‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 56 sur 100 · LES PREMIÈRES BARRICADES · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES BARRICADES

Départ des ex-représeotaots pour Vincenaes, Masas et te moat Valérieo. — Quel acoueil leur est fait au faubourg Saint- Antoine. — Mort de Baudin. — Lea rAves de M. Victor Hugo.

La nuit du S au 3 décembre fut remplie par une série d'incidents. Le mouvement à la Préfecture de police était presque aussi actif qu'il l'avait été pendant la journée.

A.U premier rang de nos préoccupations se plaçait la destination définitive à donner aux ex-représentants retenus à la caserne du quai d'Orsay. Après divers échanges de commiinicatioas enti'B le Prince, les ministres de la guerre, de l'intérieur et le préfet de police, il fut décidé que les prisonniers seraient dirigés SOT trois points: Vincenaes, Mazas et le mont Valérien. Mazas était réservé à ceux que nous entendions conserver jusqu'à nouvel ordre. Le mode de transport n'était pas exempt de difQcultés, il était

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peu commode de trouver un nombre de voitures suffisant pour recevoir près de deux cents personnes, deux cent cinquante même en comptant les agents, ces voitures devant nécessairement offrir des garanties de sécurité. On put se procurer, en toute hâte, à la direction des postes, des voitures de facteurs ; puis quelques omnibus; mais cela ne sufBaait pas, et on fut forcé de recourir, comme complément, 0 trois voitures cellulaires, ee qui excita l'indignation panni quelques hôtes du quai d'Orsay, surtout parmi les rafBnés de la Montagne.

En de pareils moments, de semblables doléances ne sont pas absolument à leur place. L'heure du combat a ses exigences, ses duretés môme ; il faut savoir les subir sans murmures quand on s'y est exposé. Si tous nos adversaires s'étaient bornés, comme chez M. Daru et chez M. Odilon Barrot, à ane résistance digne et pacifique, à des protestations, si énergiques qu'elles fussent, nous étions résolus à n'avoir pour eux, et nous le leur avions prouvé, que les plus extrêmes égards. Mais, après ce qui s'était passé à la mairie du dixième arrondissement, après les violences de ce simulacre d'assemblée, après les décrets de déchéance et de mise en accusation placardés sur les murs de Paris, on était bel et bien en guerre et il fallait se résigner à en accepter quelques rigueurs.

A minuit et demi, le prunier départ s'effectuait pour le Mont-Valérien. Il contenait environ cinquante exreprésentants. A trois heures, soixante autres prisonniers partaient pour Mazas. A cinq heures et demie,

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du matin seulement, les dernières voitures prenaient la route de Vincennes, et traversaient le faubourg Saint-Antoine au moment où déjà un certain nombre d'ouvriers, en quête de nouvelles, étaient réunis en groupes sur la voie publique.

Nous aurions eu quelque répugnance à raconter ici le mauvais accueil qui fui fait dans ce quartier aux ex-représentants reconnus à leur passage. C'est M, Odilon Barrot lui-même, l'un des acteurs de cette scène, qui va nous en donner le compte rendu fidèle (1) :

• Lorsque nous traversâmes le faubourg Saint- Antoine, dit M. Odilon Barrot dans ses Mémoires, les ouvriers commentaient à sortir de chez eux , pour se rendre à leurs ateliers. Ils s'interrogeaient sur ce que contenaient ces voitures si bien escortées. « Ah ! disaient-ils, après avoir appris qui nous € étions, ce sont les vingt-cinq francs qu'on va cof- « frer!... C'est bien joué!... > C'est là tout l'intérêt que montrait, aux élus du suffrage universel, la' population de ce faubourg si fameux et si redouté pour ses passions démocratiques. >

L'oraison funèbre de l'Assemblée était ainsi faite en termes significatifs, et l'on se demande par quel excès de sincérité cet aveu nous arrive de celui-là même qui venait d'exposer, non sa vie sans doute, mais au moins quelques jours de sa liberté pour défendre si bruyamment les prérogatives et les droits de ce pouvoir déchu.

{i) Mémoires poathames de M. Odilon Barrol, lome IV, p. 281^

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Alors, comme aigourd'huî, ces malheureux vingtcinq francs par jour avaient le privilège d'exciter, et avec raison, la mauvaise humeur du peuple.

