CHAPITRE SECOND
MON arrivée à Lisbonne. — Situation de cette ville. — Détails sur le règne de la princesse Marie. — Sa démence. — Du prince regent. — Du Ministère. — Aventures de Séabra. — Du Clergé. — De l'Épiscopat. — Patriarche de Lisbonne. — L'évêque de Coïmbre persécuté par Pombal. — Pombal aux pieds de l'évêque de Coïmbre. — Lémos Faria. — Inquisitions de Portugal , d'Espagne et de Rome. — Du grand Inquisiteur Mello. — Causes de la destruction des ordres religieux en Europe. — Causes de la décadence de la discipline monastique en Portugal. — Effets de renseignement de Coïmbre. — Cérémonie des fasce.
Nommé par Pie VI à la nonciature de Portugal , le 2 "février 179,4 , je ne partis pour ma résidence que vers la fin du printemps de l'année suivante. Le 10 mai 1795 , je m'embarquai à Livourne sur un petit vaisseau ragusien. Après 14 jours d'une navigation heureuse , le it\ du même mois , nous arrivâmes le soir près de la rade de Lis-
bonne , à laquelle les portugais donnent le nom: de barra. Le capitaine du vaisseau ne voulut point entrer le même jour, à cause du danger du passage pour lequel on est obligé de prendre un pilote portugais. Le lendemain nous entrâmes de bonne heure dans la rade, et nous vîmes tout à coup se dérouler devant nous , comme par enchantement , un des plus magnifiques tableaux qu'on puisse contempler. D'un côté s'offrait à nos regards la ville de Lisbonne , qui des bords du Tage , ou plutôt du golfe où ce fleuve se décharge , s'élève en amphithéâtre sur le penchant d'une colline; situation ravissante , qui peut se comparer à celles de Naples et de Constantinople , les deux plus célèbres du monde. De l'autre côté , c'est-à-dire , sur la côte qui regarde Lisbonne , dans un éloignement d'environ! quatre milles , on apercevait la forteresse d'Almada et plusieurs villages disséminés sur les revers pittoresques de plusieurs collines' couvertes de beaux vignobles qui produisent les vins si connus sous le nom de barra barra. Lorsque le capitaine eut jeté l'ancre , j'envoyai annoncer mon arrivée au cardinal Beliisomi mon prédécesseur , et je le priai de faire auprès de la cour les démarches nécessaires pour ma réception et mon entrée
à Lisbonne. La cour habitait alors le château royal de Quéluz , à sept milles de la capitale, ce qui m'obligea de rester 36 heures à bord. Le lendemain matin un bâtiment de la cour , appelé galiote royale , vint me prendre , et comme j'approchai de la plage , la forteresse de Belem qui commande le port fit entendre une salve d'artillerie. Le vicomte d'Asséca, un des premiers nobles de Lisbonne , qu'on nomme fidalgos , m'attendait sur le rivage avec une voiture attelée de huit chevaux , pour me conduire chez le cardinal Bellisomi. Quelques jours après , je fus admis à présenter mes lettres de créance.
Pour donner une idée exacte de la position d'un ministre du Saint-Siège à Lisbonne , je dois exposer ici le tableau de la cour , et faire connaître les personnages qui étaient alors sur la scène politique.
L'année de mon arrivée à Lisbonne était la 18e du règne de Marie I. Cette princesse, en montant sur le trône en 1770 , avait brisé le joug tyrannique que Pombal avait fait peser sur le Portugal. Son affabilité , son amour maternel pour ses peuples et sa grande piété avaient fait saluer son avénenement comme l'aurore d'un règne heureux. Marie fit quelque bien , mais ne réalisa pas
les espérances qu'elle avait données , parce qu'elle n'avait pas assez de connaissance des affaires , et qu'elle n'eut pas le bonheur de trouver, ou peut-être le talent de choisir un conseiller habile et prudent. Le roi Don Pierre III , son oncle et son mari , était un très bon chrétien , mais n'avait pas la portée d'esprit et les lumières nécessaires pour diriger sa femme dans l'art difficile de régner. Les ministres que Marie avait choisis , quoique opposés à Pombal , étaient élèves de l'université' de Coïmbre , par-là même peu favorables à l'Eglise , et d'ailleurs peu capables. Si 1 episcopat, à l'avènement de cette princesse, eût montré plus de zèle , et le ministre du Saint- Siège plus d'activité , peut-être auraient-ils repris une grande partie du terrein qu'on avait perdu ; mais malheureusement il n'en fut, pas ainsi , et le nouveau ministère ne fut que, le continuateur du système de Pombal , système qui était un anglicanisme caché. On espéra quelque temps que Marie , éclairée par l'expérience , rendrait enfin à l'Eglise la liberté dont elle avait joui sous ses prédécesseurs. Mais cet espoir ne tarda pas à s'évanouir par un événement funeste , la démence de la reine, troublée par l'idée fixe que l'arrêt irrévocable de sa réprobation était déjà écrit
dans le Ciel. On vit alors cette princesse naguère si pieuse prendre subitement en horreur les exercices de la religion, refuser d'entrer dans une église ou dans son oratoire, et fuir à la vue d'un crucifix ou d'une image de la Sainte Vierge. De temps en temps dans ses conversations , elle s'écriait tout-à-coup : Je suis damnée , je suis damnée, Marie étant encore fort jeune fut long-temps tourmentée par les scrupules ; mais un vieux carme , qui la dirigeait , lui apprit à triompher de ce défaut, et rendit la paix à cette ame agitée. Après la mort de ce religieux , on lui donna pour confesseur un jeune oratorien , de l'illustre famille de Mello , parent du marquis de Ponte de Lima , alors premier ministre ; car en Portugal, comme ailleurs, le confesseur des princes est un personnage de cour , qui ne se tient pas toujours dans les limites que son ministère lui prescrit.
C'est à ce jeune Mello , évêque in partibus , que la voix publique et le prince du Brésil lui-même attribuaient la démence de la reine. Ce qui fortifiait cette accusation , c'est que Mello ; était fort attaché aux maximes de Quesnel , cet oratorien si fameux dans l'histoire du jansénisme, dont les dogmes effrayans ont porté plus d'une fois au déses-
poir. On fit venir d'Angleterre le docteur Willis, célèbre pour la guérison des fous ; ce médecin déclara que la maladie était au moins aussi morale que physique; qu'il avait bien l'espoir de rétablir la santé de la reine, mais qu'il fallait appeler un ministre de la religion pour la maladie morale. Cette malheureuse princesse recouvra la santé , mais jamais , la raison ; toutefois elle conserva dans sa démence ses anciens sentimens de respect et de vénération pour le Saint-Siège. Lorsqu'on apprit à Lisbonne que les troupes de la république française s'étaient emparées de Rome 9] et avaient violemment transporté Pie VI en] Toscane ; une personne de la cour communi-" qua cette nouvelle à la princesse. Le lendemain lorsque le prince de Brésil entra chez sa mère pour lui baiser la main , selon sa coutume : Jean / lui dit-elle , est-ce bien vrai que les français) se sont empares de Borne , et qu'ils ont enlevé le Pape ? — Ce n'est que trop vrai , lui ré-* pondit le prince. — Et vous autres souverains catholiques , ajouta-t-elle , vous ne faites rien pour rétablir le Saint Père sur son siège ? Fous ne tenez donc plus à la religion catholique ? Cette malheureuse princesse vécut encore plusieurs années , et fut conduite au Brésil lorsque son fils Don Jean abandonna-
le Portugal à l'approche de l'armée française commandée par le général Junot. Elle mourut dans ses états d'Amérique, sans qu'une lueur de raison vînt éclairer ses derniers momens , grâce cependant assez ordinaire aux personnes qui sont dans la même situation.
Don Jean , qui gouverna le royaume au nom de sa mère , fut un prince excellent , remarquable par sa piété filiale, et peu jaloux de l'honneur du trône. Après l'incendie du palais royal de YAjuda , il se retira dans une maison de campagne à sept milles de Quéluz , et y vécut pendant tout le temps de ma nonciature avec la simplicité d'un particulier. Si son règne ne fut pas aussi heureux qu'on pouvait l'espérer , c'est que ce bon prince , comme la plupart des rois du Portugal , n'avait pas reçu cette éducation forte , si nécessaire à ceux qui sont chargés de la mission la plus difficile à remplir sur la terre, celle de gouverner les peuples.
Yers la fin de son règne , il s'éleva en Portugal une terrible tempête politique, et le roi Don Jean n'était point capable de l'affronter ni de l'apaiser. Il souffrit l'insulte d'une faction séditieuse qui le força à jurer une constitution destructive des droits de sa couronne ; alors il put prévoir les malheurs qui
allaient fondre sur son royaume avec les fureurs d'une guerre civile, funestes effets des maximes révolutionnaires que ni lui ni sa mère n'avaient su réprimer. La fin de son règne fut marquée par la séparation du Brésil et du Portugal.
Ministère. Les personnages qui occupaient le ministère , à mon arrivée à Lisbonne , étaient : Don Thomas Joseph Vasconcellos Tellès Nogueira de Silva marquis de Lima , premier ministre; le chevalier Pinto, ministre des affaires étrangères ; Joseph Séabra, ministre de l'intérieur : le ministère de la marine était vacant par la mort de Martin de Mello. Le premier ministre, qui appartenait à une des premières maisons du royaume , était chargé d'un poids au-dessus des forces de son âge ; c'était , du reste , un gentilhomme aimable et religieux, qui, sans avoir de grands talens, aurait pu aider le prince à détruire les abus dont j'ai parlé , s'il n'avait été entouré d'ecclésiastiques entachés de jansénisme. Le chevalier Pinto, qui avait été durant quelques années ambassadeur en Angleterre , était parfaitement à la hauteur de son ministère.
