saisi et arrêté, en attendant qu'il eût été délibéré plus outre sur cette affaire. Les livrées incontinent envoyées

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après lui rarrêtèrent. Ensuite les états s'étant occupés de l'importante matière de la succession soumise à leur jugement, seotencèrent « que M"' la duchesse de Nemours avait renoncé par son contrat de mariage à la succession future de ses frères, au [a-ofit du survivant des deux, que si elle-même n'eût fat cette renonciation , elle ne pourrait néanmoins prétendre aucune part à cette souveraineté ni à ses dépendances, puisqu'elle est indivisible; que les mâles j succèdent à l'exidusion. des femmes,, et les aînés à l'exdusion des cadets, suivant l'ordre observé depuis plusieurs siècles, lequel ordre cfoit être suivi comme loi inviolable; que le ccwnte de St.-Fol n'avait pas pu disposa- de cet état par testament, puisque son frère aîné auquel seul il appu^ernait par la coutume, avait expressément réservé dans sa donation que cet état lui rrtournerait de plein droit, si le comte de St.-Pol^ qui l'accepta à ces conditions,. mourait sans enfans,* « par ces raisons les sieurs de Ponienay et David comme procureurs de S. A. J/"' la dachesse de Longuevilie , au nom et comme mère curatrice de S. A, S. Mgr. Jean Louis Charges d'Orléans, duc de Longuevil^ son fils, doivent être invétus dudit comté de Neuchdtel, de la seigneurie de Valangin et des autres appartenances, dépendanixs et annexes de cette souçeraineté. » Et à l'égard de la curatelle que M"" de Nemours disputait aussi à sa belle mère, les étals déclarèrent que S. M. T. C. juge da domicile de S. A. S. Mgr. le duc de Longueville, ayant conformément à l'avis des parois palemels et maternels, donné au dit seigneur pour curatrice de sa personne et de ses biens, S. A. S. M"' la duchesse de

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Longueville sa mère, les oppositions de M"* de Nemours étaient mal fondées au regard du comté de Neuchâtel et de ses dépendances, laquelle curatelle devait avoir lieu confermément à ce qui a été pratiqué pendant les miniH'ttés des souverains. »

Après cette sentence rendue , les troi&^ats rentrèrent en chambre de consnltatiou et raipportèreut a qu'ayant considéré la conduite insolente et séditieuse du sieur-' de Mollondin, attentatoire à la souveraineté, à la puissance publique, à l'autorité des Irois-états, aux franchises et à k tranquillité du pays, ils avaient unanimement jugé que le dit MoUondin aurait mérité d'être corporellement puni, mais que par égard pour M"' la duchesse de Meœours, oo roulait bioi se borner à le bannir à p^pétuité des états de S. A. S. à qui on adjugeait par confiscation ttms les biens appartenant au dit Mollondin dans toute l'étendue de la souveraineté. » Le tout ayant été lu et notifié au perstHinage, on le relàcba avec ordre de s'éloigner sur le champ.

Ce récit que j'ai fait aussi sommairement qu» possible, présente des choses ta^ès-imporUntes en dlesmémes, et qui se rapportent directement à ma matière, vu qu'il s'agissait de dirers grands objets relati& à la nature seigneuriale de cet état et à ses formes constitutives. 11 y a, certes, plaisir à considérer la vigueur et dignité, ensonble les sages maximes d'état qui dirigèrent les résolutions en cette occurrence fort dangereuse , tant par sa nature que par les efforts de ceTtai ns quidams de la dieQtelle de Biaise Mollondin, qu'il n'est besoin de nommer, vu qu'à cette heure ils font assez claquer leur fouet. Et cotnme on tloit justice à chacun,