Le général de Courtigis commandait à Vincennes. A dix heures du soir, je lui écrivais pour l'avertir qu'il allait recevoir cent prisonniers d'Élat et qu'il . eût à préparer leurs logis. Cette première lettre ne lui donnait que des indications sommaires. Elle était ainsi conçue :

€ Mon cher Général, < Je vous adresse environ cent prisonniers d'Etat; ce sont des ex-représentants du peuple ; ils doivent être traités avec les plus grands égards et plutdt gardés à vue qu'écroués. Je vous prie de les caser, par petits groupes, dans les pièces qui seront libres, et au besoin dans une partie de vos appartements. Des factionnaires seront placés aux portes ; la plus grande surveillance sera exercée.

« Tout à vous.

I de Maupas. »

A la suite de cette lettre, j'avais échangé, durant la nuit, avec le général de fréquentes communications. Tout avait été disposé par ses soins avec une rapidité merveilleuse, et à l'arrivée des voitures les logis étaient prêts. A six heures et demie, les portes se refermaient sur nos captifs.

A six heures trois quarts, j'adressais au ministre de l'intérieur la dépêche suivante :

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« Préfet de police à Ministre de l' intérieur.

• 3 décembre, 6 h. 45 m. matin.

■ Les deux cent dix-huit ex-représentants sont, à quelques-uns près, au mont Valérien, à Mazas et à Viûcennes; j'en ai mis quelques-uns en liberté. J'ai entra les mains le manuscrit des résolutions prises au dixième arrondissements

« Avez-vous songé à constituer votre conseil de guerre?

< Ëst-ceqii'ilyadéjàdislocationdans le ministère? n faudrait des actes qui révélassent, son existence, c de Mal'pas. *

Nos commissaires et officiers de paix avaient, de leur côté, employé utilement leur nuit. Il ne se passait pas un quart d'heure sans que je regusae i'avis de l'arrestation de quelque nouveau socialiste, chef de bande ou promoteur d'émeute ; plusieurs ex-représentaats étaient de ce nombre. Mes agents, ceux surtout qui tiaisaient partie des sociétés secrètes, m'envoyaient une foule de rapports intéressants. Ils signalaient le calme matériel de la nuit ; mais tous s'accordaient à annoncer une prise d'armes pour la matinée du 3, < à moins que de grandes précautions militaires ne vinssent paralyser les intentions des meneurs i.

Je tenais le gouvernement informé de cette situation; je la résumais dans la dépêche suivante que

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j'adressais, à l'Elysée, aux ministres de la guerre et de l'intérieur et au général Magnan :

t 3 décembre, 6 h, 10 m. malin.

I La nuit a été relativement calme. Que sera la matinée? La question se jugera entre sept et huit heures. Il est certain que les chefs des barricades serontà leurs postes. Oseront-ils prendre l'offeasive?

( Plusieurs hommes importants de la Montagne sont partis cette nuit pour les provinces, les uns par peur, les autres pour y faire de la propagande. Il faut nous attendre, dans la matinée, à voir afficher et distribuer les résolutions prises, au X' arrondissement, par les deux cent dix-hult ex-représentants, et le prétendu arrêt (qui n'a pas été rendu) de la haute cour de justice. Nous veillerons à en empêcher la disirihution.

€ Toute la nuit j'ai fait opérer d'importantes arrestations, tant d'ex-représentants que de chefs d'associations. J'ai fait enlever des réunions entières où l'on préparait la résistance et où l'on distribuait des munitions de guerre. J'ai fait saisir de petites bombes portatives, non encore chargées, dont je vous enverrai un spécimen.

■ de Maupas. >

Il était évident que les comphcations qui nous attendaient dans la journée du 3 étaient d'une nature tout autre que celles dont nous avions eu à triompher la veille. Le 2 décembre, nous n'avions eu, eu face de nous, que des résistances morales,

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l'efTort suprême de la légalité qui venait de s'éteindre et qui tentait de survivre à sa chute. Dans cet effort, la Montagne avait encore avec elle une partie de la droite; c'était boo &ein ; car elle ne pouvait, momentanément même, maintenir cette alliance qu'au prix du sacrifice de ses volontés belliqueuses. Là était le secret de l'ajournement de la prise d'armes. Mais, le 3 décembre, les montagnards restés libres se trouvaient dégagés de cette contrainte gênante pour leur ardeur, et, par eux, nous allions trouver l'émeute en face de nous. Les invocations à la légalité ne devaient plus être que de simples prétextes. Le but avoué n'était déjà plus le rétablissement de la Constitatioa : c'était le triomphe de la révolution. La récompense n'était plus un gouvernement régulier, parlementaire, monarchique ou républicain ; la sa~ tisfaction espérée et promise, c'était le vol et le pillage ayant pour couronnement quelque gouvernement anarchique dont on se gardait de donner le programme. Nous ne pouvions trouver un meilleur terrain ; c'était la lutte de 1852 avancée de quelques mois. Pour triompher, il nous suffisait de savoir nous servir de nos forces; mats il importait de ne pas nous endormir dans une fausse sécurité, comme on le ût un instant. Nous étions heureusement assez forts pour nous permettre des fautes, et nous verrons bientôt que ceux qui les commirent surent vaillamment les réparer.