Joseph Séabra est un des hommes dont la vie offre les phases les plus opposées. Dans
sa jeunesse , il mérita toute la faveur du puissant Pombal , qui lui confia de hauts emplois , en fit le dépositaire de sa pensée et l'instrument principal de son despotisme. Mais bientôt il le précipita du faîte où il l'avait élevé , le bannit du Portugal , et le fit jeter sur les côtes d'Afrique , dans le royaume d'Angola , où il fut recueilli par un nègre qui lui donna la plus généreuse assistance. Après la mort du roi Don Joseph , la reine Marie le rappela de l'exil , et le nomma secrétaire d'état. On a lieu d'être étonné qu'une princesse aussi pieuse eût confié à un homme dont les principes irréligieux lui étaient connus , un ministère qui lui donnait une grande influence dans les affaires de l'Eglise. Les causes de la disgrâce et de l'élévation de Séabra, lesquelles méritent de trouver place ici , expliqueront le motif de ce choix. Sous le règne du roi Joseph , le marquis de Pombal , prévoyant qu'il ne serait pas du tout en faveur auprès de la princesse Marie qui était l'héritière du trône , et craignant peutêtre même d'être soumis à un procès criminel , conçut le hardi projet d'exclure Marie du trône au profit de son fils Don Joseph , auquel il avait donné des maîtres qui lui étaient dévoués. Pour avoir dans l'exécution
de ce projet l'appui d'une grande puissance , il entreprit une négociation secrète avec la cour de France , à l'effet de concerter le mariage de ce prince avec une princesse de cette cour. Pombal communiqua l'affaire à son favori Séabra : celui-ci, prenant conseil de ses intérêts qui étaient ici d'accord avec la justice , dévoila toute la trame à la princesse , et fit par là -même échouer le projet de Pombal. Ce fut alors que ce ministre exerçant sa rage contre Séabra , le priva de toutes ses charges , et le fit déporter en Afrique. La princesse Marie , en montant sur le trône , n'oublia point le service de Séabra , et pour lui témoigner sa reconnaissance , elle sacrifia les intérêts de la religion; car Séabra fut du nombre de ceux qui ne deviennent pas meilleurs à l'école de l'adversité ; il fut après sa catastrophe ce qu'il avait été auparavant , le disciple de Pombal , l'héritier de ses préjugés et de sa haine contre l'Eglise.
Du Clergé. Je ne puis dissimuler, quelque pénible que soit cet aveu , qu'une grande ignorance régnait dans le bas clergé du Portugal. Quant à ceux qui aspiraient aux dignités ecclésiastiques , comme c'était une nécessité pour eux de fréquenter l'université de Coïmbre , ils
étaient tous plus ou moins entachés de principes voisins du schisme et de l'anglicanisme.
L'épiscopat qui comprenait un patriarche et dix Evêques , était composé de personnes d'une conduite exemplaire , et qui ne manquaient pas de science : mais accoutumés jusqu'alors à trembler au seul nom de Pombal , la plupart avaient conservé l'esprit de cour, observaient scrupuleusement le précepte divin qui ordonne de rendre à César ce qui est à César , mais n'avaient pas le même zèle pour l'observation du précepte que l'Evangile ne sépare pas de celui-là. Toutefois je dois dire à leur décharge, que peut-être ils n'auraient pas réussi à faire cesser les désordres et les abus du clergé , à cause de la protection que les tribunaux civils accordaient aux ecclésiastiques rebelles. Les magistrats qui étaient presque tous les élèves de l'université de Coïrnbre , ce foyer du jansénisme et du schisme, opposèrent toujours de grands obstacles au libre exercice de la juridiction ecclésiastique.
Le patriarche de Lisbonne était le cardinal Joseph de Mendoza de l'illustre famille des comtes de Valdoreis , avec lequel j'eus toujours des rapports extrêmement agréables : c'était un Prélat instruit, pieux, d'une doctrine pure , et dévouée de cœur au Saint-Siège ;
maïs la timidité naturelle qui le dominait , l'empêcha de se prévaloir de l'autorité de son nom ponr attaquer et dénoncer aux souverains , avec une liberté apostolique , l'enseignement pernicieux de Coïmbre, l'abus du pouvoir civil dans les affaires de l'Église, et les lois destructives des droits du souverain Pontife.
Parmi les évéques de cette époque , il en est un auquel je dois une mention toute particulière , mais certes bien peu honorable ; c'est Don François Lémos Faria , évêque de Coïmbre , celui qui après Carvaglio fut le plus ardent propagateur du jansénisme et des doctrines perverses qui portent aujourd'hui des fruits si amers dans ce malheureux royaume. Voici l'histoire de son élévation au pontificat. En 1768 , l'évèque de Coïmbre, Don Michel de l'Annonciation , voyant avec la plus amère douleur son diocèse inondé de livres dangereux, impies et schismatiques, fit plusieurs instances auprès du ministère pour obtenir la permission de publier une lettre pastorale sur le danger des mauvais livres. Lorsqu'on voit ceux auxquels notre divin maître a dit : lté , docete omnes gentes , demander la permission de remplir leur devoir le plus sacré , on peut juger combien devait
être enchaînée l'autorité épiscopale. Le Prélat voyant que ses démarches restaient sans succès , suivit le précepte apostolique, obedire oportet magis Deo quàm hominibus , et publia la lettre pastorale que l'amour de son troupeau lui avait dictée. Au nombre des livres qu'il déclarait pernicieux et condamnés par le Saint- Siège , se trouvaient le fameux ouvrage de Fébronius et les Dissertations historiques de Dupin , que Pombal faisait répandre. Ce ministre entra alors dans une grande colère , ordonna que le Prélat fût arrêté , le fit conduire publiquement à Lisbonne par la force armée, le jeta dans une étroite prison destinée aux criminels d'état , envoya la lettre pastorale à un tribunal établi par lui sous le nom de Censure royale pour l'examen des ouvrages qui devaient être livrés à l'impression. Ce tribunal , composé des créatures de Pombal , s'abaissant jusqu'à la plus honteuse condescendance , osa déclarer cette lettre pastorale , un Libelle diffamatoire , téméraire , insolent , séditieux , et indigne de la sainteté d'un èvêque. Bien plus , un décret souscrit par le roi don Joseph , adressé au chapitre de la cathédrale de Coïmbre , en date du 9 décembre 1 768 , déclarait le prélat coupable du crime de lèse-majesté , par-là même mort civilement et son siège
— te —
vacant. Ce décret portait que, conformément aux canons du Concile de Trente , on devait procéder à l'élection d'un vicaire capitulaire, et désignait pour cet office Don François de Lémos Faria, l'ami de Pombal. Les chanoines qui tremblaient au seul nom du roi , dont la volonté était celle de son cruel ministre , se montrèrent dociles à ces injonctions. Lémos se rendit aussitôt à Lisbonne, s'annonça comme pasteur légitime , et fit traduire , imprimer et publier le Catéchisme de Colbert de la première édition condamnée 9 avec des notes injurieuses au Saint-Siège , dans lesquelles il se déclarait ouvertement pour la secte janséniste. 11 mit de plus entre les mains de la jeunesse des livres pernicieux , tels que Fébronius , et enfin travailla avec ardeur à la corruption de son diocèse. Jamais pasteur ne mérita davantage le nom de loup ravisseur. Cependant le ministère voulait intenter un procès au vénérable évèque Michel , comme coupable de félonie ; mais celui-ci répondit qu'en sa qualité d'évèque , il ne pouvait reconnaître d'autre juge que le Souverain Pontife , et qu'il ne répondrait jamais aux interrogatoires qui lui seraient faits par des personnes que le Pape n'aurait pas investies de ce droit. Quelques années après eut lieu la réconciliation
de la cour avec le Saint-Siège, mais le vénérable évêque continua de gémir sous le poids de ses chaînes , tandis que Lémos Faria , loin d'être repoussé comme intrus , fut nommé par Clément XIV évêque in partibus , sur les instances du roi Don Joseph, et coadjuteur cle Coïmbre pour en occuper le siège lorsqu'il serait vacant. Après la mort du roi Don Joseph , la reine Marie se hâta de faire ouvrir la prison où languissait Michel de l'Annonciation ; à l'aspect de ce vieillard vénérable , à qui la consécration du. malheur et des souffrances avait encore donné quelque chose de plus auguste, tous s'inclinèrent, saisis d'un profond respect; la cour et la ville de Lisbonne l'accueillirent comme un saint , et il fut reconduit sur son siège au milieu des applaudissemens et des bénédictions de tout le peuple. Un des premiers soins de ce pasteur rendu à son troupeau , fut de faire la visite de son diocèse. Comme il entrait dans la terre de Pombal , qui en faisait partie , son persécuteur vint au-devant de lui , et se jeta à ses pieds ; alors le saint évêque se mit aussi à genoux , le serra ttendrement dans ses bras , et tous deux se mirent à pleurer. Cette scène émut si profondément Pombal , cet homme connu par la dureté de son cœur , qu'il ne put s'empêcher de
dire à tous ceux qu'il rencontrait : C'est un saint , c'est un saint.
