‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 49 sur 100 · DÉCRÈTE · texte numérisé non relu

DÉCRÈTE

< ARTICLE PREMIER — L' Assemblée nationale est dissoute.

c Art. â. — Le suffrage universel est rétabli. La lot du 31 mai est abrogée.

< Art. 3. — Le peuple français est convoqué dans ses comices à partir du 14 décembre jusqu'au 21 décembre suivant.

< Art. 4. — L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire.

« Art. 5. — Le Ministre de l'intérieur est chargé dfl l'exécution da présent décret.

•c Fait eu palais de l'Elysée, le 2 décembre 1651.

■ Louis-Napoléon Bonaparte.

f Le Ministre de Piniérieur.

f DE MORNY. *

- Venait ensuite la proclamation dn Prince, son- « appel au peuple *; en voici le texte :

« Français!

< La situation actuelle ne peut durer plus long-

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938 UEUOIRU SUR LE SKOIID EHPIHS

temps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots. Le patriotisme de trois cents de ses membres n'a pu arrêter ses fatales tendances. Au lieu de faire des lois dans l'intérêt général, elle forge des armes pour la guerre cîvile;elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple,ellé encourage toutes les mauvaises passions; elle compromet le repos delà France: je l'ai dissoute, et je rends le p«uple entier juge entre elle et moi.

< La Constitution, vous le savez, avait été faite dans le but d'affaiblir d'avance le pouvoir que vous alliez me conlier. Six millions de suffrages furent une éclatante protestation contre elle, et cependant je l'ai fidèlement observée. Les provocations, les calomnies, les oidrages m'ont trouvé impassible. Mais aujourd'hui que le pacte fondamental n'est plus respecté de ceux-là mêmes qui l'invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont d^à perdu deux monarchies veuteiU me lier les mains afin de renverser la République^ mon devoir est de déjouer leurs perfides projets, de maintenir la République et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul souverain que je reconnaisse en France, le peuple.

c Je fais donc un appel loyal à la nation tout entière, et je vous dis : Si vous voulez continuer oet état de malaise qui nous dégrade et compromet notre avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à fiiire le bien, me rend responsable d'actes que je ne puis

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LES AtinSSTATIOHS 333

empêcher, et m'enchaine au gouvernail quand je voia te vaisseau courir vers l'abime.

■ Si, au contraire, vous avez encore conBance en moi, donnez-moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous.

• Cette mission consiste à fermer l'ère des révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le protégeant contre les passions subversives.

« Elle consiste surtout à créer des institutions qui survivent aux hommes et qui soient enfin des fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable.

. * Persuadé que l'instabilité du pouvoir et la prépondérance d'une seule Assemblée sont des causes per> manentee de trouble et de discorde, je soumets à vos Buffn^ieslesbasesfondamenlalessuivantesd'une constitution que les Assemblées développeront plus tard :

« 1° Un chef responsable nommé pour dix ans ;

« tf Des ministre dépendant du pouvoir exécutif seul;

c 3* Un Conseil d'Ëtat formé des hommes les plus distingués, préparant les lois, et en soutenant la discussion devant le Corps législatif;

■ 4* Un Corps lé^slalif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de • liste qui fausse l'élection ;

< Une seconde Assemblée formée de toutes les illustrations da pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques.

« Ce système, créé par le Premier Consul au comdu siècle, a déjà donné à U France le

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884 UEHOIRES BtlR LE SBCOKD EMPIRE

repos et la prospérité; il les lui garantirait encore.

i Telle est ma conviction profonde. Si vous la partiez, déclarez-le par vos suffrages. Si, au contraire, vous préférez un gouvernement sans force, monarchique ou républicain, empruntéàjene sais quel passé ou à quel avenir chimérique, répondez négativement.

■ Ainsi donc, pour la première fois depuis 1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et pour quoi.

c Si je n'obtiens pas la majorité de vos sucrages, abrsje provoquerai la réunion d'une nouvelle Assemblée, et je lui remettrai le mandat que j'ai reçu de vous.

« Mais si vous croyez que la cause dont mon nom est le symbole, c'es^à-di^e la France régénérée par la révolution de 89 et organisée par l'Empereur, est toujours la vôtre, proclamez-le en consacrant lés pouvoirs que je vous demande.

« Alors la France et l'Europe seront préservées de l'anarchie, les obstacles s'aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront, dans l'arrêt du peuple, le décret de la Providence.

( Fait au palais de l'Elysée, la 2 décembre 1851 .