si toutes les démarches du chevalier de Fontenay furent bien avisées, il faut en faire honneur au procureurgénéral Brun d'Oleyre qui fut son plus particulier conseil. Toutefois je ne puis dissimuler que les états firent faute, ce me semble, en un point; je veux parler de leur prcmoDciation sur la curatelle. Pourquoi paraître fonder leur décision, au regard de ce pays, sur le choix fait en France par le roi Louis XIV, pour la. curatelle des biens gisans dans le royaume? Pourquoi, dîs-je, ne pas se borner à prononcer, que par une pratique immémorialement suîvieen cet état, les mères étaient tutrices ou curab-ices de nos princes mineurs ou empêchés? Car bien que les états ne pensassent par là qu'à donner plus de poids à la chose, il me semble, ainsi que je le dis alors tout- haut, qu'on ne peut trop éviter en un état indépendant, tout ce qui peut avoir l'apparence de tenir à un ressort forain, crainte de compromettre cette précieuse indépendance que ce petit pays s'est enfin procurée avec tant de peine et de bonheur. Qui n'aurait cru que cette contestation était terminée pour toujours? Mais Biaise de Mollondio, plus animé que jamais, courut à Berne, remuant ciel et terre pour engager ce canton à se mêler de cette affaire; ce qui occasionna diverses lettres des duchesses de Lbngueville et de Nemours aux Bernois, et des réponses de la part de ceux-ci. Une lettre enlr'antres de la princesse régente était remarquable par la manière dont elle y déduisait ses droits, et justifiait le jugement des trois états; la minute de cette bonne pièce avait été fournie par le procureur-général Brun. Berne écrivit aussi à la ville de Neuchàtel une lettre non moius remarquable

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par les questions de droit public y contenues, et qui prouvaient que ce canton, dans son inquiétude, était fort désireux de connaître plus à fond certains points essentiels de notre constitution. Le conseil de la ville fit le a décembre, une excellenle réponse qui fut m!-nulée, dit-on, par le maître-boupgeoisJehanOstervald, seigneur de Biolley, conjointement avec le ministre David Girard. Plusieurs des dites lettres mériteraient place ici, vu les importantes vérités et bonnes maximes d'état qu'on y trouve; mais cet écrit s'allonge déjà trop, et on ne manque pas de copies des dites lettres. Toutefois les inquiétudes redoublaient à Berne, parce que certains adhérens de M"" de Nemours commençaient à remuer et à tripoter dans le pays; le canton à plusieurs reprises demanda à conférer avec la ville, sur certaines voies d'accommodement imaginées à Berne. Les quatre ministraus et le conseU s'y refusèrent absolument, disant dans leur dernière réponse, que telles eonféreuces rendraient la ville coupable envers le jw! nce et l'état; et que d'agiter plus outre une question déjà jugée par les trois-états, dont les sentences sont souveraines et sans appel, ce serait renverser la constitution fondamentale, bdle réponse qui mérite elle-même de passer en maxime fondamentale.

Mollondin voyant toutes ses menées et pratiques sans effet, ne se rebuta nullement; ains au contraire, il résolut de fondre la cloche, comme on dit, et engagea M"' de Nemours à venir en Suisse en lôyS, l'assurant que sa présence la mettrait en possession de cette souveraineté, par le grand nombre de partisans qu'il disait lui avoir ménagés, et qui n'attendaient que sa venue

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]>our ia proclamer : tontes lesquelles particularités j'avance, non sur paroles d'aulrui, mais sur les propres lettres du dit Mollondin secrètement communiquées à S. A. S. par un serviteur infîdèle de M"* de Nemours. La princesse en ayant tiré des copies me les montra l'année suivante, et par là j'appris à connaître cerwins personnages de chez nous, et la part qu'ils ont eue aux troubles de l'an iGyS. Je ne dois en entrciwendre la narration qui semblerait un libelle, si je rapportais ce que je sais de plusieurs de nos g«i8 qui ont à cette heure le vent pour eux; en mon état de disgrâce je paraîtrais agir par vindication, et vrai de dire que tout homme sage doit être en continuelle défiance de ses yeux dans le mécontentement.

U faudrait cent pages pour déduire par le menu l'étrange et hardie entreprise de M"' de Nemonrsj je me bornerai donc à indiquer sommairement, pour faire suite et liaison, le départ de M*" de Nemours pour venir en ce pays, disant au roi qu'eUe Venait simplement poursuivre ses droits par la voie de la justice; l'envoi de l'un de ses écuyers requérant réception el logement au château, ce qui lui fut refiisé; l'arrivée de cette dame à Morat ; diverses lettres fort affectueuses écrites par elle à la ville de Neuchàtei qui ne lui répond pas; son dessein de pénétrer par lé lac, sous convoi de ses adhérens en armes et de quelques braves (pi'elle avait amenés de France; les dispositions feites de tous côtés pour la repousser parla force; mandement rigoureux de la seigneurie du aS avril 1675 , suggéré et minuté par le maire de Neuchâtel, Henri TVibolet-Hardy, homme à bonne tête et bons bras, dans lequel man-

