‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 27 sur 100 · LA DISCUSSION SUR LA. REVISION DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LA DISCUSSION SUR LA. REVISION DE LA CONSTITUTION

prat allait formuler, ayec plus de précision, les opinions et les desseins de son parti. Il repousse la revision parce que ceux-là seuls qui veulent la royauté ou la prolongation des pouvoirs de Louis-Napoléon s'en font les défenseurs. Parlant de la force puissante des sociétés modernes, dont on ne lui paraissait pas avoir tenu un compte safflsanl dans cette longue discussion, il finissait son discours en disant : ■ E^ bien, que vous propose-t-on aujourd'hui ? On vous {«■opose de résister à cette Çjrce irrésistible. Prenez-y garde, n'obligez pas, par des mesures imprudentes, n'obligez pas cette force souveraine à prendre son nom de bataille ot à s'appeler encorb la révolution, » Tous les périls de 1852 se dressaient dans les paroles menaçantes de ce < fils de la Convention >, comme il s'était qualifié lui-même, et les applaudissements frénétiques delà Montagne étaient moins un hommage au talent dont M. Pascal Duprat avait fait preuve, qu'une adhésion ardente aux sinistres menaces dont il s'était fait l'interprète.

Malgré quelques écarts de violence, la discussion était, jusqu'à ce moment, restée sérieuse et digne. Il appartenait à M. Victor Hugo de la faire dévier de sa gravité. Dans une interminable déclamation, le malheureux poète, fourvoyé dans la politique, avait entassé tous les sophismes, toutes les hérésies sociales que de longues méditations avaient arrachées à son cerveau malade d'oi^ueil et d'ambition. Excitant d'abord l'hilarité, il soulevait à la Qn l'indignation de la Chambre. Touchant à tout sans savoir, et toujours dans ce style prétentieux émaillé d'antithèses et de

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métaphores, il ne réussissait à se faire prendre au sérieux sur aucun des bancs de la Chambre. Les ap~ plaudissements obligés de la Montagne n'étaient que la naturelle récompense de son apostasie. Les hommes les moins prévenus plaignaient un t^l égarement d'esprit et gémissaient en entendant le nouveau montagnard attaquer successivement tous nos grands principes sociaux.

Profanant tout, jusqu'à ce* passé lui-même qu'il avait encensé, il exaltait les mérites et la gloire de la République, comme si, toujours, elle eût été son idole, et il se faisait jeter au visage ce titre de pair de France qu'il avait obtenu de celle royauté qu'il abreuvait d'outrages, dont il avait été l'obligé, lo courtisan, le défenseur et enfm le pensionné. Cette pension de deux mille francs, qu'il devait à la munificence de X^uis XVIII, et que, de son aveu, il touchait régulièrement sur la cassette du roi, on la lui rappelait, dans les termes les plus durs, et le poète, étourdi, sous l'accablante évidence de ses ingrates palinodies, balbutiait quelques justifications qui ne justifiaient rien. Entraîné par le ressentiment, il en venait à la menace et osait convier la droite de la Chambre à méditer, en traversant la place où avaient péri Louis XVI et tant de nobles victimes, aux avertissements que leur donnaient ces souvenirs sanguinaires. Puis il s'enprenait directement à Louis-Napoléon. Ses injures arrivaient à un tel degré de violence, que l'Assemblée se soulevait contre un pareil oubli des plus vulgaires convenances.

■ C'est une diatribe, ce n'est pas un discours^ >

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LA Discussion aUR LA RKVIStOH DE LA CONSTlTimo:4 ]fl&

avait dit le président de la Chambre à l'orateur, qui a'ea était pas moins fier de ce qu'il considérait comme un succès. Lorsque l'esprit humain atteint ce paroxysme d'admiration de soi-même auquel était arrivé M. Victor Hugo, le sens moral s'évanouit et on croit découvrir la louange jusque sous les plus sanglantes avanies.

Pour les gens sérieux, pour le pays intelligent, un pareil discours ne demandait aucune réponse; il por^ tait en lui, les plus concluantes réfutations.

