LEB PHEMIKRBS CONFIDENCES DE LOUIS -K\POLÉON
d'eatendre celte parole convaincue, loin d'y trouver uae révélatioa ambitieuse, vous y eussiez reconnu les accents du plus sincère patriotisme.
■ Je suis avec vous, dis-je au Prince, puisque vous êtes absolument résolu à agir ; mais envisageons, en dehors de toute préoccupation personnelle, le côté pratique de la grave question qui, à si juste titre, occupe votre esprit. Ce que vous voulez faire, ce n'est pas un coup de force exclusivement militaire, comme on vous en prèle la pensée ; vous ne voulez pas vous emparer du pouvoir et vous faire proclamer empereur par vos soldats ; vous voulez associer la nation à votre entreprise ; vous ne voulez devoir le pouvoir qu'à elle, vous ne voulez sortir d'ime légalité périlleuse que pour rentrer immédiatement dans une autre légalité, celle-là salutaire et proteclrice; vous voulez que l'autorité civile fwrtage, avec l'autorité militaire, le fardeau de l'entreprise; la question se précise, el je me permets de vous en exposer le côté pratique.
t Toutes les transformations qui, depuis le com- Aiencement du siècle, se sont produites dans le gouvernement de la France, c'est à Paris qu'elles se sont accomplies : ce que Paris a fait, la France Ta accepté. Cette fois encore, il en sera de même. C'est donc de Paris qu'il convient de se préoccuper avant tout ; là est, à. la fois, et te siège' de l'action décisive et la clé du succès. Or, à Paris, dans ces moments suprêmes où se jouent les destinées de la nation, deux forces seules se partagent l'action et la responsabilité : l'armée et la police. Le préfet de police
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dispose de l'autorité préventive, et le ministre de la guerre a dans sa main la force répressive. Le ministre de l'intérieur n'a d'autre direction que celle des départements ; son rôle ne commence qu'alors que Paris a prononcé : il ne concourt que tardivement et passivement à la sanction du fait accompli, car il est de tradition que, tout en lui étant fictivement subordonné, le préfet de police se meut dans sa complète indépendance. C'est donc à la Préfecture de police que sera dévolu le rôle décisif dans l'application du plan projeté. Des mesures prises par elle, peut dépendre le succès. Et, pour finir, j'ajoutais : en présence de semblables conjonctures, c'est à la Préfecture de police que je demande au Prince d'utiliser mon dévouement. >
Sur ces dernières paroles, l'accord fut complet, et je quittai Louis-Napoléon lié vis-à-vis de lui dans les conditions que j'avais déterminées moi-même et qu'il avait bien voulu accepter avec une vive expression de gratitude. Je ne faisais qu'une réserve. Il ne me convenait pas de conserver pendant longtemps, le poste de préfet de police ; je n'acceptais cette situation qu'avec la mission expresse de préparer et d'exécuter te plan convenu. Une fois les événements accomplis, je reprenais ma liberté .
Mais, dans cette conversation importante, nous avions pour ainsi dire anticipé sur les événements. La solution de la question ministérielle était restée en dehors de notre entretien ; il était dit seulement que ma nomination ne paraîtrait qu'avec la constitution du nouveau cabinet.
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Ce n'était point chose facile que de former un cabinet sur un terrain aussi peu déBni que l'était cehii choisi par le Chef de l'État. Les négociations se poursuivaient péniblement. M. de Persigny et le colonel Fleury, tous deux les confidents du Prince, en avaient la principale'direction. L'accord était difficile à établir, parce que le Président ayant pris le parti de ne former qu'un ministère transitoire, il taisait naturellement sa véritable pensée aux hommes qu'il cherchait à y faire entrer, et ceux-ci ne voyaient plus, en face d'eux, d'objectif suffisamment déterminé.
Le rappel de la loi du 31 mai, tel était le commencement de la campagne, c Mais après? > disaient ceux auxquels on demandait leur coopération. — Après, disait le Président, nous prendrons conseil des événements !
La difficulté de constituer le cabinet faillit mettre à néant tous les plans qui avaient été arrêtés entre le Prince et moi. Je n'avais accepté la Préfecture de police, qu'à la condition que ce qu'on appelait le Coup d'État se ferait sans retard et à la première occaeionjugée favorable. Les ministres choisisou en Toie de l'être posaient, au contraire, cette condition expresse à leur entrée aux affaires, qu'ils seraient en droit de rassurer la Chambre contre toute tentative de ce genre. J'avais dû déclarer au Président que si cette faculté leur était accordée, je le priais de me dégager de ma parole, et je lui indiquais même, pour prendre la Préfecture de police, M. Piétri qui était alors préfet du département de l'Ariége et dont le dévouement était à toute épreuve.