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dément M"" de Nemours et ses adhérens sont qualifiés d'ennemis de l'Etat, avec prohibition à tous et un chacun de communiquer directement ou indirectement avec la dite dame de Nemours ou ses agens et adhérens, sous peine d'être punis comme criminels de haute trahison; les détresses de la princesse-régente qui, par le conseil dn prince de Condé son frère, envoie à Neuchâtel le marquis de Sl.-Micault, gouvernetu- de Dijon, homme de guerre et d'expédition, pour aider et soutenir les bonnes intentions du gouverneur d'Afifry et du conseil d'état. L'entrée par le lac étant ■feniiée à M'°* de Nemours, elle se rend à la Neuveville oîi ses partisans s'attroupent. Mouvemens au Landeron oùlemarquisdeSt.-Micaultaccourtàla tête de douze cents hommes, et s'y fait tuer le premier jour. Prétendu mandement lâché par M"*' de Nemours et daté de la Neuveville le 1 5 mai, adrçssé à tous gouverneurs, communautés et sujets de l'état, précédé de lettres de cette dame aux villes et villages du pays pour les soulever. On commence à s'égorger en quelques endroits. La seigneurie se voit contrainte d'appeler à son secours les cantons alliés, remède qu'on ne voidait employer qu'au dernier besoin. Les cantons commencent par députer sur-le-champ vers M"* de Nemours, pour la solliciter de retourner en France; réponse altière et inflexilnlité de cette Dame. Heureuse arrivée, sur ces entrefaites, d'un courrier de la part du roi Louis XIV, qui apporte à M°" de Nemours l'orih'e de se rendre sur-le-champ auprès de lui, avec injonction d'éloigner d'elle et de Neuchâtel Biaise Motlondin et autres adhérens. Prompte obéissance de cette Dame aux susdits

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Ordres, atrivés d'autant plus a propos, que le jeuflï Suivant i" juin', jour du marché, était marqué pour une levée de boucliffl-s, les partisans de M"" de Nemours, joints par ceux de Valangin au nombre de quelques mille hommes, ayant comploté de l'amener à Neuchâlel pour la proclamer souveraine. Lettre très^ reinMxjuable écrite à la ville de Neuchâtel par M. de St.-Romain, ambassadeur de Franceauprès desSuîsses, datée de Soleure le 1 1 août 16^3, contenant cntr'autres choses, que le roi son maître allait travailler lui-même à terminer à l'amiable les contestations qui divisaient les duchesses de Longue^'ille et de Nemours, saiu toucher, disait^il, en aucune manière à vos franchises , privilèges, lois et coutumes, etc. Justes inquiétudes de la seigneurie et de la ville , quand on apprend que ces deux dames ont soumis leurs différens, non aux bons offices conciliatoires, mais à l'arbitrage et jugement du roi de France; fortes remontrances sur ce sujet à la princesse-régente, par lesquelles la seigneurie et la viUe lui déclarent que cet étal, quelle que soit la décision du monarque français, ne peut reconnaître d'autre juge compétent que celui qui a déjà prononcé, assavoir les trois-élats, le roi de France pouvant bien les mettre d'accord comme dames françaises, au regard des biens situés dans le royaume, mais non adjuger une principauté suisse, libre et indépendante.

Les choses en étaient là, lorsque je reçus ordre de me rendre promptement auprès de la princesse qui avait d'abord aperçu le danger, résultant de l'arbitrage auquel elle s'était soumise; car elle avait de l'esprit et de la sagacité plus que personne. Je compris

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(jùeS. A. S. avait sùî^i les conseils tlu prince de Coudé , j^and général d'armée, mais qui n'avait et ne pouvait avoir nulle idée de notre droit public, quand bien il avait gagné maintes célèbres batailles. Je ne dois déduire ici tout ce qui fiit fait et écrit au regard de cette a£&ire épineuse, qui me donna, certes, bien de roccupation, vu que M"' de Nemours feisait répandre à toute heure des mémoires qu'on ne laissait pas sans réponseï^ surtout au regard de la compétence des troîsétals, et de l'indivisibilité de cette souveraineté; et comme M™' de Nemours employait de bonnes plumes, j'exigeai de la princesse que d'habiles avocats passassent la lime douce sur mon langage de la vieille cour qui n'est plus de modej tous lesquels écrits de part et d'autre sont imprimés et connus de chacun. J'observerai seulement, que s'il n'y avait que charmes et délices à converser d'affitires avec la prinoesse et à vivre auprès d'elle, le prince de Condé, son frère, par contre, me mit souvent en détresse, non qu'il ne sentit lui-même qu'il avait mal embroché (pour me servir de ses expresMons); mais tant d'écrits, pubUés par M°" de Nemours, le mettaient hors des gonds, surtout quand iiy voyait desallégationsnonvéridiques. En toute ma vie, je n'ai vu vivacités et impatiences pareilles qui me firent craindre souvent des imprudences toutes propres à empirer l'étal des choses : car> je suis persuadé fermement que si le prince de Condé, au heu de se croire encore es champs de Rocroy et tant s'échaofier, avait suivi tranquillement les voies et moyens dont nous étions convenus, et que le ministre d'état Colbert approuvait fort, la prononciation du roi