Mais la masse se laisse prendre trop souvent à ces invectives, à ces images pompeuses, à ces accusatioos perfides, le ministère crut qu'il était de son devoir de faire justice de ce réquisitoire emphatique et M. Baroche, ministre des affaires étrangères, répondait à M. Victor Hugo. Le ministre ne ménageait pas ses coups. Jugeant avec raison qu'en France le ridieole tae l'homme plus que les raisons les meilleures, M. Baroche écrasait tout d'abord le pauvre poète sous le poids du ridicule. Rapprochant ses convielions républicaines nouvelles de ses anciennes ardeurs légitimistes, il rappelait celle qualification qu'on lui avait donnée du < plus pindariste des royalistes >, il le montrait se faufilant à l'Elysée, contribuant à fonder ce fameux comité de réaction de ta rue de Poitiers et passant ainsi, sans qu'il semble lui en coûter, par toutes les opinions,

M. Baroche avait plus k faire qu'à flageller M. Victor Hugo; il entrait dans le fond du débat et, avec une logique serrée, il démontrait l'opportunité de la revision ; il la montrait comme le seul procédé capable

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166 MEHOmES SUR LE SECOND EHPIRE

de déjouer de nombreuses intrigues qui se croisaient aa sein de l'Assemblée, comme la plus sûre garantie contre ce Coup d'État si universellement annoncé. Il terminait son discours en disant :

« Ordonnez, votez la revision légale, emprisonneznous dans la légalité dont on nous accuse de vouloir sortir. Voilà ce que nous vous demandons.

■ Au nom du pays, ne repoussez pasceremédedans lequel il a foi, et songez, Messieurs, je vous en conjure, et je termine par ces mots ; songez à l'immense responsabilité qui pourrait peser sur vous si vous refusiez, si vous rejetiez cette demande de revision qui,selonmoi, répond aux véritables besoins, aux valables nécessités, au véritable vœu du pays tout entier. ■

Dans cette chaleureuse insistance, ne pouvait-on pas voir encore un loyal avertissement de la part du pouvoir! Pour tout homme de bon sens, les paroles de M. Baroche voulaient dire : < Nous vous indiquons la solution légale qui dispense de recourir à un acte d'autorité; écoutez notre conseil, et toute raison d'être disparait pour un Coup d'État. >

M. Dufaure était l'un des plus fervents constitutionnels de la Chambre; il avait cru comprendre que la valeur des origines de la Constitution, que l'autorité momie de l'Assemblée constituante étaient mises en doute; il venait protester contre une semblable accusation. Ces circulaires de i848, ces abus de pouvoir des Commissaires du Gouvernement, loin de leur accorder aucune influence, il les stigmatisait et affirmait qu'elles avaient produit un effet absolument contraire à celui qu'on semblait en attendre. S'il con-

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sentait à reconnaître, dans la Constitution, quelques imperfections de détail, il n'y trouvait aucune raison suffisante pour motiver la révision, la mise en question de ses dispositions essentielles ; il voulait le maintien de la République et protestait contre les antipathies qu'on l'accusait de rencontrer dans le pays. Il finissait son discours en affirmant que le pays, si la Constitution n'était pas revisée, n'oserait pas s'engager dans les voies illégales en réélisant inconstitutionnellement Louis-Napoléon en 1852, I! poussait plus loin la confiance ; il espérait que le Prince se refuserait lui-môme à accéder au vœu de la nation, et que, sans secousses et sans orages, on violenterait ainsi la volonté de la France.

Le débat s'épuisait : cinq longues journées avaient permis à toutes les opinions de se produire au ^rand jour. Mais c'étaient surtout les opinions extrêmes qui avaient été soutenues. M. Odilon Barrot venait clore la discussion en apportant, à la tribune, des paroles de modération, de prévoyance et de conciliation.