Ce vénérable évêque mourut deux ans après , et Lémos , en vertu des bulles de Clément XIV , alla prendre le gouvernement de l'église de Coïmbre , où il continua le rôle de loup ravisseur : même mépris pour le Saint-Siège et ses réprésentans , même zèle pour la propagation du jansénisme. Dans le temps de ma nonciature , il était en correspondance avec le fameux Grégoire , évêque intrus de Blois , fanatique janséniste , républicain et régicide. On se demandera peutêtre comment cet homme a pu impunément jouer un pareil rôle sous le règne de Marie I et de Jean VI , tous deux connus par leur éminente piété. Deux mots suffisent pour l'expliquer : la richesse de Vèvêchè de Coïmbre , et la générosité de Lémos ; avec cela il lui fut facile de trouver des amis dans le ministère et dans les tribunaux.
De l'Inquisition. Mgr Mello confesseur de la reine , était grand inquisiteur , lorsque j'arrivai à Lisbonne. Une seule anecdote suffira pour bien faire connaître ce Prélat. Dans les premiers temps qu'il dirigeait la reine, il lui conseilla d'abolir le tribunal de l'inqui-
sitîon ; comme la princesse parut surprise et peut-être même scandalisée de ce conseil , le rusé Prélat l'engagea à consulter quelques évêques qui se trouvaient alors à Lisbonne. La reine y consentit , et fixa à Mello le jour où ils seraient admis à son audience. Le Prélat courut sur-le-champ prévenir ces évêques , et comme il trouva en eux peutêtre plus de complaisance qu'il n'espérait , il les conduisit à l'audience le jour fixé. Aussitôt qu'ils furent introduits, la reine leur dit: Puis -je sans charger ma conscience abolir de ma propre autorité le tribunal de V inquisition ? — Vous le pouvez , lui répondirent les prélats ; alors la reine ajouta : Puis -je -pareillement sans charger ma conscience conserver ce tribunal , à V exemple de mes prédécesseurs ? Après un moment de surprise causée par cette demande imprévue , les évêques lui répondirent qu'elle le pouvait encore. Eh bien , reprit la reine , si je puis sans charger ma conscience abolir ou conserver le tribunal de l'inquisition y je veux le conserver, A ces mots , elle congédia les prélats. Ce qui fut vraiment curieux, ce fut de voir, quelque temps après , ce même Mgr Mello briguer la charge de grand inquisiteur d'un tribunal qu'il avait voulu abolir. J'ignore quelle fut
sa conduite dans les affaires secrètes de l'inquisition , parce que ce tribunal était tôutà-fait indépendant de Rome et des nonces. La seule chose que j'appris à Lisbonne, c'est que Mello se servit de son autorité pour empêcher l'impression et l'introduction en Portugal des ouvrages favorables au Saint- Siège. (.)
Puisque nous sommes sur le chapitre de l'inquisition , je me permettrai une digression qui ne sera pas inutile.
On a inventé beaucoup de calomnies contre les tribunaux de l'inquisition , et particulièrement contre ceux d'Espagne et de Portugal. Je ne dirai pas qu'il n'y ait jamais eu d'abus
(î) On trouve dans les Mémoires de la duchesse d'Abrantès un trait qui achèvera de peindre Mello.
Le général Junot avait désigné douze seigneurs de Lisbonne pour présenter à l'Empereur Napoléon , une adresse au nom de la nation Portugaise , et le grand inquisiteur Mello fut mis à la tête de cette députation. Parmi les demandes contenues dans l'adresse , on remarque celles-ci : « Nous voulons une constitu- » tion et un roi constitutionnel ; nous voulons que » ce roi soit un prince de votre famille ; nous vou- » Ions le libre exercice des cultes. »
Le protégé de la famille de Bragance qui demande la déchéance de ses bienfaiteurs ! Le grand inquisiteur qui demande Te libre exercice des cultes ! Voilà le janséniste Mello.
et d'abus même très-graves dans ces deux derniers tribunaux ; mais ces abus , c'est auxi ministres , au gouvernement de ces deux pays , et non au Saint-Siège , qu'il faut les attribuer , puisque les tribunaux de ces deux royaumes étaient tout-à-fait indépendans de Rome et des nonces. Plusieurs fois Pombal , pour cacher la main qui immolait ses victimes , déposa despotiquement le grand inquisiteur Don Joseph de Bragance frère naturel du roi alors régnant Joseph I , et le remplaça par Paul Carvaglio son frère , promu au cardinalat par Clément XIV , mais bien connu par sa haine contre le Saint-Siège.
En 1769 , le roi Don Joseph publia un décret dans lequel il ordonnait qu'à l'avenir on donnât le titre de Majesté au tribunal du Saint-Office ; voici la substance de ce curieux décret : « Moi le roi , à tous ceux qui » verront le présent édit. Quoiqu'on ait tou- » jours jusqu'ici donné le titre de Majesté » aux tribunaux qui composent ma cour , » comme étant les dépositaires de ma royale » juridiction , j'ai été informé que , par un » abus extraordinaire , on donne au Conseil. » général du Saint-Office , tribunal qui par « son institution et ses fonctions appartient » de plus près à ma royale personne , le
» même titre et nom qu'à son président , » sans considérer que les délégués qui le » composent sont tous membres de mon Con- » seil , qu'ils y exercent ma royale juridic- » tion , non-seulement dans les causes cri- » minelles et la recherche des délits qui » intéressent la religion , mais encore dans » l'expédition de quelques causes civiles qui » lui sont soumises , etc. Pour abolir un si » énorme abus , Je veux et ordonne , qu'à l'a- » venir, en s'adressant à ce Conseil général du » Saint-Office, soit de bouche soit par écrit, » on lui donne le titre de Majesté , etc. » Ces paroles suffisent pour prouver combien il est [injuste d'imputer au Saint-Siège les abus qui quelquefois ont eu lieu dans ce tribunal.
11 me reste à dire un mot de la Congrégation du Saint -Office de Rome. Il fut un temps où les ennemis du Saint-Siège ne cessaient de répéter, que si les archives de ce tribunal leur étaient ouvertes , ils y trouveraient les preuves des plus noires injustices, des plus révoltantes atrocités. La providence ne leur a pas seulement ouvert ces archives , mais elle a permis qu'elles fussent transportées sur les lieux mêmes où se trouvaient les ennemis les plus acharnés de l'Inquisition. Là , les curieux n'ont pas manqué sans doute de
faire les plus minutieuses investigations. Qu'ontils découvert ? nous l'ignorons encore. C'est ainsi que la providence fait servir à la défense de son Eglise les moyens mêmes par lesquels ses ennemis espèrent lui nuire. Je reviens maintenant à la nonciature de Portugal.
Le tableau que j'ai donné de la situation politique et morale du Portugal , à mon arrivée à Lisbonne, doit faire croire que le ministère du nonce apostolique resta sans aucune influence. Toutefois, loin de perdre du terrein , l'exercice de la juridiction ecclésiastique fit au contraire quelques progrès ; ce qui doit être principalement attribué à la piété du prince du Brésil et à l'influence des événemens terribles sur lesquels étaient alors attachés les yeux de l'Europe : un des plus puissans monarques du monde , emprisonné , condamné et traîné au supplice par ses propres sujets ; les magistrats , la première noblesse de ce florissant royaume massacrés par la fureur populaire , ou réduits à mendier du pain et un asile sur la terre étrangère ; ces malheurs et ces crimes , fruits de l'impiété et du philosophisme , étaient une leçon bien éloquente et bien terrible pour les gouvernemens. D'un autre côté , l'enlèvement
sacrilège du vénérable Pontife Pie VI , qui gémissait dans les fers ; la dispersion des cardinaux et des évêques , la désolation et la viduité de la Ville sainte , à laquelle on pouvait appliquer ces paroles de Jérémie : « Comment l'éclat de l'or s'est-il éclipsé, et » les pierres du sanctuaire ont-elles été dis- » persées ? » (i) Ce spectacle qui ravivait la foi dans le cœur des fidèles , arrêtait les entreprises que les ennemis de l'Eglise pouvaient méditer contre elle , par la crainte qu'ils avaient de soulever contre eux l'indignation générale. Aussi le cours de ma nonciature fut-il pacifique et tranquille. Toutefois l'enseignement pernicieux de Coïmbre se propageait de plus en plus , et l'on voyait par la fermentation qui régnait dans les jeunes -têtes , que le présent était gros de l'avenir , gros d'une tempête politique et religieuse.
Affaires du ressort de la nonciature. La surintendance des ordres religieux , la concession des dispenses de mariage et des grâces du Saint-Siège , la communication des causes ecclésiastiques aux tribunaux dépendans de la nonciature, et les visites de cour,
(i) Quomodo obscuratum est aurum, mutât us est color optinius , dispersi sunt lapides sancluaril in capite omnium platearum ? { Thren. iv. i. )
voilà quels étaient tous les devoirs du nonce à Lisbonne.
Avant de parler des communautés religieuses de Portugal , nous croyons qu'il est utile d'exposer les causes de la destruction des ordres religieux en Europe.