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Louis XÏV, aurait ê\é conçue de telle manière, qu'elle n'aurait paru qu'une ccniséquence de la sentence des tr<»s-états, vu leur compétence dont il aurait été fait mention. Enfin et pour faire court, le roi prcaionça le 26 avril 1674 entr'autPes ces mots : « Nous déda-^ rons par notre jugement arbitraire la propriété de la souveraineté de Neuchâlel, ses annexes et dépenrdances appartient à notre cousin Jean'Louis-Charles dOriéans, €t t administration à notre dite cousine dé Longueviih, sa mère, enqualïM dé curatrice. Paroles heureusement conformes de tous points à la s«itencê des trois-états, car on ne peut penser sans émoi à tout ce qui serait arrivé, si le roi de France avait prononcé en Êiveur de M"' de Nemours, tandis que les états du pays seuls juges compétens, avaient adjugé, 18 mois auparavant, la souveraineté à Jean-Louis-Charles d'Orléans, sous la curatelle de madame sa mère. Je laisse à penser le désordre et la coniîision qui en auraient été \a- suite. On peut bien encore dire ici que l'ange gardien de ce pays le tira d'un tout mauvais pas.

Dans son ravissement, S. A. S. fit partir en toute diligence un courrier pour infta-mer l'état de cet événement. Elle joignit à cette information une amnistie pleine et entière en faveur de tous les adhérens de sa belle-fille; laquelle dédiaration fiit publiée aux prônes de toutes les églises de l'état, ainsi que le jugement arbitral du roi de France. Ce dernier article me parut de trop; car bien que le motif de celte publication fût de ramener les esprits divisés, en leur montrant par cette conformité de jugement, qu'il n'y avait eu que justice et raison dans l'exclusion donnée a M"* de Ne-

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mours; c'était acquiescer publiquement à respèce de juridiction que Venait de s'attribuer le roi de France, et construire nous-mêmes un pont dangereux. Il me semblait que la seigneurie, pour éviter d'atitaot mieux de paraître s'appuyer sur une décision étrangère , et de ccimpromettre la prérogative souvCTaine, ensemble la compétence des trois-états , n'aurait dû parler que de la conciliation opérée par les bons offices de S, M. T. C, qui venait de reconnaître elle-même Mgr. Jean-Louïs- Charles d'Orléans, souverain prince de Neuchâlel, et S. A. S. Madame sa mère, pour curatrice de sa personne et de ses biens, conformément à la sentence des trois-états du 17 octobre 1672. Un tel langage était sans inconvéniens et aurait produit les mêmes efiets.

En avril i 67g, mourut AnneGeheviève de Bourbon^ Condé, duchesse de Longueville, notre bonne, sage et tant aimable princesse régente. Les rares qualités de son coeur et de son esprit assez connues, n'ont besoin qUe je les préconise en cet écrit; c'est dans le fond de mon cœur que je veux nourrir jusqu'à ma fin les sentimens de reconnaissance et d'admiration que je dois à sa nlémoire et à celle de notre excellent prince, Henri n, son illustre mari. Comment pourrai»-je ou- Uier les beaux et si doux momens de ma vie, qu'ils m'ont permis de passer , en plusieurs occaâons, auprès de leurs personnes, et les grands biens qu'ils m'ont foits?

Quoique notre coutume n'admette pas les femmes aux curatelks, si elles ne sont mères ou aïeules, on avaittoujoursétédans l'usage, sous la maison d'Orléans, de reconnaître ici pour curateurs de nos princes mi-