Après un savant exposé des doctrines constitutionnelles, après l'examen approfondi des conditions qui seraient faites au pays^ selon que l'Assemblée accepterait ou refuserait ta révision de la Constitution, M. Barrot montrait à la Chambre les graves responsabilités auxquelles l'exposerait un refus, si de ce refus devaient aaitre des agitations et des perturbations politiques et sociales. C'est à l'Assemblée, à sa résistance, à son obstination que le pays attribuerait, et ' non sans raison, la cause des désordres dont il anrait à souffrir. Si l'orateur se fût adressé à une assemblée

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468 HBHOIHKS BUn LE SECOND EKPtRIE

calme, réfléchio, qne ne dominassent point les partis pris, il eût été compris ; il eât été suivi quand il faisait toucher du doigt, à cette Chambre, l'intérêt qu'elle avait elle-même, autant que le pays, à accorder la revision de la Constitution.

Pour peu qu'il fût resté de clairvoyance à l'Assemblée, un pareil langage devait être entendu ; mais il est des heures où toute liberté d'esprit disparaît inconsciemment dans les Chambres : on n'écoute plus que ce que l'on pense. La sagesse, la raison, la vérité perdent tout empire ; la passion prend leur place et c'est de ces dispositions funestes que sortent trop souvent les résolutions qui enchaînent le sort des peuples quand une autorité supérieure, hiérarchique et constitutionnelle n'est pas, comme dans un régime monarchique, appelée à exercer son contrôle sur des décisions issues de l'entraînement.

Or, daiis ce genre de débat, la Chambre était souveraine, nul pouvoir n'avait à contrôler sa décision ; encore sa souveraineté avait^-elle subi une sorte de . mutilation par l'ingénieuse méQance de la Constitution de 1848. Ce n'était plus la moitié plus un des suffrages qui formait la majorité; le quart des votants sufTisait pour faire rejeter la proposition de revision et pour exercer la souveraineté du refus. Les votes de l'Assemblée se partageaient ainsi :

Nombre des votants -. . 124

Majorité constitutionnelle, c'est-à-dire des

trois quarts des votants 543

Pour l'adoption 446

Contre l'adoption 278

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LA. DISCUSSION SUR LÀ RBVISION 08 L\ COHSTITUTION 169

La proposition n'ayant ainsi réuni que la majorité ordinaire et n'ayant pa3 pour elle la majorité constitutionnelle, l'Assemblée n'avait pas adopté la proposition de la revision de la Constitution.

Mais que restait-il d'une Constitution condamnée par le pays, condamnée par la Chambre elle-même à une forte majorité et qui ne devait la prolongation de sa précaire existence qu'à une exigence excessive du législateur, à la modification des règles ordinaires des voles des Assemblées, à la minorité numérique et passionnée du Pariement ! La Constitution et la Chambre s'étaient englouties du même coup dans cet impolitique et provoquant arrêt.

Après d'aussi longs débats, il était permis de penser que tout avait été dit sur la question en litige.

La Chambre n'avait-elle pas, on effet, suffisamment montré son hostilité contre Louis-Napoléon ? N'avait-elle pas assez hautement précisé sa volonté de l'exclure des combinaisons de l'avenir? N'avaitelle pas assez clairement indiqué au pays son parti pris de résister aux manifestations chaque jour plus éclatantes de ses préférences et de ses desseins? Sur tous ces points, on eût pu croire, à boa droit, que la mesure était comble, et cependant, pour quelques esprits chagrins, il restait encore une précaution à prendre. Les pétitions continuaient â affluer à l'Assemblée ; tous les corps constitués, les municipalités surtout, demandaient, les uns la révision de la Constitution, les autres la prolongation des pouvoirs de Louis- Napoléon ; tous laissaient voir clairement leur terreur du conflit qu'engendrerait fatalement,

