PROPOSITION DES QUESTEURS
savoir quels étaient ces procédés d'înformatioa et quelle lumière ils avaient jetée, pour nous, sur les vrais projets de nos ennemis.
De tout temps, te commandant en chef de l'armée de Paris avait eu, à sa disposition, une sorte de police indépendante de celle de la préfecture. Le général Changarnier avait eu sa police pendant la durée de son commandement ; il en avait même assez sensiblement étendu l'oi^anisation, et, en quittant son poste, il avait conservé, avec quelques-uns de ses anciens agents, des relations à l'aide desquelles il avait pu continuer à exercer une certaine surveillance sur les faits qu'il avait intérêt à connaître. Plus tard, et alors que les audacieux de la ratgorité songeaient plus sérieusement encore que par le passé à renverser le Prince- Président, le général, véritable chef de la conjuration, avait vu s'accroître ses moyens d'action; il avait organisé une véritable poUce dont la mission presque exclusive était de surveiller les faits et gestes de l'Elysée et de la préfecture depolice.
Mais dans cette lutte de surveillance que le général engageait contre te gouvernement, nous avions sur lui plus d'un avantage.
Le personnel de ce qu'on est convenu d'appeler « la police secrète > est plus limité qu'on ne le pense généralement ; il roule presque exclusivement sur un petit nombre d'agents ayant l'habitude de cette sorte de travail. Ces agents gravitent naturellement autour de la préfecture de police. C'est là qu'ils ont le plus de chances de trouver la rémunération de letu's dé-
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couvertes. S'ils mettent quelquefois leur savoir à la disposition ou d'une administration rivale, ce qui s'est vu sous tous les régimes, ou d'un parti hostile au gouvernement, ils se gardent bien de se brouiller avec la préfecture ; les autres polices passent, celle de la préfecture reste ; ils ne sacrifieront jamais leur avenir à des bénéfices temporaires, et le plus souvent,ils s'en tirent en servant les deux côtés à la fois. Chose assez étrange même, ils ne trahissent absolument ni l'un ni l'autre de leurs deux maîtres et donnent à chacun les renseignements qu'ils peuvent découvrir. C'est à celui qui emploie ces agents à deux faces, connus de tradition à la préfecture, de se méfier de leurs rapports et de se mellre en garde contre leurs indications. Avec du discernement, et en comparant leurs renseignements à ceux qu'on a pu recueillir à d'autres sourceSj on parvient à faire assez exactement la part de l'inexaclltude et celle de la vérité. Ce n'est qu'après une série de contrôles ingénieusement organisés que la préfecture de police accepte -comme valable une indication donnée, surtout si cette indication doit devenir la base d'une mesure ou d'une action.
Ces moyens de contrôle manquaient au général Cbangarnier ; il était mal servi, mal renseigné, et, pour comble de malheur pour lui, son principal agent, son homme de confiance était précisément, parmi nos agents secrets, l'un de ceux qui attachaient le plus de prix à la faveur de la préfecture. Il pouvait bien nous trahir quelque peu pour gagner son salaire près du général, mais il ne se sérail pas exposé à nous
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livrer d'une façon trop préjudiciable pour nous. Il n'eût pu le faire que dilHcilement d'ailleurs, caroD le tenait en observation de très près et il ne recueillait guère à la préfecture que ce qu'on avait intérêt à faire savoir; il devenait utile ainsi jusque dans ses Irabisons. Par lui, au contraire, nous étions renseignés de la façon la plus minutieuse sur les faits et gestes du général et de ses amis politiques, et c'est ainsi qu'il nous était permis de suivre, pas i pas, la marche de cette trame audacieuse ourdie au sein de l'Assemblée, par le général Changarnier, contre le Chef de l'État.
Nos informations provenant d'autres origines, confirmaient les renseignements de notre agent. Il était donc avéré pour nous que si la proposition des questeurs était acceptée, son vota serait le signal de cette attaque depuis si longtemps désirée et conseillée par les turbulents de la Chambre, Nous avions naturellement à prendre nos mesures en conséquence.
Le jour même du dépôt de la proposition des questeurs, le Prince avait appelé le général de Saint Arnaud et moi pour conférer sur les mesures à prendre en vue des nouvelles éventualités qui compliquaient si gravement la situation. Nos premières combinaisons devaient nécessairement être modiQées. Nous avions tout réglé en vue de l'initiative prise par le pouvoir; nous n'avions arrêté que des dispositions sommaires pour le cas d'une agression venant de l'Assemblée et du général Changarnier; c'était un nouveau plan à combiner et le temps pressait.
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2Ôi MâMOines sur le becond smpirb
Antérieurement au dépôt de la proposition des questeurs, j'avais cru pouvoir affirmer au Prince que je serais prévenu au moins vingt-quatre heures à l'avance de toute agression, si on osait la tenter; nous aurions eu ainsi le temps nécessaire pour parer aux événements; mais, dans l'hypothèse du vote de la proposition des questeurs, le procédé d'action de nos adversaires devait se modifier ; il fallait aviser.
Deux opinions étaient en présence ; le Prince voulait agir au moment même du vote, avoir des troupes prêles, cerner le Palais-Bourbon avant même la fin de la séance, et faire afïicUer le décret de dissolution de l'Assemblée. En même temps paraîtraient la proclamation du Prince à l'armée et sa proclamation au pays appelant le peuple k disposer de ses destinées. Dans cette combinaison, on comptait sur l'effet moral que produirait la démonstration militaire ; on espérait frapper l'esprit des représentants ; on espérait surtout montrer aux généraux conspirateurs l'armée faisant, sous les ordres de ses cheh hiérarchiques, acte d'adhésion à la politique du Prince, et leur enlever ainsi toute espérance de la détourner de ses devoirs. On laissait paisiblement sortir les représentants; on surveillait les plus ardents d'entre eux ; mais on ne les inquiétait aticunement dans leur liberté. Peut-être de telles mesures eussent-elles été sufiîsantes. Le général de Saint Arnaud et moi pensions qu'il convenait d'agir plus énergiquement. Nous amenâmes le Prince à se ranger à notre opinion, et nous arrêtâmes les combinaisons suivantes.
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