‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 54 sur 100 · LES PREMIERS ATTROUPEMENTS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS ATTROUPEMENTS

Efforis de M. de Momy pour conetituer un ministère. — Mon envoyé à l'Elysée. — I^e ministère qu'il m'en rapporte. — Incident Girard in. — Paris de onze heure s du matin à onse heures du soir. — Les premières barricades. — Les insurgés veulent sonner le tocsin. — Germes de dissentiment entre la Préfecture de police et l'autorità militaire.

Si pour le Prince, pour le général de Saint Âmaad et pour moi le succès espéré dès le début était désormais certain, à la condition toutefois de persévérer dans la voie des mesures énergiques, notre confiance n'était pas complètement partagée par les hommes politiques sur lesquels on avait compté pour fonner un cabinet le matin même du Deux-Décembre.

Pendant que le général de Saint Arnaud, le général Magnan et moi nous nous trouvions aux prises avec les complications dont nous venons de donner un aperçu, M. de Morny cherchait à constituer un ministère. Ce ministère n'apparaissait pas.

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Plusieurs rapports me signalaient, depuis le matin, la surprise qu'on avait éprouvée de ne point voir affichée^ à cAté des décrets et proclamations, la composition du nouveau ministère. On supposait que ce n'était là qu'un relard de quelques heures ; on attendait, néanmoins, avec impatience. À midi, mes rapports m'annonçaient que ce retard était l'objet de mauvais commentaires. A doux heures, ne voyant rien venir, j'adressais à M. de Momy la dépêche suivante :

« Préfet do police à Ministre de l'intérieur. •> s décembre, 2 h. 10 m.

< Comment se fait-il que la composition du cabinet ne soit pas encore afGchée ?

t de Maupas. »

« Ministre de l'intérieur à Préfet de police.

( Il n'est pas encore fait; dès qu'il le sera, on l'affichera.

» DE MORNY,

Mes agents me signalant, avec plus d'insistance, le mauvais eiTet produit par l'absence d'un ministère, j'adressais à M. de Momy, pour le prier de hâter la solution, une nouvelle dépêche ainsi conçue :

« Préfet de police à Ministre de Fintérieur. . 2 décembre, 3 h. 5 m.

c II faut'à tout prix un ministère, même incomplet, il le faut.

■ de Maupas. ■

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^96 tlÉU01H£S SUH LE SECOND BUPIRE

A cette dépêche je recevais la réponse suivante :

« Ministre de l'intérieur à Préfet de police. • 3 h. ]0m.

« Le ministre s'occupe du ministère ; la formation ■sera probablement complète ce soir.

« DE MORNY

Cette dernière dépêche semblait révéler des difficultés encore pendantes, plutôt qu'elle ne faisait prévoir une solution. Je crus devoir porter alors mes insistances directement & l'Elysée. J'avais prés de moi un jeune oflicier plein de mérite et d'intelligence (1). Je lui confiai la mission d'aller, de ma part, trouver le Prince, de lui exposer la nécessité très pressante d'annoncer la constitution d'un ministère, de rassurer ainsi l'opinion, de donner confiance et de couper court à tous les regrettables commentaires qui se répandaient sur les retards apportés dans la formation du cabinet. Je recommandais à mon jeune envoyé d'aller respectueusement jusqu'aux dernières limites de l'insistance et de me rapporter un ministère dont je serais autorisé Â faire connaître immédiatement la composition par voie d'afôches. Le ministère pouvait être ainsi connu avant la nuit. Mais, après une longue attente, je voyais mon envoyé revenir sans qu'il ait pu obtenir une réponse déûni-

(1) Cet officier occupa aujourd'hui uns haute situation dans l'armée.

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tive. < Le ministère est en voie de formation, lui avait dit le Prince ; avant la nuit, j'en enverrai la composition au préfet de police. > La nuit arrivait, et, n'ayant reçu aucune communication de l'Elysée, j'y envoyais une seconde fois. Rien n'était absolument terminé ; les futurs ministres avaient isolément donné leur acceptation ; mais ils ^devaient être réunis avant l'insertion de leurs noms au Moniteur. Ce n'était plus là qu'une formalité; aussi le Prince ne se refusait-il pas à m'adresser communication du ministère. A neuf heures du soir, mon jeune envoyé me rapportait la liste des nouveaux ministres. Elle avait été écrite en sa présence, par le Prince. Je recevais en même temps l'ordre de faire imprimer et afQcher la composition du ministère. L'impression se faisait pen dant la nuit, et, dès le level* du jour, l'aniche suivante figurait sur les murs de Paris :

PRÉFECTUBB OE POLICE.

Parie, le 3 décembre 1851.

Composition da ministère;

MM

Comte DE MoRNY, intérieur; FouLn, finances; RouHER, justice ; Magne, travaux publics ; Général de Saint Arnaud, guerre ; Ducos, marine;

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398 UÉUOIEtES SUR LE SECOND BHPinE

MM

Marquis de Turoot, affaires étrangères; Lefèvbe Duruflé, commerce ; FoRTouL, instruction publique.

Certifié conforme :

Lb Préfet de police, de Maupas.

Au ministère de l'intérieur, le temps s'était partagé, durant ce jour du 2 Décembre, entre les n^^iations que paraissait nécessiter la formation d'un ministère et la rédaction d'une circulaire aux préfets. Le ministre leur annonçait les événemeots qui venaient de s'accomplir et leur demandait un concours énei^ique.

M. de Momy comptait beaucoup d'amis dans Paris, dans le monde des affaires surtout, parmi les journalistes également. Une partie de sa journée avait été employée à les recevoir, et il recueillait d'eux, de temps à autre, quelques renseignements attardés ou intéressés qui n'étaient pas de nature à lui fournir d'utiles inspirations. C'était probablement quelque rival de M. de Girardin qui l'alarmait sur les agissements de ce dernier et lui fiiisait écrire la dépêche suivante, que nous citons pour montrer seulement le fond qu'on peut faire sur les prétendues dépêches publiées par un certain personnage de coulisses, M. Véron.

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