En prévision de ce qui nous menaçait au faubourg Saint-Antoine, plusieurs groupes d'agents venaient, à six heures trois quarts du matin, se placer en obser-

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vation dans les rues avoisinant la place de la Bastille. Us l'avaient l'ordre de ne pas agir avant l'arrivée de la troupe. Ils devaient seulement surveiller les meneurs de façon à renseigner l'autorité militaire dès son arrivée, et à lui permettre d'opérer avec promptitude et efficacité.

• Le général Magnan m'avait bien dit : c Je ferai occuper demain matin, 8 décembre, la place de la Bastille; » mais l'heure' précise de l'arrivée des troupes ne m'avait pas ét^ indiquée. J'avais avisé le général que le rendez-vous des émeutiers y était donné pour sept heures. Je pensais qu'à sept heures, au plus tard, les troupes seraient en position. Pas de troupes à sept heures. Pas de troupes à sept heures et demie. Pas de troupes à huit heures. Tous les rapports qui m'arrivaient du faubourg Saint-Antoine me signalaient une agitation croissante. Mes hommes demandaient à être soutenus. A neuf heures, n'ayant encore aucun avis de l'arrivée de la force militaire, j 'adressais la dépêche suivante au général Magnan.

» 3 décembre, 9 h. 10 m. matin.

* Tous mes rapports, datés de sept à huit heures du matin, m'annoncent quelles barricades se font dans plusieurs rues' du faubourg Saint-Antoine et qu'on n'y voit pas de troupes. Mes agents n'interviennent pas, parce qu'ils ont ordre d'attendre la force armée. Les ouvriers descendent en masse; ia partie est nettement engagée. Envoyez-y du monde sans perdre un instant. Envoyez surtout des canons à Mazas, c'est le point de mire. Je désirerais que vous pus-

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LES PR£)nÂR&S BARRIC^DEU 417

siez également m'envoyer ce que je vous ai demandé pour la Préfecture de police (1).

« Le Préfet depolice, * de Maupas. »

Cette dépêche était à peine partie que je recevais l'avis de l'arrivée du général Marûlaz sur la place de la Bastille. II y était à l'heure indiquée par son ordre de service, à huit heures et demie. A peine y avait-il pris position qu'un de mes agents venait l'avertir delà formation de diverses barricades dans le faubourg Saint-Antoine ; l'une d'elles était placée à l'angle de la me Sainte-Marguerite et défendue par un certain nombre de représentants. Une autre s'élevait à peu de distance.

Immédiatement, le général Marûlaz lançait dans cette direction trois compagnies du 9' léger sous le commandement du chef de bataillon Pajol. Il appuyait ce mouvement en s'avançant au pas de course, à la tête d'un bataillon du 4% dans la rue de Charonne, de manière à déboucher sur cette barricade par la rue de Cotte.

Arrivé, vers neuf heures et quart, au pied de la barricade, le commandant Pajol s'apprêtait à en or-

(I) Ce que j'avais demandé, pour la Préfecture do police, u'élait de me rendre deux compagnies du 6< léger et quatre caDona qui m'avaient élo enlevés sans que J'en fusse prévenu. C'était un devoir poar moi de prolester contre cet état de chobes en réclamant, comme le faisait ma dépèche, les forces striclemcnt néceasairea ik la gnrde de la Cilé et de la Préfecture de police.

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donner l'atlaque lorsque commença une scène déplorable, celle qu'on retrouve trop souvent dans ces malheureuses guerres des rues.

Revêtus de leurs insignes et montés sur des voitures renversées qui formaient la barricade, les exreprésentants se mirent à haranguer la troupe. On remarquait parmi eux : Baudin, Esquiros, Malardier, Dulac et Detlotte : * Nous sommes le droit, disaient les ex-représentants aux soldats, ne tirez pas sur nous, nous sommes vos frères, nous sommes les amis, les mandataires du peuple. >

Le commandant ne pouvait laisser se prolonger cette tentative d'embauchage de ses hommes, il donnait l'ordre à sa colonne de marcher sur la barricade à labmonnette. Aupérildesa vie, ce brave ofBcier n'avait pas commandé le feu ; un sentiment d'humanité l'avait arrêté. Il espérait emporter l'obstacle sans effusion de sang ; mais le signal de la fusillade fut donné par les insurgés, et, à la première décharge, un soldat tomba mort. La troupe fit feu à son tour, et l'ex-représentant Baudin fut mortellement frappé ainsi qu'un de ceux qui semblaient commander aux émeutiers.

