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ments que devaient éveiller nos rigueurs nécessaires; j'en voulais, autant qu'il était en moi, adoucir l'amertume.
Je songeai donc, sans dépouiller le directeur de .Mazas de ses attributions administratives, à envoyer près de lui un commissaire extraordinaire sous les ordres duquel il serait placé, et que j'investissais de pouvoirs illimilés. J'avais choisi pour ce poste le colonel Thiérion, dont je connaissais l'énergie, le tact et le dévouement. Mandé à cinq heures dans mon cabinet, je lui remis sa nomination de commissaire extraordinaire et lui donnai mes instructions. Je pus voir, à son attitude comme à son langage, que mes prévisions sur son compte ne m'avaient pas trompé. Mazfts était en mains sûres, les prisonniers d'État étaient placés sous une autorité éclairée.
Mais, à ces importantes arrestations et aux détails sans nombre qu'elles devaient exiger étaient loin de se borner le rôle et les obligations de la préfecture de police dans la auit du 2 décembre. Il restait considérablement encore à préparer et à prévoir.
Les attributions si multiples de cette vaste administration devaient toutes être mises en œuvre pour l'action ou pour la surveillance; une série d'ordres devaient être expédiés ; et l'être avant six heures du matin, de telle fa^on qu'à sept heures, heure à Iiiquelle Parla devait se réveiller sous an gouvernement nouveau, chacun fût à son poste, les uns ayant accompli leur tâche, les autres attendant les événements et prêts à y faire face.
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Outre le nombre apparent des agents de police qui sillonnent les rues de la capitale, assurent en temps ordinaire la sécurité, la libre circulation dans Paris, répriment à leur naissance toutes tentatives de désordre, surveillent les hôtels garnis, les maisons suspectes, les étrangers signalés, les réfugiés politiques, les condamnés libérés, outre ces sentinelles permanentes de l'ordre matériel, la Préfecture de police dispose d'un nombre considérable d'agents que rien ne désigne à l'attention publique et qui sont ainsi mieux placés que les premiers pour observer et se renseigner. Ce sont ceuxlà que l'usage désigne sous le nom d'agents secrets. Ils se divisent en deux classes : les uns n'ont de rapport qu'avec le préfet lui-même et doivent l'éclairer sur une extrême variété de sujets, sur les menées des partis, sur l'attitude des diverses classes de la société, sur tes mille incidents publics ou privés qu'il importe au gouvernement de suivre et de connaître. Les autres, également ignorés du public, étaient, à cette époque de 1851, embrigadés sous la direction de quatre chefs de file. Chacun de ces chefs ^ail chargé de faire mouvoir sa brigade et d'en recevoir des rapports quotidiens pour les soumettre au préfet. C'était de ces quatre chefs de brigades secrètes que j'avais le plus à redouter la pénétration, et c'était à eux surtout qu'il importait de dissimuler mes projets en leur donnant mes instructions.
Moins versés dans la haute politique que dans les menées des conspirateurs, ils croyaient heureusement à un mouvement socialiste; ils ne cherchè-
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renl donc rien derrière mes ordres de poster en observation leurs agents qui devaient, à tout incident, venir immédiatement me rendre compte de ce qu'ils auraient vu ou appris. Ils avaient à ta fois, et à me révéler les impressions que produiraient les événements, et à me fixer sur tes résolutions des sociétés secrètes dont plusieurs d'entre eux faisaient partie.
L'affîctiage des prodamations du Président, du ministre de la guerre et du préfet de police était un fait important. Ilj fallait des agents pour affiohet, des agents pour protéger l'affichage, d'autres encore pour protéger les' proclamations affichées, contre les violences nataralles de nos ennemis. Ce nombreux personnel était réparti par escouades dans une des cours de la Préfecture de police. Des cartes, prêtes à l'avance, leur indiquaient à la fois le quartier où ils devaient fonctionner et la marche qu'ils avaient à suivre. Le temps leur était rigoureusement mesuré.
Les ventes publiques de journaux, d'écrits politiques ou autres, l'impression de bulletins ou de proclamations de résistance devaient être interdites. Le commissaire chargé de ce service recevait ses instructions spéciales : pas de crieurs sur la voie publique, pas d'impressions sans mon visa.
Les cafés, les restaurants, les h6tels garnis, connus comme lieux ordinaires des réunions socialistes, pouvaient être des centres d'organisation de résistance, la liste en était prête ; ordre était donné de fermer les unsavant lejour, de garder les autres avec
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soin pour en faire des points d'observation qui permissent d'arrêter facilement les meneurs signalés qui s'y rendraient aux premières nouvelles des événements.
Dans des jours da tumulte politique, l'arrivée des subsistances est une des nécessités auxquelles on ne songejamais avec trop de sollicitude. Les grandes voies qui devaient assurer leur facile circulation étaient gardées de façon à être à l'abri de tout désordre jusqu'à l'arrivée des troupes. Les manèges, les loueurs de chevaux pouvaient devenir, contre leur gré, des centres de recrutement forcé de la part de l'émeute, ou de la part même de la garde nationale à cheval, dont les dispositions étaient au moins douteuses, bonne surveillance était ordonnée pour que les chevaux ne reçussent pas une destination qui pût nous être nuisible.