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neurs, ceux ou celles que les parens chargeaient de h. garde noble de la personne, et de la curatelle des biens situés dans le royaume. Or, M"" de Nemours ayant été nommée par la parenté curatrice de son frère l'abbé d'Orléans, en remplacement de feue Madame la duchesse de Longuevllle, elle fut aussitôt reconnue en ce pays pour régente, et comme au lieu de suivre le bel exemple que lui avait tracé en 1674 1» princesse défunte, son premier soin a été de marquer son ressentiment aux plus atlldés serviteurs de ta susdite dame, sa belle-mère, je n'ai pu m'étonner de ma prompte ' disgrâce, surtout après avoir aussi peu écouté ses ofires que ses menaces aux années iGja, iGyS et 1674- Ce serait chose bien peu digne d'attention et de petite valeur pour l'état, si pour donner contentement à sa vindication, la nouvelle régente n'avait frappé que sur moi, mais quand on voit des personnages mérîtans et honorables, congédiés pour faire place à certains quidams, quand on considère M. le gouverneur d'Afiry chassé du château et remplacé par Biaise de Mollondin, ce Kâise dobt il a été tant parlé ci-devant, U est, certes, bien permis de gémir et malaugurer de l'avenir. La nouveÛe régente vint à Neuchâtel l'année dernière 1680 : on s'attendait que le but de son voyage était de gagner l'affection de tous, et que -sa première vindication étant satisfaite, elle ne répandrait plus que des grâces et des bienfaits; mais de nouvelles destitutions ont- Élit voir qu'elle ne pardonnait pas. Pour lui complaire, les trois^tats s'assemblèrent le 6 octobre, et ordcmnèrent que la sentence flétrissante prononcée en 1672, contre Biaise de MoUondin maintenant gou-

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vCTnenr, serait ray^ de dessus les registres. De plus, par cajolerie et nouveauté qui s'écarte des formes immémorialement suivies, les états déclarèrent qu'à la mort du souverain actuel, M"' de Nemours, en qualité de sœnr unique, lui succéderait nécessairement, la reconnaissant par avance pour seule héritière de la souveraineté : décret, ce me semble, bien inutile tout au moins. Pourquoi par cette reconnaissance à futur, montrer des doutes et de l'incertitude en une chose qu'il ne fellait pas seulement avoir l'air de mettre en question, quand bien on était informé que l'abbé d'Orléans avait disposé par testament de cette souveraineté? Cette nouveauté ne valait rien, par quelque côté qu'on la considère. Mieux aurait été d'attendre la vacance, et alors de faire bon devoir.

Tout Hen examiné, je ne sais ce que tout ceci donnera. Certain est-il qu'on ne voit à cette heure chez nous que mauvais train et remue-ménage, qu'il faut attribuer, je crois, bien moins à la nouvelle régente qu'aux suggestions et conseils de ses mignons; car on assure qu'elle est bonne, confiante et fort généreuse envers ceux qu'elle aime, leur donnantàpleines-mains, mais qu'elle reçoit facilement et fortement les impressions bonnes ou mauvaises qu'on veut lui donner; partant il ne faut s'étonner de la voir amie si ardente ou tant implacable ennemie. Quel dommage qu'elle ne soit pas environnée de cœurs droits et d'esprits sages! Encore une fois, le train de ce jour ne peut durer; je sais bien qu'un mécontent voit rarement les choses du beau côté, et que par cette raison je dois me d^er de

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mon propre sens; la suite fera voir si j'ai bien ou mal raisonné.

Mais le désordre de ce jour pouvant se comparer à la fièvre, après laquelle le corps se porte souvent mieux quedevant, mérite bien moins d'attention que le grand objet que je vais examiner, vers lequel tend tout ce qui |H*écède et qui doit faire la conclusion de cet écrit.

Après avoir déduit de mon mieux tout ce qui est parvenu à ma connaissance sur l'enchaînnre des causes et de leurs effets, au r^ard de la nature seigneuriale de ce pays et de ses principales formes constitutives, depuis la plus reculée origine jusqu'à maintenant j après avoir suivi des yeux diverses révolutions et périlleuses occurrences, qui semblent ne l'avoir menacé tantdefois d'une totale ruine, que poiu- rendre sa destinée plus heureuse, par une fortune non pareille, et certes, toute singulière, on ne peut s'empêcher de demander avec inquiétude ce que deviendra ce pauvre petit état à la prochaine extinction de la maison d'Oriéans qui ne peut être éloignée, et qui nous annonce une orageuse vacance, soit que notre souverain survive à sa sœur régente, soit que celle-cà lui succède.