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Les choses en étaient là. J'avais, depuis deux jours, cessé de me rendre à Saint-Cloud et je me disposais à regagner Toulouse, quand une dépôciie me rappelait près du Prince.
La question avait encore une Tois changé de face. On renonçait aux hommes qui avaient exigé l'engagement de rester rigoureusement dans ta légalité ; on avait réussi à trouver des ministres qui ne posaient point cette condition. Le Président restait libre ; il revenait pleinement à ses premiers projets. Le ministère n'était plus, dans sa pensée, qu'un ministère transitoire dont la seule mission était de demander le rappel de la loi du 31 mai. Cela fait, on songeait à agir, à agir sans lui, le général de Saint Arnaud et moi restant seuls chargés de préparer le grand événement et d'en poursuivre l'exécution. Enân, et après de nombreuses tergiversations, on en était ainsi revenu à la seule résolution à prendre, résolution considérable sans doute ; mais dont nous avone^ déjà montré, jusqu'à l'évidence, la légitimité et la pressante exigence. Dans ces conditions, j'acceptais de nouveau la Préfecture de police, et M. Piètri, qui, sur mon refus, avait été mandé i Paris sans en savoir la cause, était consolé de son brusque voyage en devenant mon successeur à Toulouse.
Le lendemain, 26 octobre, le ministère figurait au Moniteur, il était ainsi composé :
MM
Marquis de Tuhqot, aiTaires étrangères,
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3 COHTIDIIICKB DE LOUtS-HAPOliOH 197
MM
DE Thorigny, intérieur,
CoRBiN, justice (1),
Général de Saint Arnaud, guerre,
Comte DE Casabianca, agriculture et commerce,
Blondel, finances,
Lacrosse, travaux publics,
GiHAUD, instruction publique,
FoRTOUL, marine,
DE Maupas, préfet de police.
En même temps que ma nomination paraissait au Moniteur, je recevais, de M. de Persigny, la lettre suivante :
■ Paris, ce dimanche S6 oolobre 1851, à 11 heures.
( J'ai le plaisir de vous annoncer que, par décret de ce jour, M. le Président de la République vous a nommé préfet de police. Je vous envoie ci-joint la composition du nouveau ministère.
€ Agréez, etc.
* F. de Persigny. »
Je cite cette lettre, de peu d'importance en ellemême, pour montrer quel était le rôle de M. de Persigny. Il donnait avis des nominations aux hauts
(1) Le fnovembre, M. UavieI,procurear général à Rouen, était appelé au ministère de la justice, eu remplacement ds H, Corbin non auceptanl.
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emplois comme t'eût fait le ministre chargé de constituer le cabinet. Le cabinet du 'S& octobre était en effet en grande partie son œuvre. Le Prince avait ainsi renoncé, par suite de mon refus de prendre le portefeuille de l'intérieur, à avoir, au sein du conseil, deux confidents de sa pensée intime. Le général de Saint Arnaud restait le seul ministre initié à ses desseins ; l'autre dépositaire de sa confiance était à la Préfecture de police.
On voit ainsi que les dissentiments qui avaient eu lieu, le mois précédent, entre le Prince et le général de Saint Arnaud avaient fait place à de nouveaux rapports de conBance. Le colonel Fleury avait été l'habile négociateur de ce rapprochement ; et si le jeune colonel, qui deviendra l'un des hauts dignitaires, l'un des personnages les plus importants de l'Empire, rendit plus tard à son souverain, de nombreux et éminents services, celui qu'il lui rendait alors restera le plus précieux entre tous. Le colonel Fleury venait, après le lui avoir donné, de ramener à Louis- Napoléon, un général courageux et habile, un homme de cœur et d'action (1).
(1) Noue dirons plus tard oommeat ce fut le colonel Fleur; qui indiqua à I.ouis-Napoléoa le général da Saint Arnaud comme réunissant plus que tout autre, les qualités essentielles pour le rûle important de ministre de la (guerre au moment décisif, et comment encore ce fut le colonel Fleury, qui décida le général à mettre son dévouement au Service du Prince.
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