Aux disciples de Luther , de Zwingle , et de Calvin, qui donnèrent le premier signal de la guerre contre les ordres religieux, vinrent bientôt se joindre de puissans auxiliaires: les philosophes , et les ministres politiques ; ceux-là animés par une haine implacable contre les champions du Saint-Siège et de la religion , ceux-ci excités par l'appât de riches dépouilles dont les gouvernemens n'ont pas été les seuls à profiter. Partout où ils ont été maîtres du pouvoir, les communautés religieuses ont été dissoutes par un coup de despotisme : ainsi firent les princes d'Allemagne qui embrassèrent le luthéranisme dans le XVIe siècle ; ainsi fit en France l'assemblée nationale en 1790 ; ainsi fit en 1 834 -D°n Pedro de Bragance , empereur du Brésil , dans les royaumes de Portugal et d'Algarve. Dans les pays où ils ne disposaient pas du pouvoir , ils marchèrent à leur but par les voies de la stratégie la plus habile. D'abord ils suggérèrent aux gouvernemens catholiques
de rendre les maisons religieuses de leur royaume indépendantes des généraux de Rome, sous prétexte que ceux-ci n'étaient pas à même de bien connaître le caractère, les habitudes et les talens des religieux éloignés des Etats romains, que ces généraux n'étaient d'ailleurs que l'instrument dont se servait le Saint-Siège pour propager ses maximes d'envahissement , et faire de tous les religieux du monde catholique autant de satellites de sa puissance , et de contribuables qui grossissaient le trésor pontifical. Qui pourrait le croire ? ces absurdes calomnies trouvèrent de l'écho , et eurent en quelques pays le succès le plus complet.
Encouragés par cette première victoire qui détruisait le centre d'unité si nécessaire pour conserver parmi les religieux l'esprit de leur vocation , ils tournèrent leurs armes contre les supérieurs des communautés. Pour mettre le trouble dans l'intérieur des couvens , ils excitèrent les jeunes religieux à dénoncer devant les tribunaux ecclésiastiques et civils , leurs supérieurs comme des hommes excessivement durs , cruels , en un mot comme les tyrans de leurs communautés. Lorsque les religieux rebelles et discoles se virent couverts de la protection des tribunaux , les
désordres se multiplièrent , et les Supérieurs restèrent tristes spectateurs de la. décadence de la discipline sans pouvoir y porter remède. Ainsi arriva . la déconsidération des ordres religieux , Tunique but que leurs ennemis avaient en vue en travaillant à la ruine de la discipline régulière.
Alors ils changèrent de langage , et rappelant les temps heureux où les ordres religieux rendirent de si grands services à la Religion , à l'Eglise et aux Etats , ils proposèrent les visites pour la recherche des abus , comme le seul moyen de faire refleurir l'antique discipline. Plusieurs princes donnèrent dans le piège , et leurs perfides conseillers eurent soin de choisir pour visiteurs des ouvriers de destruction , qui complétèrent le triomphe des ennemis des institutions monastiques. .
C'est l'Angleterre qui a donné le premier exemple de ces sortes de visites , sous le règne de l'apostat Henri VIII. Les historiens anglais racontent tous les artifices auxquels les visiteurs eurent recours , les promesses , les menaces , les vexations qu'ils employèrent tour-à-tour pour obtenir des religieux l'abandon de leurs abbayes ; lorsque ces moyens restaient sans succès, ils les accusaient d'im-
moralité et de rébellion , et confisquaient leurs biens au profit du trésor public et de la noblesse.
• Les États catholiques nous offrent plusieurs exemples de ces visites funestes ; nous ne citerons que celles qui se firent en France sous Louis XV, en 1760. Un des principaux moteurs et excitateurs de cette mesure fut Etienne Charles de Brienne (1) , d'abord évêque de Condom , puis archevêque de Toulouse , et enfin de Sens, élevé à la dignité de cardinal , dont il fut ensuite ignominieusement dépouillé à cause de ses prévarications. La suppression de quelques maisons religieuses , la destruction de quelques ordres , la paix troublée dans plusieurs monastères , la sécularisation de plusieurs religieux, voilà quels furent les résultats immédiats de ces visites. (2)
(1) Voy. dans le Dictionnaire de Feller l'article de
Brienne»
{2) Les Célestins , les religieux de l'ancienne observance de Cluny , les Antonins furent sécuralisés , et quelques évêques s'approprièrent les monastères supprimés. Villeneuve , couvent des Célestins , devint une maison de campagne de l'évêque de Soissons ; l'abbaye de saint Théodoric , celle de l'archevêque de Reims ; et celle de Basse-fonlaine, voisine de la maison de campagne de Brienne, servit à l'agrandir et à l'embellir. Voy, supplément au Dictionnaire de Feller. tome ix. Paris ,
Depuis celte époque les désordres allèrent croissant, et quelques années après, sous l'assemblée nationale , tandis que les communautés de religieuses donnaient les exemples les plus admirables de constance dans leur vocation , un assez grand nombre de moines apostasièrent , et Ton vit avec horreur parmi les furieux députés des assemblées révolutionnaires le chartreux Don Gerle , et le scélérat Chabot , ex-capucin.
Des Communautés religieuses en Portugal.
Toutes les entreprises anti-monastiques dont je viens de parler, ont été imitées en Portugal. Le despote Pombal commença par rendre les communautés indépendantes des généraux de Rome , et les tribunaux laïques , sous prétexte de mettre un frein aux abus d'autorité des Supérieurs , accueillaient les plaintes et les dénonciations des religieux insurbordonnés. A ce fléau ordinaire de la discipline , s'en joignait un autre particulier au Portugal : c'était la familiarité qui existait entre les moines et les séculiers de tout rang ; là , tous s'immisçaient dans les affaires des couvens , s'intéressaient aux élections , et cherchaient à les influencer. Assez souvent , avant la formation des chapitres , une dépêche de la cour désignait au nonce le président du chapitre à nommer , et les religieux dont la promotion
aux charges monastiques serait vue avec plaisir. Voici à peu près la teneur banale de ces dépêches :
« Sa Majesté, informée que la discorde règne » entre les religieux de Tordre de... du couvent » de... pour prévenir tout désordre et tout scan- » dale , insinue à votre excellence de nommer » pour président du chapitre, Mer l'évêque de..., » pour provincial le père... , pour gardien , le » père... etc. »
Les choix ne tombaient pas toujours sur les sujets les plus méritans , mais sur des religieux dominés par la gloriole de figurer dans leur ordre , peu soucieux de l'observation de la discipline qu'ils étaient les premiers à violer. Ces religieux, pour obtenir la recommandation de la cour auprès du nonce , fréquentaient les antichambres des ministres , et avaient recours à tous les artifices de cour ; ils s'introduisaient auprès des personnages et des dames les plus considérables , et cherchaient à gagner leur faveur par des hommages et des dons incompatibles avec la pauvreté religieuse. La nomination d'un évêque pour président du chapitre donnait lieu à d'autres intrigues qui avaient les mêmes résultats.
Enfin arriva le tour des visites, dissolvant le plus actif de la discipline. En 1 789 , on conseilla à la reine Marie de demander au Saint - Siège rétablissement à Lisbonne, d'un tribunal chargé
de connaître de la situation temporelle des couvens , et de V améliorer. La reine trouva ce projet fort sage , et sur ses instances Pie VI approuva l'érection du tribunal , et nomma pour président le grand inquisiteur Msr Mello. Ce tribunal resta inactif et comme paralysé sous ma nonciature , par la bienveillance du prince régent pour les ordres religieux et la disgrâce dans laquelle était tombé Mello depuis la démence de la reine. Mais sous mon successeur , Msr Caleppi , on ne tarda pas à voir que l'objet de cette institution était tout autre que celui d'améliorer l'état temporel des couvens. Le nonce , dans une de ses dépêches, déclarait que cette commission était la principale cause de la décadence des ordres religieux. « Ce tribunal, disait-il , est un nou- » veau tourment pour les nonces; couvert de la » faveur de la cour , et non content des pou- » voirs déjà très-étendus qui lui ont été accor- » dés par le Saint-Siège, il s'en arroge beaucoup » d'autres , relatifs à la discipline ; tous ses or- » dres sont expédiés au nom du souverain , et » les religieux ont recours à lui dans les cas de » refus de la part de la nonciature. »
Quelque grande que fût la décadence des ordres monastiques , on comptait néanmoins en province et à Lisbonne plusieurs communautés remarquables par la conservation de
l'esprit religieux. Je devais faire cet aveu pour rendre hommage à la vérité , et pour montrer tout ce qu'il y a d'exagération dans le rapport adressé le 3o mai 1 834 ? à Don Pedro ex-empereur du Brésil par le ministre Don Hyacinthe Antoine d'Aguiar , qui après avoir vomi contre le clergé régulier les injures lès plus grossières, et toutes les calomnies des hérétiques et des incrédules , finit par proposer la suppression totale de tous les ordres religieux. Nous le répétons encore : si la discipline monastique était relâchée , si des abus graves s'étaient introduits dans les communautés , ce n'est ni au Saint- Siège , ni aux nonces, ni aux généraux de Rome , ni aux supérieurs de ces communautés qu'il fallait les attribuer , mais aux ministres et aux tribunaux laïques qui étaient les fauteurs de la rébellion et des désordres des mauvais religieux.
Je pus , pendant le cours de ma nonciature , empêcher quelques abus par une opposition opportune; mais il n'était pas possible d'extirper le mal dans sa racine.
Quelque affligeante que fût cette impuissance de remédier aux abus dont je viens de parler , il y avait pour un ministre du Saint-Siège quelque chose de plus douloureux encore : c'était de voir l'incrédulité et l'hérésie triomphantes décatholiser et corrompre ce beau pays , tandis
que la vérité proscrite était réduite au silence ; c'était de voir la jeunesse du royaume et des colonies venir puiser la science à des sources de mort , sans pouvoir neutraliser le poison qu'on versait dans ces jeunes ames. En Allemagne aussi j'avais vu la jeunesse se presser autour des chaires du mensonge ; mais là , du moins , au milieu des ténèbres de l'erreur , on pouvait montrer dans tout son éclat le flambeau de la vérité ; là , des ouvrages remarquables par la force du raisonnement , par l'éclat du style et par la pureté des principes, venaient souvent renverser et mettre à néant les systèmes de l'incrédulité , et les maximes de l'hérésie. En Portugal , pas un seul ouvrage ne parut en faveur du Saint-Siège , pendant les sept années de ma nonciature, et les tribunaux de censure repoussaient même les bons livres publiés à l'étranger. Ce silence de la vérité laissait les esprits s'endormir dans les bras de l'erreur , dont l'empire s'étendait chaque jour davantage. Les élèves des universités , aussi dociles que les anciens disciples d'Àristote, prenaient pour autant d'oracles les paroles qui sortaient de la bouche de leurs maîtres , tandis que la haute magistrature, qui se regardait comme un autre aréopage , était occupée à fulminer des sentences contre le clergé.