Quand je dis une orageuse vacance, certes, ce n'est pas sans raison ; chacun sait qne notre prince actuel par son testament du i" octobre 1668, institue son héritier universel le prince de Conti, et que celui-ci ne doute pas d'être un jour souverain de Neuehâtel. On sait aussi que ce prince, fort aimable, a déjà phi^eurs partisans et affidés en ce pays, ainsi qu'à Lucerne, à Fribourg et à Soleure. On assure même que le roi

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Louis XIV loi a promis de le farcviser en cette affaire : voilà donc un redoutable champioQ qui s'avance. D'autre part, je sais avec pkîne certitude que M°" de Nemours appelle à la succession de «es biens le chevalier de Soissons, et que si elle survit au prince son frère et lui succède à cette souveraineté, (ce qui ne peut lui manquer), elle est résolue d'employer tous ses efforts à faire désigner de son vivant le dit chevalier de StHssous pour son successeur au comté : lequel dessein a été mis naguères par écrit en forme de promesse; de quoi j'ai bonne et assurée connaissaDce. Ce champion-ci ne serait à nerveux que le prince de Gonti, et ne se jwésenlerait que lorsque le nom d'Orléans serait éteint, au lieu que l'autre, dit-on, voudra mettre dehors la tiUe de la maison , ce qui serait tme étrange entreprise.

It n'est faestan Ae dire que l'un et l'autre de ces pétendans n'ayant que des dispositions testamentaires pour titres, et qu'ime aliénation pouF fondement de leurs drcâts, stmt totalement inhabiles à succéder à une souveraineté inaiiénable , à un état successif et non patrimonial. Admettre l'un ou l'autre de ces prétendans, ce serait bouleverser la nature seigneuriale de cet état, saper jusqu'aux fondemens les lois et formes constitutives immémiarialement observées dans l'ordre die la succession, détruire le principe de Xinaliénabiliié^ si fermement établi de toute ancienneté, à priori, pîff la nature et l'essence de la chose et par les titres fM-imitifs; à posteriori, par une suite non interrompue de faits concordans , depuis les temps les plus recules et ci-devant déduits.

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Quel sera donc à la prochaine ouverture susdite, le légitime souverain appelé par la loi? Sans discuter ici en quels poinU et à quel degré le mode seigneurial de ce pays se rapporte, soit aux us de Bourgogne, soit au droit commun des fiefs, matière amplement traitée dans mes mémoires de 1664 et 1668, je dis que la nature de cette seigneurie, soutenue par une pratique constamment suivie sous les précédentes races de nos souverains, nous apprend avec évidence : i" que dans l'ordre de la succession , les mâles sont préférés aux filles, et les aînés aux cadets; 3° que les filles venant à succéder au défaut des mâles , elles observent le même ordre de primogéniturej 5" que de ces deux premières règles découle nécessairement celle de la succession linéale, selon laquelle, à l'extinclion de la ligne directe, les Ugnes collatérales sont appelées dans le même ordre, assavoir, les lignes masculines préférées asix féminines, et les aînées aux cadettes, sans nul égard au degré de parenté personnelle j 7Wn ianquam proccimiores agnati, sed tanquam proxinUores progruiii. Ce langage des docteurs vient de m'échapper, malgré ma résolution de ne pas fourrer du latin en cette notice, vu que j'ai suffisamment écrit ailleurs en doctoral publiciste.

Or, puisque la ligne directe va s'éteindre, il faudra recourir aux collatérales, en suivant les régies ci-dessus: pour cet efiet je remonte à la souche commune et je vois Léonor d'Orléans qui eut de son mariage avec Marie de Bourbon : 1" Henri I", auteur de lahgne directe prête à s'éteindre; 2° François, comte de St-Pol, sans lignée; 5" Catherine, sans hgnée; 4° Marguerite, sanslignée; 5° Antoinette, mariée à Charles de Gondy;

— i»9 — sa lignée subsiste; 6" Eléonore, mariée à Charles de Matignon, sa lignée subsiste.

Par ainsi Henri !*■■ n'ayant eu qu'un frère, qui n'a pas laissé de postérité, il ne se trouve point de Ugne collatérale masculine; donc il faut recourir aux lignes collatérales féminines : et comme Catherine et Marguerite n'ont pas eu lignée, Antoinette a formé la ligne aînée collatérale féminine, et Eléonore a formé la ligne cadette.

Ce serajtdoncdànsladescendanced'Antoinetted'Orléans , que se trouverait le légitime successeur à la souveraineté; et comme Antoinette d'Orléans ne laissa qu'un fils, Henri de Gondy, duc de Retz, lequel n'eut quç deux fiUes,^ Catherine et Marguerite, il s'en suit par les règles cl'^îessus, que Faînée Catherine ( si la ligne directe s'éteignait maintenant) aurait le plus légitime droit à cette souveraineté, conformément à" Tordre linéal, inséparable d'un état successif tel que Ife nôtre, et qui a été, en efifet, incontestablementetimmémorialement suivi dans ce pays jusqu'à ce jour.

