‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 12 sur 100 · LE MINISTÈRE DU 31 OCTOBUK BT LA LOI DU SI MAI · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE DU 31 OCTOBUK BT LA LOI DU SI MAI

du 31 octobre, il faut reconnaître qu'ils n'étaient pas tons dans de semblables conditions. Quelques-uns, cependant, avaient déjà leur place parmi les notabilités du Parlement.

M. Bineau, qui prenait le portefeuille des travaux publics, était un ingénieur en chef d'une haute capacité; il avait fait, à la Chambre, des rapports très appréciés ; sa parole était facile et it n'avait rien à redouter de ta tribune.

M. Ferdinand Barrot entrait à l'intérieur. Avocat distingué, il faisait, depuis longtemps, partie de nos Assemblées ; il avait l'expérience des hommes et des choses, un jugement très sûr, une renommée de droiture et de loyauté ; et il avait dû à ces qualités d'être appelé, prés du Prince, aux fondions de secrétaire général de la Présidence. C'eslà la confiance qu'il avait inspirée au Chef de l'État, dans ces délicates fonctions, qu'il dut d'être chargé de cette tâche difficile de renouveler, en grande partie, le personnel administratif.

M. Fould, appelé aux finances, était depuis quelque temps indiqué pour ce posle. Il était à la tèle d'une importante maison de banque et inspirait confiance au monde de la spéculation.

M. l'amiral Romain-Desfossés, l'un de nos plus vaillants marins, devenait ministre de la marine.

Quant aux autres ministres, leur choix n'était pas aussi bien compris. Le général de la Hitte prenait les affaires étrangères ; il jouissait, comme militaire, d'une grande et juste estime, mais ce n'était point un diplomate. Le général d'Hautpoul, qui devenait

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ministre de la gaerre, était fort contesté, et non sans raison. On savait qu'il ne devait son porlefeuiUe qu'à ses déférentes assiduités à l'ËIysée.

M. Dumas, ministre de l'agriculture et du commerce, était un savant déjà illustre ; mais il n'avait point encore fait preuve, pour les graves questions qu'il avait à résoudre, des aptitudes remarquables qu'il révéla plus tard.

Enfin, M. Rouher, à la justice, et M. de Parieu, à l'instruction publique, étaient deux jeunes députés dont on n'avait pu que pressentir encore la valeur. Celui qui les avait choisis avait fait preuve de discernement. On sait de quelles facultés exceptionnelles était doué M. Rouher, et si certaines lacunes se sont assurément révélées dans cet esprit d'élite, on ne peut nier qu'il n'ait été une dés personnalités les plus saillantes du règne de Napoléon III. S'il est devenu, pour des causes diverses, un conseiller fatal au lien de rester un merveilleux auxiliaire, comme il le fut au ministère des travaux publics et du commerce, c'est qu'on crut pouvoir impunément abuser de sa nature en l'arrachant aux affaires, qui étaient son élément de prédilection, pour le jeter brusquement dans la politique. On voulut en faire un homme d'État ; un tel rôle n'était ni dans son caractère, ni dans son tempérament. Nous verrons plus tard, en étudiant cette figure marquante» comment on ne fit de M. Rouher qu'un splendide avocat de la couronne, ou plus exactement l'avocat de toutes les causes dont il convint au pouvoir de lui imposer la défense. Noua verrons quelle omnipotence lui valut

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cet excès de soumission, quel fâcheux usageil fit de sa puissance, quels compromis il se résigna à subir pour échapper aux amertumes de la retraite. Nous verrons, enfin, quel irrémédiable échec peuvent faire, aux facultés les plus brillantes, l'absence de caractèpe et le manque de convictions.

Quant à M. de Parieu, il tint ce qu'il avait promis. Un discours prononcé par lui, le 5 octobre 1848, avait appelé l'attention du Chef de l'État qui, de ce jour, avait songé à l'attirer à lui. La sûreté de son esprit, son talent oratoire, sa grande honorabilité, lui marquèrent sa place dans les hautes sphères de l'État; il sut s'y maintenir, malgré les animosités tenaces de son rival le ministre de la Justice. M. de Parieu justifia, par ses services, le jugement que Louis-Napoléon avait porté sur lui ; il fut l'une des lumières du Conseil d'État, l'un des conseillers utiles et indépendants de la couronne; il reste l'un des hommes' comptés de notre temps.

On voit que la surprise avec laquelle on avait accueilli le ministère du 31 octobre était, au moins, une impression fort exagérée. L'avenir a montré que ce ministère renfermait en lui des hommes d'un véritable talent. La froideur qu'il rencontrail tenait plutôt, du reste, aux circonstances qui avaient accompagné son éclosion qu'à sa composition elle-même. L'Assemblée ressentait un secret dépit de n'être pour rien dans ses origines. Aucun vote, en effet, n'avait montré que le ministère congédié eut démérité de la confiance du Parlement. Mais qu'était l'Assemblée dans l'État? Quels services rendait*elle et que pou-

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vail-on attendre d'elle? N'avait-elle pas déjà montré son impuissance? Ses divisions profondes ne la condamnaient-elles pas à la stérilité? Elle s'agitait dans le vidé ; elle pouvait être un obstacle et ne pouvait devenir un aide ; elle ne pouvait aboutir qu'à la continuation agitée d'un ruineux provisoire au bout duquel se dressait un redoutable problème, et co problème, elle n'avait, en son sein, aucun des éléments qui pût le résoudre. Au lieu de s'appuyer sur celte Assemblée, qui lui marchandait son concours, le Prince tournait ses regards vers le pays lui-même, et, faisant cause commune avec lui, il se mettait en mesure de l'associer A son' œuvre.

Il était, d'ailleurs, grandement temps d'agir, et le Prince l'avait compris. Le ministère Udilon Barrot avaittrouvé.àson entrée aux aTTairee, les préfectures, les parquets, les emplois importants et subalternes, occupés par un personnel dévoué au général Cavaignac et aux idées que représentait l'ancien chef du pouvoir exécutif. Par tempérament, autant que par similitude de tendances, MM. Odilon Barrot el Dufaure avaient maintenu à leur poste le plus grand nombre de ces fonctionnaires, républicains prononcés, dont la plupart encore tenaient leur nomination du gouvernement de 18i8, De semblablesagents ne pouvaient se résoudre à servir la politique du Prince; iU ne mettaient quelque mesure dans leur hostilité que pour échapper à une disgrâce et pour tenter d'atteindre 18Ô2, époque à laquelle ils comptaient bien voir |revenir, à la Présidence de la

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