‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 6 sur 32 · ADJONCTION · texte numérisé non relu

ADJONCTION

Lorsque j'écrivais les choses ci-dessus, il y a 16 à 17 ans, je ne pensais guère que je verrais avant de mourir l'accomplissement de plusieurs sur lesquelles je faisais le petit prophète, et qui méritent bien d'être remarquées et observées par supplément.

i" On a vu que je blâmais hautement l'administration de M"" la duchesse de Nemours, alors qu'elle fut déclarée curatrice-régente après le décès de la prin-

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cesse sa belle-mère, en 1679; et quand je disais que tel mauvais train ne pouvait durer, on a pu croire que le dépit d'être disgracié et congédié me faisait voir et parler tout noir : mais, certes, je oe me trompais pas, car le désordre tl'evint si grand, qu'il fallut ôter la régence et curatelle à la dile dame au bout de trois ans, en 1683. Eu sou lieu et place furent établis régens et curateurs les princes de Bourbon-Condé père et fils, assavoir Louis, guerrier renommé, et Henri-Jules, titré duc d'Enghien. On peut dire avec vérité, et la justice le veut, que les dits princes-régens prirent un tout particulier soin de remettre le bien là oii M°" de Nemours n'avait mis que le mal; ce qu'on ne doit entendre de mes charges et offices qui m'ont aussitôt été rendus par messeigneurs les princes; certain est-il que je prônerais tout également la sagesse de leur régence, quand bien ils n'auraient pas jugé à propos de me rappeller ; preuve en est que le prince Henri-Jules me révoqua derechef neuf ans après, en 1691 (pour raisons que je dois croire bastantes, quand bien elles ne me sont connues) et que je ne cesse pour cela de dire que l'administration et curatelle des dits princes de Condé père et fils, lut aussi louable et utile que celle de M"" de Nemours avait été vicieuse et dommageable.

2" Jean-Louis-Charles d'Orléans , duc de Longueville, notre souverain prince, étant mort en l'abbaye de St.-George le 24 janvier i6g4. M"" la duchesse de Nemours, sa sœur consanguine lui asuccédé, conformément aux loisetusagesdel'étatau regard de l'ordrede la succession, non toutefois sans concurrent, ainsi que je le prévoyais, lorsque je disais en l'écrit ci-dessus que {e

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prince de Contivoudra mettre dehors la JtUe de la matson. En effet le dit prince s'est présenté comme héritier testanïentaire du dernier duc de LongueviUe , mais ses procureurs et partisans, iie voyant nulle apparence de succès, n'ont faitque les démarches et instances néces* saires pour manifester des droits et prétentions qu'ils espèrent, disent-ils, mettre en évidence en son temps; sur tout quoi ils estiment avoir fait acte de diligence par la démarche ci-dessus. Certain que si le roi Louis XIV survit à M"' de Nemours, maintenant notre souveraine princesse, et qu'il continue à épauler le prince de Conti, ce joûteur-ci sera difficile à désarçonner. Mèmement ne seraîs-je du tout surpris, si, avant qu'il soit bien du temps, il arrivait gralmge et désarroi dans le pays, vu les haines et vindications sans cesse exercées par la nouvelle souveraine contre tant de braves gens qui ne peuvent supporter l'insolence et mépris des mignons et favoris de ce jour ; qui vivra , verra. 3° Ainsi que je l'ai prévuetannoncé ci-devant. M"* de Nemours amena le chevalier de Soissons avec elle, en 1 694 , lorsqu'elle vint prendre possession de la souveraineté , son dessein étant de sonder et accoutumer les esprits au regard du dit chevalier, mêinement de le faire désigner et reconnaître son successeur pendant son séjom- en ce pays , l'ayant institué son héritier universel , par disposition solennelle du 1 8 février 1694, et lui ayant permis depuis lors de prendre le titre de monsieur de Neuchâtel et de donner à sa fille celui de mademoiselle de Neuchâtel; lequel dessein de M"" de Nemours se manifesta publiquement le jour même qu'elle fut installée; car entendant prononcer la sen-

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tence qui lui adjugeait la soureraineté sm- le ibndement qu'elle est inaliénable (raison pour laquelle les états disaient n'avoir nul égard à la donande de possession «t investiture du princede Conli), la princesse à ces mots, la souveraineté ne peut être aliénée par testament, entra en une grande émotion et se mit à criwd'une voix aigre je proteste , Je proleste, sans seulement penser qu'elle se gendarmait contre les propres paroles qui la constituaient souveraine, et qui éconduisaient son concurrent le prince de Conti : a-t-on ■ jamais vu ou entendu chose pareille, et si contraire à tout sens et raison! C'estqueleplustJierde ses souhaits regarde le chevalier de Soissons auquel elle voudrait assiu^r cette principauté, en haine du prince de Conti. Elle ne voit que cela et ne peut penser à autre chose; toutefois c'est en pure perte, car die n'aura pour sûr tel successeur, comme l'annoncent assez cer^nes circonstances maintenant fort puUiques, mais dont les causes et ressorts ne sont pas connus; il est opportun d'en dire quelques mots, à cette heure que Guillaume III, roi de la Grande-Bretagne, vient de déchirer le voile qui les couvrait.