Mais comme il est souvent nécessaire en politique, ainsi qu'en chirurgie, de faire un mal pour en éviter un plus grand, ou en vue d'opérer un bien considérable, l'eut des choses demandera peut-être, qu'à la susdite prochaine vacance, on fasse violence à la loi en faveur du salut public. Or , quels souverains nous présentent les lignes collatérales féminines, soit de Gondy, soit de Matignon? Des gentilshommes, ou si l'on veut des seigneurs français, qui, selon toute apparence, soutiendraient faiblement nos efforts en faveur de la loi, quand ils auraient à lutter contre François-Louis

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^e Bourbon-Conti, prince du sang de France, élayé par Louis XiV et par les cantons catholiques. A quoi j'ajoute que des gentilshommes ou seigneurs français, asservis comme ils le sont à cette heure, seraient des princes dangereux pour ce pays, moins par les choses qu'ils pourraient faire au-dedans, que par celles qu'ils ne pourraient empêcher au-dehors.

D'autre part je suis informé, et cela de bon et haut lieu, qu'à l'ouverture susdite, plus d'un soi-disant ayant-droit, comme issus du sang de Chàlons, se présenteront pour faire revivre l'antique et (;aduq[ue suzeraineté de celte maison éteinte.

Au milieu de tout cet appareil qui menace rudement ce pauvre pays, par tant de conflits dont on ne peut rien prévoir de bon, il est, certes, bien raisonnable de s'occuper l'esprit d'une nécessaire et périlleuse occurrence toute prochaine, et de ruminer un peu d'avance sur le parti le plus opportun à prendre.

Entre les diverses pensées qui m'ont été manifesl)ées par des personnes dont j'estime grandement la droiture et les lumières, et qui s'inquiètent avec mot des dits futurs coutingens, j'ai reniarqué un parfait accord i" sur le danger qu'il y aurait, après l'extinction de la maison d'Orléans, de retourner sous la dcunination d'un souverain, français de nation, et partant sujet iu roi, maintenant que l'autorité royale n'a plus de bornes, et que la Francbe-Comtéestaunexée à lacou,ronne; 2° sur la nécessité qu'il y aurait pour le salut de l'état de prévenir à l'avance les maux qui devront résulter du choc de tant d'intérêts différeus^ intérêts auxquels diverses puissances de l'Europe ne manque-

roDt de prendre part, au grand danger et peut être pour le malheur de ce petit état: qu'à cet effet, rien ne pourrait être plus salutaire qu'une association secrète de personnes sages et intelligentes qui conférer raient et carrespoudralent sur cet important sujet avec certains principaux de Berné bien connus pour cIt toyens vertueux et fort éclairés, amis et conservateurs du repos et du bonheur public, par tout quoi telle ou telle négociation, sur tel ou tel plan, pourrait être préparée de loin , conununiquée insensiblemeat à un plus grand nombre de bien intentionnés, et enfin amenée heureusement à bien, en son temps.

Pareilles idées générales conduisent aux spéciales, assavoir, à méditer avec recueill^nent et sans autre motif que le bien de l'état , sur le meilleur choix à faire et sur le parti le plus utile à prendre; en telle sorte que, si la rigueur des occurrences oblige de mettre de côté, à cette fois, l'ordre constitutif de succession, il apparaisse du moins que le bonheur public a été le seul objet qu'on s'est proposé.

Divers sentîmens particuliers m'ont été communiqués par de braves gens à bonne tête, entre lesquels seniimens il y en a un qui me charmerait de tous points, si je n'y voyais des difficultés qui me semblent presque insurmontables, du moins jusqu'à farésent. U s'ï^irait de profiter de la prochaine extioctitm de la présente racede nos souverains, pour convertir ce pays en république suisse aristo-démoeratique , avec l'approbation et concours et sous la protection et tuition du corps helvétique , dont nous deviendrioiis par ce moyen une partie encore plus intégrante.