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170 MBUOIRES SUH Lt, EECOHD EXFIRB

oa 185â, la stricte application des dispositions existantes delà Constitulioa de 1848, et leur volonté de laisser, entre les mains du Prince, les rênes du pouvoir. Ces pétitions, et le mouvement qui les faisait □ailre, constituaient aux yeux des ardents de la Chambre un péril qu'il importait de conjurer sans retard. A la suite d'une discussion engagée sur ce. point, et malgré les assurances de M. Léon Faucher, qui n'était cependant pas suspect de fanatisme en faveur du Prince, l'Assemblée adoptait, à la majorité de 333 voix contre 320,. l'amendement suivant proposé par M. Baze :

( L'Assemblée nationale, tout en regrettant que dans quelques localités, l'administration, contrairement à ses devoirs, ait usé de son influence pour exciter les citoyens au pétitionnement> ordonne le dépôt des pétitions au bureau des renseignements. •

C'était, à la fois, une nouvelle provocation à l'adresse du Prince, un blâme à ses ministres, si prudents qu'ils se soient montrés en face de ce mouvement qui pasQ(iit.. au-dessus de leurs tètes, un avertissement impuissant et naïf au paysdé ne plus vouloir ce qu'il voulait et de cesser de le dire à la Chambre. Quel affligeant spectacle n'ofïrait pas cette Chambre en poursuivant ainsi, par ses intrigues et au prix de contradictions humiliantes, ce but de l'exclusion du Prince ! A quels illogismes n'en était-elle pas réduite ! Elle proclamait à chaque phrase la souveraineté du peuple, c'était le dogme fondumental qu'elle entourait de sa vénération, qu'elle plaçait au-

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LA DISGUSStOR SUR LA REVISION DE L\ COKSTITUTIOH 17f

dessus de tout, et ses efforts tendaient à paralyser, pour ce peuple prétendu souverain, l'usage qu'elle redoutait lui voir faire de sa souveraineté. S'abritaat, pour la résistance, derrière cette constitution, œuvre passionnée d'une Chambre issue des plus mauvais jours, d'une Chambre élue sous la pression de commissaires terroristes, elle voulait éterniser ses lois, dans la peur que le pays, rendu à lui-même, rendu à sa vraie liberté, ne substituât le langage de la raison, de la siigesse et de la vérité à celui de la méfiance, de la passion et de l'injustice.

A ce peuple pompeusement proclamé peuple libre, peuple souverain, arbitre suprême des destinées du pays, on disait sans pudeur, tant l'aveuglement de la haine obscurcissait les esprits :

Vous voulez conserver à la tète du pouvoir le Prince Louis-Napoléon. Nous ne le voulons pas.

Vous demandez la révision de la Constitution, afin de pouvoir légalement réélire le Prince. Nous vous refusons cette revision, qui ouvrirait la porte à la libre manifestation de votre volonté.

Vous nous menacez, tant est tenace votre volonté, de réélire le Prince, contre nous, contre nos décisions, malgré nos interdictions. Nous vous avertissons que nous oi^anisons la résistance à vos votes; nous anéantirons vos suffrages s'ils osent braver notre omnipotence.

Et pour couvrir notre attentat, pour couper court

A toute insistance, pour clore ce grand débat, pour

étouffer cette explosion du sentiment public qui

nous assourdit au début de chaque séance par le

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172 HâlIOIRES SUR LB SECOND EMPIRE

4lépôt d'innombrables pétitions , pour refouler cette intarissable manifestation qui nous obsède, nous violente et nous humilie, nous vous signifions notre dédain et nous frappons d'un blâme sévère les ministres que nous déclarons vos complices.

En résumé, peuple souverain, entendez bien que voire souveraineté consiste à ne vouloir que ce que veut notre bon plaisir. Arrière toute fantaisie d'iadépendance ! Nous avons une arme pour vous frapper si vous ne vous soumettez pas. Vous nous demandez de nous en dessaisir, nous la retrempons au contraire pour que vous en mesuriez mieux la puissance. Peuple souverain, soumettez-vous, abdiquez votre souveraineté, jusqu'au jour où vous nouslais" serez voir qu'elle favorise nus desseins!

