‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 48 sur 100 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

L'occupatiOQ mililaire du palale de l'ABsemblée. — Le colonel de Béville et M. de Saint George» à la Prérecture de police.

— Décrets et proclamatioDs. — Les retards de H. de Moniy.

— IjB dépêche de M. de Thorigiiy. — L'armée deue ses positions de combat. — Arrestations de MM. le général Changamier, le général Le FIA el Baze. — Décrets saisis chez M. Baze. — Arrestations de M. Thiers, des généraux Cavaignac, Bedeau, Lamoricière et autres reprë sentants. — I^es sollicitudes conjugales qu'inspire un illustre montagnard. — Les représentants à Mazas.

Pendant que noua preaious, à la Préfecture de police, les mesures dont nous venons de donner le résumé, le général de Saint Arnaud mettait à exécution, de son côté, les dispositions convenues. Son premier acte devait être de faire occuper militairement l'intérieur de l'Assemblée. Il fallait arriver à ce résultat sansbruit,sanscollision,de façon qu'à leur arrivée, à six heures du matin, les deux commissaires qui ' devaient y arrêter MM. Baze et te général Le Flô les

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trouvassent tous deux dans leurs appartements et ignorants de ce qui se préparait (1).

L'occupation militaire de l'Assemblée avait élé l'un des points de détail sur lesquels notre attention s'était le plus spécialement portée. Nous avionti, à diverses reprises, le général de Saint Arnaud et moi, examiné, sur place et la nuit, dans quelles conditions, visibles de l'extérieur, le Palais était gardé; nous avions étudié quelle était l'heure la plus propice pour y pénétrer : cinq heures et demie du matin. Le moyen, pour une force militaire, d'y avoir accès était celui-ci ; si le colonel du régiment dont un bataillon occupait le Palais, était disposé à seconder nos projets, il pouvait, une fois entré, faire reconnaître son autorité aux ofûciers et soldats de garde, prendre le commandement, se faire accompagner par le reste de son régiment et tenir ainsi très solidement la position. Il pourrait alors exécuter notre consigne, c'est-à-dire favoriser, au lieu de s'y opposer comme l'eût fait inévitablement la garde ordinaire de la Chambre, l'arrestation des deux questeurs et empêcher que les représentants, une fois avertis des événements, vinssent se réunir au lieu de leurs séances. Il s'agissait donc de confier, dans la semaine du 2 décembre, la garde du Palais à un régiment dont le colonel fût absolument sûr. Le général de Saint Arnaud avait des raisons personnelles de compter sur le colonel Espinasse ; ce fut son régi-

(1) MM. Baze et le général Le FIA étaient tous deux, en ûur qualité de queeteurs, logés au Palais Bourbon.

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LES AURBSTATIONS S'29

ment, le Jâ* de ligne, qui fut choisi pour être de semaine au Palais Bourbon.

Le colonel Espinasse avait été averti par le ministre de se tenir, chaque nuit, prêt à répondre à son appel. Il était mandé le 2 décembre, à trois heures et demie du matin, au ministère de la guerre ; il y recevait ses ordres, et, en vaillant cœur qu'il était, il remerciait avec elTusion son chef, en même temps son ami, du témoignage de confiance qu'il lui avait réservé.

A cinq heures trois quarts, le colonel Espinasse entrait, seul d'abord, dans le palais (1) ; il y donnait ses ordres et y était bientôt suivi de la partie de son régiment qui était restée à l'extérieur jusqu'à la prise de possession du commandement. A six heures, il fisiisait ouvrir, aux deux commissaires de police, les portes du palais et donnait, à toutes les sentinelles, les consignes qu'il avait reçues lui-même. La première partie de sa mission avait été ponctuellement exécutée.

Le président Dupin reposait tranquillement ; si nous n'avions point sa participation, nous n'avions aucunement à redouter son hostiUlé. Quant aux questeurs, aucun bruit n'avait troublé leur sommeil ; les deux commissaires, en pénétrant près d'eux, avaient seuls causé leur réveil ; mais il n'y avait plus

(1) Nous avions ooDBtBté, le général de Saint Arnaud et moi, que la grille du Palais Bourbon, qui était Terméc^ la nuit, restait eatr'ouverte chaque matin à partir de cinq heures. C'étBÎt une dinicullé de moins pour le colonel Espinasse, et o'mt par celte grille qu'il pénétra dons le palais.

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rien à redouter de leurs ordres et de leur autorité. A cette beure-là, nous étions les maîtres et ils ne l'étaient plus.

L'avis de l'occupation du palais de l'Assemblée fut la première nouvelle qui parvint à la Préfecture de police. Elle nous arrivait â six heures, au moment môme où le colonel de Béville et M. de Saint Georges m'apportaient les décrets et proclamations qu'ils avaient fait imprimer pendant la nuit. Tout s'était passé avec une parfaite précision à l'Imprimerie nationale. Le colonel de Béville s'était acquitté avec dévouement et habileté de son importante mission. Le Prince, en laluî réservant, savait combien il méritait sa confiance. Quelques instants après la distribution était faiteentre nos afficheurs :des voiluresles attendaient et ils partaient pour tous les quartiers de Paris et les communes suburbaines. A sept heures et demie, l'affichage était terminé dans Paris ;i!t Tétait au dehors de huit heures à huit heures et demie.

Comment les résolutions de Louis-Napoléon, comment l'événement du Deux-Décembre étaient-ils annoncés à la France? De pareils documents ne s'ana* lysent pas, l'histoire veut les avoir dans leur entier; nous donnons, au complet, les textes des afRches qui apprirent à Paris d'abord, et, quelques heures après, à toutes les villes et communes de France l'acte héroïque qui aCfranchissaitle pays des effroyables périls de 1852.

La première de ces pièces était le décret de Louis- Napoléon prononçant la dissolution de l'Assemblée nationale, la dissolution du Conseil d'État, et l'abro-

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gationdela loiduSlraai. LaconvocatioadeB comices électoraux, et la proclamation de l'état de siège y étaient paiement aononcées.

Ce décret était ainsi conçu :

* Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.

■ Le Président de la République,

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