« Louis- Napoléon Bonaparte. >

Puis venait la proclamation à l'armée.

Proclamation du Président de la République à l'armée.

t Soldats !

< Soyez Tiers de votre mission, vous sauverez h

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patrie, car je compte sur vous, non pour violer les lois, mais pour faire respecter la première loi du pays, la souveraineté nationale, dont je suis le légitime représentant,

' * Depuis longtemps, vous souffriez comme moi des obstacles qui s'opposaient et au bien que jevoulais vous faire et aux démonstrations àB votre sympathie en ma faveur.

€ Ces obstacles sont brisés. L'Assemblée a essayé d'attenter à l'autorité que je tiens de la nation entière ; elle a cessé d'exister.

< Je fais un loyal appel au peuple et à l'armée, et je lui dis : Ou donnez-moi les moyens d'assurer votre prospérité, ou choisissez un autre à ma place. I En 1830 comme en 1848, on vous a traités en vaincus. Après avoir flétri voire désintéressement héroïque, on a dédaigné de consulter vos sympathies et vos vœax, et cependant, vous êtes l'élite de la nation. Âi^ourd'hui, en ce moment solennel, je veux que l'armée fasse entendre sa voix.

t Votez doQc librement comme citoyens ; mais, comme soldats, n'oubliez pas que l'obéissance passive aux ordres du chef du gouvernement est le devoir rigoureux de l'armée, depuis le général jusqu'au soldat. C'est à moi, responsable de mes actions devant le peuple et devant la postérité, de prendre les mesures qui me semblent indispensables pour le bien public.

« Quant à vous, restez inébranlables dans les règles de la discipline et de l'honneur. Aidez, par votre attitude imposante, le pays à manifester sa volonté

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336 UKIIOIRES SUR LE SBCOND EMPIHE

dans le calme et la réflexion. Soyez prêts à réprimer toute tentative contre le libre exercice de la souveraineté du peuple.

« Soldats, je ne vous parle pas des souvenirs que mon nom rappelle. Ils sont gravés dans vos cœurs. Nous sommes unis par des liens indissolubles. Votre histoire est la mienne. I) y a entre nous, dans le passé, communauté de gloire et de malheur; il y aura, dans l'avenir, communauté de sentiments et de résolutions pour le repos et la grandeur de la France.

0 Fait nu palais de l'Elysée, le S décembre 1651.

< Louis-N\poLÉON Bonaparte. »

Venait enfin la proclamation du Préfet de police aux habitants de Paris ; elle était conçue dans les termes suivants :

Le Préfet de police sux habitants de Paris.

« Habitants de Paris,

< Le Président de la République, par une courageuse initiative, vient de déjouer les machinations des partis et de mettre un terme aux angoisses du pays.

c C'est au nom du peuple, dans son intérêt et pour le maintien de la République, que l'événement s'est accompli.

■ C'est au jugement du peuple que Louis-Napoléon Bonaparte soumet sa conduite.

( La grandeur de l'acte vous fait assez comprendra

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LKS ARRKSTAIIOnS 337

avec quel calme imposant et solennel doit se mtinifeBter le libre exercice de la souveraineié populaire. Aujourd'hui doac, comme hier, que l'ordre soit ootre drapeau; que tous les bons ciloyeaB, animés comme moi de l'amour de la patrie, me prêtent leur concours avec une inébranlable résolution.

c Habitants db Paris,

< Ayez confiance dans celui que six millions de BuH'rages ont élevé à la première magistrature du pays. Lorsqu'il appelle le peuple entier à exprimer sa volonté, des factieux seuls pourraient vouloir y mettre obstacle.

Toule tentative de désordre sera donc promptement et inflexiblement réprimée.

- Paris, le 2 décembre 1851 .

f Le Préfet le police, « de Maupas. »

Tout s'accomplissait ainsi ponctuellement; aucune entrave ne traversait la mise à exécution de notre plan. A sept heures, je recevais les procès- verbaux d'arrestation des généraux ChangarnieretCavaignac. Lesautresarrivaientâ quelques minutes d'intervalle. A sixhenres quarante minutes, toutes les arrestations étaient terminées; toutes, sans exception, s'étaient faites dans les conditions prévues. Aucun incident grave n'était survenu. Les résistances étaient à prévoir, elles s'étaient effacliveiuent produites; mais elles n'avaient amené aucun des mntheurs qu'on

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388 HÉHOIHSB BDR LE BKCOin) KHPIRS

pouvait redouter. Dès qu'une arrestation était faite, un agent se détachait du groupe qui eu avait été chargé et venait lu'avertir du résultat. En moins d'une demi-heure, j'étais ainsi informé de ce qui s'était passé sur tous tes points de Paris, et j'en avais successivement donné avis à l'Elysée et au ministre de la guerre.

