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Ce ne fut qu'à une heure et demie que l'armée de Paris quitta ses casernes, et à deux heures seulement qu'elle commença l'attaque. Mais si l'attente avait été longue, quel admirable spectacle ne devait pas nous donner le déploiement de cette vaillante armée 1 Quelle tenue! quelle discipline, quelle solidité ! Quels généraux résolus pour la commander, quels officiers intrépides pour la mener au feu I Et, nous ne saurions trop la redire encore, car nos dissidences n'altéraient ni l'affection, ni l'estime, quels chefs avait cette armée dans les généraux Saint Arnaud et Magnan! Leur courage, leur habileté militaire étaient connus de chaque soldat. Chacun savait qu'on ne reculerait pas, qu'on ne transigerait pas; nul ne redoutait d'être, comme en 1830 et en 1848, désavoué dans son effort, abandonné dans le combat et livré à l'outrage de ceux qu'on venait de mitrailler. L'armée allait au feu avec confiance.
À peine la tète de colonne était-elle en vue de la barricade qui tenait ta largeur du boulevard entre le Gymnase et la porte Saint-Denis, qu'une formidable décharge était dirigée sur la troupe et particulièrement sur le général Carrelet qui se trouvait à sa tète. Son ordonnance tombait à ses côtés et deux de
Prëfeclare de police. A propos d'un prélenda décret du comité de permanence do i'émeute, il s'exprime ainsi : > t^e repiésentaiit Dupulz reçut quelques heures plus lard do nos mains amplietioit du décret, avec mission do le porter lui-mèmo à la Conciergerie dès que lo coup de main que nous préméditions sur la Prérocturo do police et l'Hdlel de ville aurait réussi. Malheure uBemaat ce coup de main manqua. ■
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ses hommes étaient mortellement atteints près de lui. Mais le brave général restait impassible bous le feu des insurgés et continuait du geste et de la voix à soutenir les courages. Après un feu nourri de mousqueterie, nos soldats s'élançaient au phs de course et tentaient d'enlever l'obstacle à la baïonnette ; mais un pareil ouvrage demandait d'autres moyens d'attaque, et l'artillerie était mise en position.
Ce ne fut qu'après avoir été battue longtemps par le canon, que cette première barricade put être de nouveau attaquée par l'infanterie. Elle fut prise, et les insurgés se replièrenl, en bon ordre, derrière les autres barricades des boulevards Saint-Dents et Saint-Martin et sur celle de la rue Saint-Denis, préparées à la fois comme lieux de refuge, comme seconde ligne de défense.
Cette barricade de la rue Saint-Denis était plus fortement établie encore que celle qui venait d'être enlevée sur le boulevard. Après les premières décharges échangées, on reconnut que l'attaque à la baïonnette serait extrêmement meurtrière et ne devait point aboutir ; on mit encore l'artillerie en position et quatre canons battirent la barricade. La défense était vigoureuse, mais le moment parut cependant venu de lancer l'infanterie et l'assaut fut confié au 7â< de ligne.
Le colonel Quilico n'avait voulu laisser à aucun de ses officiers l'honneur de mener ses soldats au combat. 11 marchait en tète de la colonne d'assaut. A la première décharge, et au pied même de la barricade, alors qu'il allait la franchir, 11 tombait griève-
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ment blessé. Le lieutenant - colonel s'élançait à son tour avec ses hommes pour venger son chef ; lui aussi était frappé; il tombait morl prés du brave général de Cotte qui avait, au môme moment, son cheval tué sous lui. De pareils exemples donnés par les chefs avaient fanatisé les soldats. Sous une grôle de balles, le 72' se précipitait sur la barricade et réussissait enQu à en déloger les insurgés qui se repliaient encore sur les ouvrages construits à peu de dislance dans cette même rue Saint-Denis et dans les rues adjacentes.
Pendant ce temps, le général Canrobert attaquait, à la tète de sa brigade, les barricades formées aux alen. tours delà porte Saint-Martin; il trouvait là même résistance, même opiniâtreté chez les insurgés; mais il trouvait aussi le mémo élan dans ses troupes auxquelles, selon sa coutume, il donnait le plus noble exemple. Tous les obstacles étaient enlev<!:s â la baïonnette.