Nous nous sommes abstenu de relever au cours de ce livre les erreurs, les calomnies, du pamphlet de M. Victor Hugo*: L'histoire d'un crime. On se demande comment un esprit de cette, valeur a pu oser livrer à la publicité d'aussi invraisemblables travestissements de la vérité. L'espoir de tromper les ignorants et les crédules peut seul expliquer les hardiesses de ses inventions. Mais quel est l'homme ■

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sérieux qui ne sourira à la lecture de ces mille épisodes qui ne seraient que ridicules s'ils n'affichaient la prétention d'être la vérité. Citons une de ces mises en scône. Le poète croyait sans doute écrire quelque mélodrame quand il traçait les lignes qu'on va lire et dont il faut peser tous les mots. Disons d'abord quelle partie de ses exploits M. Victor Hugo a voulu décrire.

Au moment où se battaient ses amis sur la barri- cade de la rue Sainte-Marguerite, M. Victor Hugo se dirigeait de ce côté. Il traversait la place de la Basilic et rencontrait, sur son passage, l'élat-major du général Marûlaz composé du général lui-même et de nombreux officiera. Deux commissaires de police, deux officiers de paix et vingt sergents de ville se tenaient à côté de ce groupe militaire' prêts à agir et à arrêter au besoin ceux qui, par leurs paroles et leurs actes, auraient tenté d'exciter à la révolte.

Laissons dire à M. Victor Hugo lui-môme quel discours il prétend avoir adressé au général Marûlaz et à ceux qui l'entouraient!

< Nous passâmes, dit M. Victor Hugo, devant le groupe d'hommes à grosses épauleltes. Ces hommes, tactique comprise plus tard, n'avaient pas même l'air de nous voir.

t L'émotion que j'avais eue la veille devant le régiment de cuirassiers me reprit (1). Voir en face de moi à quelques pas, debout, dans l'isolement d'un triomphe tranquille, les assassins de la patrie, cela

[i] M. Victor Hugo fait allusion à ua autre épisode dont il

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était au'dessus de mes forces; je ne pas me contenir. Je m'arrachai mon échappe, je la pris à la poignée, et, passant mon bras et ma tête par la vitre du fiacre baissée et agitant l'écharpe je criai :

t Soldats, regardez cette écliai-pe, c'est le symbole de la loi, c'est l'Assemblée nationale visible. Où est celte écharpe est le droit.

« Soldats ! Louis Bonaparte assassine la République. Défendez-la. Louis Bonaparte est un bandit, tous ses complices le suivront au bagne. Ils y sont déjà. Qui est digne du bagne est au bagne. Mériter la chaîne c'est la porter. Regardez cet homme qui est à votre tête et qui ose vous commander. Vous le prenez pour un général? C'est un forçai.

* Les soldflts semblaient pétrifiés. Quelqu'un qui était là (remerciement à cette généreuse âme dévouée) m'étreignit le bras, s'approcha de mon oreille et me dit:

» Vous allez vous faire fusiller. > Mais je n'entendais pas et je n'écoulais rien. Je poursuivis, toujours secouant l'écharpe :

■ Vous qui êtes là habillé comme un général, c'est à vous que je parle. Monsieur. Vous savez qui je suis. Je suis un représentant du peuple, et je sais qui vous êtes, et je vous l'ai dit : Vous êtes un malfaiteur. Maintenant, voulez-vous savoir mon nom?

aurait été le hâroe, comme dans tout ce qu'il rappoile. Il auroit impunément injurié, un régiment de cuirassiers qui anrail eu la stolque patience d'endurer, sans murmures, un débordement d'inveclivee I Cette véi'ilë de la veilla vaut la vérité du lendemain.

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« Le voici! Et je lui criai mon nom.

€ Et j'ïyoutai:

« A présent, vous, dites-moi le vôtre.

< 11 ne répondit pas.

• Je repris :

« Soit, je n'ai pas besoin de savoir votre nom de général, mais je saurai votre numéro de galérien.

* L'homme en habit de général courba la tête.