EnQn, en dehors des arrestations que j'appellerai politiques, parce que les dissentiments politiques avaient creusé l'abime qui nous séparait de nos adversaires, il y avait à opérer une série d'arrestations qui pouvaient s'expliquer, aux yeux de ceux qui en étaient chargés, par une simple nécessité d'ordre public ; c'étaient celtes des meneurs socialistes, des faiseurs de complots, des constructeurs de barricades, de ces éternels ennemis de tout gouvernement constitué, qui, ne pardonnant point à la société de les frapper de ses lois, de les flétrir de son mépris, exhalent contre elle leur fiel et leur soif de vengeance et comptent noyer leur indignité dans une perturbation politique ou sociale. C'est de ces réprouvés du monde, qui n'ont rien à perdre, rien à
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risquer qu'une vie qui souvent est leur plus lourd fardeau, c'est de ces perturbateurs nés que part toujours le premier appel aux armes ; c'est donc désarmer l'émeute, jeter le désarroi dans ses rangs, que de lui enlever son avant-garde ordinaire, ses cadres traditionnels, ses chefs de la première heure.
Pour connaître ces tristes personnages, je dus parcourir les dossiers les plus importants des casiers politiques de la Préfecture, ceux des habitués de la guerre des rues. Je gagnai à cet examen de savoir, au moins, quels dangereux ennemis nous devions arrêter avant le combat. C'est à l'aide de ces notions précises que je dressai la liste de ces arrestations, qui celles-là, si naturelles par la situation des gens qu'elles frappaient, ne devaient éveiller aucun soupçon, pas plus chez ceux qui avaient à les effectuer, que chez ceux qui en pouvaient être les spectateurs ou les confidents par situation. Elles pouvaient s'opérer par groupes, sans d'autres précautions que celles de la force, n'exiger que des bras, ce que j'avais en grand nombre, et ménager les hommes d'intelligence et de choix dont on est toujours avare en de pareilles circonstances.
Dans le cours de la nuit, j'avais reçu les rapports des agents chargés de tenir en observation et de suivre les personnes qui devaient être surveillées (1).
(1) Cbaqae jour un nombre relativement considérable de perflonnes étaient surveillées et suivies. Les agents ctiargés de ce service ne pouvaient donc tiver aucune coneéquenco des mesures prises à l'égard de telle ou telle individualité. La mise en observation d'ailleurs n'implique pas tou-
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Dans ce nombre se trouvaient celles qui devaient être arrêtées. Ces rapports me donnaient la certitude qu'on les trouverait à leur domicile. Par une étrange contradiction, c'était précisément le jour même où nos adversaires avaient à redouter notre action qu'ils semblaient avoir repris conQance. A l'agitation que nous signalaient les rapports des jours précédents avait succédé, en apparence au moins, un calme complet. Pas de réunions dans la journée du 1" décembre, pas de conciliabules; cbacun de ceux qui avaient, quelques jours auparavant, quitté, par crainte, leur domicile pour la nuit y reposaient tranquillement.
A cinq heures et demie, tous mes ordres étaient donnés, tous mes agents étaient en mouvement, se dirigeant sur le lieu où leur mission devait s'accomplir, et, durant uae heure environ, la Préfecture reprenait le calme des jours ordinaires. Deux amis dévoués, que j'avais mandés pour venir en aide à mes secrétaires, arrivaient dans mon cabinet à cette heure. Mon secrétaire le plus sur et un des hauts fonctionnaires de la Préfecture s'y trouvaient avec moi ; nous attendions avec confiance les premières nouvelles de l'exécution de mes ordres (1). Comme pour nous faire prendre patience, nous avions, par instants, quelques-uns de ces rapports que les surveil-
jours, à beaucoup près, l'intention d'une arrestation ultérieure.
(1) Les deux foDctionndircs dont il est ici queslioa sont ceux-là mônieii dont nous avons prdcëdemment parlé, et qui ■n'avaient donné un concours actif, intelli^nt et dévoné.
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lants de nuit adressent, chaque matin à la fia de leur tournée, à la Préfecture de police. TouséEaient connus dans les termes traditionnels; ils étaient laconiques et rassurants. ■ Aucun incident à signaler *, « Le quartier est tranquille*, f Paris est calme >, tel était, comme la veille, le résumé de ces rapports. Paris donnait paisiblement, nous ne pouvions demander mieux en attendant les graves nouvelles que nous allions recevoir.
Dans ces moments de calme et de recueillement, tontes les réflexions que j'avais faites, avant d'assumer sur moi les graves responsabilités dans lesquelles j'étais engagé, me revenaient naturellement à l'esprit. A cette heure, comme au début, je restais pénétré de cette même conviction que j'accomplissais un grand devoir, en concourant ainsi au salut de mon pays.
En dehors de la politique, j'avais dû me demander si je ne m'écartais point de mon rôle de magistrat. J'y restais strictement Qdéle. Le complot, dont le général Changamier était l'âme, avait pour but le renversement du pouvoir établi. Les agissements de nos adversaires nous étaient connus, les preuves abondaient en nos mains. Prévenir l'exécution de leurs desseins, les mettre hors d'élal de nuire était' pour la Préfecture de police, un devoir impérieux; nous l'accomplissions régulièrement , légalement ; rien de plus, rien de moins. Une vaste conspiration démagogique menaçait, en même temps, de troubler la paix publique; la guerre civile et la révolution étaient ainsi à nos portes. La mission de la Préfec-
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ture de police était de conjurer cette double explosion, de mettre tout en oeuvre pour prévenir ces redoutables calamités. Cette mission, nous la remplissions avec fermeté. Ma conscience était tranquille; je restais dans le droit et la légalité.
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