Et, à ce Prince qu'on voulait rendre spectateur impassible de cette agonie d'impuissance, on disait : Nous savons que le peuple veut vous perpétuer au pouvoir; nous savons que, malgré nos interdictions, malgré la Constitution elle-même, ce peuple, insoumis à notre tyrannie, vous proclamera chef de l'État; nous foisons appel à votre désintéressement et à votre déférente soumission pour vos implacables ennemis ; vous refuserez ce pouvoir que le pays vous donne, pacce que des ennemis impuissants veulent vous le ravir et le prendre à votre place. N'étaitce pas cela qu'on disait au Prince, n'était-ce pas cela qu'on disait au pays, et pouvait-on s'étooner que le peuple et le Prince foulassent aux pieds de si présomptueux caprices, de si naïves exigences, de ai révoltants abus d'une autorité expirante l

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tA DISCUSSION SUR LA REVISION DE LA COHSTJTUnOH 178

En présence de pareilles résolutions de l'Assemblée : refus de reviser la Constitulion, inlerdicUon légale de réélire Louis -Napoléon, quelle situation était donc faite au Prince ?

Deux partis étaient à prendre : se soumettre à cette coalition fragile et haineuse, impuissante par ses divisions à créer un pouvoir quelconque ; assister, spectAteur insensible, aux convulsions du pays, et, au lendemain de la ruine, s'abriter piteusement derrière le mauvais vouloir de la Chambre, derrière la lettre de la Constitution pour échapper à la terrible respODsabiUté d'avoir laissé cette généreuse nation s'anéantir sous des monceaux de ruines sans lui avoir tendu une main secourable : telle était la première résolution qui s'offrait au chef de l'État garrotté dans le texte de la Constitution, enchaîné dans les votes de la Chambre. Esl-il besoin de le dire , une si coupable impassibilité n'était point heureu~ sèment dans la nature de Louis-Napoléon.

Et quel était l'autre parti qui s^offrait au Prince? Pour celui-là, au lieu de s'abriter derrière les textes constitutionnels pour assister à l'agonie de Ht France, il fallait aH'ennir son cœur, élever sa pensée à la hauteur des périls, faire appel à son courage, à son dévouement, à son patriotisme; se jeter fièrement à la tète de ce peuple en détresse, et lui rendre généreusement, en même temps que son salut, la complète liberté de disposer de lui-même, le droit de se donner le gouvernement de son choix. Ce partilà, le seul qu'une âme élevée et généreuse pût comprendre, nous verrons que ce fut celui auquel s'ar-

. rêta Louis-Napoléon, dès que tous les procédés légaux furent, avec un soin jaloux, fermés étroîtemenl devant lui.

De ce jour, la guerre est définitivement ouverte, les deux champions sont en présence ; la rencontre est sans merci, l'un des deux doit y succomber. Et voyons, en efïet, comment dans ce duel à outrance chacun va préparer ses coups ; quelle part va prendre il la lutte le grand témoin des jouteurs en présence, le pays. Le pays voit le péril ; il sent que le triomphe du Prince est son salut, que son échec est sa ruine : il le soutient de tous ses efforts. Les assemblées départementales sont à peine réunies dans leurs sessions ordinaires qu'à la presque unanimité elles demandent de nouveau la revision de la Constitution; elles se mettent ainsi en hostilité ouverte avec l'Assemblée, et donnent, une fois encore et au moment suprême, un puissant encouragement au Chef de l'État (I).

Mais ce n'était pas avec M. Léon Faucher qu'on pouvait aller aux résolutions hardies de résistance à la Chambre et d'appel au pays. A une situation ab- Bolument nouvelle et éventuellement périlleuse, il fallait des hommes nouveaux et résolus. Nous allons assister à la dernière des évolutions ministérielles

(1) Sur 86 conseils gënéraux, 80 avaient demandé la révision de la Constitution, 3 s'étaient abstenus, 2 seulement avaient repoussé celte proposition, et encore ne l'avaient-ils fait qu'A une très faible msjorité. Le déparlemeut de la Seine n'avait point en ce moment de conseil général.

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