4° Je disais il y a dix-sept ans (ccMume on peut le voir quelques pages plus haut), qu'entre tant de compétiteurs à cette' pauvre petite souveraineté, qui ne manqueront de venir la tirailler et disloquer à la prochaine extinction de la quatrième race de nos princes, celui que j'appellerais, si j'avais pouvoir et qualité de le faire, serait Guillaimie-Henri , prince d'Orange: j'ajoutais que je voulais m' occuper de cette idée, ce que je n'ai manqué de faire avec soin et recueillement,

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ayant travaillé un mémoire avec déduction de droits et fondemens de prétentions à cette souveraineté en faveur du dit prince d'Orange, parvenu depuis lors au

■ trône de la Grande-Bretagne, sous le nom de Guillaume m, lequel plan et mémoire (sinon inexpugnable, du moins assez spécieux) je lui ai fait présenterparmes filsquiserventlesétats-^néraux. Après le plus gracieux accueil fait au dit mémoire, etcertains éclaircissemens demandés, auxquels je n'ai manqué de répondre, le roi Guillaume s'est déterminé à faire

'■ usage de cette idée au traité conclu naguère à Ryswich, ■ dans un appendice du 8 novembre 1697, par lequel ce monarque déclare à toute l'Europe ses droits sur la souveraineté de Neuchâtel en Suisse , lesquels droits il renvoie à faire valoir après le décès de M"' de Nemours, afin de ne pas retarder la paix et le bonheur de l'Europe. Certes, il me semble encore que cette affaire est un pur songe ; toutrfois plus je rumine à cette tournure non attendue, plus je me persuade avec joie et satisfaction que tous les vrais et sages enfans de la patrie ne me blâmeront , ains me sauront gré d'avoir amené sur les rangs un tel prétendant, quand bien on aura quelques raisons de croire^pie j'ai eu principalement en tête de faire pièce à la princesse de pré^ sent et à son cher et bien -aimé le chevalier de Soissons; ce que je ne veux déniw ; car je sais mieux que personne que la vindication et autres passions, non des plus louables, dirigent souvent nos faits et dits à notre insçu. Toutefoisen ce rencontre je puis prolester de la loyauté de mes motifs , persuadé que le roi Guillaume ou l'un de ses héritiers Nassau ou Brandebourg

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nous convicaneot mille fois mieux qu'un seigneur français, par les raisons suffisamment débattues cidevant. Et puisque la rigueur des circonstances annonce que ceux-là qui auraient seuls un légitime droit à la souveraineté, ne manqueront d'être éclaboussés par des dangers sans droits et n'ayant d'autres titres ■que des lestamens, tels que i* le prince de Conti, par disposition de Jean-Louis-CharleS d'Orléans, de l'an 1668, étayé, dit-on, par le Roi Louis XIV; a" le chevalier de Soissons, par disposition de Marie d'Orléans, année 1694, sans étaie; il me semble que nous pouvcms bien aussi en choisir un qui alléguera pareilïementune disposition de René de Nassau, année i544> qui de plus est en possession des titres de la maison de Châlons-Orange , et qui s'étayera lui-même.

11 est manifeste que l'un ou l'autre de ces concurrens ne pourra parvenir à la souveraineté sans que l'ordre constitutif ne soit perverti, avec cette grande différence toutefois que les prétentions du prince d'Orange pourraient être si bien vêtues que la majeure partie des yeux n'apercevront les coutures, au lieu que je ne connais pas un seul mot raisonnable à dire en faveur du prince de Conti, et bien moins pour le chevalier de Soissons.

Je l'ai déjà dit, les légitimes héritiers seraient les descendans d'Antoinette d'Orléans, et après ceux-là les descendans d'Eléonore d'Orléans; mais nous n'aurions toujours que des étourneaujt : encore les anciens étaientils en liberté; ceux-ci ne seraient qu'étoMmeaux en cagej c'est encore pis.

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