J'avais attendu que M. de Momy eût pris possession de son poste et qu'il m'en eût averti par le télégraphe, comme cela était convenu, pour renseigner le ministère de l'intérieur sur les événements de la nuit. Il y était arrivé & sept heures et quart. La première et bonne nouvelle qui saluait son arrivée était celle du succès complet de l'entreprise à laquelle it avait été initié.

M. de Morny s'était, en elîet, attardé dans sa prise de possession du ministère. Au lieu d'y arrivera six heures et quart, comme cela avait été dit la veille, et d'y avertir lui-même M. de Thorigny des circonstances en raison desquelles il venait le remplacer, M. deThorignyapprenait, à son réveil, à sept heures, l'occupation militaire de son hôtel (1). Dans nos combinaisons d'ensemble, un bataillon devait en effet occuper le ministère à six heures et demie, c'està-dire un quart d'heure après l'heure fixée pour l'ios-

(1) Le Prince avait voalu expliquer lui-même ft H. de Thorigay les considéraUons auxquelles il avait cru devoir obéir aa se séparant de lui. La leltre qui lui donuail ces explications devait lui dtre remise par M. de Moroy i son arrivée au ministère, avant que rien n'eût pu donner l'éveil snr ce qui se préparait.

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taltation de M. de Momy. Ce dernier n'étant arrivé qu'à sept heures et quart, le bataillon l'avait précédé au lieu de le suivre, et, comme expreBsiou de sa surprise, M. de Thorigny, qui ne comprenait naturellranent ri«i à ce qui se passait, qui ne s'expliquait pas ce déploiement de forces militaires, sans ses ordres, dans les cours et jusque dans l'intérieur de son hdtel, M. de Thorigny m'adressait la dépêche télégraphique suivante :

Le Ministre de Tinlénear an Préfet de police. i 2 décembre, 1 heures du matiu.

* Que 86 passe-t-il donc ? La cour du ministère est pleine de troupes.

< DE Thorigny. >

A cette dépêche, je faisais la réponse suivante :

« Le Préfet de police au Minisire de T intérieur. ■ 2 décembre, 1 h. 10 m. du matin.

« M. de Momy est chaîné de vous le dire ; vous le verrez dans un instant ; attendez-le.

( de Maupas. *

Avant l'arrivée de cette dépêche, j'étais déjà fort aKxieux de ne point recevoir l'avis convenu que M. de Momy devait m'adresser, par le télégraphe, immédiatement après son entrée au ministère. L'exécution de notre plandevait s'accomplir à minute Qxe; un pareil relard, dans la prise de possession du ministère de l'intérieur, était inexplicable. Je ne pou-

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SiQ MÉKOUIBS SUR Lt SECOND EMPIRE

vais adresser aucune dépêche au ministère pour éclaircip ce mystère. A qui serait-elle parvenue? Je savais seulement, par l'employé préposé au cadran télégraphique qui touchait à mon cabinet, que l'employé de ce même service au cabinet du ministre était à son poste et que nos communicalionè étaient ouvertes. Ou comprend quel avait été mon étonnement en recevant encore à sept heures, c'est-à-dire trois quarts d'heure après que M. de Momy eût du être entré en fonctions, une dépêche, celle qu'on vient de lire, signée de M. de Thorigny.

Enfln,à sept heures quinze minutes, M, de Momy arrivait au ministère et remettait à M. de Thorigny la lettre du Prince. Ce brusque avis, dans les circonstances où il lui parvenait, causait au ministre qu'il dépossédait une douloureuse émotion. M. de Thorigny élait, nous l'avons dit déjà, homme de cœur et de courage, il était profondément dévoué au Prince, il s'était montré prêt, te 17 novembre, à pousser les choses jusqu'au bout. Il lui semblait cruel, sans qu'il mesurât immédiatement peut-être la gravité des responsabilités dont il était ainsi déchargé, d'être remplacé au moment du combat. Ce qui raffligeait à bon-droit, ce n'était point la perte d'un porlefeuille qu'il n'avait jamais ambitionné, c'était le manque de conQance de la part du Chef de l'État qu'il avait loyalement servi. Sa retraite fut digne et son altitude montra toute la noblesse de son caractère.

