‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 10 sur 100 · CHUTE DU MINISTÈRE ODOON BARBOT · texte numérisé non relu

CHUTE DU MINISTÈRE ODOON BARBOT

vernail; le Prince n'était, à vrai dire, sur le navire qui portait les destinées de l'État, qu'un illustre passager auquel, par déférence plus que par devoir, on révélait le secret des manœuvres. I) avait subi, non sans humeur et sans quelques révolles, cette tutelle gênante pour sa dignité ; il s'était résigné à cet effacement aussi longtemps qu'il l'avait jugé ■indispensable à la situation, utile à son éducation pratique de Chef d'État. Le 31 octobre, il crut pouvoir voler de ses propres ailes, secouer le joug pour prendre, dans l'État, un rôle dirigeant. Il congédia le ministère qui lui faisait trop sentir sa prépondérance, qui voulait gouverner dans des vues autres que les siennes, autres que celles qu'il croyait prolîlables aux intérêts de la nation ; il prit un ministère qui devait accepter ses conseils, s'inspirer de sa pensée, faire cause commune avec lui et marcher ainsi résolument vers le but qu'il voulait atteindre: l'affermissement de l'ordre, la pacification des esprits et le développement du bien-être du peuple.

Voici en quels termes Louis -Napoléon annonçait à l'Assemblée et au pays le changement de son ministère et les raisons qui l'avaient conduit à s'en séparer :

- Elysée, 31 octobre 1849.

< Monsieur le Président,

c Dans les circonstances graves où nous nous trouvons, l'accord qui doit régner entre les différents pouvoirs de l'État ne peut se maintenir que si, àni-

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mes d'une conRanctt mutuelle, ils s'expliquent franchement l'un vis-à-vis de l'autre. Afin de donner l'exemple de cette sincérité, je viens faire connaître à l'Assemblée quelles sont les raisons qui m'ont déterminé à changer le ministère et à me séparer d'hommes dont je me plais à proclamer les services éminents, et auxquels j'ai voué amitié et reconnaissance.

c Pour raffermir la République menacée de tant de côlés par l'anarchie; pour assurer l'ordre plus efficacement qu'il ne l'a été jusqu'à ce jour; pour maintenir à l'extérieur le nom de la France à la hauteur de sa renommée, il faut des hommes qui, animés d'un dévouement patriotique, comprennent la nécessité d'une direction unique et ferme, et d'une politique nettement formulée ; qui ne compromettent le pouvoir par aucune irrésolution, qui soient aussi préoccupés de ma propre responsabilité que de la leur, et de l'action que de la parole. .-

f Depuis bientôt un an, j'ai donné assez de preuves d'abnégation pour qu'on ne se méprenne pas sur mes véritables intentions. Sans rancune contre aucune individualité, comme contre aucun parti, j'ai laissé arriver aux affaires les hommes d'opinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux résultats que j'attendais de ce rapprochement. Au lieu d'opérer une fusion de nuances, je n'ai obtenu qu'une neutralisation de forces. L'unité de vues et d'intentions a été entravée; l'esprit de conciliation pris pour de la faiblesse. A peine les dangers de la rue étaientils passés, qu'on a vu les anciens partis relever leurs

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drapeaux, réveiller leurs rivalités et alarmer lepays en semant l'inquiélude.

« Au milieu de celle conrusion, la France, inquièteparce qu'elle ne voit pas de direction, cherche la main, là volonté de l'élu du 10 décembre. Or cettevolonté ne peut élre sentie que s'il y a comniunautéentière d'idées, de vues, de convictions entre le président et ses ministres, et si l'Assemblée elle-mêmes'associe à la pensée nationale, dont l'élection du Pouvoir exécutif a été l'expression.

€ Tout un système a triomphé au 10 décembre.

( Car le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme. 11 veut dire: à l'intérieur, ordre, autorite, religion, bien-être du peuple; à l'extérieur, dignité nationale. C'est celte politique, inaugurée par mon élection, que je veux faire triompher avec l'appui de l'Assemblée et celui du peuple. Je veux être digne de la conQance de la nation en maintenant la Constitution que j'ai jurée, je veux inspirer au pays par ma loyauté, ma persévérance et ma fermeté, une confiance telle, queJes afTaircs reprennent et qu'on ait foi dans l'avenir. La lettre d'une constitution a sans doute une grande influence sur les. destinées d'un pays; mais la manière dont elle est exécutée en exoix» peut-être une plus grande encore. Le plus ou moins de durée du pouvoir contribue puissamment à la stabilité des choses, mais c'est aussi par les idées et les principes que le Gouvernement sait faire prévaloir, que la société se rassure.

« Relevons donc l'autorité sans inquiéter la vraie liberté. Calmons les craintes en domptant hardiment

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les mauvaises passions et ea donnant à tous les nobles instincts une direction utile. Affermissons le principe reli'gieux sans rien abandonner des conquêtes do la révolution, et nous sauverons le pays malfiré les partis, les ambitions et même les imperfections que nos institutions pourraient renfermer. > Un pareil message ouvrait des horizons nouveaux. Le Prince quittait ouvertement son rôle de soumission et de docilité relatives pour prendre en main les rênes du pouvoir et devenir le vrai Chef de la Nation. Les voiles étaient déchirés ; l'homme se montrait sous son jour véritable.

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