Mon prédécesseur Mgr Bellisomi ne manqua pas de parler au roi des dangers de l'enseignement que recevait la jeunesse. Mais Séabra , l'évêque de Coïmbre, et leurs adhérens, soit par leurs dénégations , soit par des interprétations favorables des paroles des professeurs , soit enfin en ressuscitant des accusations banales contre le Saint-Siège, telles qne les prétentions d'un Hildebrand et d'un Boniface VIII , réussirent trop bien à tromper le roi Jean qui n'avait ni assez de lumières ni assez d'énergie pour prendre une détermination par lui-même. On continua donc de laisser couler le torrent : nous venons d'entendre le bruit de son débordement impétueux, et le Portugal est aujourd'hui couvert de ses ravages.
Toutefois la saine doctrine n'avait point quitté entièremen t le Portugal , les cloîtres étaien tle sanctuaire où elle s'était réfugiée/Les religieux de ces communautés qui fréquentaient les maisons des Fidalgos , conservaient encore la plus grande vénération pour le Saint-Siège et ses ministres. L'impiété n'était pas non plus descendue dans le bas peuple, parce qu'il n'est pas lisard comme en France et en Allemagne ; mais l'instruction populaire était si négligée, je le dis avec douleur, parle clergé lui-même, que cette ignorance portait naturellement le peuple à la superstition , et
l'aurait livré sans défense au fanatisme d'un nnovateur qui , comme Muncer , chef des anabaptistes en Allemagne , serait venu enflammer et soulever la populace par des discours séduisans et incendiaires.
Une des choses qui décourageaient et attristaient le plus le ministre du Saint-Siège en Portugal , était le refroidissement du clergé séculier et même du clergé régulier pour le Saint-Siège. Ce refroidissement avait pris naissance sous le ministère de Pombal , à l'époque de la réconciliation de la cour avec Rome. On doit supposer que dans cette circonstance Clément XIV n'oublia pas les devoirs qui lui étaient imposés , et qu'il s'en acquitta par la voie de la diplomatie. ?vlais malheureusement il n'y eut rien de public et de solennel. Le premier protecteur des ministres du sanctuaire n'éleva pas hautement la voix pour prendre la défense de tant de vénérables ecclésiastiques victimes des fureurs ministérielles , et pour flétrir la conduite des ennemis du Saint-Siège et des plus ardens fauteurs du schisme. Tandis qu'un Michel de l'Annonciation et plusieurs religieux gémissaient dans les fers , Lémos Faria était nommé évèque in partibus , coadjuteur de Coïmbre ,et l'on élevait à la dignité de cardinal , Paul Carvaglio qui valait moins encore que son frère Pombal. Ce contraste affli-
géant , ce silence de Clément XIV , scandalisèrent les ecclésiastiques portugais , portèrent le découragement et la défiance dans leurs ames? et y firent une blessure profonde qui n'était pas encore fermée sous ma nonciature.
Quoique placé au milieu du débordement des mauvaises doctrines , et en présence des tribunaux si empressés de contrarier le pouvoir ecclésiastique , je pus toujours exercer librement la partie de ma juridiction qui avait pour objet la concession des grâces du Saint- Siège en matière disciplinaire. Quant à la juridiction contentieuse exercée par l'auditeur et les juges de la nonciature , elle était souvent troublée par les tribunaux civils , qui, sous prétexte de recevoir les appels comme d'abus , usurpaient le droit d'examiner et de réformer les causes purement ecclésiastiques. Cette usurpation , qui existait depuis plusieurs années, avait jeté de profondes racines , et il ne fut pas possible de la faire cesser entièrement.
Au mois de mars 1798, un courrier extraordinaire envoyé par l'ambassadeur de Portugal à Madrid , apporta la nouvelle de l'occupation de Rome par les français, et de la proclamation de la république. Le lendemain le prince du Brésil Don Jean envoya le chevalier Pinto , ministre de l'extérieur , pour me com-
rnuniquer cette nouvelle , et me donner l'assurance de son intérêt à ma personne pour toutes les circonstances qui pourraient survenir. La bienveillance de ce bon prince me donna du courage, et contribua au succès d'une affaire extrêmement grave dans ces circonstances. L'invasion des français à Rome , l'enlèvement et la captivité de Pie VI , l'exil et la dispersion des membres du sacré collège , avaient dissous les congrégations et les tribunaux ecclésiastiques de Rome. Le ministère portugais et quelques évêques , prévoyant l'impossibilité du recours au chef de l'Eglise , parlaient déjà de se conformer à la doctrine de Pereira qui encourageait les évêques à profiter de tontes les circonstances favorables pour reprendre la juridiction primitive qu'il prétendait avoir été usurpée par la cour de Rome. J'appris que le procurateur de la couronne , dont la haine pour le Saint-Siège était connue , avait dit à cette occasion à un évêque: Aujourd'hui que Venuemi dort , vous reprendrez ce qiïil vous a été. D'un autre côté le ministère espagnol avait adressé une circulaire aux évêques de ce royaume pour leur insinuer de se faire les dispensateurs des grâces réservées au Saint-Siège r et l'on disait même que l'Espagne engageait le prince du Brésil à suivre son exemple. Pour
éloigner la tempête dont j'étais menacé , je résolus de prévenir le prince , et je lui demandai audience au moment même où il me fit savoir qu'il voulait me parler. Ce bon prince me reçut avec son affabilité ordinaire , et s'empressa de me dire : Comment se régleront les affaires ecclésiastiques , aujourdhui que le Pape est en prison et que Borne est au pouvoir des français P Je compris sur-le-champ que j'avais déjà été prévenu. Après avoir remercié le prince de son zèle pour les intérêts de l'Eglise , je le priai de ne permettre clans son royaume aucune innovation en matière ecclésiastique , et je lui promis d'avoir dans deux mois au plus tard les instructions nécessaires sur la conduite à tenir pendant la persécution dirigée contre le chef de V Eglise. Le prince fut satisfait de ma réponse, et aucune innovation ne fut tentée. Aussitôt après celte audience , j'écrivis à Msr Zondadari archevêque de Sienne où Pie VI avait été transporté ; je le priai de manifester au Saint Père les sentimens de ma profonde douleur à l'occasion de l'horrible attentat dont il avait été l'objet, et de lui demander en mon nom deux brefs , l'un pour la reine , contenant le récit de ce qui était arrivé à Rome, et l'autre pour moi, contenant des pouvoirs extraordinaires pour ôter aux évêques tout prétexte
de toucher aux réserves pontificales. Les deux brefs ne se firent pas long-temps attendre, et je reçus des pouvoirs plus étendus que je ne l'avais demandé. Je me trouvai alors dans un grand embarras. J'aurais dû , selon l'usage , remettre ce bref au ministère pour être examiné par le suprême tribunal de la justice , qui ne faisait ordinairement que des observations insignifiantes. Mais cette fois il était à craindre que les ennemis du Saint-Siège ne déterminassent par leurs instances et leurs clameurs le ministère à ne point permettre au nonce l'exercice d'une juridiction si étendue. Après de mûres réflexions , je résolus de ne point exhiber le bref, et d'annoncer simplement à la cour que j'avais des pouvoirs extraordinaires pour les circonstances malheureuses où se trouvait l'Eglise. L'exercice de ma juridiction ne fut jamais entravé, parce que j'en usai avec une grande modération.
Je dus faire connaître au peuple portugais la captivité de Pie VI , la dispersion du sacré collège , et tous les outrages soufferts par le souverain pontife , les cardinaux et une grande partie du clergé romain. J'ai remarqué dans ces temps malheureux combien le récit simple et fait sans amertume de la persécution de l'Eglise est propre à raviver dans les cœurs des fidèles
le respect et la vénération pour le Saint-Siège et les ministres du sanctuaire. Une neuvaine se fit dans la chapelle de la nonciature pour demander au ciel la paix de l'Eglise et la délivrance de son chef.
Le i[\ septembre eut lieu à la cour la cérémonie de la présentation des fasce.
On donne ce nom au présent que les souverains Pontifes sont dans l'usage d'envoyer aux fils aînés des quatre souverains catholiques , c'est-à-dire de l'empereur d'Autriche, et des rois de France , d'Espagne , et de Portugal. L'offre de ce don se faisait avec une grande pompe que la religion rendait encore plus solennelle.