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Cette grande, bonne et belle id^ ne me serait jamais venue dans l'esprit, et me captive d'autant plus que par là notre sûreté politique s^ait à tout jamais assise sur celle du corps helvétique, et que par là aussi seraient mis d'accord, d'un seul coup, tous ces messieurs et dames, princes et princesses qui viendront par douzaines tirailler et déchirer finalement, peutêtre, ce pauvre petit état qu'on a eu tant de peines, pendant plusieurs siècleSj à former et conserver comme par miracle. Le déduit spécifique du dit plan est habilementfait, et certes il faut être véritablement homme d'état pour l'avoir conçu et si bien arrangé; il est trop long pour être transcrit ici , on en trouvera une copie dans mes papiers. Si j'ai dit plus haut que son exécution me semblait bien difficile et presqu'impossible, c'est par les raisons suivantes : les obstacles que j'aperçois sont de deux sortes, internes et externes. Au regard des premiers , il faut convenir qu'une semblable révolution demanderait que les principaux corps du pays et la majeure partie des hahitans fussent du même avis et sentiment, persuadé que je suis que le corps helvétique ne prendrait cœur à l'affaire qu'autant qu'il verrait un parfait accord , du moins en la majeure partie du pays. Or, je ne puis l'espérer cet accord, i" parce qu'à parler généralement, c'est chose qui semble peu faite pour nos têtes pleines de feu et de montant, soit par influence du Jura, soit par l'effet des droits et libertés de la multitude ; 2° parce qu'à cette disposition de nos têtes, se joint aujourd'hui un empêchement de plus au bon accord, par les haines , divisions et partis qui- sont les fruits tant des brouilleries de

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i6j5, que (fe la régence actuelle ; 5' parce que l'intérêt particulier de certaines familles et personnes assez connues qui espèrent avancer leur fortune et crédit en la clientelle de tel ou tel futur prince et qui ne trouveraient grand profit individuel en la forme républicaine, la conlrecarreront de tout leur pouvoir j 4° parce que les gens de Valangin , tant gâtés depuis long-temps, et tant mignonés maintenant par M"* de Nemours , ne se contenteront de la place qui leur est assignée dans le plan , quand bien l'auteur qui les connaît, la leur a faite toute belle; car, comme ils ne se souviennent plus que leur pays n'a jamais été autre chose qu'un fief servant du comté deNeuchâtel, et qu'ils disent aujourd'hui que c'est aussi un comté souverain , ils ne manqueraient pas de vouloir régenter en cette affcjre, si même ils ne prétendaient faire une république à eux seuls. Les obstacles externes me semblent plus grands encore: le roi Louis XIV heureux et redouté, fort accoutumé à faire toutes ses volontés chez lui et souvent chez, les autres, voudra-t-il pour nous faire plaisir, abandonner un jffince de son sang, ou tels seigneurs finançais qui diront avoir droit à cette souveraineté? Cela ne me semble nullement probable; d'autant que les Suisses ne se mêleront pas de cette affiiire, s'il en devait provenir la moindre brouillerie avec la covironne de France, quand bien le véritable intérêt de la Suisse demanderait que ce pays fiit plus pleinement dans l'incorporation helvétique par son convertissement en république. Si l'état des choses était encore aujourd'hui comme du temps de Louis XU ou de François I*', il nous suffirait d'avoir les cantons pour nous; mais ia

chaoce n'est plus la même, et Louis XïV est, certes, ' vu tout autre roi que ceux-là. De plus, on sait assez que le prince de Ck)nti a déjà de puissants amis en Suisse, singulièrement à Fribourg et à Soleure, qui ne favoriseraient pas notre plan. Enfin, ne seraitr-ilpas à craindre, s'il y avait jour à ce changement, que les cantons au lieu de s'occuper de notre république, ne songeassent à rentrer eux-mêmes en possession d'un pajs autrefois entre leurs mains?

Une personne de grand sens et jugement me disait naguères, que ce pays serait perdu s'ilpassaità un collatéral Gondy ou Matignon, et que mieux vaudrait pour nous de retourner es mains des cantons; mais qu'il préférerait de n'appartenir qu'aux dei^ cantons de Berne et de Fribourg, comme Morat et Grandsonj prétendantque le sortde ces bailliages est fOTt heureux» Je conviens que ce serait procurer à ce pays une parfaite sûreté politique à l'égal du reste de la Suisse, mais que nous achèterions cette sîlreté par la perle immanquable de nos franchises, pièce après pièce ifFonr chement, ajoutai-je, il m'en coûterait beaucoup de mefairedévéque meunier. Toutefois comme c'^stmon orgueil qui parlait de la sorte, possible que cette domination' serait préférable à tdle qui pourrait nous venir du côté de France.

Entre ceux-là,, qui n'imaginent pas une autre domination à attendre que celle d'un prince français, et qui toutefois ne dis^mulent pas les grands inconvénieus à craindre de ce côté-^, j'en connais plusieurs qui tiennent pour le prince de Conti , persuadés que les dits inconvéniens disparaîtront avec un prince du sang et

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