L'occupation du ministère de l'intérieur n'était qu'un des épisodes du mouvement militaire qui, à ce même moment, embrassait la capitale entière. Avec

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LVS ARRESTATIONS 341

la scrupuleuse exactitude que le sentiment du devoir lui faisait apporter en toutes choses, le général de Saint Arnaud avait mis sur pied, à l'heure dite, à six heures et demie, toutes les troupes qui devaient occuper les points indiqués dans le plan des ( dispositions en cas de combat ». Tous ces points étaient occupés. L'armée avait une attitude excellente; elle pressentait, au début, sans avoir encore aucune révélation précise, à quel événement elle donnait son concours. Lorsque, vers sept heures, ses prévisions furent confirmées par la lecture des proclamations affichées, ce fut partout une véritable allégresse.

L'armée avait à venger deux cruels affronts encore présents à sa mémoire : celui de 1830 et celui de 1848. A ces douloureuses époques, elle avait été abandonnée par le pouvoir et livrée par plusieurs de ses chefs. Elle avait aujourd'hui à sa tête un Prince dans lequel sa confiance était entière. L'armée était encore sous l'émotion sympathique de ces nobles paroles que Louis-Napoléon adressait, quelques jours auparavant, à ses officiers réunis : < Si jamais le jour du danger arrivait, je ne ferais pas comme les gouvernements qui m'ont précédé, et je ne vous dirais pas : « Marchez, je vous suis », mais je vous dirais : ■ Je marche, suivez-moi ! >

Vers huit heures quinze minutes, j'avais tous les procès-verbaux d'arrestations, et la plupart des commissaires qui en avaient été chargés entraient dans mon cabinet, revenant de Mazas. Ils complétaient verbalement les renseignements sommaires de leurs rap-

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âi2 UÈXOIHES SUR LE SECOND EHPIRB

porls. E^t-il besoin de dire avec quelle chalear je remerciai ces courageux auxiliaires de leur dévouement et de leur habileté. lU savaient; eoBn, à quel grand événement ils venaient de s'associer, ils en étaient fiers, pleins d'enthousiasme et se montraient impatients de se rendre aux nouveaux postes que je leur assignais. Rien ne pouvait égaler l'entrain qui existait à la Préfecture de police.

Les arrestations s'étaient opérées, nous l'avons dit, sans incidents sérieux. Il ne sera pas sans intérêt de trouver ici quelques renseignements sur les conditions dans lesquelles elles s'étaient accomplies. On comprendra toutefois quelles considérations nous imposent, sur ce point, une extrême réserve.

Le commissaire de police Lerat, qui devait arrêter le général Changamier, était parti de la Préfecture à cinq heures trente-cinq minutes. Comme ses collègues, il avait trouvé, à un lieu déterminé, les voitures nécessaires, et, sur un autre point, un officier de paix accompagné de vingt agents qui avaient ordre de le suivre,

À six heures dix minutes, un piquet de garde municipale à pied et un autre piquet à cheval, sous te commandement du capitaine Baudinet, venaient prendre position rue Royale, n" 7, à portée de la demeure du général Changarnier (1).

A six heures, le commissaire sonnait àla porte d'entrée de la maison du général.

Mais le concierge était tout dévoué à son illustre

(l)LegéaérBl Changarnier habitait rue du Paubourg-Saint- HoQoré, a' 3.

locataire ; il était, depuis longtemps, scr ses gardes ; il n'ouvrait, la nuit, qu'à bon escient. À la question adressée par le conoiei^e avant d'ouvrir, M. Lerat avait fait une répoi^se qui semblait suspecte. Le conciei^ demandait des explications, ce à quoi se prétait complaisamment le commissaire qui avait compris la résistance qu'il allait rencontrer. Pendant cet entretien habilement prolongé, son ofllcier de paix pénétrait dans la cour en passant par une boutique située au rez-de-chaussée de la maison et ouvrait au comnùssa^ la grande porte d'entrée.

En un instant, M. Lerat, l'ofUcier de paix et dix de leurs hommes étaient à la porte de l'appartement du général ; ils y avaient été précédés, d'une minute, par le concierge qui, aa moment où il avait vu arriver des agents dans la cour, s'était précipité dans l'escalier. Il avait eu le temps de sonner, de se faire ouvrir et de prévenir le général. Mais nos agents arrivaient derrière lui, et cet avertissement n'avait heureusement aucune des conséquences fâcheuses qu'on eût pu redouter.

