LA DISCUSSION SDR LA RKVISION DE LA CONSTITUTION
cainff, à méditer ccb sages et pMlosopliiques paroles de M. deFaUoux?
Après M. de Falloux, c'est M. de Mornay qui porte la parole au nom du parti orléaniste. Ce qu'il veut, il le dit sans détours : il repousse la revision de la Constitution, parce que la revision est le prélude de l'Empire et qu'il veut à tout prix échapper à un semblable péril. Il ne reconnaît ni le droit divin monarchique, ni le droit divin républicain ; il restera, quoi qu'il advienne, rivé à ses souvenirs et à ses espérances. Ses espérances se comprennent : c'est, sons une forme quelconque, un prince d'Orléans à la léte du pouvoir.
Il était réservé au général Cavaignac d'apporter dans le débat l'af Ormation de la doctrine républicaine. 11 le fait avec un remarquable talent, avec mesure, avec tact, avec un sentiment de dignité auquel on reconnait l'homme qui a occupé le premier raag dans l'État, S'il est condamné à se maintenir trop souvent dans d'obscures théories ; s'il est obligé de reprendre cette redite de M. Thiers, i La République est le « régime qui nous divise le moins, > il subit en cela les exigences de sa cause. Pour lui, la République est un droit et un droit d'une nature indisculable. La revision de la Constitution est essentiellement prématurée. Une telle entreprise ne saurait être logique et fructueuse qu'après une longue et consciencieuse expérience. L'orateur ne veut, en tous cas, voir introduire dans une constitution républicaine ni le droit de rééligibilité du chef de l'Ëlat, ni l'accroissemenlde durée de son pouvoir. 11 s'oppose à la revi-
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l LE SECOND BMPIRB
sion parce qu'il y voit, sans le dire autant qu'il le pense, la faculté légale, pour le pays, de perpétuer le pouvoir sur la tête de Louis-Napoléon et peut-être d'en modifier la forme. On aperçoit aisément, dans le langage du général, les résolutions énei^iques et fermement arrêtées de son parti.
M. Michel de Boui^esprenait,à son tour, la parole. Il faut relever, au passage, une prédiction par laquelle il jetait, au milieu de ces débats, un instant d'hilarité. M. Thiera en faisait les frais. ÀM. Thiers qui combattait â celte heure, avec toute l'ardeur de son esprit, peut-être de ses convictions, le mouvement révolutionnaire, à M. Thiers, qui se faisait le promoteur et le soutien des lois de réaction, M. Michel de Bourges adressait cette piquante prophétie :
€ M. Thiers,... il viendra à nous, et de plus en plus; car il est Français, il est révolutionnaire au fond et plus qu'il ne le veut et plus qu'il ne le
dit » {Hilarité bruyante à laquelle prend part
M. Thiers.)
M. Michel de Bourges connaissait son adversaire de '1851. S'il avait vécu vingt ans après, il l'eût, en effet, trouvé l'un des pluschauds partisans d'une nouvelle république; mats celle-là lui donnait le pouvoir, el il fallait bien ne pas se montrer ingrat pour elle !
La parole de M. Berryer était impatiemment attendue dans le débat. Nulle occasion plus propice ne pouvait lui être offerte de donner un libre cours à ses magniSques qualités oratoires. Il avait à venger la royauté des attaques que M. Michel de Bourges avait multipliées contre elle, à repousser surtout cette dure
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LA DlSCUSSICm SUR LA REVISION DE LA CONSTITUTION 161
aocQsation d'être antipathique à la nation. Le besoin de sa défense ne l'entraînai t-il pas au delà du programme traditionnel du plus grand nombre de ses amis, quand il glorifiait la révolution de 1789, quand il en disputait le patrimoine â la République elle-même pour se l'approprier. € Mais la République, disait-il. a brisé les principes des institutions de 1789!... Mais vos amis, et Thouret, et Bailly, et Chapelier, et tant d'autres que je pourrais citer, qui ont fondé les institutions de 1789, ils sont tombés sur les échafouds de la République. Ah! il y a une distance immense entre vous et 1789. Ses principes, ses grandes réformes que nous revendiquons pour notre pays , que nous saurons y maintenir , auxquels nous avons engagé notre vie... Vous savez si j'ai été inGdèle aux principes de 1789; mes amis ne le sont pas plus que moi. Mes amis veulent les défendre, ces principes ; ils les appellent pour le gouvernement de la société française, et prenez-y garde quand vous dites que la monarchie est antipathique avec eux! Vous oubliez que la grande œuvre de 1789, provoquée par le plus vertueux des rois, provoquée par le grand martyr Louis XVI ; que cette grande œuvre de 1789 était fondée sur le principe de l'hérédité de la souveraineté, publique... (C'est vrai! c'est vrai !) Où allez- vous donc chercher vcs incompatibilités? *
M. Berryer se sentait plus à l'aise en se livrant avec toute sa verv'e oratoire à l'apologie de la Restauration ; il avait de bonnes vérités à dire et elles n'avaient qu'à gagner à passer par sa bouche. Du
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sujet principal de la discussion, il disait peu de choses et le fond de sa pensée restait, volontairement sans doute, enveloppé de nuages. Il votait la revision et plaçait sa fragile espérance de restauration dans 1 es décisions de l'Assemblée constituante élue. Mais au cas, qu'il disait probable, du rejet de la proposition de revision, il voulait la soumission de tous à la loi existante. Il denandait ainsi au Prince de s'incli' ner devant l'ostracisme que prononçait, intentionnellement contre lui, la Constitution de 1848, et en môme temps il demandait au pays de refouler ses préférences et ses convictions pour attendre, dans les lentes agonies républicaines, le salut d'un hasard invisible. Une' crainte le dominait entre toutes. Si la revision de la Constitution n'était pas votée par la Chambre, c'était la réélection illégale, mais inévitable àsesyeux, de Louis-Napoléon. Il le montrait alors dominant absolument la situation, maître du pays, maître de tout. Une telle solution était l'anéantissement absolu de la restauration de son Roi. Il voulait la prévenir, et la revision de la Constitution lui apparaissait comme la seule sauvegarde contre un si menaçant danger.
La République avait eu son défenseur doctrinal dans le général Cavaignac, son apologiste trop passionné en M. Michel de Rourges. Ce fougueux Montagnard n'avait pas craint de revendiquer la solidarité de la Convention en excusant jusqu'à ses plus mauvais jours et jusqu'à ses plus détestables dominateurs. Mais son discours s'était maintenu dans de nuageuses et brillantes déclamations. M. Pascal Du-
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