Le général Bourgon avait eu, lui aussi, de rudes combats à livrer, d'abord pour atteindre la rue du Temple, ensuite, dans cette rue elle-même qu'il devait suivre Jusqu'à la rencontre de la rue Rambuteau.
Le mouvement de la division Carrelet était appuyé par une masse importante de cavalerie sous les ordres du général Reybell ; il était accompagné de plusieurs batteries d'artillerie et longeait les boulevards où il chai^eaitles rassemblements.
Sur le boulevard Montmartre, à la hauteur des magasins du Prophète et de la maison Sallandrouze, des coups de feu avaient été tirés des fenêtres sur
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la troupe, la troupe avait riposté et une véritable fusillade s'était ainsi engagée. 11 eût été périlleux de laisser sans une répression sévère cette agression qui n'eût pas tardé à trouver des imitateurs. L'autorité militaire le comprit et deux canons ouvrirent leur feu sur les maisons d'où était partie la fusillade. Quelques-uns des insurgés furent tués et le feu des fenêtres fut éteint.
On a cherché à faire grand bruit de cet incident. Rien n'est plus simple que ce qui s'est produit. La troupe attaquée s'est défendue avec ses moyens naturels de défense, et, au lieu de laisser s'éterniser une lutte qui eût augmenté des deux côtés le nombre des victimes, elle a coupé court à l'allaque, et a sagement agi, agi selon les règles les plus élémentaires de la guerre.
Le plan du général Magnan était d'opérer un mouvement convergent à l'aide des deux divisions Carrelet et Levasseur et d'enfermer ainsi l'émeute dans un cercle de fer. C'est pour compléter ce résultat qu'au moment où les généraux de Cotte, Canrobert et Bourgon, delà division Carrelet, opéraient parles boulevards, les généraux Dulac, Herbiilon et Marûlaz, de la division Levasseur, prenaient à revers les insurgés en parlant de la pointe Saint-Ëustache et de la partie basse des rues Saint-Denis et Saint- Martin. À la pointe Saint-Eustache el à la rue Rambuteau surtout, la lutte était acharnée. Le colonel de Lourmel y opérait avec te 51' de ligne, et avec plusieurs bataillons des 19* et 43* de ligne appuyés par une batterie d'artillerie. Là encore, la résistance était
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telle, qu'on eût, sans résullat, sacriûé la vie de nos soldats si on eût tenté d'enlever les barricades sans le secours de Tartillerie. On battait donc d'abord ces solides ouvragesparune vigoureuse canonnade; puis, ofticiers en tète, la troupe s'emparait à la balonnetle de tous les pointa attaqués. De part et d'autre, dans ces rencontres, et à la barricade de la rue Rambuteau surtout, les pertes étaient sensibles.
Au moment où s'effectuaient ces divers mouvements, le général Levasseur attaquait le foyer de l'insurrection. 11 était, de sa personne, à la tête d'une première colonne ; le général Herbillon commandait la seconde et, s'appuyant l'un sur l'autre, ils pénétraient ainsi dans les rues étroites des quartiers du Temple et Saint-Martin où ils enlevaient de nombreuses barricades. Le général Marùlaz, marchant parallèlement à eux, balayait la rue Saint-Martin et les rues a^acentes où l'artillerie lui frayait un passage à travers les nombreux retranchements qu'y avait établis l'insurrection.
Comme complément, un mouvement habile avait été ordonné par le général Magnan. Le général de Courtigis partait de Vincennes, avec sa brigade, à l'heure où s'ébranlaient les divisions Carrelet et Levasseur; il descendait lentement le faubourg Saint- Antoine et renversait les barricades qu'il trouvait sur sa route ; il réussissait encore à barrer le passage à un groupe considérable de fuyards qui abandonnaient le foyer principal de l'action pour tenter de sa reformer dans les quartiers situés entre la plaça de la Bastille et la barrière du Trône.
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Le plan des insurgés ne se bornait pas à la savante organisation de ta résistance dans le centre de Paris, il embrassait la ville entière, les faubourgs et la banlieue. C'est ainsi qu'à la Chapelle-Saint-Denis, les barricades étaient en grand nombre et qu'au faubourg Saint-Antoine elles s'élevaient sur les points principaux.