L'année qui précéda mon arrivée en Portugal ( 1 794 ), la princesse Charlotte femme du prince du Brésil , mit au monde son premier fils , l'héritier présomptif de la couronne. Pie VI , le parrain de ce royal enfant , dont les deux noms Antoine Pie rappelaient, le premier, celui de son père, et le second , celui du saint pontife , m'adressa selon l'usage le présent destiné à ce jeune prince. Les objets dont il se composait restèrent quelques jours exposés au palais de Quéluz , pour satisfaire la curiosité publique. On y voyait de riches coussins , quelques pièces de linge ornées de superbes dentelles de Flandre, une couverture richement
brodée , et une ceinture d'étoffe avec une élégante brodure représentant le baptême de Notre-Seigneur par Jean-Baptiste. Le jour fixé pour la cérémonie , je me rendis au château de Quéluz , accompagné du marquis de Pombal fils du ministre de ce nom , qui devait me servir d'introducteur. Ce gentilhomme n'avait ni les talens ni les défauts de son père ; il était bon , religieux, et dévoué à la maison de Bragance. Nous fumes reçus à Quéluz avec tous les honneurs militaires. Introduit par quelques seigneurs dans la salle du trône , je trouvai le prince régent entouré des principaux personnages de la cour. Je m'approchai du prince pour lui présenter le bref qui indiquait l'objet de mon honorable commission , et je prononçai un petit discours analogue à la circonstance , en m'empressant de prévenir le sourire moqueur de quelque bel-esprit par les paroles suivantes:» » Quelques personnes peut-être seront tentées » de ranger cette cérémonie au nombre des » spectacles ridicules et frivoles ; mais il n'en » est point ainsi. Cette cérémonie a été sagement » établie par les souverains Pontifes , pour » montrer que l'Eglise , comme une tendre » mère, s'empresse de rechauffer dans son sein » et de couvrir de sa protection toute spéciale , » ceux qui doivent être sur la terre les repré-
» sentans de la divine providence pour le bon- » heur des peuples. » Le prince dit ensuite quelques mots de remerciement pour le Saint Père, et nous passâmes dans la salle d'audience, où je trouvai l'infant auprès d'une dame chargée de sa première éducation. Je mis alors la ceinture sur les épaules du jeune prince , et je récitai les prières d'usage pour demander au ciel en faveur & Antoine Pie , toutes les vertus qui peuvent former un excellent monarque. Me tournant ensuite vers la gouvernante , je lui recommandai , au nom de son auguste parrain , le dépôt précieux qui lui était confié ; je lui dis combien il était important de jeter de bonne heure dans son esprit les premiers germes des , sublimes vérités de la religion catholique ; et pour flatter un peu l'orgueil national , si grand chez les Portugais , sans cependant blesser la vérité , je représentai les quatre parties du monde ayant les jeux attachés sur ce royal enfant dont pouvait dépendre un jour le bonheur de plusieurs millions d'hommes. On reconnaîtra qu'il n'y avait pas d'exagération dans ces paroles , si l'on fait attention que la maison de Bragance, outre le Portugal et les Algarves , avait alors des possessions importantes en Afrique , en Amérique , et dans l'Inde.
Après cette cérémonie , le prince me fit demander une copie des deux petits discours que j'avais faits , et je reçus une belle croix d'évêque ornée de diamans.
L'infant Don ' Antoine Pie , dont je viens de parler, avait une figure agréable , annonçait un heureux naturel , beaucoup d'inclination à la piété , et donnait les plus belles espérances. Mais le ciel ne fit que montrer ce prince au Portugal, qui peut-être n'en était pas digne, et l'on vit encore se renouveler le malheur que la maison de Bragance a eu tant de fois à déplorer. Par la mort d Antoine Pie, le droit héréditaire du trône passa à l'infant Don Pedro , empereur du Brésil , puis régent du royaume , enlevé à la fleur de l'âge ( 36 ans ) , et dont le nom rappellera toujours au Portugal une des époques les plus funestes de ses annales
L'année suivante , le même jour , il\ septembre , j'eus à remplir un devoir bien douloureux , celui d'annoncer au prince régent la mort du grand Pontife Pie VI. Quelques jours après je fis célébrer dans l'église de Notre-Dame de Lorette , paroisse des Italiens , un service solennel auquel assista la famille royale. Quelques mois après j'annonçai dans une audience publique l'élection du nouveau Pontife Pie VII*
et durant trois jours toute la ville fut illuminée , même les maisons occupées par les ministres et les chargés d'affaires des cours protestantes.
Le 23 février 1801 je fus élevé au cardinalat, et mon neveu Tibère Pacca , en sa qualité de légat apostolique, fut chargé de me remettre le chapeau de cardinal que je reçus à Quéluz dans la chapelle de la cour. Obligé d'attendre l'arrivée de mon successeur MS1* Caleppi , je ne pus partir de Lisbonne qu'au mois de mai 1802.
cccecceeeeeccccceccccccccececccceccc CHAPITRE III.
Détails sur l'état de l'agriculture , du commerce , de la marine , des forces de terre s des arts et manufactures et de l'instruction en Portugal.
Mon séjour de sept ans à Lisbonne me permit d'étudier à fond l'état politique, financier, industriel , commercial et artistique de ce royaume ; je vais consigner ici les renseignemens que j'ai recueillis.
Lorsque je passai de la nonciature de Cologne à celle du Portugal , j'avais de ce dernier pays l'idée la plus avantageuse. Le beau rôle que la nation portugaise avait joué à différentes époques , les possessions importantes du Portugal dans les quatre parties du monde, les éloges pompeux que j'avais lus du marquis de Pombal , les descriptions , les tableaux enchanteurs que quelques portugais m'avaient faits de leur patrie , tout cela m'avait fait croire que je trouverais dans ce pays un second paradis terrestre, un
royaume florissant par l'agriculture et la discipline militaire. On peut juger quel dût être mon étonnement en voyant , au contraire , sa décadence et son abaissement , dont je vais donner de nouvelles preuves.
Agriculture. La culture de la vigne , la seule qui ait été encouragée , rapporte chaque année à la nation portugaise et au trésor public des sommes considérables ; mais la culture des autres produits naturels, celle des céréales surtout, est si négligée , que le sol du Portugal , un des plus fertiles du monde, pourrait à peine nourrir ses habitans durant quelques mois , sans le blé qu'on importe de Barbarie. Cette disette perpétuelle a pour cause principale que la population n'est pas proportionnée à l'étendue du territoire , dont une grande partie reste inculte. Cette dépopulation du Portugal , comme celle de l'Espagne , les protestans et en général les écrivains modernes l'attribuent aux richesses du clergé , et à la surabondance d'abbayes , de couvens et de monastères. Nous laisserons répondre ici un auteur , dont le témoignage n'est pas suspect , Victor Riquety , marquis de Mirabeau : « // n'y a que les sots et les en/ans , dit » cet écrivain , qui attribuent la dépopulation de
» V Espagne à ses religieux et à son clergé. » (i) En effet , il ne serait pas difficile de citer d'autres pays qui ont été florissans par leur population, quoique couverts, pour ainsi dire, de riches monastères. Tels je vis, en 1793, les Pays-Bas autrichiens , ou la Belgique. L'agriculture, le commerce, les manufactures , les beaux-arts , tout florissait et prospérait dans ce beau pays, où l'on remarquait plusieurs villes opulentes et de nombreux canaux de navigation. Et cependant ce pays était habité par de zélés catholiques , le clergé y était instruit , les abbayes et les couvens riches et nombreux. Comme mon témoignage pourrait être suspect , j'invoquerai celui d'un oracle de la philosophie , d'un coryphée de la révolution française , le fameux comte de Mirabeau , fils de celui que je viens de citer. « Les Pays-Bas catholiques , dit-il , sont peuplés , » riches et bien cultivés. Les mœurs y sont sim- » pies et pures. Ainsi la pauvreté , la corruption » du peuple ne viennent ni de la superstition , » ni d'une surabondance de monastères, comme » on l'a tant dit et répété. » (2)
Cette dépopulation du Portugal et de l'Espagne, c'est aux colonies qu'il faut l'attribuer,
(1) Dans un ouvrage intitulé : l'Ami des hommes.
(2) Dans un ouvrage intitulé : Doutes sur la liberté de l'Escaut*
à ces continuelles et nombreuses émigrations qui ont décimé la fleur de la population , épuisé la sève de ces deux pays , et ne leur ont renvoyé que la corruption. C'est donc l'or du nouveau monde qui a ruiné ces deux royaumes.
Commerce. La situation du Portugal sur les bords de l'océan , est tout à la fois une des plus agréables de l'Europe et une des plus favorables pour le commerce des cinq parties du monde. Aux vaisseaux qui viennent de l'orient, comme à ceux qui viennent d'Amérique , ce pays offre des ports sûrs et commodes , et Lisbonne , Porto peuvent être regardés comme le centre de l'échelle de commerce entre la bal tique et la méditerranée. Le spectacle qu'offrait , il y a quelques années , la rade de Lisbonne , par la multitude , je dirai presque par la forêt de mâts où flottaient les pavillons de presque toutes les nations , les colonies importantes que possédait le Portugal , tout cela donnait l'idée d'un commerce considérable et florissant qui versait des richesses immenses au sein de la nation et clans le trésor public. Mais quelles que fussent ces richesses, la plus grande partie passait dans les mains des étrangers , et surtout dans celles des anglais , qui ont, pour ainsi dire , le monopole du Portugal. Les béné-
fices mêmes du transport des produits coloniaux , étaient enlevés aux portugais, à cause de l'insuffisance de leur marine marchande. Aujourd'hui le commerce de cette puissance est bien déchu. Goa , autrefois la métropole de l'Asie portugaise , l'entrepôt des richesses des Indes , so„ s les rois de la première dynastie, a perdu toute son importance depuis que les espagnols et les hollandais occupent presque toutes les anciennes possessions des Portugais. Mais ce qui a le plus contribué à faire déchoir la puissance portugaise , c'est la perte du Brésil , cette colonie qui était la base de la grandeur de la maison de Bragance , le plus beau fleuron de sa couronne. On a lieu d'être étonné que le gouvernement n'ait pas prévu ou n'ait pas cherché à prévenir cette catastrophe. Tous les ministères , même celui de Pombal , eurent l'imprudence de laisser subsister les lois odieuses et oppressives qui enchaînaient la liberté de la culture et du commerce au profit des européens. Les brésiliens , cependant , humiliés de voir peser sur leur beau et vaste pays la domination d'un état aussi petit et aussi éloigné d'eux , ne cachaient ni leurs vœux ni leurs espérances. L'exemple des colonies anglaises qui s'étaient rendues indépendantes de la métropole , aurait dû être une leçon salutaire pour le Portugal et
pour l'Espagne ; ces deux puissances auraient dû comprendre que des colonies florissantes , qui possédaient des villes populeuses et de vastes provinces , ne voudraient plus dépendre d'un souverain que plusieurs milliers de lieues séparaient de ses peuples , ni souffrir la tyrannie des gouverneurs et des vice-rois européens , dont l'avidité a rappelé de nos jours celle des proconsuls et des préteurs de la république romaine , ces spoliateurs insatiables des provinces soumises à leur administration.
