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à la lutte et préparaient, à la veille de la discussion de la revision, une majorité hostile, quand tous les efforts des sages, qui voulaient arriver au. bien sans commotion violente, tendaient au contraire à calmer les passions et à profiler de la crainte salutaire qui dominait l'Assemblée, pour obtenir d'elle l'accord et la solution pacifique.
Il faut tout dire sur ce court morceau oratoire auquel on s'est plu à donner une sorte de célébrité et auquel les événements ont donné son caractère le plus juste : le ridicule. Il n'était pas l'œuvre exclusive du général Changaraier. Ces quelques mots voulaient avoir toute l'importance d'un manifeste et ils avaient été l'objet d'une délibération en régie entre trois ou quatre des plus ardents ennemis du Prince. M. Thiers faisait partie de ce conciliabule. L'idée première appartenait bien au général Changarnier, et il avait, selon sa coutume, confié au papier le premier flot de son éloquence. Ce papier (nous devons à un ami, qui en est le jaloux détenteur, la faveur de l'avoir aous les yeux), ce papier, qui contient la vraie première pensée du général, est couvert de ratures. L'improvisation y apparaît laborieiise. Sur une seconde feuille se trouve la copie de ce premier jet, encore couverte de corrections. Mais, celte fois, c'est M. Thiers qui corrige, et l'écriture de l'illustre homme d'État n'est pas de celles sur lesquelles l'erreur soit un instanlpossible.Puis.enfin, le factum est copié sur une troisième feuille. C'est ce chef-d'œuvre, mis au net, que le général orateur avait réussi à se graver dans la mémoire et qu'il avait débité le 3 juin à la
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tribune, aux frénétiqueB applaudissements d'une majorité en délire à peu de frais (1).
Le bruit du discours de Dijon et de l'incident qu'il avait fait naître était à peine éteint que l'Assemblée s'engageait dans le grand débat de la revision de la Constitution. La proposition en avait été déposée par M. le duc de Broglie, ce qui lui donnait le caracière de gravité désirable. La commission avait été nommée le 7 juin. Le 25 juin, le rapporteurM. de Tocqueville, déposait son rapport et, le 14 juillet s'ouvrait cette solennelle discussion qui, pendant six longues séances, devait permettre à toutes les opinions de se donner libre carrière.
A elle seule, cette discussion résume tous les griefs des partis, leurs espérances, leurs doctrines, leurs programmes; à ce titre, nous devons lui accorder plus de place que nous n'en avions donné jusqu'ici aux débals du Parlement. Il faut, en effet, savoir, par euxmêmes, ce que voulaient les ennemis de Louis-Napoléon. Dans cette révélation, nous trouverons à la fois et les origines et les justifications des résolutions ultérieures que les meneurs des partis coalisés ont imposées au Prince-Président.
Après l'apothéose d'usage des mérites de la République par un des purs de la Montagne, M, de Falloux prend part au débat et l'élève dés ses premières' paroles. Dans un langage admirable, il démontre
(i) Ces trois feuilles sont eacore, comme elles Étaient en 1361 chez le généi'al Changarnier, atlachées ensemble par une épingle. La dernière est écrite sur un revers coupa de lettre de faire-part.
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d'abord le droit, la liberté morale et constituiionnelle de l'Assemblée, de voter la revision de la Constitution. Une veut point d'une revision partielle, il veut la révision entière, absolue; il veut que, par cette consultation suprême des volontés du pays, la France puisse sortir de l'état de détresse où la retient captive l'expérience tentée de la forme républicaine. Il fait ressort tir, avec infiniment de justesse, l'inaptitude de la France à vivre en République : < On ne fait pas, dit-il, de la république avec des circulaires; on ne fait pas de la république avec des commissaires; on bit de la république avec des mœurs, avec des institutions, avec une situation géographique républicaines; on ne fait de république qu'avec des vertus républioaines. On fait de la république comme cela, ou l'on n'en fait pas, ou l'on en fait une détestable et pitoyable contrefaçon. >
Puis l'orateur repousse cette fallacieuse doctrine : « La République est le régime qui nous divise le moins. > Doctrine à t'aide de laquelle M. Thiers tentait alors, comme plus tard, d'endormir le pays sur te bord de l'abîme : t La République, dit M. de Falloux, ce n'est pas le régime qui nous divise le moins, c'est le régime gui nous permet de demeurer divisés , c'est bien différent ; c'est le régime qui nous permet de rester divisés les uns vis-â-vis des autres, loyalement, honorablement, commodément; commodément aujourd'hui, demain peut-être non.
« Eh bien, c'est là un avantage dont nous avons joui trois ans; c'est assez, n'en abusons pas.
< Ce régime, qui nous divise te moins, c'est celui
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qui ruine la France, c'est celui qui annule toutes ses forces, c'est celui qui condamne le grand parti de l'ordre à, encourir la responsabilité d'une radicale et invincible impuissance, c'est le régime qui condamne notre pays non seulement à l'immobilité, mais à la léthargie, à cette sorte d'élat dans lequel on conserve encore assez de perception pour voir que l'on creuse votre fosse et que l'on coud votre linceul, mais pas assez pour pousser le cri ou faire le mouvement qui vous sauverait.
( ^'oilà l'état que nous devons au régime qui nous divise le moins.
«Ehbien, cetétatnepeut pas durer pour un peuple sans devenir mortel ; c'est la léthargie, on le sait ; pour la léthai^ie, il faut le réveil ou la mort.
« Ainsi donc il faut nous mettre franchement et courageusement à l'œuvre; il faut nous y mettre en sondant le mal dans toute sa profondeur et en cherchant à appliquer non pas un palliatif, mais un remède à ce mal. *
M. de Falloux montre enfin la monarchie comme la seule ancre de salut, et, restant dans le domaine théorique, ne prononçant aucune exclusion, il fait appel aux hommes de tous les partis pour les convier à cette œuvre patriotique. A ses yeux, le spectre rouge n'est à redouter que si les conservateurs se divisent; leur union le ferait instantanément évanouir. Union pour sauver la France, tel est le résumé de cette éloquente et patriotique harangue. Et ne serons-nous pas pardonnable, en conviant ici les gens, égarés dans l'acceptation inconsciente de la forme républi-
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