Sur la rive gauche, le mot d'ordre était de s'en tenir à de simples escarmouches, juste assez pour attirer et occuper les troupes du général Renaud. De cette façon on pouvait, à un moment donné, se précipiter sur les ponts, donner la main à l'insurrection de la ri-vQ droite, et s'emparer de la Préfecture de police, du Palais de Justice et de la prison de la Conciergerie, si on ne trouvait pas leui^ abords bien gardés (1). Pour se conformer à ce mot d'ordre, des rassemblements nombreux parcouraient le faubourg Saint- Marceau. Quelques coups de feu y étaient tirés çà et là; mais on fuyait à l'approche de la troupe. À la place Maubert, les allures étaient plus belliqueuses ; elles le devenaient tout à fait à la rue Daupbine et aa carrefour Buci où on édifiait une barricade ; mais la résistance y était de courte durée et une compagnie lancée au pas de course en avait facilement raison.
C'est à la faveur de ces diversions qu'un rassemblement armé, d'une certaine importance, avait pu
{1) Dans le plan des insurgés, l'attaque de la Préreclare de police devait avoir lieu pendant la nuit. Mais, au cas de circonstances favorebles, on devait hSter ce mouTement. On verra bientôt nac c'est 4 ce dernier parti qu'on s'arrâta.
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se former sur le quai aux fleurs sans être inquiété; c'est celui-là qui devait se porter sur la Préfecture de police, le Palais de Justice et ta Conciergerie par le Pont-Neuf et la place Dauphine, et en même temps par la cour de la Sainte-Chapelle.
Les forces qui protégeaient, à ce moment, la Préfecture de police étaient absolument insuffisantes. Elles avaient été réduites dans la soirée du 2; c'était inopportun; mais on les avait réduites encore dans la journée du 4, sous prétexte de la grande prise d'armes; c'était un déplorable contre-sens. A mesure que croissait la menace, on diminuait les forces quand il eût été nécessaire de les augmenter.
La garde républicaine avait la défense de tous les ponts, le Pont-Neuf excepté ; c'étaient huit ponts à occuper. Elle devait en outre fournir les postes de l'ile Saint-Louis et de la Cité, parmi lesquels ceux du Palais de Justice, de la Conciergerie, de la rue de Jérusalem et de la cour de la Sainte-Chapelle. Cet émiettement obligé par la nature des lieux, ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le démontrer, ne laissait que peu d'hommes à chaque position. Quant au Pont-Neuf, il était primitivement défendu, nous l'avons dit, par un bataillon du 6° léger, et par des canons bien placés pour balayer les deux entrées du pont. Le 2 au soir, on retirait tes canons et deux compagnies du 6' léger. Le A, au moment le plus aigu de la lutte, on enlevait ce qui restait du 6* léger, et on ouvrait ainsi, à deux battants, la porte d'entrée de la Cité, celle du Pont-Neuf.
Quelle était la cause de cette malencontreuse me-
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sure? Elle s'explique sans s'excuser. Le 6* léger faisait partie de la brigade du général Herbillon qui avait son état-major à l'Hôtel de ville et dont toutes les forces étaient massées sur la rive droite. C'est au moment des premières menaces de barpica'les dans ie voisinage de l'Hôtel de ville, que, le 2 décembre, le général, croyant avoir besoin d'une grande partie de son monde, avait retiré deux compagnies du 6' léger de leur poste du Pont-Neuf. C'est au moment de la grande prise d'armes, le 4 décembre, que le même général, ayant reçu l'ordre de se porter, avec tout son effectif sur les quartiers Saint-Denis et Saînt-\f artin, avait appelé à lui le reste du 6' léger -, il devait le faire sans préoccupation, supposant qu'il serait remplacé par d'autres troupes; mais le 6' léger n'était pas remplacé, et le Pont-Neuf restait un instant absolument ouvert.
Ce ne fut qu'en diminuant les autres postes de la Cité que la garde du Pont-Neuf put être reconstituée. Toutefois, en exagérant ainsi leur réduction, ils devenaient de plus en plus insuffisants pour résister à une attaque portée sur un seul point. C'estaînsi que le rassemblement du quai aux fleurs, profitant habilement de ce changement dans les dispositions prises, se ruait sur le pont Saint-Michel, en forçait le passage et se précipitait, au pas de course, dans la rue de la Barillerie, à l'entrée principale de la Préfecture de police.
L'irruption subite de l'émeute aux abords de la Préfecture, et les décharges de mousqueterie qui r avaient accompagnée, avaient mis les agents et les '
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