L.^ DISClISaiON SUR LA REVISION DK LK CONSTITimON 15S
épée; mais il ne la sortait pas du fourreau, et les susceptibilités qui se firent jour à la Chambre étaient d'autant plus empreintes d'exagération qu'en de nombreuses circonstances Analogues, le Prince avait tenu d^à un semblable langage. Mais l'Assemblée était nerveuse; ses fautes, clont elle avait conscience, avalent créé en elle une excitation latente qui ne laissait échapper aucune occasion de se manifester. Le discours de Dijon eut donc les honneurs de l'interpellation.
Cette fois, aux redites ordinaires des oppositions coalisées pour s'alarmer de l'éventualité d'un coup d'État, venait s'igouter un acte dont il importe de mesurer toute la portée. Piqué par son insatiable besoin d'importance, le général Changamier avait cru devoir monter à la tribune, II se croyait la mission exclusive de protéger l'Assemblée. Il ne laissait échapper aucune occasion de le lui rappeler et il lui aTTirmait avec orgueil qu'elle pouvait se reposer sur sa vigilance et son autorité.
Répondant au ministre delà guerre,le général Changamier disait : < Le soldat entendra toujours la voix. de ses chefs, mais personne n'obligera nos soldats à marcher contre la loi et contre cette Assemblée. Dans cette voie fatale on n'entraînerait pas un bataillon, pas une escouade, et on trouverait devant soi les chefs que nos soldats sont accoutumés à suivre sur le chemin du devoir et de l'hoa- BBur. Mandataires de la France, délibéhez ek
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Il faut peser tôt» les mots de ce manifeste pour
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apprécier la gravité qu'il voulait avoir; invitation aux soldats à manquer, dans un cas doané, à la discipline, à refuser obéissance à leurs chefs hiérarchiques. Avertissement à ces chefs que s'ils se montraient, comme la règle militaire leur en faisait un devoir, les fidèles exécuteurs des ordres du ministre de la guerre, ils trouveraient en face d'eux des généraux ea sédition pour prendre leur place et pour conduire leurs bataillons à la révolte. Paroles coupables, impardonnables surtout dans la bouche d'un soldat,; qui off'ensaient publiquement ainsi l'armée et ceux qu'elle avait à sa tête, en méconnaissant les plus essentielles et les plus admirables de ses vertus, la fidélité aveugle aux ordres de ses chefs hiérarchiques, le respect absolu de la discipline. Paroles orgueilleuses et vaines ; car, dans son for intérieur, si haute idée qu'il eût de ses mérites, de son ascendant sur les troupes, le général Changarnier ne pouvait croire, un instant, à la possibilité pour lui de transformer l'armée en une cohorte insurgée. Paroles imprudentes, jactaace périlleuse ; car, en trahissant ainsi ses secrets desseins, il mettait le gouvernement en garde, il avertissait les généraux de veiller plus étroitement que jamais sur leurs hommes, 11 stimulait encore leur dévouement à leur devoir et faisait naitre en eux l'impatience de se venger de l'affront qu'on avait fait à leur fidélité. Paroles fatales et perfides enfin ; car elles trompaient la Chambre, et, en faisant luire à ses yeux le chimérique espoir de résister victorieusement par la force à une entreprise dirigée contre elle, elles encourageaient ses penchants
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