Du reste , le Portugal ne sut jamais exploiter la mine inépuisable de richesses que lui offrait le Brésil. Tous les économistes portugais et étrangers sont d'accord sur ce point. « Il n'est » pas nécessaire , dit un auteur français (i) , » d'entrer dans de grands détails sur les res- » sources des colonies du Brésil, pour voir que » le Portugal pourrait en tirer des richesses im- » menses ; qu'il pourrait y étendre , presque » sans bornes , la culture des denrées les plus » nécessaires à l'Europe , y multiplier infiniment » les consommateurs , et y faire un commerce » d'économie plus riche qu'aucune des branches » du commerce que l'Europe fait avec l'Amé- » rique. Le Brésil suffirait seul pour assurer la
(0 L'auteur d'un ouvrage intitulé : Intérêts des nations.
» prospérité d'une nation dont le gouvernement » protège le commerce. » À l'appui d'un tel témoignage, nous pourrions citer un auteur brésilien , Msr de la Cunha de Àzeredo Coutinho , évêque d'Olinda (Fernambouc) , qui dans un ouvrage publié en 1 794 , sous le titre : Essai économique sur le commerce du Portugal et de ses colonies , etc. (1) représentait en termes respectueux* au gouvernement portugais tous les avantages qu'il aurait pu tirer des richesses naturelles du Brésil , avec un meilleur système de finance et d'administration. Au nombre des produits qui pouvaient être l'objet d'un revenu considérable , l'auteur compte la salaison des poissons et de la viande. La côte du Brésil, qui a 600 lieues d'étendue , est une des plus poissonneuses du monde , et l'intérieur du pays est sillonné par plusieurs fleuves qui sont aussi très-fertiles en poissons (2). Quant aux bestiaux y l'abondance en est telle, que la viande que les
(1) Ensaio economico sobre 0 comercio do Portugal e sus colonias , oferecido ao serenissimo principe de Brazil , e pu* blicado de ordem da Academia real das sciencias pelo seu socio Joze Joaquim da Cunha de Azeredo Coutinho. Lisboa, na oficina da mesma Academia. 1794.
(?.) Lery, dans son Histoire delà navigation au Brésil, chap. 3 , assure que la mer et les fleuves de ce pays sont très-poissonneux : Mare piscosissimum , et fluvii varia natantium génère célèbres.
habitans consomment n'est rien auprès de celle qui s^ perd et qui devient la proie des oiseaux, des tigres et des bêtes féroces. On ne tue même la plupart des bœufs que pour le seul profit de la peau., Si les hollandais avec la pêche des harengs gagnent chaque année plusieurs millions de florins , et les anglais avec celle de la morue des millions de livres sterling , quels bénéfices le Portugal n'aurait-il pas retiré des produits dont nous venons de parler? Une fausse opération de finance lui faisait perdre tous ces avantages. Le commerce libre du sel était prohibé au Brésil , parce que le gouvernement en faisait le monopole en Portugal ; la ferme de ce produit qui rapportait au trésor public quarante-huit millions de reis , ou soixante mille écus , laissait au fermier un bénéfice beaucoup plus considérable ; et c'est ainsi , dit l'auteur , que pour enrichir un seul homme , les colons brésiliens et le commerce portugais étaient privés d'une branche importante d'industrie, qui aurait certainement rapporté à l'Etat plus de quarantehuit millions de reis par la perception des droits de douane et par le grand accroissement du commerce (i).
Marine. Les rois de Portugal de la première (0 Chapitre 1 . §. vin.
dynastie , lesquels comprenaient bien l'importance de la position du Portugal , alors le seul domaine de la couronne , avaient su former une marine florissante qui ne le cédait en rien à celles des autres puissances européennes ; ce fut cette marine qui recula les bornes du monde connu , et dota son pays de riches et vastes possessions. Après les conquêtes du Portugal en Asie et l'occupatiou du Brésil , aucune autre puissance européenne n'eut autant d'élémens favorables pour augmenter sa marine et la rendre formidable. Les possessions du Portugal , toutes maritimes , lui offraient des peuples prêts à s'élancer sur la mer, familiarisés qu'ils étaient avec cet élément terrible ; et les forêts du Brésil , des matériaux de construction pour les vaisseaux, supérieurs à tous ceux des autres puissances (i). Malgré ces avantages , la marine portugaise, qui
(0 Les bords de Rîo-grande.sont couverts de gros arbres , qui firent naître aux Portugais la pensée d'y venir construire des vaisseaux. Celui qu'on nomme le Mis fier i donne d'excellentes planches qui sont aisées à travailler, el qui ont la propriété d'être à l'épreuve des vers , nonseulement sur cette côte où les vaisseaux s'en ressentent beaucoup, mais encore dans toutes les parties de l'Afrique , de l'Europe et de l'Amérique. La résine onctueuse dont cet arbre est rempli a tant d'amertume, qu'on n'attribue pas sa vertu à d'autre cause. Histoire générale des Voyages, part. III 9 liv. i , chap. 9, pag. 388.
avait été quelque temps la terreur de l'orient et le modèle de celles de l'Europe , tomba , sous la seconde dynastie , dans un état sensible de décadence qui alla toujours croissant ; elle comptait encore quelques officiers habiles , mais l'armée navale était peu nombreuse , indisciplinée et sans expérience , parce qu'elle se composait en grande partie d'hommes ramassés dans les rues de Lisbonne et que l'on jetait à bord au moment du départ (i). En 1802 , une belle frégate portugaise bien armée se laissa capturer près du détroit de Gibraltar par une frégate algérienne qui lui était bien inférieure. Les officiers firent quelque résistance et furent tués ou blessés ; mais T équipage , a la première décharge des Algériens , se réfugia dans la cale , et se livra lâchement aux pirates , qui le conduisirent en triomphe à Alger.
L'auteur brésilien que j'ai cité, Msr l'évèque d'Olinda, fait observer que les tribus sauvages soumises ou alliées au Portugal offraient à cette puissance , pour la marine , un moyen de recrues dont elle aurait pu tirer les plus grands avantages. Si le gouvernement avait su profiter du penchant de ces sauvages pour la pèche , il aurait
(1) Je tiens ces renseignemens d'officiers français émigrés qui avaient passé au service de la marine portugaise.
pu , en les formant dans cet art , les préparer à entrer dans la marine marchande, et de là dans la marine militaire.
L'essentiel était de trouver le moyen d'humaniser et de civiliser ces tribus ; mais la providence, toujours si prodigue de ses faveurs pour le Portugal , s'était elle-même chargée de ce soin , en conduisant dans les vastes dépendances des portugais , des missionnaires pleins de zèle et de douceur, que les philosophes mêmes ont été forcés de reconnaître comme les plus habiles artisans de civilisation. « Les missions , dit Buf- » fon (i), ont formé plus d'hommes dans les » nations barbares, que les armées victorieuses » des princes qui les ont subjuguées. Le Para- » guais n'a été conquis que de cette façon : la » douceur , le bon exemple ,, la charité , et l'exer- » cice de la vertu constamment pratiqué par les » missionnaires , ont touché ces sauvages , et » vaincu leur défiance et leur férocité; ils sont » venus souvent d'eux-mêmes demander à con- » naître la loi qui rendait les hommes si parfaits, » ils se sont soumis à cette loi et réunis en so- » ciété : rien ne fait plus d'honneur à la reli- » gion que d'avoir civilisé ces nations , et jeté
(1) Dans son Discours sur les variétés de l'espèce humaine.
» les fondemens d'un empire sans autres armes » que celles de la vertu. »
Le Portugal , au lieu de reconnaître les bienfaits signalés de la providence, chassa les missionnaires de la manière la plus cruelle , et les ténèbres de l'idolâtrie vinrent de nouveau remplacer la lumière de l'Evangile et de la civilisation , qui avait un instant éclairé quelques tribus sauvages. Le ministère portugais eut même l'impudeur de répandre la calomnie que les jésuites avaient voulu se rendre indépendans dans les possessions portugaises , et que deux ingénieurs allemands , les pères Eccarth et Meisterbourg , déguisés sous l'habit religieux , avaient été envoyés d'Europe pour commander l'artillerie jésuitique contre les armées de Portugal et d'Espagne. On sait le reste : les missionnaires furent conduits comme des criminels en Portugal et entassés dans d'affreuses prisons. Qui sait si tant de cruauté joint à tant d'injustice n'a pas coûté bien cher au Portugal et à l'Espagne , et si , sans cette mesure impolitique , ces deux puissances ne conserveraient pas encore leurs colonies d'Amérique !
