‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 46 sur 100 · L.V NUIT DU 1" AU 2 DÉCEHBRE · texte numérisé non relu

L.V NUIT DU 1" AU 2 DÉCEHBRE

mais son chef, le colonel, brave militaire sans doute, était l'une des créatures du général Changarnier. Je m'étais assuré, tout récemment, que ses rapports continuaient avec le général. Je ne pouvais donc me lier à lui que dans une mesure limitée. Ne pouvant, en aucun cas, risquer ma confiance, je pris le parti de me passer de son concours.

De temps en temps, je faisais doubler les postes de la Préfecture, et, plusieurs fois depuis quelques jours, j'avais fait stationner dans les cours un piquet d'hommes à pied et un autre d'hommes à cheval de la garde municipale, Leur mission annoncée était de se porter au besoin sur les points où je faisais opérer d'importantes arrestations de réfugiés de Londres et de chefs de sociétés secrètes. Le 1" décembre, je donnai cet ordre de nouveau, et, à trois heures du matin, je mandai directement , dans mon cabinet, plusieurs capitaines que je savais disposés à m'obéîr sans hésitation. Je leur donnai mes instructions, et, à l'heure dite, ils étaient, à la tête de leurs soldats, au poste que je leur avais assigné. Quelques-uns devaient appuyer, avec un détachement, les principales arrestations. Ils avaient pour mission de s» tenir postés à un point que je leur avais déterminé, à peu de distance du domicile des personnages qui allaient être arrêtés. Ils devaient y arriver à l'heure ûjiée pour les arrestations, puis stationner et attendre une réquisition de la part d'une autorité civile, pour prêter main forte aux agents en cas de résistance à domicile ou de résistance provenant d'attroupements sur la voie publique. Ils avaient

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également à escorter les voitures qui contenaient les pei-sonnes arrêtées, et 'à assurer enfin leur transialion à Mazas.

J'avais choisi Mazas pour y mettre en sûreté nos prisonniers d'État, parce que d'abord, ne voulant pas les conserver à Paris, Mazas suflisait comme séjour provisoire et était plus que toute autre maison à l'abri d'un coup de main; parce que, ensuite, te trajet de Vincennes, dont il avait été question, me semblait trop long et périlleux.

La direction d'un lieu de détention aussi important que le devenait Mazas était un véritable poste politique. Il ne suffisait pas d'arrêter nos principaux adversaires, il fallait les conserver en notre pouvoir et les placer dans de telles conditions qu'on n'eût à redouter ni évasion ni révolte intérieure; il fallait également, dans l'intérêt même de leur sécurité personnelle, prendre les mesures nécessaires pour qu'en cas d'émeute leur séjour fût à l'abri de toute lutte sanglante.

Le directeur de Mazas était un bon serviteur, mais il n'avait point été mis là en vue des événements qui allaient s'accomplir. Ce poste ne demandait pas seulement un homme sûr et fidèle à son devoir, il demandait encore un homme d'un jugement éprouvé, qui sût prendre, avec opportunité, une résolution décisive en face d'incidents graves, un homme de tact qui sût faire, pour d'honorables vaincus, la part du malheur et des revirements de la fortune politique. J'attachais un prix extrême à ce qu'il en lût ainsi. Je mesurais bien l'étendue des froisse-

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