» Les autres se turent. Je comprenais tous ces regards pourtant, quoiqu'ils ne se levassent pas. Je les voyais baissés et je les sentais furieux. J'eus un mépris énorme et je passai outre. Comment s'appelait ce gêné rai? Je l'ignorais et je l'ignore encore. »

Le nom de ce général, monsieur Victor Hugo, nous allons vous l'apprendre : c'était le général Marûlaz.

Mais quelle triste idée M. Victor Hugo se fait-il donc de ses lecteurs pour penser que, à part quelques pauvres d'esprit, il pourra réussir à leur faire croire qu'un général, un général français, aurait un instant supporté, sans les châtier, de si imprudentes insolences !

Et ces commissaires de police, qu'il représente ailleurs comme arrêtant et frappant tout individu suspect de la moindre sympathie pour l'insurrection, quel prodige désarmait donc subitement leur ardeur ? Quel miracle les faisait assister, impassibles, à la place de la Bastille, à ce qui eût ailleurs éveillé leur immédiate sévérité? Il nous plairait de voir M. Victor Hugo nous donner le mot de cette étrange énigme, de celte contradiction que, sans s'en apercevoir, il nous montre lui-même.

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N'attendons point la réponse du poète. Le mot de l'énigme est facile à trouver. Bien des nuits ont passé sur ses souvenirB. Plus d'un rêve a traversé ses sommeils. C'est un de ses rêve qu'il nous donne. Là est la seule excuse que l'indulgence puisse trouver.

Nous poumons emprunter au pamphlet de M.Victor Hugo cent autres scènes burlesques de la même authenticité. La fée du poète s'est montrée généreuse dans ses inspirations historiques. Nous nous garderons toutefois d'en fatiguer ici plus longtemps nos lecteurs.

Mais, dans ces engagements du faubourg Saint- Antoine, la lutte était inhale. Les ex-représentants le comprirent, et ils s'enfuirent avec leur cortège d'insui^és en appelant aux armes les rares passants qu'ils trouvaient sur leur route. La troupe s'empara de la barricade et continua sa marche dans le faubourg Saint-Antoine. EIn moins d'une heure, la circulation y était rétablie; on n'y voyait même plus aucun des représentants qui avaient paru à la barricade Sainte-Marguerite. Ils s'étaient mis prudemment à l'abri pour laisser passer le plus gros de l'orage. Les uns étaient tapis dans quelques coins obscurs ; les autres, avec ua certain nombre d'ouvriers armés, s'étaient enfermés dans une grande cour où ils trompaient les recherches de l'autorité militaire. Ils attendaient que la troupe se fût retirée pour reprendre leurs positions du matin et refaire leurs barricades ; mais voyant, au contraire, grossir et stationner les détachements militaires, ils renonçaient à continuer la lutte sur ce point.

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LES PRUHàRBS BARRICjlDeS 4SS

J'avais envoyé, dans le faubourg Saint-Antoine, an officier de la garde républicaine qui devait, après une rapide inspection, venir me rendre compte de l'aspect général du quartier, et me signaler les mesures à prendre. C'est par lui que j'apprenais l'incident de la barricade de la rue Sainte-Marguerite et la mort de Baudin. Il me signalait en même temps l'état d'effervescence du quartier de la Bastille et le désir du général Marûlaz de recevoir des renforts. La plus grande partie de son monde était engagée en colonnes d'attaque dans les rues du faubourg, et la place de la Bastille n'était plus suffisamment occupée. J'adressais alors au général Magnaa la dépêche suivante :

« Préfet de police à Général Magnan.

' 3 décembre, 10 heures matin.

« On m'annonce qu'un ex-représentant a été tué sur une barricade. C'est Baudin, de la Montagne. Cette nouvelle m'est donnée par un officier de la garde républicaine que j'avais envoyé au général Marulaz| place de la Bastille. Le général demande instamment des renforts.

« de Maupas. »

A onze heures, le général Marûlaz recevait un régiment de renfort et il pouvait ainsi occuper solidement le faubourg. Toutes ses dispositions étaient immédiatement prises pour empêcher l'émeute d'y relever les barricades.

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Ainsi se -terminait cette première escarmouche de l'insurrection; elle avait conQrmé notre confiance dans l'armée. L'armée, en effet, venait de se trouver aux prises avec le plus redoutable des périls dans les guerres civiles, avec les tentatives de séduction venant des chefs des insurgés. Officiers et soldats étaient restés sourds aux exhortations des ex-représentants montagnards, tout revêtus qu'ils fussent de leurs insignes. Nulle épreuve ne pouvait être plus dé- . cisive ; il nous était démontré qu'aucun efîort ne parviendrait à entamer nos troupes. Quelques complications qui vinssent à surgir, le succÔs était certain pour nous.

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