Avant ces indications verbales que me donnait M. Lerat lui-même, j'avais reçu de l'officier de paix le rapport suivant :

t Le 2 décembre, 6 h. 35 m. du matin.

Rapport.

€ Arrestation du général Ghangamier.

« A six heures du matin, nous avons accompagné

8H UÈHOIRES BUR LE SECOND EUPIHK

M. Leral, oommissaire de police, à l'effet d'arrêter le général Changarnier dans son domicile, rue du Faubourg-SaJnUHonoré, n* 3.

« Le concierge ayant refusé de nous ouvrir la porte cochère, nous sommes entrés dans la maison par la boutique d'un distillateur, et nous avons trouvé sortant de l'appartement du général ledit concierge qui venait de le prévenir. Le général était en chemise sur sa porte, une paire de pistolets à la main ; mais nous pensons qu'il n'avait pas l'intention d'en faire usage, car iU'est rendu de suite, en disant : « Je m'attendais au Coup d'État, le voilà fait. >

< Nous avons fait une minutieuse perquisition et et nous n'avons trouvé que deux pistolets et un fusil de calibre. Le général a été conduit à Mazas par M. Lerat et un capitaine de la garde républicaine.

• Nous avons également arrêté le sieur Harenger, concierge du général, attendu que nous avons trouvé chez lui un paquet de cartouches et deux pistolets de calibre.

* L'Of licier de paix,

Ainsi qu'on le voit, le général n'avait tenté aucune résistance sérieuse ; il en avait compris l'inutilité et s'était résigné. Il avait demandé à être accompagné de son valet de chambre, ce qui lui avait été immédiatement accordé, et était descendu, avec M. Lerat. prendre place dans la voiture qui l'attendait pour le conduire, sous escorte, à Mazas.

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LIS ARRBSTATtOMS Mb

Les arrestations des deux questeurs, MM. Bazeet le général Le Flô, demeurant l'un et l'autre au palais de l'Assemblée, n'ottraient plus aucun sujet d'inquiétude, du moment que ce palais était militairement occupé. Toutes les issues étaient gardées; ils étaient ainsi prisonniers avant même leur arrestatioa. Les choses^ néaamoins, ne s'accomplirent pas sans difficultés.

Les deux commissaires, MM. Primorin et Bertoglio, avaient eu quelque peine à découvrir les appartements des questeurs au milieu du' labyrinthe de» bâtiments de service du palais. Au moment où M. Bertoglio pénétrait dans la chambre du général Le Flô, le général dormait profondément ; mais, bioi vile remis de sa première émotion, il s'habillait à la hâte, tout en prolestant contre la mesure dont il était l'objet. Il s'en prenait d'abord au commissaire de police et le menaçait de le faire fusiller ; puis il se répandait en invectives contre le Président, contre le général de Saint Arnaud et contre le préfet de police : il ne quittait son appartement qu'après une vive résistance.

Au bas de son escalier, le général rencontrait le colonel Elspinasse qui s'était tenu, avec un détachement, à portée des opérations ; il l'apostrophait dans les termes les plus amers et haranguait en même temps les hommes qui l'entouraient. Le colonel et ses hommes restaient impassibles. Une fois entré avec M. Bertoglio et deux agents dans la voiture qui devait le conduire à Mazas, le général ne fit plus aucune résistance.

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346 HEHOIRES SUR LB SBCOIfD EHPIRE

Le second questeur, M. Baze, se montrait pins irrité encore, plus violent que le général Le Flô. Il avait recours à tous les moyens de résistance; il s'obstinait h ne pas se vêtir et il fallait s'emparer de lui pour le conduire à la voiture qui l'attendait. Dans ce court trcget, il s'épuisait en injures. Comme le général Le Flô, il parlait avec véhémence aux officiers et soldats qui se trouvaient sur son passage- Pas un mot de sympathie n'accueillait ses paroles. Le 42* était inaccessible, il avait une consigne et il l'observait rigoureusement.

Cbez les deux questeurs, comme chez le général Changarnier, les commissaires de police s'étaient livrés à un examen rapide de ceux des papiers qui pouvaient otlvir un intérêt politique. Chez M. Baze, on opérait la saisie de deux pièces qui eussent aufli, à elles seules, à justifier les mesures du Deux- Décembre. C'étaient deux projets de décrets rédigés, en vue du vote espéré de la proposition des questeurs, le 17 novembre.

Le premier était ainsi conçu :

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