Puisque nous avons eu lieu de jeter ici le nom du père Eccarth , il importe de faire connaître ce missionnaire ; cette disgression ne sera pas inutile. Je l'ai connu en Allemagne , où il
fut mon hôte durant quelques jours. Le père! Eccarth était de Bingen , ville de 1 electorat de Mayence ; il se trouvait aux missions au Brésil , lorsque , par l'ordre du roi Joseph , les jésuites furent arrêtés et conduits comme prisonniers en Portugal. Durant dix ans il resta enfermé avec plusieurs autres pères dans une horrible prison du fort Saint-Julien , à l'embouchure du Tage. A l'avènement de la reine Marie , le père Eccarth fut rendu à la liberté , et retourna en Allemagne. Lorsqu'il apprit que Pie VII , sur la demande de l'empereur Paul Ier, avait rétabli la Société de Jésus en Russie , on vit ce vénérable vieillard, portant le poids de quatre-vingts ans de ses travaux apostoliques et des souffrances d'une affreuse captivité , dire adieu à sa patrie , pour entreprendre un long et pénible voyage au terme duquel il espérait mourir avec l'habit de son ordre. Voilà ce fameux père Eccarth représenté par Pombal comme un ingénieur allemand déguisé sous l'habit religieux.
Troupes de tewes. L'état de l'armée de terre en Portugal était dans ces derniers temps plus déplorable encore que celui de la marine. Cette armée , qui jetait autrefois tant de gloire sur son pays, a bien flétri de nos jours ses vieux lauriers. Pour ne rappeler qu'un des jours néfastes de
cette puissance , quels ne furent pas, en 1800, la honte du Portugal et letonnement de l'Europe , en voyant les troupes qui défendaient la place d'Olivenza , fuir lâchement à l'approche d'un petit corps de l'armée espagnole , et acheter chèrement son déshonneur et son humiliation ! Cependant le soldat portugais est brave , courageux , sobre, infatigable. Une organisation vicieuse , l'indiscipline , l'incapacité des officiers jointe à une excessive présomption , voilà les causes de la décadence des troupes portugaises. Avant l'époque dont nous venons de parler , ( 1800 ) le ministère portugais qui prévoyait l'invasion des Français et une prochaine rupture avec l'Espagne , fit venir d'Angleterre quelques officiers français émigrés, qui avaient été les chefs ou les compagnons d'armes de Napoléon Bonaparte dont le talent comme officier d'artillerie est incontesté. Mais telles furent la jalousie nationale et la faiblesse du gouvernement , que ces officiers ne purent ni visiter ni manier un seul canon. Dans le même temps , le prince Waldek, général au service de l'Autriche, que le Portugal avait demandé à l'empereur François ,, fut traité avec mépris et couvert d'injures par les officiers portugais qui commandaient les troupes de terre.
Industrie et Manufactures, II n'y a pas bien long-temps qu'on ne trouvait dans toute l'étendue du Portugal aucun établissement industriel et manufacturier. Les pays étrangers , et principalement l'Angleterre , fournissaient tout aux portugais , tout jusqu'aux souliers. Les écrivains de l'école protestante n'ont pas manqué d'attribuer cette paresse et cette insouciance du peuple portugais aux superstitions et aux richesses du clergé. Nous avons déjà répondu à ces absurdes calomnies , et nous croyons qu'il est inutile d'y revenir. Nous dirons maintenant qu'il ne serait pas bien difficile de trouver la cause de cette absence de toute industrie sur le sol portugais. Quelques paroles échappées à la plume du baron Bielfeld sont pour nous un trait de lumière : « Si les portugais 9 dit cet » auteur (i), s'appliquaient aux fabriques et à » l'industrie , il faudrait leur faire la guerre , ou » leur susciter des embarras. Je ne vois pas » comment on pourrait faire autrement. »
Depuis quelques années on a établi quelques manufactures en Portugal, et les résultats ont prouvé l'habilité des portugais.
(1) Dans ses Institutions politiques , article Portugal.
Des Sciences et des Lettres. Les règnes de Jean II , d'Emmanuel I , et de Jean III , réunirent à la gloire militaire et des découvertes , celle des sciences et des lettres. Depuis cette époque la décadence des lettres devint de plus en plus sensible , et les bonnes études qui se faisaient encore chez les jésuites, ne purent l'arrêter. Un écrivain, cependant, jeta un grand éclat dans cette longue nuit de la décadence ; c'est le père Vieira, jésuite, que les portugais , par suite de l'exagération qui leur est naturelle , ont placé au-dessus de Démosthènes , de Cicéron , de Bossuet , et de tous les grands orateurs anciens et modernes (i). Bientôt arriva l'expulsion des jésuites , sous le roi Joseph , et les lettres semblèrent avoir quitté entièrement le Portugal.
(1) Les portugais l'ont appelé le prédicateur royal et le roi des prédicateurs ; Y oracle de toutes les nations du monde , le maître de toutes les sciences , le nouveau Salomon 9 Y ornement du Portugal, le prodige de C éloquence sacrée et profane , Y orateur de tous les siècles , etc. ( Dictionnaire portugais de l'académie des sciences de Lisbonne , 1793. ) Depuis un siècle et demi le Portugal retentit de ces éloges pompeux.
J'ai lu les sermons du P. Vieira. On ne peut refuser à cet auteur une vaste érudition , une grande hauteur de pensées , et une connaissance profonde de sa langue; mais il a les défauts des écrivains qu'on appelle, en Italie , Seicentisti ; son style haché et saccadé fatigue le lecteur.
À Lisbonne , il ne parut pas un seul ouvrage digne des honneurs de l'annonce et encore moins de la traduction. Le trop fameux Pereira vivait encore , mais cet écrivain dont le mérite était d'avoir compilé les ouvrages des jansénistes français et allemands , jouissait d'une réputation usurpée.
Beaux- Jrts. Les beaux-arts, qui font les délices des nations les plus civilisées , n'ont jamais prospéré sur le sol ingrat du Portugal. La reine Marie avait établi à Rome une académie à l'instar de celle de la France ; les jeunes élèves portugais , dirigés par le chevalier Gian Gherardo de Rossi , homme d'un très-grand mérite et d'un goût parfait, commençaient à donner les plus belles espérances, lorsqu'en 1798 ils furent expulsés de Rome comme sujets d'une puissance ennemie de la république. De retour en Portugal , leurs talens naissans furent si peu encouragés , que quelques-uns passèrent en Angleterre, et les autres furent obligés de renoncer à leur profession.
Instruction en général. Les premiers Nobles de Lisbonne , appelés Fidalgos , et les familles surtout qui avaient eu des ambassadeurs et des ministres , ne manquaient pas en général d'une
certaine instruction. La classe moyenne qui fréquentait les écoles publiques n'avait qu'une science superficielle et par-là même dangereuse. Ces demi-savans présomptueux, incapables de disséquer le sophisme , de reconnaître l'erreur sous tous ses déguisemens , se laissaient facilement séduire par la lecture des mauvais livres et les discours des hérétiques , selon cette maxime de Bacon : Une petite dose de philosophie peut conduire àV athéisme, (i) Le danger est peut-être plus grand en Portugal que partout ailleurs. Les protestans anglais , et en général les négocians étrangers, les colporteurs des iniquités de tous les pays , qui abondent à Lisbonne et à Porto , ne manquent pas de déchirer le catholicisme avec l'arme terrible du ridicule , et leurs discours font la plus fâcheuse impression sur les portugais, qui restent muets devant leurs plaisanteries et leurs sarcasmes.
Quant à la classe inférieure , j'ai déjà dit qu'elle vivait dans une profonde ignorance ; le gouvernement ne prenait aucun soin de l'instruction publique (2) , et ne faisait même rien
(1) Levés gustus in philosophie! movere posse ad atheismum. De augmenta scientiarum.
(2) On lit dans le Dictionnaire géographique de Malte- Brun : « Le Portugal n'offre pour ainsi dire aucune in- » dustrie ; le commerce se trouve presque tout entier
pour adoucir les mœurs du peuple que les spectacles sanglans portaient à la cruauté. A l'avénement de la reine Marie I , on ouvrit un combat de taureaux avec une pompe extraordinaire. Le comte d'Arcos , un des premiers seigneurs de la cour , pour montrer son courage et son adresse , entra dans la lice et attaqua un taureau ; mais la bête sauvage n'eut aucun égard pour son excellence, et le frappa d'un coup mortel. La reine, saisie d'horreur à la vue de cet accident affreux , défendit les combats de taureaux dans son royaume , en déclarant que ces spectacles ne convenaient qu'à des peuples barbares. Mais quelques années après , ces combats recommencèrent.
Je n'ai pas besoin de résumer ici les causes de la décadence du Portugal ; les lecteurs le feront facilement. Si à la bonté du cœur et aux bonnes intentions des princes de Bragance , le ciel eût joint le talent de bien choisir leurs
» entre les mains des étrangers } et surtout des anglais. » Quoiqu'il y ait deux universités , une académie royale » des sciences , et plusieurs lieux d'instructions , les » lettres ne sont pas cultivées, et l'éducation est iinpar- » faite et mal dirigée. Les portugais sont généreux , » braves , spirituels , très-attachés à leur religion ; mais » les institutions du pays ne favorisent pas l'instruction, » et contribuent même à développer et à faire ressortir » les défauts des portugais. »
ministres , le Portugal serait une des puissances les plus florissantes de l'Europe , et la rivale de l'Angleterre, dont il n'est aujourd'hui qu'une colonie, ou une province!